CHAPITRE IV
La joie de la victoire obtenue près de Dresde, et dont les avantages étaient extraordinairement exagérés par les rapports français, fut proipptement troublée , et on ne reconnu); que trop lot Fimpossibilité d'améliorer la ntuation actuelle des forces militaires de la France. Quoique 1^ efforts des alliés , à cette époque , n'eussent point encore été récompensés par des succès décisif , l'observateujr clairvoyant remarquait déjà dans les opéra* ûoûs de Napoléon un changement frappaitté.
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Ce capitaine, habiiué à maiiriser les entreprises de ses adversaires , à déployer contre leurs efTorts des forces supérieures, était, cette fois, dès l'ouverture de ta campagne, gêné et reserré dans tous ses mouvemeiis. Les alliés, au controire, en plaçant leurs principales forces dans la Bohême , avaient l'avantage de dominer les deur rives do l'Elbe , d'arrêter l'ennemi dans toutes ses tentatives d'attaque , qae rendaient encore plps difficiles les mouvemeiis des deux armées du prince royal de Suède et du feld-maréchal Blûcher, pour empêcher la réuniondesforces françaises. Par l'effet de ces circonstances, l'beureux succès que Napoléon venait d'obtenir près de Dresde, deraenraît sans influence décisive sur l'ensemble des opérations, et portail k peine quelque atteinte au plan originaire des alliés. Déjà se développaient les suites de la grande victoire quHs venaient de remporter sur les frontières de la Marche de Brandebourg et de la Lusace , dans le même temps oh l'étoile de Napoléon jetait à Dresde un dernier éclat. Sa fortune militaire avait sltânt son terme; et avec quelque soin que l'on empécbât de se répandre les nouvelles sur la véritable àtuatiou de& affaires , cependanl la voie de la renommée, forçant toutes les gardes « toutes les barrières qu'accumulait une prévoyance inquiète j annoni toujours plus cliùrenMDt qn^iia
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s^altacliatt enfin aux puojels d'un chef accûulunié à la victoire.
Dans la nuit qui suivit la bataille j les divisions de l'armée alliée s'étaient retirées vers les frontières de la Bohème, et le bruit du canon, toujours pltis éloigné, prouvait que le combat continuait avec les Français à leur poursuite. CependaDt elle n'était ni vive ni pressante ; car un rapport apprit au public que le sSaoôt, dans la matinée, un corps d'armée avait paru sur les Iiauteui's, avec de l'artillerie, pour couvrir la ielraite des alliés. Plusieurs divisions françaises les poursuivirent vei's les frontières de la Bohême(i); le roi de Naples , au-delà de Freiberg, vers les déiilés sortant de l'Erzgebîrge ; le maréchal GouvioQ Saint- Cyr
(1) A travers les montagiicE qui ferment la Bohêmo du côté du, iior^ , «'étendent six défilés dépendons do la Saxe, de l'orient à l'occideut, et sur la rive droite de l'£lbe : i*. la route de Reicbenberg à Friedland , qui se p&itage en deux branches, l'une desquelles conduit à Greifcnberg en Sîlésie , et l'autre à Setfenberg en ^ Saxe ; s", route de Zittau, par Leipn et' Gabel , sur la rive gaucbe de l'Elbe; 5°. route de Giessbiibel , par Petcn-walde , raate principale enlrePragnc et Dresde ; i-.xieUBdoTœplit^iZinnwaldeiS'. ceUedeCommotan, parPassbergà Auiiaberg; 6*. oell« du cciclc d'£llenbo^ ^^eep à Fbacn, dans le VffigtUad.
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Vôrs Giesshûbel. Napoléon lui-même se transporla, le lendemain du combat, le matin,* vers sept heures , dans les environs de Pima ; mais dès le soir il était de retour à Dresde. Les nouvelles victoires que , d'après les rapports français, leurs troupes remportèrent dans ce }our et le jour suivant sur les armées alliées en retraite^ se bornaient à quelques combats insi^ifians dans la campagne de Dresde, avec Tarrière-garde ennemie. Mais pendant que l'on annonçait de nouveau des événemens heureux qu'on se promettait de la réunion des armées qui marchaient en avant, avec le corps de Yandamme sur les frontières de la Bohême, la nouvelle d'une suspension d'armes, conclue au moins entre l'Autriche et l'armée française , se répandit à Dresde ; la renommée parla même d'une entrevue des puissances belligérantes, et le 529 août , on jfit des préparatifs pour mettre de nouveau le château de Marcolini à Friedrichstadt en état de recevoir Bonaparte.
Mais à peine ce bruit s'était- il répandu , que l'attention se porta d'un autre côté, que la renommée désignait déjà. Le premier résultat de la défaite du maréchal Oudinot , qui tentait une trouée sur Berlin , fut l'envoi du maréchal Ney , qui , sortant il peine du champ de bataille de Dresde , s'efforça de rassembler les débris de l'armée bsgttue, le a5 août , à Grossbeeren^ pour arrêter les progrès
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du prince royal de Suède. Le danger élait encore plus menaçant du côté des frontières de la Silésie , où Blûcher avait vaincu, le 26 août, à la bataille de la Katsbach, les divisions de Macdonald et de Sébastîani. A peine l'influence fâcheuse de ces événemens s'était-elle fait sentir sur les opérations dé la grande armée , que la défaite complète de Vandamme, le 3o août , auprès de Culm , à deux, milles de Tœplitz, où la veille 8,000 Russes, sous le général Oslermann , lui avaient déjà opposé la plus vigoureuse résistance , anéantirent tous les projets d'attaque du chef des Français , et le réduisirent complettement à la défensive.
Ces revers avaient déjà l'influence la plus malheureuse sur la situation de la capitale opprimée; de ce moment commencèrent les marches et contre-marches des armées françaises , qui pesaient de plus en plus sur Dresde , comme sui;^ leur point d'appui, et qui, ravageant tous les jours davantage le pays , resserraient plus étroitement le théâtre d'une lutte remplie de vicissitudes.
Le 3o, dans l'après-midi, plusieurs divisions d^ la jeune garde , revenues des frontières de la Bohême, filèrent sur la rive droite de l'Ëïbe, et campèrent dans la campagne derrière Neudorf , noa loin des retranchemens sur la roule de Grossen« hain , où Napoléon les passa encore en tevue le soir même. Une partie de ces troupes fila plus loin,
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sur la route de Grossenhain , témoin , pendant loullejour^dece mouvement tumultueux. Un train de plus de cinquante voitures, venant dé Torgau , avait une escorte de 3oo hommes; car la cavalerie légère russe se répandait déjà sur la rive inférieure de r£lbe. Quelques bandes de militaires français et allemands, venus, les uns de la même route , les autres de Kcenigsbrucke , et faisant partie des débris de l'armée battue à Berlin , furent dispersés. Une longue file de brouettes, remplies de blessés français qui arrivèrent fort tard , pendant la nuit, par la route de Slolpen,augmentèrent l'embarras déjà effrayant dans les rues de Neustadt et sur le pont. Mais dans la matinée du jour suivant, la plus grande partie des troupes qui, le soir de la veille étaient passées sur la rive droite du fleuve , traversèrent la ville à la hâte , et se portèrent sur la route de Pirna. La cause de ce mouvement était la perte qu'on venait d'éprouver en Bohême , perte dont la nouvelle se répandit le jour même à Dresde, et fut confirmée par les fuyards. Quelques centaines de prisonniers russes et autrichiens furent , il est vrai , amenés dans la ville au même moment; mais, au rapport de ceux-ci , autant de milliers de prisonniers français étaient conduits sur les roules militaires de la Bohême. Le lendemain arrivèrent les débris disperses , et en partie désarmés, de ce brillant corp» d'armée , que , quatorze jours auparavant , Vanr-
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damme'condukait. à travers la vîile, comme s'ib eussent marché à une victoire cerlaine. Ces troupes occupèrent le camp abandonné dans le bois de la rive droite de l'Elbe, pour s'y rétablir. v
- Le 2 septembre , de nouveaux corps de troupes revinrent sur cette même rive : de ce nombre était la division sous les ordres du général Mortier. Quelques divisions se dirigèrent sur. la route de Berlin; mais la plupart sur Bautzen , pour ap-
, puyer le maréchal Macdonald , vivement pressé. L'après-midi , le. roi de Naples revint de l'Erzge-* birge, où il s'était avancé jusqu'au-delà de Marienberg, vers les frontières de Bohême; et presque aussitôt la division de cavalerie du général Latour- Maubourg^ placée sous ses ordres, suivit cette route si souvent battue : un détachement de prisonniers russes, sous la conduite de soldats espagnols, augmenta le tumulte croissant de. ce jour.
Napoléon , disait-on y voulait rétablir , par un coup vigoureux, ses affaires dérangées par le mauvais succès de ses généraux. La; marche des troupes continua le jour suivant, et BoQ^parte partit luimême le soir^ après avoir passé en revue ^ dans la cour du château, un régiment composé de prisonniers de la Pologne autrichienne , et qu'il avait rapidement formé et équipé. Le roi de Naples
* l'accompagnait , et toute l'administration tenant à l'état-major marchait à leur suite , ayant derrière
eux des files de voitures et des troupeaux de bœu& et de moutons. On annonça avec confiance que la victoire marquerait les progrès de l'armée. Pendant le court intervalle où les babitans furent délivrés d'une partie de leurs hôtes y il s'ensuivait un délo* gement de la troupe, à la suite duquel beaucoup de soldats se trouvant sans abri, mendiaient le jour^ ^'attachaient aux vivandiers, et, la nuit, couchaient dans les boutiques , dans des échoppes ouvertes ^^ ou même sur le pavé.
