‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 2 sur 23 · Tome /• L · texte numérisé non relu

Tome /• L

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déjà au milieu du feu entre Scbœnau et Lindenau. Les troupes marchaient serrées, les unes derrière les autres , el Napoléon s'était déjà avancé à la têle de son armée jusqu'à Markranstadt, pendant que le canon près Lindenau annonçait le commencement de ce jour si remarquable; lorsque Bonaparte y dontrattention était peut-être excitée par quelque rapport, fit halte ^ et demeura une demi-heure en méditation ^ à côté delà route. Les troupes marchèrent en avant y sans s'arrêter , et le feu de l'artillerie continua près de Lindeàau. Tout à coup, entre dix et onze heures, il s'éleva une V forte canonnade sur le derrière du flanc droit.dans la direction du grand et du petit Gœt^Cîheft/ Le ^maréchal Ney était à Kaia , etles.envîrôrts avaient été attaqués avec furie par les Prussiens. Napoléon resta tranquille , observa pendant quelques minutes la fumée et le bruit éloignés , et sur le iJea même , changea son plan, faisant retourner toutes les troupes qui s'avançaient encore sur la route, et les faisant rétrograder surj Liitzen. On peut bien penser qu'un changeqient de direction aussi v rapide de toutes cêstftasses, avec l'artillerie et les munitions, ne put. s'effectuer qu'a*éc beaucoup d'embarras. Pendlantces mouvemens, Ney, quoique très- vivement pressé , se maintint vigoureusement à son poste. Napoléon poussa sans relâche 9 vers le point d'attaque, sur Kàia, et les blessés affluèrent au-devant de lui entre ca

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village et Lutzen. Sa préseDce enlhousiasma les troupes, quoique la{plu$ grancje partie du corpsde Ney ne consistât qu'en jeunes conscrits , qui, peutêtre , allaient au feu pour la première fois. Presque aucun blessé ne passa devant Bonaparte sans le saluer du (^{W/'accoutamé* Ceux même qui avaient perdu un membre, et qui, dans peu d'heures, devaient être la proie de la mort, lui adressaient cet hommage. Je n'ai pas entendu ce cri de joie d'un seul , mais peut-être de cinquante de ces fanatiques à demi morts. Tous ces hommes , aveu-, glés par des illusions de vanité, se laissaient vo* lontiers conduire à la boucherie.' Napoléon luimême sentit^ dans toula son étendue, l'extrême importance de ce jour : il s'aperçut qu'il ne pouvait opposer à des troupes exercées, que la jeunease et l'inexpérience ; et à une cavalerie supérieure, qu'une infanterie fatiguée. L'enthousiasme que sa présence excitait , devait donc suppléer à l'expérience elà la force : il était sur-tout faible en artillerie ^ arme sur laquelle il comptait le plus et presque Mfiiquement; car il n'avait guère alors qu'environ deux cent cinquante canons auprès des corps qui se trouvaient réunis sur le lieu , avec les munitions nécessaires. Dans le moment de son arrivée àKaia^ la chance du combat paraissait tourner contre lui. Ney était obligé de céder à la bravoure des Prussiens. La perle était 'déjà très-grande du côté des Français , et allait

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toujôui's eâ dug'fhentântsui* ùe pôibt, à raison des efforts que Yon fit pour prendre ou. reprendre les tûhges de Kaia et de Rana , <|tii sont situés à un ^art d'heure de distance Furfde l'autre, dans une pfaiuè coupée d'arbrés et de fossés pleins d'eau , et qui àvaieifït été emportés d'assaut à six ou sept fois ) à ce que prétendent lès Français.

Kaia pouvait élre considéré comme la clef de k position. Le village , par sa situation , ne dominait pas f à la vérité y les environs. Il n'j avait autour de Kaia que des inégalités de ter^ rain peu sensibles, tandis que les hauteurs les plus renaarquables étaient autour de SlarsiedeL Cette position y ayant en avant un canal qu'A était difficile de traverser , n'en offrait pa» moins un excellent point d'appui pour hs deos armées ; et si l'armée du vice-roi d'Italie n'eu* pas menacé le flanc droit des Prussiens , la dé^ fense vigouqreose de ce poini autait changé la? destinée du combat d'une noanière qoi eût été bien moins favorable aux Finançais. O0 eût et» presque plus de raison de donner le nom da village de Kaia au combat du 2 mai, cfue celui de Gross - Gœrschen ou deLîîtzen; car ee fuf;^ sur le point de Kaia que commença à change la fortune militaire de Napoléon. Si les Prussîens^ eussent réussi à percer encore peiidant unecien^*heure,toute la lignede l'armée française en marche entre Weisseùfels et Leipsic aurait été rompiie} et>

