‹ Reines Legitimes Et Reines D'AventureChapitre 27 sur 38 · I.A MARÉCHALE D’ANCRE · texte numérisé non relu

I.A MARÉCHALE D’ANCRE

pouvait être autrement avec une femme pour régente et un enfant pour roi. Sully se relira de la cour devant les railleries des jeunes courtisans , qui se moquaient de ses manières et de ses habits : « Sire, dit-il à Louis XIII avec indignation, quand le Roi votre père, de glorieuse mémoire, me faisait l’honneur de me consulter, auparavant il donnait l’ordre de sortir aux boudons et aux baladins de cour. » — Il portait toujours suspendu à son cou une large médaille sur laquelle était gravée la figure de Henri IV, qu’il n’appelait que son bon maître; il la prenait plusieurs fois le jour, la contemplait, la baisait et levait vers le ciel des yeux baignés de larmes. On alla jusqu’à vouloir l’accuser dans sa gestion des affaires. Marie de Médicis comprit ce qu’il y avait là d’indigne pour son gouvernement;, et, sans renoncer à taquiner l’ancien ministre, elle répondit en faisant ordonnancer à son profit un don de trois cent mille francs en récompense de ses services. Sully écrivit alors à la régente la lettre la plus fière que jamais ministre tombé ait adressée à un souverain.

Alors la cour lut livrée à l’intrigue et aux filetions. On pilla le Trésor; l’épargne laissée par Henri IV, s’élevant à douze millions, fut distribuée aux mécon- « tents, et l’argent s’écoula, dit Sully, comme l’eau par Hue ouverture. » Concini en recueillit sa bonne part.

Concini dut son élévation à sa femme. Léonora Galigaî, née dans la dernière classe du peuple, était la fille de la nourrice de Marie de Médicis. « Concini, dit Ri-

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chelieu, appartenait ù une bonne maison de Florence; son père avait été gouverneur de don François de Médicis, père de la Reine mère, n Léonora avait suivi sa maîtresse eu France lors de son mariage avec Henri IV, et Concini, amoureux de Léonora, ne l’avait pas quittée. La cour passa l’été à Fontainebleau; et souvent Concini parlait à pied de Paris pour voir celle qu’il voulait épouser. Un soir, il s’arrêta à Melun , demanda l’hospitalité à Barbin, procureur dans cette ville, et lia connaissance et amitié avec lui. Barbin se montra empressé près de l’Italien, lui offrit sa maison comme lieu de rendez-vous avec Léonora , et , prévoyant peutêtre l’élévation prochaine de la future maréchale, u il lui envoya galamment, et plus d’une fois, les plus beaux fruits de son jardin. »

Concini épousa Léonora au commencement de la régence. Léonora n’était pas jolie; elle avait un caractère altier et morose, mais une force de volonté sans égale : quand elle voulait, nul obstacle ue pouvait l’arrêter, même un instant.

Elle voulut que Concini devint gentilhomme de la chambre, marquis d’ Ancre, lieutenant général de Picardie, ce qui lui coula six cent cinquante mille livres, — et Concini fut tout cela. 11 lui fallait de l’argent , elle trafiqua ouvertement des arrêts du conseil ; elle fit changer dans les expéditions des affaires civiles U prononcé des juges; elle délivra, contre toutes les formes, des lettres de répit , de rap(>el de bans et de galères ; elle offrit aux coupables de les faire déclarer innocents,

LA MARECHALE D’ANCRE.

moyennant trois cent mille livres. Adroite, ambitieuse, tandis que son mari n’était que vaniteux, « savante en gentillesses près de la reine, « elle puisa son pouvoir dans son influence sur la régente. (Jette influence était souveraine. Léonora dominait la Reine par la force de l’habitude et la supériorité d’un esprit actif et inquiet sur uu esprit indolent et lourd. Marie de Médicis ne pouvait se passer de Léonora ; elle lui confiait ses projets, lui demandait conseil et se soumettait souvent aux volontés de sa favorite. Aussi la marquise d’ Ancre ne pouvait-elle comprendre que toute la France ne fût pas agenouillée à ses pieds. Lu jour, le jeune Roi jouait dans une chambre voisine, a elle le fit avertir qu’elle souffrait de la migraine et prier de ne pas continuer. » Louis XUl répondit que si la marquise ne se trouvait pas bien chez lui , elle pouvait prendre ailleurs un appartement, et que Paris était grand.

Il fallait que Léonora fût habile « et savante en gentillesses près de la Reine » , car celle-ci était d’une nature difficile à dominer et à conduire. Marie de Médicis, régente de France, avait une taille gracieuse, quoiqu’un peu forte, des bras admirables, des yeux vifs, et les joues légèrement pendantes. On la disait belle alors, bien qu’elle ne le fût pas sans restrictions, — mais une reine n’est jamais laide. Quant à son caractère, on en eût difficilement rencontré un plus allier, plus violent, plus entêté, plus grondeur et plus ami des querelles. Il lui était arrivé une fois de lever le bras pour frapper Henri IV, et , sans nul doute , elle

l’eût fait, si Sully ne fût survenu. Femme à l’ imagination ardente, elle se trouva toujours par l’intelligence au-dessous de son ambition ; et Richelieu , son protégé , peut aroir été ingrat envers elle, Richelieu, ministre du Roi, ne fut que juste.

Concini, aux yeux de Léonora, n’était point encore assez grand; il lui fallait un titre pompeux pour couvrir sa fortune. Elle le fit nommer maréchal d’ Ancre, en 1C13. Concini n’avait jamais porté les armes; on dut renoncer pour lui à l’antique usage suivant lequel le nouveau maréchal se présentait au parlement, précédé d’un avocat , qui devait exposer ses titres et ses liants faits.

I.c peuple murmura; on fit un pamphlet sur la livrée du nouveau maréchal :

Zinzolin , jaune et noir est la conlrnr funeste D'un flasque Florentin, <lu royaume «le peste;

Le jaune est l'or ilu Roi, volé en mille endroits;

Le rouge zinzolin est le sang qui soupire ;

Et le noir est le deuil île tous les bons François De voir par un faquin renversé notre empire.

I.es grands formèrent un parti des mécontents, qui s’appuya sur les protestants pour rallumer la guerre civile. C’était l’alliance de l’ancienne faction féodale et de la réforme religieuse du seizième siècle. Ces mécontents n’avaient en vue que des intérêts personnels, nullement le bien de l’Etat. Ceux-ci voulaient dominer dans le conseil, ceux-là voulaient des provinces, des

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