SECTION III
Fendant l'armistice, Dresde offrit le tabkao
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«nîm4 d*une place de guerre; et comme, Sîir les frontières delà Saxe, les alliés réunissaient toutes leui^ forces pour secouer le joug étranger , Napoléon rassemblait ses dernières ressources pour river fes fc^ de l'Alkmagae ^ et pour étayer J'édifice ébranlé de sa puissance. Tous ces préparatifs anaonçai^at que Dresde et ses environs se^ raient long-temps le camp de Tarmée française. Déjà plusieurs a^eurs des Français étaient eii route pour s'y rendre ;c9r9 disait >- on, de tous temps les guerriers français ont eu l'habitude de çSe délasser des travaux de la guerre avec MelpojQdène et Tbalie. Talma ^ Ssdnt-Frix , Armand , l'ai* 4iiable Mars^ et un peu plus tard mademoiselle Georges, qui revenait de Saint-Pétersbourg, se trouvaient au nombre des a^rtistes qui donnaient d'ordinaire leurs représentations sur un théâtre établi à cette (in dans le château de Marcolini ; ;aûe fois cependant ils jouèrent devant un auditoire plus nombreux, dans la salle du petit opéra. M. de Turenne, chambellan de Napoléon, .donnait des cartes pour les places qui n'étaient point occupées par Napoléon et par sa suite; mais lorsque ce dernier était présent, personne n'avait accès sans être en habit de cour, et beau^ coup de personnes^ aimaient mieux se priver de voir des acteurs excellens, surtout dans la comédie , que de s'astreindre à cette gêne.
Les revues qui avairat Ueu tous les jours, of-
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fraient un autre spectacle aux habitans de Dresde*. Napoléon les passait dans TOstrawiese^ parce que c'est la plus grande place qui se trouve près du palais qu'il habitait. Dès le lendemain de son arrivée > il y eut une revue de lO à 12^000 hommes, tant cavalerie qu'infanterie, sous les ordres du général Bertrand, qui venaient d'Italie, et qui , le jour même, continuèrent leur Mnarcbe sur la route de la Lusace. Le i5 on chanta, dans toutes les églises, un Te Deum au bruit de l'artillerie , à l'occasion de Farmistice^ et le soir )a ville fut illuminée par ordre supérieur : c'était,, de toutes les illuminations de commande par lesquelles, depuis sept ans, on célébrait tant d'évé-r nemens dont les suites ont été funestes, la plus mesquine. En effet, les espérances de paix que l'on pouvait fonder sur l'armistice étaient si faibles, la perspective d'une paix durable et de l'indépendance des peuples si vague , que les cœurs ne pouvaient pas s'ouvrir à la jeiej cba^ cun ne sentait que les souffrances du moment : mais qu'étaient ces souffrances en comparaison de celles qui se préparaient}
Le voyage que fit Napoléon le 20 juin , pour se rendre à Pirna, et pour visiter les défilés de la Bohême, fixa tous les regards sur l'Autriche , dont jusqu'à ce moment on avait attendu une médiation, et qui, maintenant, au contraire, accomplissait les espérances qu'elle avait fait concevoir à l'armée
allîéo, lorsqu'au mois de mai elle repassa l'Elbe , de concourir de toutes ses forces pour que, dans ce grand combat des peuples, la victoire demeurât ^ux alliés. L'Autriche semblait prendre une attitude décidément ennemie contre la France, Déjà elle ne laisîsait plus passer de Saxe eu Bohême que les personnes qui allaient prendre les eau:;^ j, et dans les passeports desquels le mau-^ vais état de leur santé était expre^ment indiqué comme le motif de leur voyage. Le bruit courait qu'en Autriche et ep Botême on faisait des préparati& imposais et qui touchaient à leur fin; et les grands préparatifs de défense que les Français faisaient , avec ^utapt d'habileté que de promp-» titude , sur l'une et l'autre rive de l'Elbe, là où les défilés de la Bohême viennent y déboucher, attestaient que la voix pul)]ique disait vrai. Cette ligne formidable de défense s'élendait depuis Giesshubel jusqu'à Stolpen, dont l'antique cita^ delle, bâtie sur le basalte, fut renforcée par de nouveaux ouvrages, que cependant on ne ter^ mina point. (jCS fortifications établies au pied de Lilienstein^ rocher escarpé 9 étaient un point très - important dans la ligne; elles communiquaient par deux ponts avec Kœnigstein , qui est situé en face ; elles devaient protéger un camp de 60,000 hommes , couvrir encore l'une et l'autre rive , et défendre les défilés qui débouchaient dans cet endroit. Une routç praticable pour Tar-.
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tillerîe , que l'on venait de construire à travers les montagnes du baillage de Hohnstêin^ facilitait la GommunicaiîoQ avec les coips d'armée en Silésie* Toutes ces forti^catione^ D^étaient à con^dérer que eomme les otivrages avances de Dresi^e, point cea* irai d'une forte position Sur la' rîve supérieure de r£lbe, que Ton perfectionnait de pur en jour. Les ouvrages sur la rive droite , autour de la Ville neuve^* toucbai^t 4 leur perfection ; le fort impérial , de vaut la porte noire , le plus fort et le plus soigné de ces ouvrages, élait muni d'un nouveau blockhaus à l'épreuve de la bombe ; les js^lons étaient placés pour d'antres travaux considérables projetés autour de la Ville vieille ; à l'ouest , ils s'appuyaient contre la Vi^eisseritz, petite rivière qui sépare la Ville vieille de Frîederichstadt ; et à l'est ^ ils se prolongeaient en arc jusqu'à l'Elbe. Quelques milliers de paysans requis des parties les plus éloi-* gnées de la Saxe , dans une saison où les travaux de la campagne demandaient tous les bras^ s'occupaient à mettre Dresde dans un état de défense formidable; on les payait régulièrement » et ib étaient relevés tous les quinze jours. Journellement il arrivait d^ petites divisions de troupes de toutes les armes, accompagnées de quelque artillerie , dont quelques-unes venaient de quitter l'Espagne en toute hâte. Elles allaient rejoindre l'armée principale pour réparer les pertes qu'elle avait souffertes de pub le mois de mai> ou bieo
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renforçaient les troupes baraquées dans les bois '^ près de la ville, sur la rive droite: ce camp s^étendait à une lieue et au-delà. Le s»5 juin, Napoléon alla l'inspecter lui-même. Au milieu de tous ces préparatifs dont les Français s'occupaient très-sérieusement, eu parlant de la paix prochaine,' Fespoir d'un arrangement entre les pui^ances se ranima, lorsqu'ou vit arrivei* à Dresde M. le comte de Metiernich , ministre d'Autriche^ qui quittait le camp de l'empereur Alexandre; il séjourna dans la capitale depuis le 26 jusqu'au 5 o juin. ^ Cependant les personnes habituées à réfléchir, et qui attendaient que la liberté de l'Allemagne serait le résultat de la lutte qui allait s'engager de nouveau , ne se livrèrent pas méraîe à cet espoir, lorsque le bruit se répandit généralemedt que l'armistice allait être prolongé, ensuite d'une convention que la France venait de conclure avec l'Autriche. Ce répit ne parut , aux plus clair-* voyans, qu'une prolongation des charges dont le séjour prolongé des troupes auprès de Dresde accablait cette ville. Il arrivait, à la vérité, des approvisionnemens considérables de l'étranger , et l'on voyait continuellement venir, même de France, des convois de farine, de biscuit, de riz* Cependant la Saxe était obligée de^ faire des ef-^ forts pour subvenir aux besoins de l'armée : dès la mi-juillet, les fourrages étaient tellement rares dans le cercle de Misnie, qui avait taût souffert
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^$ous tous les rapports, qu'une ordonnance éma-» née des autorités militaires (i), y mit en réquisi-* tien toute FaToine, à l'exception seulement de ce qui était nécessaire pour les chevaux qu'entrete-naient les propriétaires pour leurs besoins: elle enjoignait à ceux qui entretenaient des chevaux de luxe de verser, dans les magasins, leur provision toute entière. Quelle que fût la consommation des troupes dans le cercle de Misnie, les dilapidations ne contribuèrent certainement pas moins à la disette qvie la consommation ; car les em- .ployésdes magasins avaient constamment des quantités considérables de fourrages disponibles au ser-* vice de ceux qui les leur payaient comptant.
