‹ Reines Legitimes Et Reines D'AventureChapitre 34 sur 38 · LOUISE DE LA VALLIERE · texte numérisé non relu

LOUISE DE LA VALLIERE

une longue vie dans une joie solide, et même sensible, d’une pénitence austère. J’en parle avec plaisir; j’ai passé mon enfance avec elle. Nous avons joué ensemble plus de cent fois à colin-maillard et à cligne-musetle. » Louis XIV venait souvent chez Madame Henriette d’Angleterre, attiré, dit-on, par un sentiment plus doux qu’une amitié fraternelle. Madame de La Vallière l’y rencontra. Louis XIV était petit, mais d’une taille svelte, bien prise, et relevée par de hauts talons rouges. Son œil était brillant, doux, d’un bleu azuré, profond et impénétrable; sa voix accentuée et lente, son esprit vif, mais habitué déjà à la réflexion. La mode des perruques n’étant point encore adoptée, il portait une longue chevelure ehàtain-brun. Adroit dans tous les exercices du corps, il gardait toujours en public ce grand air, cette noblesse d’altitude qui le distinguèrent entre tous ceux de sa race, s’identifièrent avec lui et lui firent conserver, au milieu des désordres de sa jeunesse, une convenance, une dignité extérieure et de bon goût dont il ne se départit jamais.

Madame de La Vallière regarda d’abord le Roi avec admiration; bientôt elle l’aima en secret, et il lui échappa de dire « qu’elle aurait souhaité qu’il ne fût pas un grand monarque » . Louis XIV n’y prenait pas garde, lorsqu’un jour le duc de Roquclaure, l’homme le plus spirituel de la cour, s’adressant au Roi en souriant : « Sire, lui dit-il, La Vallière vous aime, et, ma foi, ce n’est pas un vilain choix qu’elle a fait là. — Quelle est donc celte fille, Roquclaure? répondit Louis XIV. —

La voilà, Sire. » Et, prenant Louise par la main, le duc la présenta au Roi en disant : «Venez donc, petite fille, qui n’en voulez qu’à de grands monarques, voilà votre glorieux amant ! » Même quand on s’appelle Louis XIV, de semblables aveux flattent toujours. (1 accueillit madame de La Vallière avec des paroles aimables et affectueuses; depuis lors, il la vit chaque soir chez Madame avec plaisir; il causa avec elle, et un jour on aperçut Louise parée d’un collier de perles et de boucles d’oreilles de diamants dont le Roi venait de lui faire présent.

Dans ce temps-là, Louis XIV construisait Versailles. Chaque roi de France avait eu son palais; il voulait avoir le sien en harmonie avec son idée majestueuse et régulière de la royauté. A Versailles, tout était à créer; Louis XIV créa tout. Comme Dieu, de rien il fit un monde. Le palais, les jardins, l’eau, les sites, les habitants, la vie même, furent improvisés d’une façon magique; ou apporta dans le parc des bosquets entiers; les plus beaux arbres des forêts de France s’y trouvèrent transplantés au poids de l’or. Un peuple de statues sortit de terre à chaque pas. Neptune, armé de son trident, fit jaillir les eaux accourant à travers les montagnes et les vallées. Diane, la déesse solitaire, fut placée à l’écart, « sous les traits de la chaste La Vallière ». Partout des allées ombreuses , des escaliers de marbre ; et, à l’intérieur, le maître déifié sous toutes les formes. Car Auguste, Titus, Alexandre, Hercule, Jupiter, c’est encore et toujours Louis XIV. La nature seule manque à Versailles. Tout y est factice; l’art s’y révèle de toutes

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parts. Dieu n’y a pas touché; et la main d’un roi, fût-il Louis XIV, n’égaiera jamais celle de Dieu. Aussi, en présence de cette merveille, un ennui monotone vient-il rapidement vous saisir. Et, quand deux ou trois fois l'an, les eaux et la vie reprennent, en passant, possession de cette solitude et qu’on suit machinalement la foule sous un brûlant soleil tombant d’aplomb sur les épaules nues des dieux de marbre, le cœur se serre, l’œil cherche en vain, au milieu de ces vastes pelouses, le inonde évanoui des courtisans et des belles femmes étincelantes de soie, de dentelles et de diamants, et l’esprit regrette les bois de Mcudon ou la forêt autrement royale de Saint-Germain.

