‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 8 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sol, nourriture, yetsmicnt et caractère des Sauvaoes DE LA Nouvelle-France.

E -sujet demanderait on volume entier, et il se fera, je Pespère, avec le tems ; mais comme j'écris moins pour satisfaire la curiosité que pour édifier, je tiens à être concis. Je dirai seulement que le sol est trèspauvre, sans être stérile. Quand il est cultivé, il reproduit avec abondance tout ce qu'on y sème.

On y trouve beaucoup d'espèces d'arbres que nous n'avons pas ici, entre autres beaucoup de cèdres qui ressemblent à ceux du Liban, beaucoup de simples inconnus ici, des bêtes et des oiseaux diifférens des nôtres. Un d'eux miaule comme un chat et chante comme un oiseau. Un autre, trèsgentil, est appelé l'oiseau-mouche à cause de sa petitesse. Il

RELATION ABRISgÉE.

y a des lièvres qui pour le goût sont préférables aux nôtres, et un petit animal, qui pour se défendre quand il est poursuivi, répand une odeur insupportable et lente à disparaître. Les Français l'ont nommé pour cela le Jits du diable (^). On y trouvé aussi des écuteuils volans, mais sans aîles, et beaucoup d^anîmaux dé la plus grande espèce, comme des orignaux (2) ou grandes bêtes, dés vaches et des ânes sauvages (^), ainsi qu'on le verra dans l^histoire. Les chiens domestiqués euxmêmes sont d'une autre espèce que les nôtres. Je ferai observer seiilement, P que la nature, cette mère prévoyante, lés garnit d'une double fourrure intérieure et extérieure qui les garantit dès grands froids dé l'hiver. Presque tous les animaux ont ce privilège, même ceux d'Europe qui naissent dans ce pays-là, conuiie les chiens, les porcs, etc. ; Z^ que les lièvres, ainsi que ceux' des Alpes, deviennent en hiver blancs comme la neige, au milieu dé laquelle ils vivent. En été ils reprennent la couleur des nôtres.

On trouve dans ces contrées, du niinerai de fer, et des'pîer* rés qiii se fondent comme du métal, et qui semblent avoir quelques veinés d'argent! Il'y a une mine dé cuivre très-pur, sans qu*oh ait besoin de lé fondre ; mais il faut aller le chercher dans dés lieux très-éloignés et d'uri çiccès très-dilïîcile, en sorte que lé transport en devient ptesqu'impbssîblé. Nous en avons vil dés échantillons 'dans les maîns des Sauvages, mais aucun de nous n'a visité la ruine.

( i ) Cet animal' est connu aussi sous le nom de moufette, béte puante ou putois. T.

(2) KOrignal (^Af4^ê Amerieamut, Linné.--; J/oo«e-/>«0r, Dudiêy.) parait avoir les mêmes caractères soologiques que TElan d'Europe. Sa peau qui est très-épaisse sert à faire des raquettes, et son bois, qui se renouvelle aussi chaque année, pèse quelqdeCbis josqtfâ 50 livres. Vanderdonck veut qu'on lui ait donné autrefois le nom de vacbe sauvage, bien qu'il j ait peu de ressemblance entre ces deux animaux. T.

(8) Le Caribou {Cervtû Tàrandus, lÀnné-^IlBin Deer,) a "porté le nom d'âne sauvage (Sagard, Lahontan, Charlevoix), sans doute à cause de la longueur de ses oreilles. Les tuituralistes semblent s'accorder à reconnaître en lui le Benne de l'Europe. T.

BELATION ABSéoÉE.

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Si vous exceptez les citrouilles qui durent deux mois, et qui sont excellentes cuites sous la cendre, je n'ai vu que des fruits sauvages. Les meilleurs sont le» fraises qui sont de deux espèces, les mûres qui naissent sur les épines, les noix, les azéroUes et les prunes sauvages. Les noix n'ont presque rien autre cj^ose que leurs écales. Les cerises sont de la grosseur d'un pois, et ne consistent guère que dans le noyau et la pelure; elles sont très-aigres. On voit des vignes sauvages, mais en petite quantité, et les indigènes ne les estiment pas autant qu'un certain fruit violet, gros comme une graine de genièvre, que je n'ai jamais vu dans nos contrées.

