‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 9 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(îoUVERxNEMKNT DES SAUVAGES PU CaNADAp

|E n'entreprends pas de parler de tous les Sauvages de ce pay», ni de tout ce qui peut regarder leur politique. Elle est remarquable, en ce que bien différente de la ndtre et pour cette raison peu connue, elle produit leô mêmes effels, et même de plus heureux eneore, car on rencontre chez ecî^i peuples peu de désordres, quoiqu'ils jouissent d'une très-grande liberté.

Jenem'oeciïpeque des nation, que nous connaissons, et en particulier de& Huronsi'

BELATION ABRÉGÉE.

On ne trouve parmi eux ni Rois, ni princes absolus, mais seulement des espèces de chefs de PEtat que nous nommons capitaines, quoique ce ne soient pas les mêmes que pour la guerrç. Cette charge se transmet ordinairement par héritage du côté de la femme, et elle s'obtient quelque fois par élection. Lorsqu'il s'agit d'en prendre possession, à la mort du capitaine ( ce qu'ils appellent le ressusciter) j ils y mettent une certaine solennité.

Ces capitaines n'ont pas la puissance coercitive ; les pèrçs de famille eux-mêmes ne l'exercent pas envers leurs enfans. Ils n'emploient que les paroles pour toute correction. Malgré une pareille éducation, plus les enfans grandissent, plus ils aiment et respectent leurs parens. Avec de l'éloquence, les uns et les autres obtiennent ce qu'ils demandent par voie d'exhortation et de prières.

Comme Dieu a mis en notre âme un rayon de sa lumière j ces hommes tout grossiers qu'ils étaient, avaient, même avant notre arrivée, quelques notions et du vice et de la vertu. Quoiqu'ils soient indépendans, et aussi libres qu'il est possible de l'être, nous avons pu mettre quelques barrières à leurs vices.

On trouvait chez eux certaines vertus si universellement pratiquées, qu'ils ne les regardaient pas comme telles, par exemple l'hospitalité qu'ils poussent très-loin. Ils reçoivent dans leur cabane tous ceux qui se présentent, et ne leur disent jamais d'en sortir. Ils les servent, et leur donnent de la nourriture autant qu'à tous les membres de la famille, sans jamais rien leur demander.

Les adversités ne sont pas capables de vaincre leur patience, et ils recevaient les nouvelles les plus tristes, par exemple celles de la mort, avec un calme inaltérable. Le mal qui leur vient de leurs compatriotes, ne leur cause jamais la çaoindre

BELATIOK ABBÊaÊE.

émotion, quand bien même ils auraient à souffirii dans leurs biens.

Dans leurs rapports mutuels, il y a une certaîhe décence extérieure, qui empêche mille légèretés très-communes en Europe, surtout entre les jeunes gens de différent sexe, quand il n'y a pas quelque considération qui les retienne. Avec ce dehors de vertu, ils ont de véritables vices intérieurs et extérieurs.

J'attribue à Porgueîl secret, cette parole d'un capitaine frappé par un jeune homme. Quant il vit ses amis se mettre en devoir de le venger, il les arrêta et leur dit : " Laissez-le ; " n'avez-vous pas senti la terre trembler d'horreur pour une " pareille insolence ?" ^

Le même sentiment fait qu'ils dissimulent leurs passions, et surtout la colère. Dans leur idée, c'est une sorte de réprimande que de dire à quelqu'un qui commence à s'animer : "Tu te fâches?"

De tous les vices extérieurs, le vol était un des plus répandus. Ils s'en sont toujours vantés comme d'une grande adresse, quand ils n'ont pas pu être découverts. Tout objet leur était bon et quand ils n'en connaissaient pas l'usage, ils l'employaient comme ornement. Ils volaient avec le pied et avec la main, en présence aussi bien qu'en l'absence du propriétaire, non pour en tirer profit, mais uniquement par vice. On les a vus voler des choses qui ne pouvaient leur servir à rien, par exemple des styles de cadran, etc.

Un de nos Pères récitait un jour son bréviaire à une fente de la cabane. Les Sauvages lui enlevèrent par là le livre des mains, sans qu'il pût voir le voleur, ni le rejoindre. J'en ai trouvé un qui volait la porte d'une de nos chapelles.