Quoique daqs la première moilié d'août^ le comte de Narbonue se fut 'rendu à Prague , e^ qu'après de loxigs délais, M. de Caulincourt l'y eût suivie Dresde et ses environs prenaient de plus en plus, vers la fin du mois, un aspect guer-» rier. Les hôpitaux étaient en grande partie éva-r eues. Les troupes saxonnes, cavalerie infanterie el î^rtilierie ^ destinées à completter la division campée prçs de Gœrlitz, sous le général Reynier, venaient d'être équipées : après que Napoléon les eût passées en revue, le 17, elles partirent en toute hâte pour U Lusjtce. Anx frojitières de la Bohême,,
(i). Snppl. xxxy.
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\yh rassembla, sur l'une et l'autre riye de l'Elbe^ un corps considérable sons les ordres du général Gouvion Saint »-Cyr. Ce corps s'appuyait aux fortifications que l'on venait d'achever au pied deLilienstein. Napoléon fit quelques voyages pour inspecter les troupes campées sur la ligne de dé-' marcation fixée par l'armisùcew Du 10 au i5, il se rendit à Torgau et à Magdebourg, et du 20 au 22, dans la basse Lusace^ où se trouvait la division du maréchal Oudinot. Au milieu de tous ces apprêts guerriers j on avait cependant' déjà commencé , depuis la fin de juin^ à rétablirla pile détruite du pont; l'on travaillait sous le pont provisoire en bois, qui avait été élevé audessus de l'espace vide, et à la fin de juillet, la pile était arrivée jusqu'à la naissance des deux arches détruites (1). ^
Arrêtons un moment • nos regards sur la ville de Dresde, dont la malheureuse étoile avait fait
(i) Le 8 décembre i8i3^ on abattit le pont de bois construit par les Frahçais au mois de mai. On établit sur l'intervalle de l'arche rompue des arches en bois très-solides , que Von garnit de forts madriers j et l'on forma àinâi un pont assez ferme , muni de garde-fous y qui' subsista jusque dans l'été de l8i4 ; à cette époque on commença à rétablir l'arche en pierres^ qui fut achevée en septembre de la même année. L'année suivante ^ les travaux du pont furent entièrement terminés.
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dans la Ville neuve. Le mois suivant, {\ pai*ut Gn* core un 'grand nombre de bateaux chargés de Français plus ou moins grièvement blessés. L6 dérèglement du soldat, qui^ pendant l'armistice^ se dédommageait avec usure des fatigues et des privations qu'il avait souffertes )• n'avait pas sttr les mœurs une influence moins funeste que celles dès miasmes putrides ne l'était à la santé. Il faut sans doute compter pour beaucoup l'effet de plusieurs années de guerre j mais il n'en est pas moins vrai que le commerce avec les étrangei*s augmenta la corruption , dont les progrès devinrent de plus en plus rapides, surtout dans les basses classes du peuple, qui avaient le plus de rapports avec le soldat. La jeunesse de ces classes se montrait depuis lors bien moins traitable, et se livrait sans^réserve au libertinage. Ce fut l'âge d'or des femmes livrées à la débauche. On en vit plusieurs s'enrichir au point de se constituer des rentes, ou de payer comptant, en napoléons , des maisons qu'elles achetèrenté L'aversion pour le travail s'accrut jusque dans les plus basses classes de la société* La facilité de gagner sa vie, et même de faire une petite fortune, par le métier de vivandier ou de vivandière, portait beaucoup d'individus à dédaigner un travail journalier* L'accaparement, rendu plus actif par les succès de ce genre d'industrie, entretenait la cherté des denrées de première nécessité , sans que l'inspection des nrfr-
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^\ièê, nëcéssairement moins sévère au milieu du tumulte de la guerre, put y mettre obstacle. Ce mal n'était que passager; mais le genre de lucre dont nous parlons , produisit un mal de plus longue durée ^ et il faut le compter parmi les causes de dépravation qu'on doit attribuer à la guerre» On vit jusqu'à des enfans se livrer à ce pernicieux commerce» Le désir de recueillir quelques gouttes de la pluie d'or qui tombait au quartiergénéral ) y avait attiré des spéculateurs du sein même de la France. On voyait à Drescle des tail* leurs qui y avaient apporté^ de Paris ou de Stras** bourg, tout ce qui tient à l'uniforme d'officier j des bottiers français^ et jusqu'à des décrotteurs venant des bords de la Seine ^ crier sur les bords de l'Elbe : cirer les bottes.
Les plus crédules renoncèrent à cet çspoir de paix qu'ils avaient conservé an milieu de tous les préparatifs de h guerre , lorsque Bonaparte partit le 525 juillet pour se rendre à Mayence : étant retoumé à Dresde le 4 ao(it^ tout le ipaonde sut que sa fête allait être célébrée dans tous les camps français, le 10 au lieu du i5, dernier jour de l'armistice* Le bruit se répandit qu'immédiatement après la fête , toutes les armées allaient se mettre en marche. J^es hôpitaux étaient presqu'en^ ûèrement évacués, et prêts à recevoir de nouvelles victime^ de la guerre.
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On s'occupa avec une grande activité des pi éparatifs de la fèie. militaire. Le 9 août, les comédiens français donnèrent, sur le théâtre de la cour, iine représentation gratuite^ surtout pour la garde. Après le spectacle, la solennité du lendemain fut annoncée par des salves d'ariiHerie qui furent ^"épétées à la pointe du jour. On voyait de tous les camps défiler des troupes dans la grande place dite Ostrawiese y sur celte prairie dont l'émail était écrasé depuis plusieurs mois sous; les pieds des chevaux et des soldats du train ; on voyait en bataille , tant la vieille' que la jeune garde à pieds; les dragons, les chasseurs à cheval et les lanciers de la garde, tous en grande tenue; de l'infanterie saxonne et -westphaiienne; de la cavalerie des duchés de Berg et de la principauté de Neufchâtel; toutes ces troupes formaient une armée magnifique d'au moins 4o,ooo hommes. Lorsque Napoléon parut dans la place, accompagné du roi et des princes qui s'étaient rendus à son hôtel, à huit heures du matin, dans des voitures de cérémonies, le vivat retentit de tous les rangs devant lesquels il passait au grand galop avec sa suite brillante : ces acclamations étaient, comme de coutume, commandées par les officiers, ainsi qu'une évolution. Pendant deux heures entières, les troupes défilèrent devant le héros de la fêle, qui, à en juger d'après son regard, roulait dans son e&-
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prît quelque noa^eau projet de conquête. Après la revue, un cortège, formé par tous les généraux , tant Français qu'alliés , et par tous les officiers de* la cour de Bonaparte, ayant à la tête le prince de Nettfcbâftel , sortit à pied du palais de Briihl, cm ce dernier ëtaît logé. Ce cortège travei'sant les haies formées par la garde , se rendit dans l'église catholique pour assister au Te Deurri', qui fut chanté au bruit de l'artillerie. Le roi de Saxe et sa famille furent présens à cette cérémonie reiiigieuse. Après le service, la vieille garde , sa musique en tête, se rendit à la Ville neuve , oii des tables étaient dressées pour un banquet, soùs les tilleuls qui bordent la rue principale. Au milieu de files de tabtes destinées aux s<^dals, étaient préparées des places pour les officiers, sous des tentes. Sur la taWe réservée pour les généraux , les officiers suj^érieursoia de la garde, tant saxonne que française, était le buste de Napoléon , couronné de laurîersr et eavifonflé de fleurs. Près des tables étaient étabËs des oi-chestres d'instrumens guerriers pour animer la joie du festin. Ce jour --là chaque officier et chaque soldat de la garde louchait double paie^ 4ât chaque soldat double ration de viande* Le roi ^ Saxe ayaift dooné planeurs milliers de bou- -veUIes de vin. C'est ainsi que la garde saxonne fut régalée par ses compagnons d'armes aux dépens de ison souverain. On porta bs toasts au iKuit du
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canon. Le vin rendit bientôt le banquet broyant ; des deux côtés des tables était une foule mobile de spectateurs, dont quelques-uns tiraient parti, dans ce jour, de la libéralité hospitalière de soldats qu'ils avaient nourris pendant des mois aux dépens de leur propre nécessaire^ des soldats isolés, s'échapant de leur hôpital, ou de quelque camp éloigné, dans lequel la munificence impériale avait répandu, de moins riches dons, se glissant dans la foule, venaient ramasser quelque morceau de pain , attrapaient quelques feuilles de salade desservie, ou quelque morceau de viande que dédaignaient leui*s fi^ères d'armes plus favorisés. On voyait des festins semblables dans d'autres quartiers de la Ville neuve ^ ainsi que dans les camps devant la Ville vieille : ici les artilleurs français et saxons étaient réunis dans un jardin public ; là les sapeurs des deux arabes buvaient ensemble dans le fort impéiial , devant la porte noire.