J'ai trouvé, mais dans un seul lieu, une plante qui ressemblait au melon d'inde, et qui a un fruit dé la grossfeur d'un petit citron. Il y a partout une grande abondance d'ail, de ciboulettes, et aussi de racines de très-bon goût qu'on conserve ainsi que les glands pour les tems de disette.

Les naturels se ressentent de la pauvreté du sol dans leur nourriture, leurs vêtemens, leur habitation, leur lit et leur manière de naviguer. Avant 4® connaître les Français, les peuples nomades ne vivaient que de chasse ou de pèche. Ils jeûnaient par nécessité, plus de la moitié de l'année, car ils n'avaient aucune idée d'économie, ni la facilité de conserver pendant un long espace de tems, le produit de leur chasse ou de leur pêche, quand elles étaient heureuses, n'ayant pas l'usage du sel. La fimiée dont ils se servaient pour y suppléer, n'avait pas de résultat durable, aussi mouraient-ils souvent de faim, ou bien ils se donnaient alors la mort par un sentiment de commisération ; mais depuis les relations avec les Français, tous les Sauvages qui habitent le bord de la mer, trouvent par la vente de leurs peaux de castor, de quoi se nourrir pendant ime grande partie de l'année.

Quant aux Hurons et autres peuples éloignés de l'Océan,

qui ont des demeures fixes, la chasse leur sert d'amusement, ou. pour les circonstances extraordinaires, car ils n'ont ni pain, ni vin, ni sel, ni viandes, ni légumes, ni autre nourriture conmmne avec l'Europe. Ils se contentent du blé de Turquie, cuit à l'eau pure, ou mêlé, s'ils le peuvent, avec du poisson ou de la viande fraîche ou fumée, sans sel ni autre assaisonnement. Les champs qu'ils cultivent sont remplis de cette espèce de grain. Depuis notre arrivée ils sèment aussi des fèves et des haricots.

Les hommes sont libres de se couvrir, mais à l'exception d'une certaine nation d'Algonquins, tous se couvrent, du moins autant que l'exige la décence. Les fenmies sont beaucoup plus modestes. Les Huronnes, même dans leur cabanes, ont toujours un vêtement qui descend de la ceinture jusqu'aux genoux. Les Algonqùines sont plus modestement vêtues que les femmes les plus pieuses en Europe. Leurs vêtemens, formant 5 à 6 palmes ( ^ ) en carré, sont ordinairement faits de peaux de plusieurs animaux, cousues ensemble. Ils leur servent de couverture pendant la nuit. Sans beaucoup d'art, les femmes emploient aussi ces peaux pour des manches et des bas en hiver. ; Une seule de nos couvertures suffirait à deux personnes pendant tout un hiver, pour les habiller le jour, et les couvrir la nuit.

Les voyages qu'il faut entreprendre sur des fleuves et des lacs immenses, pour le commerce du castor avec des peuples très-éloignés, sont très-longs et très-dangereux. Us les font dans une petite barque d'écorce épaisse comme une pièce de monnaie, et capable de contenir au plus huit à dix personnes ; mais ordinairement elles n'en portent que trois ou quatre. Les Sauvages les gouvernent avec beaucoup d'adresse et presque sans péril.

(1) lia palme dltalie vaut 8 ponoes'S lignes.