Avant le départ de Napoléou, on avait déji commencé à fortifier encore davantage les alen^ tours de Ih Yille vieille. On irvait élevé trois novt* velles redoutes pour fortifier davantage l'espace faiblement défendu entre les ouvrages construits sur la route de Plauen , et la redouta orientale , près de la tuilerie. La redoute tétait construite à la barrière de Dippoldi9vi^de,qm jusque-là n'avait été fermée que de palissades, et qui conduit, k droite, à la route mililaire fle Racknitz; la seconde était établie sur la route devant la barrière de Dohna^ moins éloignée de la grande redoute , près le jardin Mocùnski , et la troisième était élevée devant la barrière de fiampseh , près la route de Filnits. Les gens de la campagne , et les soldats de la divi- Hon campée sur la rive droite de l'Elbe , travail^ laient avec zèle à ces ouvrages, pour les terminer promptement. On élevait en même temps les fort
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tificaiions de Meissen y qui devaient former un nouvel ouvrage extérieur pour la défense de Dresde. Sur la rive droite^ en face de la ville, les plus riches vignobles des montagnes avaient été ravagés pour £iire place à des retranchemens qui couvraient le pont de bateaux. Le vieux bourg d'Albert, situé sur une colline qui s'élève à 160 pieds au-<lessus du fleuve, et dont le&n)onnmeos pacifiques datent de plus d'un siècle, devint une forteresse. Les saUcs où l'on fabriquait la porcelaine se remplirent depiunitions de guerre; les ponts de pierres, construits avec tant de hardiesse, ouvrage de l'iilustro, comte Henri, dans le treizième siècle, qui réunissent le Schlossberg à l'Afra^Berg et à la partie inférieure de la ville, furent fermés par des palis'> sades ; les maisons qui s'y trouvent furent brûlées. Ainsi Dresde avec ses alentours fut transformé ^n un camp retranché^ où l'armée frani^i^ , resserrée de tous ôôtés, paI^at décidée à braver, derrière des remparts que l'on croyait inexpugnables ^ les forces supérieures des alli^. Mais les brillantes espérances qu'avait fait naître la seconde -expé-*^ dition dans la Lusace furent exico^e tl^ompëesj car Napoléon fut de retour le 6 septembre., vers le soir, et l'armée qui le suivait rentra pendant toute la nuit. Dans la matinée du jour suivant , la garde , fiiisant flotter six drapeaux autrichiens qui faisaient psirûedes tropbéesde la bataille deDr^e^^
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et qu'elle poilait depuis dans toutes ses expéditions ^ pour faire illusion par Tapparence de nouveaux trophées, revint dans la ville , et rentra, sans attendre une nouvelle distribution de l(^emens, dans ceux qu'elle avait quittés quatre jours auparavant. L^armée de Blùcher^ attaquée le 5 par Napoléon à Reichenbach , s'était , après un combat insignifiant de cavalerie j retirée vers la Neisse et la Queiss ; on n'en avait laissé qu'une Ëiible divi-r sion sur la rive droite de la Neisse pour observer l'ennemi. Pendant que l'armée se retirait devant Bonaparte y celle de Bohême franchit aussitôt les. frontières de Saxe, vers Peterswalde et.l'Erzgebirge. Il n'y était resté que les divisions du prince Poniatovf'ski et du maréchal Saint- Cyr, avec ce qu'on avait pu réunir des débris du corps de Yan- . damme , conmiandé alors par le comte de Lobau, pour repousser les attaques de l'ennemi : ces troupes avaient à lutter contre toutes les difficultés d'une saison rigoureuse et d'une disette cruelle, tandis que les alliés, au moyen des routes qu'ils avaient derrière eux , étaient abondamment pourvus de viande , et de toutes sortes de provisions. Déjà, dès le 5 septembre , des essaims de Cosaques s'étaient montrés près de Dresde , à Possendorf et à Kesselsdorf ; en même temps se répandaient sur les routes de la Lusace , derrière la grande armée française, dés partis russes et prussiens, enlevant
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de petits détachemens et s'emparant de tons le» convois. Napoléon fit des préparatifs sérieuï contre l'armée venant de. Bohême , qui , le 7, avait forcé le maréchal Saint-Cyr à se retirer sur Dresde. De nombreux corps de troupes , arrivant de Bautzen et de Kœnigsbrûcke , se hâtaient d'occuper la rive gauche de TEIbe. Le 8, Napoléon^iui-méme se dirigea sur Dohna , où l'avant-garde du comte de Wiitgenstein avait poussé les Français. Ceux-ci cependant s'y maintinrent vigoureusement dès que leurs renforts furent arrivés. La petite ville de Dohna fut canonnée ; plusieui-s maisons prirent feu , et les environs furent horriblement ravagés. Infanterie^ cavalerie, artillerie s'avancèrent, jus»jque bien avant dans la nuit, sur les routes militaires de la Bohême. Le lendemain. Napoléon décampa de Dohna , où il avait passé la nuit, s'avança sur les frontières dé Bohême , et le 10 septembre, la grande armée déboucha en avant sur les roules de Nollendorf et d'Ëbersdorf , tandis qu'au mêmar moment une division de i5 milles hommes, sousr le maréclial Saint-Cyr, perçait par la vieille routes sur Geiesberg. Napoléon resta avec trois divisions à Nollendorf; mais après quelques çomliats inàM gnifioms , il se retira par la route oriMnairû. Le 12 , il était de retour à Dresde. Pendant tout lé jour , il fut suivi de la vieille garde et de plusieurs divisions de la jeune gard:^^ qui passèrent jsiussicoi
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sur la rive droite de l'Elbe , s'avacçant sur la route de Kœnigsbrucke. Ces mouvemens étalent la suite de la sanglante défaite qu'avait éprouvé, le 6 septembre j a Dennev^itz , un des plus braves généraux français^ et des nouveaux progrès du général prussien* qui était déjà revenu à Ilermhut.
Depuis la route de Kœnigsbrucke, sur les hauteurs du bois de Dresde, jusqu'au village de Pies* chen, dans, la plaine et sur la route de Meissen, de nombreux bataillons étaient campés sous des huttes de paille, de feuilles et de planches. Tous les villages étaient remplis de soldais turbulens et pillards, entassés depuis 5o jusqu'à loo dans les plus petites huttes. On avait brisé les granges et les maisons qui se trouvaient dans la ligne de défense, ou dans les endroits où manquait le bois pour les bivouacs, ou les planches pour les cabanes : jusqu'aux ustensiles de ménage furent enlevés, et devinrent la proie des flammes; on n'épai^na pas même le cimetière de Neustadt, ni les sépulcbres dans le voisinage du camp. Les eroix sur les fosses furent brûfées; on fouilla les fosses; on jeta les cercueils en bois dans les feux des bivouacs; on dépouilla les cadavres de leurs fin.ceuils, que les soldats vendaient dans la ville, avec les couronnes de fleurs artificielles et de clinquant qu'ils avaient trouvées dans les tombeaux, l'eut ce qui restait dp fruits d'hiver . devint la
proie de ces guerriers afiamés, qui battaient au loin la campagne pour ramasser des pommes de terre et des fruits dont ils revendaient (lue partie dans ]a villeé Les fossés où les gens de la campagnô avaient enfoui beaucoup d'onjets, furent bientôt découverts par la sagacité des soldats, dont les perquisitions^ continuées avec avidité , firent per** dre à beaucoup de pauvres habitans jusqu'aux derniers débris de leur avoir. Les moyens irré-* guliers qu'on employait pour se procurer du four-rage n'étaient pas moins oppressifs, et en géné^ tàl ceux dont on se servait pour s'approvisionne^ de tout, étaient si désastreui , que dès le 5} août^ les administrations françaises voulurent y op-*i poser un règlement, qui ne fût cependant publia qu'à la mi-septembre, et qui, au total, ne put produire que peu d'effet j car l'égoïsme et le mau^ vais exemple des officiers ne firent. que trop de progrès. Déjà, depuis quelques semaines, les ra-*,. lions des soldats étaient de plus en plus diminuées^i Les distributions de viande devenaient rares, et le soldat était presque entièrement réduit à sub->*: sister de pillage, qu'il ne pouvait exercer que dans la campagne et dans les huttes des paysans* Lèg munitions de guerre paraissaient éprouver une égale diminution; aussi, pour en prévenir le défaut, ou par une prévoyance inquiète, obligea-l-j on, par des ordres sévères, dans le commence^ a. i5 '
»idérable. La garde souffrit le plus. Napoléon resta encore quelques jours à Pirna , pendant qu'on avait répandu à Dresde le bruit de ses progrès dans la Bohême ; mais la vue de quelques pièces de campagne enlevées aux Russes, put à peine procurer à ce bruit quelque consistance. Le nombre considérable de blessés qu'on vit arriver, depuis le 18; enfui, le retour de Napoléon le 21, dévoilèrent complètement le peu de succès de cette tentative. Tout le pays, depuis Dresde jusqu'aux frontières de la Bohême , avait été ravagé «t pillé dans cette expédilioa.
Les préparatifs de défense furent, après ce revers, poussés sur ce point avec encore plus d'activité. Depuis plusieurs mois il y avait à Sonnenstein ^ près de Pirna , une maison de santé pour lesirisensés. Le l4 septembre, elle fut tout->à-coup évacuée, et fut convertie en une forteresse. Le directeur de l'établissement n'obtint, pour toute réponse du chef suprême^ que cette décision laconique : ce Qu'on chasse les fous. » H parvint cependant a sauver quelques provisions. Mais dans le court espace de trois heures accordé pour l'évacuation , il ne put emporter tout ce qui était nécessaire aux besoins des Qialades, et le major.,«« chargé de prendre possession du château , rendit encore plus dure^ par la rigueur des mesures^ <{u'il prit| l'exécution de cet acte de violence.
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La position de Farmée française devenait de plus en plus ciillque : de plus en plus les communications de Napoléon avec l'Allemagne mérî* dionale et occidentale, ainsi qu'avec ta France , étaient menacées par les mouvemens de l'ennemi, qui préparait une attaque décisive. Dès Ta dernière expédition des Français en Bohême, plusieurs divisions des alKé& avaient passé à Leutemeritz, sur la rive droite de l'Elbe^ pour se diriger vers la Lusace. Les autres corps avaient déji, dès te commencement de septembre, occupé les route» de l'Erzgebirge, et les Autrichiens avaient pri^ Freiberg le 17.
Pendant que ces événement portaient îe trouble et l'effi'oi sur les derrières de l'àrméé française , Napoléon hasarda une dernière tenta-tive pour re-^ pousser les forces qui s'avançaient contre lui-, avec un appareil menaçant. Aussitôt après son retour de Pirna, le 22 septembre, il marcha contre Blûcher qui s'était avancé de nouveau ; une division de l'armée autrichienne, sous le comle-d« Bubna, avait occupé Neustadt, près cfe Stelpen , et communiquait avec Tarmée de Bohême. Les Français s'étaient retirés derrière Bîschofsv^erda
et Stolpen. Une division détachée de l'armée de Silésie, qui occupait une ligne depuis Camenta jusqu'à Neustadt et Schandau, avait été poussée à proximité de Dresde. Le pont entre ELceûigstain
et Lilienstein avait cle en partie délrult par des brûlots qui descendirent l'Elbe. Quelques divisions françaises s'avancèrent vers Bischofswerda ; aprrs quelques combats sans résultat, les alliés se reti« l'èrent a Baut^en , et les Français occupèrent do yiouveau Neustadt près de Stolpen, Napoléon revint à Dresde le 24. Sa position parut alors devenir de jour en jour plus périlleuse. Il sembla vouloir renoncer à de nouvelles attaques, et at* tendre le développement des progrès qu'aqnonçaient les mouvemens de ces adversaires.
