‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 10 sur 37 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Religion dks Sauvages.

l'Ai lu dans plusieurs Auteurs qui ont combattu l'Athéisme, que ce péché est contraire à la nature, parce qu'elle met en nous, comme un certain serdimerd de la dimnité.

Je n'en doutais pas ; mais ce que j'ai vu chez nos Sauvages, m'a encore con- Ërmé dans cette opinion. Quoiqu'ils semblent n'avoir reçu absolument aucune culture, et qu'on ne trouve en eux que la pure nature dans son état de dégradation, ils ont cependant des sentimens bien différens de ceux de nos libertins et de nos athées.

D'abord ils croient à l'immortalité de l'âme, et à l'existence de deux tlemeures situées vers l'occident, dans l'une desquel-

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BELATIOK ABRÉQtÉE.

les on est heureux, tandis que dans l'autre on est malheureux ; mais ils mêlent à cette croyance, mille fables semblables à celles des Anciens, au sujet de leurs Champs-Elisées.

Ils reconnaissent de plus qu'il y a des esprits bons et des esprits méchans. Voilà pourquoi dans les dangers, ils s'efforcent de gagner les esprits mauvais, et de se rendre les bons favorables, en leur offrant une espèce de sacrifice, qui consiste à jeter dans le feu bu dans l'eau, du tabac ou de la graisse de leurs festins.

Il est certain qu'ils ont même un nom dont ils se servent, pour l'invoquer dans l'occasion, sans trop savoir ce qu'il signifie. Us s'adressent à un Dieu inconnu, en disant : Aireskoui soutanditeur. Ce dernier mot peut se traduire par : ayez pitié dénoua.

Enfin ils apostrophent le ciel et le soleil, et les prennent à témoin tantôt de leur courage, tantôt de leur misère, et même de leur innocence. Dans les traités et les alliances avec les nations étrangères, ils appellent quelquefois le soleil en preuve de la droiture de leurs intentions, c^mme le témoin des secrets les plus intimes de leur cœur, et le vengeur de la perfidie: des traîtres. La même pensée se retrouve aussi répandue généralement dans l'ancienne gentilité.

Une nation d'Algonquins voisins des Hurons, et nommés Ondatawawats, invoque le créateur du ciel presqu'à chaque festin, et lui demande la santé, une longue vie, un heureux succès dans la chasse, la pêche, la guerre, et le comoierce ; mais ils croient que le génie créateur du ciel, n'est pas le même que celui qui a créé la tene, ni que celui qui a créé l'enfer. Ils supposent que celui-ci habite au nord, et qu'il envoie la neige et le froid, conune le génie des eaux est la cause des tempêtes et des naufirages.

Ils reconnaissent sept autres génies qui habitent les airs, et

BBLATION ABRÉGÉE.

auxijoels ils attribuent les sept diffêrens vents les plus communs dans ces contrées. ^ Que perdraient-ils, si par une sage ^^ réduction, ils n^en adoraient qu'un seid ? Quid perdererdy H ^ unum colerent pruientiore campendio ? " Ce «ont les paroles de St. Augustin.

D^utres Algonquins phis voisins de Kébek, croient que toutes les espèces d'animaux viennent d'un premier animal, principe et origine de tous les autres. Ainsi tous les castors, selon leur idée, descendent d'un premier castor qu'ils se figurent grand comme une cabane. Celui qui aperçoit en songe ce premier animal, est heureux à la cbasse des animaux de cette espèce. Quand on leur demandât où était sa demeure, ils répondaient qu'ils n^en étaient pas sArs, mais qu'ils pensaient que les premiers des oiseaux étaient dans le ciel, et ceux des autres animaux dans l'eau.

Il était donc vrai que nos Sauvages n'avaient pas deT culte régulier et ordinaire envers la divinité, qu'ils ne connaissaient que d'une manière confuse : aussi n'avaient-ils ni temple, ni sacerdoce, ni fêtes, m prières, ni rit public. Ils étaient cependant «i loin d'être athées, où même sans religion, qu'ils rendaient certains hommages à des génies auxquels ils attribuaient tout ce qui leur iurrivait d'heureux. Non-seulement ils les invoquaient souvent, comme nous l'avons dit du soleil, mais ils ievur adressûent des remercîmens publics pouir leurs victoires, et les regardaient comme la cause de tous leurs succès, et des heureux effets des remèdes dans leurs maladies. Bs ne croyaient même pouvoir compter que sur ces moyens superstitieux, auxquels ^s recouraient avant d'avoir recula lumière de la foi.