Ce fut là — d’autres disent à Fontainebleau — qu’un soir le Roi trouva Louise au fond des jardins. La nuit était chaude, l’air étouffé, le ciel parsemé d’étoiles. Pas un pli sur la surface des eaux, pas un souffle dans les grands chênes. Elle marchait seule, au milieu de la poudre du soir, rêveuse et aspirant à longs traits le parfum des solitudes. Surprise, interdite à la vue du Roi, elle tomba à genoux , et fixant sur lui ses yeux bleus et limpides : « Eh bien, oui, Sire, lui dit-elle, je vous aime! pardonnez-moi. — Louise, relevez-vous,» répondit le Roi en lui tendant la main.

Et quelques jours après, madame de La Vallière errait aux mêmes lieux. Les arbres secouaient sur son front les gouttes de la rosée du matin ; ses pieds couraient sur le sable fin des allées et son cœur cherchait à fuir le remords qui la poursuivait déjà. Car, c’est là

un des caractères les plus saillants de celte nature faite pour le bien, Louise s’abandonnait à son amour, mais elle en ressentait sans cesse une confusion involontaire, u et chaque nouvelle faute lui coûloit autant que la première. y>

Tout souriait alors autour du Roi, et la légende Xec pluribus impur date de cette éjKique. Il aimait les fêtes et se plaisait au milieu de ces féeries que l’enthousiasme et l’adulation semaient sous ses pas. La vieille noblesse de province venait se ruiner à la cour, et Louis XIV achevait ainsi l’oeuvre de nivellement et de centralisation de Richelieu. En IG(!2 et en H>(>4, sur la place des Tuileries et devant les plus belles femmes du royaume, il donna deux carrousels en l’honneur de madame de La l'allière, qu’il avait créée duchesse. Il y parut lui-même et s’y fit remarquer j>ar son adresse et sa majesté.

A Versailles, c’étaient des concerts , des bals, des cavalcades, des danses et des ballets longuement décrits par Benserade, et dans lesquels figuraient Pallas, Vénus, Armide et Renaud, les Vertus et les Grâces. L’Été s’avancait sur un éléphant, l’Automne sur un chameau, l’Hiver sur un ours. Louis XIV, vêtu d’un habit de velours vert brodé d’argent, montait un cheval arabe et représentait le Printemps. Et puis, c’étaient encore l’embrasement de Troie et la Princesse d' Elidé, de Molière; et enfin, des feux d’artifice sur le bord des pièces d’eau et des masses de feu s’échappant tout à coup des endroits les plus opposés et les plus mystérieux des jardins.

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Madame de La l’allière assistait à ces fêtes, dont elle était la reine; plus d’une fois le Roi, l’entraînant loin de la foule, lui disait, en lui serrant la main, que tout cela était pour elle. Mais au. milieu de ces nuits enflammées, Louise restait pensive. Et quand les feux étaient éteints, quand les bruits du dehors avaient cessé, elle se tenait accoudée à sa fenêtre et jetait un regard distrait sur les étoiles qui brillaient au loin. Tout ce mouvement , toutes ces joies ne lui disaient rien ; c’était de son amour seul qu’elle avait besoin et dont elle voulait vivre.

Fouquet avait porté ses regards sur madame de La Vallière avant Louis XIV, et, malgré une offre de deux cent mille livres, il avait essuyé un refus indigné. Le 17 août 1661, il reçut le Roi à son château de Vaux, créé, comme Versailles, par magie. Les jardins en étaient dessinés par Le Nôtre, les galeries peintes par Lebrun, les statues sculptées par Puget. Cette nuit, que le surintendant paya de sa liberté, surpassa en enchantements tout ce qu’on avait vu jusqu’alors : on marchait à travers un palais d’or, en face du Vésuve en feu. Les Fâcheux de Molière y furent représentés pour la première fois. Louis XIV, déjà irrité contre Fouquet , fut tenté de le faire arrêter dans sa propre demeure. Il céda aux prières de quelques sages conseillers et consentit à attendre.

