‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 17 sur 23 · CHAPITRE FREHIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE FREHIER

OR$QU£ le vice-roi d'Italie quitta le territoire

prussien, et se retira sur FElbe, la division du

gênerai français Reynier, coQsistant en troupes françaises, saxonnes et bavaroises^ après le célèbre combat de Càlischj s'approcha des fronr iières de Saxe. Tout annonçait que l'armée fràn-* çaise allait s'appuyer à FËIbe , pour y attendre les renforts que Bpnaparte réunissait et armait dans l'intérieur de l'empire: et les habitans de la Sa^^e, ans Tanûét^, craignaient que leur beiau pays, qui. avait jusque-là peu souffert du fléau de la guerre, ne ^cyîi^t le théâtrp de nouveaui^. combats. Plusieurs, fort^^pQ^it^ns permettaient de défendjro yîgoureuseipent la riye du fleiiye^ Unefortçgarms(jp protégeait les inurs de Magdebourg. La nou^ velle forteresse de Torgau, dëjà^tourée de bons ouvrages èviérieurs, et nouveUeinei^t fermée .de païispdes^ était au moins assez ff^*te. p-Ç^C T^teç à un coup de main;, elle assurait ^uçsi fimportanl

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passage de Wittenberg^ les murailles de la paisible université, hérissées de canons , défendues par une nombreuse garnison , ëtàieht préparées pour la défense des retrànchéiheus du pont de l'Elbe. Pans Fintervalle de ces fortifications ^ de* puis Magdebourg jusqu^nx deut rives du fleuve^ étaient placés de nombreux corps de troupes^ sous la conduite de généraux bâbîibs; . '

Sur ces entrefaites, l'avant -garde de l'armée rus^e s'était approchée des frontières delà Saxe^i et dès là fin de février, le colonel Brendeî, ac-» (Compagne de quelques centaines deXosaques, fît une inciirsiôn dfaips \à haute Lusàce, où U occupa la ville frôntîè<^ aè LaùbanY pendant que le comîe Rêjnier s'acheminait de' Sorau à Bautzen , pour se "ptacef ' ^n tbfd dé la ' Spréeii " Tovis cç? événeniens déci^fént*(e roi de Saxe, à quitter sa capitale. Le s5 fëvriçr , ce prince dçnna une pror clâmatîon^ par laquelle il annonçait son départ, et prononçait sa résolution de rester fidèle au systêrtie politique' auquel ît s'était attaché dépuis" mx ank; systêihe auquel l'État avait' dû son s^ïut dans les 'dangers lés plti$ imh)inens.'II'èxKoftàit ses su^' jets à concourir^ par dès dispositions paîsii)lesi/e£ d'acridrd avëô'sés vues pouriêtftéri'dHroyaûhie,' au lÀaintien de l'ancienne gloire au peuple saxon« On procéda 'aussitôt à l'établissement d'une admit^istration piârticuRère , indépendante de toutes les autres. Cettô administration devait prescrire touteoi

les dUpO^ûiods, relatives à l'état de guerre, veiller lau maintien de la tranquillité dans l'intérieur du royaume, et^/d^os toutes les circonstances qui pouvaient exiger une pi*ompte décisîon, prendre les mesures les plu^^onvenaI>lesau bien du pays. Cette commission immédiate était côn^posée du minia^ tre des conférence de Globig^ i}ui la présidait, du premier-cbambéllan^ baron de Friesen, du baron de. ManteuflM , ipembre du conseil privé , et directeur du premier département du collège des finances, et de M. de Zeschwitz, membre du conseil Siecret de^ finances. Le 25 février au matin, le roi,, accompagné de la reine et de la princesse Augusta , se mit en route pour Plauen dans le Yoigtland, où trois jo.urs auparav^int ses frères, avec leurs familles ,. l'avaient précédé. Le peuple Tavait déjà vu s'éloigner une fois dans de pareilles circonstances. Mais la situation des affaires était tellement différente , qu'on le suivait, pour ainsi dire^ des yeux, avec une inquiétude qu'excitait le pressentiment d'un avenir, qui ne se présentait que 60US des couleurs sombres, et que dans le premier moment^ l'espoir de voir diriger: d'une main sûre le vaisseau de l'État contre la , {tempête , ne put tranquilliser tous les esprits. Il ne restait plus à Dresde, de la famille royale , que la tante du roi^ la princesse Elisabeth, qui. persista à y demeurer dans la suite, pour partager avec les. habitans Uê

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auparavant rappelés de Pologne , ëtaît caiitonnë^ dans le voisinage de la capitale , ou ces derniers étaient arrivés dès le 26 février» Quelques détachemens s'avancèrent jusqu'à BàUtzen ^ pour y formet des postes d'observation. Il en- demeura tin k Dresde, et le res>te suivit le roi k Plauen.

Plusieurs jours s'étaient passés pendant ces préludes desévénemens les plus sérieux, lorsque, le 7 mars, le général de division Reynier , qui de^puis dix jours campait sur la rive gauche de la Sprée, arriva à Dresde avec soù état-major. Le jour suivant, au momeût que les Russes occupaient les villes de la Lusace, Guben, Sorau et Lauban, sa division entra dans la capitale. On en répartît une partie dans les villages voisins^ sur la riye gauche de l'Elbe, et l'autre dans la Ville neuve , où beaucoup de maisons logèrent jusqu'à 80 sol* dats. Cette division ne consistait plus qu'en Français et en Saxons , formant au plus 5,5oo homme»; le général en chef avait déjà envoyé auparavant à Kœnigsbriick, pour défendre le pont de Meissen, environ i,4oo Bavarois réunis à son corps, sou» les ordres du général de Rechberg- Ces troupes y étaient arrivées le 5 mars. La division de la cav»^ lerie saxonne, que conduisait le général de Lie* benau , indépendant de Reynier , se réunit . de nouveau en même temps k Dresde*

Le général français parut déterminé à dé&ùdre les deux points du passage sur le jbaut Elbe^

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quoique Meîssen fut dépourvu de moyens de défense, et que les fortifications de la capitale fussent en grande partie détruites. Dès le lendemain de son arrivée, on fit des préparatifs pour la défense «des points de passage importans près de Dresde» Le général en chef visita les environs de la Ville neuve, qu'on avait fermée de tous côtés de palissades , et on plaça de l'artillerie sur les murs de la vieille Ville, pour balayer le pont et la rive droite du fleuve. On avait aussi auparavant trans-^ porté toutes les voitures sur la rive gauche du bas Elbe : on avait aussi transporté de Meîssen, sur la rive droite, en remontant le fleuve, partie des voitures, nacelles et radeaux que les propriétaires n'avaient pas cachés. Le reste avait été sur-lechamp coulé à fond. Le 9 mars, au moment où le vice -roi d'Italie, avec la principale ar-* mée française, arrivait dans les plaines de Leipsick, l'ambassadeur français quitta Dresde, pour suivre le roi à Plauen. Dans l'après-midi de ce jour, on commença à .dépaver au-dessus de la quatrième pile du pont, près de la rive droite del'Elbe. Il commençait à se répandre des inquiétudes sur le sort réservé à ce célèbre monument, l'un des ornemens de la capitale. Plusieurs habitans se rassuraient , dans l'espérance qu'on avait' seulement pour but de protéger le pont par des pahssades, et d'y ériger une plate-forme pour une batterie , afin de défendre le passagej mais^ d'au* a. 6

très se doutaient d'un projet désastreux pour ce chef-d'œuvre y dont ils prévoyaient que Von pourrait faire sauter quelques arches. On commença aussi dès-lors à retirer des hôpitaux les soldats ma-* lades^ qui avaient à peine jotii de quelques jours de repos, pour les faire passer dans la vieille Ville^ sur la rive droite de l'Elbe ; ce qui parut justifier encore davantage l'appréhension de voir bientôt séparer les deux parties de la ville si étroitement unies ^ et leurs habitans réduits à de cruelles extrémités par la tentative d'une vigoureuse défense de la place.

Le lendemain matin , un événement inopiné fit éclater les sentimens que l'inqmétude avait éveillés dans l'âme d'une partie des habitans, sentimens nourris par l'opinion de l'impossibilité que le pourvoir de la France se relevât.

Un hussard saxon , et un soldat français ivre , prirent querelle sur le pont, non loin de l'endroit qu'on avait dépavé , où la foule des curieux se rassemblait depuis le soir précédent , sans oser cependant se hasarder qu'à de légers murmures , on se bornant à se communiquer leurs inquiétudes. Les deux soldats qtd -se querellaient en vinrent aux voies défait^ et le peuple prit , à grand bruit, le parti du hussard. Un oiBcier français qui passait, perça la foule pour s'ioform^er de la cause du tuirmlt© , et faire éloigner le soldat ivre que l'on maltr^vtli^it.. La fbule furieuse se tourna alors contre

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lui, Knjarîant et l'outrageant, jusqu'à ce que la garde bourgeoise vint les séparer , et emmener les soldats qui avaient occasionné le trouble.

Cependant on continuait avec actiiité les travaux sur le pont, et les ouvriers, protégés par la garde, commençaient à creuser plus profondément l'emplacement de la pile. Des spectateurs, dont le nombre croissait toujours, se rassemblèrent dans l'après-midi,^ l'entrée du pont ; d'abord ils se contentaient de troubler les travailleurs en les agaçant ; ils cachaient leurs règles ; ils embrouillaient le cordeau tiré sur le chemin ; ils cherchaient à les troubler dans leurs calculs. Les officiers saxons , s'efforçant d'écarter les groupes qui s'opposaient aux travaux, n'étaient point écoutés. A la fin, les plus téméraires osèrent décidément y mettre obstacle. On arracha des mains des ouvriers la bêche et la pioche j on repoussa les sentinelles, et un officier français, qui tira son épée contre quelques perturbateurs , aurait suivi son schako dans l'Elbe, où on l'avait jeté, si quelques spectateurs prudens, et la garde bourgeoise qui survint, ne l'eussent pas arraché des mains des furieux. Le pont , la place située lentre le pont et le château royal , la rue voisine , où demeurait le général Reynier, étaient remplis de curieux et de complices du trouble. Cette foule tumultueuse courait ça et là , et le mouvement devenait plus alarmant quand'les travailleurs faisaient mine de remettre

la main à l'ouvrage. En vain les officiers saxons s'efforraîènt-ils de tranquilliser celte cohue effrénée; du sein de la foule s'élevait de temps en temps le cri : (S.Hors d^ici les Français, y> cri que répétait en chœur la multitude. Tout français qui se montrait était pour le moins insulté. La garde bourgeoise , qui avait son corps-de-garde dans le voisinage , fut plusieurs fois en vain sollicitée de prendre part à la sédition. Cependant l'infanterie saxonne s'était réunie sur la place entre l'église catholique et le pont ; de forts détacheniens de cuirassiers saxons et de garde bourgeoise à cheval faisaient des patrouilles sur le pont et dans les rues voisines , pour séparer les perturbateurs; les tambours battaient dans la Ville neuve, et la garnison française se mit sous les armes dans îa grande rue qui conduit au pont. Au mojen de ces mesures , la sédition se calma peu à peu , surtout lorsqu'on vit cesser les travaux à cette trouée > du pont qui avait causé tant d'alarmes j mais à l'approche de la nuit, l'insurrection recommença. Le cri effrayant <( hors d^ici les Frany> çais ; Reynier dehors , » retentît sur la place du pont. Un détachenolent d'infanterie française, qui voulait déboucher de la Ville neuve sur l'autre côté de l'Elbe , ne put percer la foule furieuse qui se précipitait sur le pont à sa rencontre ; et sans doute cette troupe n'avait pas ordre d'employer la force. Dans le même temps , une autre bsinde

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osait jeter des pierres contre les fenêtres du palais du roi et du château de Briïhl , où demeurait le général en chef français. La foule courait autour de ces palais jusqu'au moment où l'infanlerie et la cavalerie bourgeoise s'emparèrent de l'accès des rues. Tout demeura tranquille dans la Ville neuve, où les troupes françaises restèrent sous les armes dans les rues. Le bruit de la sédition retentit autour de ces troupes, jusqu'à ce qu'enfin, vers dix heures , tout le monde se dis-^ persa sans qu'on se fût livré à de nouvelles voies de fait. Pendant toute la nuit, de Tories patrouilles de la garnison et de la garde nationale à cheval parcoururent la ville , et une grande partie de la garnison resta campée dans les rues de la YUle neuve.

