SI
" mourir chaque jour (*), ou plutôt qui lendaienf la vie plus ** pénible que la mort elle-même.
^' Pendant tout ce tems je n'avais aucun désir d'apprendre '^ leur langue ; à quoi bon, en effet, puisque je m'attendais à *^ mourir à chaque instant ?
" Le village me servait de prison. J'évitais les lieux fré- ^^ quentés, et j'aimais la solitude. Là je suppliais le Seigneur ^^ dene pas refuser de parler â son serviteur j et de lui accorder " des forces dans les épreuves.
^^ Si j'ai été un vrai prodige pour plusieurs ( ^), je le dois *^ certainement à Dieu, qui a été mon puissant soutien, et qui " par un efiet de son infinie bonté, a souvent relevé mon cou- ^^ mge abattu. Je recourais aux saintes Ecritures, ma seule ^ ressource dans les tribulations qui mfonlt environné ('). Je ^^ les vénérais et je voulais mourir avec elles.
^ De tous les livres que nous portions chez les Hurons pour '^ l'usage des Français, je n'avais sauvé que l'Epitre de St. ^^ Paul aux iSébreux, paraphrasée par le Révérendissime An- ^^ toine Grodeau, Evêque de Grasse. Je portais toujours ce ^^ livre sur moi, ainsi que l'image de St. Bruno, le très-illustre " fondateur des Chartreux, à laquelle étaient attachées des in- " dulgences, et une croix de bois que j'avais faite, comme j'a- " vais pu; car je voulais qu'en quelque lieu que je reçusse la ^^ mort, sans cesse si présente à mes regards, elle me trouvât " prêt à l'accueillir bien volontiers, aidé de l'Ecriture sainte ^* qui avait toujours été ^ma grande consolation, muni des grâ- | ^* ces et des indulgences de la très-sainte Eglise ma mère, que ^^ j'avais toujours tendrement aiçiée, mais alors plus que ja- ^' maiis, et enfin fortifié par la croix de mon Sauveur.
(l)L0or.l5.
{a)P8.'ro.'7.
mjsam àBtfaJB.
^ Nons étions d£|jà au milieu ^'octobre, ëpoqoe «à ks Saa«» *^ vages quittent leurs villages, pour aller à la chaase du c»rf. ^^ Us les pranaeat daas des pîègeson les toentaveo leurs ares, ^ dont ils se serveul aveo beaucoup d'sdxe^ae. Ce teints ^ui ^* est, pour ces Sauvages,, un tems de divertissement «l'apj^ie^a *^ un sujDcrott de eooffirancesu
^' Donné pour cmiipagnon à quelques Sauvag^s^ ilsœoaa- *' mencèreut par me rej;arder avee euûoeitéi ensuite pa^r 3e ^' moquer de moi, et ils finirent par me haïr* Je ne penlaifl ^^ pas de vue la <c&ar^« fus DUu m'^fiwrit donné à rempUr^ et ^ «'est pourquoi je 00 mi» 4 bur enseigner, uw^ «vee le pk» ^* 4e prudenoe que je pus, le eulte 4'uu.seniPieu, Pobéissajace *^ à^s Conunandemen% le Païadia, l'Slnfer^ les suives «y»- *< tère» de not^e &i» Us mr'âGoaiàitant d'^boid^ inais ^uand ils ** virent que j'y revenais isèqfksmsaen^ et surtout qiHtn4 le '* £ibier xHWiinença è.niaAquer,il9diraiit 4m j'étaM^a» dénMu, ^^ «t Ja xsause 4e la mauvaise cdwise»
^ YmuI swtout œ guJL rendit ftuâeux et ppur ad^i dim mur <^ rages eoAtse mm, ^les e^^ijts dê^ «aal dtiaposé». Tow i}ea ^^ peuples 0nt cooAnme dans leurs ^aaseï^ Iwrf^ probes, teurs << guei?eS| leurs maladies^ «t .«emUablescumonstanefii^ ^^mro' << quer lu» dêuiM, qu'ils app^nt Aïwakeïf.
'^ Celui 4ni vieul'du suos^ à la diftsee^ à lapècbe, et^^ e^., <^ psejHl 4ans 'Ses «aws «u momeau de Farânal, et 4e pséfé- ^< mace, lee ^il y a de i»eUle«pr pour la nounfltunsde l'bcHune, ^^ puis ôl 4eiaande au plus aucâeia d^ la ca)>a«ie ^m 4u viQi^, ^^ 4e les bénir { Us regardent les béftédieti^Nas des «ms plus fa- ^Worables <)ue ceUes des autres). Xie vieillard étant alors .^< debout vi»à«¥iB loehii qui tient la viande, dit d'une voir ** bftute «t distincte t " Démon Aïîeskoï, prends^ nous t'offroiw ^' ces viandes, et nous t'en préparons un festin, afin que^u ëU *^ manges, que tu nous conduises là où il y a des cerfs, est que
Go>ogk
VKUàimm AXUSQÈE.