L'armée de Silésie s'approchait toujours d,<i Presde. Des essaims de Cosaques battaient la campagne sur la rive droite de l'Elbe , et forçaient les paysans de leur vendre les provisions destinées pour la ville, li'approvisionnement de Dresde devenant ajnsi plus difficile, les ressources que l'on pouvait tirer de la l^ohême et de l'Elbe étant çomplètenoient interdites à cette capitale, la disette des objets de première nécessité se fit bientôt cruellement sentir: les provisions amasses pour les besoins de l'armée diminuaient peu à peu, et }a faim forçait le soldat 4 dépouiller le cultivateur de ce qui lui restait. JLes troupes se prétendaient autorisées à prendre tout ce qu'elles trouvaienl dans la campagne, pourvu qu'elles respeçiasseut . les caves. Mais bientôt aucune réserve né fut eu sûreté avec eux , et }es prpvisioiis amassées daps lc«
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caves du Weloberg, sur la rive droite de l'Elbe, furent à niouié consommées, à moitié gaspillées par eux. Rarement un détachement se poriait sur la rive gauche de FEibe sans en ramener des vaches que l'on tuait, ou que l'officier vendait comme le soldat. On n'épargna pas même les troupeaux du roi , et ce oe fut qu'après de longs poujrparlers> que l'on rendit, ces superbes troupeaux , mais sous la réserve qu'ils seraient livrés, en cas de nécessité, pour la subsistance de l'armée. Les che* vaux étaient dans le plus triste état, et le manque toujours croissant de fourrages readit plus sen* sible la perte qu'on éprouva, Iprsqa'ua bâtiment sur l'allée de l'Oslra, où on avait enunagasiné des provisions considérables eo avoine, en foin et en paille , fut consumé par les flammes, la nuil^ du 5î5 septembre^ soit par le défaut, de surveillance des chare tiers, soit^ comme d'autres le pré^ tendaient, qu'on y eût mis le feu à dessein..
Les niiliiaires campés auto^ur de- la ville avaient^, depuis la bataille^ plutôt , par le goût du dé* sordre, et par cupidité^ que par uo besoin réel^ dévasté les rians environs de Dresde. Les. châtaigniers de la plus belle croissance qui boirdaieQt la route de Meissen, les rangées d'arbres touffus qui rendaient si agréable le chemin de la por^ Blanche à la porte Noire ^ furent jetés d^ les feux de bivouac ,, ou vendus par le^ soldats comme
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bois à brûler. Les terres Iabour»il)Ies, les prairif\s et les jardins, surtout le long de la lisière du l)C)is de Dresde, furent changés en une plaine déserte ^ cil aucune herbe ne croissait plus, et l'air futinr fecté. Ici Ton voyait, auprès des débris d'une ca-r bane, des ustensiles de ménages brisés; là^ uq charretier jurant s'efForçait en vain de relever une bête de trait tombée, et paraissant chercher par terre le repos ou la fin de ses souffrances^ là étaient assis des soldats affamés , que menaçait la mort| auprès d^un feu mesquin, pour faire rôtir des pommes de terre, ou cuire dans Teau des croûtes de pain mendiées; plus loin, d'au^ très étaient occupés à écorcherun cheval tonibé, et k en découpe^ les meilleures pièces pour se. pourrir.
Depuis le aS septembre, on remarqua dans Tarmée des mouyemens empressés qui annonçaient de nouveaux événemens. Déjîi se répandait le bruit de Pétablissenient prochain du quar-r lier-général k Freiberg, ou 9. Leipsick, et depuis le 27 , tout fut prêt pour le départ. Les troupes parurent cette fois avoir quitté leur camp avec Fespoir de i^e plus être forcées de revenir surdos j'outes si spuvent parcourues, emportant ce qui restait dans un pays si fréquemment pillé. Oa voyait' tous les bondîmes appartenant à la cava~. (erie, assis au milieu des gerbes épaisses; soldat^
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Cl Vivandières iraîn^îenl après eux des vaches, des chèvres, de la volaille de toute espèce; ils étaient cliargés de lattes, de bâtons, d'ustensiles en pièces pour entretenir les feux. de bivouac. Le i5 septembre, dans l'après-midi, arriva des frontières de Bohême la division aux ordres du prince Poniatowski, tellement fondue, quelçs bataillons d'infanterie ne comptaient pas plus de 600 hommes; et au même moment, le roi de Naples revint de la rive droite de PEIbe. La marche » des troupes continua le lendemain. Le 27, plus de 3o,ooo hommes campèrent dans la ville. Lai pins grande partie des troupes se dirigea vers lâ Mulde, où les corps réunis de nouveau par lô maréchal Ney , étaient en mouvement pour s'opposer aux entreprises du prince royal de Suède, ÏJ ne restait, sur la rive droite de l'Elbe, que de faibles divisions qui pouvaient à peine s'étendre à deux lieues de Dresde. Le maréchal Adacdonald, dont le corps d'armée 'occupait la route deBautzen, s'était toujours plus rapproché de la ville jusqu'au commencement d'octobre , <|u'il établit son quartier-général dans le jardin de Cosel. La division du maréchal Marmont jkvait de même campé long-temps sur la rive droite, dans le voisinage de la ville; mais elle f'était delà dirigée sur Meissen,par la route de ^oritzbourg, et elle y fut attaquée le 27 septem-'
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bre par les alliés. Tivement poursuivi, Marmoni se relira, en comballant, au-delà du fleuve, à Mcissen. La marche pressée de ses troupes ressemblait au désordre d'une fuite. En le poursuivanl, les alliés portèrent leur arlillerie sur les hauteurs escarpées de la rive droite de TEIbe ; les Français établirent leurs pièces de campagne sur la roule militaire qui conduit le lon<; de la rive gauche à Leipsiok , non loin du vi laye de Zehren, et sur une hauteur cjui s'élève aiv-^dessus de la ville. Les boulets et les bombes volaient sur les maisons, sans cependant y causer de dommages. Mais le bourg de Cœhj et des bacs appar-^ tenant à la ville, sur la rive droîie de l'Elbe, furent en grande partie consumés par les fl^immes^ Cependant la division de Marmont filait sur Leipsick, et d'autres corps prenaient la route de Nossen,. Les combats se prolongeaient près de Meissen , et le 28 septembre surtout, ils furent si acharnés, que l'alarme se répandit jusque dans Dresde^ Le lendemain, les alliés s'efforcèrent d'en^porter de . vive force les retranchemens établie sur les bac& réunis pou^' la défense du pont de bateaux. Mai& le 3o, après des efforts inutiles, ils se retirèrent^ et la ictc du pont demeura au pouvoir des Français, qui s'y maintinrent, ainsi que sur la rive droite du fleuve, jusque dans 1j mois suivant « La victoire que les allies remportèrent aux
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fi ornières de la Bolieme et de la Lusace , l'appel aux peuples, répandu par leurs généraux, pour aunoucer une prochaine délivrance, l'état dans lequel on voyait Tarmce française depuis le comjnencement de septembre , toutes ces circons* lances réunies devaient éveiller de nouvelles espérances dans le cœur d'un peuple gémissant sous l'oppression , et surtout des habitant du pays le plus vexé ; il n'était donc pas moins naturel que CCS dispositions s'étendissent jusqu'au camp des' guerriers saxons. Le premier qui les manifesta fut le major de Bunau , qui passa, avec la division d'infanterie qu'il commandait, dans le camp du prince royal de Suède, Tous les jours, des troupes de la confédération quittaient les rangs des Français , surtout les Westphaliens , qui souvent , sur les hauteurs de la rive droite de l'Elbe, pliendaient les Cosaques, voltigeant dans la plaine, et , à leur approche , secouant leurs schakos , jetaient ' leurs armes et fuyaient vers leurs nouveaux protecteurs. Dans ces circonslances , le roi fit un appel aux guerriers saxons pour réclamer leur ferme persévérance dans la lutte , et quelqties jours après, parut une proclamation pour exhorter Je peuple saxon à ne point se laisser égarer par l'appel des généraux alliés.
Cependant, de jour en jour, on annonçait le départ du quartier-général ; mais l'attente était
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vaine. Dans les premiers jours d'octobre , les avant-postes élalent sur la rive droite de l'Elbe, sur la route de Meissen et de Grossenbain , environ à une demi-lieue de Dresde ; plus loin , vers Moritzbourg , et même jusqu'à Kœlschen- Broda et Hoflœsnitz^ on voyait voltiger les Cosaques. Le corps du maréchal Macdonald , qui ne consistait plus qu'en faibles divisions d'infanterie , décampa, vers la même époque, pour se porter sur la route de Nossen , et fut suivi , dans la même direction , par la cavalerie aux or* dres du général Sébastiani. Le 4 octobre , on fît marcher de nouveau de l'infanterie sur la rive gauche , et le roi de Naples quitta en même temps la ville pour s'opposer aux divisions des alliés qui fi'avancaient sur Chemnitz.
Tandis que l'on dégarnissait de plus en plus la rive droite de troupes, on ne discontinuait pas les préparatifs de défense sur les routes qui conduisaient dans les parties du pays occupées par les alliés. A Pilnitz , on établit une tête de pont pour protéger le pont de bateaux que l'on venait d'y construire; le i.*' octobre, Napoléon lui-même voulut l'examiner, et, dans cette oo casion , courant avec sa suite dans les rues do Pirna, il tomba de cheval.
La route de Bautzen fut défendue par des palissades , dont on ferma le pont sur la petite
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rivière de Priessnitz. Plusieurs magasins de munilions , placés devant la porte Noire , furent détruits , et les habitans des bàtimens neufs ^ qui s'étendaient de cette porte jusqu'au bord de la forêt , furent .avertis de se préparer à évacuer leurs demeures.
Le 6 octobre, on remarqna à la fin parmi les troupes qui étaient dans la ville y des mou^ veraens empressés qui annonçaient un prochain départ. Plusieurs circonstances semblaient indiquer qvft la résolution de Napoléon était de se tirer d'une position dangereuse et menacée de tous côtés ^ de mauvaises nouvelles lui en avaient déjà fait sentir la nécessité; mais la nouvelle surprenante de la marche rapide de Blûcher sur Kœnigs* brucke et Wartenbourg pouvait l'y décider. D'autres événemens arrivant dans le même temps ^ n'étaient pas des avis moins menaçans. Pourraiton envisager autrement la position de l'armée de Bohême sous le prince de Schvf artzenberg ^ qui poussait sur Chemnitz et Zwickau vers Altenbourg ; l'expédition de Czernitscheff contre ^ Cassel , et le bruit déjà répandu alors à Dresde y du changement ^des dispositions du roi de Bavière ?