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SELATIOK ABRéiaÉE*

Les' habitations deB Algonquins, ainsi que celles des Hurons, ne sont que des cabannes; mais le& pienti^rs «les font avec une écorce mince comme du parchemin, et les dressent, selon le besoin^ tantôt dansMin lieu, tantôt dans un autre, à l'aide de quelques perchek qui en forment la charpente; les' seconds, pour se mettre à l'abri de leurs ennemis, font dès-enceintés oui des forts avec des pieux qui se croisent, et qu'ils appuient .'. contre des troncs d'^arbres^ Leurir cabanes- ont 10, 16', 20, 30 et 40 cannes (^) de long, et consistent en de grosses* écorces' . soutenues par des pièces dé bois qui servent aussi à portér-le grain qu'ils font sécher pendant l^iver. Ceux-là = n'ont pour lit, quequelques branches d'arbresj et ceux-ci qaeiquesécorces ' ou des nattes. Onne voit dans ces cabanes, ni table, ni bafnc, . ni rie» dé semblabtei Là terre ou une écoree leur 'tient lieu' ■ de- touteeepèce- de mîeubles.* C'étaient là la nourriture et le 1 lègement<dés*nôtres^ans ces'Mîssionfr, et ve>îlà pourquoi' on lés ^ : a- r^ardéercomme 'lès- plus pénible» de notre Cômpagniei ji Malgré ce dénuement presque totale il-y' avait paTm4 ces I Sauvages des pauvïes^t des riches, des noblèà^et dès^ïOturiérs. Les hommes, et lés -femmes surtout, ont dés* ornemens 'parti- ! culî^rs-pour les* fêtes- publiques j pour leurs jeux, leurs danses^ et leurs ^festiifîô,' qui n^nt guère de commun avec ceux d^Bu* rope, que le nom.

Leurs hiatbîtudes diflètent des nôtresentemsde paix^ comme en tems? de guerre j en public comme en particulier. Ils ne se découvrent • paepour saluer, et même avant l'arrivée dés Fran-» çais^ ils allaient toujours tête nue:

Làijeanôsse prouve^ son; respect pour les* viéilferdi? par boïï* silence et son obéissance; Pour saldt oidînaire, ils se-contentent dtin bùnjowr^ exprimé dans leur-langue par lêmot : cjuoiî:

(1) La canne, mesure d'Italie, vaui à^p^M pràs 6 piedir'

EELATION ABniGÉ.

Les .^etnmefi disposent Jems cheveux en tresse qui leur pend sur le dos* Les hommes donnent différentes formes à leur -chevelure. Les uns se rasent le milieu de la tète, les autres la tête toute entière, ne laissant que quelques touffes de cheveux ça et là. Ceux-ci, et c'est le très-grand nombrCj gardent lenrs cheveux itrès-longs ; tandis que ceux-là n'en ont quMti milieu de la tête ou sur le front, et ils les tiennent roides comme des crins. Les premiers Français donnèrent à nos Sauvages !le nom de Hwrons (^) à cause de leurs cheveux •droitsoomme les soies du sanglierj sur le milieu de la têlCj ce qu^on appelle > en Français une huT€.

Leurs cheveux sont généralement noirs» Ils ont une grande hoEreurpour les cheveux frisés, qui sont très-rares parmi eux, quoiqu'il y îen ait quelques exemples-

Selon -les dreonstanceSj ils se peignent la =figuTe, et, un grand «onabre, le oorps «mtier, de différentes manières, les uns seule- :mettt à la surface et pour un tems, les autres d^ane manière inçl^çable (2).

Les îpïemiere se servent de noir, de rouge et d'autres cott-

♦(1) Les Huroqs ont reçu diffi^rena noma par les historiens. Chainplain qui lea a Apipelés 4!alK)rd Ochçktèffuinn^ adopta ensuite le Dnm d' AtHgouantans^ nom de la tribu de ce peuple au milieu ds lîtquelle il aborda, lursqull TÎaîta son paya- Leur vrai nom Sauvage, dit le P. Jér. Lalemant qui fut longtema ^uporicur de cette mis* .sion, est Ovenàat. O'eat ainsi que les appelle au^ai le F. Sagard. Les écrivains Anglais et Américains en ont fait Wyanâots et Yari.diÂ&. Noua ne mentLOûnotis pas le nom de Rondcuees ou Saunage» Français^ que Thiâtorien HoUaiulaia Vanderdonk leur donne dans sa curie use relatiou de 155 S. Il esi très-probable qu'il Ioh aiira confondus ftvec les Adir^ndaks, nom quo les Iroquois donnaient au£ Algonquins, les seuls qui aient toujours été appelés Sauvage» Fr^n^^ais. Noua citeions avec moins de confiance encore, >oelui de ^aaiof^hle^^ qu^ Oolden est seul à admettre, aane indiquer ses autorités, ^t «urtaut celui de Naào/u^k, comme l(»s appelle Lahontan, en d^ut sur 06 point comme eur tant d autres. jVttdtyuek &et le nom Algooquiti des