Le général français, sans exposer sa dignité^, montra dans cette occasion une indulgence et une modération très-prudentes. Pendant toute la durée du tumulte , à peine lira-t-jon un sabre , ou déchargea-t-on une arme à feu, qvioique l'emploi de la sévérité militaire eût été souvent provoquée. Aussi ce général eut-il la satisfactioi^ de' voir même les militaires saxons servant sous ses, ordres, s'élever contre la licence de la populace,, et des soldats paême se recrier, en disant q^'il n'avait pas n^érité cette offense de la part des Saxons. Le lendenqigiia matin, des députés du Conseil de viUe, et quelques notables bourgeois ; se rendirent auprès du général

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en chef, pour lui témoigner combien ils étaient affligés de ce qui s'était passé la veille. Il les reçut avec une gravité calme , et insista pour que l'on jugeât, conformément aux lois, les auteurs delà sédition , sans quoi il se verrait forcé de nommer une commission militaire pour faire punir les coupables. Quelques individus qui s'étaient fait remarquer comme ardens fauteurs du désordre , furent donc arrêtés, et renfermés dans la forteresse de Kœnigstein , ou ris restèrent jusqu'au mois sui* vant y que , d'après le désir du général Blûcher y ils furent mis en liberté. Le même jour , 1 1 mars , parut un avis de la commission immédiate, qui tappelaît aux habitans qu'à son départ y le roi les avait exhortés à rester tranquilles j on citait en même temps les dispositions d'une ancienne loi contre les séditions et les troubles , qui menaçaient du daive et de la roue les chefs.de la révolte. On déclarait en même temps que Fexéculion des mesures prises pour la sûreté de la ville ^ par des travaux au pont , serait différée , et n'aurait lieu qne dans le 'ciàs de la nécessité la plus pressante ; qu'enfin des actes qui troubleraient encore la tranquillité publique, pouvaient avoir les plus tristes conséquences pour le bien général de la ville. Le Conôéil de ville , parlant dans le même sens , s'attacha à tranquilliser les habitans par ses exhortations. Rien né troubla plus le irepos public. Là troivée faite au pont resta à la vérité occupée

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par la garde et entourée de barrières ; mais les travaux furent suspendus.

Le 11 mars, dans l'après-midi, se répandit soudain la nouvelle de Tapproche jd^s Russes , qui déjà deux jours auparavant avaient fait des incursions jusque dans le voisinage de K.œnigsbruck. Ils n'étaient plus éloignés que de deux lieues , et s'approchaient par la route de Berlin. Tout fut eu mouvement j les boutiques furent fermées j le tambour rassembla les troupes sorties par la porte de la Ville neuve , devant laquelle elle se rangèrent. De fortes divisions de cavalerie et d'infanterie lé- " gère se portèrent en avant sur les hauteurs boisées qui s'étendent au nord-ouest de la ville , et sur lesquelles se prolonge la route militaire* Le général français lui-même se rendit, avec sa suite , dans la campagne qui environne la Ville neuve , jusqu'aux posles les plus avancés. Mais tout demeura tranquille, et, à l'approche de l'obscurité , la garnison retourna à la Ville neuve , où elle établit des bivouacs dans les rues.

Pendant que tout ceci se passait :, Jes habiiana de la capitale se livraient à l'inquiétude j ils avaient appris que le maréchal Davoust, pi^inçe d'Ëckmûlh, était arrivé à Meissen .avec sa division, forte d^enrviron 12 mille hommes (1). Déjà , quelques jours

(1). Les journaux français portaient cette division à 25>ooo hommes , avec 100 canons ', mais c'est une ^xaj^ratio^.

•il

auparavant , le général Bavarois de Rechberg , sur Tordre du comte Reynier , avait fait des dispositions qui annonçaient que le pont sur l'Elbe serait brûlé, A la prière du Conseil de ville ^ il fut accordé qu'à l'approche des Russes on ne mourait le fea qu'à la petite arcbe en bois, et des préparatifs furent faits pour l'empêcher de s*étendre; mais, à son arrivée, le prince d'Eckmùhl donna aussitôt l'ordre de brûler tout le pont , pour rendre à l'ennemi le passage d'autant plus difficile. La nuit du i f2 mars , à minuit, on vit s'élever les flammes qui consumaient ce poi^t construit avec beaucoup d'art , spectacle terrible à-la-fois et magnifique. Le jour suivant, degrand matin , le maréchal quitta la ville pour remonter la rive droite du fleuve au-dessus de Dresde ; et pendant que les Bavarois occupaient ?a rive gauche au-dessous de Meissen,ilne resta dans îa ville qu'environ 200 français , qui placèrent l'artillerie destinée à battre les débris du pont. Le soir , des Cosaques se montraient déjà, sur la rive droite, dans les villages les plus voisins , en face de la ville» Le même jour , Davoust entra à Dresde avec sa division. Aussitôt après son arrivée , les préparatife de défense sur le pont et dans la Ville neuve furent répris avec une nouvelle activité. On avait déjà ordonné que toutes les malsons fussent fermées à dix heures du soir , et tous ceux qui se trouveraient dans les rues après neuf heures et demie , devaiei^t èfcre arrêtés. Tout habitant qui

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voulait dépasser les avanl-posies français , sur la rive droite de l'Elbe," était obligé de se munir d'un laissez-passer. Le comte Reynier remit le commandement de sa division au général Durulte, et quitta la ville, où le maréchal prit le commandement en chef. La ligne des avant-postes français fut étendue plus loin. Le jour suivant, i4 mars, une partie de la garnison prit la route de Kœnîgsbrïick. Sur les hauteurs boisées , à une lieue de la ville , il y eut une affaire d'àvant-postes sous les yeux des habitans que la curiosité poussait à se porter en foule à proximité du lieu du com}.)at. Le jour suivant , un ordre de l'autorité défendit aux habitans de se hasarder à approcher des avantpostes. Toute relation avec la rive droite de l'Elbe fut suspendue, et on restreignit même les communications avec la Ville neuve. Au premier coup de canon qui tomberait suri» rive droite de l'EUie, tous les habitans avaient ordre de se retirer chez eux.

Les inquiétudes de l'état de siège avaient commencé pour la ville. La Ville neuve , entourée de palissades, était couverte par (juelques retranchemens , çt protégée par de l'artillerie et une forte garnison. Personne n'osait plus troubler les travaux sur le pont, qui n'étaient point interrompus, même pendant la nuit. Depuis le i5 mars on avait creusé, de distance en distance, ciùq ouvertures

dans la pile , et les arches qu'elle soutenait, et qui élaint liées par des conduits intérieurs j et environ trente mineurs de Freiberg, dirigés par des officiers d^artillerie et des pionniers , avaient ordre de creuser par couches l'intérieur de cette énorme masse de pierres. Ce jour et le suivant , on combattit vivement les Cosaques qui voltigeaient près de la ville j l'un d'eux , grièvement blessé , fut fait prisonnier et amené dans la ville y au milieu d'un grand concours de peuple ; et l'on entendit, surtout le 16, le bruit du canon sur les hauteurs boisées des environs. Indépendamment de l'activité des travaux sur le pont , beaucoup d'autres mouvemens annonçaient que le général français n'avait pas dessein de tenir plus long-temps la rive droite du fleuve. Le i5, vers le soir, après qu'on eut retiré les avant-postes , la porte de la Ville neuve qui conduit sur la route militaire de la Lusace fut complettement fermée; l'autre, qui conduit à Meissen, l'était déjà depuis quelque temps.

Le lendemain, dans l'après • dîner , on passa en revue toutes les troupes logées lajit dans la Ville neuve que dans la Villie vieille. Les malades avaient déjà été transférés de la Ville neuve sur la rive gauche de l'Elbe; l'on commença alors à y transporter aussi les vivres. Les préparatifs pour faire sauter la pile du pont étaient presque achevés. A l'approche de la nuit, on s'occupa à

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descendre le crucifix de bronze doré, place sur une base de roc , au-dessus de la pile la plus proche de celle qu'on voulait faire sauter, et qui y existait depuis à peu près 80 ans (i). Pendant toute la nuit, on évacua de là Ville neuve des fourgons et des provisions : les troupes étaient prêtés à partir alu premier signal.

Le 20 mars, de grand matin , Ton distribua dani toutes les maisons un avis imprimé de la municipalité , par lequel les habitans étaient prévenus^ par l'ordre du prince d'Eckmùhl , qu'au moment cm , dans la matinée^ ils entendraient trois coups de canon , ils devraient se retirer dans leurs maisons et n'en sortir que trois heures après. Immédiatement après cette distribution , on vît les pièces<jui jusque-là avaient été placées près des portes et sur les remparts à moitié détruits de la Ville neuve i traverser au grand trot les piles déjà chargées du pont. Après huit heures, on entendit trois salves^ qui se succédèrent dans de courts intervalles. A l'instant^ tous les habitans coururent çà et là dans les rues. Une crainte vague des malheurs qui les menaçaient en engagea un grand nombre a se ren-

(i). Ce crucifix fat Replace à U fin i de l'aimée par l'administration txmae, et l'on plaça ^au-^dessiis de^Fancienne inscription les mots jsuivaus .* Galli dejecerunàdw 4g martis 4 8^3 s Ai^xander I restituU die nataU »4 de^cembris ^8f3, ' .. .

Sa CAMPAGNE

pièces pour la défense du fleuve , derrière le château de Biùhl sur le Wallegarten , et qui s'élève le long de la rivière comme un bastion , ainsi que dans un endroit de Friedrichsstadt , où une partie du rivage, peut, par sa saillie, faciliter le passage. Dans la Ville neuve , il resta à peu près loo hommes d'infanterie légère , tant française que saxonne , qui occupèrent les portes et ce qui restait des remparts. Le reste de la journée se passa dans un calme auquel on eût été loin de s'att eudre. Les habitans de l'une et l'autre partie de la ^ille se rassemblaient fréquemment sur les remparts près du rivage; plusieurs d'entre eux se voyaient séparés d'amis chéris j avec le pont se trouvaient rompus beaucoup de liens sociaux.

Dans les environs de la Ville neuve, derrière les vignes et les colUnes couvertes de bois, il n'y avait, à ce qu'il parait, le jour même , que peu de cavalerie légère russe , les forces russes s'étant portées la veille sur Meissen et sur l'£lster. Mais le lendemain , dès le grand matin , on vit les Cosaqued caracoler assez près de la ville , cependant presque tous hors de portée, et se rapprocher de la rivière. On tira des coups de fusils sur l'une et l'autre rive, et dans le nombre des habitans que la curiosité avait attirés , deux furent punis de leur témérité. . IjCs carabiniers saxons étaient derrière les palissades, à l'affût des Cosaques, qui , d'ordinaire par leur agilité , savaient éviter les balles : un jeune officier de

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G^saques^ qui s'approcha trop témérairement, fut tué par un Saxon,^ ce qui, à ce qu'on assure, irrita beaucoup les Russes. Dans le courant de la journée y les commandans français furent sommés d'évacuer la ville , ce qu'ils refusèrent. Les autorités exhortèrent (i) les habitans de la Ville vieille à se tenir tranquilles dans leurs maisons, dans le cas où l'ennemi tenterait de s'approcher et d'inquiéter la rive gauche : on déclara que ceux qui rôderaient autour des troupes seraient traités comme espions , et que les soldats avaient l'ordre de faire feu sur les ras-^. semblemens qui ne se dissiperaient pas à la première invitation qu'on leur en ferait.

Le dimanche 2 1 , vers midi, le colonnel Davîdoff, commandant des Cosaques , faisant partie de la division du général de Wingingerodé , envoya ua officier au général Lecocq pour le sommer d'évacuer la ville. En même temps une forte division de Cosaques arriva par la route de Grossenhein pardessus les hauteurs , et parvint en vue de la ville. On en ouvrit la porte aux parlementaires russes ; ils traversèrent la foule, attirée par la curiosité, et par le beau temps : elle les reçut avec des acclamations auxquelles ils répondirent par des saluta-» lions amicales, et ils se rendirent , avec les officier^ saxons nommés pour entamer les négociations', dans une maison* isolée j retirée dans l'enceinte dës(

(i). Snppl. IX.

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remparts. Quelques heures après, le colonnel Davî-» doff passa l'Elbe les yeux bandés ,. conduit par des Saxons , et avant la nuit, il conclut avec les généraux DuruUe et Lecocq,et avec l'intervention de la commission immédiate j une convention qui fut publiée le lendemain par la municipalité (i). On était convenu que le lendemain à nàidi , les Russes occuperaient la Ville neuve j mais qu'il y aurait une trêve, en vertu de laquelle aucune hostilité ne serait commise à une lieue , tant au-dessus qu'eau dessous de Dresde ; qu'à partir de midi , toute communication cesserait entre les deux parties de la ville ; que quiconque traverserait l'Elbe serait traité comme espion.

La rivière , déserte depuis quelque temps , offrit pour quelques heures un spectacle très-animé j les embarcations volaient d'une rive à l'autre : moyennant une carte du commandant , il était permis à tout habitant de traverser l'Elbe. Pendant les deux premières journées , il n'y avait guère que les officiers et les gardes relevées qui le passassent. Les bourgeois n'obtenaient cette permission qu'en cas d'urgence. A midi, toutes les embarcations se trou-t vèrent de nouveau sur la rive gauche. Les Cosaqties, formant Favaut-garde de la divîsiojp du général de Wenzingerode, firent, en chantant, leur entrée di[ns la Ville neuve; la petite garnison , près de la

(i) Suppl. X.

