‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 8 sur 48 · I,A BEI.I.B I^AI^I^N · texte numérisé non relu

I,A BEI.I.B I^AI^I^N

Paris, après une courte stupeur, se dresse tout entier, furieux des affres qu'il a subies, parce qu'il les croit supprimées sans retour par l'extermination du « tyran » dans lequel il incarnait les tueries.

Tandis que les terroristes et les massacreurs, effarouchés, rentrent un moment dans leurs « repaires », Paris pousse tm énorme cri de vindicte, rendu avec éloquence par les frères de Concourt dans un simple relevé des publications de toutes natures qui traduisirent alors le sentiment public.

« Ce n'est que le lendemain, ce n'est que le 10 ther-

« tué dès le lendemain. Un jour se passa encore dans une « morne attente. J'aiîai loin au-devant du courrier, je l'atten- « dis vainement plusieurs heures, ce retard inaccoutumé, «m'annonça qu'une catastrophe avait éclaté, le résultat en « était-il suivant mes vœux ? je ne sais pourquoi j'écartais de « mon esprit toutes les chances contraires, quoiqu'elles eus- « sent encore un terrible degré de vraisemblance. Robespierre « rejeté par la Convention, serait-il abandonné par un peuple « qu'il avait rendu son complice ? Mais quand on renaît à « une espérance longtemps éteinte, on s'y livre avec un trans- « port que rien ne peut plus maîtriser. Il arrive enfin, le « courrier tant désiré, et les mots qu'il a jetés sur son passage « semblent avoir rendu la parole et la vie à tout un peuple « pétrifié. Cette joie universelle est le plus sûr témoignage que « Robespierre n'est plus. Le courrier a osé en donner l'assu- « rance, qui pourrait en douter ? Bientôt on voit sortir des « diligences et, d'un grand nombre de petites voitures, des hom- « mes empressés de faire connaître avec détail un événement « qui paraît la délivrance et la résurrection universelle. La foule « s'accroît et l'ivresse redouble.

a Tous ces passants qui la veille s'éloignaient l'un de Pautre « avec tous les signes d'un effroi réciproque, se reconnaissent « «t s'apostrophent comme de vieux amis. On voit que la

« mîdor, quand tout Paris a vu dès le matin, l'aube qui « blanchissait l'effigie sacrée de Sylla traînée dans les « ruisseaux de la rue Saint-Honoré, que Paris, que la « France, éclate en un cri, en un millier, en un milJion « de cris : Mort aux Jacobins ! Du sang ! demandent (( toutes les voix, du sang ! demandent toutes les « plumes, du sang ! demandent tous les deuils, et de « toutes ces portes, veuves d'un hôte, où l'ange exter- « minateur a laissé une trace de son doigt rouge, sort « l'ombre d'un fils mené par le père, d'im père mené « par un fils qui murmure : « Mort aux Jacobins ! »

« Les presses, si longtemps muettes, n'ont pas assez « de bras, les papeteries ruinées n'ont pas assez de « papier, les colporteurs anhélants n'ont pas assez « d'haleine, pour livrer aux maudissements de la posa térité les mille feuillets de ce gouvernement de la

« Terreur une fois sortie des âmes, ne pourra plus y rentrer. « Découvre-t-on quelque vieux jacobin, quelque membre de « comités ou de clubs révolutionnaires, on lui fait longtemps a subir le supplice de l'allégresse commune, on le poursuit X par tous les détails d'une exécution inexorable, qui compre- « nait quarante ou cinquante des amis de Robespierre. On « n'était plus effrayé du nombre des tyrans qui survivaient « encore et qui même dominaient dans le Comité de salut pu- « blic. La manière dont le 9 thermidor était compris par le « peuple ajoutait à la chute du tyran celle de la tyrannie « même, et dès ce jour, les Billaud-Varennes, les Collot-d'Her- « bois, les Vadier durent se sentir noyés dans le sang qu'eux- « mêmes venaient de répandre (1). »

(1) Dix années tPipreuves pendant la Rivoluiion, par Ch I^acrbtelxjb,

pp. i8o-i8a.

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« mort. Et partout, là où ils avancent la tête, inquiets « et tremblants, les frères coupe-tête ne rencontrent « que guillotines dressées par la presse vengeresse.

« Citoyens, entendez, entendez crier :

« L'agonie des Jacobins, les grandes litanies des « Jacobins avec leur mea culpa. Coupez les griffes au « parti féroce. Le cri de la vengeance ou V alléluia des « honnêtes gens. Dénonciation contre les intrigants des « Jacobins. Les c.„ des Jacobines visités par le peuple. « La mesure d'habits pris aux Jacobins. Donnez-nous « leurs têtes ou prenez les nôtres par Martainville. Les « Jacobins convaincus d'imposture. Les crimes des Jaco- « Uns. Les Jacobins d'aujourd'hui rappelés à l'ordre « par un jacobin d'autrefois. Les Jacobins sont /... et a la France est sauvée. L'enterrement des Jacobins ou le « sang des patriotes qui Grie vengeance. Je ne suis plus « jacobin et je m'en /... ou entretien de Tranche-Monts, tagne avec Brise-Raison. La grande détresse des Jaco- « bins qui n'ont plus le sol ou avis aux valets des « émigrés pour aller échanger leurs douze francs contre « une carte de jacobins. La pelle au c... des Jacobins « léguée par Jean- Jacques Rousseau au peuple français, « par Dusaulchoy. Gare le mors aux dents. Grande décou- « verte d'un affreux complot des Jacobins. Toute la « vérité ou l'histoire impartiale des Jacobins. Les Jaco» « bins aristocrates, fédéralistes et contre-révolutionnaires. « Les Jacobins assassins du peuple. Les Jacobins hors « la loi. ))

Sur le passage des charrettes qui conduisaient à réchafaud Robespierre et les vingt premiers Jacobins abattus par la réaction thermidorienne, la population s'est ruée en habits de fête, tant elle est réjouie. Des toilettes aristocratiques, dont on avait perdu le souvenir, ont reparu aux fenêtres comblées de spectateurs avides et rayonnants. Le soir on a dansé partout. Des gens qui ne se connaissaient pas se félicitaient et s'embrassaient en pleurant de joie dans la rue. (Journal des hommes libres, 13 thermidor.)

Et le lendemain, pendant que les crieurs de pamphlets hurlent les placards spontanés qui vouent « la queue de Robespierre » aux gémonies, l'ivresse de la joie publique redouble.

Il n'est bruit que des détails de la fin du dictateur et de ses derniers auxiHaires, car tous ceux qui n'ont pu s'en repaître sont avides de les connaître et cinquante mille témoins de leur supplice sont harcelés de questions.

On colporte avec non moins de zèle les comptes rendus de la fameuse séance du 9 dont le Moniteur ne peut donner qu'im pâle reflet — d'une authenticité d'ailleurs plus que douteuse.

Mais l'imagination des narrateurs complète ce qu'ils ont entendu dire. L'opinion cristallise en ime forme simplifiée, presque schématique — parce que plus saisissante — l'indescriptible désordre, l'inexprimable cacophonie de la fameuse séance dans laquelle tomba

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