‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 6 sur 48 · SAINT-JUST · texte numérisé non relu

SAINT-JUST

audace s'il ne s'était pas seuti appuyé par la forte conjuration des terroristes compromis comme lui, et s'il n'avait pas été poussé par eux « l'épée dans les reins ».

Son initiative légendaire à la Convention, le 9 thermidor, ne fut que le masque du complot ourdi par ses complices. Le renversement de Maximilien est uniquement dû à ce complot, dont le principal instigateur et le plus actif artisan fut Fouché (i).

(1) Dans leur captivante étude î Le ^ thermidor (Louis Michaud, édit.. Pansj, Albert Savine et François Bournand ont récemment encore fait ressortir l'importance du complot thermidorien dans lequel Tallien ne fut qu'un instrument mûdis que Fouché en était réellement le directeur.

L'attitude de Taluen vts-a-vis de Robespierre avant h1& complot de fouché; les visites de justification eâîtès par tes terroristes en MISSION Atj « Dictateur n 50-56. — La situation

ACQUlS:te tÂk RbBÈSPÎERRE ET tES SENTIMENT^ qu'il INSPIRE. 56-64. — Le COMPLOT CONTRE ROBES- PIERRE ET LA PART PRISE DANS CELUI-CI PAR TaLLIEN 64-72. — Les DERNIERS JOURS DE LA CONJURATION

FôucôÊ, Barras, TalU^N Et coNsoRté. 72-^0,

Pour lorce raisons, auxquelles l'Histoire est étrangère et dont l'esprit politique donne la clef, nous avons été bercés de traditions si fausses sur le xviii® siècle, sur la Révolution et sur les hommes nés de 1700 à 1830, qu'il importe de rechercher, ailleurs que dans les publications de la plupart des historiens, des jugements dignes de foi sur les événements en général et en particulier sur les hommes de l'époque dont nous parlons.

Leurs contemporains ont Tavantage d'avoir vu les personnages dont ils parlent, €t si leurs appréciations

peuvetit êtté partiales, elles se contrôlent et se corrigent du moins les unes par les autres.

A l'égard de Ma^iniilien Robespierre — qui devient à présent uUé figiite de premier plâù datls l'histoire de Thérésia Cabarrus — les impressions de tdus lès mémorialistes sont identiques.

Parlant de la valeur des hommes de là Révolution, déjà bien surfaite sous lé premier Empiré, la duchesse d'Abràntès, dans sdu Histoire des salons de Paris (i), dit du fameux dictateur révolutionnaire :

« Robespierre lui-même n'avait aucune supériorité « sur ses collègues, seulement il eut le talent de les domi- « her et de prendre l'initiative... J'ai cônUU particUliê- (( rement à Arras des personnes qui l'avaient connu dans « son enfance et me disaient de lui qu'il était surtout « irrité de son infériorité envers lès autres, sa figure était « igtioble, son teint pâle; ses veiiiès d'une couleur verce dâtre, son regard de chat-pàrd, lui donnaient un « aspect repoussant. On voulait quelquefois trouver de « l'esprit dans son sourire, mais ses lèvtes fines et blân- K ches tie dormaient que l'expression méchamment sar-

(1) Histoire des Salons de Pdrîi^ par la duchesse d*ABRANTès, p. 215.

Ch. Lacretelle écrit aussi :

Je ne puis dire quelle était mon horreur quand j'entendais ces femmes, que depuis on a appelées tricoteuses, savourer les doctrines déjà homicides de Robespierre, se délecter de sa voix aigre, et couver des yeux sa laide figure, type vivant de renvie. (Gh. Lacretelle, Dix années d'épreuves, p. 29).

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« donique d'une sensation ou envieuse ou moqueuse. H (( était ensuite très superficiel dans ce qull savait, et (( toute sa science se bornait à quelques idées attrapées (( dans ses lectures, du reste, profondément ambitieux 'i et hypocrite... (i). »

De ce portrait, vigoureusement tracé par la duchesse d'Abrantès — elle donne tm croquis très accentué parce qu'elle reçut une forte impression à la vue de son modèle — rapprochons cet autre portrait, plus achevé, tracé par Barras.

Ce représentant en mission, comme Tallien, n'est pas exempt de reproches. Il a commis à peu près les mêmes excès que le septembriseur à Tours. Robespierre le méprise et le hait autant qu'il méprise Tallien, on va mesurer sa mésestime à l'accueil qu'il lui fait; mais il le jalouse un peu moins parce qu'il n'a pas, comme le terroriste de Bordeaux, l'oreille des sansculottes des sections parisiennes, et il le craint moins qu'il ne redoute l'amant de Thérésia parce qu'il est moins lâche et moins traître.

Dans le portrait peint par Barras, la figure de Robespierre a l'avantage d'être placée en soa milieu privé, chez les Duplay. Elle y gagne d'être plus « nature ». On sent que Barras» comme M°^® d'Abrantès, eut une

(1) M"' Roland, dans ses mémoires, dit également que Robespierre n'avait guère d'idées personnelles mais savait écouter et s'approprier les idées qu'on exposait devant lui, en les répétant ensuite comme siennes.

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impression très vive de la scène qu'il raconte car il la retrace avec une vivacité, une intensité, qui ne sont pas ses qualités habituelles.

La visite que rappelle Barras fut faite par ce Conventionnel et Fréron dans les circonstances indiquées précédemment par Turquan, d'après Barras lui-même, c'est-à-dire lorsque les visiteurs croyaient trouver auprès du dictateur une absolution des actes « révolutionnaires » qu'ils avaient commis — avec l'accompagnement d'indélicatesses et de filouteries chères à la sans-culottaille terroriste de tous les terroirs.