(2) LiMfbitude de se peindre le coqn, et de la même memière que ces iSauva^ee se retrouve chez plusieux^^ peupl<>s de l'anttqutté. Hérodote ( L 5, n, 6. ) dte les, peuples de la Tksftoe.; PompoiiLue Mêla (L. 2t c. 12.), ceuï de la Scjthie d'£iirorpe; Pline, les Ethiopiens !(L. -83, c. ï*) ; et Xénophon, les Perses {O^op. L. S.). T.

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BEtATION ABRÉGÉE.

leurs. On dirait que quelques-uns ont tout le corps couvert de poil, ou qu'ils portent des lunettes; ceux-ci se couvrent la figure entière de raies de différentes couleurs ; ceux-là seulement la moitié. Ils sont tout luisants, à cause de Phuile ( * ) dans laquelle ils détrempent leurs couleurs. Ils prennent ordinairement le noir sous leur marmite. Les autres couleurs sont formées de différentes terres comme la laque, ou de quelques racines qui donnent, un très-beau rouge. Ils mettent tant d'art dans leurs peintures, que quelques-uns ont cru à la première vue, que plusieurs de ces Sauvages avaient desvêtemens véritables, quoiqu'ils fussent entièrement nus, et sans autre ornement que de simples couleurs.

Pour se peindre d'une manière ineffaçable, il faut qu'ils souffrent une très-vive douleur. Ils se servent pour cette opération d'aiguilles, d'alênes affilées *ou d'épines aiguës. Avec ces instrumens ils se percent la peau, ou se la font percer en traçant sur leur visage, leur cou, leur poitrine ou les autres parties du corps, un animal ou un monstre, par exemple un aigle, un serpent, un dragon ou toute autre figure qui leur plaît davantage. Alors sur les piqûres fraîches et sanglantes qui forment le dessin, on jette de la poussière de charbon ou une autre couleur noire, qui se mêle avec le sang, et pénètre dans la plaie. La figure est alors imprimée sur la peau en traits indélébiles.

Cette coutimie est si générale dans certaines contrées, que je ne crois pas qu'on puisse trouver dans la nation du Petun^ ou chez ceux que nous appelons. ncw^re^, parce qu'ils sont en

(1 ) Us extrayaient l*huile de certains poissons et des graines du Tournesol. Cette iodustrie très-remarquable, chez un peuple si peu développé» mérite d'être signalée. Quand ils prenaient certains poissons, ou qu'ils avaient une grande abondance de graines, ils les faisaient bouillir dans Teau, nous dit le BécoUet Sagard, et lorsque l'huile, dégagée par Tébullition, venait à la surface, ils la recueillaient avec soin, et la conservaient dins l'écoroe de certains fruits qui leur servaient de bouteilles. T.

BELATION ABRéaÉE.

paix avec les Hurons et les Iroquois, an seul individu qui ne soit ainsi peint sur quelque partie du corps.

Lorsque cette opération se fait sur le corps presqu'entier, elle est dangereuse, surtout dans les tems froids. Elle a donné la mort à plusieurs, soit à cause d'une espèce de spasme qu'elle produit, soit pour d'autres raisons. Ils sont ainsi les martyrs de la vanité et d'une bizarre coutume. Ils ne donnent ordinairement aucun signe de douleur pendant l'opération, quoiqu'ils en ressentent de très-aigues.