Pader de «upersti^cm, c'eist-à-dire d'éfxcès en matière de religi(m dans un pays où on n'en trouvait aucune, passera peutêtre pour un paradoxe,, cependant ce n^est pas chose nouvelle

BELÀTIOH ABBÈatE.

de voir les vices passer sans intermédiaize d'un excès à l'autre. Comme cette matière, si je ne me trompe^ doit intéresser, j'en dirai ici un mot brièvement.

Les Huions payens distinguaient trois sortes de maladies, les unes qu'ils regardaient comme oatureUes, et comme piover nant de causes purement physiques ; d'autres qu'ils attribuaient à l'ânoe du malade, qui désirait ardemment quelque chose : les troisièmes enfin qu'ils croyaient causées par les jongleurs. Les premières se guérissaient, disaient-ils, par des moyens naturels, les secondes en contentant les désirs de l'àme, et les troisiè^ mes en extrayant le sort du corps du malade.

Il faut remarquer que les Hurons croyaient que nos âmes, outre les désirs libres ou au moins volontaires, en avaient d'autres naturels et secrets, formés en elle, non papr voie de connais, sance, mais par un certain mouvement de l'àme verQ un objet en harmonie avec elle* Les philosoj^ies tes appelleraient Osirs ifmés<, pour les distinguer des auties qui sont tes dimr^fmtméâ.

Selon ces Sauvages, la première e^ce de désirs se ooianifeste dans les songes, qui sont le langage propafe de l'&me» Si cm réalise ces songes. Pâme, disaient-ils, est satisfaite ; mais si on ne les écoute pas, elle s'irrite, et loin de procurer le bonbeur et la iëlieité du o(Mrps, elle se révolte contre lui, l'aocabte d'infirmités, et oause souvent sa mort. Quand ils rêvaient à quelque objet éloigné, Us croyaient que l'àme^ non l'âme sensitive qui ne peut pas abandonner le corps, mais l'âme raisonnable dont l'action est indépendante de lui, quittait le corps pour se transporter près de cet objet Ceci nous fiut comprendre pourquoi ils mettaient tant de soin à étudier tes songes, afin de découvrir les désirs de l'âme, et de la contenter. Us leur obéissaient au (»ix même de teursang, et quand le songe Texigeait, ils allient jusqu^à se mutiter les membres avec d'horribles douleurs.

BELATIOK ABfiÊGÊE.

Pendant notre séjour au milieu d'eux, nous fâmes témoins de ce fait singulier, arrivé à un homme de considération dans le pays. Ayant rêvé qu'il était tombé entre les mains de ses ennemis, et qu'ils lui avaient coupé un doigt avec un coquillage, il donna aussitôt un grand festin, et pendant le repas, après avoir fait, selon la coutume, le récit de son songe, il se coupa réellement le doigt en présence de tous les convives. La douleur fut d'autant plus cruelle, qu'au lieu d'un couteftu, il se servit d'un coquillage qui ne pouvait que déchirer la chair et les nerfs. 11 fit tout cela d'après la décision de leurs jongleurs dont nous parlerons bientôt, et afin d'obéir aux songes dont ils sont les esclaves, et auxquels ils sacrifient comme à une véritable divinité.

Les songes, dans l'idée des plus habiles, étaient la parole de l'âme, qui manifestait ainsi ses désirs innés, appelés dans leur langue Ondinnonk. Ils les croyaient tellement liés aux songes, que sans ceux-ci ces désirs resteraient souvent inconnus. Us . pensaient, que, de même que nous nous communiquons nos pensées par la parole, il était aussi possible que quelques hommes pussent à l'aide d'une lumière extraordinaire connaître ses désirs.

Us se figuraient donc qu'il y avait des hommes plus éclairés que d'autres, et capables de lire dans l'intérieur le {dus secret de l'âme, ses désirs naturels et les plus cachés. Us nomment cette classe d'hommes Jrandiogouanne. C'étaient leurs médecins ordinaires, ou plutôt des charlatans, qui, appelés auprès de tous les malades, n'exerçaient pas autrement leur art que par leur science superstitieuse, en devinant les désirs intimes de Pâme qui tourmentaient, par dépit, le corps du malade^ Us attribuaient cette lumière ou cette vertu à un Okiy c'est-à-dire à un génie puissant qui habitait en eux, depuis qu'ils l'avaient aperçu en songe, ou dans leur veille, sous la figure d'un aigle.