Pendant plusieurs années, l’amour du Roi pour la duchesse ne se démentit pas un instant. 11 voulut même un jour lui offrir des vers. Il écrivit une élégie , et, à son lever, il la montra au maréchal de Granunont, le

plus flatteur des courtisans. Xe se doutant pas qu’ils fussent du Roi : u Qui diable a pu écrire ces vers-là? s'écria en riant le maréchal. — L’est moi, lui répondit Louis XIV à F oreille; mais je n’en fera] plus. » il tint parole. Un autre jour, pressé par les affaires de l’Etat et désireux pourtant de répondre à une longue lettre de madame de La l’allière, il pria Ilangeau d’écrire à sa place. La réponse était galamment tournée; elle plut au Roi , qui trouva le moyen commode et en usa désormais. Par une coïncidence singulière, Dangeau rendit le même service à la duchesse ; elle était éblouie des belles lettres de Louis XIV, et se sentait incapable d’y répondre ellemême convenablement. Dangeau fit donc l’olfice de double secrétaire durant un an , au bout duquel madame de La Vallière avoua tout à Louis XIV, et ils admirèrent ensemble la discrétion du marquis de Dangeau.

Madame de La Vallière eut quatre enfants, dont deux seulement survécurent à leur naissance , mademoiselle de Blois, plus tard princesse de Conli , née en 16(10, et le comte de Vermandois, né en 1007.

Pendant une de ses couches, Louis XIV la soutint de ses propres mains. Au milieu des plus vives douleurs, Louise, « pendue au cou de son amant, lui déchira un collet de point d’Angleterre de dix mille livres, » et s’évanouit. « Elle est morte! » dit avec effroi madame de Cltoisy, et le Roi en larmes s’écria : « Rcndez-lamoi , et prenez tout ce que j’ai, n A Vincennes, quelques instants après la naissance de mademoiselle de Blois, madame de La Vallière reparut chez Madame, sou-

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riante , en coiffure de bat et ne trahissant sa souffrance que par sa pÂlcur. Tant elle redoutait la honte , tant elle cherchait le mystère pour une faute dont bien d’autres se seraient montrées glorieuses !

La Reine était jalouse , car, malgré sou apparente froideur, elle portait une vive affection au Roi. Eu 1(>G2, elle dit à madame de Motteville, en lui montrant madame de La Vallière qui traversait son appartement : <i Celte fille, qui a des pendants d’oreilles de diamants, est celle que le Roi aime. » Elle versait des larmes abondantes, « se plaignant que le Roi ne l’aimoit plus, et elle était alors dans un état pitoyable; on croyoit quelquefois que son cœur vouloit sortir de sa place, tant il étoit agité. »

11 semble que madame de La Vallière eût dû vivre longtemps heureuse à la cour. Il n’en fut rien ; Dieu ne permit pas qu’un aussi noble cœur vînt à se flétrir en persévérant dans sa faute

.Madame de La Vallière se relira deux fois au couvent, avant de s’y réfugier pour toujours. IVabord, en 1(>62, «elle étoit convenue avec le Roi que, quelques brouilleries qu’ils eussent ensemble, ils ne s’endormiraient jamais sans se raccommoder et sans s’écrire, n Elle lui avait promis , en outre , de ne pas avoir de secret pour lui. Or, mademoiselle Aurc de Montalais, son amie,

fille mutine, malicieuse, étourdie, bruyante et jolie, lui apprit les intrigues de Madame et du comte de Guiche. Louise jura à mademoiselle de Moutalais de ne pas la compromettre et n’avoua rien au Roi. Louis XIV connut la vérité. 11 éclata en reproches amers contre madame de La Vallière, et, malgré sa promesse, passa la nuit sans lui écrire. An malin, désespérée, elle s’échappe du palais et se réfugie dans un couvent de Saint-Cloud. Xe la voyant pas à l’heure accoutumée , Louis XIV apprend, après bien des démarches, le lieu de sa retraite. « L’n manteau sur le nez , il part à cheval pour Saint- Cloud. n On refuse de lui ouvrir la porte du couvent; il pénètre à grand’peine dans le parloir extérieur et trouve madame de La Vallière étendue tout de son long devant un grand crucifix de pierre. 11 la prend dans scs bras et la ramène lui-même à Versailles.

