‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 12 sur 37 · CHAPITRE IL Secosbe difficiti-té, — Les dangers du Voyage · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL Secosbe difficiti-té, — Les dangers du Voyage

UTRE les dangers ordinairesj il y en a un qui est iminment, celui de tomber entre les mains d'autres Sauvages leurs ennemisj brîgaiidâ cruels, capables d'effrayer les plus courageux. Ce dan- .^^^ ger n'est pas purement spéculatif, il est si réel que plusieurs de nos Missionnaires en ont été victiraes.

Avant de passer aux autres diiEcultés, j'ai voulu insérer ici quelques lettres de l'un de nos PèreSj qui est tombé entre leurs mains^ en fesant ce voyage. Je réserve pour une autre place^ le récit de la captivité d'un autre Missionnaire, qui a été mis â mort par ces Sauvages.

BELATION ABRÉOÉE.

Voici ces lettres, adressées à notre R. P. Général, et à quelques amis d'Europe.

" Très-Révérend Père enJ.C.

" Pax Chnsti.

" Je ne sais si votre Paternité reconnaîtra Pécriture d'un " pauvre estropié, autrefois bien sain de eorpa, et très-connu " d'elle. La lettre est mal écrite et assez sale, parce qu^entre " autres infirmités, celui qui l'écrit n'a plu» qu'un doigt entier " à la main droite, et il ne peut empêcher le sang qui découle ^^ de ses plaies encore ouvertes, de salir s(»i papier. Son encre " est formée de poudre à fusil délayée, et la terre lui sert de " table. Il vous écrit du pays des Iroquois, où il est aujour- " d'bui prisonnier, pour vous raconter brièvement la conduite " de la divine Providence à son égard, dans ces derniers tems.

" Je partis des Trois-Rivières par ordre des Supérieurs, le " 27 avril dernier, de compagnie avec six Sauvages chrétiens, " et un jeune Français, qui remontaient dans 3 canots jusqu'au " pays des Hurons. Le soir du premier jour, le Huron qui ^^ guidait notre canot, nous fit chavirer sur le Lac St. Pieïïc, ^^ en tirant sur un aigle (^). Je ne savais pas nager, luais deux *^ Hurons me saisirent, et me traînèrent jusqu'au rivage^ où ^^ nous passâmes la nuit avec nos vêtemens tout mouillés.

^^ Les Hurons prirent cet accident pour un mauvais augure, " et me conseillèrent de retourner aux Trois-Rivières qui n'é- " talent qu'à 8 ou 10 milles : " certainement, disaient-ils, le " voyage ne sera pas heureux."

" Comme je craignais qu'il n'y eût dan» cette résolution ^^ quelque pensée superstitieuse, jaimai 'mieux passer outre,

(1) Kous reapeetona id le texte de TAotenr; omlee manoscrite eof^empôcains disent tons que c'était une outarde^ Ed effet les outardee et les canards sont pres!*^ les seulaf oiseaux que Voa rencontre dans le pays, à une époque si peu avanoée'da la saison. , T;

BELATIOET ABBÊGÊE.

" jusqu'à un fort ( * ) des Français, 30 milles plus haut^ où " nous pourrions nous remettre un peu. Ils m'obéirent, et nous " nous mîmes en route le leudemaiii malin d'assez bonne " heure ; mais la neige et le mauvais tems retaidèrent beau- " coup notre marche, et nous forcèrent de nous arrêter au mi- " lieu de la journée.

*^ Le 3e jour^ à ^2 ou 24 milles des Troîa-Rivières et à 7 ou *' 8 du fort Richelieu, nous tombâmes dans une embuscade de '' 27 Iroquois, qui tuèrent mi de mes Sauvages, et firent les *' autres prieonniers ainsi que moi. Nous aurions pu fuir ou " tuer quelques Iroquois, mais, quand je vis mes compa- " gnons pris, je crus qu'il valait mieux ne pas les abandonner, ** Je regardai comme un signe de la volonté de Dieu^ les dis- '' positions de mes Sauvages, qui étaient d'avis et qui avaient " la résolution de se lendre, plutôt que de chercher leur salut " par la fuite*

" Après noua avoir liés, les Iroquois poussèrent des cris ** horribles, comme se réjouissent des vainqueurs maUres du " butin {sicut muUantvictoreSy capta pn^da^) (^) et ils rendiient " des actions de grâce au soleil d*avoîx livré entre leurs mains " une Robe noirey ( c'est le nom qu'ils donnent aux Jésuites. ) " Ils entrèrent dans nos canots, et s'emparèrent de tout ce " qu'ils portaient. C'étaient les provisions des Missionnaires ** qui habitaient chez les Hurous, et qui se trouvaient dans une " extrême nécessité, parce que depuis plusieurs années ils n'a> " valent reçu aucun secours d'Europe-

" Ils nous ordonnèrent alors de chanter, puis ils nous don- " duisirent dans une petite rivière voisine, oii ils se partage- ** tent le butin, et où ils enlevèrent la chevelure (^) au Huxmi

(1 ) Le fort Rîctiétieii, aqjourdliui SoreL T,

(B) L'opération cncusUe de Fenlèremeiit de la cbeysîure des eimenib ttbortft^ od vitants, à amuaunâ àxt ki fiAungea de rAm^tiqD% était déjà «a luage dtex les

BELATIOH ÀBBÊGÊB.

^^ qu'Us avaient taé. Ils devaient la porter en triomphe an ^^ haut d'an bâton. Us loi coupèrent les pieds, les mains et les ^^ parties les plus charnues du corps, enfin de les manger, ainsi ^^ que son cœur.

, ^^ Le 5e jour, ils nous firent traverser le lac pour passer la " nuit dans un lieu retiré, mais très-humide. Nous commen- ^^ çâmes 1^ à prendre notre sonuneil, liés à terre, et à la belle ^^ étoile, comme dans le reste du voyage.

^^ Ma consolation était de savoir que je fesais la volonté de *^ Dieu, puisque je n'avais entrepris ce voyage que par obéis- ^^ sance. J'étais plein de confiance dans 4'intercession de la ^^ Ste. Vierge, et dans les secours de tant d'&mes, qui priaient " pour moi.

" Le jour suivant, nous nous embarquâmes sur une rivière, ^^ (^)et après quelques milles, ils m'ordonnèrent de jeter à ^^ l'eau mes écrits qu'ils m'avaient laissés jusques là. Ils ^^ croyaient superstitieusement qu'ils avaient fait briser notre ^^ canot. Us furent surpris de me voir sensible à cette perte, ^ moi qui n'avais témoigné aucun regret pour tout le reste.

^^ Nous fûmes deux jours à remonter cette rivière jusqu'à " une chute d'eau (*)qui nous força de mettre pied à terre, et ^^ 'de marcher six jours dans le bois.

^^ Le lendemain, 6 de mai, qui était un vendredi, nous ren- ^^ coAtiàmes des Iroquois qui allaient à la guerre* Ib nous

andeiis Si^rthes et cbec d*antres peuples barbares de TAsie et de TEurope. Hérodote (L 4, a 64.) et ^'autres historiens Font décrite en détail On coupait la peau du crâne au-dessus du front et des oreilles, tout autour de la tête, et on l'arrachait ayeo ylolence en tirant sur la chevelure. XTn petit cercle tenait ensuite cette peau tendue, et on fta portait ainsi en triomphe. Aux yeux des Sauvages, une chevêlare était le plus riche des trophées. Les peuples qui ont conservé jusqu'à nos jours cette barbare coutume, en ont encore la même idée. (Ca^/tVfiV'ortA ^mmeait /ndiani,--J)e8metMim<mderOrégon,) ^ T.