Dans là nuit suivante^ les gardes décaoïpèrent^ et le 7 octobre , au matin , après six heures y Napoléon partit avec sa suite^ se dirigeant par
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Wilsdruf sur Meissen ; une demi-heure âpre» ^ le roi de Saxe le suivit avec la reine et la prin-» cesse Augusla , sur la même route. On passa par Oscliatz et.Eilenbourg pour se rendre à Leipsick ^ où le roi entra le i4 octobre- Les prince» Antoine et Maximilien , avec leurs familles, et le reste de» membres de la maison royale, restèrent à Dresde. Le roi confia l'administration des affaires à son ministre de» conférences , à qui le chef du i^''. dëpartement du collège de» finances , le conseiller privé de Manteuflel , ^-* recteur de la commission territoriale ^ le conleiUer privé de Schœnberg, et le président da haut con»»toire de Ferber, furent subordonnés* Xie» forces que Napoléon laissa à Dresde pouf la défense des rivés de l'£lbe, consistaient dan» la l4'^^ division sous le maréchal Saint-*Cyr ; dan» les Mébrb de la i'^^. ^ qui , sous les ordres -du comte de Lobau , observait encore tes passages des frontières de la Bohême , aux environs de Giesshûbel et de Pirna f et en une faible division de cavalerie , dans laquelle étaient compris un ré-« giment de lanciers Polonais , et un régiment de cavalerie italienne très-diminués. Cette armée ^ dont la partie capable de combattre se montrak bien équipée , était forte d'environ 5o,ooo hom-» mes , en y comprenant les nombreux malade» qui se trouvaient dans les hôpitaux « Le cooot^
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Durosnel , gouverneur de la ville , et le comte Dumas 5 intendant général , demeurèrent de même à Dresde avec bon nombre d'employés d'administralion. La plus grande partie, de la i4"'*. division, formant 1 5 mille hommes , revint encore, le 7 octobre , dans la ville , où le maréchal , forcé de reculer par l'armée des alliés qui s'avançait de Pirna , entra aussi le même jour. L'opinion s'était répandue parmi les Français, que l'on serait bientôt obligé d'évacuer Dresde; que le* troupes qui restaient étaient destinées à couvrir la retraite , et à favoriser le transport des approvisionnemens les pltis importans; mais les mesures que Ton prenait pour une vigoureuse défense^ et dont l'exécution se continuait avec zèle, ne permettaient pas d'ajouter foi à ce bruit. La conjecture la plus généralement accréditée était que l'issue de la bataille , qui paraissait devoir se livrer dan» les plaines de Leipsick, ou aux rives de la Saale déciderait seule si , et combien de tenrps y la position de Dresde pourrait encore être maintenue* Au-dessus de la ville, il ne restait au pouvoir des Français que le poste , très-bien fortifié , de Sonnenslein. Le commandant de Kœnigstein ^ dont la garnison était toute saxonne y avait obtenue des alliés de rester neutre.
Le 8 octobre, dans, l'après-midi, les alliés atta-* quèrent une partie des ouvrages extérieurs de la
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rive droite de l'Elbe, qui consistaient en un grand demi-cercle, muni de huit redoutes, et formaut une enceinte autour de la ville, sur la roule da Buutzen , depuis Pieschen jusqu'au bureau de la cliaussée. Le combat dura jusqu'à l'entrée de la nuit. Ce fut à la redoute numéro 8, à l'extrc* mité orientale de cette ligne , qu'il fut le plus vio-^ l(;nt (i). Au même moment , le comte de Bubna emporta de vive force la tête du pont de Pima^ Les Français firent passjsr la garnison de Lilien-^ stein sur le pont , de l'autre côté du fleuve , et levèrent l'autre , pour, conduire le pont de bateaux à Dresde; mais le feu des chasseurs autrichiens contraignit le commandant français à se rendre.
Le même jour on fît, comme la veille,. des* cendre le fleuve à un grand nombre de malades , dans des bateaux couverts. Un bateau échoua , et plusieurs malheureux trouvèrent dims les flots la fin de leurs souffrances. On laissait, sans y faire attention, couchés sur la roule, une foule de malades , trop faibles pour souffrir le transport. On vit encore dans cette occasion des preuves de cette insensénsibilité révoltante, dont quelques jours^^ auparavant nous avions été les témoins. On trouva
(i) Tous ces travaux sont cxactemenent marqués sut le grand plan cité plus haut de la ville et dc& alentour».
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un soir^ jetant des cris sur la route, un français malade de la dyssenterie, qui s'était eaterré dans un* tas de fumier; on ûî. remarquer l'état de cet infortuné à un de ses frères d'armes bien portant. Il ré/>ondit avec indifférence , ce cela ne nous regarde pas. » On réclama le secours d'un gendarme , « je n'ai aucun ordre pour cela^ » ditil froidement* Enfin , un officier s'écria : a II est bien heureux, s'il meurt. »
Sur la rive droite de l'flbe, un iniervalle de repos suivit le cdmbat; cependant on se maintint avec vigueur en possession des retranchemens qvû défendaient les accès de la ville , et une nombreusedivision d'infanterie campa f?tir le pont de Priessnîtz, défeijdu par une clôtura. Mais le bruit d'une prochaine évacuation ^des retranchemens se propagea de nouveau, lorsqu'on se prépara à enclouer Fariillerie, don<> une grande partie appartenait aux Saxons et aux.Westphaliens, pour la rendre inutile au besoin. Cependant les alliés avançaient sur la rive gauche , ; vers Dohna , près de la ville. La division du général Bennigsen se porta , sans éprouver d'obstacles , et presque sans être remarquée, par les Français, derrière les hauteurs de Rœcknitz et de Plauen , au-delà de Nossen , sur Xeipsick. Les Français campés entre Giesshûbel et Dresde, ayant été dispersés., furent repoussés vers la capitale. Le lo octobre, il y eut uiae vive 2. i4
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oanonuade dans les environs de Sediitz, et le soîr les Français décampèrent de la prairie pour se retirer sur Rœelcnilz. Mais comoie le lendemain y les Eusses diiîgèrent une lUaque sur Zschemitz, les Français mirent le feu à leurs huttes de paille; sur les hauteurs de Rœcknitz^et enméme temps le village de Grûma, derrière le graiid jardin, parut tout en flammes. Une division, commandée par les génci>*^^ Tolstoi , IwafK>fiP et Markoff, forte d'en- % iron seize tniUe hommes > que Bennigsen avait laissée en arrière , se logea sur les hauteurs , au midi de la ville. Le la, les Français étaient postés « proximité , dans i« village de Lœbtau ^ dans le grand jardin , dans le jardin de Moczinski , et dans les redoutes. Un cotnbat très-vif commença dans ce demi-cercle. Ce fut- le i3 surtout que l'on -se battit avec le plus de vivacité entre la barrière de Dobnâ et celle de Frelberg , quoique! n^y eut d'engagé qu'une partie des Russes , qui occupaient deux camps près de Doeltschen et de Rœcknitz. L^ environs de la ville ne souffrirent pas moins par la dévastation qui eut lieu durant le combat^ que par la continuation des ti*avaux défensifs dans les jardins et dans la campagne , où on avait £ait des abattis , élevé des retranchemens^ et creusé des fossés.
Mais ce fut le i5 octobre qu'eut lieu le combat le plus remarquable. Le maréclial Saint-Cyr
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sortit de Dresde et s'avança, à la tête de quatre divisions, pour attaquer, sur les hauteurs de Rœcknitz et de Zschernitz , le général Tolstoi , qui n'avait que peu de troupes de ligne, mais qui comptait dans ses rangs, outre une forte division de landwehr , un grand nombre de Cosaques , de Basckkirs, et de Kalmoucks. Quelques retran- •chemens avaient été élevés sur ces hauteurs. Le comte de Lobau, vers dix heures du matin , sortit du grand jardin et déboucha sur Breslau, vers Zschernltz. Bientôt le général Claparède s'avança du jardin de Moczinski sur Racknitz , et au même moment le général Moutou-Duvernet partit du faubourg de Wilsdruf pour se porter sur les hauteurs de Plauen. Vers les onze heures, les Français étaient en possession des villages sur lesquels leurs corps d'armée s'étaient dirigés. Mais , pendant la nuit , le général Bonel , avec sa division , fut détaché au-delà de Gorbitz , à travers le terrain creux de Plauen , vers le lac Gitter, pour tourner l'aile gauche des Russes* Le général russe fit de vains efforts pour se maintenir sur les hauteurs. Mais lorsque, pendant le combat, il s'aperçut que le projet de tourner l'arméo russe avait réussi ^ il se retira, vers midi, par les défilés de Mokritz et de Nœthnitz , où le combat fut très - sanglant vers Dohna , sous la protection de sa cavalerie. Six pièces de campagne, abandonnées dans le che-*
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njin creux , tombèrent entre les mains des Fran^ çaîs , et environ cent prisonniers russes, qui furent encore suivis le lendemain de deux cents autres , furent transportés dans la ville ; ceux-ci campèrent sur le Marché-Neuf. Saint-Cyr établit son quartiergénéral à Nickern ; maïs le 20, les Russes revinrent à la charge avec une telle supériorité , que le maréchal fut forcé de se retirer dans la ville. Le 22, lés Français furent repoussés jusqu'à Lockwitz , et en même temps le générai autrichien de Chasteler s'avança à la tête de 10,000 hommes de Toeplii/; jusque dans les environs de Sporwilz. Mais la supériorité des alliés fut encore plus décisive , lorsque le comte de Klenau, détaché par le prince de Sch'warlzenberg, aussitôt après la bataille de Leipsick , se dirigea sur Freiberg pour conduire le siège de Dresde , de concert avec le général Tolstoï. Sur la rivé gauche de l'Elbe , les Cosaques s'approchaient également par la route de Meissen; ils s'étaient emparé de cette ville le 23 octobre, après une courte résistance. Le corps qui la prit était commandé par le colonel Busmann , sous les ordres du général russe de Knorring (i) , avant que le comte Klenau eût son quartier-général dans
(1) On trouve dans le rapport français (voyez le supplément n**. 17 ) , que Saint-Cyr fit raser le cliâlcau clf jyicisscn. Le fait n'est pas sxajct.