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porte , ëlait sous les arines pendant eette marche, et dès qu'elle eut relevé tous les postes , elle se retira tambour battant sur la rive gauche. Toutes les rues olïnrent bientôt l'aspect d'un camp ; partout on voyait de grandes pyramides blanches , formées par les piques des Cosaques; ces guerriers barbus étaient, les uns étendus sur ia paille, les autres occupés de leurs chevaux , placés le long des maisons , auprès de mangeoires faites à la hâte. La ville qui y était devenue déserte, reprit un aspect plus vivant. Une troupe de paysannes, courbées sous leurs panniers , avait précédé les Cosaques, profitant. du moment où l'on avait ouvert les portes ^ fermées depuis cinq jours : le marché se trouva peuplé à une heure peu ordinaire , et dans la Ville neuve Fabondance succéda à la disette, tandis que dans la Yille vieille certains objets de consommation étaient à un prix exorbitant. C'était un amusement d'observer les mœurs des Cosaques, et l'on pouvait s'y livrer d'autant plus librement j que ces guerriers, sobres et débonnaires , n'étaient pas des hôtes fort incommodes, ni à la ville ni dans les campagnes. Pourvu que l'on donnât au Cosaque une copieuse ration d'eau-de-vie, du pain, du hareng et des oignons, il était content ; si l'on ajoutait à ces provisions un morceau de pojsson bouilli , on le reor dait heureux ; car ces religieux observateurs du carême n'eussent pour rien au monde touché à la viande. Ces guerriers se distinguent pas un grand

amour pour les enfans; les jeunes et les vieux jouaient avec eux , et supportaient toutes les, saillies de leur pétulance sans jamais se fâcher ^ ils les por* laient sur leurs bras des heures entières, en les caressant et en leur parlant russe , et les excitant à jaser. Avant le coucher du soleil, ils se rassemblaient d'ordinaire en groiipes pour chanter des chansons religieuses et guerrières , dont la mélodie est siouvent très-qxpressive : le plus habile chanteur occupe le centre et entonne. Devant les portes de la ville , les plus ingambes y dansaient au son d'un mauvais violon : dans leurs danses, ils prennent souvent des attitudes qui, vu la coupe particulière de leurs habits, ne sont pas de nature à être offertes aux chastes regards des dames.

Le jour même de l'entrée des Cosaques dans la Ville neuve, la garnison de la Ville vieille fut diminuée , le général Lecoq ayant reçu du roi l'ordre, de se porter sur Torgau avec les Saxons qu'il commandait : ce monarque appela auprès de lui , à Plauen, la cavalerie saxonne, sous les ordres du général de Liebenau, et cette cavalerie servit d'escorte à son souverain.

Le 25 mai, cette garnison fut augmentée par les Bavarois, qui, jusqu'à cette époque, étaient restés à Meissen. La plus grande partie des Co« saques campa dans les environs de la Ville neuve , et dans les village sur la rive droite, où ils se renforçaient de jour en jour, et où ils devaient attendre

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rinfanterie et Parllllerie qui avançaient à petites ÎQurnées. Lexolonel Brendel avait le commandement éQ chefdans la Ville neuve, A partir de Dresde, ea remontant vers Pilnitz, les Russes avaient planté des drapeaux blancs sur le territoire de la ligne comprise dans l'armistice.

Depuis que les ponts de Meissen et de Dresde étaient impraticables^ iï'^V avait, sur tout le cours' de l'Elbe , en Saxe, d'autre communication entre les deux rives, que le pont fortifié de Wittenberg et le pont de Torgau , près duquel le général Thielmann avait encore fait établir un pont de bateaux sous le canon de la forteresse. L^Elbe séparait donc le pays en deux moitiés, dont l'une était au pouvoir des alliés. Aucune province de la Saxe n'avait encore été le théâtre d'un combat remarquable , et ce royaume avait déjà plus soufiert que dans les deux dernières guerres, qui lui avaient été si funestes. Les préparatifs pour la défense de l'Elbe avaient demandé des sacrifices pénibles. ' La navigation si productive de ce fleuve, d'ordinaire couvert de bateaux depuis les frontières de la Bohême jusqu'à Magdebourg, .était anéantie pour long-temps, les meilleurs bateaux ayant été bridés j des fournitures considérables de grains , faites aux armées françaises , par les cercles de Leipsick et de Wittenberg y avaient épuisé les granges du paysan , que, pour comble de malheur , les réquisitions çoaiinuelles

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de chevaux avalent empêché de labourer. Les passages continuels de troupes étaient un fardeau insupportable pour les habitans, déjà ruinés par la cherté croissante des subsistances; des maladies contagieuses faisaient fondre la population dans bien des contrées. Si une défense opiniâtre de l'Elbe , près de Meissen et près de Dresde avait forcé les armées russes et prussiennes à séjouraer plu^ longtemps sur la rive droite, la Sax,e eût éprouvé dèslors tous les maux auxquels elle fut en proie pins lard : les mesures que l'on prit décélèrent bientôt que ces positions étaient trop faiblement défendues pour être disputées long-temps. Déjà l'on avait retiré de la Ville vieille de l'artillerie , tant française que saxonne. Beaucoup de malades, même à moitié mourans, avaient été évacués sur Freiberg, Augustusbourg, et même sur la Thuringe ; et après l'occupation de la Ville neuve par lesRusses, on avait mis en toute hâte des voitures en réquisition pour évacuer tous ceux qui pouvaient supporter le transport. Le 24 mars, après midi, une grande partie des Cosaques campés dans les environs de Dresde et le long de l'Elbe, sur la roule de Pilnitz, se porta en avant. Us suivaient gaiement le chœur de chanteurs, qui, suivant l'usage de leur pays, ouvraient la marche, La vue magnifique de l'Elbthal, dont on jouit quand on est placé sur ces hauteurs, paraissait augmenter la gaieté des enfans du Don et de l'Ural. Le bruit courut que l'on devait tenter le passage près d^

EN SAXE , l8l3. 89

Pllnltz , parce que là il n'y avait que des forces peu considérables à combattre sur la rive droite. Le même soir, le colonel Brendel envoya un officier dans la Ville vieille pour dénoncer Farmistice.

Le lendemain y k municipalité annonça cet événement aux habitans (1) , et leur fit enjoindre de se retirer dans leurs maisor^ dès que le tumulte des armes leur annoncerait la reprise des hostilités ^ afin que les troupes ne fussent point gênées dans leurs mouvemens, et que la vie des citoyens ne se trouvât pas compromise* Cependant tout resta tranquille sur Tune et l'autre rive. Mais le bruit se répandit que les Russes avaient réussi à passer FËlbe, tant au-dessus qu'au-dessous de Dresde. Le 26 mars, le commandant français à Dresde eut la nouvelle que les Cosaques avaient passé l'Elbe près de Nieschitz, au-dessous de Meissen , à l'aide dé bateaux qu'ils avaient pris dans le canal près d'Elsterwerda (2) ; que les hommes avaient passé se tenant debout dans les

m i ■ I ■II. I I I M I I r I iiii "■ 1»

(1) Suppl. XI.

(i) Ce canal ^ long de 4 lieues et large de près de 3o pieds, sert à transporter, jysqu'à Grodeln sur l'Elbe j, le bois des forêts qui se trouvent tant au nord qu'à l'est. On flotte le bois jusqu'à ce canal principal , à l'aide de canaux plus petits. Dans le canal principal, se trouvent toujours douze bateaux pouvant' porter 800 quinteaux chadun. (Voyez Géographie ck la Saxe^ par Engelhard^ f oL 6 , p. 5o et suiv. )

go CAMPA GlffR

embarcations, et conduisant leurs chevaux a la nage par la bride. Une autre petite division était passée en même-temps près de Pima. Déjà les deux jours précédens, beaucoup de Français avaient quitté Dresde en petites colonnes; l'évacuation complète ne tarda pas d'avoir lieu. Les Bavarois quittèrent la Ville vieille dans la matinée et dans l'aprèsdîner, et marchèrent sur Meissen , sous le commandement de M. de Rechberg , en suivant l'Elbe pour couvrir la retraite.

Vers le soir , la première infanterie légère russe de la division de Winzengerode entra dans la Ville neuve : cette infanterie était peu nombreuse j les tambours ne cessèrent de battre jusqu'à la nuit y probablement dans l'intention de donner sur la rive opposée une haute idée du nombre de troupes qui venaient d'arriver. Dès neuf heures ^ la retraite des Français commença:le lendemain , avant le point du jour, l'artillerie qui se trouvait encore sur les remparts et près du pont, se mit en marche, et elle fut suivie de près par les derniers postes. Les Français furent insultés , dans leur retraite , jpar le peupleamassé en groupes, et il -fallut toute la prudence des • officiers de la ^rde nationiale pour prévenir des scènes fâcheuses. Ils prirent levir routp par Wiîsdruf et Nossen. Dès le matin, cette nouvelle parvint dans la Ville neuve j déjà les Cosaques, à l'aide d'échelles, grimpaient sur les ruinée du pont. Quel* ques heures plus tard , le colonel Brcndel, aprèf

Ts^ SAX£, 1^1 3. 91

avoir été complimenté par les députes de la municipalité 5 passa FElbe avec tme division d'infanterie, partie à l'aiqe d'up bac , partie en bateau. Le même jour, on amena quelques Françiais et quelques Bavarois qui avaient été faits prisonniers par les Cosaques , près de Wilsdrufl

Bientôt là rivière ofiFrit la scène la plus animée; elle poriait nombre de bateani: que les batelieis et les pêcheurs venaient dfe retirer de leurs^ cachettes ou du fonds de Feau. Les habitans des deux parties de la ville se saluaient avec joie. On s'occupa de suite à rétablir la communication entre les deux rives. On jeta au-dessus de la ville un pont; de radeaux, qui fut achevé dès le 28. Quelques jours après, on acheva un deuxième pont à une demilieue au-dessou3 de la ville. Un autre poni de madriers, que l'on construisit pour remplacer l'arche rompue , demanda plus de temps j il ne fiit* achevé que le 7 du mois suivant. Les bateliers étaient enchantés de ce retard , qui leur rdpporiait considérablement j car il n'était permis de passer sur le pont de radeaux, destiné proprement au service de l'armée, qu'à ceux des bourgeois qui s'étaient pourvus d'une carte, munie du cachet du colonel Brendel (1). :. . .-- * ^

Dès que le pont de radeaux fiit achevé , la divi-

(i) Ce cachet était la copie d'une carlcatarèbontre Bonaparte.

sion du général de Winzengerode , 4ont rarlillerîe était restée pendant quelques jours sur la rive droite , passa l'Elbe. Une partie de la cavalerie de cette division se mit en route les deux derniers

. jours de mars, et marcha par Meissen pour se rendre sur la Mulde. Le général lui-même se rendit dans

, la Yille vieille avec son état-major , et la Ville nçuve reista abanc^nnée au quartier-général prussien. L'armée prussienne y sous les ordres de Blû* cher, (qui avait été cantonnée dans les villages le long de la route de Bautzen, et dans les environs de Kœnîgsbruck 9 ne tarda pas de. joindre l'armée russe* Le maréchal Blûcfaer arriva à Dresde de sa pei'sonne le même jour que les princes Guillaume^ Auguste et Frédéric de Prusse, et le prince Charles de . Mecklenbourg-Strélitz. Lb |).rince royal' de Prussorarriva le lendemain4 Uae grande partie de l'armée alliée marcha en avant^ sur la route de Freiberg. Le quarùer-géjaéral prussieû se mit en route le 5 avril, pour se rendre daos cette dernière ville. Il resta à Dresde un commandant de place russe»

Jusqu'au i6 avril j plusieurs divisions de troupes prus^ennes passèrent l'£ibe : les plus beaux de ces corps sont la garde à pied , les grenadiers de la Prusse orientale j et plusieurs régimens de cavalerie magnifiques. Les chasseurs de la garde donnaient une idée des sacrifices qu'avall fait la Prusse, et de l'esprit qu'on avait inspiré à toutes les classes de

EN SAXE^ i8i3. g5

ses habîtansl Près de mille jeunes gens, au nombre desquels on voyait les fils des meilleures familles , marchaient avec ardeur au combat, où^ si l'on en excepte quelques centaines, tous ont trouvé la mort. Les divisions des volontaires, vêtus de noir, étaient encore plus nombreuses ; différentes provinces avaient concouru à les former ; la plupart de ces jeunes gens venaient de quitter les paisibles auditoires des collèges et des universités; plusieurs sa vans distingués, tels que MM. Steffens et Jahn se trouvaient au nombre des officiers, et sur le champ de l'honneur. Us entendaient le commandement de la bouche dont ils lavaient recueilli l'instruction sur les bancs de l'école. Ces volontaires brûlaient de se. battre; mais ils ne pàraissÈiient pas encore habitués à une discipline sévère, et plusieurs d'entre eux étaient dans un âge si tendre, qu'on ne pouvait pas espérier qu'ils résistassent aux fatigues de la guerre. Le nombre des jeunes gensqui, éleotriséspar les circonstances, suivaient l'armée depuis la Silésiè , mais dont les forces ne répondaient pas à l'enthousiasme, étËiit, je pense, assez considérable. C'est ainsi que l'on vit, k Dresde, un garçon d© dix ans qui suppliait les officiers ^ les larmes aux yeux, de le recevoir au nombre des volontaires, et de lui donner une caisse ,- s'ils ne voulaient pas lui confier un fusil; tout le monde le reiivôyait, parce qu'il n'était pas même assez fort pour faire le ser-^ vice de tambour; mais il revenait toûjdufô à la.

c barge. Un autre enfant ^ qui s'était échappé de Breslau , fut réclamé , par ses parens y dans les journaux.

