‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 13 sur 23 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

avait tourné ensuite vers Pohla. Alors ce général était posté près du eouTeQtdeMarienstern, et le feld-maréchal de Bliicher près Bautzeo. La marche de ce dernier menaçait fortement le flanc de l'armée française. Je ne duule pas qu'on n'eût pa lui faire essuyer une perle très - considérable ; cependant , on ne fit qu'une fausse démonstration. N«ipoléon monta à cheval et se rendit vers Bischofswerda. Il avait l'air d'attendre qu'on i'at« taquât; mais cette attaque n'ayant pas eu h'eU|^ et lui-même n'ayant pas jugé a propos d'atla* « quer Ja nuit s'approcbant ; il quitta aussi ce point , emuiena aveclui une grande partie de ses troupes, et se rendit à Dresde pendant la même nuit. La suite a prouvé que par cetle retraite faite dans un moment de mauvaise humeur , il avait renoncé aux provinces au-delà de l'Elbe.

Napoléon aurait bien voulu se faire jour d'ua côté quelconque, lorsqu'il était encore dans celte même position ; mais on a pu observer, par la suite des événemensdont on a fait le récit, que ses mouvemens dépendaient toulàfait de ceux des

alliésJI aurait sans douteattaqué lui-même leprince royal de Suède,sur l'Elbe inférieure, si son absence n'eût livré Dresde à la merci de l'armée de Scbwartzemberg , ou de celle de Bliicher. Il resta donc pendant quelque temps enchaîné à ce point, 1» qu'à ce qu'il en fut repoussé par une nouvelle

BN SAXS , l8l3. 991

opération des alliés , qui avait été on ne peut mieux conçue el exécutée.

La partie orientale de la Saxe avait été délivrée des Français , au moyen des attaques par lesquelles les alliés les avaient- pour ainsi dire te« nuillés. Une pareille attaque sagement combinée et exécutée contre leurs flancs et leur dos devait nécessairement les détermiaer à quitter W^ays, et à se rapprocher du Rhin , aucun point n'étant te* nable entre l'Elbe et la fronliëre française. La gran« de armée, sous les ordres du prince de Schwartzembèrg sortant de la Bohême , se mit en mouvement vers la route qui conduit en Saxe , par le Sébastiensberg, tandis que l'armée de Bliicher , marchant rapidement sur la rive droite de l'Elbe, se jetait, parle chemin le plus court, sur le derrière de l'armée française. Ce plan, parfaitement imaginé, occupera pour toujours une place distinguée dans les annales de l'art de la guerre. Napo-* léon , aussi exejcé qu'il l'était dans cet art , dut être surpris que les nombreuses armées de ses enne^ mis eussent été dirigées et maintenues, avec tant d'habileté et d'assurance.

Il épiait à Dresde , les enlreptrisesde ses adver« saires, espérant toujours leur découvrir quelque côté faible pour en profiter. Il s'occupait tantôt des a£Paires de son cabinet, tantôt des fortifications de Dresde, qu'il avait étendues etamélio^ rées, de manière que les jours s'écoulaient pour lui

292 GÀMPAGNB

pleins d'ennui et de souci , tandis que les babî* tans de la ville; qui redoutaient les horreurs d'ua siège, étaient accablés de chagrin et d'inquié* tude.

Vers la mi- septembre, le roi de Naples avait couvert les environs de Grossenhain avec un corps d'armée dont les forces étaient médiocres. La cavalerie française essuya plusieurs revers dans les environs de Miihlberg et de Liebenwerda ; elle avait été repousséé au-delà du canal d'EIsterwerde, et délogée d'Ortrand, de manière que Bliicher put commencer sa grande marche de Kamentz jusque vers Wittemberg, sans la moindre difficulté. Avant cet événement, Napoléon renonça à la rive droite de TEIbe: car le 26 et le 27 septembre, le corps du roi de Naples passa sur la rive {çauche près deMeissen , c est-à-dire , après avoir terminé tadémonstralionversBischo&werda. Les or<lres inhumains donnés par Bonaparte aux commandansde ce corps, n'ont pa.-. été exécutés ^ du moinsparunegrande partie des généraux qui pensaientmieuxquelui. D'après cesordres, on aurait dû emporter tout le bétail , brûler les bois , détruire les arbres fruitiers et toute autre espèce de Bourriture, de manière que la partie de la Saxe située sur la rive droite del'Ëlbe serait de venue un désert affreux. Tout avait été presque entièrement Méanti; et la marche des alliés, qui avançaient lapidementj empêchait souvent les Français, qui