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THerzogs-Walde. Le 26, l'ennenii avança de Gorbltz et de Pennerich , et le jour suivant , de DoeltLchen et de Priessnilz. Les Français perdirent beaucoup de prisonniers dans ces combats ; mais un plus grand nombre de soldats, et surtout des Westphaliens , passèrent à l'ennemi. Sur la rive droite, les Français avaient eu au contraire le' champ plus libre , les alliés s'élant en grande partie retirés. Dans la dernière moitié du mois, ils s'étaient étendus sur les routes jde Bautzen et de Radeberg , et par le flanc, vers Meîssen; ils profitaient de cet avantage pour se procurer des provisions de fourrage : mais vers la fin d'octobre, une division de l'armée de siège, conduite par le feld-marcchal-lieutenant autrichien^ prince de VVid-Runkel, se porta à travers les bols de Dresde, sur les hauteurs de Welnsdorf^ à côté de la route de Grossenhaln, pour couper aux français la communication avec Torgau,
Vers la mi -octobre, les comrpunicatlons de Dresde avec les environs furent entièrement coupées. Les portes furent fermées depuis dix heures jusqu'à sept heures du soir , et rouvertes à neuf heures du malin ; un ordre sévère défendit aux habltans de se hasarder aux avant - postes et de parcourir le terrain sur lequel on avait combattu. A la rive droite de l'Elbe , avant la ro* traite de la division française , les granges furent vidées j et sur la rive gauche , tout ce ^ue l'on put
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atteindre , fut pfllé dt enlevé. Tons les villages étaient déserts.; les habitations des paysans étaient sans toits , sans meubles , sans^ portes ; tout avait été employé à faire des bières , ou consumé dans les bivouacs. Les débris des maisons devinrent la proie des soldats ; et les produits de l'automne , les choux y les pommes de terre étaient mangés presque crus. Les bandes pillardes parcouraient le pays d'après l'indicaition de la «arte , protégées par de l'artillerie , et par une infanterie et une cavalerie nombreuse ; souvent un en vint aux mains ^ surtout sur la rive droite. Ceux qui conduisaient ces détachemens savaient très-bien où il y avait encore à prendre ; et quand On avait tiré ce qu'il y avait de meilleur dans les villages , épargnés jusqu'alors à cette intention y on les abandonnait aux soldats pour les piller à fond. On savait que les généraux français avaient amassé tle grandes provisions de fourrage J et qu'ils envoyaient tous les jours, à cet effet, leurs maraudeurs. C'était un fardeau oppressif que l'approvisionnement des troupes, et la disette, les privations le rendaient de jour en jour plus sensible. Une proclamation des autorités françaises , du lo octobre , promettait à la vérité d'alléger le fardeau par le renvoi des militaires et employés non autorisés à séjourner à Dresde ; mais au moment que cet ordre allait s'exécuter , le commandant français déclara
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qu'il resterait sans exécution, aucun chemin n'étant Ouvert , et ceux qu'on renverrait étant dans l'impossibilité de rejoindre leurs divisions. Après la victoire du 17^ qui, pour quelques jours ^ avait rendu au général Saint-Cyr les chemins libres sur un point 9 et lui faisait espérer qu'ils'ouvrirait des communications sur d'autres routes, des mesures furent prises pour l'exécution de l'ordre en question. Jamais, dans aucun temps , le Êtrdeau des logemens n'avait été réglé à Dresde d'après des principes réguliers et à l'abri des contestations. Mais il était encore trop rigoureux pour que^ dans des temps de besoins pressans et de trouble ^ ori put maintenir quelque ordre. Aussi , à cette époque critique, n'était- il pas rare de voir les sol^ dats se* loger avec violence , ainsi qu'il arriva dans la nuit du 11 au 12 octobre^ que les troupes arri** vant comme un ouragan , se précipitaient aux barrières , heurtaient avec fureur aux portes dans les faubourgs , menaçaient de briser les fenêtres , et enfin, envahissaient les maisons. Il n'avait été possible qu'à un petit nombre d'habitans de pen » ser à se procurer des provisions. Le fleuve était entièrement fermé j au lieu de bateaux de transport pour les denrées , on n'y voyait que des bateaux charges de blessés et de mourans. La clôture bien antérieure du dé]>ouclié de la Bohême jéduisait la viUe au produit des Cftosipago^s Ies«
plus voisines, si souvent pillées; enfin, les provisions de farine manquaient, depuis que les moulins étaient uniquement employés à la boulangerie française de campagne, et quelesassiégeans avaient enlevé , à la ville , la ressource de la vallée de la Weisserilz. Le manque de sel ajoutait encore à la disette ; depuis quelques mois, on n'en pouvait point tirer, par l'Elbe, des salines du pays, et les Français s'étaient emparé de toutes les provisions pour saler la viande; les soldats )Bt les habitans étaient obligés d'y suppléer par la poudre, dont on ne manquait pas. Tous les employés des administrations françaises contraignaient tous ceux qui venaient leur acheter du riz , à prendre de leur poudre préparée avec de trèsmauvais salpêtre, et qui, par conséquent, ne salait que très- peu. Tous les marchands ayant été obligés de livrer leurs provisions de riz dans les magasins, on n'en pouvait plus trouver que là. A l'approche du froid , le chauffage devint aussi plus rare ; on l'avait gaspillé pendant l'été , et les *^ provisions qu'on avait fait venir pendant le prin- "^ temps , par l'Elbe , des forets de la Lusace , étaient restées sur les lieux d'embarquement, faute de moyens de transport ou de sûreté dans le voyage ; les trains de bois de la Weisserilz et de la Kirniisch avaient également manqué. Le charbon de terre , que l'on tirait des riches mines de
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Plauen , n'arrivait plus ^ à la fin , qu'en trop petite quantité. L'occupation continuelle de la vallée de la Weisserilz par les troupes alliées, en gênait l'extraction. Les Cosaques , ballant la campagne aux environs de la ville , fermaient l'accès des bois les plus voisins ; ils saisirent quelques coupeurs de bois , et les conduisirent au quartier-général. La disette de chauffage devint si sensible^ et les suites de cette disette inspirèrent tant d'inquiétudes , pour un avenir très-prochain , qu'une décision de l'administration exempta , à peu d'exceptions près, de toute taxe, pour un temps déterminé, tous ceux qui amenaient du chauffage dans la capitale.
Dans le moment de la disette la plus pressante, le 28 octobre, un ordre, émané du général français, enjoignit aux habilans de se pourvoir de vivres pour deux mois ; quant à ceux qui ne pourraient pas s'en procurer, on les laissait libres, et on leur conseillait de sortir de la ville. L'on pouvait d'autant moins compter sur l'exécution de cet ordre, que le but, assez évident d'une pareille mesure, était de Éaire croire à la résolution de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Cependant beaucoup d'habilans se déterminèrent à quitter une ville malheureuse ; mais les assîégeans , après avoir permis l'émigration pendant un jour, refusèrent des passeports et des escortes^
Dans le même temps , il fut ordonné de déclarer tout ce qui se trouvait de vivres dans la ville, et on signifia aux habitans qu'ils eussent à livrer exactement toutes leurs provisions enblé et farine, en viande de boucherie, en viande salée et fumée, en légumes de toute sorte, en vin , en bière et en eau-de-vie. Un employé français et un saxon furent chargés d'en faire perquisition; cependant ils se contentèrent de recevoir des habitais leurs déclarations, sans procéder à des recherches effective». Le résultat de cette recherche se réduisit à peu de choses, comme il
était facile de le prévoir ; mais le comte N
prétendit qu'on avait caché de grandes provisions de blé et de farine, et, comme on en avait menacé , fit faire des visites domiciliaires par des gendarmes français : on lui attribuait d'avoir dit que tous les habitans devaient mourir de faim avant qu'un soldat français périt de misère.
La nouvelle de la victoire remportée par les alliés à Leipsick s'était déjà glissée dans la ville dès le 22 ociobre ; mais elle n'adoucit que trèspeu le sentiment d'une cruelle détresse, les Français se préparant toujours à la plus vigoureuse résistance : on ne pouvait , à ce qu'il paraissait , et comme le déclara le comte de Klenâu lui-même f dans ses rapports officiels , s'emparer de la ville qu'après un siège eo règle; et déjà, d'après 1©
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bruit public y on faisait venir de la grosse artillerie de Theresien-Sladt pour canonner la capitale. Toutes les rues des faubourgs, dans un grand demi-cercle, depuis 1,'Elbe jusqu'à Friederichsladt, étaient défendues par des abattis d'arbres , par des levées de terre qui les traversaient , et fermées par des palissades. Sur plusieurs points, l'accès à la porte du faubourg et les autres issues étaient conservées et défendues de la même paanière. Dès ïe 23 octobre, on avait fait évacuer les bâtimens élevés à la dernière extrémité de la Vieille ville, nommément à la porte du Lac, à celles de Wilsdruf et dePirna. Ces maisons furent converties en blockhaus , crénelées , et les ouvertures des fenêtres bouchées avec des sacs de sable. Le 29 parut un ordre du maréchal Saint-Cyr , prescrivant de livrer tous les tonneaux, barriques, caisses, paniers couverts et de transport , pour barricader l'entrée des rues dans les faubourgs. Tou§ les canons , pour peu qu'ils fussent encore en état de servir , furent tirés de l'arsenal à la même époque , le 3o octobre , comme on l'avait fait auparavant à Torgau. On laissa aux militaires saxons le choix , ou de prêter serment de fidélité à Napoléon , ou d'évacuer la ville : cette mesure était la suite de la défection des troupes saxonnes et des autres troupes allemandes. On avait préparé a cette mesure tout ce qui se trouvait de
militaires saxons à Dresde , en leur retirant les provisions de bouche et de fourrage. Ils pouvaient se retirer librement et en sûreté , en quittant la ville sans armes. Cependant on permettait aux officiers comme aux soldats d^y rester , sous la condition de ne plus porter aucune distinction militaire^ de renoncer aux rations, et de vivre à Dresde en bourgeois. On devait livrer les che ' vaux , les sabres , les armes , les manteaux , et tout Fattirail de guerre à des préposés français ou saxons, pour être transportés dans les magasins nationaux. Cependant, en laissant à la garde bourgeoise ses armes, on lui fit continuer son service^ lorsque le général français, ayant pris des renseignemens, se fut convaincu aue cette institution n'avait pour objet que la police, ce qui devait dissiper pleinement les inquiétudes qu'il paraissait avoir conçues. Le reste des militaires allemands ^ faisant encore partie, de l'armée française, surtout les Wesphaliens , qui étaient encore au service ^ réduits à quelques centaines d'hommes^ par le nombre il^3 déserteurs , furent , en même-temps désarmés et congédiés. Déjà depuis long-temps ils en venaient à des querelles sanglantes avec leurs frères d'armes pour se disputer le bétail volé.