^ A huit heures du soir , Napoléon se rendit au château royal pour le banquet. Vers neuf heures, des salves d'artilleries annoncèrent qu'on portait les toasts de Bonaparte , de Marie-Louise , de son fils ; ce fut en même temps le signal pour le feu d'artifice, préparé en face du château, sur l'une des piles du pont. Sur la rive droite , près d'Ubigau, à une demi-lieue de la Ville neuve , on avait placé quelques régimens de la garde , qui faisaient un feu
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de file très- vif , tandis que d'autres tiraient en Fair des pièces d'artifice sur la Ville neuve , des deux côtés du pont) sur lequel on faisait partir desboëtes» Un ciel d'azur prêtait à l'efiet charmant de la muLiitude de fusées qui se croisaient sur les sombres toits delà ville , éclairaient au loin les airs et se ré* fléchissaient dans l'Elbe , dont les flots enflammés roulaient en silence entre les deux villes. Après une pause 9 le chiffre de Napoléon parut en l'^ir, au* dessus du château dont lui-même occupait le bal^ con. Les acclamations des soldats retentirent de l'autre rive ; des milliers de pétards s'élancèrent dans les airs avec fracas, les eaux du fleuve bril^ lèrent encore de mille feux. L'air n'était plus éclairé que par un seul globe de feu , les eaux de l'Elbe sans éclat roulaient ^ous l'arche brisée , et la foule pressée des spectateurs allait s'éclaircir^ lorsqu'on entendit retentir sur le rivage les cris douloureux d'un pêcheur blessé mortellement pour s'être imprudemment approché. Était-ce là un présage pour la redoutable marche du héros de la fête?
Une illumination ternûna cette dernière apo*théose de Napoléon. Nous ne &tiguerons pas nos lecteurs par de longs détails de ce brillant et futile étalage ; nous ne décrirons point les ornemens dont le comte Durosnel avait environné cette inscription, où il appelle invaincu cet homme que devait i^baqdonner san$ retour, quelques semaines plus
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tard^ là fortune dont il avait abuse; ni les emblèmes ajoutes à une autre, où il ëtait question de gloire y de victoire. Nous nous contenteronsd'obiffcrver que l'inscription :
Incolumem serpate ; instant mafora peractis^. Dieux ! conseryez-nous César !
(Nous avons vu de grandes choses, tnais nous en verrons de plus grandes encore), placée audessus du portail de l'hôtel de M. de Serra, ambassadeur de France, s'accomplit, pour le bonheur de l'Europe , dan^ un tout autre sens que ce savant panégyriste du héros qu'il célébrait ne l'avait entendu.
Deux jours après cette fête , commencèrent enfin lesmouvemens qui devaient délivrer^ pour quelque temps au moins ^ la ville de Dresde de ses hôtes incommodes. La grande batterie saxonne,, qui était encore restée dans cette capitale , parût le 12 pour la Lusace : la nuit suivante, beaucoup de caissons la suivirent^ le lendemain, la gendarmerie de la garde, plusieurs divisions, tant de la vieille que de la jeune garde, se mirent en marche et suivirent la route de Baulzen. Combien d'intelligences amoureuses, nouées pendant l'armistice^ se découvrirent au moment du départ! Combien de belles accompagnaient les soldats de la vieille garde ! les unes disaient adieu à leurs amans à la porte, en versant destorrens de lavmes j d'autres.
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retenues par des liens plus forts, les accompan gnaient courageuseraent sur la grande roule. Celait apparemment pour prévenir les inçonvéniens de semblables liaisons que , quelques jours avan^ le départ de la garde, on afficha partout un jugement rendu, conformément aux lois françaises , à Glogau, qui condamnait aui: travaux forcés une femme qui avait engagé, un soldat à déserter.
Le 1 4 de grand matin 31 arriva à Dresde le roi de iVapIes, qui devait prendre le commandement de la cavalerie française. Le même jour , le comte Bubna, qui avait conduit les négociations entre la cour de France et celle d'Autriche , quitta la ville. On plaça sur lés remparls de la Ville vieille et dans les ouvrages avancés , beaucoup d'artillerie, que l'on retira en partie de la forteresse de Kœnigsleiu; l'on plaça des postes dans le grand jardin, et l'on transporta beaucoup de munitions dans les fortifications de la Ville neuve. Le lendemain (i3 août), le comte de Narbonne revint de Prague; deux heures après son arrivée , Napoléon quitta la ville et prit la route de Baulzen , en se dirigeant par Pirna, où il passa l'Elbe, et par Stolpen. Déjà depuis quelques jours l'on parlait du prochain départ du roi ; mais Ton sut bientôt qu'il ne quitterait point sa capitale, elles préparatifs, commencés pour le départ de ses frères , furent également contremandés, parce que Napoléon avait, disait-: on ,
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déclaré qu'il ne devait être question du départ du roi, que lorsque lui-même aurait été battu.
Le même jour , le prince de Neufcbàtel suivit Bonaparte avec le quartier-général et avec les di-visions de la garde qui étaient encore à Dresde. Le 16, le roi de Naples se mit en route pour Bautzen. Après ces grandes évacuations^ qui diminuaient momentanément les charges de la ville j il y restait cependant encore \m certain nombre de bureaux , et une armée entière d'empIo|rés.
De ce moment y Dresde devint le centre de tous les mouvemens de l'armée française et la clef de ses positions dans la Saxe. C'était un camp retran* ché qui, pourvu d'une garnison assez nombreuse» et ayant pour boulevards, sur Tune et l'autre rive, Kœnigstein et Lilienstein, pouvait opposer une vi« goureuse résistance à toutes les entreprises de l'ennemi. Après le départ de Napoléon , on continua les travaux des fortifications avec la- plus grande activité ; on poussait surtout ceux de la rive gauche , de la route de Pima et de celle de Frei- Berg. On construisit des ponts-levis devant les portes intérieures de la ville ; les issues de quelques rues , à gauche de la porte de Wilsdruf , sur les remparts à moitié détruits , iiirent fermées par des palissades. On contraignit les babitans de plusieurs maisons^ situées dans la ligne du rempart, prés de la porte de Wilsdruf et de Pima , et près du
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Seethoor y de les évacuer , et l'on en fit des fordns. On nomma un commandant dans chaque faubourg. Pendant que l'on faisait ces préparatifs de défense à Dresde, une nouvelle armée, bien éqm^ pée, sous les ordres du général Yandamme, ea grande partie composée d'infanterie , et pourvue d'une artillerie nombreuse, passa l'Elbe du 17 au
19 août, et vint se présenter sur le théâtre de la guerre , forte d'à peu près 4o milles hommes ; elle arrivait du bas Elbe ^ et après avoir passé sur la rive droite, elle se dirigea sur les frontières de la Bohême. Chacune de ses divisions campait succès- ^vement dans le bois de Dresde , où les baraques abandonnées par les troupes qui s'étaient portées en avant , subsistaient encore. La première arrivée cédait* la place à celle qui suivait , et continuait d'avancer sur la route de Bautzen.