Les passages continuels^ qui recommencèrent par les mouvemens des armées combinées russes et prusbiennes , grevèrent tellement les propriétaires, que, pour la première fois, Ton eut recours, à Dresde, à la mesure, en elle-même très-équitable, de faire contribuer les locataires à l'entretien des soldats étrangers : cette mesure fut mise en vigueur dès l'arrivée de la première division. Le premier soulagement procuré aux propriétaires, consistait dans l'obligation imposée aux locataires de leur payer une indemnité extraordinaire pour les aider k subvenir aux frais occasionnés par les logemens militaires, depuis le lo jusqu'au ao mars. Deux jours plus tard parut une ordonnance provisoire, qui autorisait les propriétaires à envoyer chez leurs locataires une partie des soldats , dans le cas où on leur en enverrait un nombre excédant de plus de moitié le taux ordinaire fixé pour leur maison. Quelques mois après, cette ordonnance fut anmillée par une autre , restée constamment en vigueur , et qui porte que « le nombre excédant le 3> taux ordinaire sera à la charge commune de tous D les babitans delà maison, y compris le proprié* }» taire, et que le nombre excédant. 1q triple du y> taux ordinaire , ainsi que le nombre conforme 9 à ce taux y seraient à la charge du propriétaire

EN SAXE, l8l5. 95

)) seul (1). » La répartition des soldats à loger chez les locataires fut faite selon la proportion du loyer qu'ils payaient; cette échelle peut facilement donner lieu à une répartition peu conforme à la fortune des habitans, et y a donné lieu plus d'une fois. Les interprêtes, quoique l'on interpeliât comme tels toutes les personnes qui savaient quelques mots de russe, ou seulement de polonais, ne purent pas prévenir tous les incônvéniens qui naquirent de la diiBculté de s'entendre réciproquement , et les nombreux vocabulaires, que fournirent les presses de Leipsicket de Berlin, ne furent que d'un faible recours.

Immédiatement après l'arrivée du général en chef prussien, on répandit à Dresde deux proclamations , datées, l'une et l'autre, de Breslau, le

(1) Supplément XII , XIII et XIV. Chaque maison est taxée conformément au rôle dit du service. D^ns la ville , le propriétaire est obligé de payer 12 groshéii par ehaque millier de thdlërs de la valeur de sa maison ^ dans les faubourgs y le taux analogue est de 18 gr. Moyennant oéttQ rétribution, lés bourgeois sont^ eu temps de paix, dispensés dp; tout logement militaire,, , et en, teinps d» guerre , ils ne doivent aux soldats logés chez eux que le Côirven. Damlig' cajrde'passage detifoitpëiB étrangères ^ l^ propriétaire dans la ville est obligé de loger un bomma par millier de tbalers, et dans les faubourgs , un h omm» par 800 thalers. : .

s3 mars, et signées Blûcher (1). La première, qui porte en tête : Aux habitans de la Saxe y exhorte les Saxons à se réunir aux Prussiens, « à lever l'éten- » dard de l'insurrection contre l'oppresseur étrany> ger , et à être libres. r> Elle leur promet ce d'ad- D ministrer au nom du roi de Saxe , qui se trouve 7) au pouvoir d'un étranger, et qui n'est point à » même de prendre une détermination libre y le» y> provinces que la fortune, la supériorité des )> armes prussiennes , et la valeur de ses guerriers y> pouvaient soumettre à la Prusse. Elle demande y> que les Saxons satisfassent aux besoins modérés y) du soldat , et garantit la discipline la plus sévère. i> La seconde proclamation, adressée aux troupes sous ses ordres (2) , exhorte les guerriers prussiens (C à traiter les Saxons avec douceur, à les )) considérer comme devant être bientôt leurs )) alliés. » On y espère que les habitans de la Saxe satisferont les désirs modérés des Prussiens , d'après des dispositions sagement combinées.

Les besoins et les désira des PrusMcns furent exprimés d'une manière plus précise dans. les négociations que le général en chef entama avec la commission immédiate ; mais les prétentions étaient

(i) Suppl. XV.

(2) Suppl, XVL

EN SAXE 9 l8l3. 97

telles 9 que la commission exposa qu'il était extrêmement difficile, ,pour ne pas dire absolument impossible 9 de satisfaire à de telles demandes^ dans un pays épuisé par toutes les charges de la guerre, et en majeure partie occupé par les puissances belligérantes (i). Le général Blûchet* déclare, dans sa lettre d la commission immédiate^ que les sacrifices que l'on demande aux Saxons sont infiniment au-dessous de ceux que ses concitoyens font avec joie pour recouvrer l'indépendance; qu'il n'a pas l'intention d'exiger que l'on subvienne gratuitement aux besoins de son armée; qu'il se flatte de l'espoir que dans un traité à conclure entre les deux États voisins, on ne tardera pas à fixer l'indemni^tion. Il déclare que l'on surseoira aux fournitures qui ne sont pas absolument indispensables dans le moment, jusqu'à ce que le roi de Prusse ait prononcé; mais que rabattre la moindre chose sur aucun des articles d'une nécessité urgente, ce serait manquer aux devoirs qu'impose à un général la nécessité d'entretenir son armée. Enfin, il reproche à la commission qu'il règne dans les mémoires qu'elle lui présente^ un ton peu convenable; qu'elle a commencé à manifester, dans les négociations, une aigreur qu'il ne permettra point aux autorités par

^mi^m^^fm

(i) guppl. XVÎI,

gg CAMPAGNE

lui conslîlnées. Celte lellre fut imprimée dans le journal de Dresde ( dit feuille hebdomadaire ) , malgré les représentations des commissaires ; Ton établit devant l'imprimerie un poste prussien qui y resta jusqu'à ce que la feuille fut imprimée et distribuée.

Il n'était pas difficile à l'observateur impartial de remarquer que ces démarches du général , la perspective de voir établir une administration étrangère , et la prochaine occupation du cercle de Cottbus y qui était déjà annoncée, produisaient généralement un très-mauvais effet en Saxe (i). On prétend que les Russes eux-mêmes étaient peu satbfaits de plusieurs de ces démarches , ainsi que du ton qui régnait dans quelques proclamations; et si l'on fait attention qu'Us avaient un point de vue tout difiRérent de celui des Prussiens, on n'aura pas beaucoup de peine à le croire.

On dit qu'ils furent également mécontens d'une j4 dresse au peuple saxon (2), insérée dans la gazette de Leipsick, sous l'influence du gouvernement prussien, dans laquelle il est dit : ce Nous ne » suspendrons pas l'épée dans les forets de chêne » de la pairie rendue à la liberté, jusqu'au mo- » ment où nous verrons les montagnes du Rhin ék

(i) Suppl. x\aii.

(2) N^ -jn, 12 avril 1818. Suppl. XIX.

EN SAXE) i8i5. 99

7> les bannières germaniques flotter sur le territoire » de la France; » expressions par lesquelles on indiquait- dès -lors quelles étaient les frontières légitimes que l'on assignait à la France. D'après V Ap^ pel de Kutusof aux Allemands (j) ^ les Russes ne voulaient cependant rien entreprendre d'hostile contre le sol français.

Parmi toutes les adresses, tous les appels (a) qui, depuis ce moment y parurent ^ accompagnés de chants guerriers et de pamphlets , sous lesquels on fit gémir toutes les presses, et que l'Oder et la Sprée envoyaient à l'Elbe , pour exciter les Saxons à prendre les armes , il n'y en a pas de plus remarquables que les deux signées Wittgenstein. La première , qui parut à Berlin le 25 mars, laisse aux Saxons le choix entre le baiser fraternel et la pointe de l'épée , et les appelle dans les rangs prussiMs; l'autre , que M. de Wittgenstein publia le 5o VV k Belzig , au moment oh il mit le pied sur le territoire saxon, fait dépendre le sort de la couronne du choix du peuple.

. La contenance du peuple saxop, dans ces con-

(i) Suppl. XX.

(2) On les trouve, ainsi que plusieurs autres pièces curieuses , dans la brochure intitulée ; Collection de toutes les pièces officiellement publiées pendant la guerre de i8i3f 1—4 cahiers. A Dresde , chez Arnold, lSi3,

(3) Suppl. XXI.

lOO CAMPAGNE

jonctures critiques, ne paraissait nullement indifférente, ni pour la Saiie elle-même , ni pour d'autres pays, sur lesquels son exemple pouvait influer. Quoique l'on employât tous les moyens imaginables pour déterminer les Saxons^ on soutenait que toutes les tentatives pour engager cette nation à prendre un parti seraient Vaines, tant que le roi n'aurait pas rétracté sa première déclaration , dans laquelle il manifeste des sentimens bien différons de ceux que Ton eût désiré voir au peuple. L'on pouvait supposer, avec quelque raison, que la nation tout entière partageait la manière de voir de son souverain, sans que pour cela elle cessât de prendre part aux grauds intérêts de l'Allemagne. Les Russes et les Prussiens répondaient à cela, que le roi ne tarderait pas à s'expliquer diflE^remment; que l'on ne pouvait pas douter ua ii|||^ent qu'il n'eût l'intention de se joindre aux alliés. En eflTet , plusieurs des mesures que l'on prenait étaient de nature à tromper l'œil d'un observateur superficiel, et à lui faire croire qu'il exis-^ tait des négociations dont l'issue n'était plus douteuse. Ainsi, dès les premiers jours de l'arrivée des Russes et des Prussiens à Dresde, on y publia (i), qu'en conséquence d'un ordre du jour du a avril, commun aux deux armées, il était

(i) Suppl. XXII.

(2) Suppl. XXIII.

EN SAXE; l8l5. loi

^npintaux troupes alliées, au cas qu'elles rencontrassent des Saxonst^ de ne point tirer sur eux, mais de les accueillir au contraire par toutes sortes de prévenances. Mais pendant qtie , d'un côté , l'on s'efforçait d'attirer à soi la nation, on se permettait , de l'autre, des inconséquence qui la repoussaient : la feuille hebdomadaire de M. de Kotzbûe révolta s8igulièrement , par les outrages qu'elle contenait contre le roi; aussi paraît-il que c'est sur des avis qu'il reçut de la part d'autorités supérieures, qu'il fit une espèce de rétractation de son article. De temps à autre^ on répandait que sous peu le roi retournerait dans sa capitale; et ces bruits, quelques singuliers qu'ils dussent paraître, s'accréditaient. Lorsque le souverain quitta ses États et s'établit à Ratisbonne (le 3o mars) , son retour à Dresde devint plus invraisemblable : cela n'empêcha pas que, peu d'instans avant l'arrivée du roi de Prusse et de l'empereur de Russie , on ne gratifiât le roi de Saxe du rôle d'introducteur de ces deux souverains. Enfin, lorsque l'on sut que le roi de Saxe s'était rendu le 27 avril à Prague, les conjectures ' prirent une autre direction.

Le jour même de la publication de l'orAnnance dont j'ai parlé plus haut, en faveur des soldats saxons, on convint de publier une adresse du colonel russe, M. de Heydecken (1), comman-

»•• I ■ 'I '"Il ■ ■ I ■■■■ — — »— — .i^'M—IM I II ■■ ■

(i) Suppl. XXIV. •

dant de Dresde ^ portant en substance : qu'en conséquence d^^décisions supérieures, toute communication était interrompue avec les pays que n'occupaient pas les armées alliées, et avec les pays neutres; que tout homme qui établirait ou continuerait des liaisons avec ces pays , serait traduit devant un conseil militaire, comme ayant enfreint les ordres de l'armée alliée. Cette ordonnance était déjà insérée dans le journal, dit feuille hebdomadaire^ et allait être affichée, lorsqu'on la feappiima et qu'on en saisit tous les exemplaires. On n'en mit cependant pas moins d'empressement à empêcher toutes les communications que défendait cette ordonnance, et l'on résolut que toutes les lettres , tant celles qui partaient de Dresde que celles qui y arriveraient , passeraient un examen. Un employé russe, que l'on logea dans l'hôtel des postes, fut chargé de l'inspection de la correspondance (i). Quoique l'on eût quelques ména^* gemens, surtout pour le commerce, cette mesure dérangea celles que les négocians avaient à prendre relativement à la foire de Leipsick , à laquelle les alliés avaient expressément promis de ne mettre aucune espèce d'empêchement.

Quoique les alliés nnssent à profit les ressources

(i) C'est ce qui donna lieu à la publication. Supplément XXV.

EN SAXE, i8i3. io5

du pays, en lé frappant de réquisitions considérables pour subvenir aux besoins deikirmée, l'ad» ministiation que l'on avait annoncée lardait toujours à s'organiser. M. de Stein , que M. de Kutusof avait désigné , dans sa dernière adresse (i), comme un fonctionnaire chargé de maintenir de l'ensemble dans la direction des affaires du pays 5 était arrivé à Dresde en qualité de président du conseil d'administration des puissances alliées , et l'établissement de l'administration était toujours différé. Les conseillers d'état, MM. de Shœne et de Rhediger, avaient été adjoints à M. de Stein, et M. le professeur Arndf de Greifswalde , qui l'accompagnait , continua d'agir à Dresde en conséquence des principes qu'il avait professé dans sa brochure sur la garde nationale active et sur la levée en niasse ( landwehr und landsturm ). La mission spéciale de ce conseil , en conséquence de laquelle il devait s'entendre avec les différens gouvernemens sur tout ce qui se rattachait à la police, aux finaùcesjjà la levée en masse (volksbéwaffnung), ainsi qu'à la sûreté, à l'entretien et au recrutement de l'armée, ne pouvait que gêoer les opérations de la commission immédiate de la Saxe. Il est vrai qu'alors on parlait en termes plus pi'écls de l'établissement d'une administration pour

(i) Suppl, XXVI.

la Saxe, de l'organisalion d'une levëe en masse ( volksbewafnung); mais Ton voulait, à ce qu'il paraît , attendre l'espèce de négociation commencée avanr d'en venir à des mesures décisives. Des ëvénemens inattendus avaient ausâ déjoué bien des projeis, et le plan que l'on s'était formé demeura sans exécution / l'on en resta aux préparatifs, et l'on se contenta de lever sur le pays des sommes considérables.