(1) Elle portait alors le nom de rivière des Lroquob. Aujourd'hui on la nomme Rivière Richelieu, de Sorel, ou de Chambly. T.

(2) LeRapidedeChambly. T.

BBI.A.TION ABBÊOÊE.

^^ donaèrent quelques coups qu'ils ax^compagnèrent de bien des ^' menacer : mais le récit qu'ils firent à nos gardiens de la ^^ mort d'un de leur troupe, tué par un Français, fut cause ^^ qu'on se mit à nous traiter avec beaucoup plus de cruauté.

^' Au moment dé notre prise, les Iroquois mouraient de ^^ faim ; aussi en 2 ou 3 jours, ils consommèrent toutes nos " provisions, et nous n'eûmes pour ressource le reste du voy- ^^ âge, que la chasse, la pêche ou quelques racines sauvages, ^^ quand on en trouvait. La disette devint si grande qu'ils ^^ ramassèrent sur le rivage, un castor mort et déjà gâté. Ils " me le donnèrent le soir à préparer ; mais sa puanteur " m'ayant fait croire qu'ils n'en voulaient plus, je le jetai à ^Ml'eau. J'expiai cette maladresse par une rude pénitence.

Je ne raconterai pas ici tout ce que j'eus à souflQrir dans <^ ce voyage, il suffit de dire que nous avions à porter nos ba- ^^ gages dans les bois, par des chemins non frayés, où on ne ^^ trouve que des pierres, des ronces, des trous, de l'eau et de la " neige ; eelle-ci n'avait pas encore entièrement disparu. Nous '^ étions nus pieds, et nous restions à jeun quelque fois jusqu'à '^ 3 et 4 heures après midi, et souvent pendant la journée en- " tiére, exposés à la pluie et mouillés jusqu'aux os. Nous ^^ avions même à traverser quelque fois des torrens et ' des " rivières.

^^ Le soir venu, j'étais chargé d'aller chercher le bois et ^' l'eau, et de faire la cuisine, quand il y avait des provisions. ^^ Lorsque je ne réussissais pas, ou que je comprenais mal les ^^ ordres que je recevais, on n'épargnait pas les coups. Il fal- ^' lait m'y attendre, surtout quand nous rencontrions d'autres ^^ Sauvages, qui allaient à la pêche ou à la chasse. Je repo- ^^ sais difficilement la nuit, car on me liait à un arbre, et on '^ me laissait exposé à la rigueur de l'air, encore assess froid à " cette époque.

ISO

fiXLikTION ABEÊGÊB.

^^ Nous^ amvàmes enfin aa lac des iToqnoÎB. II nous faHat ^ faire d'autres canots^ aaxqnel je dus aussi mettre la main. ^^ Après 5 oa 6 jours de navigation, nous mîmes pied à terre, ** et nous marchâmes trois jours.

^^ Le 4e jour qui était le 15 de mai, nous nous trouvâmes ** vers la 20e heure (*) et avant d'avoir encore rien pris, sur '^ les bords d'une rivière, oh étaient réunis 400 Sauvages pour " la pêche.

A la nouvelle de notie approche, ils vinreirt au devant de '^nous, et à 200 pas de leurs cabanes, ils enlevèrent tou^ ** mes v^temens, et me firent marcher en têle^ Les jeunes ^^ gens formaient une haie à droite et à gauche, tous armés ^^ d'un bâton, à l'exeepfion du premier qui tenait un couteau. ** Quand je voulus xQ'avancer, celui<;i me barra le passage, '* et saisissant ma main gauchci il la fendit avec son couteau ^ entre Pannulaire, et le petit doigt ; mais il le fit avec tant ♦* de force et de violenee, que je crus qu'il voulait m'onvrir la ** main entière. Les autres commencèrent alcHrs à ^e firaj^r *^ avec leurs bâtons, et ils ne cessèrent que quand je fus arrivé ^* au théâtre, qu'ils avaient préparé pour nous tourmenter.

^ Il nous fallut monter mit ces éccMoes grossières, élevées au ^ dessus de terre environ de 9 palmes, de manière A donner â " la foule le loisir de nous voir et de se moquer de nous. *J'é- *^ tais tout couvert du sang qui coulait de toutes les parties de ^^ mon corps, et le vent auquel nous étions exposés, était assez ^ £roid pour te geler immédiatement sur ma peau.

^ Ce qui me consolait beaucoup, estait de Toi» que Dieu ^ me fesait la gfâce de souffrir quelque petite choee en ce ^^ monde, au Heu des tommens inoomparablement plus grands, ^ que j'aomis eu à sùoÊrit pour mes péchés dans Pautie.

(1) La Tingtième heure, seloo la manière de oompter des Romain^ modemeiv répondait à cette époqae à 8h. i de raprèe-midi. t

BttATlOII ABBÈSiaL

^^ Les gaetri^rv vinrent ensuite, et les Sauvages les leçnrent ^^ avec de grondée cérémonies, et les régalèrent de tout oe que <* leur pèche leur avait donné de meilleur.

^ Qa nous commanda de chanter. Jugez si nous pouvions ^^ le faire, étant à jeun, épuiîsés par la marche, brisés par les ^^ coups, et tremblions de fioid de la tête aux pieds.

^ Peu de tems après, un esclave Huron m'apporta un peu ^^ de bled-d'Inde, et un capitaine qui me voyait transi de froid, ^ me rendit enfin à force d'instances, la moitié d'une vielle ^ soutane d'été en lambeaux : c'était assez pouf me cacher, ^^ mais non pour me réchauffer.

^ Ils BOUS obligèmnt de chanter jusqu'au départ des guer- *^ riers, et nous restâmes alors à la merci de la jeunesse, qui ^ nous fit descendre du âéàtin, où nous étions depuis envirbn ^ S heures, pour nous faire danser à leur manière. Comme je ^ ne réusfâssais pas, et ^ne je n'en étais pas capable, ces jeu- ^aes gens me fiappaleot, me piquaient, m'arrachaient les ^ cheveux, la barbe, ete.

^ On nous retint fr à4| jours dans ce lieu pour leur passe- ^ tems, nous laissant entièrement à leur discrétion et à leur ^ indiscrétion. Nous étions obligés d'obéir même aux enfans, '^ et dans des choses peu raisonnables et souvent contradictoi- ** res : « Chante, disait l'ua."—** Tais-toi, disait un autre.'» Si ^ j^obéissais au premier, le second me maltraitait. — '^ Avance ^ ta main^ je veux la brûler." Un autre me brûlcdt parce que '* je ne la lui présentids pas^ Ik me commandaient de pi$en- ^^ dxe du feu avec les doigts pour le mettre dans leurs pipes ^^ pleines de tabac, «Ifls le laissaient tomber à teire à dessein, ^* quafefê et cinq fob de suite, pour me £aûre t»âler en le ramas- «^«ant

^^ Ces seifies se p s u sa ictt l eréinaltemeiM la nuit ; car vei^s le ^^ soir, les capitaines criaient à pleine voix atitôur des cabanes :

BELATIOH ABBÊOÊB.