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RELÀTIOH ABRÉGÉE.

d'un coTbeau ou d'un autre animal semblable. Pour deviner ces désirs cachés, tantôt ils regardaient dans un vase plein d'eau, tantôt ils feignaient d'être dans un état frénétique, comme antre foiâ les sy billes^ tantôt ils se cachaient dans quelque lieu obscur, où ils découvraient j disaient-ils, les images des désirs de Pâme afHigée. Ils les fesaient connaître ensuite afin qu'on les accomplît ; mais le remède du songe, aussi bien que celui du jongleur était le plus souvent vain et inutile, bien que par rivalité entr'eux, tous s^industriassent sans épargner ni dépenses, ni fatigue, à procurer ce qui, d'après lui, était le désir du malade.

C'est dans ces circonstances surtout, que les capitaines trouvaient à exercer leuï éloquence, et que chaque citoyen fesait preuve de libéralité et de religion. Quoiqu'à leurs yeux ce soit une bassesse de demander, même des choses de peu d'importance, ils n*en tenaient aucun compte lorsqu'il s'agissait de satisfaire à un songe ou à un Ondinnonk^ et ils ne refusaient pas de solliciter même des choses extraordinaires en présens, en festins, et en danses immodestes qui n'ont lieu que dans ce cas. Un refus passerait pour une impiété et un sacrilège- Plusieurs des nôtres, dans les commencemens, ont couru danger pour leur vie, parce qu'ils ne voulaient pas concourir à ces superstitions.

Ces remèdes, regardés généralement comme superstitieux, étaient donc un témoignage de l'estime qu'ils fesaient du malade* Voilà pourquoi des Sauvages de considé ration j simul^ent quelquefois une maladie, afin d^être ainsi honorée de celte bienveillance publique : mais celui qui en avait été l'objet, devait par reconnaissance lui attribuer sa guérison, lors même qu'il se serait trouvé plus mal qu'auparavant. Aussi ceux qui en a^ssaient ainsi par un principe de vanité, se levaient sur leurs pieds, aussitôt après avoir pris le remède* La

SSLATIOir ABBioftB*

croyance à son efficacité quelque vain et inutile qu^il fût^ était générale dans le pays%

Ces cbarlatanfl prenaient leurs remèdes dans la' nature, et ils se servaient même oïdinairçment de quelques simples, capables de provoquer le vomissement Quand le malade rendait quelques mèches de cheveux, de petits morceaux de bois ou de petites pierres, ils disaient que c'était là* le scMrtilège. Ils se vantaient même souvent de Peztraiie avec la pointe du couteau, de n'importe quelle partie du corps, et ils montraient avec adresse l'objet qu'ils tenaient eux-mêmes caché entre leurs doigts ou ailleurs. Lorsque le malade ne guérissait pas, ils donnaient pour raison qu'il avait encore un autre démon, et ils recommençaient leurs remèdes. Le malade mourrait-il ? ils déclaraient que le démon qui l'avait tué, était plus puissant que le leur.

Tout le mauvais succès de ces remèdes, n'empêchait pas cette idée superstitieuse de s'enraciner tellement dans tout le pays, que c'est à peine si, après bien' des années, on a pu un peu l'affaiblir. Cette erreur venait d'un faux principe, qui a toujours passé chez eux pour une vérité incontestable,— ^ue tous les remèdes produisent toujours infailliblement leur effet. Quand le remède naturel ne guérissait pas, ils concluaient que la maladie était surnaturelle, et alonr il fallait un remède en dehors de la nature, et superstitieux. Conmie la plupart de leurs remèdes avaient peu de vertu, et par conséquent n'opéraient pas, ils disaient que presque toutes les infirmités venaient d'une cause qui n'était pas dans la nature, et qu'elles devaient être attribuées à quelque sort, ou à quelque désir secret de l'âme. Aussi la superstition règnait-elle partout, quoi-' que malgré de longs et sérieux efforts, nous n'ayons pas pu nous convaincre que dans leurs remèdes ou dans leurs mala^» dies, il y eût rien qui surpassât les forces de là nature, ni trou-

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BBLÂTIOK ABHÈQÈE.

yer panxii eux aiicone trace oerUdne de magie, de sortilège ou de maléfice. Le démontai commandait à leurs âmes en vrai tyran, et sans opposition, ne se mettait pent-ètie pas en peine de les servir, oomaie il servait les magiciens, snr Pâme desquels il espérait avoir des droits à quelque chose en retour.