Les motifs de cet usage, surtout quand il s'atgît de peintures passagères, ne sentent certainement pas le Sauvage. En hiver, elles servent de masque contre le froid et la gelée ; en guerre, «lies empêchent que !a pâleur du visage ne trahisse la crainte de Pâme. Ils paraissent plus terribles à leurs ennemis, en voilant ainsi ou leur jeunesse ou leur décrépitude ; sans cela !a connaissance que ceux-ci auraient de leur supériorité, doublerait leur courage. Dans \e^ fêtes publiques et les assemblées, cette peinture leur sert d''ornement.

Ils peignent aussi les« prisonniers destinés aux flammes, comme des victimes ofiertes au Dieu de la guerre, et ils les ornent, ainsi que le fesaient les peuples anciens. Us ont coutume de traiter de cette manière leurs morts, et pour les mêmes raisons qui nous font agir ainsi envers les nôtres.

Se peindre est le privilège dçs hommes. C'est à eux aussi, ert non aux femmes, qu^appartient le droit de porter en guerre de petits ornemens suspendus au cou, ou dans le petit sac qui contient leur tabac ; car ils fument sans cesse, dans leurs assemblées, comme partout ailleurs.

Us ont l'usage des bains de vapeur, mais leur forme est toute sauvage. Us enferment de grosses pierres rougies au feu, dans une petite cabane, où ils viennent se placer 15 et 20 à la fois, serrés les uns contre les autres, et assis à la manière des

RELATION ABRÉGÂE.

singes. JQs i^estent là des heures entières, .çt provoquent une sueur abondante, tout en fesant entendre des chants .sans règles^ qui vont toujours croissant. Au sçrtir de ce bain, ils se précipitent, même au commencement de ITiive^r, dans un lac ou dans une rivière, quelquefois déjà à moitié gelée. Je ne comprends pas comment ils en sortent sans contracter de maladie. Dans leurs idées, ce bain de vapeur e9t o^ unfc superstition, ou une politesse, ou un remède, on un plaisir. Il le^ur sert dans les l6ngs voyages, à rafraichix et raviver Içrytsfprçes, et à leur retouy, il les remet de leur fatigue ( ^ }.

Pendant leurs festins, où ils se trouyeiit quelquefois jeudis par centaines^ tous les mets çont anppncés u;i à iin, .e^t à haute voix. A chacun on répond par ce cri ^e i^merciement fort, et élevé : Oh ! Oh ! en prononçsunt Vh d*une manièje que les Italiens imiteraient bien difficilement. Avant de pp^ianger, ^Is chantent pendant des heures entière^. .Un de,s convives commence, et, à ^apau^e, tous les aut^-es répondent d'une voix fo^le et tirée de la poitjcine — Oh ! Oh ! Après lui un antre reprend le chant, pt ils se succèdent ainsi les uns aux autres.

Celui qui a tué l'animal qu'on a servi, ou celui qui donhe le festin, n'y prend aucune part, mais il chante ou pérore pendant que Içs autres font bonne chère.

Avant d'être en rapport avec les Européens, ils ne se servaient pas de chaudières pour cuire leur nourriture, surtout dans les voyages. Ils se contentaient de creuser un trou en terre, et de le remplir d'eau qu'ils fesaient bouillir, en y plongeant quelques pierres routes au feu.

( 1 ) Les peuples de Tantiquité ont Gonnu ce singulier usage. Hérodote L. lY. D. 78), raconte W détail comment les Scythes s'enfbrmaient <)ans dé' petites eâtwmes bien closes, au miUeu desquelles ils introduisaient des pierres ardentes qu'ils jetaient dans reaû pour exciter une grande abondance de vapeur. Strabon (L 3) dit que des bains de même finrme étaient d'usage aussi dies les Laoédémoniens, et ofaes les Lusitaniens des bords du Douéro. X '

llElJLTIOÎf ABBÊaÉE.