" Réunissez-Yous, jeunes gens, et venez caresser nos prison- ^^ niers. " A cette nouvelle, ils accouraient et se réonissaient ^^ dans une grande cabane. Là on m'enlevait le lambeau de " vêtement qu'on m'avait donné, et dan» cet état de nudité, ^^ ceux-ci me piquaient avec Xles bàtcms aigus, ceux-là me brû- " laient avec des tisons ardcns ou des pierres rougies au feu, " et d'autres se servaient de cendres brûlantes ou de charbons ^' enflâmes. Ils me fesaient marcher autour du feu sur la '^ cendre chaude, sous laquelle ils avaient planté en terre des ^^ bâtons pointus. Les uns me tiraient les cheveux, les autres lî la barbe.

^^ Chaque nuit après m'avoir fait chanter, et m'avoir tour- ^^ mente c(Hnme je Fai dit, ils passaient environ un quart ^^ d'heure à me brûler un ongle ou un doigt. Il ne m'en reste ^^ maintenant qu'un seul entier, et encore ils en ont arraché " Pongle avec les dents. Un soir ils m'enlevaient un ongle, le ^^ lendemain la première phalange, le jour suivant la seconde. " En six fois, ils en brûlèrent presque six. Aux mains seules, "ils iD?oûX appliqué le feu et le fer plus de 18 fois, et j'étais " obligé de chanter pendant ce supplice. Us ne cessaient de " me tourmenter qu'à une ou deux heures de la nuit J Us me " laissaient alors ordinairemet lié à terre et sans abri. Je n'a- ^^ vais pour lit et pour couverture qu'un morceau de peau la ^^ moitié trop petit. J'étais même souvent sans aucun vête- " ment, car ils avaient déjà déchiré le morceau de soutane " qu'on m'avait donné. Par compassion, ils me laissèrent ce- " pendant de quoi couvrir ce que la décence, même parmi eux, " ordonne de cacher. Us gardèrent le reste.

" Pendaat un mois entier nous eûmes à subir ces cruautés, " et de plus grandes encore, mais nous ne restâmes que 8 jours " dans ee premier lieu. Je n^aurais jamais cru que l'homme " eût la vie si dure.

BllLÀTION ABRiïQÊB*

" Une nuit qu'ils me toarmentaientj connue de coutume, un " Huïon fait prisonnier avec moi^ ayant vu un de ces coinpa- " gnons échapper au supplice en se déclarant contre nous, se " mit à crier au milieu de rassemblée que j^étais une personne " de qualité et un capitaine des Français. Ils Técotitent avec " beaucoup d'attention, et poussant ensuite un grand cri en " signe d'allégresse, ils me traitent avec une nouvelle rage.

" Le lendemain matin je fus condamné à être brûlé vif, et à " être mangé. On commença alors à me garder de plus près- " Les hommes et les enfans ne me laissaient jamais seul, " même pour les nécessités naturelles, et ils venaient alors me " tourmenter pour me forcer de retourner au plus vite à la ca- " bane, dans la crainte que je ne prisse la fuite.

" Nous partîmes de là le 26 de mai, et en quatre journées, " nous atteignîmes les premières terres de cette nation. Dans " ce voyage fait à pied sous la pluie, et avec d^autres incom- ** modités, je soul&is pins que jamais. Le Sauvage, alors mon " gardien, était pins cruel que le premier. J'étais blessé, fai- " ble, mal nourrri, à moitié nud- le dormais en plein air^ lié " à un piquet ou à un arbre, et je tremblais toute la nuit, à ** cause du froid et de la douleur que me causaient mes liens.

" Dans les passages difficiles, ma faiblesse réclamait un se- " cours, mais on me le refusait, et même, quand je tombais ne " renouvelant mes douleurs, il m*accablaient de nouveaux " coups, pour me forcer à marcher. Ils croyaient que je le " fesais à dessein afin de rester en arrière, et de m'échapper " ensuite.

" Un jour entre autres, je tombai dans un ruisseau, et peu s'en " fallut que je ne me noyasse. J'en sortis, mais je ne sais " comment, et dans cet état j'eus à faire encore près de 6 mil- " les de chemin jusqu'au soir, avec un fardeau très-pesant sur " mes épaules. Ils se moquèrent de moi et de ma maladresse

BEIATIOK ABRÉGÉE.

^^ de m'être laissé tomber à Peau, et cela ne les empêcha pas '^ de me l^ûler encore un ongle pendant la nuit

'^ Nous arrivâmes enfin au premier village de cette nation. Ici " notre réception ressemtda à la premiète, et fût encore plus ^^ cruelle ; car outre les coups de poing et les coups de bâton ^^ que je reçus dans les parties les plus sensibles du corps, ils ^^ me fendirent encore une Ibis la main gauche entre le doigt '^ du milieu et l'index, et leur bastonnade fut telle que je tom- ^^ bai à terre à demi mort. Je croyais avoir perdu mon ceil " droit avec la vue.

" Comme je ne me relevais pas, parce que je n'en étais pas '^ capable, ils continuaient à me frapper surtout sur la poitrine et '^ sur la tête. J'aurais certainement expiré sons leurs coups, ^^ si un capitaine ne m'eût pas fait tratnev à force de bras sur ^^ an théâtre formé d'écorces, comme le premier. Là ils me ^^ ooupèrent peu après le gros doigt de kt main gauche, et ^^ fendirent l'index ; mais au même moment la pluie ac- ^^ compagnée du tonnerre et des éclairs, tomba en si grande ^^ abondance, que les Sauvages se retirèrent, et nous laissèrent *^ sans vêtemens exposés à l'orage. Un Sauvage, que je ne '^ connaissais pas, eut pitié de noiui, et lu^us fit entrer le soir ^^ dans la cabane.

^^ Nous fûmes tourmentés dans cette eiroonstance, avec plus ^^ de cruauté et d'audace que jamais, sans qu'on nous laissât ^^ un moment de relâche. Us me mirent de l'ordure dans la *^ bomcàe, et me brûlèrent le reste des ongles et quelques ^' doigts des mains. Ils disloquèrent les doigts des pieds, et ^ me peioèrent un pied avec im tison, ^e ne sais ce qu'ils *^ n^essayèreot pas une autre (ain ; mais je feignis d^tre éva- ^ nouî, pour n'avoir pas Pair de m'apereevoif d'une action peu ^^ décente^

*^ Après avoir satifiiut leuremautë, Us nous envoyèrent dans

BËLÂTION ABUÉQÉK,

'^ un ûuti^ village à 9 on 10 milles plus loin* Ici on ajouta " aux tOTirmens dont j'ai dOjà parlé, celui de me suspendie " par les pieds tantôt avec des cotdes, tantôt avec des chaînes " que leur donnaient les Hollandais.

" Pendant la nuit je Testais étendu sur la terre nue, et atta- '* ché, selon leur coutume, à plusieurs piquets, par les pieds, *^ lesi mains et le cou* Pendant 6 ou 7 nuits, les moyens qu'ils ** prirent pour me faire souffrir sont tels qu'il ne m'est pas per- ** mis de les décrire, et qu'on ne pourrait pas les lire sans rou* '* gîr. Je ne fermai pas l'œîl pendant ces nuits là, qui me *^ parurent très-longues, quoiqu'elles fussent les plus courtes de ** l'année. Mon Dieu ! Que sera donc le Purgatoire ? Cette *' considération adoucissait beaucoup mes douleurs,

** Après un pareil traitement, je devins si infect et si horrî- " ble que tout le monde s^éloignait de moi, comme d'un cada- " vre en putréfaction, et on ne m'approchait que pour me tour- " menter.