A peine cette armée eut-elle fini sa marche , qu'il courut des bruits contradictoires sur les succès des armes françaises , jusqu'à ce qu'enfin le maréchal Saint-Cyr, auquel était commise la garde des dé* bouchés de la Bohême , sur la rive droite de l'Elbe , porta, le 2a août au soir, son quartier-général en arrière de Pirna à Dresde. Le bruit se répandit que sa division , que l'on estimait forte de plus de
20 milles hommes , avait été battue par les alliés près de Giesshûbel, et qu'après plusieurs combats, elle avait été forcée d'abandoimer sa position du
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Hollenbei^. Beaucoup de blessés venant de ce côté, confirmaient que les Français étalent vivement poursuivis par les alliés. Lorsque Ton sut que les Russes , sous le commandement du général Wîitgcnsiein^ avaient , le 22 août, emporté d'assaut les fortifications près de EHrna^ et 6^avançaient sans qu'on pût les arrêter , on conçut des alarmes sur le sort de Dresde. Selon quelques-uns 9 l'altaque de cette capitale entrait origlnairernent dans le plan conçu par Moreau; selon d'autres ^ ce fut la prompte retraite du maréchal Saint-Cyr sur cette ville, et la rapidité avec laquelle Napoléon se porta en avant contre le maréchal Blùcher , qui déterminèrent les alliés à changer leur premier plap et à réunir leurs forces sur les derrières de la grande armée française. Cependant y si l'on fait attention que de Dresde, Napoléon pouvait donner une direction quelconque à ses opérations ofiFensîvesj que les alliés, à chaque attaque vers l'est, voyaient leurs (îsrrières menacés si les Français étaient forcés de faire une guerre défensive , on doit trouver probable qu'il entrait originairement , dans le plan de la coalition y d'enlever à l'ennemi un point aussi important.
Le même soir, par ordre du commandant , les portes de la ville furent fermées à huit heures et demie ^ et celles des faubourgs à neuf heures. Le lendemain, 23 août, de très'-bonne heure , on vil
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' les lignes de l'infanterie franrnîse sur les hauteurs entre Leiiben et Kacknitz, à moins d'une demilieue de la ville. On entendait la fusillade d'asset jirès , et les Cosaques se moniratent dans le lointain. Les Fmnçais furent repousses jusqu'aux retranchemens des fauboorgs. La cavalerie , les bagages , les blessés , entraient en foule par toutes lies portes. Les crainies des babitans allaient toujours croissant. Ceux des faubourgs tnenacés se sauvaient en foule dans la ville ; déjà l'on commençaità porter de l'eau sur les greniers.
On sait que l'armée combinée des Russes et des
Prussiens élait entrée en Bohême le jour mJmc
( 13 août) où l'Autriche avait déclar<; la guerre h
^J^France (^[^e s'était réunie, le 17, aux Aii-
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}6o CAMPAGNE
pour occuper Fennemi , les principales forces menaçaient la grande armée française qui marchait en avant ^ de se jeter sur sa route de commnni« cation y et garantissaient ainsi la Silésie et la Marche de Brandeboui^. ^
Après l'arrivée du roi deNaples ( 24 août ) > les préparatifs de défense devinrent de jour en jour plus sérieux, et le moment d'une sanglante décision ne paraissait pas éloigné. Dans l'après-dîner^ le roi de Naples s'approcha , à cheval^ des hauteurs occupées par les Russes , pour reconnaître leur position; il fut très-exposé, pendant cette reconnaissance , aux balles , tant de l'infanterie des avantpostes que de la cavalerie, qui s'avançait avec beaucoup de hardiesse. Le soir même on tira le canon sur les remparts de la ville ^ à l'occasiou des victoires remportées en Silésie , dont un bulletin, affiché dans les rues, parlait avec emphase. L'armée de Blucher , y disait>on , était en pleine retraite. On a vu depuis , que cette prétendue ve^ traite n'était qu'un mouvement très-réfléchi, et qui se rattachait a tout le plan de la campagne. En faisant grand bruit de ces prétendues victoires, ob avait plutôt l'intention de relever le courage des habitans de Dresde que d'en imposer à l'ennemi. Cependant les alliés approchèrent toujours davan-> tage de la ville , et b ligne de leurs avant-postesi
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B%endaU déjà depuis Blasêwitz jusque sur les hauteurs du village de Plauen.
Le a5 au matin , l'armée descendit dans la plaine* lie quartier-général du comte Wittgenstein était à Lockwitz; la canonnade commença avec le jour, et l'ennemi tenta quelques attaques sur les ouvrages avancés , mais sans les soutenir beaucoup. Les Français se retirèrent plus près de la ville, en partie dans les fortifications extérieures , près des portes^ en partie dans les jardins attenant aux faubourgs , où l'on continuait de faire des abattis et de construire des parapets.
Les troupes isolées de cavalerie , d'infanterie et de soldats du train , campées sur la rive droite, ne paraissaient avoir attendu que le signal du combat pour faire tomber sur les malheureux habitans les derniers maux de la guerre. Incertains si le lendemain ce qui restait à ce malheureux pays pourrait devenir encore leur proie , ils se livrèrent au pillage sans réserve , et le dépouillèrent de ce qu'ils avaient respecté jusque-là , comme pouvant encore leur devenir utile. Plusieurs de ces infortunes laissèrent leurs champs et leurs maisons a la merci des pillards, et se retirèrent dans la viliè^ où on les voyait dans le.s places , asâs sur les tristes restes de leurs effets. C'est ainsi que se passa la veille des sanglans combats qui se préparaient. A l^est du grand jardin^ l'incendSe du village df
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Streissen éclairait le ciel , faisait pâlir les milliers de feux de bivouac ^ et semblait présager aux babitans de Dresde le sort qui attendait leurs maisons.
Le tumulte des armes et le roulement des voi^ turcs éloignaient le sommeil des yeux de ceux mêmes à qui la crainte eût permis de dormir. Au lever du soleil , on vit des soldats couchés dans toutes les rues; toutes les avenues des portes étaient garnies d'artillerie ; partout on voyait des enfanSjdes femmes éplorées, qui avaient quitté leurs maisons dans les iàubourgs. Dès la pointe du jour, les Français avaient été chassés, par les Prussiens, du grand jardin, qui fornje un carré de 6600 pieds de long sur à peu près 5ooo de large , où les tirailleurs trouvaient un abri commode derrière les arbres touffus* Les troupes sous les ordres du général Saint-Cyr avaient pris position derrière les ouvrages* De tous côtés l'armée ennemie avançait sur ia ville ; elle ne fut cependant entièrement rassemblée devant Dresde que le 26 : y compris le corps sous les ordres du comte de Kleinau, on Févaluait à lâo^ooo hommes: elle prit UQC position avantageuse , et annonçait avec confiance aux habitans des environs, que le succè» ne pouvait être douteux pour elle. L'empereur Alexandre avait son quartier-général à Rœthnitz, $t le roi de Prusse à Lockwitz. Après la pointe
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du jour, l*arliîierîe des alliés battait les fortifications de la ville, et la fusillade , toujours plus yive , annonçait que le danger approchait. Un effort un peu soutenu semblait suffire pour emporter d'assaut une ville (Jue défendaient des troupes battues, et que l'on avait cernée en demicercle de toutes parts , excepte du côté de Friederichstadt resté libre , l^aile gauche des alliés n'étant point encore Suffisamment avancée.