Leurs danses sont moins variées, mais pins graves que len nôtres, dont ils louent Pagilité, mais qpUls blâment conune trop peu graves pour des honimes. Ils n'ont pas en effet ce défaut, et les jeunes gens s'accoutument à une maturité qui .pourrait passer même pour excessive.

Les mariages ont des traits de ressemblance avec ceux des anciens Juifs, Le frère épouse ordinairement la veuve de son frère* Ils ne tiennent pas compte des liens de la parenté pourvu qu'il s'agisse de pareus éloignés. Ils préfèrent même un parent ^ tout autre. L'homme dotte la femmej et c'est sur elle que pèse toute la sollicitude de la cabane. Elle cultive les champs, elle coupe .et transporte le bois de chauffage, elle fait la cuisine, et dans les voyages, elle est obligée de se charger des vivres, etc., ppur son mari.

Les hqmines ne s'occupent que de guene, de chas3e3 de pêche, du commerce avec les autres nations et de tout ce qui est nécessaire pour cela, comme des axmes offensives et défensives, des canots, des avirons et des raquettes poiu* marcher sur la neige. Us sont tous ai adroits dans ce tzavail, que les Européens ne sauraient mieux réussir à préparer ce qui egt nécessaire pour le^ voyages, l'habitation dans les foxêts, et la navigation. Sous ce rapport, ils ne sont Sauvages que de nom*

Il ne f^ut pas se les représenter comme d^s êtres à moitié brutes, couverts de poils, noirs et difformes. Ils sont sans barbe, et n'ont de poil que sux la tête, comme Les Américains de la zone torride ; car les deux extrêmes de la chaleur et du froid sont peut-êtie la cause des mêmes effets» C'est ainsi qu*on voit des animaux digérer aussi facilement sous Pinfluence d'un froid violent, que par la force de la chalei^ir naturelle. J'en ai fait l'expérience sur une me^uche, poisson trèsy or ace, qui digère presque toute espèce ,de choses. Je l'ai

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BELATION ABRÉGÉE.

ouverte vivante, et j'ai trouvé dans son estomac, un froid tel, que ma main pouvait à peine le supporter. Si le froid en Europe ne produit pas les mêmes effets dans les pays plus septentrionaux, c'est peut-être à cause de tant de chosies qui y sont en usage, comme le vin, Peau-de-vie, les épices, le sel, les poêles, etc., et dont nos Sauvages ne connaissent même pas le nom.

Leur peau n'est pas très-brune, surtout quand ils sont jeunes. Us sont robustes et d'une taille haute et bien proportionnée. Leur santé est meilleure que la nôtre, et ils ignorent jusqu'au nom de bien des maladies communes en Europe^ comme la pierre, la goutte, les ruptures, etc. On ne rencontre parmi eux ni bossus, ni nains, ni corpulences monstrueuses, ni goitres, etc.

Ils sont hospitaliers les uns envers les autres, et se visitent très-souvent. Us tiennent à être regardés comme libéraux et désintéressés.

Quatre choses surtout en eux méritent d'exciter notre admiration : 1^ Leurs sens sont d'une perfection extraordinaire ; quoique pendant presque six mois de l'année, on ne trouve sur la terre que de la neige, et dans les cabanes que de la fumée, leur vue est très-perçante. Ils ont l'ouïe très-délicate et sensible à l'harmonie, et l'odorat excellent, mais bien différent du nôtre. Ils regardent le musc comme une puanteur, et ils ne goûtent que l'odeur qui vient de la nourriture. Grâce à ce sens, ils découvrent souvent un incendie, surtout la nuit, longtems avant de l'apercevoir. Leur toucher et leur peau sont très-sensibles* C'est peut-être l'effet de l'usage de se oindie d'huile et de graisse, usage aussi commun parmi eux que chez les Gentils et les Hébreux autrefois. Ils s'en frottent le corps tout entier, quand ils peuvent, mais surtout les cheveux, et pour plusieurs très-bonnes raisons.

2^ Leur force d'âme pour supporter toute espèce de misère.