Le vol ne reste cependant pas impuni, et le châtiment du coupable, lorsqu'il est convaincu, consiste à donner au plai-

BELATION ABRÉGÉE.

gnant le droit de le dépouiller entièrement lui et toute sa famille. Voici quel est l'usage : celui qui a perdu une hache ou quelque objet semblable, peut prendre au voleur, quand il est reconnu, tout ce qui lui appartient, haches, chaudières, vêtement, vivres, filets, canots, etc., et s'il veut agir en toute rigueur, il le laissera, lui, sa femme et ses enfans dans un dénuement complet.

Pour empêcher toute contestation, ^ voici ce dont ils sont convenus entre eux : 1 ^ tout objet perdu ou laissé à terre, quand ce ne serait qu'à trois pas du maître, peut être enlevé par qui que ce soit, sans passer pour volé ; 2^ celui qui trouve ce qu'il a perdu, entre les mains d^un autre (adresse qui chez eux est admirable, car ils peuvent presque distinguer entre un œuf et un œuf, mais je ne sais comment), ne peiit pas s'en saisir de suite, mais il lui demandera par exemple : " Qui t'^a donné celte épéei*" Si l'autre ne répond pas, on le regarde comme convaincu de vol. S'il dft qu'il l'a reçue en présent où qiu'il l'a achetée, il faut qu'il nommé celui dé qui il là tiéntV Le plaignant va aussitôt trouver le vendeur et lui fait la même demande. Si celui-ci eh désigne un autre, il va l'interroger aussi, et il' continue ses récherchés, jusqu'à ce' qu'il trÔuVé quelqu'un qui né l'ait reçue de persôrihëi En ceci corhmé dûris toutes les affaires sèmblabiës, ils sont d'une grande sincérité, et n'inculperaient jamais un' innocent. Le coupable confesse sa faute par son silence.

Voici un cas de conscience qu'on nous proposa suif cette matière. Une pauvre femme n'avait pour toute richesse qu'un collier de certains grains d'ê coquillages marins, nommés pai*' les Français porcelaine' { * ) , et qui sont la nionnàiê et les perles ' du pays. Dans la crainte' dé voir isôri trésor volé dans sa cabane pendant qu'elle labourait son champ, elle le porte aVec

(1) Voye« l'Appendice V.

Googk

KELÂHoir AxaéaÉK.

elle dana un sac, et pour ne pas en £tie embarrassée pendant son traf ail, elle P^ttàche à un tionc d^arbre dans Pintention de le reprendre à son départ. Une de ses voisines, qui travaillait près de là, s'en aperçut, et s'imaginant ({oe cette bonne vieille ottUiera son sac„ elle ne le peid pas de vue. Quelques instsns après, la première sort de son champ pour aller dans le champ voisin. L'aulze qui n'attendait que cela, prend le sac sous ses jeux, et se met à crier, selon IHisage : ^^ à moi la bonne trouvaille '', et elle partit

La question était de savoir, si elle pouvait en consoienoe garder cet objet, ou si Pautxe avait le droit de le lepiendre. Les intentions ne se devinent pas. Qui sait si cette femme avait le dessein de revenir dans son champ, eomme elle le disait ? Si elle ne Pavait pas, le sac^ d'apiès la loi do pays, devait être regardé comme abandonné, et appartenir au premier occupant.

Nous renvoyâmes la cause aux capitaines, et nous avons eu lieu d*admirer leur prudence. Ils donnèrent cette solution : i prendre les choses à la rigueur, la capture est bonne : du moins la vieille n'a pas le droit de dépouillier Pautre ; mais ceUe«ci, si elle ne veut pas passer pour malhonnête, queveUeuse et avare, doit rendre le sac, et se contenter de quelque politesse ou de quelque présent que Pautre lui fera.

Leur législation contre Phomicide, crime très-rare parmi eux, mérite d'être connue. Elle se révèle toute entière dans l'événement suivant, arrivé le 88 avril 1^48, au siqet d'un Français qui par sèle, s'était attaché gratuitement au service de la mission.