Ce qui mous confirme dans cette opinion, c'est que tout ce qui était un peu extraordinaire, passait aux yeux des Sauvar ges pour superstitieux. Ainsi, lorsqu'après avoir poursuivi un ours ou un cerf, ils parvenaient à l'atteindre, et qu'ils trouvaient dans sa tête ou dans ses entrailles quelque ossement, une pieite, on un serpent, etc., ils disaient que c'était un okij c'est-à-dire un sort qui fesait toute la force et la vigueur de l'ar nimal, et qaà empêchait de le tuer. Ils s'en servaient de la même panière que les supersUtieux se servent des reliquaires, pour être toujouFs h^»eux. S'ils rencontraient dans un arbre ou dans la terre une pierre de fig^ure extraordinaire, de la forme d'un plat, d'une cuâlère ou de quelque vase, ils regardaient cette découverte comme de bon augure : car, disaient-ils, les démons habitans de ces bois ont oublié cet objet, qui ]:end ceux qui le trouvent heureux à la pèche, à la chasse, dans le conmierce, et au jeu, nommé Aaskouandi. Ils croyaient qu'il changeait souvent de forme et se métamorphosait en serpent ou j^oi bec de ccnrbeau, ou en ongle d'aigle, &o. Personne cependant ne l'a va, bien que tous ajoutent foi à ce récit, aussi bien qu'à miUe autres fables, inventées par d'autres nations qui, abusant 4e leur confiance dans toutes les superstitions qui paraissaient favorables, leur vendaient à grand prix des choses qu'ils ne connaissaient pcus, et qui étaient sans valeur.

Nous croyons que cette confiance allait eéicore plus loin eu certains hommes qui se vantaient non-seulement d'être pniphètes, mais encore d'être maîtres des saisons. Quoiqu'ils se ticompasaent très^réquenunent, Us ne perdaient pas leur crédit.

BELATION ABRÉGÉE.

Leur crédulité était telle dans cette multitude d'actes de sortilège et de magie^ que sur un simple soupçon ils tuaient sur le champ ou brûlaient leurs propres compatriotes, ^ans autre accusateur ou juge qu'un moribond qui se disait ensorcelé et frappé à mort par lui. Il donnait pour preuve POndinnonk, ou un songe de qui dépendait la vie même des hommes.

Néanmoins par une admirable disposition de la Providence, le démon n'a jamais eu le pouvoir d'employer ce moyen contre les prédicateurs de l'Evangile.

En terminant cette matière, je voudrais avertir ceux quitravaillent à évangéliser des pays nouveaux, de ne pas adopter facilement et sans un examen attentif, même ce qui aurait été admis généralement depuis des siècles et sans, inspirer aucun doute. Il est facile de condamner comme superstition bien des futilités, et de les prohiber comme telles; mais il n'est pas aussi facile de se rétracter, et d'éviter le mépris des personnes mieux instruites, qui sont dans le secret. Nous avons été un peu sévères sur ce point, et nous avons obligé nos premiers chrétiens, qui trouvaient de la superstition partout, à s'abstenir non seulement des plaisirs permis, mais même du commerce, et de plus de la moitié des rapports de la vie sociale, jusqu'à ce que avec le tems, l'examen et l'expérience, ils nous eussent convaincus de notre erreur.

Il nous resterait à dire maintenant quelque chose du culte qu'ils rendent à leurs morts, et qui donne occasion chez eux à la cérémonie la plus sacrée et la plus célèbre ; mais pour ne pas être trop long dans ce précis historique, je ferai seulement quelques remarques sur ce sujet.

1"^ Les payens redoutent les âmes des ennemis qu'ils ont fait souffirir. Ils faisaient des efforts pour les éloigner, et ils étaient assez simples pour croire qu'ils les chassaient des

RELATION ASRÉGtÉE.

cabanes, en faisant partout un brait horrible après le coucher du soleil, le jour oh ils les avaient mis à mort. Mais ils ne craignent pas les âmes de ceux qui ont péri autrement, et bien moins encore celles de leurs amis et de leurs parens. Pendant des semaines entières, les femmes les pleurent solennellement, surtout le matin à l'aurore. Outre les pleurs, les veuves ont un autre témoignage de leur douleur. Elles ne portent plus d'ornemens ; elles ne vont plus au bain, et ne se oignent plus le corps. Les cheveux épars, elles gardent un morne et rigoureux silence. On a vu une mère conserver dans sa maison, pendant des années entières, le cadavre de son enfant malgré Phorrible odeur qu'il répandait.

