‹ Reines Legitimes Et Reines D'AventureChapitre 26 sur 38 · IK · texte numérisé non relu

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Roi lui-même, u elle éloit habituellement douce, gracieuse, et d’humeur complaisante, sans être têtue ni acariâtre. »

Plus d'une fois Sully eut à lutter contre sou maître à propos de mariage. Après la mort de (iabricllc, Henri IV s’éprit de mademoiselle Henriette d’Eulragues, depuis marquise de Verneuil et fille du sieur de Balzac et de Marie Touchet, ancienne maîtresse de Charles IX. « Coquette, raffinée, rusée, elle fut le contraire de Gabrielle, et ne céda aux désirs du Hoi que lorsque celuici lui eut promis de l’épouser dans l’anncc où elle lui donnerait un fils. » Henri IV présenta à Sully Pacte de promesse de mariage et lui demanda son avis. Sully, craignant de laisser éclater toute son indignation et de manquer de respect au Roi, le pria de lui accorder jusqu’au lendemain pour réfléchir, « Parlez librement , dit Henri 11 , je le veux , je vous l’ordonne. — Vous le voulez, sire, répondit Sully, et, quoi que je puisse dire ou faire, vous promettez de ne pas vous en fâcher? — Oui, oui, dit Henri IV ; aussi bien, n’en sera-t-il ni plus ni moins. » Sully prit alors l’acte de mariage des mains dn Roi et le mit en pièces , en disant : o Sire , voilà mon avis , puisque vous voulez le savoir. — Etes-vous fou ? s’écria Henri IV. — Il est vrai , sire , et plût à Dieu que je fusse le seul en France ! » Le Roi sortit courroucé. Quelques jours après, il nommait Sully grand maître d’artillerie.

Henri IV savait se vaincre lui-même et ne se montra faible qu’en amour; a aussi, dit Mathieu , demandoit-il

instamment à Dieu de lui donner victoire sur ses passions et surtout sur la sensualité. »

S’il faut en croire la chronique, Gabrielle ne se montra pas toujours d’une irréprochable fidélité envers le Roi. lin jour, à Fontainebleau, Praslin, capitaine des gardes du corps, proposa à Henri IV de lui faire surprendre madame de Deauforl en rendez-vous avec llellegarde. Le Roi accepta. La nuit suivante, Praslin s’en fut le réveiller et le conduisit à l’appartement de la duchesse. Arrivés tous les deux à la porte : « Entrez, sire, dit Praslin, et ne vous en rapportez qu’à vos propres yeux. — Ventre-saint-gris ! répondit le Roi après un instant de réflexion , je m’en vais et n’entrerai pas , je eraindrois de trop la fâcher. » Peut-être Henri IV, médiocrement susceptible en pareille matière, ne se faisaitil pas illusion sur lui-même, et eùt-il trouvé déplacées de sa part de trop grandes exigences. En effet, le travail et le plaisir lui avaient fait une vieillesse prématurée; ses cheveux achevaient de blanchir, son visage était maigre , son front entièrement ridé , et les daines de la cour ne le flattaient plus. « L’amour ne peut pas se nicher entre ce nez et ce menton se mêlant l’un à l’autre, n répétait hautement madame de Rohan. Et, plus tard , madame de Verneuil lui disait à lui-même : a Que bien lui en prenoit d’être roi , car sans cela on ne pourrait le souffrir. »

Henri IV, malgré l’infidélité de Gabrielle, malgré les conseils de Sully et les conséquences funestes et prévues d’une semblable union, n’en persistait pas moins

GABRIKLLK D'KSTHÉKS

à vouloir épouser la duchesse. Il avait envoyé à Rome M. de Sillery pour presser son divorce avec Marguerite, et, si le pape ne rendait pas une réponse favorable, il était décidé à faire célébrer son mariage à la Quasi modo, u Mais Dieu prenait soin de le tirer toujours du mauvais pas où il s’étoit engagé, lorsque les hommes n’y pouvoient plus rien et eu désespéraient. »

La semaine sainte de l’année 1591) était commencée; Henri 11’, u désirant rester seul à Fontainebleau à l’approche des grandes solennités , et voulant aussi que madame de lieauforl s’attirât le respect du peuple en faisant publiquement ses pâques « , la pria de se rendre à Paris.

Gabrielle allait devenir mère pour la quatrième fois. Elle partit , et le Roi monta à cheval et accompagna sa litière jusqu’à Melun. Au moment de se séparer, de secrets pressentiments s’emparèrent de l’esprit de Gabrielle. Les yeux remplis de larmes , elle recommanda au Roi ses enfants et se jeta à plusieurs reprises dans ses bras. Henri IV avait fait préparer un bateau, afin que madame de Beaufort éprouvât moins de secousses durant le voyage. Il la confia aux soins de M. de Monlbazon et retourna à Fontainebleau.