Ce jeune homme^ âgé de 22 ans, et nommé Jacques Douart, fût tué par des Hurena Ses deux assassins cherchaient un de noiis ou de nos g^as, bien décidés à donner la mort au prenûer qu'ils rencontreraient Ils avaient reçu cet ord^ de six

tàSLMlOJX ABBÊaÊE.

capitaines, appartenant à trois villages voisins, grands ennemis de la foi. Leur espérance était de rompre par là la bonne harmonie qui régnait entre nous et nos chrétiens, de nous épouvanter tous, et de nous obliger à abandonner le pays. Ils arrêtaient ainsi la publication de l'Evangile, qu'ils croyaient nuisible à leurs intérêts.

Us le tuèrent d'tm coup de hache, vers le coucher du soleil. Le lendemain matin, les chrétiens des environs, apprenant cette nouvelle, accoururent pour nous avertir que ce coup était une preuve certaine de quelque complot contre nous ; " mais, " ajoutèrent-ils, nous voici tous prêts à mourir pour défendre " nos Pères et la religion. "

Tout le pays fut en émoi, et les capitaines tinrent un conseil général. Les auteurs de ce forfait s'affichèrent ce qu'ils étaient, ennemis de la foi, et ils osèrent soutenir non-seulement qu'il n'était pas nécessaire de tenir compte de ce qui s'était passé, mais qu'il fallait publiquement fermer à tous les chrétiens l'entrée des villages, et les expulser du pays. Quelquesuns ajoutèrent que l'on devait baniiir tous les chrétiens, pour les empêcher de se multiplier.

Le zèle de nos bons néophytes se montm avec éclat dans cette circonstance. Les uns disaient qu'ils abandonneraient volontiers • leur patrie et leurs parens, malgré la tendre affection qu'ils avaient pour eux, plutôt que de causer le plus léger préjudice à leuï foi. D'autres déclaraient que la vie présente n'était plus rien à leurs yeux, depuis qu'ils avaient connu les avantages de la vie future.

Ceux-ci s'écriaient : ^^ Je'ne crains pas le feudeslroquois, '^ pourvu que je sois sans péché ; je crains bien moins encore '^ de mourir pour ma foi et de donner ma vie à celui qui doit ^^ me la rendre immortelle. " Ceux-là fesaient d'autres protestations. Tous avec un zèle et une liberté vraiment chrétienne.

BEIATION ABBÊatfS.

blâmaient les auteurs et les complices de cet homicide, sans cependant les nommer, quoiqu'ils les connussent. ^^ Ces hom- ^^ mes là, ajoutaient-ils, veulent la ruine du pays. Ce sont eux '* sans doute qui reçoivent des présens de nos ennemis pour ^^ nous trahir. La foi leur déplaît parce qu'elle leur reproche ^' leurs vices. Qu'ils se montrent, il sera facile de s'en con- " vaincre. " ^

Deux jours se passèrent dans ces débats animés. Ils servirent à raviver beaucoup la ferveur de nos néophytes, et à prouver leur amour pour la foi et les Missionnaires. Us obtinrent enfin des capitaines et des chefs de la nation, tout infidèles qu'ils étaient, que l'on donnerait au nom du pays une satisfaction complète pour ce meurtre ; voici leur manière d'agir en pareil cas.

Ce serait tenter l'impossible, et ruiner les causes les mieux prouvées, que de vouloir les terminer chez les Sauvages par les procédés adoptés dans là jurisprudence de presque toutes les nations, c'est-à-dire en condamnant à mort le meurtrier. Que le coupable soit connu ou non, la réparation du crime des particuliers regarde le public, c'est-à-dire qu'on punit le crime et non le criminel ; en sorte que ce qui serait regardé ailleurs comme une injustice, est parmi eux le moyen le plus efficace d'empêcher le renouvellement de pareils désordres. J'ai cru satisfaire une curiosité bien légitime, en fesant connaître sur • ce point leurs coutumes particulières. Terminons en peu de mots cette histoire.

