‹ Reines Legitimes Et Reines D'AventureChapitre 32 sur 38 · I.a rime le veut toutefois · texte numérisé non relu

I.a rime le veut toutefois

Je pensois que ee pauvre .Amour,

(Jui toujours vous prêta ses armes,

Est banni loin de votre cour.

Sans ses traits , son arc et ses charmes ;

Et ce que je puis profiter ' ;

En passant près de vous ma vie ,

Si vous pouvez si mal traiter Ceux qui vous ont si bien servie.

Je pensois, — car nous autres portes .Vous pensons eitravagammcnt , —

Ce qne, dans l'humeur où vous êtes,

Vous feriez, si, dans ce moment,

Vous avisiez en cette place Venir le dur de Buckingham ; i Et lequel serait en disgrâce ,

De lui ou du Père Vincent.

La Reine sourit; elle voulut avoir les vers de Voiture et les conserva.

Anne d’Autriche mourut en 1GGG. En 16(53, elle fil une première maladie; Louis XIV, à son tour, prodigua à sa mère les soins les plus affectueux. La nuit, il se faisait apporter un matelas qu’on plaçait à terre dans la chambre de la Reine. Il se jetait là tout habillé, se levait au moindre cri et aidait lui -même à la changer de lit. .Anne revint à la vie, mais elle ne fit plus que languir. Elle était attaquée d’un cancer au sein. Elle racontait souvent «qu’ayant vu co mal à des religieuses, elle l’avait toujours particulièrement redouté ; mais que si Dieu permettait qu’elle en fût atteinte, elle devait prendre patience, il était le maître, on devait le bénir en tout temps. » Ses médecins, Séguin et Vallol, conservant peu d’espoir de la sauver, elle appela près d’elle un pauvre prêtre de village, nommé Gendron, qui soignait les malheureux. Mais la science fut impuissante à prolonger ses jours.

« Mes mains conimenccut à entier, dit-elle en regardant ces belles mains tant admirées; il est temps de partir. »

L’abbé de Montaigu l’avertit que la mort approchait.

« Vous me faites plaisir, répondit-elle ; ce sont là les plus solides et les plus véritables marques de l’amitié. »

Le Roi resta longtemps avec elle. « Ma mère, s’écriaitil avec des sanglots , je voudrais souffrir au moins la moitié de votre mal! — Mon fils, répondait Anne, cela ne serait pas juste ; Dieu veut que je fasse pénitence; il faut présentement que je satisfasse à ce qu’il ordonne , c’est à moi à souffrir et non pas à vous. » Elle avait

ANNE D’AUTRICHE

toujours recherché « les aises de La vie et du corps , et les bonnes senteurs avec passion » ; elle n’en supporta pas moins une opération douloureuse avec une patience et un courage héroïques. Elle causait, souriait, et consolait ainsi ceux qui pleuraient : « Pourquoi , vous autres qui m’aimez, souhaitez-vous que je vive? ne voyez-vous pas que ma vie ne saurait plus être qu’une souffrance continuelle? »

On lui apporta le viatique; le Roi, la Reine, Monsieur, Madame se rendirent au-devant du prêtre. Elle bénit scs enfants, parla encore à Louis XIV et dit à l’archevêque d’Airch : « Hélas ! ce sacrifice est peu ' de chose! j’estime ma couronne comme de la boue, » Elle dit encore : a Si je m’endors, réveillez-moi , je ne veux pas mourir sans y penser; » et elle expira le 20 janvier, entre quatre et cinq heures du matin.

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