On continuait cependant de combattre aux environs de la ville, et le 29 octobre, dans la matinée , l'artillerie russe salua les avant-postes
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français dans le grand jardin; et à la fin, le combat s'étendit depuis Gruna jusque dans la canapagne de Cotla , non loin de Prlessnltz. Les alliés re-^ prirent les hauteurs qui s'élèvent au sud-ouest de la ville, au-dessus de Plauen, de Rœcknîlz et de Strehia , où l'on plaça de longues files d'infanterie autrichienne : les Français se replièrent dans les ouvrages extérieurs , et danis les fortifications de la ville. Le pays sur la rive gauche du fleuve fut alors compleltement dévasté. On coupa les plus beaux arbres dans le grand jardin, et l'on ravagea , de la même manière , la belle allée de 1 Ostra , si bien plantée ; partout les soldats vendaient , à vîl prix , des troncs d'arbres fraîchement arrachés, avec les portes et les solives des maisons détruites des paysans ; les chefs même ne rougissaient pas de trafiquer du produit du pillage ; on vit, entre autres , un jour, dans le faubourg de la Ville neuve , décharger une charrette remplie de toutes sortes de meubles que quelques officiers vendaient à l'enchère.
Les défenseurs de la ville étaient alors resserrés dans l'enceinte des murs et des ouvrages extérieurs les plus rapprochés , qui leur servaient de bon»
remparts contre les forcés supérieures des assié* geans. L'état de siège qui affligeait la ville , incroyablement tourmentée depuis le 2& octobre, fit naître de nouvelles inquiétudes, de nouvelles
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terreurs. Quelques Français ayant été mallraîtea^ dans plusieurs occasions y une proclamation y en date du^ i^^ novembre , menaça de la peine de mort tout habitant qui se permettrait d'insulter ou de maltraiter les soldats français. Il n'y avait que trop d'occasions pour les op{>rimés de se laisser emporter à la violence, au mécontentement^ quand, ce qui arrivait souvent, des Français, assiégeant en foule les boutiques des boulangers, s'en retournaient en faisant des imprécations pour avoir attendu un pain plusieurs heures , ou que des gendarmes français , placés dans ces boutiques dès la pointe du jour, pour empêcher le tumulte de la foule qui se pressait, et assurer aux soldats la faculté d'entrer , répétaient , avec dérision y. qu'il fallait que les militaires eussent la préférence ^ quand même les habitans devraient mourir de faim.
On continuait sans relâche , dans la ville , les
travaux des fortifications^ et tous les bâtimens^
dans le voisinage , dont on pouvait craindre que
les alliés ne s'appuyassent dans une attaque, furent
démolis. Cette destruction s'étendit à la plupart
des constructions de la riante campagijç entre
Dresde et Plauen , à droite de la route ; entre
autres, a plusieurs moulins, tels que le moulin royal
pour polir les glaces , avec ses belles machines ,^
qui fut détruit le 5 novembre ^ les moulins »
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foulon , lés moulins à drêche , unç ferme , dite die Sorge , et le jour suivant le moulin royal de Kunad. Ces constructions furent en partie abattues et brûlées sans utilité et sans but ; le moulin à poudre échappa seul, heureusement, à la proscription; plusieurs jardins, plusieurs pavillons du voisinage eurent le même sort. Cependant beaucoup de jardins entourés de haie? furent épargnés , quand les propriétaires , ï Fapparition des sapeui^ français qui en apnonçaiént la destruction , eureut l'adresse de leur prouver , à l'aide de quelques pièces d'argent, que ces haies ne pouvaient ni nuire ni servir aux entreprises militaireç^*
Le 4 novembre , les portes du faubourg de la Ville vieille furent entièrement fermées , et la garnison fut complettement resserrée dans l'en- Cflînte de ses fortifications. Le maréchal ne put manquer de reconnaître combien sa situation était périlleuse , lorsqu'il apprit, par un espion , la nouvelle de la défaite décisive et de la fuite :?ï>vj|récipitée de son maître* On prit, dans un conseil dç guerre , la courageuse résolution de se frayer, à rt,ravers l'armée des assiégeans , une route sur U rive droite de l'Elbe , vers Torgau. Afin de se procurer une quantité de vivres suffisante ponr jcette expédition, à travers un pays dépouillé, jM ordonna , le 5 novembre ^ aux babitans dé ia ville de livrer, dans le grand magasin de l'église
Notre-Dame, le tiers des vivres qu'ils avalent précédemment déclarés : on s'engageait - à rembourser , par la suite , celte fourniture au prix des mercuriales ; mais sous la condition de déduire un sixième du montant des déclarations pour la consommation postérieure aux déclarations, et de livrer le tiers de ce qui leur restait. Les marchands et les vendeurs de comestibles devaient donner la moitié de leurs provisions. Il fallut qu'une grande partie des habitans se soumit à ces ordres rigoureux.
Cependant on refusa le riz , le vin , dont on avait trouvé moyen de s'approvisionner' d'une autre manière, ainsi que l'eau-de-vie, les pommes de terre, les légumes frais, et généralement tout ce qui était trop pesant.
Un mouvement empressé que l'on remarqua, le 5 novembre, dans la garnison , trahit l'exécution prochaine de cette expédition dangereuse. Les portes des faubourgs furent occupées par de forts détachemens; des détachemens également nombreux d'infanterie campèrent dans les rues de la Ville neuve. On prit des provisions de bouche pour plusieurs jours ; le comte de Lobau vendit ses provisions de fourrages , et l'enlèvement de quelques chevaux , opéré avec violence , décela le besoin , comme l'espérance, d'un heureux résultat. Le 6, à la pointe du jour , le corps d'armée^
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BOUà la conduite du comle jde LobaU) renForcé de deux divisions du l4*. , s'avança, hors de la ville , sur la route de Grossenhain. Ce corps était au moins de ip,t>oô hommes, atitquels se réunirent epvii-'Qn tjopo hommes , formant tout ce qu'on avait pu trouver de cavalerie à Dresde ]| suivait un tmin de jAus de àoo chipiriots, chargés de tout ce que pondaient jles Français p «t qu'on se proposait surtout de sauver ; obstacle très- {^énant dans uqe retraite* Ce ^rain fit hali0 non ioin de j'auberee de l'Homme^^uvage , pendant qu'une partie da cqrps d'arn^ée gagnait les hauteurs par la route , et le reste, p^r le.chepiin de Weîoîberg. iLes alliés cafnpaient^sprje^ hapteqrs^ 4ont ils s'étaient emparés dans .les derniers jours d'oc-tobre. Les Fonçais se dirigeaint vers le bas de la foret , où conduisait la route ; mais ils étaient incroyable(nentincpm|np(}éspar les tirailleurs, qui les épiaient derrière les muraille^ de Weinberg. Une uçs-vi^^c çanonna4e apnoqça l'attaque, dçis le point du JQur , aux habitaps de |a ville. L^ résistance des alliés , sput lejs , or4r€^s du prince de Wied-Runkel, fut d'abord assez faible; ils, furent culbutés par le^. Français, juji pprp^èrçwt dans la plam^ de fU^h^nberpe , entr,ç \^ ^t);frçau,dp |a - chaussée et :Reiçhçnbe?'gj jp^jj^s Jje^ ,,çfS3J.%i^ y furent si vigow^visement ^ ,^r^^^^ ^p^r ^^inj^ptçrie 2. l5
a5o CAMPAGNE
aiiU'ichlenne et russe, et l'arùllerie, qu'on venait d'y transporter j y agit d^une manière si terrible, cju'après un violent combat , qui coûta aux Français 890 hommes , ils se décidèrent à la rciraite. Des députés de la ville étaient venus le matin solliciter le maréchal Saînt-Cyr , qui les avaient renvoyés avec des espérances consolantes. VotiS voyez , leur avait-il dit , que je me mets en in^ute. A midi , il courut sur le champ de bataille, et revint, vers quatre heiares, avec le comte Lobau et les autres généraux. Les troupes cotntnencèrent à rentrer dans la ville vers le soir ; les soldats étaient si trempés d^eau, si harassés, qu'il fallut en envoyer un grand nombre à l'hôpital des malades. Ces bandes afiamées avaient , poui^ la deri;ière fois , pillé les vignobles voisins , et isaisi l'occasion de se rassasier de viande fraîche , 'qu'ils avaient coupée sur les cuisses des chevaux blessés. Quelques prisonniers et quelques pièces de campagne (Qu'ils avaient déjà montrés à Dresde comme des trophées , devaient faire croire aux résultats heureux d'un combat dont ils se faisaient • gloire.
Pendant cettô sortie, on avait tenté une attaque sur les ouvrages extérieures de la Ville vieille , et 'on avait fermé et barricadé toutes les rues extérieures en toute diligence. Mais tout demeura tranquille de ce côlé; car la triste situation des
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assiégés semblait rendre inutile tous efforts de la part des alliés. La malheureuse tentative qu'on avait fait pour une retraite fut suivie de nouvelles soufTranceSé Le comte.. ...é^ avait solennellement promis aux députés de la bourgeoisie , que le sacrifice du tiers de leurs provisions serait le dernier qu'on exigerait d'eux; raais presqu'au même moment on fit transporter dans les moulins de la ville les provision de blé et de farine , dont la majeure partie appartenait aux habilans et aux boulangersj On s'empara même de celles des établissemens d'éducation et- de charité, et de l'hospice des malades ; et il fallut de longs pourparlers pour obtenir des administrations françaises la restitution de la moitié de ce qu'on avait pris.