Après avoir décidé qu'ils nous donneraient satisfaction, ils nous appelèrent à l'assemblée générale qu'ils avaient convoquée, et un vieux capitaine, prenant la parole au nom de tous, , s'adressa en ces termes au Supérieur de la Mission : ^' Mon *' £rère (c'est le titre qu'ils lui donnent), voici devant toi toutes ^< les tribus réunies pour te donner satisfaction ; (Il les nomme

BXLATIOV ABHtoftS.

*' IHuie apiès Pantie.) nous ne sommes qu'une poignée d'hom*- *^ mes. Tu soutiens seul ce pauvre pays, et tu le portes dans ^* ta main. La fondre l'a frappé, et Pa divisé en deux parties. ^ Un pcécipice est maintenant ouvert, et si tu nous abandon- ^ nés, nous y tomberons infitilliblement.

'^ Prends donc pitié de nous qui sommes iei pour pfemer ta ** perte et la nôtre, plutôt que pour parler. Ce pays n'est pkts ** qu'un squelette sans diair, sans veines, sans nerfs, sans ar- *^ tères. Nous sommes comme des ossemens desséchés. Un ** lien très-fedhle les tenait unis, mais il a été brisé par le coup ^* qui a frappé la tête de ton neveu que nous pleurons. C'est ^^ un démon qui a nus la hache dans la main de l'assassin. ^^ Est-ce toi, ô soleil, qui l'as poussé à un crime si fatal ? ^* Pourquoi n'as-tu pas refusé ta lumière, pour lui donner à ** lui-*mème honeur de son forfiadt? Tu étais peut-être son *' complice ? Non certainement ; car il marchait dans les ténè- ** bres, et ne savait pas où il allait II croyait, ce midheU" ^^ reux, frapper un jeune BVançais, et c'était sa patrie qu'il ^< frappait en même tems d'un coup mortel La tene s'est ^' ouverte pour recueillir le sang de l'innocent, et il s'est formé <^ un abtmé pour nous engloutir tous ; car nous sommes tous ** coupables. Nos ennemis se réjouissent de cette mort, et la '* célébreront comme un gmnd triomphe, en voyant que nos '^ armes sont employées à nous détruire nous-mêmes, et ** qu'elles servent si bien leurs intérêts. "

Il continua longtems sur ce ton. Il ajouta ensuite : ^' Mon ^< frère, aie pitié de ce pays. Toi seul peut lui rendre la vie. ^' Ta main peut réunir tous ces ossemens épars. C'est à toi ^' qu'il appartient de fermer Pabtme ouvert pour nous englou- ^^ tir. Aie pitié de ton pays : nous l'appelons ton pajf9y car *^ nous t'en reconnaissons le mait're. Pour nous, nous ne som- ^^ mes que des criminels qui attendent leur condamnation, si

BELATIOH ABRiaÉE.

*' tu nons traites sans miséricoide. Aie pitié de ceux qui ^^ s'accusent eux-mêmeS| et qui viennent solliciter humblement " leur pardon»

^ Tu as affermi le pay» en y établissant ta demeure. Si tu ^^ nous quittes, nous serons comme le brin de paille déraciné *^ qui a'est boa qu'à devenir le jouet des vents. Le pays res- ^^ semble à une ile flottante, prête à être submergée à la pre- ^' mière tempête. Consolide le, et la postérité conservera ^ toujours le souvenir de ton bienfait, et te comblera d'éloges.

^' Au premier bruit de cette mort, nous avons Icdssé toutes '^ les affaires, et nous n'avons pensé qu'à nos larmes et à notre ^^ douleur. Nous sommes prèts à faire tout ce que tu oidon- '^ nesas pour la réparation de cette faute. Parle donc ? Que '^ veux-tu? Nos vies ainsi que nos biens sont à toi. Nous ^ nous en dépouillerons volontiers pour te doniter satisfaction. ^ Nous dépouillerons même nos enlans pour te contenter. Ce ^ n'est pas tpi que nous accusons, mais celui qui nous a sen- ^' dus criminels. C'est contre lui que se tournera toute notre ^^ indignatioai ; nous n'aurons jamais pour toi, qu'amour et " respect. "

Pour r^xNtse à ce discours, on leur présenta un faisceau de petits bâtons liés ensemble, un peu plus longs et plus gros que des allumettes. Ils exprimaienit le nombre de présens que nous demandions pour la réparation de ce meurtre. Nos néophytes nous avaient Iràen instruits de toutes leurs coutumes, et nous avaient engagés à les suivre à la lettre, si nous ne voulions pas gâter non-seulement notre propre caioe, mais celle de Dieu et de la loi.