" Je trouvais difficilement quelque personue charitable pour " me mettre la nourriture dans la bouche, ne pouvant me ser- ** vîr d'aucune de mes mams, qui étaient extrêmement enflées ** et en pourriture. J'avais donc à souffrir aussi la faim. Je '* fiis même réduit à manger des grains de blé-d'Inde crus, ** au détriment de ma santé- Le besoin me fit même trouver " du goût à mâcher de l'argile, quoiqu'il ne me fût guère pos- " sible de l'avalen

" J'étais couvert de sales insectes, sans pouvoir m'en déli- ** vrer ni m'en défendre. Les vers naissaient dans mes plaies, " et dans un seul jour, îl en tomba plus de quatre d'un de mes " doigts," J^ai dit à la pourriture vom êtes mon Père^ et aux " vers^ vous êtes ma mère et mes sœurs { ^ ) , J'étais devenu un

(i)Job,l7, 14

Googk-^

BELATION ABRÉGÉE.

^^ fardeau pour mai^néme (^), de sorte que si je n'avais con- " suite que moi, j'aurais regardé la mort comme un gain ( * ) .

^^ Il s'était formé un abcès à ma cuisse droite, à la suite des " coups que j'avais reçus, et des chutes fréquentes que j'avais ^^ faites. Il ne me laissait aucun repos, surtout depuis que je ^^ n'avais plus que les os et la peau, et que je ne couchais que ^^ sur la terre. Les Sauvages l'avaient ouvert plusieurs fois avec ^^ des pierres aiguës, en me causant de vives douleurs ; mais ^^ sans succès. Il fallut que le Huron apostat, pris avec moi, ^^ me servît de chirurgien. Le jour qui, dans ma pensée, était ^^ la veille de ma mort, il me l'ouvrit en me donnant quatre coups ^^ de couteau. Le sang et le pus en sortirent en si grande ^^ abondance, et répandirent un telle puanteur, que tous les [ '^ Sauvages furent obligés de sortir'de la cabane.

^^ Je désirais et j'attendais la mort, mais non sans éprouver ^^ une vive horreur du feu. Je me préparais cependant de mon ^^ mieux, en me recommandant au cœur de la Mère de misérù ^^ cordej qui est vraiment la Mère aimabUy admiratle^ pmêsante, ^^ clémente et la consolatrice des affligés. Elle était après Dieu ^^ l'unique refuge d'un pauyre pécheur, abandonné de toutes " les créatures sur une tçrre étrangère dans ce lieu d*harreur et ^^ cette vaste solUude (^), sans langue pour se faire comprendre, ^^ sans amis pour le consoler, sans sacremens pour le fortifier, '^ et sans aucun remède humain pour adoucir ses maux.

^^ Les prisonniers Hurons et Algonquins (ceux-ci sont appelés ^^ nos Sauvages), au lieu de me consoler étaient les premiers à ^^ me faire souffiir, pour plaire aux Iroquois. Je ne vis le bon ^^ Guillaume (^) qu'après ma délivrance. L'enfant fait prison-

(1) Job, 7, 20. (2)PhiLi,2.

(8) Deut 82. XO.

(4) GuUlftciiiM Ooatare, Fraoçaii, tombé entre les Jqgaes en 1642.

des Iroqnoâs areo le P.

RELATION ABR]£a]ÉE.

" nier avec moi avait été éloigné, depuis qu'on s'était aperçu " que je lui fesais faire des prières, ce qui ne leur plaisait pas. " Ils le tourmentèrent aussi, et quoiqu'il n'eût pas plus de 12 " à 13 ans, ils lui enlevèrent cinq ongles avec les dents. En " arrivant dans leur pays, ils lui avaient lié îes poignets avec ** de petites cordes, mais serrées le plus fortement qu'il purent, " de manière à lui causer de très-vives douleurs. Ils fesaient " tout cela devant moi, pour augmenter ma peine. Oh ! que " l'on aprécie alors bien autrement beaucoup de choses, pour " lesquelles on a ordinairement tant d'estime ! Plaise à " Dieu que je m'en souvienne et que j'en profite !

^^ Mes jours étaient donc ainsi pleins de souffrances, et mes " nuits sans repos, ce qui fat cause que je comptais dans le mois ^^ cinq jours de plus qu'il ne fallait, mais en voyant un soir " la lune, je corrigeai mon erreur.

'^ J'ignorais pourquoi les Sauvages différaient tant ma mort. " Ils me dirent que c'était pour m'engraisser avant de me man- *' ger ; ils n'en prenaient guère le moyen.

" Ils prononcèrent enfin sur mon sort. Ce fut le 19 de Juin, " jour que je regardais comme le dernier de ma vie. Je de- ^^ mandais à un capitaine de me faire mourir, s'il était possible, ^^ autrement que par le feu ; mais un autre chef l'encourageait " à ne pas changer la résolution déjà prise. Alors le premier ^^ me déclara que je ne mourrais ni par le feu, ni par un autre " supplice. Je ne pouvais pas le croire, et je ne sais s'il par- " lait sérieusement, mais c'était la vérité.

" Telle était la volonté de Dieu et de la Vierge Mère à qui "je me reconnais redevable de la vie, et, ce que j'estime encore " plus, d'une grande force au milieu de mes maux. Qu'il " plaise à la majesté de Dieu d'en tirer sa plus grande gloire " et mon^salut !

" Les Sauvages se trouvèrent eux-mêmes très-surprîs de ce

BELÂTION ABRéoéB*

^^ résultat, si contraire à toates leurs intentions^ comme Font ^^ raconté et écrit les Hollandais.

^' Je fus donc donné avec toutes les cérémonies d'usage à ^^ une vieille femme, afin de remplacer son aieuJ, tué autrefois ^^ par les Hurons ; mais au Ueu de me faire brûler, selon les ^' désirs et Pavis de tous^ elle me racheta de leurs mains, au ^^ prix de quelque grains, que les Fiançais nomment parce- ^^ laines.

^^ Je vis ici au milieu des ombres de la mort ; et je n'entends ^^ parler que d'homicide et d'assassinat Dernièrement ils ont ^^ assommé un de leurs compatriotes, dans une cabane, sous le " prétexte qu'il était inutile, et qu'il ne méritait plus de vivre.

*' Je ne suis pas sans avoir toujours à souffrir un peu. Mes ^^ plaies sont encore ouvertes, et plusieurs Sauvages mé voient ^^ de mauvais œil. Il est donc vrai qu'on ne peut pas vivre sans ^^ croix, mais celle-ci est conune du sucre auprès des autres.

" Les Hollandais me font espérer ma rançon et celle de l'en* '^ faut fait prisonnier avec moi. Que la volonté de Dieu s'ac- ^^complisse dans le tems et dans l'éternité ! Mon espérance ^' sera plus ferme encore, si vous me donnez une part dans vos ^^ saints Sacrifices et dans vos prières, et dans celles de nos Pères ^^ et de nos Frères, surtout de ceux qui m^ont connu autrefois.

^ Du pays des Iroquois, 15 Juillet 1644.

Ce Missionnaire ne trouva pas à cette époque d'occasion pour envoyer sa lettre, en sorte qu'elle arriva en Europe en même tems que d'autres, que nous insérons ici dans Tordre où elles ont été écrites.

" Je n'ai pas trouvé, dit la seconde lettre, quelqu'un pour se ^^ charger de l'incluse, ainsi vous la recevrez en même tems que ^^ la présente, qui vous fera le récit de ma délivrance des mains ^^ des Sauvages, dont j'étais le prisonnier."

Googk

RELATION ABBÉGÉE.