la cavalerie eut pu opérer ave;ç beauci^p de sjuccès sur 1^ derrières ck l'armée ennemie ^ du coté de Weisseqfels. Napoléon le senlit trèsH bien j il s'arrêta presque tout le jour derrière Kaia , dans la direction de Lîilzen , où son iofanterie échelonnée, et sa vieille Garde > avaient été placées en réserve auprès de la cavalerie. Jl s'exposa peut-être, dans ce combat, au feu d<p l'ennemi, plus que dans aucua des sjuivans quii furent livrés en Saxe^ parce qu'il voyait combi^ipt le courage de l'armée, l'opinion de la nation^ la conservation de sa réputation ( à une petite distance de rEmpire français, depuis la cani- ^pagnede j8i2 ) dépendaient du gain de celte bataille.

Je n'ai jamais aperçu des signes plus visibles d'embarras sur son visage , que dans ce jour , au moment où peut-être la troisième attaque sur Kaia et Rana avait été repoussée^ et où une de ses brigades, fuyant ouvertement, avait été chassée du premier de ces villages. Dans ce moment , Napoléon reçut un rapport par un de $e^ pffîciefs d'ordonnance. Avec un terrible ha (i),/

(i) Ceue syllabe ffa! prononcée par Napolépn , avait tant de significations, et il savait la moduler d'une manière si étonnante , qu'on pouvait reconnaître de loin %i la nouvelle qu'il recevmt ét^t gaie ou triste; et déis qu'il saisissait le sens d'un discours , il exprimait encore par

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il se le fil répéter, et jeta en même temps un regard long , incertain , timide sur Berlhier et Gaulaincourt , comme s'il eût voulu leur dire : Est-ce que vous croyez que mon étoile dis- •paraît? •

Uaile droite de larmée Française fut, avec peine , appuyée à Slarsiedel , qui , le jour précédent , avait été occupé par le général Girard. Ce village, comme ceux de Klein-Gœrschen et de Kaia , fut la proie des flammes. Je ne peux porter aucun jugement sur les mouvemens de l'aile gauche des Français , tant parce qu'elle était hors de la portée dç ma vue, que parcp qu'elle était cachée par un hallier le long du canal (i). /

cette syllabe, de la manière la pi us^ significative, sa satis^ faction ou son mécontentement.

(i) Je répète ici que, bien éloigné de prétendre à la gloire de devenir un historien , je mVn tiens au récit de ce que j'ai tu et entendu moi-même. Celui qui n'est pas placé dans Fctat-major, ne connaît pas les rapports entre les divers corps , et ne peut par conséquent porter de jugement sur le détail de leurs mouvemens ; à Tégard de l'ensemble des opérations , on ne^eut compter que sur les rapports officiels que l'on a déjà lus, ou qu'on trouve imprimés. Si j'en faisais usage, mes Mémoires pren" draient dës-lors le caractère imparfait d'un Traité stralégi -tac tique , ce qui ne s'accorde pas avec mon plan.

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Napoléon se tint, il est vrai, sur-loul auprès de sa Garde. Mais il se montra souvent^ et aa front de chaque troupe nouvellement arrivée» Accoutumé, un jour de bataille, avant le conibat , à agir sur les esprits par quelque acte susceptible d'exciter Tenthousiasme , il ne négligea pas celte occasion d'animer l'ardeur , et d'exciter le dévoûment des soldats. A la vérité, il avait trop peu de temps , l'attaque avait été trop subite, pour qu'il eût le loisir de distribuer des aigles, de promettre des croix d'honneur ou des grades , moyen dont il n'avait pas besoia auprès de sa Garde ; mais il se montra aux autres troupes, comme il avait coutume de le faire ea attaquant. Et lorsqu'il parcourait les lignes, à cheval, il était salué par les î;/i^a^ retentissans et prolongés des colonnes. Peu de temps auparavant , Napoléon , pour quelque faute , avait privé un bataillon de son chef. Il savait que cet offi* cier , d'ailleurs très-brave homme , était fort aimé de ses soldats. Il courut au-devant du bataillon, à la tète duquel il le replaça , après lui avoû> adressé un petit discours. Les cris de joie de cette troupe retentirent au loin , et elle forma aussitôt la tète d'une colonne qui s'avança pour attaquer une hauteur derrière StarsiedeL Tous les autres régimens l'accueillirent par des acclamations, même au milieu du feu de l'artille rie.