Déjà , depuis deux jours, le bruit public annonçait l'arrivée de Napoléon. II avait , disait-od , abandonné la Bober avec l'élite de son armée, et marchait vers la Saxe pour chasser" les alHéâ de l'ËIbe. A neuf lieures du matin il ' entra dans la ville, suivi d'un« partie de sa garde ; et dépuis ce moment, on vit $ur le rivage de FElbe , du côté de Bautzen , une marche non interrompue d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Ce mouvement rétrograde si prompt était le résultat de la sagesse des plans que les alliés commençaient a exé-^ cuterjcarNapoléon, pour vaincre les difficultés que lui opposaient à la fois trois a^méeis formidables, celle du prince héréditaire deSuède dans le nord de FAlIvimagne, celle du maréchal Blûcher en Silésie , et celle des alliés en Bohême, paraissait , suivant son système favori , vouloir tomber avec des forces •upérieures sur un des corps de l'ennemi. C'était dans cette intention , qu'avec le corps d'armée sous
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les ordres du prince Poniatowski y il avait lait , par Rombourg et Gabel ^ un mouvement sur les fron-* tières de la Bohême. Cependant , apprenant que cette frontière était déjà dépassée par les alliés , il se jeta tout à coup dans la Lusace en Silésie , et se précipita sur Blucher. Mais conformément au plan de la campagne, dans lequel on voit éclater le génie de Moreau, Blûcher évita l'attaque, et attira derrière lui son adversaire , au moment oh le prince héréditaire de Suède put diriger-ses forces sur la Lusace j et où l'armée de Bohême put avan« cer sur l'Elbe pour le dégager d'un combat iné^ gai. Lorsque Napoléon eut reconnu ce plan de campagne de ses adversaires , il cessa de pour« suivre Blûcher, qui se retirait devant lui; il ne lui opposa plus qu'un corps, sous les ordres du maréchal Macdonald , et retourna lui-même du côté de l'Elbe avec le reste de ses forces. L'épuisement de ses soldats attestait la rapidité avec laquelle les mouvemens avaient été exécutés. A chaque instant des aides-^le-camp volaient sur là route de Bautzen, pour hâter le mouvement des troupes : depuis midi jusqu'à sept heures du soir, 60,000 hommes passèrent l'Elbe. L'infanterie' arrivait au pas de charge jusqu'à la porte noire j on profitait du moment de retard occasionné par l'étroite té du passage pour rétablir les colonnes. En vain cea enfans soldats, comme les Français eux-mêmes les
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appelaient , enduraient- ils une soif ardente , en vain soupiraient-ils après quelques rafraîchissemens ^ on leur Élisait traverser la ville au pas de charge, pour marcher sur-le-champ à Fennenii.Les beaux régimens de cavalerie , sous les ordres de Latour - Maubourg. ,. corps dont les cuirassiers saxons formaient l'élite , passèrent le pont d'une contenance fière, les yeux, tournés précisément vers l'endroit où le lendemain ils devaient agir d'une manière décisive. « Quelle est la force des alliés? » demandaient les officiers français aux habilans, qui attendaient avec crainte le sort qu'allait leur préparer le succès du combat. Et après ' avoir enlendules conjectures des habii ans, ils répondaient avec confiance : (cOh, nous sommes plus forts! » D'autres , remplis de plus de jactance encore, s'étendaient sur les victoires remportées près de la Bober , et sur la défaite des Prussiens, afin de se rassurer eux-mêmes, et ce rassurer les citac^ns.
Napoléon , peu après son arrivée , parut avec sa suite sur la place enlre le château et le pont. Un détachement de gendarmes formait le cercle , au milieu duquel on le voyait immobile sur son cheval blanc. Le moment où les alliés eussent pu ten^ ter avec succès l'assaut de la ville étoit déjà passé; et comme vers midi la canonnade , qui ne discontinuait pas depuis U malin, commençait à a II
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s'aflalhlîr, l'on crut qu'il n'en viendrait pas à une attaque sérieuse. Après une heure, Napoléon sortît par la porte de Pirna, et se rendit aux portes extérieures du faubourg, pour ol)server la position des alliés; puis il fit ses dispositions pour la hafaille, conibrmément au plan qu'il avait tracé, dit on^ la nuit d'avant , sur les rapports du maréchal Saint-Cyr. L'on prétend qu'après avoir vu la position des alliés , il s'écria avec surprise : «c Ces y^ dispositions sont d'un français, et non d'un al- )) lemand.)) Bientôt après il rentra ; il était sombre et absorbé dans ses réflexions. Plusieurs de ses fourgons, qui d'abord étaient restés dans la Ville ueuve , devant une maison que l'on avait destinée pour lui, passèrent l'Elbe. Le roi de Saxe, pour lequel on avait préparé une maison dans la Ville neuve, resta dans le château, où Napoléon était aussi descendu.
Vers quatre heures , au moment où toute la ^arde et une nombreuse cavalerie avaient déjà «lassé l'Elbe, les alliés avancèrent sur Dresde en six co* lonnes. Quarante pièces , placées dans le grand jardin , tiraient sur les fortifications françaises, et sur tout le demi-cercle entre la tuilerie et Friederichstadt; les alliés faisaient également un feu ter* riblc sur les ouvrages. La ligne construite par les Français, comme je l'ai déjà dit, s'étendait au nord -est, depuis le rivage de l'Elbe jusqu'à la
grande roule, de Freiberg , et jusqu'à la rivière de la Weiseritz , se prblongèaat ù plusieurs centaines de pas y dans la campagne. Entre ce^ déuit points extrêmes, s'élevaient cinq forts considérable^ avec des fortins qui se couvraient réciproquement; le premier se tronvait suf le rivage de l'Elbe, à l'est de la ville, deve^nt la tuilerie; I0 second , au sud de la ville, mais: à une grande distance dii premier, devant la porte' du faubourg de Pirna^ non loin du grand jardin , et sur cette route; le troisième, à droite de la routé qui conduit à Dohna, non loin du jardin touffu , cf-devant dé Moczinski ; le quatrième , à gauche de la grânde route, devant la &uconnerie, qui conduit dans la vallée de Plauen ; le cinquième enfin , devant la barrière de Freiberg y à gauche de la grande route (1). Les faubourgs de la Ville vieille étaient
-( t -) Le nouveau plan de Dresde et des environs , levé par J..G. Lehmann ybif^ii^etdL .fia lecteur Vint elligehce des opérations ; iliembre^sç.^xi^iplus grande. partie desenvirons que tout iautr^:;a,u. mx^^est. ilj&'étend iusqu'au bois de Dresde ; à Test î,iiçqf^^49lriQ9sen etZschernitz^ à l'ouest jusqu'à Priessait^^^çtau^ud jusqu'àPiauen; par conséquent iL coixiprçud les. poiuts ^principaux di4i champ de bataille^; ctt iutliq^e .psê^e les fortifications construites en 181 3. Ce p1a](i/se vend isolé et conjointement avec l'ouvrage , intitule : Dresde n und sêin9
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entourés de forles. palissades, et le pont siir la Weiseritz, qui unit la Ville vieille avec Friede- 1 ichsiadt , était défendu par de l'artillerie. Les jardins, dans les faubourgs, étaient garnis d'infanterie légère 5 plusieurs maisons de plaisance , aux extréniîtés des faubourgs, sans en excepter celle du prince Antoine, dans le faubourg de Pirna, étaient crénelées , et tous les intervalles que laissaient les murs d'enceinte étaient clos par des palissades. Des soldais étaient au bivouac sur tes remparts intérieurs de la Ville vieille; les fenêtres de plusieurs maisons , situées près des portes , étaient garnies de tirailleurs; devant les portes intérieures et les avenues des portes des faubourgs il y avait, en planton, des gendarmes qui examinaient avec soin les soldats rentrant dans la ville. On avait placé aussi des pièces dans les mêmes endroits, moins sans doute pour empêcher Pen-
shiksale im Jakr 181 3 çom mai bis nouember; c'est-àdire : Description de Dresde , et histoire des év^nemens qui s'y passèrent depuis le mois de mai jusqu'en novembre 181 3, par C. A. Weinhold. Pour àjcqnérir une connaissance encore plus exacte du terrain , on pourra consulter: •Xopographische reiae charte durch die umliegende ge^ gendi^on Vresden 'y c'est-à-dire : Itinéraire topographique des environs de Dresde, qui a paru également dans cette ville ^ et la carte connue de Backenberg.