Us sont dans la persuasion que Pâme, malgré sa séparation du corps, ne s'en éloigne pas immédiatement. Les femmes surtout vont souvent pleurer près des tombeaux de leurs morts. Ils sont élevés de terre, et ordinairement placés tous dans le même champ ( ^ ) . Quand la mort a été naturelle, chaque cadavre est mis séparément dans une caisse formée d'une grosse écorce, et élevée sur quatre poteaux. Il reste là jusqu'à une fête appelée par eux la, fête des martSj qui se célèbre tous les 8 ou 10 ans. A cette époque, tous les habitans d'un même village, descendent ces bières, dépouillent avec soin de leur chair les ossemens de leurs morts, et les enveloppent dans des peaux précieuses. On convoque le pays entier, et tous ces ossemens réunis sont ensevelis avec solemnité et pour toujours, dans une grande fosse richement tapissée de pelleteries (^). Là sont aussi déposés difFérens présens, des chau-

( 1 ) Les Hnrons nommaient ce champ funèbre Oigaaayé, T.

(S) En 1846, on a déoonyert prôs du village de Penetao^oishene, dans Taixâen jmys des Hnrons, une de oes fosses à ossemens, sous une couche épaisse de terre qui portait de trôs-grands arbres. Oe tombeau, de forme circulaire, avait plus de vii^ pieds de diamètre. Un vaste linceul formé de peaux de castor enveloppait le dépét sacré. 26 chaudières en cuivre, et quelques-unes de grande dimension, des haches,

lot

MKLkVlOn ÂBBiOÈB.

dièveS) ftc., poice que da&s leur idée, les Ames en ont encore besoin dans P«atie vie.

Quand ia mon a été violente, le eadavie est brûlé ou ense* veli aussitôt, souvent même dans ces accidens subits, on n'attend pas la moit pour ces funérailles, comme je l'ai vu moi même plusieurs fois. Il y a une exception pour ceux qui meurent gelés. Lew cadavre subit une longue et supers* titieuse dissection, avant que les ossements parfaitement nets soient ccmfiés à la terre : mais on n'exhume jamais ensuite ni les uns, ni les autres, inême à Isiféte de» morU* Les sauvages cvoient follement que les ftmes des infbitunés qui sont morts malheureusement à la guerre on dans les eaux, 8tc.^ n'ont pas dans l'autre vie de commerce avec les premiers.

8^ Ils ensevelissertt avec le mort, ce qu'il avait de plus précieux pendant sa vie. Comme ils préfèrent les morts aux vivans, et les tombeaux aux cabanes, Hs n'hésitent pas, dans IHncendie d'un village, à faire une perte inrêparable afin de sauv^ les ossemens de leurs morts, avant d'éteindre les flammes de leur cabane.

Nos néophytes désireux de conserver l'usage d'enterrer avec leiHS morts ce que ceux-ci avaient le plus aimé, donnaient

ûtB oonqiieB nuifines, des colliers fbiniés àa fameux wampiim, éc., étaient déposés l^ôs de 4Me ossemeiis.

Au reste le récit du P. de Brebeuf» qui a assisté à une de ces/êteê ékê morte dans le tiUage dfOssossane, peut nous donner tme idée de la splendeur qu on j déployait Deuk mâle spectateurs s'y trouf^drent réusis. et ils «ffiirent 1200 prés^ pour témoignage de leur douleur; 48 robes, formées chacune de 10 peaux de castor, serraient de linceul commun. C^q grands villages Tinrent déposer là les ossemens de leurs morts. Bs s'élevaient à buit pieds de haut. On les enydoppa avecie ridie linceul, et on plaça dessus des nattes et des éoorœs. Une «siéture dcpieux, dressée autour de ce tBste tombettu, le pMégea coatis les pro^nirteura. Avant qu'on le i^eouvrit de terre, les femmes vinrent jeter dans la ibsse im peu de blé d'inde. Bans Tidée «aperstideuse de ces peuples, les Ames jusque là retenues près de lenrt onps, étaiefit enfin, «prés hifêtê iéë moHi^ libres de tout lien, et pouveientM iBWttre en roiite vers U paf9 d$ê âmes, qu'ils eroyaient sitaé A rooddent T.