Afin de profiter de l'ardeur belliqueuse que des adresses et des appels sans nombre avaient allumé dans le cœur des jeunes gens, on établit à Dresde une espèce de bureau de recrutement , à la tête duquel on mit le capitaine de cavalerie prussien , baron de Burstini. Au moment de son arrivée dans la capitale de la Saxe , cet officier fit publier uue invitation de se joii^dre aux guer^ riers armés pour la cause sacrée^ qui , tant infanterie que cavalerie , pouvaient être évalués alors à i4oo hommes, et de contribuer à V armement es à V équipement des volontaires peu fortunés. La ville de Bischofsw^erda (i) concourut à soutenir la bonne cause ; et l'on prétend , non sans quelque vraisemblance, que cette démarche lui attira les malheurs qu'elle éprouva quelque temps après.

(ï)Suppi. xxvni,

EN SAXE, l8l3. lo5

El les proclamations que l'on venait de lire, et l'état de l'armée française, composée seulementde divisions peu nombreuses qui avaient passé le Rhin , pouvaient faire présumer que l'armée combinée des Russes et des Prussiens ferait une guerre offensive j que cette armée se porterait rapidement dans la Thuringe ou dans la Franconie: il en fut tout autrement ; cette armée y dans la prejnlère quinzaine d'avril , prit lentement sa route cuire Rochlitz , Altembourg et Chemnitz: la seconde armée russe, sous les ordres du général Miloradowitsh, avança avec tout aussi peu de promptitude par la haute Lusace. Une forte division de Cosaques, qui arriva à Dresde le 1 5 avril, pour y séjourner deux jours, ouvrit de nouveau la marche. Le lendemain, la première division de l'armée , composée tant d'infanterie que de cava - Jerie, entra dans cette ville; des nuées de Calmucks en faisaient partie. La veille de Pâques, une longue file de fourgons, de voitures de cantiniers, et de charettes vides, conduite^ par des paysans russes, retraçaient aux spectateurs l'image d'une armée asiatique : la nuit était tombée , et l'œil ne découvrait point encore la *fin de cette marche. La queue de celte armée était formée par quelques divisions d'excellente cavalerie , cooiprenant quelques pulks de Cosaques du Don , et de Cosaques de l'Ukraiue,^ couverts de manteaux de frise cendrée, coiffés do

lo6 CAMPAGNE

bonnets de feutre de la même couleur, ornes d'une croix en métal, et par une nombreuse artillerie. Le 20 5 il ai riva encore une division d'infanterie. Les journaux prussiens ont porté cette armée à 10,000 hommes ; je crois qu'elle n'était guère plus nombreuse. Je fus frappe de la nombreuse cavalerie qui faisait partie de celle-ci comme de la première, et qui me parut en disproportion avec l'infanterie. Le corps franc de Lutgow, ainsi que le régiment, fort de près de 2,coo hommes^ formés de prisonniers de guerre russes que le "roi de Prusse avait équipés et armés à nouveaux frais, y étaient incorporés. L'infanterie légère, qui était restée cantonnée dans la Moldavie et dans la Valachie, offrait un aspect plus sauvage que les Russes que l'on avait vus jusque-là à Dresde. Ces hommes, diQîcilcs à satisfaire, étaient des hôtes incommodes pour les bourgeois , et plus incommodes encore pour le paysan, qui a bien plus de peine que l'habitant des villes à trouver auprès des autorités un refuge contre les vexations. L'image bigarrée d'un saint russe pldcé dans un coin de la cliambre, du côté de l'orient, qui avait servi souvent à adoucir l'humeur un peu farouche des autres russes , ne produisait pas toujours son cBet sur les nouveaux venus. Ceux qui ont vu ces hommes grossiers alarmer la pudeur dans les rues de la capitale , ne trouveront pas invraisemblable

EN SAXE, l8l3. .;Ï07

que, comme on le dit, dans les villages les jeunes tilles chcrcliasscm jusque dans les tuyaux des cheminées ud asile contre leur brutalité. Dés-lors l'on recevait les nouvelles les plus aiQigeantes, de la Lusace et du cercle de Misuie, que ces Iroupcs avaient' traversées. Quoique dans les contrées, fçs plus pauvres de la Lusace on eût lait des arrangemeos, en conséquence desquels les paysans rece- Taieni des avances sur les indemnités à liquider, il arrivait souvent que les troupes trouvaient les villages déserts, parce que les habitans s'étaient sauvés dans les bois, avec leurs cnfans, leurs bastiaux et leurs effets. Le knout et la baguette faisaient souvent justice des excès commis par les soldais ; mais on n'avait guère à se louer que partiellement de la discipline des Russes , tandis que la conduite, des Prussiens ne se déinenlit jamais j aussi, tant bourgeois que paysans, la vantaient'ils d'un commun accord.

Au milieu de ce désordre, qui allait toujours en augmentant, cet air de propreté qui caractérise Dresde, avait disparu depuis long-temps; la dernière trace s'en effaça lorsque les Cosaques et les Calmuks établirent leurs bivouacs dans les rues de la ville et des faubourgs, et que les vesiibulies des maisons devinrent des écuries.

EnGii, vers le 21 avril , l'arrtère-gardc du gépéral Miloradovriiscb vint joindre sa diviùoD. La

Mtft^' lie murdim uniMsans coolredit en partie ^ In lUttiuAu ib iui'e moaraîr des nnasses si confciJrpalite: i\ ^s^rAt cependant que ceux qui en f Jief'diifr k «iatee dan» le défaut d'accord entre !•? Aivc>.^ ae se sont pas entièrement trompés. Venaaxr rpie hs Prussiens marchaient au combat ^rr^ esitiiotisiasme, et voyaient déjà leurs aigles ■TTîarietnt planer sur les rives de là Saale , où î» devaient se venger de tant d'outrages ^ et prendre leurs essor vers les bords du Rhin , fécondî* en glorieux souvenirs, leurs alliés paraissaient ne franchir l'Elbe qu'à regret; souvent on entendait dire , même à ceux qui étaient Pâme de Farmcc, que ce n'était plus pour leur cause qu^Us combattaient, puisque leur sûreté n'était plus menacée par les armes françaises ; qu'ils ne tiraient l'épée que pour la querelle de TAUemagne j que c'était maintenant aux Allemands à se rendre d^es do leur assistance.

La nouvelle dos combats qui, dans la Thuringe, avaient préludé à la grande lultc qui sV préparaît, était déjà répandue, lorsqtic Fcmpcreur de Russie ^H le roi de Prusse arrivèrent à Dresde avec lenr îi^rvlo: Pempereur était arrivé le 20 avril à Gœr- Kti ; le même jour il avait transféré son quartieri;t:iHTal à Mcngelsdorf , près Reichenbach , cl après a>oir visité la socUUé des frères (Brudcrgeraeinde) à lUruhut, il avait coimnué, le aa, sa route par

EN SA3ÇE, l8l5. 109

Baulzen et Radeberg, où il passa la dernière nuit avant de se rendre à Dresde. Le roi de Prusse était parti de Gœrlitz le 25, et s'était rendu le même jour à l'auberge du Cerf-Blanc, à deux lieues de Dresde, où il coucha.

Le lendemain, avant le jour, la marche fut ouverte par une longue file de fourgons attelés d'uu nombre superflu de chevaux, et à côté desquels l'on voyait de gros chiens, dont les têtes pointues et les longues queues attestaient qu'ils étaient originaires du Kamtshatka. Les spectateurs se pressaient en foule sur la grande route de Bautzen , où la garde russe bordait la haie depuis la pointe du jour, et amusait les cuneux par une musique guerrière. L'empereur et le roi se joignirent sur la grande route , non loin de la ville ; et lorsqu'ils se furent salués en se touchant ta main, ils montèrent à cheval et se mirent, chacun à la tête de sa garde, à la porte de la ville où l'on avait érigé deux colonnes unies par des festons de fleurs. Les souverains furent reçus par les membres de la municipalité, et par les ecclésiastiques des trois confessions. Des demoiselles vêtues de blanc, portant des corbeilles de fleurs, formaient une double haie, et après que deux d'entre elles eurent présenté des vers aux monarques, toutes répandirent des fleurs sur leur passage. Alexandre et Frédéric répondirent, par des salutations gracieuses, aux acclama-

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lions de la multitude ^ et s'avancèrent lentement, avec leur suite nombreuse, au son des cloches , dans la haie bordée par la garde nationale. Qui eût imaginé dans ce moment, où l'élite des troupes du nord semblait , sur un chemin jonché de fleurs, faire une entrée triomphale, que quinze jours plus tard le son des mêmes cloches annoncerait, à la même heure, une entrée bien différente. La marche était formée par 23 bataillons choisis de la garde russe , deux bataillons d'infanterie prussienne , et 60 pièces de canon. En tout il y avait à peu près 1 6,000 hommes. Le roi de Prusse suivit l'empereur dans la Ville vieille, où les deux souverains firent défiler les troupes sur une place avant de se retirer dans les hôtels qui leur étaient destinés^ La Ville vieille et ses environs étaient remplis de troupes russes; la Ville neuve, où se trouvait l'hôtel habité par le roi, fut occupé par la garde prussienne. Le soir, l'une et l'autre partie de la ville furent illuminées. L'une des inscriptions était : délivre-nous du mal ^ et oe vœu fut exprimé de plus d'une manière. ^

Le lendemain , les Russes célébrèrent la pâque. Dès la pointe du jour, les soldats parurent dans la tenue la plus soignée , et l'on voyait surtout les Cosaques, plus religieux observateurs des lites de leur pays que tous les autres, acheter des œu& pour, eu faire cadeau à leurs camarades , ou du

EN SAXE, l8l5. 111

lait pour préparer le pascha^ ou repas de Pâques. Partout dans les rues on voyait les Piusses, sans distinction de rang, s'aborder par le salut, Christ e^t ressuscilé ( Cliristos ^voskres ) , auquel suivait la réponse, oui en vérité <, il est ressuscité (istinnoe woskres); l'élégant officier saluait ainsi le cosaque barbu j couvert d'un manteau de IVise. L'empereur lui-même ne dérogea point à cet usa{;e de son pays, et ayant,' après minuit, assisté à la messe solennelle de Pâques, dans la chapelle grecque établie dans une salle de l'hôtel de Briïhl , qu'il habitait^ il adressa cette pieuse salutation à chacun des officiers présens, La féto du matin de Pâques fut célébrée par les popes de plusieurs régimens russes^ dans une autre chapelle éutblle dans le château du prince Maxiaûlien. On dit que ' la pâque fut célébrée également dans d'autres vilFes de la Saxe, où se trouvaient des troupes russes; mais nulle pari cette fête ne fut plus remarquable qu'à Grossenhain, où, sur la demande du commandant russe, on y procéda dans une église protestante. L'un des ecclésiastiques du lieu qui la dirigea, sut la rendre aussi édifiante pour ses paroissiens (i) que pour l'es étrangers.

A Dresde, l'éclat de cette solennité fut relevée encore par la brillante parade où les deux souverains parurent à pied. On y remarqua quelques

(i) Suppl. XXIX.

lift CAMPAGNE

généraux et autres officiers supérieurs anglais, qui se trouvaient dans la suite de l'einpereur Alexandre; mais ce qui dut frapper encore davantage les habitans de la capitale, ce fût de voir, au milieu des officiers russes, le général Thielmann , commandant de la place de Torçau, qui venait d'être présenté à l'empereur. A midi, Alexandre et Frédéric Guillaume montèrent à cheval pour se rendre audevant de la cavalerie russe , à la têie de laquelle le grand duc Constantin , qui la veille était arrivé à Pillnitz , fit son entrée à Dresde. Cette cavalerie se composait d'à peu près 7,000 hommes d'élite ; elle menait avec elle 20 pièces de canon. Le même jour on vit arriver le bataillon de la Saxe ducale ^ formé des troupes de Weimar, de Gotha et *dé Hildburghausen, qui s'étaient rendues aux PitiS"^ siens, en Thuringe, et auxquelles on avait restitué^ à Altenbourg, ses armes et son artillerie. Ce bataillon défila , tambour battant , devant l'hôtel oôcupé par le roi de Prusse, et fut passé en revue par les deux monarques ; le lendemain il se mit en marche pour la Silésie, ta afin , disent les rapports prussiens , (C de combattre conjointement avec les autres Allemands pour ]^ cause conimune de l'Allemagne, et de contribuer de ses efforts pour délivrer son souverain d'une honteuse oppression. » Les jours suivans, jusqu'au a8 avril, plusieurs régimens russes, entre autres, de superbes cuirassiers, et une nombreuse artillene.