Les capitidnes se partagèrent entre eux ces peôts bâtons, pour que toc^es les tribus concourussent à fomrnir les présens demandés. Chacun retourna ensuite à son village. Personne n'est nommément obligé de participer à cette contribution.

BELATIOH ABBÊQÊE.

mais pour payer ces dettes publiques, il y a entre eux une rivalité, proportionnée à leurs richesses, et à leur désir de se montrer plus ou moins affectionnés au bien du pays.

Le 11 de mai avait été désigné pour l'assemblée suivante, et pour faire cette cérémonie avec toute la solemnité d'usage. La veille, quaire capitaines, deux chrétiens et deux infidèles, furent députés par l'assemblée générale, pour venir nous trouver. Ils se présentèrent à notre porte, et comme dans une pareille circonstance, on ne se parle pas sans présens, ils offrirent le premier pour obtenir qu'on leur ouvrît, et le second pour qu'on leur permît d'entrer. A chaque porte qu'ils avaient à passer, nous aurions pu exiger un présent.

Aussitôt entrés, ils ouvrirent le discours par un présent qu'ils nomment présent pour essuyer les larmeSy et ils demandaient que nous ne les regardassions plus de mauvais œil. Le second était un breuvage pour nous rendre la voix que nous avions perdue, et en adoucir le son à l'avenir. Le troisième était pour calmer les esprits que ces pensées douloureuses agitaient. Le quatrième avait pour objet d'apaiser les émotions d'un cœur justement irrité.

Ces présens se cbmposent pour la plupart de morceaux de coquillages de mer que les Français ont nommé porcelaine^ comme nous l'avons dit, ou de semblables bagatelles qui seraient de vraies pauvretés en Europe, mais qui sont ici d'un grand prix. Ils en ajoutèrent ensuite neuf autres pour ériger im monument à la victime. Us avaient tous une fin particulière. Quatre^ d'entre eux étaient pour les quatre piliers qui devaient porter le cercueil, les quatre autres pour les pièces transversales, sur lesquelles il est placé, et le neuvième siervait de chevet. Les huit capitaines des huit tribus, offrirent alors chacun un présent pour les huit os principaux du corps humain, comme les pieds, les jambes, les bras, etc.

BELATION ABBÉOéE.

En suivant leurs coutumes, nous fûmes alois obligés de pax« 1er, c'est-à-dire, d'offirir un présent de SfiOO grains, pour relever le paya renversé j le consolider de manière qu'il fût capable de supporter Içs reproches que nous devions lui faire pour le forfait commis (^).

Le lendemain matin, en présence d'une foule immense accourue de toutes les parties de la contrée, les Sauvages firent sur la place publique un espèce de théâtre, où ils exposèrent les 50 présens qui formaient la partie essentielle de la réparation ; car Ceux dont nous venons de parler n'en étaient que l'accessoire.

Pour un Huron taê par un autre Haron, ils se cpntentent ordinairement de 30 présens. Pour une femme, ils en demandent 40, parce que, disent-ils, elle est moins capable de se défendie quHm homme, et parce qu'étant destinée à peupler le pays, sa vie est plus précieuse a^ public, et sa £adblesse réclame un plus grand appui de la justice. Pour un étranger, ils veulent un plus grand nombre de présens ; autrement, disent-ils, les meurtres seraient très^réqu^^s, le eommerèe miné, et la guerre continuelle avec les nations étrangères.

La cérémonie ne s'arrête pas là. Le cadavre à qui on avait élevé un tombeau ne devait pas y reposer nu ; mais il fallait le revêtir eomme il Pétait pendant sa vie. Us donnèrent pour cela trois présens, l'un pour une chemise, l'autre pour un gilet, le troisième pour un pantalon, etc., puis ils en ajoutèrent quelques-uns pour l'arquebuse, la poudre et les bsdles que le défunt possédait, et un autre pour retirer de la plaie le fer homicide.