BELATION ABBÉQÉE.

est admirable. Ils endurent la faim pendant 10 et 15 jours, quelquefois par superstition, mais plus souvent par nécessité. La douleur du feu ne leur arrache pas un cri. Us s'y exercent dès leur bas âge. Des enfans de 10 et de 12 ans rapprochent quelquefois leurs bras Pun de l'autre, et placent entre eux un charbon allumé, pour voir quel est celui qui se retirera le premier et le fera tomber. Us ne se plaignent jamais du froid, de la chaleur, de la douleur ni de la maladie. Les douleurs de Penfahtement d'après nos livres saints, sont regardées comme les plus grandes, mais les femmes Sauvages, par un principe de * force d'âme, ne donnent aucun signe de douleur lorsqu'elles deviennent mères. Si elles poussaient un seul cri, elles passeraient pour lâches et deshonorées, et personne ne voudrait plus les épouser.

3^ Leur habileté pour reconnaître les lieux, et les désigfner à d'autres, pour se conduire à travers les bois où ils ne s'égarent presque jamais, a quelque chose de prodigieux. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience dans les tems brumeux, ou pendant la nuit. Guidé par ma boussole, je conduisais quelques Sauvages dans un lieu écarté, pour essayer de leur faire perdre la position des 4 points cardinaux. Je leur demandais alors où était l'Est, le Sud, le pays de leurs ennemis, le nôtre. Avec leur simple coup-d'œil, ils se sont toujours conduits avec autant d'assurance que moi avec ma boussole. C'est un talent, comme inné, que les jeunes gens eux-mêmes, et les femmes, savent exercer dans le besoin, et surtout pour échapper aux mains de leurs ennemis, lorsqu'ils sont prisonniers. Ils font ainsi S ou 400 milles dans les bois, pour gagner nos habitations, sans avoir aucun chemin pour les diriger. Nous ^vons eu cette preuve sous les yeux plusieurs fois chaque année.

4<> Leur mémoire est très-fidèle. Comme ils n'ont ni livres, ni écriture, les affaires se traitent par des ambassadeurs, et

BBLATION ABRÊQÊ.

j'ai .été suipris.en voyant de combien de dhoso8,.et de qnels détails, ils poavaîent gaider le souvenir. Oc talent brille surtout dans les capitaines, qui, au lieu de livres, se servent de petits b&tons sur lesquels ils tracent quelquefois certains signes, et quelquefois ils |i'en mettent aucun. Avec ce secours, ils peuvent dire l'objet de plus de cent présens, rapporter les délibémitions d'un conseil, et qiille autres particularités, qui nous échapperaient à nous, si nous ne les avions pas éclates.

Ils ont de l'inteUigQnoe, ^t ils raisonnent bien. Us narrent admirablement, et leur talent oratoire est rems^uable. Quand ils ont étudié un sujet, iln le traitent aussi bien que les Européens les plus habiles. ^On a cru en France que leurs discours et leurs harangues étaient fabriquées : mais je puis assurer que le plus grand nombre d'entre elles, en passant dmis ^une auti^ langue, ont perdu une partie de ^Péner^ie qu'elles avaient dans la leur.

Dans des affaires importantes, ils nous ont souvent entraînés de leur côté, ^ nous ont fait changer de « ésolution. Nous restions conyaincus après un plus mûr exaçien, que c'était le parti le plus favorable au bien du pays.

Je ne doute pas qu'ils ne soient aptes aux sciences. Leur oieille est juste ^t excellente pour la musique, mais leur musique diffère de la nôtre, et sous certains rapports, elle est plus martiafk. Cet art ne se cultive pas par principes ; les hommes les plus habiles la regardent comme un des effets de la , nature.

Nous av^As eu d^s ^prewres ,qu'iis étaient capables non-seulement de recevoir la foi, la pius excellente de toutes les sciences, mais même d'a^q^érir la vraie science des Saints, c'estoà-diie «9e piété très-solide et tirès-tendre.

(Grand CusatiL.)

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