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*^ tu les amènes dans 3k>s filets^ ^' ( lis i^oQtoii^ quand ce n'est ^ pas le teins de la chasse ) :*^ afin que to nous hB$m nffoîr ^ le prùitemB, goAter asix inaàlM Dooveaax, et aller eassoro^ln, ^^ «basas en aatomiie. ^' ( Dans las maladies ) : ^ «afin^pie tti ^ noas feisses leconioer Ja «nlâ, ^
*^ Aussitôt donc que, fxmr )a psescuèie Ibis, }1esui«nteodii ^^ wtte invoeation aiasi fommtée, je-sie senlis pkja d%errenr ^ ponr cette supeMition sauyafp», et je pris ht lésokiiîoB de ne '^ jamais toueher smx TÎandes, qniarvaisnt été ainsi eonmoiées. ^ Mon abstin^iee «jmit passé ileara yeux ptmr un mépris de ^ lear Pémon, et pour, la cas»e de àwm pan de «iieeèaà la ^ chaisse, ile oançunent itffueiemMl cûtiiremm wMirès gnmde
'* Vi^aai daoc <]pi41s ne iroalaient plus écouter aaea lostmc^ ^ tions, m m'appiendse lenrlangiie^inHiiâait i léfoter Jènrs ^* folles erreurs, je résolus de donner tout ce tems axtx fixeici- ^^ eës qfnritneis,
^*TeBs les îoturs, le floalin, je «srteis <« vnsKeu lia Aéjf* ^^ ieme (*), c^st^^^disQ de kurabai», «ù y g es que «contâBneile* ^^ment le Démon «I les aosges étaâeat nribjet dHm esolte «u^ ^^ peisiitieux, et je me jTsItraas scr ila moflif«^^(*), c'esM:* ^ dise, sur nae petite élévaltou Toisiae* là ma pieds âNme '* fsait^ «oroix, qne fwnwm faaoÉe snr un gros «ailiye, >en tail* ^ lant son écorce, je néditaisy je prina^ je liaais le Ime de ^^ V Imitation de Jéaua^Chri^j que je venaâs de tatronver peti ^< anpamvant, et je paaaaîs «insi la pfcis |;sa»de paHie léb mes ^ jofurnés avec mon Dieu, que j'élais presque seul à àonsfer et ^ à aimer, dans ces vastes contiées.
^ Les Sauvages ne cammrent pas de suite, oe^que je fesais;
(l)JoMi.l6.25.
(S) Jérém. 50. 8.
(8) Qen. 19. 17.
sss
BELATIOH ABBÈQÊB.
^ mais jn'ayant rencontré un jour, aux pieds de la croix, ^^ quand j'étais en prière selon ma coutume, ils s'emportèrent *^ a\rec plus de fureur contre mol, en disant qu'ils avaient en " horreur cette croix, comme une chose qui leur était inoon- ^^ nue, ainsi qu'aux Européens leurs voisins et leurs amis ( ils ^^ parlaient des Hollandais hérétiques ).
^' Bien que je me fusse abstenu à dessein de prier ostensi- ^ blement, et de me mettre à genoux dans la cabane, pour ne ^^ pas donner la plus petite occasion à quelques mauvais piQp- ^^ pos ( car il faut toujours de la pruàence, surtout avec des " Sauvages étrangers à toutes ces choses ), je n'avais pas cra "devoir me priver de ces exercices de la piété qui font la vie " spirituelle, vie que j'estimais bien plus que celle du corps. " J'espérais qu'un jour tout cela leur serait utile, quand vien- " drait Pheure de leur canvereion marquée dans les desseins de "I)»eu(i).
" A cette haine si grande des Sauvages, se joignaient d'au- " ties tourmens, la faim, le froid, le mépris des derniers d'en- " tre-eux, et les cruels ressentimens des femmes à qui revient " ordinairement tout le profit de la chasse ; elles me regar- " daient comme la cause de leur pénurie et de leur misère.
" J'eus beaucoup à sbu&ir de la faim, car presque toutes " les viandes ( et c'est pendant la chasse toute leur nourriture ) " étant offertes au démon, comme j'ai dit, je passai plusieurs " jours sans manger.