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Le combat^ qui durait toujours, se prolongea jusqu'à six heures et demie du soir autour de Kaia. Des deux côtés, on combattit avec ua dcharnement digne d'admiration , et les braves Prussiens donnèrent beaucoup d'occupation aux Français, Leurs batteries près de Gœrschen et de Kana, frappaient sur la Garde impériale, et ]^lusieurs boulets et grenades arrivèrent jusqu'auprès de Napoléon. Tout près de lui , un inspecteur des postes perdit un pied , et même des balles sifflèrent autour de lui. Un embarras visible se manifesta dans les personnes de sa suite, à mesure que le feu se rapprochait , et que Kaia y le pivot de l'action, était en danger; comme enfin le moment arriva o\x tout paraissait perdu sur ce point , çt que l'on de\^ait s'attendre que la réserve de la vieille Garde attaquerait, le comte de Lobau, adjudant de Napoléon, et l'un de ses généraux les plus intrépides, se mit, par son ordre , à la tête d'une division de la jeune Garde, pour emporter de nouveau ce point. Aussitôt que l'attaque eut réussi, Napoléon dit à un autre de ses adjudans, le général d'artillerie Drouot , ce d'aller rassembler une batterie de » soixa'nte pièces de canon : » il lui indiqua brié'^ vement dans quel corps il devait les prendre , et dans quelle position il devait les placer. Ua mouvement de cette importance, qui, eu ua moment, changeait toute la face du combat.

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fut , en un clin d'œil , Touv^rage de dîîs: paroles'; car, depuis long-temps, ses officiers avaient appris à le comprendre. Cette batterie, rassemblée sur les hauteurs à côté de Starsiedel , pénétra toujours plus avant pendant la durée du feu, et Napoléon suivit, à la tête de la seconde ligne de la colonne d'attaque ; ce fut le moment ou il se montra avec Fardent désir de vaincrd II volait d'un point à un autre , poussant toujours , pour obtenir quelque avantage de terrain , afin que l'ennemi 9 tourmenté par la vivacité dn feu de l'artillerie , ne pût ni se maintenir dans sa position , ni persévérer dans sa résistance. Déjà ses colonnes marchaient sur les cadavres de l'avantgarde ennemie, qui avait occupé cette position; dé)à il faisait occuper à la bâte les petites col* Unes derrière Stalrsiedel , et voulait poursuivre ses avantages dans la direction de Pegau. Soixante à quatre-vingts canons continuaient leur feu au centre de l'armée. Gross-Gœrchen devint la proie des flammes, et fut emporté. Mais l'armée prussorosse tint ferme sur chaque point qu'elle défendait avec vigueur, pour peu que le poste fût susceptible d'être maintena , et soutint le combat jusqu'à ce que l'obscurité fut complète.

Napoléon appela un général polonais, qui était à sa suite , et lui dit , très-brièvement : «c Allez àGracovie , et dites que j'ai gagné une ^bataille, m Ce fut la s^ule dépêche expédiée

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du lieu cKi combat. Le général partît sur-lechamp. On ne voyait plus que les lueurs du feu de Tartillerie j qui finissait , sans que l'on pût juger de la position des pièces. En trois endroits, les villages en feu éclairaient l'horizon y lorsque soudain, sur le flanc droit de l'armée française, une ligne de cavalerie se précipita avec ua bruil sourd, et s'avança, les rangs serrés, jusque sur les bataillons carrés , derrière lesquels se trouvait Napoléon. Je crois que s'ils se fussent rapidement approchés de deux cents pas plus près^ il eût été pris avec toute sa suite : car l'attaque » le feu de mousqueterie des Français, étaient si vifs et si rapprochés ; l'obscurité était si grande ^ qu'on ne savait qui tirait , si c'était ami ou eo- Demi. Ce fut alors que toute la suite de Napoléon se dispersa tout d'un coup. Napoléon lui-même disparut quelques minutes , et on se demandait, avec anxiété : « "t l'empereur? » Celte scène mit enfin un terme a ce combat de géans. L'attaque de la cavalerie, qui montra l'énergie qu'inspire une tranquille confiance dans ses moyens, fut, à la vérité, repoussée par l'infanterie française ; mais Napoléon était hors d'état de calculer ou de voir s'il n'y avait pas sur ses flancs ou sur ses derrières de plus grandes masses prêles à faire diversion. Je ne veux pas non plus examiner s'il n'eût pas été avantageux, pour les alliés, de pousser toujours l'attaque