^^ Je la dois aux Hollandais., et ils l'ont obtenue sans peine, '^ moyennant une modique rançon. Les Sauvages m'esti- '^ maient peu, à cause de ma maladresse en toutes choses, et ils " pensaient d'ailleujs que je ne pourrais jamais guérir mes " blessures."

" J'ai été vendu deux fois, d'abord à cette vieille qui devait ^^ me faire brûler, et ensuite aux Hollandais qui ont eu à don* "^er 15 à 20 Doppies (^J.

"J'ai chanté ma êoHie d'Egjfpte («), le 19 Août, dans " l'octave de l'Assomi^on de la Vierge, que je regarde comme " ma libératrice.

" J'ai été pendaitt quatre mois captif chez les Iroquois, mais ^^ c'est peu, en comparaison de ce que méritaient mes péchés.

" Je n'ai pas pu pendant ma captivité rencbe à quelqu'un de " ces malheureux, en retour du mal qu'ils me fesaient, ^ bien " qui était Pobjet de mes désira, o'est-à-dire leur donner la con- " naissance du vrai Dieu. " ^

" Pour si:qpf)léer à l'ignorance de leur langue, je voulus avec " le secours d'un prisonnier, comme interprète, essayer d'ins- " traire un vieillard modbond ; mais l'orgueil le rendit sourd à " ma parole. Il me répondit qu'un homme de son âge devait " enseigner les autres^ et non recevoir leurs leçons.

" Je lui demandai où il ifait après sa moit. Il répliqua : " du " côté de l'Occident." Puis il se mit à raeonterles fables et les " folies, que le démon a apprises à ces infortunés, et qu'ils ^^ piennent malheureusement pour la vérité.

" Je n'ai baptisé qu'un Huron. On Pavait amené là où j 'étais, ^ pour le brûler. Afes gardiens me pressèrent de Palier voir. <^ J'allai avec quelque répugnance, car ils m'avaient dit, mais ^^ à tort, que ee n'était pais un de nos Sauvages, et que je ne le

' ( 1 ) Une Doppie, mooaie d'or de Rome, vaat entiroii diz-oept francs. T.

ISO

BELÂTION ÂBK^QÉm.

^^ comprendrais pas. Je m'avance vers la foule qui ouvre les ^^ rangs, et me laisse approcher de cet homme, déjà tout défiguré ^' par les tourmens. Il était étendu sur la terre nue, et n'avait ^^ rien pour appuyer sa tête. Je vois une pierre près de là, je la " pousse avec le pied jusqu'à sa tête, pour lui servir d'oreiller. ^* Il se mit alors à me fixer, et quelques poils de barbe qui me ^' restaient encore, ou quelqu'autre indice, lui firent juger que j'é- " tais étranger. — ** N'est-ce pas là, <Jit-il à son gardien, l'Euro- " péen que vous tenez prisonnier?" Celui-ci lui ayant répondu ^^ affirmativement, il jeta de nouveau sur moi un regard plein " de compassion. — Assieds-toi, mon frère, près de moi, me dît- ^^ il, je veux te parler." Je m'assois, mais il me fallut faire un ^^ effort à cause de la puanteur qui s'exhalait de son corps, déjà ^^ à moitié rôti. Heureux de l'entendre un peu, parce qu'il parlait " Huron, je lui demande ce qu'il désire, espérant pouvoir pro- '^ fiter de l'occasion pour l'instruire et le baptiser. A ma grande " consolation, sa réponse me prévint. " Que voulez-vous donc» ** lui dis-je ? — Je ne demande qu'une chose, le. baptême au "plus vite; le tems est court." Je voulus l'interroger sur " la foi, pour ne pas donner un sacrement avec précipitation, " mais je le trouvai parfaitement instruit. Il fesait déjà partie " des catéchumènes chez les Hurons. Je le baptisai donc bien "volontiers, et nous nous trouvions tous les deux contens. " Quoique j'eusse administré ce sacrement, avec une certaine " ruse, m'étant servi de l'eau qu'on m'avait chargé de lui don- " ner à boire, les Iroquois s'en aperçurent. Ils avertirent " aussitôt les capitaines, et dans leur fureur, ils me chassèrent " de la cabane, en m'accablant de menaces ; puis ils se mirent " à le tourmenter, comme auparavant.

" Le lendemain matin, on acheva de le brûler vif, et comme "je l'avais baptisé, ils portèrent tous ses membres un à un " dans la cabane où j'étais. Sous mes yeux, ils écorchèrent

Goog

le

BEULTION ABEÉOJâE.

'^ les pieds et les mains, et les mangèrent. Le mari de la ^^ maîtresse de la cabane mit à mes pieds la tête de la victime, ^^ et la laissa là longtems, en me reprochant ce que j'avais fait, ^^ et en me disant : '^ Eh bien ! à quoi ont servi tes enchante- ^* mens ? (Il parlait du baptême et des prières que j'avais fai- " tes avec lui.) L'ont-ils délivré de la mort ?"

" J'éprouvai alors un vif regret de ne pas savoir leur langue, ^^ et de ne pouvoir pas dans une si belle occasion, leur parler ^^ de la vertu et des effets du baptême ; mais l'heure n'est pas " encore venue. Leurs péchés et surtout leur orgueil mettent " un grand obstacle à la grâce de Dieu, qui regarde les humbles " et ne voit les superbes que de loin (^). Us s'estiment tous " comme des héros et des guerriers, et ils n'ont que du mépris " pour les Européens, qu'ils regardent conmie une nation vile ^^ et lâche. Us se croient destinés à subjuguer le monde. Ils ^^ se sont perdus dans leurs pensées j et comme Dieu les a aibanr " donnés aux désirs de leur cœur ( ^ ) , vos prières, vos sacrifices, ^^ et les prières de toute la Compagnie qui prie toujours pour " la conversion des infidèles, pourront obtenir que Dieu jette " un regard de pitié sur eux, et en même tems sur moi, surtout ^^dans les dangers de la mer auxquels je vais m'exposer. " Soyez assuré que bien portant comme estropié, je serai tou- " jours de votre Paternité, le fils indigne et le très-humble ser- " vitpur.

" De la Nouvelle Amsterdam, 31 Août 1644. "

La troisième lettre est écrite de l'Ile de Rhé, en date du 16 novembre de la même année. Le Missionnaire sollicite des

(1)P8.112,6. (3) Rom. 1,21.

( d ) Prançoi9-Jouph Brettany^ TAnteur même de cet OQTrage. T.

BISU^TION ABUte<B,

piièieo pooireadre gifàeea à Dieu de sa délivraiice, bob eeuiemeAl dea mcdns dee Iroqnoisy mate aueei de la faieur dee flaUi. Il raconte qu'île a^aieBl éprouvé d'hoiriblee tempêtee, et une eulie autiee, le il de Septembre, qui fut épouTantaUe^ £Ue dusa plue de fU heurei^. et fotça de couper lee mftte du vaieee^n. Puis il ajoute :

^^Ub cenaire Tuto noue a poursuivis pendant plusieurs ^^ joura entiers. Ma con4>agnie sur le vaisseau, se cooapoeait ^^ de Huguenots qui avaient une aatipatie extrême pour- le ^^ nom de Pmpi^ê et de Jémuite. La cabine où j'étais logïé;, << n'avait que les quatre murs, et sa dimension ne me penxtel- ^^tait pas. de m'étendre de tout mon long. Les vivres et ^^méme l'^au manquèrent pendant la traversée : mais, ai ^^ vous e3iceptez. le mal de mer qui ne m'épargna pas, je me ^^ trouvai toujours trèsrbien, et après cinquante^cinq jours ^^ d'une navigation pénible,, j'anrivai en habit de matelot à l'Ue '^ de Rhé, dans le meilleur état de santé dont j'aie joui depuis '^'dix^huit ahs» que je suis dans la Compagnie. Je fus obligé ^^ de dç^mander l'aumdne en débarquant, et. ce fut pour moi ^^ une consolation intérieure plus grande qu'on ne peul as l'i- " maginer« Dieu soit béni !"