BBLÀTION ABBfoâB.

pow meilj£ bttx^ pxofr^ donlew. Ils nou» atswaiwt que ce ft'étail pas par ee qu'il» CBoyaient c^ objets oéoecwidies m même utile» aux ftmes aépef ée» d^ leuiB €OKpe> mais afiu de soustraire à leurs regasds»^ ce qui dans la eabane réveillait souveot avee le plus de v^ÎTacxté, la nsémoiie du défaut.

â"^ Si le sou^Teniî de leurs paœns morts leur cause une très- Tl^e* doufeuar, ils trouvent encoie bien plus pénible d^ea entendre parieiv et o'est faire une très grande iflg'uœ à quelqu'un que de. lui dire : ** Ton Père, ou fa Mère, oa» tes Pareils sont morts.'' Dise mêïae sio&plement : ^^ Les n&drls de ta fieunille^" est regardé eomme la |dus horrible des malédictions, eapable à elle seule de pousses d&&x peisonnea à em remt aux nmdns.

Lorsqu'on est obligé de ciler le nom d'iine personne morle» ce serait un très gvaad «f&onl de prononoer soob nom, sans y jmndre eeki de " défont "^ comme uoua dis(ais~^* cefcd qai se nommait im te V ou hm^ d'une nupièce générale ^ le défont' ea ^^ celui qui mus a quittés. '^ Aussi, à la wnrrelfe de la mort d\ui sauvage, qnel que sok le Ueo oà elle est aafirivée, les Gq»tainea l'anncmceat à baute Toix dans les. viliages, afin qa^e» ne le nomme plus saas ajuiâer le mol -«^^ défunt^'^ et si quelqu'un du' Tillage porte le même noBi> il le cboage pendant quelque tems^ pour ne pas eu«!enimer la plaie enooie toute récente d'une £an^e affligée.

Quand le nom du défunt est un b<hu e^èlHfe, il survit toujours. L'ateé de la lamille le prend dsons un léstin soistadl^ et on dit de hii qu'il l'a seasusoitâ* Cet usage s'observe lôgnUàrement poiu letts Ie£^ noms de capitaines^ el ainsi iSa ne ebaqgjBoit jamais.

Avant dateraamer cette pmtEièm paitk, il me xes^e àailifli^ fiiûe à larois questions intétes^mtea, que m'eut adieaséts des peonMUes vumatén et (nbsHsoasii^rèss en Bmope. Je n'ai pas pulesins&nr silleurs.

BELATION ABBÊQÊB.

1. Le flux et le reflux, sur les côte» d'Amérique, arrivent-ils aux mêmes heures qu'en Europe, ou au contraire à des heures opposées ? Cette question a pour but de découvrir si ce mouvement des eaux part du milieu de la mer, et se dirige de là vers les deux rivages opposés, ou bien s'il vient d'Europe en Amérique par une seule et même action {per modum uniua). Après un examen attentif, appuyé du témoignage de marins habiles, j'ai trouvé que ce mouvement n'arrivait d'aucune de ces deux manières. D'ailleurs s'il avait lieu d'un rivage à l'autre, il demanderait trop de tems pour parcourir cet espace de trois mille milles, et, quand bien même il commencerait au milieu de l'océan, ce serait pour chacun des points extrêmes une distance de 1500 milles, tandis que la mer ne met que six heures à monter, et six heures à descendre.

Voici la réponse directe à cette question.— 1<> En pleine mer le flux et le reflux ne sont pas aussi réguliers que sur les rivages, et ils varient à 25 ou 30 milles loin des terres. Dans certains lieux ce mouvement suit les vents, ailleurs il leur est contraire ; quelquefois enfin il ne se fait pas sentir, comme on en a la preuve évidente dans les barques, qui restent à l'ancre immobiles' des journées entières, pour pêcher la morue. — 2^ Dans quelques endroits, comme dans le golfe appelé St. Laurent, à cause du grand fleuve du Canada qui s'y jette, et qui {forte ce nom, le courant pousse en pleine mer pendant plusieurs mois ; pendant les autres, il ramène à la terre. — 3^ Le fleuve St. Laurent, qui a 60 milles de largeur à son embouchure, comme nous avons dit, c'est-à-dire autant que la mer Adriatique, n'éprouve jamais le flux dans la partie du milieu. 11 n'a que le reflux. Dans quelques endroits, près de la côte du nord, l'eau augmente et diminue chaque jour sans flux ni reflux, comme l'ont éprouvé des vaisseaux à l'ancre, auprès de certaines îles. A quelques centaines de milles ei^