A Paris , Gabrielle descendit chez Zamet , près de l’Arsenal. Fils d’un cordonnier de Lucques, tour à tour valet de garde-robe de Henri III, financier de la Ligue et familier de Mayenne, Zamet était devenu fort riche et confident de Henri IV, auquel il prêtait de l’argent pour le jeu et pour la guerre et sa maison pour des rendez-vous.

Zaïnet ('‘tait, en outre, l’ami et k protecteur des artistes et des écrivains, comme tous les parvenus de l’époque. — On ne saurait dire l’aide apportée de tout temps aux lettres et aux arts par la vanité.

Le 8 avril, Gabrielle u dîna bien; on la traita des viandes les plus friandes et les plus délicates que son bote savoit être le plus de son goût ; » elle se rendit ensuite à ténèbres, au petit Sain (-Antoine. A son retour elle mangea une orange en se promenant dans le jardin ; mais aussitôt elle fut saisie de douleurs d’entrailles et de convulsions, u Qu’on me retire de cette maison ! » s’écriait-elle. Elle pria de la transporter chez sa nièce, madame de Sourdis, près de Saint-Germain l’Auxerrois; elle espérait pouvoir se rendre de là au Louvre, où le Roi ne manquerait pas d’aecourir. Madame de Sourdis était k la campagne ; elle revint à la hâte , et reçut chez elle la duchesse. Mais la fatigue de la roule redoubla le mal de Gabrielle et avança sa mort. Elle essaya d’écrire au Roi ; ses souffrances ne lui permirent pas d’achever. Elle reçut l’extrême-onction et mourut le samedi 10 avril, à sept heures du matin. Durant la maladie, sa beauté s’altéra et disparut entièrement dans les angoisses de l’agonie, u Sa bouche étoit tournée vers la nuque du cou , et elle-même devenue si hideuse , qu’on ne pouvoit la regarder qu’avec horreur. » On fit l’autopsie du cadavre, et on pensa que le poison n’était pas étranger à cette fin prématurée. Gabrielle avait vingtneuf ans.

En apprenant la maladie de la duchesse, Henri IV partit à l’instant pour Paris. A Villejuif, informé qu’elle avait

GABRIELLE D'ESTREES.

probablement cessé de vivre, il se laissa reconduire à Fontainebleau , oii la nouvelle de la mort de Gabrielle parvint presque en même temps que lui.

La douleur du Roi fut profonde et sincère. Il s’écria « que la racine de son amour étoit morte et qu’il ne vivrait plus désonnais que pour son royaume. * 11 prit le deuil réservé aux princesses du sang , le noir d’abord, le violet ensuite. Toute la cour suivit son exemple. Un service solennel fut célébré dans l’église de Saint-Germain l’Auxcrrois ; on porta ensuite en grande pompe le corps de la duchesse à l’abbaye de Maubuisson , près de Pontoise.

Gabrielle d’Estrées fut la plus aimée des maîtresses de Henri IV. Elle possédait un caractère alfablc, poli, sans hauteur et sans arrogance. Les courtisans n’avaient point eu à se plaindre d’elle; ils lui accordèrent de sincères regrets. Mais, quand ils entendirent le Roi jurer qu’il n’aurait plus d’amour, ils secouèrent la tête en souriant. En effet, Gabrielle mourut au printemps, et, l’été suivant, Henri IV était follement épris de mademoiselle d’Entragues. L’amour ne pouvait pas plus mourir en son cœur, que le Roi — dans ce temps-là — ne pouvait mourir en France.

Nos pères chantaient Vive Henri IV et ta belle Gabrielle; nous avons, depuis lors, chanté bien d’autres gloires et d’autres amours. L’avons-nous toujours fait avec la même foi? l’avons-nous fait surtout d’aussi bon

cœur?

LA MARÉCHALE D'AXCRK.

C’est là le récit d’une des fortunes les plus rapidement élevées et les plus rapidement abattues de notre histoire. Concini mit trois ans à devenir maréchal de France; trois ans après il était assassiné. Ce n’est point sans motif que le maître souverain des empires jette ça et là, à travers la vie des nations, de ces exemples terribles qui devraient instruire, — et n’instruisent jamais.

En apprenant la mort de Henri IV, Marie de Médicis sortit de son appartement et dit froidement au chancelier de Sillery : u Le Roi est mort ! — Madame , répondit aussi froidement le chancelier, Votre Majesté m’excusera, le Roi ne meurt pas en France. » IVEpernon se rendit au parlement, et, plaçant la main sur la garde de son épée : « Elle est encore dans le fourreau, s’écria-t-il, mais il faudra qu’elle en sorte, si l’on n’accorde pas dans l’instant à la Reine un titre qui lui est dû , selon l’ordre de lu nature et de la justice. » Et Marie de Médicis fut nommée régente.

La politique de Henri IV fut abandonnée. 11 n’en

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