Jci laisse de càf^ mille autres particularités-, qui n'i^ipartieiinent pas aup^danger» des Iioquois, comme les oifcoBstanoes de son rachat, l'accueil que loi firent les Hollandais, etc., mais je dois insérer ici la dernière lettre que, sur les instances de plusieurs personnes,, il écrivit après son retour en France, persuadé que cette digression offrira un juste sujet d'édification. La voici :

" Vous m'avez fait quelques demandes sur ma captivité dans " le pays des Iroquois, avec tant d'instances, et en me donnant " tant de motifs, que, par considération pour ce que je vous dois, "je ne puis refuser de vous répondre» Je, k^ ferai dpue et " avec ma simplicité ordinaire^

BÈLÀTiOlt ÀBRÊQÊE.

** À la première question :— Pourquoi les Iroqùois m'oht-ils tant " rnàltràité ?^ — Je réponds ; Parce qu*ils me regardaient comme " léùreiinemi, noii en ma qualité d'Européen, puisqu'ils sont " aihis dès ttollandàis, Européens comme nous, niais parce que " nous sommes arnis et protecteurs des Sauvages que nous trâ- ^^ vàillohs a convertir, et avec lesquels ils ne vèuleiit pas là j^aix, " tandis qiiè nous, nous Peritréténons pour le seul motif de les ^^ gagner à I)ieu. Ainsi la preniiére cause de cette inimitié, ^^ c'est la foi. Elle nous obligé de rester unis, même au péril " de la vie, avec nos néophytes, et indirectement de devenir ^^ les ennemis^ des troqùois. '^ Éi vous aimez nos âmes, autant ^^ que vous le dîtes, aimez aussi nos corps, (c'est le langage " qu'ils nous tiennent) et né formons plus qu'une nation. Nos ^^eniiemîs seront les vôtres; nous partagerons les mêmes ** dangers."

** Ajoutez secondement là haine que les Iroqùois oiit pour ** notre' sainte fdî, qu'ils croient et qu'ils appellent un sortilège. ( C'est pourquoi ils qui derïiièrement prolongé pendant huit joiirs, au lieu d'un seul, comme le voulait l'usage, le supplice d'un Sauvage chrétien qui se glorifiait publiqueinent de sa foi. Il se nommait Joseph Onahré, et il perdit la vie dans les tourniens les plus crtféls.)

** Ils ont surtout en horreur le signe de là croix, patce que " les Hollandais leur ont fait croire que c'était une vraie supers- ** tition. il fut la cause de la niort du bon René Goupil, com- ^^ pàgnoh du P. Jc^es, et fit éloigner de moi le jeune garçon *^ à qui je lé fésâis faire avec d'autres prières.

** Troisièmement, quand bien même là foi, que nous cher-

'^ chiens à introduire dans ces contrées^ n^eût pas été la cause

*^dé la haine et dés toumiens de ces Sauvages, je n'aurais pas

^^ hésité à braver ces dangers dans l'intérêt des âmes. En

< ^^ efiet si l'on regarde comme une action méritoire de braver la

KELATIOM ABR&aiB.

^^ peste, même dans le seul dessein de soulager les coips, ne ^^ dois-je pas m'estimer trop heureux, si Dieu me fait la grâce ^^ de perdre la vie en secourant et en convertissant les âmes. ^^ Tous ceux qui vont en Canada, et surtout chez les Hurons, ^^ rencontrent ces dangers ; et si, par crainte des tourmens des ^^ Iroquois ou par d'autres motifs, personne n'avait ce courage, ^^ cette malheureuse nation fibûrait par être entièrement aban- ^^ donnée, et privée de tout secours spirituel. Voilà pourquoi ^^ on porte envie à ceux qui trouvent là la mort.

^^ A dire vrai ce qui me consolait était moins cette considé- " ration, que l'idée que Dieu et l'obéissance m'avaient placé ^^ là. Je le priais d'aggréer mon sacrifice, conune il aggréa ^^ celui du bon Larron, me trouvant plus coupable que cet heu- " reux crucifié, * puni comme lui, mais pour des péchés plus ^^ grands que les siens. Je me rappellais la doctrine du " Concile de Trente (Sess. 14. c. 9.^ qui dit que l'acceptation ^^ des peines même inévitables et nécessaires, satisfait à la " justice de Dieu, et au châtiment que méritent les péchés.

^^ J'aurais fait difficulté de répondre à la seconde question, ^^ qui regarde mon intérieur, si je n'avais pas su qu'il est gUh " rievx de révéler et de publier Us csuvres de Dieu. Opéra " Dei revdare et amfiteri honarificum e«* ( * ) , et si je n'avais " pas espéré ajouter par là quelque chose à votre ferveur. Je ^^ vous dirai donc avec toute franchise quelles sont les trois ^^ grâces et faveurs singulières que Dieu m'accorda alors.

^^ La première c'est que, quoique je fusse à chaque instant à ^^ deux doigts de la mort, que j'avais continuellement sous les " yeux, mon esprit a toujours conservé la même liberté, et je ^^ pouvais donner à chaque action une attention complète. Si " donc j'ai manqué en quelque chose, il ne faut pas l'attribuer

(l)Tob,12.7.

BELATION ABRÉGÉE.

*^ an défaut de coAnaiesanèe, à la faiblesse de ma tète on an ^* tronble qne cause la peur, mais à une malice inexcusable. ^^ Mon corps étsdt dans un abattement extrême. Je pouvais à ** peine ouvrir les lèvres pour dire un Nôtre-Père^ tandis qu'in- " têrieurement, je m'occupais avec autant de liberté et de fa- *^ cilitè que maintenant.

" La seconde grâce que j'obtins, prépara mon âme de telle ** sorte qu'en proportion des dangers et des douleurs qui crois- ** salent intérieurement, mes dispositions se modifiaient, et je ^ sentais diminuer progressivement l'horreur de la mort et ** du feu.

** La troisième grâce fut d'arrêter en moi, jusqtf au premier ** mouvement d'indigination contre mes bourreaux, et de m'ins- ^^ pirer même des sentimens de compassion pour eux, car le *^ secours se mesurait sur ma faiblesse et mon peu de vertu. Je ** me disais en moi-même, en les voyant : " cet homme, (plut à ^ Dieu qu^il m'eût été donné de le racheter avec mon sang ! ) *^ sera bien autrement tourmenté en enfer, tandis que pour moi, *** j'espère obtenir le pardon de quelques-uns de mes péchés ^ par ce peu de souffirances que j'éprouve- Il est donc bien plus ^^ à plaindre que moL

^^ Yoilà ma réponse à votre seconde question.