EN SAXE, l8l3. ^l3

passèrent l'Elbe, et se portèrent de suite en avant, sur la route de Nossen ; ces troupes formaient la queue' de l'armée russe, qui pouvait être forte d'à peu près 5o,ooo hommes.

Les deux monarques vivaient très-sîmplement ^ et se faisaient remarquer par la plus aimable afiabilité. L'un et l'autre [Wfaissaient en public san3 aucun appareil de grandeur. Alexandre semblait surtout se complaire au milieu de la foule empressée des curieux qui l'environnaient à chaque pas, au point qu'ils ne lui ouvraient le chemin que lorsque du geste et de la voix il avait réitéré la prière de le laisser passer. Au premier instant de son séjour à Dresde, on avait fermé au public le jardin du palais de Brùhl , dont les pelouses ombragées sont le rendez-vous habituel des enfans conduits par leurs bonnes. A peine l'empereur, qui, d'un pavillon du jardin que l'on avait arrangé pour son usage, jouissait souvent de la vue des bords rians de l'Elbe, fut-il instruit de celte privation imposée au public , qu'il ordonna d'ouvrir ce jardin à tout 1^ monde , et il paraissait s'amuser de la bruyante gaîté des enfans. La foule se pressait sans cesse autour du palais , et les curieux pénétraient jusqu'à l'escalier principal, qui, dans le moment où l'on pouvait attendre l'empereur , était bordé d'une double haie de dames élégamment parées. Le roi de Prusse aussi fit rouvrir de ftuite le jardin royal attenant au palais de Rack-

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nilz, qu'il habitait, lorsqu'il apprit qu'à i^isor* de sa présence on avait fermé aux lial>itans celte promenade publique^ sur laquelle donnaient ses croisées. On l'y a vu souvent se promener au milieu delà foule, un livre à la main, ou causant avec ses officiers. Le petit jardin même, qui se trouve directement deri ière le palais , resta toujours ouvert. Lorsque le 29, l'empereur dîna chez le roi, non seulement on n'empêcha pas les curieux d'approcher , mais on plaça même des bancs pour leur commodité.

Déjà cependant l'on était instruit que les armées françaises débouchaient par les défilés de la Thuringe; et lorsque , le 28, l'empereur fut de retour de Tœplilz , d'une courte visite qu'il avait faite h sa sœur , la duchesse héréditaire de Saxe Weimar, ou fit les préparatifs de son départ. Dans la même journée, la plus grande partie de la garde russe s'était *i|ïise en marche. Le 2g, à minuit, l'empereur lui-même partit, et prit sa route par Nossen et Altenbourg. Le lendemain ,• à huit heures du matin, le roi de Prusse le suivit.' Une partie de la garde, tant russe que prussienne, resta à Dresde; il y avait toujours des factionnaires à la porte des palais que les monarques avaient habité , et Ton disait qu'ils allaient être de retour dans peu de jours. Les habitans de Dresde attendaient avec inquiétude l'issue de la lutte qui se préparait sous leurs yeux.

EN SAXE , l8l5. Il5

SECrtON II.

Les travaux dont les alliés s'occupaient sur l'Elbe, depuis le commencement d'avril , ne pouvaient pas faire craindre une résistance opiniâtre dans le cas d'une retraite , car ils n'avaient pour but que d'empêcher le passage du fleuve. L'on avait mnnl le pont de bateaux, établi au-dessus de Dresde, non loin de Blasewitz , d'une tête de pont composée de six redoutes sur la rive gauche , qui se couvraient réciproquement. Sur les hauteurs près de Meissen, et sur la rive gauche du fleuve, on avait établi également trois retranchemens munis d« Blockhaus. Quel que fût le résultat des efforts réunis des alliés, les habitans de la capitale devaient s'attendre à supporter toutes les charges qui sont le partage d'une ville placée sur une route militaire , aussi long-temps que la victoire n'aurait pas conduit les armées combinées sur les frontières du midi de l'Allemagne.

Déjà les bruits publics annonçaient l'arrivée de nouvelles troupes russes destinées à former une arrière-garde sur l'Elbe ; et aussitôt après le départ du quartier-général, on avait fait tous les préparatifs pour recevoir des malades et des blessés , et les locataires comme les propriétaires, étaient astreints à des fournitures pour cet objet.

Le 3 mai, le bruit d'une victoire complète remportée par les Prussiens, dans la plaine entre Weissenfels et Naumbourg, vint faire diversion un

6X1 CAMl»AGNïr

moment aux inquiétudes vagues auxquelles on était en proie. Le bruit se soutint pendant toute la journée , sans que cependant la nouvelle acquît de la con- * sistance par des détails ultérieurs. Le rapport d'un voyageur, qui annonça que le a mai les Français avaient été à Leipsick , fit naître de nouvelle alarmes , qui ne furent pas entièrement calmées par le récit d'un officier russe ^ parti du quartier-général le I *^ mai , et assurant que l'empereur avait annoncé à ses troupes la victoire des Prussiens. Le lendemain matin, une affiche annonça aux babitans qu'il était arrivé la nouvelle officielle d'une bataille sanglante livrée le a mai entre Leipsick et Weissenfelsj dans laquelle les alliés étaient restés maîtres du terrain j quelques heures plus tard on placarda une lettre d'un officier du corps de Blûcher , qui cependant ne donnait pas de renseignemens satisfaisans : peu après on afficha, sous la lettre de l'officier, la nouvelle que le 3 mai, les Français avaient de nouveau quitté Leipsick. Vers midi les bagages des princes Prussiens rentrèrent dans Dresde , et quelques heures après ou vit reparaître le roi de Prusse lui-même ; il fut suivi par beaucoup de voilures de blessés et par des détachemens isolés, entre autres, de volontaires prussiens qui avaient versé leur sang à l'importante affaire de Lulzen. On fit une nouvelle réfîiaisition d'objets nécessaires à l'établissement d'un hôpital pdur les çfficiers, ei l'on en pressa beaucoup les fournitures.

BN SAXE) l8l5. 111^

Le bruît du gain de la bataille se soutenait toujours ^ mais l'on ajoutait que les alliés, et surtout les Prussiens , avaient payé cbér la victoire. A la nuit tombante ^ l'empereur de Russie arriva également, et se rendit de suite auprès du roi ; sa sérénité, et quelques paroles encourageantes qu'il avUt^ disait-on , adressées à la foule qui se pressait autour de sa voiture, paraissaient confirmer les bonnes nouvelles ; plusieurs habitans donnét'cnt , à la clarté des flambeaux, une sérénade aux deux souverains, et saluèrent les vainqueurs par des cris de joie mille fois répétés»

Lorsque cependant la nuit On vit > passer sur la^

jrîve^roite deÀ files entières de voitures chargées

< de blessés ^ ainsi que de bagages , les inquiétudes

reprirent le dessus , quoique l'on tâchât de les di*

* n^nuer, enassuiiant que l'empereur, avant la ba«

taille, avait donné l'ordre de faire passer sur l^autre . rive tous les bagages superflus, pour prévenir des

consommations inutiles sur la rive gauche, et rendra

plus libres les mouvemens de l'armée»

Le 5 mai, l'on avait placé à la vérité quelques

|)ièces de canon non loin du pont, pour célé*

brer y disait -on, la victoire, par ded salves d'ar*

tillerie , et l'on avait distribué des cartes d'entrée

pour une cérémonie religieuse dans la chapelle

russe \ mais la solennité n'eut point lieu , et ce

fut en vain que l'on attendit un rapport oiBciel

«ur les événemens militaires. Les hôpitaux se rem^*

Il8 / CAMPAGNE

remplirent 5 quoique l'on n'y admit que les soldais ' grièvement blessés ;'ooux qui n'avaient que de légères blessures éMAÎent diiîgés ailleurs, ou logés chez le bourgeois. Pendant trois jours, l'o» vit presque sans iuterruptioa transporter les malheureuses victiines de la guerre : le plus con»dérable de. ces transports arriva le 5; l'empereur l'ayant rencontré ^ s'arrêta plusieurs fois pour parler à des blessés > et ja part qu'il témoignait prendre à leurs souffrances semblait les alléger. C'était un spectaçle affligeant que celui des blessés prussiens, qui, depuis le jour de la bataille, n'avaient pas joui d'un i):Xoment de repos. Ici l'on voyait a» brave guerrier, oubliant ses souffrances, déplorel^lamort d'un çarUarade ; là un autre , sàns,soDger à ses blessures ^ accusait le sort d'avoir i^Iu6ë> la» victoire à la valeur; il ne s'en trouvait jlas; un iqui ne (ùt .disposé à verser la dernière goutte '.du- shng qiii lui restait. JLe coup n'a point porté au 'icoetot'y'^cïtÏMent plusieurs des blessés, et couveits énôcltè de bandages^

ils retournaient à leurs rangs. '

r Le 6 mai parut à lâ^dis nU Wp^>ort prélimî-. fiaire prussien sur labatàiliiî de Gros-*Gœrschen , et mie relation écrite eti frahçaii , faite p^r Ifes Russes , dn date dû 3, sur lé champ de bataille même. Il en résultait que les alliés, quoiqu'ils eussent remporté des avantafjes , avaient été forcés, par les mouvenJnens de l'armée ennemie , d'abandonner leur poskicn , de renoncer pour le moment à l'offensive,

EN SAXE, i8l5. 119

€t de se replier sûr i'Elbe pour se rapprocher de leur réserve.

Il paraît cependant que cette résolution fut dictée eu piirtie par dès considérations majeures d'unautre genre, prises des relations réciproques des dîfféferis États ^ et fondées ^ur l'espoir que les gouvémens qui n'avaient pas renoncé à l'idée de recouvrer leur indépendance par un u^age bien calculé * de leurs pï-opreà forces , ne tarderaient pas k se joindre à ceiix qui portaient déjà les armes pour parvenir à ce but.

Le 6 mai au soir , la nouvelle se répandit que les Français s'avançaient en force sur la Mùldej déjà il arrivait des colonnes isolées d'infantéiîèét d'àrtïllerie russe , et il était manifesté que Wtite l'ar- ' mée alliée allait se retirer Sur la rive droite de PEIbe. Tantôt l'on voyait une filé de voitures que les 0ântînîer^s se hâtaient de cliaYger encore d'ea-ù-dé-vie et de comestibles, tantôt un pulk de Gosiaqués qui chassaient devant eux un troupeau de vafcbés ; ici une escorte qui conduisait dés prisoàhiers^ îà' une troupe de Baskires , le dos chargé d^m car-» quoîsreniipli de flèches 5 plus loin, l'œil était affligé par uri convoi dé blessés.

Quoique les retrànchefaietis pfès du pont de bateaux ne fussent pas terminés, on les mit en état de défense, et on les garnit d'artillerie. On fit des préparatifs de défense à Meissen j où Bfûcher établit son quariier-généj al le 7 , et Ton fît passer

ISO CAMPAGNE

tous les bateaux sur la rive droite. La timiditë, qui prévoît de loiales malheurs qu'elle exagère^ craignait déjà tou^ les maux dont une armée en retraite a coutume de marquer sa route. Dans Taprèsdîner du 7 ^ de nonibreux trains d'artillerie , et des divisions 9 tant d'infanterie que de cavalerie , pas^ sèrent le pont ; et lorsque le soir le comte de Witlgenstein , avec d'autres généraux russes , arriva à Dresde 9 et que tous les Prussiens logés dans la ville furent renvoyés dans la Ville neuve , on s'attendit à voir le quartier-général quitter incessamment la rive gauche* On arrêta plusieurs babitans de la ville , surtout des étrangers , que l'on soupçonnait d'être d'intelligence avec les Français , et on les ^ivoya en Silésie. Ce même jour ^ le roi de l^russe passa quelques heures àMeissen, pour voir défilerune partie de ses troupèS^ qui, du 7 au 8^ passè^ rent sur la rive droite^ près de cette ville et prè^ deMûhlbergé

Le même jour^ l'avant-garde française se trouvait déjà etitre Nossen et Wilsdruf, à 3 ou 4 lieues de Dresde. Tout le long de la journée on entendit la' canonnade. La nuit suivante , les feux des Russes brillaient partout dans les environs de la ville, sur les hauteurs et sur le rivage ; toutes les troupes étaient préparées pour le départ , et la crainte de voir le lendemain un combat s'engager aux portes de Dresde , ne paraissait pas dénuée de tout fondement.

UN SAXE, ]8i5. 131

Le 8, l'empereur partît dès la pointe du jour pour Btscho&werda.. Pendant la nuit on avait enveloppé de paiHe et garni de boudins les ma* driers du pont qui remplaçaient Farche rompue. La fumée et lés flammes , qu'à ta pointe du jour on distinguait au sud-ouest de Dresde, marquaient la route sur laquelle s'approchait Parmée ennemie. Quelques heures plus tard , les troupes formant l'arrière^arde de l'armée russe, traversèrent l'Elbe sur les trois ponts ; et c'est ainsi que se termina cette retraite savamment conçue ,^ et exécutée avec intrépidité.