RELATION ABRéeés.

lemonlànt le fleuve, le flux et le reflux sont parfaitement réguliers de six/ heures en six heures, comme sur les rivages de la mer ; mais plus- on s'éloigne, plus le flux diminue et le reflux augmente, de telle sorte que celui-ci se fait sentir quelquefois pendant plus de neuf heures, et celui-là un peu plus de deux. Peut-être y a-t-il quelque mouvement ou quelque action secrète au fond des eaux, qui ne parait pas à leur surface ? Il y aurait bien des recherches à faire sur ce sujet, et je pourrais en parler longuement, si je voulais franchir les bornes qu'exige un récit abrégé.

H°^* Question : D^où viennent ces nombreux et grands amas d'eau dans presque toute l'Amérique ?

Cette question peut avoir deux sens, l'im historique, l'autre scientifique ; le premier &it remonter à la causé formette^ et l'autre à la cause efficienie. "

La «okition dans le premier cas est facile, ef je l'ai donnée sur la nouvelle carte ou mappemonde ( ^ ) imprimée récemment à Paris, où sont tracés les lacs nombreux et étendus qui alimentent le grand fleuve St. Laurent.

Dans le second cas, on demande comment se forment ces grands lacs ? Pourquoi depuis tant de siècles, ils ne se dessèchent pas, ou ne diminuent pas ? C'est aux savans à répondre, et ce n'est pas chose facile pour l'Amérique, moins encore que pour les trois autres parties du monde, soit pour la partie méridionale où les pluies sont très-fréquentes, soit pour la partie septentrionale, où elles sont plus rares qu'en Europe.

Je dirai cependant que la mer ne reçoit pas autant d'eau qu'il parait au premier coup d'œil. Le flux forme en efiet, toutes les six heures, une digue contre le courant, et, contre sa propre na

(1) NooBiM 00BI1M8S0D8 pas U csHe doot TAnteur iSût ici mention; mais la carte da Canada, par Sanson en 1656, et môme celle de Ohamplain de 1682| indiquent presque tons eee laok T.

KBLAtlON ABBteiOB.

tniCj Peaa e«t aimi fetcée de técaittt avec «ne iriolence iaevoj»- Ue jusqu'à |du8 de 60D milles dans le flenve» A peine lé réâiui est»il revenu À cette piemière digne^ qa'onikmvtaiK flmc i^epaassc encoie cette eau oofome la pieiûièie fois, et empèebe akiei qpa'il ne s'en déehiurge beanoonp dans la mer.

Itln* Qu^ion : La déclinaiscxi de Pa^clille aimantée est-elfe la même là qu'en Eorope, et avezp-voas déooorert celles lois elle soit?

Cette qnestioo est facile àrésondie (^). Dans lea ffan^trû voyages que j'ai faits dans ces contrées, j'ai toujours remarqaé^ après beaucofip d'observations qucy depuis kl Franee^ soit qu'on parte de Normandie, de Bretagne cm d'A4|uîtaiiie^ où la décli'^ naison est orientale et de S ou 9 degrés jusqu'aux Aipt&îy soit qu'cili porte de Flaudie^ eoanme il est maïqué sur la eartey la déclinaison diminue peu à peu et finit par disparaître; msdà en allant de ces îleë vers l'occident, elle •erott sen» cesse, de telle sorte qiCaptJ^s milte cte IdCK) milles, o'est^^'dire daiU les parages où se pêehe la ÉMsue (c'est ce que aous appelons le grand banc^ parce que c'est le pietnieî et le seui bas^bnd qu'on rencontre avant le Canada), eUe est déjà de 2A<> vers l^>eeident C'est le contrlûre de l'Europe. En contîiiBaiit là route vers l'ouest, elle diminue ssm^bletnent^ au point qu'après pltis de 600 milles, c'est-à-dire vers Kébek, elle n'est plus que ée 19^ eî I^uson el'avance versPouest et dans les tenes,phis elk c&mnne^ Cliez les Hutons à 36' d^hemes à Pouest de Kébek, elle n'éat ptusqttedel2<>.

En voilà assez sur les CanacËens^ leurs mel»^ et feuf p^T^

(i) Voyeftl'Appeaifioe VL

Dk la CONTEBSrOli DÏS CAJÎA£>I£Vfl 1 LA FOL

v^NITIEIl ce» penples à la

connaissance de Dien, dont

ils ignoraient le nom^ aussi bien qna le

culte et les mystères, a été nn travail difficile.