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uemi de pénétrer, que pour faire retoûrnei* au feu les fuyards, ou pour dissiper les rassemblemens (1).
Pendant que les pièces placées sur le rivage ,'
Hlllli
(i) Voici l'ordre secret qae le général Drouot (*) donna aux: officiers d'artillerie qui commandaient les pièces placées près des portes des faubourgs , et servies par des artilleurs de la garde : « Au caa que des troupes d'infanterie ou* de cavalerie , n'importe de quel corps ou de quelle division^ fussent assez lâclies, pour quitter leurs rangs, afin de se retirer en masse vers les faubourgs , il est ordonné aux officiers de la ge!ndarmerie , gardant les barrières , de les renvoyer de suite , en leur fesanl connaître qu'on tirerait sur eux s'ils ne retournaient pas sur leurs pas ; et si cependant les fuyards avançaient vers les barrières , les officiers d^ artillerie commandans les canons qui y sont placés , seront tenus de faire feu sur de telles bandes y et de ne pas souffrir qu'elles entrent dans la ville pour y répandre le trouble et la frayeur, —11 faut en même temps renvoyer dans leurs jnaisons les hahitans qui se trouveraient dans les rues , et ne pas souffrir qiûils forment des attroupemens, jiu cas qu'ils montrent assez de mauvaise volonté pour ne pas respecter cet ordre et s'opposer aux gendarmes , om tirera également sur eux y sans les laisser trop approcher des pièces,
(*) L'auteur n'indiquant point ses autorités, les ordres^ qu'il attribue au général Drouot n'ont aucune authenticité historique.
près de la gfande roule de Bautzen, secondaient le feu des lorlificaiions devant le faubourg de Pîrna, que les Russes et les Prussiens attaquaient avec fureur, Napoléon fit déboucher plusieurs colonnes de la jeune garde, par la tuilerie, ou la porte extérieure du côlé de l'est, afin de déloger les Russes de leur position prés du village de Blasevvitz. Là , des rangs entiers de Français , attaquant avec furie, furent renversés, et la jeune garde ne parvint, qu'après des efforts inouïs, k obtenir quelque avantage et à repousser l'ennemi derrière le bois de Blasewiiz (1). Les autres re-
(1) L'un de mes amis ^ qui eut t'occasiou d^observer ce qui se passait sur ce point ^ m'a communique le récit suivant. Au moment où^ pendant la bartaille du 26 y l'aile gauche àe& Français débouchait par la tuilerie , et que toutes les rues adjacentes étaient encombrées de soldats^ de canons ^ de caisons ^ ces masses resserrées auraient pu éprouver des pertes considérables par l'accident suivant. Une batterie russe tirait sur quelques obusiers français, placés sur une hauteur près des fortifications en avant de la tuilerie, et qui devenaient meurlricrs pour la masse de cavalerie russe* Un projectile russe mit le feu à un caisson français attelé de quatre chevaux et chargé d'obus, qui^ sautant isolément ^tuèrent d'abord deux des chevaux -, les deux autres prirent le mors aux dents , retournèrent sur leurs pas > et prirent au galop le chemin de la ville aVec le cai sson embrasé. Les bataiUoAi
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Irancliemens, jusqu'au faubourg de Freibcrg, surtout auprès des grandes routes de Racknitz et de
qni dcboucliaient reculèrent à ce spectacle, et il s'en suivit le plus grand désordre sous la porte. Par hasard , quelques obus crevèrent encore dans ce moment^ et tuèrent un troisième cheval^ mais de manière à détacher du caisson les trois chevaux tues. De la porte ^ on fit feu sur le cheval qui restait et qui traînait derrière lui la voiture enflammée. L'animal blessé retourna et «'arrêta près de là dans la prairie de l'Elbe, ne pouvant plus traîner le caisson. Quelques minutes après, la voiture sauta en l'air, et envoya sa charge jusque près du heerbasdon (bastion de l'ours), dans la ville neuve. Le malheureux animal , tout déchiré, était encore debout de- *vant les restes brûlans du caisson , et ne mourut que le »oir. Le moment où ce caisson menaçait de boucher l'is- «ue principale de la porte de la tuilerie était d'autant Jplus important, que l'aile gauche des Français était menacée d'ttre tournée sur la hauteur derrière le jardin ^ît de Stuckgiesser. La colonne française qui défendait 'ectte hauteur était précisément l'exlrêrae aile gaucLe \ ^ntre elle et P£lbe se trouvait un grand intervalle, dans lequel les tirailUurs russes commençaient déjà à péné- "trer, et la cavalerie russe faisait un mouvement pour s'y Jporter. La porte de la tuilerie resta obstruée pendant quelques instans; mais des ofUciers supérieurs, qui y «taient accourus, rétablirent l'ordre et firent marcher ^e nouvelles masses à l'ennemi; les lanciers polonais rechargèrent les tirailleurs russes, et l'on put reprendre
Plauen, furent attaqués avec la même fureur. De nouvelles troupes débouchaient sans interruption par les portes pour défendre les positions menacées. Les Français furent vivement serrés sur plusieurs points. Pendant que sur les routes de Plauen et de Freiberg , les Autrichiens résistaient vigoureusement aux troupes qui se portaient en avant sur Lœbtau , les Prussiens combailaient avec une bravoure admirable dans le grand jardin , dont les Français ne pouvaient pas réussir k les déloger. Quelques pelotons de la jeune garde furent repoussés jusque près des murs du jardin du prince Antoine ; mais ils retournèrent au combat (i), lorsqu'ils se virent accueillis par les balles de leurs camarades. Des obus sans nombre se croisaient sur la malheureuse ville de Dresde, et mirent le feu à quelques maisons des liiubourgs ; dans la Ville vieille même, beaucoup de toits furent endommagés, surtout dans la Seegasse
Toffensive sur ce point. Des lîraillcuis français formèrent une nouvelle ligne jusqu'à l'Elbe : les lignes russes, enfilées par l'artillerie de J a rive droite, se retirèrent, et les alliés perdirent cette position si avantageuse en avant de Blase wilz.
(i) L'auteur ne fera croire à personne que l'on fut obligé de tirer sur des soldats de la garde pour les forcer à retourner au combat.