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contre Weissenfels , sur la ligne de réunion des Français^ avec des corps de troupes légères , et sur-tout avec la cavalerie : car , dans le cas le plus fâcheux, il restait toujours à une colonne /ainsi corpposée, une retraite libre surTorgau, en passant TElbe , et les troupes eussent toujours fait un mal infini à l'armée française ; tandis que celle-ci faute de cavalerie^ n'aurait pu leur en faire que très-peu.

L'inquiétude qu'on avait d'une nouvelle attaque du même genre , força les troupes à rester formées en bataillon carré, pendant la nuit du 2 au 3 mai ; et le matin dû jour isuivant , lorsque Napoléon , 'qui était retourné à son quartier général de Liitzen , après dix heures du soir , en sortit au lever du soleil pour visiter le champ de bataille , les troupes conservaient encore le même ordre.

On put âlçt^ JHger de l'étendue de la perte que l'armée lir .;^^^e avait faite en hommes. Les ambulances étaient dans une activité effrayante; et auprès des villages de Kaia et dé «Rana, presque toute la surface du terrain était jonchée de morts. On pouvait compter sur ce point, où, à la vérité le combat avait été le plus meurtrier, de deux à trois mille tués, la plus grande partie du côté des Français. Les jeunes assaillans avaient rencontré dans la GcTrde prussienne de redoutables adversaires , et les cadavres des premiers

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remplissaieot les fossés. D'après ce premier aperça, on pouvait évaluer la perte , du côté des Français, de six à huit mille tués, et au double de blessés : la perte des armées russe et prgssienne pouvait difficilement s'évaluer aussi haut. Je calcule^ en ce jour , la force de larmée française entre cent vingt et cent trente mille fapmmes environ , puisque les corps du vice-roi , de Ney , de Macdonald , de Morlier , de Marmont et de Bertrand étaient tous réunis (i).

Quelle différence Tobservateur des événemens historiques ne remarque-t-il pas entre les anciennes batailles et celles de l'époque actuelle (2), s'il se rappelle que , dans la première bataille de Liitzen, où, des deux côlés, les deux armées opposées comptaient à peine environ quarante mille hommes d'engagés , la perte des deux partis fut évaluée à neuf mille morts ; ce

(1) Il n'y eut, comme noos Favons dit, que Tavantgarde, ou une partie du dernier corps, qui donna, et Lauriston se tint à Técart près de Lindenau*

(2) 11 fallait dire : entre le» ancienne! batailles et la non' velje rencontre : car un écrivain , très-ingénieux et bien connu, a déjà remarqué fort à propos que maintenant tout se passe en marches et en rencon|res. Ainsi , pins fart de Tartillerie s'est formé , plus dans le choc de grandes armées ce qu'on appelle proprement bataille devieptune rencontre.

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qui faisait près du quart des combattans (i}^ Parmi tous les récits des évéoemèns militaires que contenaient les feuilles françaises, on dis-^ tingua, comme le plus exact, celui dû coinbat de Xiitzen : la marche de l'événement y était parfaitement représeritée ; seulement , la pèi;l6 des Prussiens y était portée trop haut , et celle des Français /comme d'ordinaite, trop diiïiinuée. On n'y fit point mention des généraux « morts^ ou blessés. Mais un des plus dangereusement atleiqt^ le général Gruner, ïnourUt, dès k mit du combat y à Liitzen. Les arméeà alliées ne perdirent que peu de prisonniers , et , autant que je sache , on ne leur enleVa point de canons; elle emmena tous ses blessés. Couverte par sa nombreuse et excellente cavalerie , elle, exécuta une très-belle retraite ^ semblable à celles que nous avons eu si souvent-occasion d'admirer dans la campagne contre la Russie. Le manque de cavalerie empêchait que l'armée française ne retirât uii grand avantage de la retraite de rennemi. Le principal fruit de ce combat , pour les Français , se réduisit ainsi à la possession de la partie de la. malheureuse Saxe située sur la gauche de l'Elbe.

Le niatin qui suivit cette journée si chittide , Napoléon fut salué par les viveis acclamations: de

Il t I

(r) Hèstoim âe fa gmrredtt trente ans , parScMkr.