En TG71 , elle quitta la cour une seconde fois. Alors tout était changé et la duchesse se voyait délaissée par le Roi, épris de madame de Montespan, et souvent même humiliée par sa rivale et par ses ennemis. Elle pleurait en silence et ne restait à la cour que pour entrevoir de loin celui qui l’avait aimée et qu’elle aimait encore. Un jour, elle ouvrit son cœur au Roi. Louis XIV fuyait les larmes : il répondit u qu’il n’aimait pas à être contraint. » Madame de La Vallière se retira alors à Chaillot , d’où elle écrivit à Louis XIV u qu’elle l’eût quitté depuis longtemps, si elle eût eu la force de faire son sacrifice à Dieu, » 11 envoya vers elle Lauzun et Colbert. Elle revint. Mais l’amour du Roi était las. Il pleura

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pourtant encore : ce furent les larmes dernières accordées aux illusions envolées de sa jeunesse.

Les trois années suivantes ne furent plus pour la duchesse qu’une longue agonie. Le sourire et la raillerie s’attachèrent à scs pas ; on l’abreuva de dégoût ; elle assista au triomphe éclatant de sa rirale. Enfin, brisée, anéantie, humiliée, elle tomba malade, presque mourante. Aussitôt en convalescence, elle prit la résolution, déjà sérieusement mûrie, de se retirer pour jamais du monde , et elle écrivit , en face de la croix où le Christ avait souffert , ses Réflexions sur la miséricorde de Dieu, petit livre dans lequel elle a jeté toutes les douleurs , tous les repentira , toutes les espérances de sa belle âme. « Ah! disait-elle à madame de Maintcnon, quand j’aurai de la peine aux Carmélites, je me souviendrai de ce que ces gens-là m’ont fait souffrir ! » Pourtant elle ne part pas encore ; « elle reste pour souffrir par où elle a péché , » peut-être aussi , à son insu , parce qu’elle ne peut se résoudre à partir. » Car, écritelle le 21 novembre au maréchal de Bellcfonds, son pieux confident, je sens que, malgré la grandeur de mes fautes que j’ai présentes à tout moment , l’amour a plus de parti mon sacrifice que l’obligation de faire pénitence. » — « Mais, dit Bossuet, chaque jour elle avançoit un peu ses affaires à sa manière, doucement et lentement.!) Elle avait pris pour directeur Bossuet, alors évêque de Condom , choisissant en lui plutôt le saint prêtre que le grand orateur. Il l’aidait, arec une bonté toute charitable et toute simple, à affermir sa grande résoiutiou.

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Enfin , le 20 avril 1G74, elle prend congé du Roi ; il In reçoit sans émotion. A l’issue de la messe, elle demande à genoux et publiquement pardon à la Reine, qu’elle avait toujours aimée et respectée, et la porte du couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques se referme sur la duchesse de La Vallière pour ne plus se rouvrir. Elle avait alors trente ans. L’abbé de Froinentières prononça le sermon de la vcture, Bossuet ne pnt prêcher que celui de la profession , le 3 juin 1075. Sœur Louise de la Miséricorde , nom qui revenait sans cesse sur ses lèvres et qu’elle adopta pour le sien , reçut le voile des mains de la Reine, a Madame de La l'allière, dit madame de Sévigné, fit encore celte action comme toutes les autres de sa vie , d’une manière noble cl tonte charmante. Elle sembloil en ce moment d’une beauté qui surprenoit tout le monde. » On l’avait regardée jusque-là comme peu spirituelle, parce que ses qualités étaient d'une nature calme, modeste, tout intérieure; désormais , au dire de mademoiselle de Montpensier, elle passa |K>ur avoir beaucoup d’esprit.