*^ J'arrive à la troisième question, c'est-à-dire, quelles étaient *• là mes occupations, et quelle consolation trouvais-je, ou plutôt **ie Ciel m'envoyaît-il dans mes peines P—^J'avais goûté autre ^ fois la paraphrase de St. Bernard sur ees paroles de l'Apôtre : "^^non^utU candignœ passioneSj &c. (Rom. 8. 18), et dans ce mo- ^^ ment elle me donna bien des consolations ; " Les souffran- ^^ ces de cette vie sont sans proportion avec mes fautes poussées ^^ que Dieu me pardonne, avec les consolations présentes qu^il •" m^accorde, et avec la gloire future qv?U me promet.^

^ Certainement mes peines étaient peu de chose, quand je

BJB1I4TIQÎÏ A^B|MJj|qp-

!^fpVfJr^î4(|H^

considérai» up si grand gaip.

pis npstrœ. (2 Cor. 4. IT)

** Ne croyez cepenidant pas que je fusse içsejasible à la douleur. Je la sent^iç vivement, mais jj'avaig mtérieuî^ une tellç force pour la supporter, que j^étai» èt/pfifi^ 4? W^" même, ou plutôt de l'abondance de la gijàpe, et je ç^pyOïis TÇLe trouvçr dans le même état ^u^ David Iprequ^îJ d^ait : in tr^bîdatione ^Uf^aa^ f/riihi. (P^, 4. S.)^M VJ^^W ^-^W? tV^^ ^ionsy vam avez diM^ mon çeçur. J'ei^ W 0^ f ^iJ? &^ que çelje dfi ma délivKinçe, (^ de qnm tr^mUaiç^, fHpui^i me)y (Ps. 63. 9.) vow m?avez arraché à toutes les trihfflçftvmi. " Granç^ est la bonté du Dieuqije nçjus avp^j; offeiys^, ppi»cjn'il se contenite de si peu ^e oboaes pou^ àj^ 0et|;^ s»^ élûmes, et qu'il accepte le? douteiurs ç|ç wttç vie ^ lî^çjji ^ tourmenfj du Piiygatoire. Qii^ le l^djgmtfif ^ b^fk ^9^^^ k» çœufs ifurs^ et (cç q^i est plu» e;nc9^), gftvje^r^ Jpg ç^J^. ipéçhants l (Quam lHm^s I^cd I>^, Ms ^ refd^ 9^, f^^*)

(Ps!t?. 1-) ' " '

" Cependaiit je le^nt^s qo^lqjJQ?^ l^W^ '}f^WW^ ffW non £^u mopaent de mes tpiw^^ejj^ç. ^ x^^(^ia^ Ç^Bif"^^ avant de les sonfirir, bien plus que lo^t^f^'c^. ^^ ]^^ logeait. Souvent même, en vpyp} Ies^u^| |^^ ç^ci^jpea;, ^^ les trouvais plus homblç|s, qu'c^iji les epj|igraj^t ]|;aQi^]]^ine>

*f Mes peines mtjérieures çtaieftt dea <^9.9t?^ çççç J^ fyïf ^^ tion que maip;teg£int je c;i[ois, çpjDti3[^g ^ X^^y^ 4^ )!* W*» çon sçui^ment car m^ pippm ç?|fçi|jp€^ç^j ji^^ sjpçt^ ce qu'elle, a jj^^ d'g.çtioiv | pïQÇpjrt^Pfi <5ï*9ft ^^ Wl'^^ t^'hpS??^^ se vp;jaflt ^n çfet ^ ç^ n^fW^^^V WW9S #P»^ donné de^ créa^ç, ^e gpt trçpfï. ^% çf^i^|ç^tji^ qw dan? la pensée d^ Pi^^^ ej. dij ?^^^S|lj^i| ^J^^ ^^ le Déin(}^^ iwur tipii^er çptr^ jp^, |fl^l?l^ p^r^ ^m?^

uMhknùy^ abêAgiè^.

*^ htum miaÊum etf <tfmd)^ (Ps. 1. 23). U élève des doutes sur ^^ toutes ces Vérités : mais la bonté de Dieu, qoi conduit jué- *^ qu^ùmx enfers etquim ramèiu, {DeiuùU adw^èroB 9t redu- ^* tiiy) (Tolx 13. 2.) ne m'abandonnait pas.

^^ Je m'ftdiBssais à moinméme, ks avis que j'aurais donnés ^ à a« autre en pareille ocoasion, et je me ttouvais lempli *^ d'nttS paix pNjioode et d'aiie tranquillité parfaite. Psi feAt ^ un foiat un Voyage de piusieuoi milles, sans tédtt^ d^anitres ** priâtes qlie le Cfredo^ et j'éprottTai tant de oonsoiatioii, qtie ce ^^ voyage, S'ailleurs péaiU» et ei^ lui même et à eoase d'un ^^ très lourd &»ie&u que je poMai», me plu^t très-eouft.

^^ Mes oecupationa étaient donc les unes intérieBrès, je viens ^^ de Vous en parier ; fes matt&B extérieures^ je les devaid à ceùt ^' 4iri me teunaentaient. Je passais la plUs gïande partie dti ^^ jo»t dans leurs cexdes ou sur leurs théâtres. Là je me trou- ^^ vais en but aux incultes el aux railleries, hon semleioent dés ^' bemmes, mais aussi des en£EUtti, qui te me laissaient pas une *Sea deux heures de repos, ûî le jour, ni la nuit, ils me lépt- ^^ tident sans cesse : nous te bfâleKM»; nous te mftngetums» — ^^ Je te mangerai un pied^-^et mpoâ, tÊ» maii% &e«

^^ Vous vouliez savoir en quatrième Meuy s'il ne se fènedntvait ^^ pa&> parmi ces Sauvages quelqu'un un peti éKfmpaJAmsnx à ^ mon égaid^ ou dû mdiin <p» ne fftt pas audi^ évaed que les << autres. Je ne doute pasi qu'M n'y en oûfl i mais personne ^* u'osair maoffester ce senliaDBsat, dans la «»dnte d?m blftmé, <^ car païkm eux, ibusmetiter cnieUmMfft un prisonni»», eift Utfé << pleuve de far*(vuiuev &t deoBfnttit à ses Moi&anooi^ un fi%xô '<delàchet&

^< Ua sèii, pe^ditfM^qtt'ils ne brûlaieni pour h di«nièir» Ma ^^ i^^nmilabe de It nsain droite,. a« Meti da chantée, e&àoÊBé ild ^^ me l'ordonnaient,, j'entonnai le miserere^ mais 4'une voix si <^ forte qfue je leur fis pèut« Ils m*éco«(èfèM icnm avëo âlftë^n-

RELATION ÀBBÉGtÉE.

^' tion, et celai qai me brûlait, me traita alors avec nn peu ^^ moins de cruauté. Il continua cependant dans la crainte ^^ qu'on ne se moquât de lui. Je me crus à ma dernière heure, ^^ tant était grand l'excès de ma douleur. C'est pourquoi je ^^ me mis à exhorter nos Hurons prisonniers à soufirir avec cou- ^^ rage, et surtout par un sentiment de foi, en leur disant que ^^ l'espérance du Paradis me délivrait de la crainte de la mort. ^^ Ils me le promirent, et deux d'entre eux qui fdrent brûlés à ^^ petit feu peu après, et ensuite mangés, me tinrent parole. Je ^^ les avais confessés avant leur supplice.

^' C'est un grand tourment d'être serré fortement par des " liens, et je ne l'avais pas bien compris en méditant la passion "de Notre Seigneur. Dans cette position, il m'était absolu- " ment impossible de fermer l'œil, et on me laissait cependant " ainsi pendant la nuit entière. A l'aurore je priais quelqu'un " de me délier. Si celui-ci s'apercevait qu'on avait les yeux " sur lui, il se moquait de moi, au lieu de me soulager, pour " ne pas s'attirer le reproche de lâcheté ; mais quand il pouvait " le faire sans témoin, <»xiinairement j'étais exaucé.