BV SAXB, l8l5. 99S

occupaient encore les environs de Dresde, dV chever la destruction de la Saxe orientale^ Napoléon fut alqrs informé de la marche de Bliir cher, dont la certitude devint pour lui le signal d'une entreprise qu'il imagina d'exécuter sur la rive gauche de l'Elbe. Si laSaale eut offert quelque point tenable, il en aurait profité comme d'une nouvelle ligne de défense ; mais il n'avait pas Iç temps d'y penser. Lorsque Ëliicher s'était éloigné de son front, le plus pressant était d'opposer une force suffisantie à la grande armée de ochwartzem- )>erg , qui s'avançait. Le roi de Naples joùi&sait de la confiance particulière de Napoléon ; il fut donc obligé de prendre le commandement de l'armée postée sur l'Erzgebirg, près de Cbeninilz et d'OEderan. A celte époque , la cavalerie de la Garde française avait eu du désavantage dans ))lusieurs affaires contre les généraux Thielmann et Lichtenstein.

Napoléon ne pouvait pl^s s'arrêter à Dresde..

On l'avait laissé dans cette ville , pour serrer plus étroitement le filet dans lequel ît élâît entré. Cependant sa confiance dans un retour de for* tunê, l'empêchait dé tëfcrôâcëir à la li^né de l'Elbe ; une bataillé gag'néé devait f y f àrtiétiér ; il aurait toujours ti^ouvé les points importans de Wiltemberg, Torgau et Dresde. Il résolut donc d'aller à la recherche de l'ennemi, et d'en battre les années l'une après l'autre avec l'élite de ses

294 CAMPAGICE

troupes, quoique affaiblies par les* pertes essuyéei devant l'ennemî, par les maladies et par la déser^ tion. Deux corps d'armée de vingt-huit à trente mille hommes restèrent pour la défense de Dresde , sous les ordres du maréchal Gouvion- Saint- Cyr et du général de division comte Lobau (i).

La perspective de celle malheureuse ville devenait tous les jours plus sombre. Une nouvelle crainte accompagnait l'attente d'un siège; on appréhendait que le roi n'adhérât aux projets de celui qui l'avait défendu jusqu'à ce moment, et qui malheureusement, avait montré autant de perse' vérance à se maintenir dans le pajs. En un mot, on craignait que le roi de Saxe ne suivît Napoléon. Une grande partie de ses sujets qui avaient été opprimés par les désordres des Français , gémissaient du système politique auquel le roi avait été forcé par l'empire des circonstances; mais tout homme impartial voyait que ce prince accablé n'avait pas la liberté du choix , et que la

(i) Indépendamment de ces troapes en état de combattre, dont cependant environ un tiers était arrivé dans un état d'épaisement total , il y avait déjà douze à quinze mille hommes dans les hôpitaux , ou appartenaus aux difrérèntes administrations; car , malgré la morlalité qui régnait journellement parmi les troupes , le nombre de ceux qui c|Uittèrent Dresde , par la capitulation de no* vembre , était de trente-six à trente*huit mille hommes.

sir SAXE). i8i5. 2g5

volonté de Bonaparte étouffait chacpie tentative pour se délivrer de ce joug. En effet, tant que la plus grande partie du pays était couverte de troupes françaises , qui , lorsqu'elles battent en retraite , agissent hostilement, et ne connaissent aucune loi dictée par riiumanilé , le roi était enchaîné par des considérations imposantes , telles que la crainte de' compromettre les débris de nos fortunes. S. M. ne connaissait point toute l'étendue de notre misère, et des horreurs qui nous environnaient ; ou bien elle les regardait comme les suites inséparables de la guerre. Peutêtre Napoléon le berçait-il de Tiliusion que la première victoire éloignerait l'ennemi de la Saxe, et rendrait au pajs et au souverain la sécurité.

