CHRISTINE DE PIS A Y
L’histoire du talent en lutte avec les exigences maté' rielles est devenue de nos jours une histoire vulgaire ; mais , étudiée dans les siècles reculés , lorsque la carrière des lettres n’était point encore envahie, elle offre, ce me semble, un intérêt curieux et attachant.
Christine de Pisan naquit à Venise en 13C3. Son père, Thomas de Pisan , était conseiller de la République et l’un des plus habiles astrologues de l’époque. Or, l’astrologie était alors en grande considération; nies clercs, les grands chappes et chapperons fourrés et les grands princes séculiers n’osoient rien faire de nouvel sans le commandement et la sainte élection de l’astrologue. » Sollicité en même temps par le Roi de France et le Roi de Hongrie, Thomas céda aux instances de Charles V, et le désir de voir l’Université l’aineua à Paris; seulement il ne consentit à s’expatrier que durant une année et laissa sa famille à Bologne. Mais Charles V prisait fort l’astrologie; il ne voulut pas laisser échapper un aussi habile homme, et insista pour que Thomas appelât près de lui sa femme et ses enfants. Christine
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vint donc en P’ rance au mois de décembre 1308; elle fut présentée à Charles V au Louvre, elle et sa mère, magnifiquement habillées à la lombarde, et le Roi les reçut fort gracieusement.
Dès lors Christine fut élevée et vécut à la cour, où elle eut sa part de royauté. Son père rêva une brillante fortune pour sa fille, et, lui voyant de rares dispositions d’esprit, il lui fit apprendre le grec, le latin et plusieurs langues vivantes. Comme elle était fort jolie, on s’empressa auprès d’elle, on l’admira; et à peine avait-elle quinze ans que déjà de jeunes seigneurs demandaient sa main.
Nommé au conseil du Roi , pourvu de bonnes pensions s’élevant au moins à sept cents livres de notre monnaie et doublées largement par les gratifications, Thomas de Pisan ne se laissa point éblouir par l’orgueil, et résolut, avant toutes choses, d’assurer le bonheur de sa fille. Au milieu des seigneurs empressés près de Christine, il lui choisit pour mari sérieux Etienne du Castel, gentilhomme de Picardie, chez lequel le savoir, la probité et la naissance rachetaient, aux yeux de Thomas, l’absence de fortune. Le roi donna pour dot à Etienne une charge de notaire et le nomma son secrétaire particulier. La jeune fille accepta cette union avec joie. Dans ses œuvres, elle en parle ainsi : « Le temps vint que je approchai de l’àge auquel on veut les filles prendre un mari; quoique fus-je encore jeunette, et nonobstant que par chevaliers, autres nobles et riches clers, fusse de plusieurs demandée (et cette vérité ne