Sœur Louise de la Miséricorde reçut dans le cloître les visites des plus hauts personnages de la cour. La duchesse d’Orléans et la Reine allaient souvent la voir. Madame de Montespan , — qui plus tard aussi sera délaissée et viendra chercher près de la carmélite des consolations et des conseils , — ayant accompagné la Reine au couvent, demanda à son ancienne rivale si réellement elle était fort aise de sa nouvelle condition.

« Non, je ne suis pas aise, répondit-elle, je suis con-

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lente. » Mademoiselle de Blois, sa fille, lui rendit toujours des soins affectueux et de grands devoirs. A propos du mariage de mademoiselle de Blois avec le prince de Conti, en 1G7Î), madame de La l'allière eut à supporter les compliments de la cour et de la ville. Elle resta , dans celte circonstance , digne , simple , véritablement chrétienne. « Elle assaisonnoit parfaitement sa tendresse de mère avec celle d’épouse de Jésus-Christ, » écrit madame de Sévigné. En 1680, madame de Sévigné trouve madame de La Vallière encore belle. « Elle n’est ni bouffie, ni jaune; elle est moins maigre et plus contente; elle a ses mêmes yeux et ses mêmes regards; l’austérité , la mauvaise nourriture et le peu de sommeil ne les lui ont ni creusés ni abattus; cet habit étrange n’ôte rien à la bonne grâce, ni au bon air; pour la modestie , elle n’est pas plus grande que quand elle donnoit au monde une princesse de Conti. En vérité, cet habit et cette retraite sont pour elle une grande dignité. »

Elle perdit son frère, le marquis de La l'allière, peu de temps après son entrée au couvent, et fit supplier le Roi de conserver le gouvernement du Bourbonnais pour acquitter les dettes du marquis. Le Roi y consentit, et répondit même d’une façon gracieuse. En 1G83, son fils, le comte de Vermandois, mourut. A celte nouvelle, que Bossuet lui annonça, elle versa d’abord des larmes abondantes; et puis, les yeux au ciel : u C’est trop pleurer la mort d’un fils dont je n’ai pas encore assez pleuré la naissance, » dit-elle.

Madame de La Vallière vécut trente-six ans aux Carmélites , au milieu des austérités et de la pénitence la plus rigoureuse. Saint-Simon prétend qu’un vendredi, s’étant souvenue d’avoir, à pareil jour, puisé de l’eau avec délices pour se désaltérer, au milieu d’une chasse à laquelle elle assistait près du Roi , elle résolut de rester une année sans boire. Au bout de l’année , elle tomba gravement malade. Elle mourut le G juin 1710, souffrant avec patience de cuisantes douleurs et entourée des religieuses , dont elle se disait toujours la dernière et dont elle était aimée et admirée. Madame de Conti , avertie trop tard , arriva à peine à temps pour recueillir le dernier soupir de sa mère. A cette nouvelle, Louis XIV ne parut point ému; il n’avait conservé pour elle qu’une estime et une considération sèche; il répondit que madame de La Vallière était morte à ses yeux le jour de son entrée aux Carmélites.

Depuis un siècle et demi Louise de La Vallière est restée le modèle de l’amour terrestre , dans ce qu’il a d’irrégulier sans doute, mais aussi de plus dévoué: pécheresse dont on est tenté d’amoindrir la faute; âme repentante et sanctifiée devant laquelle on s’incline dans l’admiration et le recueillement de la prière. Madame de La Vallière avait une nature aimante, mais grande , noble , et fière sous son admirable douceur. Après avoir donné son affection au Roi , elle ne pouvait plus la donner qu’à Dieu. Elle ne s’en est point allée chercher l’oubli d’une déception première dans de nouvelles et indignes passions; une position inférieure,

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