La disette et la misère étaient, à cette époque, montées au plus haut degré : les moulins étaient oisifs ; car les assiégeans avaient coupé les eaux^ Les eaux publiques, que l'on se procurait par des con-r duits au moven des réservoirs établis derrière Plauen, étaient desséchées 5 et les réservoirs pour* les incendiés, ouverts sur le Marché-Neuf depuis là an d'octobre , éveillaient à chaque moment la crainte qu'enfin le feu ne rendit encore plus horrible la misère de la ville. La plupart des bou-^ langera, ayant épuise leurs provisions, avaient fermé leurs fours , et la foule, les violei;H)es de-- Venaient tous les jours plus fréquentes devant le$
i5s CAMPAGNE
i^bùtique^ où l'on vendait du pain. Beancoup cfe pstuVres eu tnanquaient pendant des jonrs entiers ; t&t ^domme lés provisions de viande diminuaient im^, tiû grand nombre d%afoitans en étaient réiduîts iaux plus tristes ressources pour se soutenir. Ue Tfïiarchë était vide , ou Pon n'y Voyait que "quelques pistnlérs codténarit dés léguiiies frais , ou •àes *fitdts , que &e disputaient les faabitians et le» sdldàfe'àQlihiés; à pèiile poùvait-on, au pks haut pfixyée proccÉfeir b plupart^es denrées. L^ soldat» français ^tiffMëin eruéllemefit du flëaù de la £« îsëttè'; les 'ëiii jlloyés dé Fàdbbinistration àbaûdonnsdettt tés itialhiBurëux à leur mi^re, uniquement ^éùcttpës' à' adchicir ;, autàîitqiie pos^ble , les privations pour les chelb. 'On tuait journeUemetit plu» dé ttetlt'ie chetatn, didm on sàla un grand nombre, tiépms të-commencemeot denovembre, et, au lieu deia ràtidn accoùttamée d\ine once et demie de viàïide'debbùtiiliërie , à laqtreHe le soldat était ré- . ^tiit dè{)Uis lôfag-temps , il h'en* recevait plus que le dbiibfe eh chair de chèfal, te plus souvent si mau- Vaife,* qùeiés soldatsia ^ejettaîent , quoiqtte tourttiétités'^ar ta faim. A la fin, ces malheureux s'ar-' ràchaient les débris' dés chevaux morts et à moitié pbùhiff^ cjif on trotivait partout dans les rues; on y rentontfàir fr^queiïiïûent des carcasses dont oo avait détaché t^s lés filamens. Ici l'on voyait "qu^lqués^uïis de'ces misérables occupés à écorcher
]ÉN SAXE, i8i3. a33
im chien maigre , ponr en feire roùr la chair, l^k on en voyait d'autres ramasser , pour sç uoi^^rir, de$ rentes jetés dbns les ruisseaux , ou recueiUr sur Iç fumier les pelures de pommes et de pQmmes dç terre; et pour achever d'un seul tr^t ce tableau dç la plus affreuse misère , on vit un de ces iufortuu^ dévorer avidement des pommes de terrç «{u'up 4^ ses camarades avait rejetées de son estômach pr9lr que crues. Les ravages que la fièvre nerveuse ei^erça parmi les habitans de la ville ajoutèrent un nouveau degré i la misère publique. On comptait â à 5oo morts par semaine , dont le tiers était enlevé par le terrible fléau que le cbagriaet la disette , contre lesquels les habitans av^ent à lut«* ter ^ rendaient tous les jours plus meurtrier. Des familles entières en avaient été victimes. On voyait fréquemment dans des coins de rues écartées , qu sur des tas de fiimiers accumulés partout « des soldats étendus, mourans san^ secours, et qui aimaient mieux attendre leurs derniers momens à la vue du ciel ep à l'air libre ,, que de mourir dans les hôpitaux. Souvent des prêtres c^oliques cherchaient ces malheureux sur leurs lits de morts, et s'agenouillaient auprès |d'eu:)L pour j[ç^r ^dçpper l'extrême qnction. Il sortait tous les jours ^r^^elà de aoo morts 4^ hospiçjeç de malades, (fk>P^}^ ^^ en croire le bruit public, on ps^ repul«it jfS^V^t aucune mesure meurtrière, l^es cadavres Aus xes-
taieot pendant des heures enlières ranges le long des lieux de sépulture, les cbarriots de transports étant dans un mouvement continuel, et ne pouvant attendre. Ijes enlerremens avaient été donnés à forfait à des fossoyeurs, qui recevaient 8 gros (i) pour chaque cadavre, et pour en charger beaucoup à la fois , foulaient souvent aux pieds ces corps morts sur les voitures avec une insensibilité que ces hommes sans pitié , et endurcis par l'habitude , poussaient jusqu'à un excès effrayant (2). Ces tas de cor{>s étaient accumulés dan^ de larges fosses. Souvent les employés français des hospices de malades donnèrent l'exemple d'une impitoyable insouciance, en faisant enterrer des malades encore vivans; d'autres revinrent à la lumière dans les lïiaisons mêmes des fossoyeurs, et il arriva quelquefois que des mourans, qu'on jetait dans l'Elbe, achevaient dans les flots de se débattre en vain conti ç la mort. Le manque, de remèdes dans toutes les apothicaireries, la mort d'un grand nombre de médecins et de chirurgiens , porta au comble le malheur général.
(1) A peu près un franc Jp centimes.
(2) On peut comparer à notre récit Técrit très-remar-? q^abled'un témoin très-instruit, intitulé .-/Torr^arj^ de^ hôpitaux militaires fiançais , imprimé dans les feuillet allemandes en i8i4.
EN sAXEjj i8i3. a55
Enfin, après le peu de succès de la sortie, les autorités françaises accordèrent la pern^issioQ qu'elles avaient auparavant refusée ^ d'envoyer de$ députés des adnoiinist rations delà yille dans le camp du comte de Klenau, pour émouvoir sa pitié ea faveur de la malheureuse capitale^ Les députés , Iç président du haut-consistoire de Ferber, le capitaine du cercle de Zeschvvitz, et le bourgucT* mestre Beck, se mirent en route le 7 novembre. Cependant ils furent d'abord rebutés aux avan^postes, et à la seconde teniative, il> ne purent êti'« admis auprès du général ea chef. Mais le leudeoiain ^ ils rendirent aux avant-postes une requête qu'ila avaient signée ; il§ y domaudaienl qu'on épargnât la ville, et faisaient entendre que les généraux; français étaient disposés à entrer en négociation. Le zèle dont ces députés fireut preuve, dans cette occasion, est digne de la plus vive reconnaissance, et l'histoire n'oubliera pas d'honojrer l'infatigable ac-» tivité avec laquelle ils travaillèrent à écairter. toutes les difficultés, jusqu'à ce- que la négociation eûl prisk un heureux cours. Les colonels français Marion e% Périn parurent , à la même époque , aux avant? postes des alliés, pour proposer, au nom du ma-»» réchal Saint-Cyr , la reddition de la ville , sous la condition d'une libre retraite. Cette proposition fut écartée. Le général autrichien laissa cepeudant|, dans cette occasion , aux membres de la famille
royale 9 la faculté de s'éloigner d'une vîlle réduite à la détresse. Le maréchal Saint-Cyr renouvela son offre ^ et ce fut ainsi que, le 9 novembre, on en vînt à une convention provisoire pour la reddition de la ville. Cette convention fut signée aa village de Gorbit? , sur la route de Freyberg, par le général quartier-maitre, comte Klenau^ et le colonel Rof bkirch d'un coté , et le colonel Marion de l'autre. L'intervention active de Fépouse du prince Antoine, sœur dé l'empereur d'Autriche, n'y contribua pas peu. Le 10, dans la matinée , le maréchal Saînt-Cyr , et le comte Durosnel^ se rendirent en cérémonie au (Gâteau pour annoncer à la famille royale la nouvelle agréable qui déjà se répandait dans la ville, et remplissait tous les coeurs d'heureuses espérances. Les principales conditions furent connues le mêîne jour; car les Français observaient sur toute cette aâaire un profond silence, et il restait à s'entendre sur plusieurs articles des négociations. Le lendemain matin , ce silence alarmant dn<» fait toujours, et quoique des drapeani blancs, flottant auxavant-pôsies, parussent prouver qu'on pouvait prôchaijiemènt compter sur des mesures pacifiques, dii commença cepctiaant à douter de la vé-^ rite dé l'heureuse nouvelle, lorsqu'on vit les pionniers français continuer leurs travaux aans les faubourgs. Cependant , vers midi , la nouvelle delà convention pour la reddition de la ville fut confirmée, et une publication officielle fit cesser les inquiétudes.
EN SAXE, l8l3. 237
D'après celte convention, conclue le 11 novembre dans le camp du comte dé Klenau , à Herzogswalde , et conBrmëe par les généraux en chef autrlcliîens et russes , la garnison eut la faculté de se retirer librement en France : elle devait sortir delà ville en six divisions , avec armes et bagages, du 12 au 1 7 novembre ; maïs après avoir déposé ses armes devant les fortifications, onlui injposait cependant la condition que ni officiers ni soldats ne pourraient servir jusqu'à ce qu^s eussent été tous échangés contre les officiers et soldats alliés pris pendant la guerre avec la France ; conditions que le maréchal Saint-Cyr s'engageait à remplir, promettant en même temps de réaliser le plus promptement possible l'échange de la garnison contre un pareil nombre de prisonniers des armées alliées. Les cais-^ sons, les munitions, toute l'artillerie, tout ce qui dépendait des fortifications et du service des ponts , toutes les voitures de transport devaient être livrés dans le jour après la signature de la convention, et en même temps h moitié des fortifications , les portes des faubourgs sur les deux rives de FElbe, aussi-bien que les deux portes de la Ville vieille , et une porte de la Ville neuve , devaient être occupées par les alliés; mais la forteresse de Sonnenstein devait être évacuée six heures après la signature. Parmi les clauses ajoutées plus tard au projet provisoire, clauses que la prolongation desnégo-
eiatlons leur valut pour leur adoucir l'idée d'éire prisonniers de guerre , on remarcjue surtout la détermination par laquelle on permit à 600 hommes de conserver leurs armes , avec deux pièces de campagnes, les chariots de munilions et les attelages , et à 5o gendarn^es de garder leur& chevaux, et leurs armes. Dans l'après-midi du 11 entra ^ avec un officier autrichien et un russe , le général saxon de Mellentin , chargé de recevoir tout l'atti^ rail de guerre <jue les Français devaient livrer avant de sortir, et surtout de veiller sur les planches de la caisse des billets, sur la caisse d'escompte et sur les objets d'art. Cette surveillance était d'autant plus nécessaire en ce moment , que les Français avaient déjà auparavant détruit, dans l'arseqal^ l)eaucoup d'instrumëns de guerre.
Néanmoins il n'est pas prouvé que, par l'ordre du maréchal , beaucoup de provisions de guerre ^ même d'armes et de canons ^ aient été mis hors d'état de servir^ ou jetés dans l'Elbe, Cependant les soldats français cherchèrent encore à s'assurer en dernier lieu quelques profils , en vendant sur la place du rempart , des voitures, des chevaux , et toutes sortes d'objets militaires, ainsi que les planches de la boulangerie de campagne que l'on détruisit ; et même au dernier moment, des quantité9 considérables de fourrages furent enlevées de vive force dans la ville et dans les fauxbourçs.
