CHAPITRE I
PrBMIÊIUB difficulté de UL CWVœsiON DM flinMMfS.-^LBUR PAT».
ETTE mission était très-pénible,
et il n'y en a jamais eu de semblable. Je ne connais pas en effet de prédicateurs de kifol dans des pays étrangers, qui aient été faire nn établissement stable à une si grande distance de la mer, avec l'impossibilité de recourir à l'Europe pour la nourriture, le vêtement -et tous les autres besoins de la nature.
Les Missionnaires se fixaient ordinairement dans des lieux accessibles aux vaisseaux, ou au moins ' aux bateaux qui lettr portaient quelques secours. A certaines époques.
BEIATION ABBftaiB.
ib se répandaient de là par terre ou par eaa dans les différentes contrées : mais la mission Horonne a continué pendant plus de 16 ans, dans un pays oit on ne peut aller qu'en canot d'écorce, capable de porter au plus 2,000 livres pesant, y compris les personnes. Les voyageurs sont souvent obligés de charger sur leurs épaules pendant quatre et six milles, la barque, les vivres et tout le bagage, sans trouver une seule hôtellerie dans un voyage de plus de 700 milles (^). Pendant des années entières nous n'avons reçu aucune lettre d'Europe ni de Kébek, et nous étions absolument destitués de tout secours humain, et même des choses les plus nécessaires aux Saints mystères eux-mêmes et aux sacremens. Le pays ne fournissait ni froment ni vin, matière essentielle du St. Sacrifice de la messe.
Ces difficultés prévues et bien pesées, sans parler du grand obstacle que présentait une langue entièrement différente de celle des autres Sauvages, firent croire à plusieurs que cette mission était impossible ou téméraire; mais comme cette nation était la clef de beaucoup d'autres également stables, qui en grand nombre habitaient, nous disait-on, à l'occident, nous regardâmes leur conversion comme une chose d'une trèsgrande importance. Voilà pourquoi quelques Pères réformés de l'ordre séraphique de St. François, et quelques-uns des nôtres commencèrent en 1624 (*) cette héroïque entreprise: mais l'ignorance de la langue en empêcha le succès.
Après le départ des Anglais de ce pays, les Religieux de notre Compagnie reprirent seuls ces travaux, et leur donnèrent une forme plus stable en 16S4.
(1) Le chiffire de 700 milles adopté icip«r T Auteur, bîeo qu'en oontradictioD avec oelni de 900 milles qu'il a doimé quelques lignes plus haut, exprime 1a yraie distance entre Québec et les Huroos. T.
(9) Oe chiffire n'est pas exact Le P. Le Ganjii,'Bécollet, monta le premier dies les Hurons en 1616. Les Jésuites n'j aUérent qu'en 1626. {Mercure I^ançaie.) T.
BELATION ABRÉGÉE.
Les Français connurent les Hurons, non en les visitant les premiers ; car leur pays est comme inaccessible à tout Européen, mais par ce que ceux-ci, ayant entendu parler des vaisseaux Français qui venaient chaque année aborder à ces rivages, se décidèrent, pour les voir, à entreprendre ce voyage difficile.
Le Père de Brebeuf fat le premier Jésuite qui monta chez les Hurons, dans la compagnie de deux Pères réformés de Tordre de St. François (^) : mais, comme nous disions en commençant, ayant été pris par les Anglais, il fat ramené en Frunce, avec les Récollets et les autres Jésuites. Il obtint de retourner dans la Nouvelle France avec les premiers Français qui y repassèrent (2). Suivi de deux autres Jésuites et de six laïques, il se mit à travailler avec ardeur à la conversion de ce peuple.
Le démon, qui redoutait cet adversaire, mit tout en jeu pour empêcher ce voyage, et il y réussit en effet Pannée 1633, malgré les désirs des Hurons, descendus cette année là pour le commerce, au nombre de 7 à 800, dans 150 petites barques d'écorce, que nous nommerons canotSj comme dans le pays, et malgré les efforts du Grouverneur général du Canada, et du Missionnaire lui-même. Il serait trop long de raconter les intrigues dont cet Esprit mauvais se servit.
Peu s'en fallut même qu'il n'arrêtât encore le Missionnaire l'année suivante, 1634. Les Hurons venus pour trafiquer, étaient moins nombreux, et il y avait parmi eux moins de guerriers. Ils auraient cependant consenti volontiers à recevoir
(^) Ce fait n*est pas exact On sait que cette expédition était composée d*im eeol P. Réoollet, le P. de la Boche Dallion, et de deux PP. Jésuites, le P. de Brebeuf et le P. de Noue. T.
(*) Le P. de Brebeuf ne rerint en Canada qu'en 1688. H y avait déjà un an gae les Français en araieni repris possession, aoocnnpagnés des P. P. le Jeune let de Noue. T.
JUSIJtTIOH ABïïiQiB.
dans leurs barques quelques Français bien armés» pour les aider à la chasse ou à la guerre ; mais ils fesaieot des difficultés pour se charger d'hommes en soutane, qu'ils regardaient comme inutiles, et même comme nuisibles à leurs intérêts.
Cependant l'époque fixée d^ms les desseins de la Providence était arrivée, et la constance des Missionnaires triompha de toutes les oppositions de PEnfer. Le P. de Brebeuf en parle ainsi en écrivant au Supérieur de la Mission. ^* Je n'ai jamais *^ vu une entreprise qui ait été aussi contrariée, sans doute par *^ l'artifice du Démon ; mais le grand St» Joseph, à qui j'adres* ^^ sai un vœu, nous a fait vaincre aisément tbutes les difOcultés, *^ U a fallu donner aux Sauvages neuf présens de plus, et *^ diminuer nos bagages, de manière à. ne porter que .ce qui ^* était absc^ument indJispensable pour le St Sacrifice de 1» ^^ messe, et pour nous nourrir dans le chemin."
Après avoir raconté les embarras ordjnakes de ce pénible voyage, il ajoute : ^ Quand à nous, nous en avons trouvé «d'autres qui étaient pereo«»aek. Noji» avow été obligés de ^* ramer du matin jusqu'au «ûr, autant que les Sauvages eux- ^^ mêmes, et nous n'avions pas d'autre moment pour r^ter le *^ bréviaire que la nuit à la lueur d'un brasier. Dans les por^ *^ tages, c'.est4rdire quand il y avait des chutes d'eau, qui ^^ obligeaient de porter tous les bagages par terre, nous avian» ^^ à faire qudquefois quatre voyages À pied, chargés audessus ^* de nos forces, ,«t de telle sorte, qpe nous n'en pouvions plus ; ^^mais Dieu nous fesait épsourer' alors les consoktionis du ^^Paradis.-— Les S^v^ges ay^iieixt -abandonné quelques-uns de " nos compagnons sur un rocher ; d'autres Sauvages les ont " recueillis dans leurs canots, et ainsi, avec la grâjce de Dieu^ <^ personne n^a périy nuUua periit.
( FOaTASE. )