Gomment le roi eût-il osé s'opposer à l'homme puissant que l'Europe coalisée n'avait encore pu dompter? Quelle vengeance terrible Napoléon n'eût-il pas tirée de sa défection ? La nation , accablée sous le poids de ses malheurs , avait perdu une partie de son énergie ; tant de pertes éprou* vées par les habitans , avaient produit une sorte d'insensibilité : le retour de l'espérance, la voix d'un roi respecté , pouvaient seuls ranimer leur courage ; mais le roi ne pouvait pas se faire entendre tandis qu'il était au pouvoir de Bonaparte, et que celui-ci cherchait à lui persuaderqne les choses étaient encore en bon état ; qu^il délivrerait la Saxe, et qu'il était encore riche en ressources. Entraîné

p»r ces assurances et par un malheur inévitable y le monarque inforlunésuivitNap^.léon àLeipsick; peul-êlre Tintention de ce dernier était-elle de procurer à ses maréchaux l'occasion d'agir plus librement, et d'épargner au roi la vue de la des* truction dont sa ville natale, qui lui était si chère, était menacée. Bref, Bonaparte ou le destin voulurent^ et le royal martyr obéit.

Son départ fut tenu caché autant que possible^ pour ne poikit accabler le peuple , ou peut-être pour ne pas donner lieu à quelque mouvement inquiétant : quelques voitures de vojage étaient préparées le jour précédent, et à peine en paplaiton au château. Je suis bien convaincu, que le roi lui-même était dans l'incertitude jusqu'au jour du départ : bien loin de laisser diriger ses pas par son intérêt personnel , ce pieux monarque crut devoir suivre la volonté de la Providence , dont Napoléon n'était qu'un instrument composé de bien et de mal (1).

Le soir du 6 octobre , Bonaparte lui fit encore exprimer son désir qu'il ne partit point avant six heures , moment fixé par lui-même pour quitter

(1) Madame de Staël-Holsiein dît, dans son ouvrage sur rAllemagne, écrit en 1808 et 1810, en parlant des Allemands en général: Leur respect pour la puissance vient plus encore de ce qu'elle ressemble à la destinée ^ que d^aucun motif intéressés

Dresde. Les travaux les plus important T^tardërenl le départ de Napoléon d'une vill« et des mêmes appartèmens où ^ pendant l'été de 1812, il avait travailiéaux plans les pins gigantesques, contre la Russie : il avait été occupé toute la nuit dans son cabinet. Il envoya un officier au roi de Naples , posié dans les environs d'Oederan, pour l'avertir de se rendre à Lcipsîck par Rochlilz; il fit appeler le gouverneur de Dresde et deux maréchaux ; bref, il travailla sans relâche jusque vers la matinée du 7 octobre. Il > prit encore un bain , et partit après six heures: le roi de Saxe le suivit quelques momens après.

Toutes les troupes françaises qui se retiraient , avaient passé sur la rive gauche de l'Elbe : elles n'occupaient que les environs les plus proches de Dresde et de Meissen , où le pont de bateaux au-dessus de la ville , était défendu par une petite léte de pont. Les troupes légères des alliés faisaient des incursions le long de la rive de l'Elbe , par-tout où elle n'était point gardée : Bonaparte fut donc forcé de passer par Wilsdruf ; il n'y avait que la nécessité qui put déterminer une armée en marche à prendre des routes aussi pénibles. Pendant son court séjour à Meissen » Napoléon passa encore une fois le pont de bateaux , peut-être sans s'imaginer que , par celle visite de congé , il disait un éternel adieu à la partie orientale de la Saxe , si long-temps mal-

2g% CAMPAGNE

heureuse ; il accéléra ensuite sa marche, toujours incerlain du point sur lequel il se dirigeait. Cependant , il conçut probablement alors le projet de se porter , avec la rapidité de Téclair , sur la Mulde, pour voler à la rencontre du feld- maréchal Bliicber, qui avait passé TEIbe près de Wartenbourg, entre Presch et Willemberg.

Il établit enfin son quartier général au château de Seerhausen ; le roi de Saxe était resté à Meissen , et suivit Bonaparte à petites journées sur la route ordinaire de Leipsick. Le roi était escorté par un nombreux détachement de la Garde impériale , avec laquelle un bataillon de grenadiers de la Garde saxonne partageait le service.

»M*atfA^t¥m^fiik'Wiu^mM>MM*ffiit>Mitit¥V¥tiyy¥ttm00^ivm*^MmM»Mmt^^

Page 1