EN 3 AXE, 18 j3. 369
La garnison prisonnière de guerre devait être conduite sur les derrières de l'armée alliée, par la^ Sa^Le , la Bavière , le Wirtenberg et Bade, à Strasbourg, Lé 1 2 novembre , vers huit heures du matin , plusieurs divisions de l'infanterie fçaqçaise se readirent ejatre les portes de Piroa et 4e Willsdruf , et vers onze berner, pri^^ept, au nombre d'environ 6,000 hommes , la route de Freyberg, Devant la porte du fauxbpurg, sur la plaine de laWeisseritz, étaient postées, à la droite, quelques divisions d'infanterie autrichienne , aveq de l'artillerie , et m jgauche , des divisions do hussards autrichiens , de Cosaques , et de landwehr russes. Deux corp^ 4e musique , autrichiens et russes , jouaiept alter- ^lalivemeul. Vers midi , les Français sortirent de l?i ville , tambour ballant , et lorsqu'ils furent arrivés jBiux fortifications établies sur la route militaire , on entendit retentir de tous les rangs le terrible fïiot d'ordre : q: A bas les armes. » Tout obéit daps cloaque division.
Les armes furent élevées en pyramides; les gi^ bernes, les sabres et les épées détachéeiS, les tambours déposés : les troupes désarmées suivirent la route militaire. La plupart^ surtout les jeunes soldats , étaient joyeux de se voir délivrés d'une vie douloureuse. Mais on lisait dans les traits des of^çiers une fureur concentrée ; le^ vieux guerriers oe
24o CAMPAGNE
96 soumettaient qu'avec répugnance à la dure nécessité y et n'(^éîrent à Fordre rigoureux de leurs colonels qu'aj^ràs que d'autres leur eurent donne l'eneropte de l'obéissance. Beaucoup d'entre eux jetaient avec foreur leurs Renies en Tair, et dans leur colère, d'autres criaient : a (Napoléon vit encore. » Dans la première «Ëvision se trouvaient aussi les lanciers et les hussards polonais , toute la cavalerie du corps prisonnier, et les deux divisions récemment formées d'infanterie polonaise. Le l3 novembre , le comte de Lobau sortit avec sa division , et l'on pouvait lire sur son visage ce qu^ éprouvait lorsqu'il abaissa son épée devant les généraux des alliés, et qu'au plot d'ordre de la capitulation, les troupes mirent bas les armes. Cette division était suivie de la troupe des goujats de l'armée , ces cruels persécuteurs des habitans de la campagne, qui, à la grande joie de la foule rassemblée des paysans, furent obligés de rendre leurs chevaux et leurs sabres. Le l5 novembre, le maréchal Saint-Cyr quitta la ville avec la quatrième division , et à la tête de la dernière marcha, le 17^ le comte Durosnel , jusque*là gouverneur de la ville 9 emportant des témoignages glorieux d'estime ^
tandis que le comte J de l'armée ne laiasait^
en se retirant , aucun souvenir honorable.
Diaprés les rapports officiels, toute l'armée prisonnière coasistait en un maréchal , 1 1 généraux
£N ÀAXB, ]8l5. 224t
dé division (i), 20 généraux de brigade (a),'452t offi** clers , et 6>5oo sous-officiers et isoldats de la V* division^ sous le comte de Lobau^ en 945 officiers, et 17913g sous-officiers et soldats de la i4% division, sous le marécli^ Saint^Çyr , et 36o officiers avec 4,078 soldats de l'ancienne garnison de la ville; ainsi, le tout ensemble montait à 1,769 officiers, et 27^714 soldats. De ce nombre étaient 6,o5i malades qui restèrent dans les hôpitaux à Dresde, mais demeurant soumis à toutes les conditions de la capitulation. L'àrtitterie livrée aux alliés consistait en aS obusiers et 69 canons, appartenant aux divisions françaises, et en -8 mortiers, 226 obusiera, ^ 117 canons de l'artillerie de la place^ dont la plus ^.graûde partie retourna aux Saxons. Le prix dé tous lés inàtrumens de guerre livrés fut estimé au-dessus de cinq millions d'écus ( ao millions de francs environ ).
Dès le la novembre^ conformément aux clauses de la capitulation , lane^partie de la ville et des ouvrages extérieurs furent occupés .par les alliés.
témm
(1) Le» comte ïioibàu y'Dûrotmïel ^ Daknts / Claparède ^ Bon-net , M outoa-Davemet ^ Bertkesme^ Daàiozlceai;^.» Razout^ Gérard , Teste , Freyre, Cassagne.
(2) BoreUi y Sdiramm ,■ Paroletti , Bertrand , Couture , Godard y Le TelUer^ Goguel^ D'Ëstlevin, Stedmann^ Jaquet^ Fezensac, Chartraûd j Doticct , Gobrecht , Posicoski, Weis^enhof , Baldu», O'Méara /Bernard.
f242 CAMPAGNE
On vit alors dans les rues un mélange très -extràoi'-^ ilinaire; des soldats français et des Cosaques eri faction à côté les uns dés alûtres dans la mémef maison : l'indignation long-temps contenue* contre d'arrogans oppresseurs éclatait souvent ; un jour , entre autrefs , dans la Ville neuve y deâ offi ciefrs èl soldats français éprouvèrent presque sans tf^istance les mauvais traitemeris de la populace, qu'avait rasseihblé et) foule un incendie causé par de là poudre à laquelle quelques Français avaient mis le feu. Qu'elles que difficiles à supporter que fuàsetit^ au surplus $ les souffrances du lïioment > on respî-^ rait plus librement , et l'on sentait renaître l'espé-*» rance , en contemplant l'avenir plus favorable, dont la perspective semblait s'ouvrir aux peuples oppri* més. Dès les premiers jours qui suivirent la délivrance, on voyait déjà un mouvement plus actif dans les rues , grâces aux mesures fermes de l'ad-^ ministration locale, qui, peu à peu , fit disparaître les immondices dont elles étaient encombrées. Les vivandiers autrichiens et russes apportaient de là fertile Bohême des vivres de toutes espèce , et suntout du pain. Us remplissaient les marchés dépourvus de denrées. Les cimetières , depuis long-temp$ changés en campemens tumultueux , furent rendut au repos , et l'on put inlmmer les corps qui gis* «aient encore accumulés. Les Français malades , en ans dans la ville comme des spectres , et ceu«
EN sa:x:e , t8i5 1243
que renfermaient les hôpitaux, reçuretit des soins plus assidus, et, par des mesures efficaces, on mit un terme aux ravages de l'épidémie.
A peine la dernière division des Français avaitelle quitté la ville, que le son solennel des cloches célébrait l'entrée des alliés. En avant marchaient deux régimens de Cosaques du Don j venait ensuite l'artillerie russe; et enfin le régiment autrichien de Zach, que le comte de Klenau et les autres gêné* raux firent défiler devant le château des frères du roi , qui parurent sur le balcon avec leur fa* raille. L'infanterie russe, les Hulans, l'artillerie et .la cavalerie autrichienne fermaient' la marche. Le principal corps-de-gafde , dans la Ville neuve , fut occupé par les Russes, et depuis le 17 novembre, le général GouriefiF, comme commandant russe, prit le gouvernement delà ville. Le même jour, uhe partie des troupes s'avança au-delà de la ville ; .mais une plus grande partie y demeura , et les autfes divisions qui restèrent les jours suivans , augmentèrent le fardeau des nouvelles fournitures qui -pesèrent sur les habitans épuisés. Les troupes autrichiennes furent les premières qui ise retirèrent îau bout de quelques temps. Il resta , jusqu'à l'année suivante , une forte garnison russe ; et .au commencement de décembre , l'administration générale russe pour le- royaume^ qui avait été organisée en octobre à Leipsick , se fixa aussi dan^
î44 cami^Agnê
la capitale. Les membres de h fiamilleToyate étaient (déjà partis le 19 novembre pouf Prague ^ à Texception de la princesse lEUsabetb , qui , au com-** meucement de oette. nouvelle époque , voulut en^ core rester au milieu des habitaos de Dresde.
MaiiS^à rpoine ia^redditiou de la ville était^He
effectuée^ que J'on reçut, du grand quartier-gépé*
ral ;des .alliés,. la jtiouvelle inquiétante que le gé^
iiecal en nhef ., prince de Schwortzeribei^ > avait
refusé :de naûfier les conditions consenties par le
comie de J&leuitu . ^ ; et ;a^ait donné : l'ordre au feld-
ssBugmAfilfe ide «Chaateter de remeUre le maréobal
fiaint-«Cyr entpussesaion de laiville de >Dresde., et
de .tQus îles .moyens de ; défense que ce gâoiéral
^vait.jà vsa disposition :avant l'éyacuaiion. |jes géné^
.raux:Dumas>fit rfiurûstiel, qui étaient déjà arrivés
.près du iRbin.,:fur^it obligés* de retourner à Ahen*
:houTg, tiùrletmBréchalSsdat-tCyr était encore«.Sa
-division ;6!était: campée. entre iceilo ville et Nossen ,
-au grand .cb»grinf des. habitausjde cette contrée ^ o{>-
^primés de toutcmanière*. Le. maréobal se refusai
la proposition qu'on. lui :&iâait, et:le résultat foi
qu'il dut àrla: fin (se: soumettre à la décision qui le
reléguait , lui etises t^ompagqons de captivité,. en
Morav ie^etï en ^Hongrie.
Aifisifu^ tierminée la .dui)a «pr^suve des souffrance» ajixqueUfis xeti^ ^oaEsUuetireuse ville était «n . proie depuis buit mois. Après^iout ^ee qu'eUjBjavait en*
tluté , après, un si gr^iid épjuisèmeot ^ le |poîdft/iid ses maux sô faisait encore sentir. Mais combîea était donsolaftité la perspective d'un meilleiir avemty qui la soutenait du milieu de ses derniers efforts! Elle voyait cï'oître et se fortifier sur le sol de la patrie ta palme de là paix ^ et ses habi^ni allaient goûter le repos sous son ombrage^». Celui qui voudra raôonter dignement et avec impartialité lés événemens de la noûveire époque à laquelle rious sommes parvenus > h'èubliera pas de célébrer le dévouement avec lequel les habitans d'une ville si long-temps opprimée , et tout le peuple saxon ^
jeunes gens et vieillards , ont offert le sàcinfice de
leurs biens et de leurs vies dès qu'ils eurent rompu des chaînes qu'ils portaient avec impatience y et ont volé aux combats 9 afin d'obtenir pour eux et leur postérité Ce que les peuples peuvent posséder de plus précieux y la liberté.
^MM**i4-i^<*W*'
fi46 CJlMPAGBfE
ÉCLAIRCISSEME3SS