‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 22 sur 37 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

MoBT DU PÈRE Antoine Daniel

È P. Antoine Daniel est mort en imitant le Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis^ tandis que le mercenaire prend la fuite. Bonus Pastor animant su>am dat pro ovUms suiSj mercenarius autem '/ugU{^).

La Mission de St. Joseph {^) située sur la frontière du pays des Hurons, et par conséquent très-exposée aux incursions de l'ennemi^ était confiée à ses soins. Le 1er de Juillet^ il avait terminé les Exercices Spirituels de la Compagnie, et il fut tué le 4 du même mois.

Quant Pennemi s'approcha de ce village grand et fortifié, ses habitans étaient les uns à la guerre, les autres à la chasse, ou absens pour différentes raisons. Il en eut connaissance par quelques prisonniers qu'il avait faits, et il résolut de l'attaquer. Comme il ne pouvait en approcher que par un côté, et par conséquent en se démasquant, à cause du site élevé de la place, les habitans, qui le voulurent, eurent le tems de s'échapper par l'autre côté. Une centaine de femmes, chargées de leurs enfans, profitèrent de l'occasion, mais le Missionnaire, qui terminait alors la messe, refusa de fuir, malgré les instances de ses amis. Il choisit la mort pour procurer au plus grand nombre une double vie.

Il se met donc à parcourir les cabanes, et exhorte les néo-

(1) Joan. 11. 11.

(S)£DHaroQTeiuiaotta7ae. T.

BELATION ABKÊGtÉE.

phytes«à mépriser la mort, à penser au Paradis, et • à reconrir à Dien. Il donne le baptême aux vieillards et aux malades déjà instruits, qui ne pouvaient pas fuir, et il absout pour la dernière fois, ceux qui étaient déjà chrétiens.

Cependant on vient l'avertir, que Pennemi était aux portes, et que la chapelle était encore pleine de personnes qui demandaient, les unes le baptême et les autres l'absolution, il accourt et dans l'impossibilité de les baptiser une à une, il le fait par aspersion, et donne Pabsolution aux autres.

Toute espérance était perdue, il les pressa de prendre la fuite par la porte de derrière, leur assurant qu'ils en auraient le tems, quand bien même l'ennemi serait déjà dans l'enceinte de la place. C'est une chose vraiment extraordinaire que l'ennemi, qui après s'être rendu maître de la porte presque sans résistance, et avoir pénétré dans le village, en poussant des cris horribles, et en renversant tout sur sc»i passage, se soit avancé jusqu'à la chapelle, et n'ait pu faire aucim mal à ceux qui y avaient cherché un asile.

Le Missionnaire arrêta seul les assaillans, à l'entrée du lieu saint. Comme ils voulaient le prendre vivant, afin de le torturer ensuite, les néophytes eurent tout le tems de s'échapper. Mais les Iroquois voyant qu'ils ne pouvaient se rendre maîtres de lui, sans le tuer, le percèrent de mille flèches, et l'achevèrent d'un coup d'arquebuse.

Us pillèrent l'église et le village, et après avoir massacré les vieillards et les infirmes, ils mirent le feu partout, et repartirent avec près de 700 prisonniers ; mais ils tuèrent les plus faibles dans la route.

Avant de quitter ce village, ils firent mille insultes an cadavre de ce bon Père, et se lavèrent les mains et le visage dans son sang, parcequ'il avait été formé dans un cœur vraiment courageux.

BELÀTION ABBÈGÊfi.

La mort du P. Antoine fut précieuse, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes. Les Sauvages, même infidèles, admiraient une force d'âme si extraordinaire, et un si grand mépris de la vie. Sa mort fut une prédication éloquente, et gagna plus de cœurs à Dieu, qu'il n'aurait pu le faire par bien des années de vie. Elle servit de motifs de crédibilité à plusieurs obstinés, qui refusaient jusque-là de croire. Us en conclurent la vérité de nos mystères. *' Ce ** n'était pas pour lui-même, disaient-ils, mais pour nous, que " le bon Ârontoin (c'est ainsi qu'ils l'appelaient) a voulu " exposer sa vie et mourir. La Religion, capable d'inspirer ^^ de pareils sacrifices, doit être sainte, et des hommes, qui ^^ nous aiment jusqu'à mourir pour nous, ne veulent certaine- ^ méat ni nous tromper^ ni nous perdre."

Quelques Sauvages^ qui avaient d'abord tourné la foi en ridicule, dipeat aussi : *^ La Foi est donc une chose impor- ** tante puisque ces Européens exposent si volontiers leur vie, ^^ afin de Pétablir et de la consacrer, et il faut qu'ils soient bien " sûrs de ce qu'ils nous prêchent, et en particulier de l'existence ** d'une vie bienheureuse, puisqu'ils font si généreusement le ** sacrifice de la vie présente." Ces considérations firent une vive impression sur l'esprit d'un grand nombre d'infidèles, et ils vinrent nous demander le baptême.

Le P. Daniel était de Dieppe, en Normandie. Il arriva dans ces missions avec les premiers Missionnaires en 1633 (^), et il y resta 15 années entières. Il passa donc par toutes les pénibles épreuves de ces commencemens difficiles, que nous avons racontés plus haut Son obéissance, son humilité, son union à Dieu, son zèle pour le salut des âmes étaient admirables, et ce qu^M y avait de plus extraoKlinaire, c'est

(i)Voy.5<>te(«)p.9f.

RELATION ABBÊ€(&E.

qu'il possédait avec un cœur très-ardent, une douceur tout à fait remarquable, qui le rendait un instrument très-puissant pour la conversion de ces infidèles. Même après sa mort, ii ne cessa pas de porter de Pintérêt à son troupeau ( *); on en donnera peut-être un jour la preuve. U fut tué le 4 juillet 1643, à la 48e année de son. âge, et à la 27e depuis son entrée en religion. U est le premier des nôtres^ qui soit mort dans la mission des Hurons»

(1 ) L'Auteur fait alinsion à diffêsentes apparitipus de ce Serviteur de Dieu aprèB sa mort, (Miack de 1662.) T.

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