A voir l'ordre avec lequel fes marches s'exécu* lèrent depuis le commencemet jusqu'à la fin , on ajoutait foi &cilement aux officiers russe», qui assuraient que leur armée avait , à la vérité , été d'abord vivement poursuivie par les Français , mais que leur contenance avait été si imposante, qu'ils ne s'étaient vu inquiéter qu'après avoir quitté leur bivouae de la nuit. Lorsque les dernières troupes eurent quitté la ville , les habitans attendaient avec crainte le dénouement. Toutes les boutiques restèrent fermées, et l'on cacha soigneusement les pamphlets et les caricatures sans nombre qui, depuis quelques semaines, garnissaient les magasins des libraires.

Les Français suivirent l'infanterie légère rusAé et les Conques, qui, après avoir un peu HrsÂUé près de la barrière de Freiberg , sur la route de Wilsdruf , se retirèrent, tant pai^ b pont de bu*

teaux que par le pont de radeaux élabll au-dessous de la \ille. Le pont de radeaux fut détruit par les Russes dès qu'ils eurent gagné la rive droite, et à peine les derniers Cosaqifes eurent traversé le pont qui remplaçait rarche^ rompue , que les flammes s'çn élevèrent ; les madriers sautèrent en l'air avec fracas, et en un quart d'heure le popt fut consuqcté. Les flammes firent; des progrès si rapides, que qu^ques voitupes de çantiniers , chargées de viande et d'eau-de-vie, en devinrent la proie , et toutes en feu , furent entraînées comme l'éclair par les chevaux effrayés. A l'instant il se formait des groupes autour des voitures incendiées; on en arrachait les morceaux de viande ; on précipitait dans l'eau les voitures et les tonne^qx ; les Cosaques buvaient dans le ruisseau leur nectar favori , D'autres groupes donnaient leur attention à un roulîer .en retard, dont la voilure était chargée de tabac; chacun en arrachait le plus qu'il pouvait, en formait uqe botte ^ et attachait cette provision . derrière sa selle, à côté (\u. foin.

Cependant l'armée française, sous les ordres du vice-rroî et des ducs de Trévisc et de Raguse, s'avan- .çait sur la roule de Wilsdruf. Dans la Yille vieille , les. premiers postes furent occupés de suite par le général Grundlpr, chef d'éial-m^jor du il®. corps; une autre division de troupes françaises se fforta sur le pont de bateaux au-dessns.do la ville. Le général russe de Korf, chargé du commandcmciit de la lêle

EN SAXE, l8l5- 123

du, pont , avait, à ce que l'on assure *, reçu de son sou-t verain l'ordre de ne point défendre ces fortifications/et de détourner de la ville toute espèce, dé danger. Les Russes, après avoir tiré dès ouvrages quelques coups de canon, se reiirèrentde ce point, comme de tous les autres, sans perle, et dans l'at- ' titude la plus calme. Sur l'une et l'autre rive les puvriers mirent le feu , vers midi, au pont formé de vingt-six grande bateaux ; ils le détachèrent du rivage, et il descendit la rivière, passa entre les deux parties de la ville en vomissant des tourbillons de flammes et de fumée , et ne s'arrêta que contre les piles du pont de pierres, où les débris finirent de *e consumer.

Les députés dé la municipalité, et quelques membres de la commission immédiate, s'étaient rendus au-devant de Napoléon , pour le recevoir devant les portes de la ville. Ce souverain, qui était à cheval , fit le tour de la ville , et alla visiter surle-champ la tête du pont; puis il se rendit au chantier devant la porte de Pirna; et ce ne fut que dans l'après'diner qu'il fit son entrée dans la ville, en passafjt au milieu de la haie formée par la garde nationale. Il traversa Dresde sans s'arrêter, et alla au village de Priessnitz, à une lieue de là, afin de choisir la place pour un pont de radeaux que l'on devait construire dans le plus court délai possible. L'on mit sans délai en réquisition les ouvriers, ainsi que les matériaux nécessaires à ce travail. Lorsque Napo-

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léon eut donné les ordres nécessaires à ce sujet , il se rendit au château royal , où il était attendu par les autoiités et par ks officiers de la cour. Le cidevant ambassadeur de Saxe à la cour de France fut député le même jour vers le roi pour l'engager h revenir prompteoient dans sa capitale. Le soir ^ la ville fut illuminée par ordre supérieur.

Pendant que ^ scène changeait ainsi dans la Ville vieille ^ les habitans de Fautre Hve furent étoanés d'entendre le son des cloches qui y de toutes les paroisses, annonçaient l'arrivée de Dapoléon. Ce n'était qu'à midi du même jour que le roi de Prusse avait quitté la Villeneuve pour établir son q[iiartier^ général dans le village de Weissig , sur la route de Bautzeq, à deux lieues de Dresde. Le général Mi* loradov^itsch commandait l'arrièFe«^arde russe qui occupait la Ville neuve. De fortes colonnes de troupes russes et prussiennes, et des préparatifs imposans , inspiraient les plus vives alarmes ; on établit de suite une batterie sur la rive droite à l'entrée du pont ; on plaça des pièces sur les remparts , et déjà à midi les boulets se croisaient sur l'Elbe. Le feu cessa cep^idant bientôt de part et d'autre; pendant la nuit, tout fut tranquiHè, et les seuls feux de bivouac annonçaient la présence des deux armées , séparées par le fleuve, Le soleil levant fut salué par le bruit du canon ; sur l'une et l'autre rive on fit, des remparts, un feu très-soutenu , et la fusillade partant dés fenêtres du corps-

SN SAXE y l8l5. IdS

dé •'garde occupé par les carabiniers russes et par les chasseurs du corps franc de Reiche,mena-« çait de la mort ceux qui osaient se montrer sur la place devant l'église catholique : des toits , ainsi que du clocher de cette église , les Français tiraient sur la Ville neuve. On avait témoigné l'intention de placer aux croisées du palais Japonais des soldats qui devaient tirer sur l'autre rive ; mais M. Lipsius,l'un des conservateurs aux soins des« quels sont confiés lesdtrésors des sciences et des arts que renferme cet édifice , sut détourner ce

. malheur. Dès que le général en cHef russe fut pré-* venu, il donna l'ordre sévère de respecter cem^nu* ment. Les boulets et les balles tombaient en foule sur les deux parties de la ville; quelques obus, lan^ oées de la rive droite, atteignirent des édifices de la Ville vieille, niais il n'en résulta pas des accidens biens graves. Plusieurs deshabitans, que leur curiosité rendait téméraires^ furent tués ou blessés. Dans ce combat, les Russes n'eurent que quelques hom-» mes de blessés, et il y eut beaucoup de Français de tués â l'entrée du pont. Des ouvriers français avaient pénétré , à Tàide d'échelles , dans l'intervalle ouvert par l'arche rompue ^*et paraissaient occupés à déblayer les décombres pour préparer le passage ;

^ mais la mitraille des pièces russes les obligea à quitter l'ouvrage.

Plus bas , en face du village de Priessnitz , le combat était bien plus opiniâtre. Fendant la nuit.

ia6 CAMPAGNE

les Français avalent fait les préparatifs nécessaîscs pour construire le pont de radeaux , et dès la pointe du jour ils se mirent k y travailler. Les Russes, pour s'opposer à ce travail , avaient établi une batterie sur la rive droite j près du village de Pieschen. Des soldats français passèrent la rivière dans des bateaux de pécheurs, pour attaquer les tirailleurs russes ; mais ils furent si bied reçus, que l'on était obligé de faire suivre les bateaux avec la plus grande célérité, afînjle remplacer les tués et les blejssés. Le feu dura sans interruption depuis neuf heures du matin jusques vers midi; l'artillerie russe détruisit les travaux commencés, et les Français furent obligés de renoncer à leur entreprise» Cependant , à quelques pauses près , le feu continuait toujours dans la ville. Toute la Ville neuve n'était qu'un camp ; dans les rues latérales, qui se trouvaient à l'abri du feu • étaient les chevatix çt les voitures, près desquels reposaient les soldats du train : sur les places abritées, des chasseurs russe» faisaient sécher leur manteaux et leur linge sur leurs fusils placés en piles; des garçons intrépides ramassaient le plomb dans les rues découvertes, et les volontaires le refondaient et le renvoyaient à l'ennemi. Les curieux , déjà presque familiarisés avec le fracas des armés, s'approchaient de plus en plus du rivage, jusqu'à ce que les éclaboussurcs d'un boulet les rappelassent à la prudence : les appréhensions furent augmentées par plusieurs bruits

EN SAXE , l8l3. 127

înqulëtans . Mais l'on sut bicnlot que , des la veille , la plus grjinde partie (Je l'armée alliée avait continué sa marche sur les routes de la Lusaçe , et que les petites divisions , restées djaqs les environs de la ville 9 n'avaient d'autre destination que d'assurer la reiLr^te en inquiétant rennemi. Vers Jes quatre heures après-midi , la plus grande partie des troupes qui se trouvaient encore dans les xucs de la Ville neuve ^ se mit en marche avec son artillerie, et prit sa route en descendant le long de l'Elbe , parce qu'il s'était rassemblé des troupes ennemies sur ht rive gauche au-dessous de la ville. La fusillade seule continua près du pont; mais bientôt les troupes qui étaient parties rentrèrent dans la ville en nombre plus considérable ; on plaça de nouveau des pièces devant le pont.j le feu recommença avec assez de vivacité , et cessa enfin entièrement à l'approche.de la nuit. Pendant la nuit, dont le silence ne fut troublé par le bruit du canon qu'au lever du soleil, la majeure partie des troupes russes s'éloigna du rivage de l'Elbe; et vers quatre heures, . on vit leur arrlère-ijarde avec son artillerie en marche sur la roule de Bautzen. Le plus bel éloge que l'on puisse faire des Russes, c'est de dire qu'on les vit partir à regret, et que l'on n'attendait pas saîis inquiétude les Français , qui s'annonçaient comme amis et comme libérateurs.

Quelques heures a|)rcs le départ des Russes , des voltigeurs français grimpèrent par-dessus Tinter-»

IsS CAMPAG9S

valle de Tarche rompue , et se placèrent en postes* avancés sur la route principale : quelques Cahnuks caracoUàient encore près de la porte ; de temps en temps ils montaient debout sur leurs chevaux, et, avec leurs petits yeux perçans , reconnaissaient de loin les Français. Vers dix heures, plusieurs divisions d'infanterie légère avaient déjà passé le fleuve et allaient en avant sur les routes de la Lusace^ Pei^ dant la journée entière , on fit passer des troupes sur la rive droite par tous les moyens imaginables ; on mettait une activité sans égale à transporter Par** tillerie sur des bacs. Des ouvriers français s'occu* paient sans relâche à déblayer les décombres de l'arche rompue , et à construire un nouveau pont supplémentaire. Dans l'après-dîner, Napoléon lui-* même visita les travaux , et remit à l'architecte du roi les desseins d'un échafaudage aussi simple que léger pour reconstruire ee qui avait été détruit (i). La Ville neuve , qui depuis deux mois souffrait dé}à bien plus des maux de la guerre que la Ville vieille, fut a^ors accablée de chaires nouvelles.* La disette de pain s'y faisait sentir depuis plusieurs jours, parce qiie les moulins se trouvaient daqs la partie opposée de Dresde, et que, par les moti& qui avaient lait détruire les bateaux , on ^e vou-» lait pas tolérer de moulins sur la rive gauche. Les

(i) Le Mpniteur a donné , sur les événemcns qui ont eu lieu à Dresde , da 8 au lo^ une relatioif très-incom-» plète d'un côté^ et très-e^agéirée de l'autre.

EN SAXE) iStS, 12^

troupes, qui sortaient de contrées épuisées^ étaient vJekiues se concentrei^ sur la rive gauche , et occupaient ou la Ville vieiUe , ou les hauteui^ environnantes, ce qui occasionna aussi sur la rive gauche une rareté extrême de beaucoup d'objets de première nécessités Là première mesure que Ton prit après Tarrivée des Français, ce fut la publication d'une ordonnance (i) qui enjoignait aux habitans de faire sans délai , et sous les peines les plus lîgoureuses en cas de réticence , et dans la nuit même , une déclaration exacte de leurs provisions de farine. Dès que lesf'rançais furent passés sur la rive droite ^ on y fit une réquisition de pain , malgré la disette qui se faisait sentir dans la contrée* La seconde ordonnance qui fut publié après l'arrivée des Français , était relative aux maraudeurs. Napoléon ordonna la formation d'une escouade de 5o gendarmes saxons, qui, commandés par un officier de la gendarmerie française, se mirent aussitôt en marche pour battre la route de Dresde à Pegau , afin de la purger des pillards qui l'infestaient (2). Mais il paraît que le mal était fait avant qu'on n'y eût apporté le remède; car les premiers jours on vendait dans toutes les rues des objets provenant du pHlage.

Le nouveau pont provisoire , formé par un

timtm

(i) Suppl. XXXI.

(a) Suppl. xxxn.