(1) y«îci Vimage dont le P. Bagoeoeau se seryit pour revêtir ea penaée, et raccommoder à leur langage : ** Oe présent est pour applanir vos terres, afin qu'elles " pnisseat yoqb recevoir plus doncement lorsque vous tomberez, renversés par la " violenoe des veprocfaes que je dois vous £ûre, pour avoir commis im crime si hor- •* ribla " {RèL 1648.) T.

BELATIOir ÀMÉAÉE.

Ik atoaient dâ Mte autant de ptéwem qae la victiiiie a^t de blesmueS) afin de les cicatriaet *

Les tiois piéseiis qu'ils dimnèient ensuite avaient pou «bjet, IHin de f er m er Pmwertwrefaii^ dans la toi, le second de lendte la tene solide ( ici, selon leur coAtcune, ils se mirent tons à dansor en signe d'allégresse ) ; le teoisième d^en^pèeker, disaient-ils, pur le moyen d'one grosse piene qae eet abtme ne puisse jamais plus s'ouvrir.

Il 7 eut encore sept anties piésens : le premier pour rendre la voix aux Misiôonnaires ;

Le second pour engager nos Français à ne pas prendre les annes contre le meurtrier, mais contre leurs ennemis;

Le troisième pour raUumer le feu que nous teniotts toufours ptèt pour la commodité des passans ;

Le quatrième pour rouvrir la porte de l'hospice ( ^ ) où nos chréliens levaient fréquemment ;

Le cinquième pour remettre à l^ean le canot qui servait à passer la rivière (') quand ils venaient nous visiter;

Le sixième pour rendre l'aviron au jeune liamme Aasgé du passage;

Le septième pour l'illustrissime Seigneur notre Gouverneur, qu'ils appellent Onantio (*).

Nous eussions pu en exiger deux autres pour rétablir notre cabane et nodre église, et pour relever les quatre croix {Gantées

(1) ▲ la résidence de Ste. Marie des HnroM, les Ifissiomiaires araîent fidt eonstraire une très-grande cabane destinée à héberger pendant S jours et gratis, les finrons ▼e yag e ura qui Tenaieat se frire smgner dans leor audadie, où achever de se faire instruire. Cette résidence était à rentrée de la petit» riiridre, appelée alourdirai RiTiôre Wje; près de Pénétangoishene» dans le Hant-Canad% et noiv comme l'a atancé llustoriea Bancroft» aur la rifière MatiiiedaA. T

(t)Bi^èi«W7e.

(•)Oemot8aaTage iigttiSait^nmdifMofiAfll^ (Tétttt la traduction IStMfala du nom du (Âeralier de Montmagnj, alon Goutenieur du Canada. Ce titre est tiesié à tons ceux qui lui ont succédé. T.

BSLATIOK ABBÊGÈE.

aux qaatie angles die aotie enclos ; mais nous noos contentâmes de ce qu'ils nous présentèrent d'enx-mémes.

A la fin de la cérémonie trois des principaux capitaines ^friient de leur plein gré trois présens pour nous exhorter à continuer toujours de les aimer.

n y eut en tout 100 présens.

Noos répondknes à notre tour par des prêsens adressés i chacune des huit tribus. Leur objet était de renouer et de eoBScdider notre antique amitié,— de les engager à être toujours unis entir'eux et avec les Français afin qu'ils pussent résister à leurs ennemis,— d'arrêter les calomnies qui couraient contre la foi et les chrétiens qu'on rendait responsables de tous les événemens fâcheux,-— de les oonscder de la perte de quelques-uns des leurs tués par les ennemis, — et enfin de les assurer que l'illustrissime Seigneur Gouverneur, M. le chevalier de Montmagny, et tous les Français perdraient entièrement le souvenir de ce meurtre qu'ils venaient de réparer complètement, selon leurs coutumes.

Voilà comment ils punissent l'homicide, et si on néglige de faire ces préseos à un second ou troisième crime, les nations ae déclarent la guerre»

(Tombeaux Hdeonb.)

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