" Quand je rentrais le soir dans la cabane, avant'd'avoir " rien pris, je trouvais ordinairement nos Egyptiens^ assis au- " tour de leurs chaudières, pleines de viandes auxquelles je " m'étais sévèrement interdit de toucher, et quoiqu'il se pré- " sent&t à moi, plusieurs raisons pour me persuader d'en agir
(I) A4sti. 7.
BELÂTIOK ABBÉSGÉE.
MS
^^ autrement, cependant, giâce à Dieu^ je n'ai jamais voulu ^' déroger à ma résolution.
^* Quand la faim me pressait, je disais à Dieu : nous serana ^' remplis des richesses de votre tnaison ( ^), et je serai rassasté^ " lorsque vous me montrerez votre gloire (^), car alors vous '^ comblerez les désirs ardens de vos serviteurs, dans la cité ^^ de votre sainte Jérusalem, où vous les nourrirez^ pendant " Péternité du meilleur desfromens (»).
** Comme les neiges étaient déjà abondantes, le froid me ^^ tourmeilta aussi beaucoup, u'ays^it qu'un vêtement très-court " et en très-mauvais état. Je souffrais surtout la nuit, obligé ^^ de coucher sans abri, sur la terre nue, ou sur de dures écorces.
^* Us avaient une grande provision de peaux de cerfs, qui ne ^* leur servaient pas, et cependant on ne m'en donnait aucune, ^' et même lorsque, dans le silence de la nuit, la rigueur du ^* froid me poussait à me couvrir d'une de ces peaux, ils se le- ^^ valent aussitôt pour me l'arracher, tant ils me haïssaient.
^^ Dans cet état ma peau desséchée dans la poussière «'pu- ^* vrait par le froid ( * ) , et me causait presque sur tout le corps, ^^ de vives douleurs : mais quand les peines intérieures se joi- ^^ gnirent à toutes ces douleurs du corps, mon état devint pie»- ^^ que intolérable. Je me rappelais que tout rêcenmient, j'avais ^' été couvert du sang de mon très-cher compagnon, et ceux '* qui venaient du village de Guillaume, me disaient qu'il <* était mort dans les tourmens les plus cruels, et qu'à mon " retour le même sort m'attendait.
" Ajoutez à cela le souvenir de ma vie passée, si infidèle à *^ Dieu et souillée de tant de fautes, et alors je gémissais de
(1) Ps. 64. 6.
{$) Ps. 16. 16.
(8) Ps. 147. 14.
(4)JobL7.6.
tM
BBLÂXIOX àXÊÉaÉM.
^ wkourir OM mOieu de ma eouirm^ lejpooMé; pur le Seigneur, ^' sans saciement, et sans le mérite d'aueitne bonne œmnne ^^ pour calmer mon Ingp.
^^ Ainsi piéacct^é et du ébàr à» rin» et de la oainte ât <^ moiurir^ je faisais enteiubr de tristes saafiifs, et je disais à ^ meu Dieu : ^^ Qnand attirant mes misèsiee et mes docdecu» ? ^ Quand /cttem*«(mft le» yeux mMrn&ttt êUren» et iuxtre tri- ^^ bulatian (^)? Quand noua «ImjMresrHiaif» du oalme après la ^^tempéteî Quand changereg-^mmê noê^lfamMs en joie et en ^^ tàiégres» (>)? J^awam pMHM Seigtkêur nltùt abrégé ces
^ J'avais leeoa» à nu» soutien et moa xefti^ oidînaire, les ^^ saintes Scritures dont j'avais rcfteas qnekiaes- passages (^ ) . ^ Elles m'a{q>]fenftient a àumiénst c» Dieu sa lumté (^), et à ^ me rappeler qoe^ si j'étais prité: des dottceursde la dévotion, ^ hjude vivait de la foi ( « ). Je: les élndiais avec soin, je aui- ^ ws le covcrs dis lems esax-pom tAidier d'étaadier ma soif si ^psolcKigée. jb mééUaUjaur etnuit Imkride Dieu{'^)y et si ^ j» n'tfrt MMe poefiM aimn Polffri de mes réfiégoions^ j^turais ^ peutéire péH.damm€tfi€0ktW9^ et monéhM aurait été ense- ^welUàam cêê eoua débordées {^). MaisDieQ noitbéniê^ne ^^ nous awnr pas lucres àla deMdemûssnneinis (^),dont2'^6ure ^ était vmuSf aussi bien que sdk de la pmssance des ténè-