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échafaudage si léger qu'il paraissait cliancelant, mais qui^ dans le fait, élalt très-solide, fut achevé dans la matinée du il mai. Et à Fînstant il servit au passage de la cavalerie , de l'infanterie et de l'artillerie des 4^, 6*., ii^.et 12'. corps. La marche des troupes continua sans înterrupfion jusqu'à la nuit. Ces corps formaient une armée bien équipée de 60 à 70 mille hommes Français , Allemands et Italiens. Napoléon, entouré d'une suite nombreuse , resta plusieurs heures assis sur l'un des bancs de pierre du pont pour les voir défiler. Pendant celte marche , l'on vît du côté de l'est se lever des tourbillons de flamme et de fumée , attestant l'incendie du village de Schmicdefeld , qui fut la première victime des dévastations dont les champs forlunés de la rive droite étaient menacés à l'approche de l'armée.

Le roi de Saxe arriva dans sa capitale quatre jours après l'entrée dés Français. Napoléon avait envoyé au-devant de lui jusqu'à la frontière de Bolième un détachement de cavalerie de la garde, commandée par l'aide- de-camp, général Flahaut, pour lui servir d'escorte. Le roi coucha dans le château de Sedlitz. Le 12 , dès le point du jour, de nombreuses troupes s'étaient mis en bataille sur la route de Pirna , au-dessus du grand jardin : leurs lignes s'étendaient jusqu'aux portes de la ville, et la garde impériale bordait la haie dans les' rues de la ville où le cortège devait passer. Au moment

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deParrivéèdu roi de Saxe, Xapoléon passait la revue de ses Groupes, et le roi resta lon^-temps arrêté dans le grand jardin , jusqu'à ce qu'enlin un aide-de-camp firtançais vint l'avertir que Napoléon Fattendait près de Grana , village situé sur l'un des côtés du jardin. Les députés de la municipalité s'étaient rendus à la porte extérieure, et furent présentés par un officier français au roi , qui était à cheval à côté de Napoléon ; le roi les adressa ;i Napoléon, qui les lui renvoya. Après une scène muette , Napoléon rompît le silence. Ecoutez^ ^Tioi , dit-il , Saxons , voilà votre sauveur (on montrant le roi );ye sais qùily a parmi vous de mauvais sujets qui ont favorisé les Russes et les Prussiens ; mais je pardonne tout pour Vamour du jvi. Si votre souverain , ajouta-t-il, aidait été un allié moins fidèle, j^ eusse traité la Saxe comme un pays conquis y mais mon armée He fera quy passer , et je saurai la défendre oonire tous ses ennemis. L'orateur des députes <^inmciaça sa haranijue en ces mois : Les enfans "delà patrie se réjouissent de revoir leur profec-tèAr ': que disent-ils ? interrompit Napoléon. 7/* êUsêfU^ répondit-on, ce que leur majesté leur a • étdonné de dire. Eh bien^ soit , répliqua Bona- '* patte: 06 que j^ ai dit sera imprimé et pubtiJ. - . JE<6 COrtég6 se mit en marche dans la haie, et so i^: Ttçndit àtl son des cloches, au brait des salves d'arà\tUlerie et des acclamations. Quelques heures après,

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le discours que Napoléon avait adressé àtli atitd'* rites était affiché dans t^outes les rues y en français et en allemand (i). Mais presque à l'instant même oii Ton se reposait sur la foi dé la promesse que la Saxe serait à l'abri de tous les maux qu'un impitoyable vainqueur fait subir aux vaincus , les Français mirent le feu aux quatre coins de Biscfaofswcrda et pillèrent cette malheureuse ville, que les Russes avaient abandonnée dans leur retraite. Le Moniteur attribue hardiment ce forfait aux Russes.

Le i5 mai arriva la division du duc de Reggio; elle fut suivie par les troupes bavaroises, qui avaient été campées pendant quelques jours sur la rive gauche de TEIbe* Depuis le i4 , on vit arriver 'dans Dresde des prisonniers russes et' un nombre assez considérable de Français blessés le la etlle.|3^ prèç de Bischofsv^erda et de Stolpen* Deux ponts de bateaux établis, l'un au-dessus, l'autre au* dessous du pont de pierres, facilitaient la marche des troupes, qui continua jusqu'au 17 mai*

Pendant que ces colonnes marchaient sur la Lusace, on plaçait les jalons sur les lignes où l'on devait établir , tout autour de la Ville neuve , les fortifications projetées par le général Rogniat ^ chef du génie. Une partie des troupes, et des milliers de paysans, venus, même des contrées les plus

L Fesprit da discours sans ê\ oyes Itf^snppl . XXXUI. )

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Soignées de la Saxe, furent employés^ san^ délai , à la constructîoB de ces ouvrages dont ou pressait l^iëcudon. Peu après on coupa le passage du pont de pierres près de l'une des piles sur la rive droite par de fortes palissades^ , au milieu desquelles se trouvait une porte très-solide* Les avenues de l'un et Pautre pont de bateaux furent défendues aussi par des palissades , occupées par des troupes w^est-* phaliennes qui habitaient des baraques. Ces précautions étaient nécessaires 9 tant pour l'avenir que pour le moment présent j car les Cosaques , qui infestaient les environs de Dresde, auraient pu tenter un coup de main sur cette place. Comme l'on oommençiakit à faire passer sur la rive gauche beau-^ coup de .munitions et d'eflPets d'hôpitaux , le bruit , se répandit que les alliés, qui occupaient une bonne position sur la Sprée , se rapprochaient de l'Ëlbe; Le 18 mai, Napoléon partit peu après midi, et prit la route de Bautzen avec une nombreuse suite. Le duc de Bassano, qui venait d'arriver, s^étâblit à Dresde avec ses bureaux. Le* général Du^0^hel , aide-de-camp de Napoléon , resta dans- ceffee éapitale, comme commandant ^en chef dé toutes lës^ troupes fraoçaises en Saxe ; et le eqmte Duniàis comme intendant général de l'armée : l'un etl'auire avaient avec eux un grand nombre d'employés. . On envoyait sans cesse des convois de vivre^y tirés de la Westphalie , de la Franconie, et même des frontières de la France, à Parmée qui marchait

en avant, sur l'une et l'aulre rive, ou les subsistances étaient épuisées. .Cependant c'était la Saxe qui fournissait la plus grande partie des besoins de l'aimce. Journelleaient on versait à Dresde, des parties les plus éloignées de la Saxe, des milliers de pains, des farines, des légumes secs, des eaux-devie : l'église de Noire -Dame et celle des Orphelins étaient converties en magasins de vivres. Les fournitures de fourrages n'étaient pas moins considérables : sous ce rapport surtout, il y avait les plus grands abus, et le nombre effectif des chevaux pré^eus à Dresde était;, avec le nombre des rations à fournir journellemept), dans une disproportion qui ne pouvait être profitable que pour la boiu^e des généraux et des'employés supérieurs (i}.

Les premières nouvelles des batailles de Bautzen et :4e }Joschkirok furent suivies?, depuis le 35 mai y pur 4^ longues files d« blessé^ que l'on transpor-tait , soit sur des charettes , soit sur des brouettes. L'ottpeùt porter,s9nsexagérer, à 20^000 le nombre des v:ictimes de ces combats transportés à Dresde. Un. nombre assez considérable de conscrits qui pr.enaient la route de Dresde^ s'étaient blessés ^ijix-^m^mes pQur se rendre impropres aii service.

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(1) L'oa était obligéde fournir 1000 rations par jour pour les employés , et ces employés •u'àTaient pas 3oo clicvaux. Le comte Dumas , intendant-général de Tarinëe ^ touçliait pour -sa part 100 rations.

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Pepujs xjae l'on avait <îéc9uvêrt cette fraude , les soldats armant du théâtre de la guerre étaient soigneusement examinés par les gendarmes. Le pont de bateaux étaât le seul passage permis aux blessés; lorsqu'ils se pi^sentaient ailleurs^ lesfactionnaîreis les renvoyaient, pour qu'ils ne passassent pas 'devant le château, et que le roi ne vît pas eombien ferait de victimes cette lutte qui attirait tant de malheurs sur son pays. Plusieurs édifices publics furent convertis en hôpitaux , et les Russes et les Prussiens 9 dangereusement Messes, que les alliés avaient laissés à Dresde > lor$ de leur retraite^ forent transportés avec leurs litsdansla Ville vieille, afin de faire place dans la Ville neuve à des blessés nauveUemeot arrivés. Les Français léii;èrement Uesséséiaient souvent lo^es chez le bourgeois , mesvHre qui ue contribua pas peu à répandre la contagion dans la viUe. Cepeiidanlle nombre des victimes de la guerre se multiplia bientôt tellement , que tous «e pouvaient troaver sur-le-champ im lit , ni Hieme le couvert, ba vîHe entière offrait le triste aspect d'un vaste b&pital. On voyait dans les rues, eoeombréies d'ordures ^ de loligues files de blessés Gouidbiés par t^reiet poussant des cris lameniables; on faisait des amputations dans, les jjaces publiques. Tous les jours., de malb^reux soldats se traînaient en foule des maisons particuKepesdans les hôpitaux , où la précipitation des chirurgiens en mutilait des centaines sans nécessité. Devant quelques hôpitaux,

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on voyait des tas de doigts ou d'autres membres ^ qui servaient à ^insouciante jeunesse d'instrumens pour ses jeux*

La charge que supportait la ville de Dresde par la présence de ces innombrables employés qui suivaient les armées françaises, devint pour elle un &rdeau accablant, lorsqu'elle fut remplie de blessés. L'ordonnance du comte Durosnel qui enjoignait à tous les employés > à toutes les per^ sonnes attachées à l'armée qui n'avaient point l'ordre de rester à Dresde^ ou qui n'avaient pat de permis de séjour, de sô rendre à leur destination, soulagea un peu les habitans. Il fut prouvé^ par l'inspection des Billets de logemens retirés^ que des milliers de Français , dont la présence n'était nullement nécessaire k Dresde ^ s'y étaient fait nourrir [tendant plusieurs semaines. Suivant l'ordonnance en question , les billets de logement devaient être vérifiés tous les mois.

Toutes les contrées du royaume par lesquelles les troupes avaient passé) souffraient autant que la capitale. Le pays était dévasté à plusieurs lieues de la route militaire ) la plupart dés villages si^ tués sur cette route étaient déserts. Dans beaucoup de campagnes, les moissons étaient écrasées sous le poids des chevaux, ou avaient été moissonnées en herbe. Tant lés alliés dans leur retraite, que les Français en av$inçant, avaient emmené les cultivateurs et leurs chevaux. Tous les jours il

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rentrait un certain nombre de ces paysans par la route de h, Lusace et par celle de la Bo-* Ihéme, Quelques ^ uns faisaient de grands éloges des alliés, qui leur avaient non seulement rendu leurs chevaux, mais leur avaient encore donné de l'argent pour leur retour; ceux qui avaient été obligés de suivre les Français n'avaient pas à se louer d'une semblable générosité; plusieurs d'entre eux, qui revenaient de la Silésie, se plaignaient de ce qu'à leur retour les Français les avaient dépouillés de ce que les Russes leur avaient donné, et les avaient mis ainsi dans le cas de dé-* mander l'aumône pour regagner leur pays.

Lorsque la nouvelle de l'armistice, conclu le 4 4 Poiscbwitz, se répandit dans la Saxe^ Pespoir de la paix ranima tous les cœurs. Déjà l'on faisait des préparatifs pour recevoir Napoléon, qui voulait passer à Dresde le temps de l'armistice. Le duc de Bassauo alla voir plusieurs jardins, et plusieurs qiaisons de campagne dans les environs de Presde; il choisit enfin le jardin du comte Marçolini, situé dsins le faubourg dit Friedrichstadt. Cette maision de plaisance . avait jadis appartenu iau comte Bru,hl , si ooimu par sa magnificence , et avait été embellie par son possesseur actuel , homme de beaucoup de goût. Suivant un bruit généralement répandu, Napoléon était de retour à Dresde depuis les derniers jours de mai, griévepoteot blessé. II gémissait, disait-'On, dans les ap*

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pariemens qull avait déjà aotérieuremeDi habités; Ja moindre clarlé que l'on croyait avoir remarqr»é le soir aux croisées de'.^ette partie do château, confirmait ces bruit&y^eloQ lesquels l'étal de Napoléon empirait de jour en jourj enfin il ciixïi à toute extrémité. J'ignore l'origine de cette fable; peut-être est-elle née à l'occasion du trafns* port du cadavre de Duroc, qui passa par Dresde; peut-être aussi la maladie d'un valet'-de- chambre envoyé par Napoléon à Dresde, pour y prendre diOerens objets dont il avait bescttn k Faradée y où tous ses effets avaient été détruits par on incendie^ y donna- 1- elle naissance : ce valet-de-chambre était réellement soigné dans le château. QhoÎ qu'il en soit, lorsque le lo Napoléon arriva k Dresde , à cinq heures du matin , il y eut des personnes qui allèrent jusqu'à dire qu'il était remplacé dans sa voiture par un mannequin avec un masque de cire, que l'on faisait mouvoir à l'aide d'un mécanisme : l'incrédulité tira parti de la circonstance que son arrivée ne fut annoncée que plusieurs heures plus tard par des salves d'artillerie et par le son des cloches. Lorsqu'enfin on le vit le lendemain plein de vie , à cheval , dans la grande prairie, dite l'Ostra^wi^e, il fallut bien croire qu'il n'était pas à l'agofiie.

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