‹ Reines Legitimes Et Reines D'AventureChapitre 33 sur 38 · LOUISE DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

LOUISE DE LA VALLIÈRE

Ce n’est point un roman, c’est tout un poëme, — une douce et mélancolique image, inimitable modèle de dévouement et d’affection sincère, désintéressée, craintive ct silencieuse. Et pourtant c’est aussi de l’histoire. L’esprit favorablement prévenu, l’imagination exigeante peuvent l’aborder sans crainte des désillusions. Telle on l’entrevit dans son rêve, telle on la retrouve dans la réalité. Elle restera comme type de l’amour humain le plus entier, le plus profond, le plus vrai, en dehors des emportements et de la fougue tapageuse de la passion. Ce ne fut pas au Roi au milieu de sa puissance, entouré de ses courtisans, de ses guerriers, de ses artistes de génie, qu’elle donna son cœur; ce fut Louis, le jeune et beau gentilhomme, qu’elle aima. Seul entre tous, Louis XIV a le droit de revendiquer un semblable amour ; à lui seul peut-être parmi le# rois une femme a dit : a Sire, je vous aurais aimé sans couronne. » A la cour, nous la voyons se tenant à l’écart et n’employant son

LOl’ISK DE LA VALLIERE

crédit que pour venir en aide aux malheureux. « Petite violette qui se cachoil sous l’herbe, dit madame de Sévigné, et qui étoit honteuse d’être maîtresse, d’être mère, d’être duchesse : il n’y en aura jamais sur ce moule. » Et, plus tard , au cloître, nous la retrouvons indulgente aux misères du monde et pardonnant à ceux qui l’ont lait souffrir.

Tout est doux en elle, jusqu’à son nom. Louise de La Vallière, fille de La Baume Le Blanc de La Vallière, descendant d’une famille distinguée du Bourbonnais établie en Touraine, naquit en 1644. Sa mère épousa en secondes noces M. de Saint-Remi, premier maître d’hôtel de Gaston, duc d’Orléans. Louise fut élevée à Orléans et puis à Blois , au milieu des fleurs , dans une ehambrette de pensionnaire. Elle était gracieuse et sage; et c’est avec de longs développements , plus empreints d’intérêt que de vérité historique, qu’on a dit sa première jeunesse passée près du vicomte de Bragelonne, qu’elle entrevit à peine et dont pourtant le souvenir suffisait, à tort, pour rendre Louis Xll’ jaloux.

A dix-sepl ans, nommée fille d’honneur de Madame Henriette d’Angleterre, elle vint à la cour en 1661. Là, tout était esprit, bonheur inconstant et faciles amours. Louise s’y fit aimer par sa droiture, ses instincts naturels pour le bien et sa modestie.

Les contemporains ont tracé de madame de La Vallière des portraits charmants, a Ses regards, dit la duchesse d’Orléans, avoient un charme inexprimable; sa taille étoit fine, sou maintien réservé. Quoiqu’un peu

boiteuse, elle dansoil à ravir ; très-mince, même un |kmi maigre, l’habit de cheval lui seyoit fort bien. « — « Elle était aimable, écrit madame de Motterille, et sa beauté ' avoit de grands agréments par l’éclat de la blancheur et de l’incarnat de son teint, par le bleu de ses yeux qui avoicnl beaucoup de douceur, et par la beauté de ses cheveux argentés qui augmentait celle de son visage. » Le portrait qu’en a laissé l’abbé de Choisy, dans ses Mémoires, est de tous le plus fidèle et le plus achevé i « Madame de La Vallière n’ était pas de ces beautés toutes parfaites qu’on admire souvent sans les aimer; et ce vers de la Fontaine :

Et la grâce, plus belle encor que la beauté,

semble avoir été fait pour die. Elle avoit le teint beau, les cheveux blonds, le sourire agréable, les yeux bleus et le regard si tendre et en même temps si modeste, qu’il gagnoit le cœur et l’estime au même moment. Au reste , assez peu d’espril , qu’elle ne laissoit pas d’orner tous les jours par une lecture continuelle. Point d’ambition, point de vues; plus attentive à songer à ce qu’elle aimoit qu’à lui plaire ; toute renfermée en elle-même et dans sa passion, qui a été la seule de sa vie. Préférant l’honneur à toutes choses, et s’exposant plus d’une fois à mourir, plutôt qu’à laisser soupçonner sa fragilité; l’humeur douce, libérale, timide; u’ ayant jamais oublié qu’elle faisoit mal, espérant toujours rentrer dans le bon chemin. Sentiments chrétiens qui ont attiré sur elle tous les trésors de la miséricorde, en lui faisant passer

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