Les visiteurs — tels Robert Macaire et Bertrand, aux costumes près, — arrivent chez le « tyran » occupé à sa toilette dans le simple appareil du négligé matinal:

« Robespierre était debout, enveloppé d'une espèce (( de chemise-peignoir : il sortait des mains de son « coiiïeur, sa coiffure achevée et poudrée à blanc. « Les besicles qu'il portait ordinairement n'étaient (( point sur son visage, et à travers la poudre qui cou- « vrait cette figure, déjà si blanche à force d'être blême, « nous apercevons deux yeux troubles que nous n'a- ({ vions jamais vu sous le voile des verres. Ces yeux se « portèrent vers nous d'im air fixe et tout étonné de « notre apparition. Nous le saluâmes à notre manière a sans aucime gêne, et avec la simplicité des temps. Il ne K nous rendit nullement notre salut, se tourna vers K son miroir de toilette, suspendu à sa croisée, don-

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« nant sur la cour, puis, alternativement, vers tine a petite glace destinée sans doute à orner sa cheminée, fc mais qui ne la garnissait nullement : il prit son cou- « teau de toilette, racla la poudre qui cachait son « visage, en respectant soigneusement les angles de « sa coiffure; il ôta ensuite son peignoir, qu'il plaça « sur une chaise tout près de nous, de façon à salir nos « habits, sans nous demander aucune excuse et sans « même avoir l'air de faire attention à notre présence. « Il se lava dans ime espèce de cuvette qu-il tenait « à la main, se nettoya les dents, cracha à plusieurs « reprises à terre sur nos pieds, sans nous donner « aucime marque d'attention et presque aussi direc- « tement que Potemkine qui, comme l'on sait, ne se « donnait pas la peine de détourner la tête, et, sans « avertissement ni précaution, crachait à la face de {( ceux qui se trouvaient devant lui. (i) »

Barras, naïvement, ne dissimule pas le mépris du dictateur; cela marque la véracité involontaire de son récit, car il est généralement moins sincère.

(( Je n'ai rien vu d'aussi impassible dans le marbre « glacé des statues ou dans le visage des morts déjà « ensevelis ( ! ). Il n'y a qu'une figure apparue sur la « scène politique qui, depuis, m'ait rendu l'idée que « j'eus alors de cette insensibilité d'im vivant qui le « dispute à la mort, et même l'emporte sur elle.

(1) Mémoires de Barras, pp. 150-151,

« Cette insensibilité fut-elle un don de nature dans le « personnage actuel, comme dans celui qu'on verra « dans la suite? ou fut-elle l'acquisition d'un carac- (( tère déjà pervers et perfectionné par les calculs de « ce que nous appelons la civilisation? Toujours « est-il bien certain que la ressemblance physique « que j'ai trouvée entre Marat et Bonaparte, en rap- (( prochant les deux individus sous le rapport de leur « mouvement perpétuel et de cette espèce d'ébuUi- « tien qui les caractérisait, il est, dis- je, bien certain « que, sous le rapport contraire — celui de l'insensi- « bilité absolue et en quelque sorte de l'examination « pendant la vie — Robespierre et le personnage iden- « tique qui viendra plus tard dans le cours de ces « Mémoires (Talleyrand), sont les deux plus éton- « nantes ressemblances que l'histoire puisse recueil- « lir.

« Voilà quelle fut notre entrevue avec Robespierre. « Je ne puis l'appeler un entretien, puisqu'il n'ouvrit « pas même la bouche, il se pinça seulement les lèvres, « déjà fort pincées, sur lesquelles j'aperçus ime « espèce de mousse bilieuse qui n'était nullement ras- « surante. J'en avais bien assez : j'avais vu ce que (( depuis, avec beaucoup de justesse, on a appelé le « Chat-Tigre. Pourquoi faut-il qu'après avoir rappelé a des traits aussi durs de cette physionomie rébar- « bative, implacable, je sois forcé de répéter encore que « les contemporains à qui il a manqué de cpnnaître

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« la personne physique de Robespierre, ne peuvent (( en avoir une idée plus juste dans tout son ensemble « de traits, de figure, d'habitudes, de coiffure poudrée, « soignée, de vêtements recherchés, qu'en regardant « l'autre personnage qui, lui aussi, jouera, mais plus « longtemps que Robespierre, un grand rôle sur la K scène du monde (Talleyrand)... etc (i) »,

Tel est l'aspect physique du personnage.

Voyons à présent le caractère que lui perçoit un autre contemporain, Fouché, beaucoup plus fin que Barras et qui fut le seul vrai « tombeur » de Robespierre, avant d'être le plus redouté contemporain de Napoléon — qu'il joua d'ailleurs avec tme subtilité sans égale,

« Ive maître, c'est Maximilien Robespierre. Le 5 avril, a la mort de Danton l'a sacré roi. Son pouvoir a été « contesté, menacé, tenu six mois en échec. Sa diplo- « matie tortueuse plus qu'audacieuse l'a fait omnipo- « tent, et ses amis le portent sur le pavois. Il a sapé des « géants : Vergniaud, appuyé sur les départements, « Hébert, sur la Commune de Paris, Danton sur la « Convention elle-même.

« L'Assemblée est terrorisée, la Commune vaincue, « changée, toute à la dévotion du nouveau maître. « Dès lors, celui-ci jouit de cette 'popularité mons- « trueuse dont parlent avec une terreur persistante,

(I) Mémoires de Barras, pp. 150-151 .

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