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ses troupes formées en bataillons carrés. Il passai en revue plusieurs brigades , et examiïia en détail la position de la veille. La bonne tenue raililaire qui dominait dans celle nouvelle, armée , sortie de terre, pour ainsi dire , et rassemblée d'un coup de baguette, était véritablemtent admirable ; et si Ton éprouvait de Thorreur pour les excès des soldats français , l'esprit militaire , l'activité dans les marches^ et la bravoure de jeunes troupes si rapidement formées, que l'on opposait tout d'an coup à des soldats exercés, n'en excitaient pas moins l'étonnement. '

Napoléon demeura pendant plusieurs heures auprès d'un grand feu de bivouac, qui brûlait près d'un nombreux bataillon carré de la vieille Garde, non loin de Gross - Gœrschen. Il attaidait là une nouvelle attaque, qui devait être dirigée par le roi d'Italie sur l'aîle gauche, du côté de Leipsic, et il resta dans l'inaction jusque vers les neuf heures et demie, qu'on entendit le bruit du canon. L'arrière-garde ennemie occupait encore les collines du côté de Pegau , à< environ deux lieues de Liitzen , quoique le gros de leur armée eût déjà dépassé ce village. On voyait encore de fortes colonnes de cavalerie du côté de Hoben-Mœlsen et de Zeitz. Elles s'étaient retirées sur Altenbourg et Ghemnitz, pour $e diriger de là sur Dresde.

Placé sur une colline un peu élevée; et limi-?

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trophe de la route, sur un point que peut-être les monarques alliés avaient choisi la veille pour leurs observations , Napoléon ordonna la marche ultérieure de son armée. Il espérait encore peutêtre mettre le désordre dans l'arrière - garde ennemie ; et il voulait qu'une division pressât sa marche entre Pesrau et Zwenkau. La lenteur d'un général , qui n'avançait pas assez vite, le mit dans une grande colère : « Vous rampez, f..,.e! » lui cria- 1- il. Mais celte tentative ne servit de yiea alors; car l'armée des alliés avait ^ comme je l'ai dit, si bien ordonné sa retraite , que les jours suivans, jusqu'à l'occupation de Dresde, il nj eut que quelques petits combats entre son arrière* garde et l'avant -garde française, sous le vicel'oi d'Italie, près de Harta, de Nossen , et de^ Wilsdruf. /

Le quartier général impérial fut porté le 3 mai à Pegau , le 4 à Borna, et le 5 à Colditz. Le roi de Saxe se trouvait alors à Prague. L'empereur l'informa du résultat de la bataille de Liitzen^ ^t lui fit en même temps savoir qu'il espérait «nirer à Dresde dans quelques jours. Il parut cependant être dans l'intention de passer l'Elbe près de Kœnigstein , dans le cas où les alliés entre- ^)rendraient de défendra la capitale (i). Il sentait

(i) Un paysan qui revenait de Dresde ^ et à cpi il demandait si Ton verrait volontiers Pempereur dans ceti»

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vivemenl le manque de cavalerie, car, à chaque occasion , il pressait le roi de Saxe de lui donner deux régimens de cuirassiers qui étaient encore enFranconie. Incertain sur la situation de Torgau , Napoléon ne négligeait aucune occasion de s'informer de la destinée de celte forteresse , comme de celle de Dresde. Il envoya même le général Thielmana au gouverneur de Torgau , pour lui aiinoncer la nouvelle de la victoire q^u'il avait remportée à Lîîtzen , et lui faire en même temps savoir qu'il avait confié le corps saxon au

ville , lui^ répondit a?ec liberté : « Napoléon , oaî ; mais » ses soldats, non. » On aimait mieax les Russes qttê les Français , parce que les premiers étaient moinis prodigues de coups. Bonaparte demanda ensuite au paysafi si les habitans dd Dresde étaient très-chagrins de œ qu'on avait fait sauter leur pont. Le paysan , levant le& épaules : « Ce n'est rien '; on lé rebâtira , » répondit-tl en riant. ' '*

Napoléon ne parla cependant plus de payer les frais de réparation. Nous parlerons tout-à-^l'heure des traits de générosité auxquels Bonaparte se vit quelquefois provoqué ; générosités qui se réduisaient à peu de chose , parce que des dépenses de cette nature ne pouvaient guère être prises sur sa caisse ; ensuite , parce que Tepibarras et l'urgence des affaires ne permettaient pas davantage de revenir sur de pareils objets. Il en fut ainsi de la mesquine protection qu'il accorda aux habitans de Bischops-Werda, dont il avait d'abord annoncé Fintention de faire rebâtir la ville tout entière. ,