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et dans la Kreutzgasse. Le danger devenaîti imminent d'un moment à l'autre; les hablti dans un morne silence, s'attendaient aux évi mens les plus funestes. Partout on ne voyait que trouble et confusion; l'angoisse était peinte sur tous les visages. A mesure que les boulets tom-» baient en plus grand nombre dans la ville , les rues devinrent de plus en plus désertes. Les liabitans fermèrent les portes de leurs maisons, et plusieurs se retirèrent dans les caves; quelquesuns, cependant, qui n'avaient pu se retirer assez vite des rues, furent tués ou blessés. La ville entière était un camp. Les soldats prêts à marcher en avant au premier signal , étaient couchés dans les places publiques. Les voitures et les chevaux se pressaient en tumulte dans les rues. Les portes des faubourgs ne s'ouvraient que pour laisser sortir des troupes qui allaient combattre , ou pour donner entrée aux* blessés. Vers six heures, le bruit se répandit que les alliés s'avançaient en force, et que les Prussiens avaient déjà pénétré dans le fauiourg de Pirna. Le bruit du canon redoublait : quelques divisions de la garde qui étaient restées en réserve, avec 16 pièces, dans la place dite Altemarkt, sortirent de la ville au pas de charge, «t rétablirent l'équilibre. Napoléon^, au milieu d'une grêle de boulets et de ball^, avait passé au rand galop dans la Schlgssgasse ( rue du château),
pour gagner la porte du lac et la barrière de Dippoldiswalde. Après s'y être arrêté un instant y il avait couru sur le cbamp de bataille; un officier de sa suite fut tué à côté de lui, et plusieurs de ses aides-de-camp furent blessés. Les ouvrages en avant delà barrière de Freiberg, dont le canon autrichien avait fait taire le feu, étaient déjà abandonnés par les Français* Les travaux plus considérables encore, près du jardin Moc^inski, avaient été emportés à l'entrée de la nuit par un régiment hongrois, après un combat opiniâtre qui coûta beaucoup de monde, aux Autrichiens. Les Français firent de nouveaux efforts; vers les sept heures, ils firent une attaque vigoureuse sur les derniers ouvrages dont je viens de parler^ et , soutenus par le feu des soldats de la garde placés dans le jardin, ils les reprirent. Le moment favorable pour prendre d'assaut une ville défendue par des ouvrages Irès-forts, et par une armée qui s'était déjà accrue au moins jusqu'à 100,000 hommes, était passé depuis long-temps ; aussi les alliés se retirèrent-ils à la nuit sur les hauteiurs dont ils étaient descendus au moment de l'attaque , et les Français restèrent maîtres de leurs fortifications. Quelques colonnes de prisonniers, composées en majeure partie de Polonais galliciens, furent le fruit de cette journée. La canonnade cessa sur tous les points vers neuf heures du soir. Les flammes de
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quelques maisons devant la barrière du Faucon ^ où il était tombé des obus, éclairèrent cette nuit d'alarmes. Si l'on ne craignait plus l'assaut, tout ^annonçait que le lendemain les deux armées al-* kient renouveler le combat. Les Français bivouatpxèt'eïA devant les barrières et dans les faubourgs. Sur plusieurs points, les alliés étaient à peine éloignés d'eux à une portée de fusil* Près du village de Strehla, derrière le grand jardin, des caniinîères, tant françaises qu'autrichiennes , s'étaient établies pêle-mêle en bonnes camarades; les officiers et les soldats des deux armées venaient leur acheter de l'eau-de-vie indistinctement, et en réparant leurs forces , s'entretenaient des événemens de la journée..
Vers minuit il tomba une petite pluie qui augmenta bientôt tellement, que Teau tombait en torrens, sans interruption ^ des troupes et des trains d'artillerie passaient le pont» Beaucoup de conscrits profitèrent des ténèbres profondes de cette nuit |>our se soustraire aux dangers qui l^s attendaient 1q lendemam, en se cachant dans les environs; et voilà ce qui explique comment d'un régiment de la jeune garde , fort de 3,ooo hommes, et qui avait peu souffert du feu de l'ennemi , il ne rentra , le lendemain , du champ de bataille que goo iiommes.
te soleil était levé ; les divisions de Marmont et de Victor se rangeaient en bataille. Les Français^
couverts par leur ouvrages, et protégés par une nombreuse arlillerie , avaient de grands avantages pour l'attaque ; leur route de communicatioa n'était point coupée j s'ils remportaient des avantages 5 ils pouvaient les poui'suivre j s'ils étaient battus , ils pouvaient se retirer en toute sûreté y sans que les alliés osassent les suivre jusqu'à portée du canon de Dresde (1). Vers six heures, Napoléon sortit par la porte de Wilsdruf. A peu près à la même heure y les alliés reçurent^ par une canonnade, les Français qui avançaient sur eux. Les attaques de ces derniers commencèrent à huit heures y et ils dirigèrent la première sur le centre des alliés^ placé sur les hauteurs de Zschernitz et de Racknitz , et qui s'étendait depuis Leubnîtz jusqu'au bord oriental de l'enfoncement dePlauen. Les alliés défendaient vigoureusement leur position , et l'artillerie autrichienne faisait de grands ravages dans les rangs français. Pendant que Napoléon restait immobile entre la barrière du Faucon et la route d« Dippoldiswalde , avec une armée de réserve au moins de 36,ooo hommes, l'attaque était continuellement soutenue par l'infanterie , qui avançait de plus en plus contre l'ennemi , mais sans résultat.
(i) Voyez le rapport du géoe'ral Stewart^ supplément XLI.
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rAprès deux heures de combat ^ rarraëe ennemie n'était plus arrêtée dans cette partie de sa position que par une faible canonnade ; les efforts des Françsus se tournaient contre l'aile droite, composée de Russes et de Prussiens , et qui s'étendait de LeubnitK par Striessen et Blasewitz. Mais ces attaques ne paraissaient aussi destinées qu'à faciliter les opérations contre l'aile gauche, qui s'étendait depuis Tœlschen,lelong de la côte occidentale, dans l'enfoncement de Plauen jusqu'à Gorbitz, sur la route de Freiberg. Cette division , composée en bonnfe partie de conscrits galliciens et hongrois, mal équipés et peu exercés, était encore en prise par un vice de sa position , car la profonde vallée de Welsseritz, derrière Plauen , la coupait entièrement du centre et de l'aile droite. Napoléon sut profiter de cette faute de tactique : cette aile gauche n'était , du reste, pas assez forte pour couvrir suffisamment ni les défilés de Priessnitz et de Leutevvitz, qui s'ou vrent à l'un de leurs bouts sur les bords de l'Elbe, et à l'autre dans la grande route de Freiberg , ni le Xschonegrund. Comme ces points imporiaus étaient à peine observés, il ne fut pas difficile au roi de Naples de tourner enlièreûient la gauche de-Fennemi, avec une division d'infànierie et de cavalerie, commandée parle maréchal Victor et par le brave Latour-Maubourg. Vers midi , Joachim ?
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qui dès la veîlle avait préparé son opération , en occupant le défilé de Cotta, déboucha parle Zschonegrund, non loin du village de Pennerig. Ce mou^ vement fut décisif : Fennemi fit une vive résistance sur les hauteurs qui bordent la vallée de Weisseritz ; mais la pluie , qui tombait par torrens^
rendait la défense très-difficile ; elle empêchait le soldat de tirer, et ne lui permettait que l'usage de
la baïonnette. L'aile gauche fut entièrement mise en déroute , tant par la cavalerie fi^nçaise , qui chargeait avec fureur , que par les pièces de l'artillerie à cheval , qui tiraient des hauteurs près de Nausslitz et de Bossthal.
Le général Yandamme, dès le 26, avait passé l'Elbe près de Kœnîgstein : ayant appris que ce général avançait sur Pirna, et qu'il menaçait leurs communications avec la Bohême, les alliés s'étaient déjà déterminés à la retraite, lorsque le mouvement du roi de Naples entraîna la perte de l'aile gauche. Les Autrichiens, repoussés de la route de Dippoldisv\^alde, par laquelle ils pouvaient battre en re* traite , entourés par la cavalerie y pris à dos près de Gorbitz , se rendirent au nombre de plus de 10,000 , avec leur général Metzko; il n'y en eut qu'un petit nombre qui se sauva par les chemins creux qui conduisent dans la vallée de Weisseritz ; un assez grand nombre même de ceux qui s^étaienl
(fispérsés fut encore pris sur le champ de bataille. La mort de Moreau (1) eut, sans contredit, une grande influence sur l'issue malheureuse de ; ce copfibat. Ce héros magnanime , qui avait quitté sa paisible retraite au-delà de l'Atlantique , afin de combattre pour la liberté de l'ancien monde, que son implacy>le antagoniste foulait aux pieds, se trouvait) vers midi^ à cheval à côté de l'empereur Alexandre , sur une hauteur derrière le village de Racknitz, d'où il pouvait suivre les mouvemens du centre et de l'aile droite : un boulet , parti probablement d'une batterie de campagne placée sur le bord du chemin creux , derrière le petit château de Plaisance , traversa le ventre de .son cheval, et lui fracassa les deux jambes. On le mit d'abord à l'abri dans une maison de paysan voisine, puis on le porta sur un brancard à*Nœthnitz, terre à deux lieues et demie de Dresde ; c'est là ^u'on lui fit l'amputation, après quoi on le transporta à Laun en Bohême , où il mourut au bout de cinq joars , suivant l'expression de l'empereur Alexandre , comme il avait vécu , aviêc toute la force cCune âme ferme -^ -g^pande* Autant l'on avait mis de soin à cacher à l'armée &an^ise la proximité de ce général révéré , de l'arrivée duquel ,
(1) Voyez la noté ^ à la suite du rapport du général Stewart, supplément XLL
:^8o CAM'PAGKE
à ce que l'on rapporte , on défendit nlême sous les peines les plus sévères de parler dans .rarcoée française, aulaut on mit d'empressement à publier l'heureuse nouvelle de sa mort.
