AGNÈS DE MÉRANIE
était resté. Deux mois s’écoulèrent. Aynès mit au monde un fils, qu’on appela Tristan, à cause des circonstances douloureuses dans lesquelles il naquit ; et , n’ayant plus rien alors à espérer, elle mourut en prononçant le nom du Roi. Son fils ne lui survécut que peu de jours. »
Philippe ne se consola pas de la mort d’Agnès. Il supplia le Pape de légitimer les deux enfants qu’elle IuL avait donnés, et Innocent III se rendit à ses désirs:
<t Notre cher fils Philippe, dit la bulle du souverain Pontife, n’ayant d’autre enfant qu’un fils et une fille, a procréé avec une femme noble, nommée Agnès, fille du duc de Méranie, aujourd’hui décédée, plusieurs enfants; il nous demande que nous les légitimions. C’est pourquoi, de l’avis de nos cardinaux, et considérant que le Roi a cru que cette Agnès était son épouse légitime jusqu’à ce que nous ayons décidé le contraire, nous légitimons les enfants susdits, pour faire plaisir à leur père et pour faire le bien du royaume de France, n La force morale avait triomphé de la puissance matérielle, Innocent III était apaisé.
Néanmoins il poursuivit avec rigueur les barons et les prélats qui avaient hésité à accomplir scs ordres. Hugues de Noyer, évêque d’Auxerre, élu à l’unanimité archevêque de Sens par le chapitre, vit sa nomination rejetée par le Pape. L’archevêque de Reims, les évêques de Chartres, d’Orléans, de Meaux, de N'oyon et plusieurs autres furent contraints d’aller à Rome implorer leur pardon. Ils ne l’obtinrent qu’après une dure pénitence.
38 REINES LÉGITIMES ET REINES D'AVENTllRE.
Le concile qui devait prononcer sur le divorce se réunit à Soissons. Ingeburgc s’y présenta « dans ses plus beaux atours, afin de dissimuler les ravages du temps. » Elle descendit à l’abbaye de Notre-Dame de Soissons, u et les religieuses s'empressèrent de la festoyer, comme cela convenoit pour une royne de France. » Les envoyés du Danemark se rendirent également au concile. Il dura quinze jours et semblait devoir s’éterniser, quand un matin Philippe Auguste arrive à cheval sans être attendu, fait monter Ingeburgc derrière lui et quitte la ville au galop, en donnant l’ordre d’annoncer aux prélats qu’il reprend sa femme. Ce procédé, d’un souverain plus expéditif que poli , mettait fin de plein droit au concile. Mais, aussitôt que les évêques se furent dispersés, Philippe-Auguste renferma de nouveau la Reine dans le château d’Ktampes et refusa de la voir, a prétendant que le diable s’interposait entre lui et Ingeburgc, et qu’à force de maléfices, il l’empêchait de pouvoir aimer sa femme, n Longtemps il conserva pour elle la même répulsion. Pourtant, on dit que vers 1212 il consentit à la recevoir définitivement, aux sollicitations pressantes , réitérées et quelquefois menaçantes d’innocent III. Mais il n’en regretta pas moins jusqu’à sa mort « la femme de son cœur, l’àme de son âme, » la belle Agnès de Méranie.