Bien peu de personnes comprennent le sens

' de ces paroles t '* J'ai reçn votre loi en héri-

*' tage : hœreditaîeacquisivi testimoma ft«i/"

Quand il fant faire la conquête de la foî^ pour

ainsi dire à la pointe de rêpée, on apprécie le

bonheur de l'avoir iucée avec le kut.

n a fallu d'énormes dépenses pour donner aïts Sauvais Tioinmdes, un peu de fixité, sans laquelle leur instruction dans la foi paraissait impossible, et c*est à quoi ont beaucoup servi les abondantes aiim&iKa de tant de peraoa-

BSL^TIOH ABStfatfB.

nés remplies de zèle et de charité, qui ont suivi les exemples de générosité de Pinvincible Louis XIII, de la Reine son épouse et du célèbre cardinal de Richelien, envers ces peuples infortunés*

Cette œuvre demandait une douceur et un courage peu ordinaires. L'hôpital et le Séminaire pour les jeunes filles, élevés à Kébek, oit est le premier fort des Français et le plus voisin de la mer, ont surtout contribué à cet heureux résultat. Dans le premier s'établirent les Religieuses venues d'un couvent de la ville de Dieppe, et que l'on nomme en France HospUalières. Dans l'autre sont les Religieuses, nommées Ursulines, la plupart appartenant à des familles nobles. Elles sortaient des couvens de Paris et de Tours, et arrivèrent avec leur fondatrice. ( ^ )

Les sueurs, les aumônes spirituelles et temporelles, et surtout les exemples de ces bonnes Religieuses contribuèrent puissamment à attirer dans ces lieux déserts, non seulement des Sauvages, mais. aussi bien des Français, et ceux-ci en établissant là leur demeure, ont donné de la sécurité aux Sauvages, et ont beaucoup aidé à les y fixer.

(0 des deux précieux établiasemeDs, tm des lootieiis de la fol et une des gloires de cette colonie, ont continué depuis 1689 jusqu'à nos jours, et dans des proportions qui ont grandi arec les besoins, leur apostolat de lèle et de charité. Le catholicisme ffj réydle tout entier, aujourd'hui comme autrefois, en inspirant à des âmes généreuses et sensibles, le courage de renoncer aux jouissances et aux ayantages de ce monde pour derenir les servantes des malades et les institutrices de Tenfimce.

La Duchesse d'Aiguillon fonda THôtel-Dieu, et ses portes s'ouTiirent aussitôt^ dit Bancroft, non seulement **aux souffrances des émigrants, mais aux malades et aux ** infirmes des nombronses tribus disnéminées entrele Kénébec et le Lae Supérieur. Le " malbenr y est reçu sans qu'on s'infbrme de son origine. Sept Religieuses, dont la plus ** jeune n'ayait que 22 ans et la plus âgée 26, avaient été choisies dans un couvent « de Dieppe pour venir braver la fiûm et le froid en Canada. "

** Le même enthouriasme religieux, continue le même historien, inspira à Mde. de *< la Peltiie, jeune et opulente veuve d'Alençon, de fonder le couvent des Ursulines " pour l'éducation des jeunes fillea" Elle vint elle^nérae en diriger l'établissement, et elle amena avec elle pour première supérieore, la célèbre Mère Marie de l'Iheamation, la Thérèse de la France. Mde. de la Peltrie consacra à cette belle et sainte couvre ses ressônrees et sa vie. T.

BELÀTION ABRÉGÉE.

Mais mon dessein n'est pas de m'étendie sur la conversion de ces peuples, au milieu desqueb les Missionnaires travaillent encore. Qu'il suffise de dire que là où on ne trouvait pas à notre arrivée une seule âme qui connût le vrai Dieu, on ne rencontre pas aujourd'hui, malgré les persécutions, la disette, la faim, la guerre et la peste, une seule famille où il n'y ait des chrétiens, quoique tous les membres ne le soient pas encore. Voilà l'œuvre de moins de 20 années.

Je veux seulement raconter ici, et en peu de mots quelque chose des commencemens et de la destruction de la mission Huronne.

Ce peuple, comme nous l'avons dit, avait des demeures fixes, avec des villages et des forts. Il était à 900 milles de Kébek, et à 4,000 milles de l'Europe. Pour faire voir la force du bras de Dieu dans cette œuvre, j'exposerai les différentes difficultés qu'elle rencontrait.

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