A cinq heures du soir, Napoléon, tout percé par la pluie , passa à cheval dans la rue de Wilsdruf 5 accompagné de quelques généraux autrichiens prisonniers , et suivi d^'un détachement de la jeune garde , pour rentrer au château : quelques régimens qu'il rencontra furent obligés de s'arrêter pour laisser passer le cortège , et le saluèrent par leurs joyeux n)ivat (i). Dix drapeaux autrichiens furent portés en triomphe à travers la ville par des soldats de la garde, jusqu'au château du prince Antoine j on les suspendit publiquement dans le grand vestibule, et Ton plaça des factionnaires auprès. Cette place n'était pas choisie avec beaucoup de délicatesse, puisqu'ils se trouvaient sous les yeux de l'épouse du prince , sœur de l'epapereur d'Autriche. Suivait l'artillerie prise dans la bataille , et les prisonniers, formant plusieurs colonnes (2) : c'était un triste spectacle.
(i)On dit qu'il répondît , en criant: les Autrichiens sont battus !
(2) Voyez les rapports officiels sur les événemens dit 26 et du 27 , suppl. XXXVIII et XLU.
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Exténués par uae longue et pénible marche à travers l'Erzgebirge y où la pluie avait rendu les chemins presque impraticables, ces malheureux , après avoir souflTert les plus rudes privations, épuisés par dô cruelles fatigues, étaient arrivés sur le champ de bataille, où les légion^ destructives de leurs ennemis avaient campé pendant plusieurs mois. Plusieurs d'entre eux étaient grièvement blessés: tous y enveloppés dans des manteaux déchirés ^ étaient dévorés par la faim , qu'ils disaient n'avoir pu satisfaire depuis leur départ de Bohême. Faute de pain , et n'ayant trouvé que rarement des pommes de terre , ces malheureux tombaient avec la plus grande avidité sur les rafraîchissemens que leur offrait la commisération des habitans de Dresde. On renferma dans l'église protestante , et dans le Wallgarien de Brùhl , tous ces prisonniers , au nombre d'à peu près i3,ooo hommes^ la plupart Autrichiens, dont le nombre fut augmenté encore le lendemain par des soldats dispersés ^ qui se ren-» dirent volontairement daos la ville ,^ou qui furent conduits sous escorte. Comme le local qui leur était destiné ne se trouvait pas prêt , plusieurs d'entre eux cherchèrent, la première nuit , un abri dans le vestibule des maisons , où des personnes charitables les pansèrent et les secoururent. Les autorités françaises ne firent presque rien pour cet infortunés , et si les habitans n'eussent pris pitié 3. la
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(Veux 5 il en cul pcri un bien plus grand nombre encore dahs ces prisons, où leurs blessures négligées 5 et la faim , leurs arrachaient des cris lamentables. Les bourgeois portèrent dans les églises de grandes quantités de pain et de vivres de toute espèce ; mais il était impossible de satisfaire aux besoins de tous , et la presse était telle autour des distribuans, que les factionnaires avaient souvent beaucoup de peine à les proléger. Les paisibles . citadins y peu habitués h ces scènes d'horreurs y virent un malin , avec, effroi , devant l'une des églises, les cadavres de plusieurs de ces malhenreux^ morts de besoin. Les jours suivans , nouveau spectacle digne de pitié , lorsque l'on transporta des églises dans les hôpitaux (l) ceux qui étaient le plusgriévenjcnjL blessés: plusieurs étaient tous nuds. Les Français traitaient les blessés ennemis avec une indifférence plus froide encore que les leurs pro-» près. Dans les deux dernières journées, il y avait eu 10,000 Français de blessés. Les églises furent dégradées de plus d'une manière par le séjour des prisonniers , et on n'y put célébrer le culte de quelque temps. Ce ne fut que le 5i août que l'on évacua, par Meissen , une partie des Autrichiens ^-
,(0 J^l y avait à celte époque vi^gt-quatre hôpitaux àun% la ville.
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Eusses et Prussiens. Leur extérieur attestait combien ils avaient souffert; lorsqu'on les voyait dévorer avec avidité des morceaux de cheval cru, on n'avait pas de peine à ajouter foi à ce que rapportaient les bruits publics^ des mauvais traitemens , qu'ils avaient essuyés. Une grande partie des Autrichiens ,. en particulier les milices nouvellement enrôlées dans la Pologne , prirent sur-le-champ du service dans l'armée française : vêtus de leur nouvel uniforme, on les vit bientôt faire l'exercice à la française , afin d'être en état de figurer sai^s retard dans les rangs de leurs nouveaux camarades. Les rues de Dresde continuaient toujours de servir de bivouacs. Ici l'on tua^t des animaux- volés , et l'on voyait sous les tilleuls des feux innom-*brables^ près desquels on préparait les repas } là on apercevait des blessés négligés , et couchés à côté de chevaux iports, ou prêts g périr de fatigue. D'un autre côté, des paysans :de la rive gauche s'établissaient avec leurs enfans demi-nuds, les bestiaux qu'ils avaient pu sauver, et les débris de leurs effets. Sur le pont, une massp confuse de soldats, de voitures, de bestiaux et de pays^Qs : c'était un coup-d'œil horrible que celui du champ dé bataille; cependant la cupidité ou la curiosité y attirèrent un très-grand nombre de spectateurs dès que la canonnade eut cessé. Â un rayon d'une lieue autour de la Ville vieille , l'œil ne rencon-
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Irait que scènes d'horreur. Des mlUiei s de morts des quatre nations les plus belliqueuses de l'Europe jonchaient le champ où l'on avait combattu avec acharnement; l3eaucoup de côs corps étaient demi-nuds, ou entièrement dépouillés ; pluàeurs étaient déchirés par des biessures effrayantes , écrasés par les roues des canons et des voitures: les fossés et#les marrei étaient remplis de chevaux et d'hommes. Nulle part les morts n'étaient en plus grand nombre que près de l'ouvrage à proximité du jardin Moczinski, devant la barrière des Faucons , près du petit château , dans le grand jardin et près des moulins, devant la porte de Lœbtau. Suivant l'usage , les morts français avaient élé, surtout dans la partii^ la plus rapprochée de la ville^ enterrés, comme de coutume^ aussitôt après le combat ; et les monceaux de terre fraîchement jetée, les membres , sortant des fossés l^è* rement creusés^ faisaient seuls reconnaître les ravages que la mort avait exercés dans leurs rangs. Des soldats fraoçaîs et des femmes publiques se glissaient sur le champ de bataille , et arrachaient aux cadavres encore sanglans une pièce d'habit y ou cherchaient l'argent et les montres; vieux et jeunes rôdaient pour ramasseï- des boulets et des armes , dispersés dans un épouvantable désordre sur le lieu du combat, au milieu des débris des équipages et des caissons sautés. Tous les villages
voisins avaient souffert par rincendie et par te pillage j tout ce qui avait écbappé à la fureur de rarmée en retraite , çtait pillé ou ravagé par les Français à sa poursuite. Partout on voyait éparses des gerbes abondantes qu'on avait enlevées dea granges pour servir de lits aux soldats , ou pour la nourriture des cheyaux ; partout on voyait de malheureiLix paysai^ ^ tenapt tristement ..aupi^ès des débris fuoiaas de leurs jna^ons, ou cherchant , en soupirant 9 k recueillir dans les charpps les restes dispersés des frqits de leurs travaux , et retrouvant quelquefois les portes de leurs maisons dans les débris d'uqe cabane du camp, et leurs oiçubles volés dai3S les tas 4e bois en feu d'un bivouac*.