" Il est certain que s'ils avaient été tous cruels au même " degré, je serais mort de faim, car n'ayant pas l'usage de mes " mains, il fallait qu7on me donnât ma nourriture. Plusieurs " au lieu de me mettre à la bouche l'espèce de polente ( ^ ) " qu'ils me préparaient, la laissaient tomber sur ma poitrine, ou " me mettaient sur la peau des charbons enflammés ; mais " d'autres énïtts de compassion, venaient les jeter à terre, et " me donner quoiqu'en petite quantité, de quoi me soutenir.

" La demière question était celle-ci : Pourquoi ne travail- " lais-je pas à les rendre plus humains ? Chercher à les rendre " plu$ humains, c'était les irriter. Je leur disais un jour, que

(>) BoniHUi Italienne faite avec la &rine de blé d'Inde.

Goo^gle

BELÀTIOir ABBÉGÊB.

^^ mes liens étaient trop serrés, et qne j'allais monrir par ce ^^ supplice et non par le feu, dont ils me menaçaient. La ^^ conséquence fut qu^on serra davantage mes liens. ^* Eh ^^ bien ! Disaient-ils ensuite, en se moquant de moi, n'est-tu ^^ pas mieux maintenant ? '' Ils font un très-firéquent usage " d^ironies cruelles.

^' J'ai oublié de vous dire qu'ordinairement ils ne me lais* '^ saient jamais le soir, sans que je m'attendisse à mourir dans " le courant de la nuit, tant je me sentais faible ; mais par une ^^ providence particulière de Dieu, aussitôt qu^ils m'avaient ^^ délié le matin, je fermais les yeux, et je rêvais que j'étais ^^ parfaitement guéri. Quoique je m'efforçasse d'éloigner ^^ cette idée comme une .tentation, capable de me détour- ^^ ner de la pensée salutaire de la mort, et que dans mon ^' sommeil je fisse plusieurs fois la réflexion que ce n'était qu'un " songe, je ne pouvais m'en coiïVaincre, et à mon réveil j'exa- '^ minais si c'était vrai ou non.

" Cette pensée bien qu'elle ne fût qu'çn rêve, relevait telle» ^^ ment mon courage, qu'après une ou deux heures de repos, '^ je me sentais plein de vie et de force, pour souf&ir comme " le premier jour. "

Ici finit sa lettre.

Le Missionnaire, auteur de cette lettre peut donner encore une autre preuve des dangers que fait courir dans ces voyages cette race de brigands. Il remonta cette même année dans la Mission Huronne, et dans quatre voyages que l'obéissance, et les besoins de cette Mission lui ont fait faire à diverses époques, il les a rencontrés trois fois, et il a été de nouveau couvert de blessures.

Dans la IVe. partie de cet ouvrage, nous parlerons d'un autre Missionnaire, qui l'année précédente, avait reçu le même trai-

WUdCIOM àirufeiliB,

voila

ponrlfi ;

leo^ sur

teioeot que eelui^ci le da«g«r desiioqnob.

Il y a eiieoie autse chose coRtÎHiieflement à enâaite dans ces kmgB et péaiblee v^ages, c'est le péiil dHin imufra^ imminent, et la m^rt lente par la famine. On est obligé, comme je Pai raconté, de faire avec des canots d^^oevee, épais senlemeat oomne une pièoe de moonaie, des voyages de SOO milles moÊ des fleures très-duagereux, et de très-^graads lacs, où les tempèles sont atissi redoutables que sur la mer, sarUMPft sur Fun à^mm ^ui a ISOO milles de ciiouit.

Le phis imminent danger est cependant sur les fleuves ; je dis les fleuves, parce qu'il y en a plusieurs. On ne remonte le grand fleuve St. Laurent que pendant 400 milles ; ensuite en franddssaot des marais et des portages, on rencontre d'autres fleuves, des lacs, des rivières, et enfin le vaste lac des Hurons, ^ nommé aussi mer docne.

Sur ces rivières on compte environ 60 cascades flieux où les eaux se précipitent de quatre, huit et dix cannes (^) de hauteur), ou portages, (espace de terrain qu'il faut franchir pour atteindre un autre lac ou un autre fleuve, sans communication avec celui qu'on quitte) • Ce nom de partage (') vient de ce que l'on est obligé de transporter tout par terre, les vivres, le lit (qui consiste seulement dans une couverture ou une natte), la barque et la tente (morceau d^êcorce qui sert à se défendre contre la pluie, pendant la nuit).

Les ca^adeis sont dangereuses, si les. voyageurs s'avancebt dans le fort du courant ; les Sauvages eux-mêmes y. ont fait souvent naufrage. Ces chutes d'eau ont quelquefois l, 2, 4, 6, 8, et 10 milles de longueur. Quand elles sont aussi longues, on

Googl

imusiw ABsâiis.

oe porte pas tpfit le bgg^e,^w)e8 épisucttea. . 8'U «fit po0«i)}le à l'aic^ 4^mi^ <}o8de, 4® ti^Qr Isjk ba^Kiw diftrgâe fia vide, sans ]i% sojn^t éie t'efvii, le^ 3.4uyag^ l» ùmt taujoois, nwia ce n'est pas s^os d^i^geis, ni SW9 4^ p9i|<kfi di^ooitéa* Souvent ils sont obligés de se mettre jusqu'à la o^iRtDr^ d^cPS l'eau s^apée. Ils en Qift même quelquefois joWP^'i^ OQu^e| ^lpi;s M f^t se sauver à la p^e. Pl^« d'unei &>|b 1^ bq^i^g c^ pé|^ p^m^ que leurs conducteurs ne pouvaient plus résister à la violence du courant. •

Le trajet que les autres voyageurs font pendant ce tems là par terre, avec des charges pesantes, est presque aussi pénible. Us sont ordinairement pieds nus, pour traverser ces forêts vierges, remplies de broussailles et de taillis épais, et pour passer dans les torrens, et les marais, à moins qu'ils ne trouvent quelque tronc d'arbre qui leur serve de pont, mais ce pont leur offie souvent plus de danger et de difficultés que l'eau même et la boue.

Us sont poursuivis partout, non seulement par leurs ennemis, mais par les piqûres aiguës d'innombrables cousins^ et d'autres petits insectes très*importuns.

U y a en outre le danger de mourir de faim. En effet comme on ne rencontre pas d'hôtellerie dans les routes, il faut porter avec soi des vivres pour trois ou quatre mois, durée ordinaire de ces voyages pour aller et venir ; or afin de diminuer la charge k plus possible, nos ^auvages cachent dans les bois sur la route? une partie des provisions destinées au retour.: ce n'est pas autre chose que du blé d'inde. Mais si d'autres Hurons découvrent et enlèvent ce trésor, ou si les ours ou autres animaux le mangent, ou si la pluie le détériore, conune il arrive souvent, il faut jeûner, et cependant ramer tout le jour, jusqu'à ce que la chasse ou la pêche vienne à leur secours.

SBLÀTIOK ABUÊ&ÉE.

Quand cette navigation se fait à la fin de Pautomne, ils courent le danger de trouver les fleuves glacés, et alors il faut qu'ils meurent de faim ou de froid, on bien qu'ils restent six mois dans les forêts, s'occupant à chasser pour vivre, et non à regagner leur pays désiré.

Lorsque l'on y est parvenu, la propagation de l'Evangile rencontre encore d'autres difficultés, que nous allons voir.

( Oabans d'Éooboi. )

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