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maréchal Ney , qui^çtait à Leipsic. Il lui recommandait d'ouvrir des communications avec ce maréchal 9 de iqettre en campagne tout ce qui était capable de combattre, et de ne laisser que deux mille hommes dans la citadelle r A Waldheim, le pont avait été brûlé par les Busses. La réparation de ce pont arrêta la marche de l'armée. Cependant la cavalerie et l'infanterie légère pouvaient traverser le gué, et Bonaparte dut aussi Vy résoudre. Quoique mauvais cavalier, il s'abandonnait souvent^ sans réserve, à l'adresse de ses chevaux , en général petits et de peu d'apparence; très-souvent il se hasardait dans les sentiers les plus étroits, les plus marécageux , et dans des chemins pitoyables et dangereux, à travers lesèaux^Le grand écuyer, qui, par la nature de son emploi, courait îmmé* diatemtent devant lui , était d'ordinaire occupé à chercher les endroits les plus praticables. Luimême remarqua une fois très- naïvement, qu'il avait beaucoup appris , mais qu'il n'avait jamais pu se familiariseï* avec le cheval. Son corps n'é<* tait pas non plus conformé pour cet exercice. Dans le galop , il se laissait aller , sans soin , sur la selle, et dirigeait d'ordinaire les rêne? de la maia droite, tandis que toute la partie supérieure du corps ^ pendant la marche du cheval, était poussée de côté, ou en avant, et que le bras gauche; tombait négligemment. Si le cheval venait

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à faire un faux mouvement^ il perdait aussitôt Téquilibre.

Le 7 mai , Napoléon alla de Waldheim jusqu'à Nossen ; le vice -roi d'Italie > avec ravanl-garde, jusque près de '\f'Srilsdruf ; le cinqdyème corps d'armée^ sous le général Lauriston , « près de Meissen ; le quatrième, sous le général Bertrand, se tint entre Mitweida et Freiberg. Le jour suivant, le quartier général de Bonaparte devait rester à Wiisdruf. Mais, comme il était en avant de cette petite ville, et qu'il se trouvait, commer de coutume , à cheval à la tête de son état-major , il reçut la nouvelle que le matin l'avant- garde du vice-roi était arrivée à Dresde. Sur-le-champ INapoléon dit à un ofBcier de sa suite : ce Allez à » Dresde; amenez la députation chez moi; j'ai »> nommé le général Durosnel commandant de >» Dresde. Allez au galop. » Il lui importait^ comme dans tous les cas pareils, de se faire bien accueillir.

Dresde , rempli d'habitans dans Fanxiété et le chagrin , n'en paraissait pas moins magnifique à l'approche du printemps. Le cercle de ses hauteurs couvertes de fleurs, se garnit d'une muUi«» tude de combaltans français. C'était avec peine qu'un bon patriote saxon voyait déjà en idée cet agréable séjour, délaissé par le père de la pairie, devenir le théâtre du crime, la proie de bandes que le besoin et les souffrances remplis-

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sstienl.de passions sauvages. Déjà s'élevaient , des, deux côtés de la ville, des nuages noirs de fumée. Les Russes, en se retirant, avaient livré aux flammes deux ponts : l'un, en charpente, près Ubigau ; l'autre^ celui de la partie supérieure de Dresde , formé de bateaux goudronnés. Le dernier nageait tout fumant à vau-l'eau, pousse par le souffle du vent, et se plaça enfin trans* versalement devant le pont de l'Elbe, à Dresde. On ny pouvait plus passer depuis que Davoust en avait fait sauter deux arches, et qu'on avait rompu le pont provisoire que lesRusses avaient fait construire en bois. La plus profonde tranquillité régnait dans la ville, et n'était interrompue que par quel(|ues coups de canon venant de la rive droite de l'Elbe. Vers midi , on n'apercevait plus aucun soldat des alliés. Les derniers cosaques passaient le fleuve à la nage ; les bourgeois avaient pris la garde des portes. Les autres habitans, dans l'attente de ce qui arriverait, se réunirent près de leurs maisons, pleins d'inquiétude sur l'issue des mouvemens actuels. L'empereur Alexandre avait quitté la ville, la nuit à une heure , et le roi de Prusse dès le matin ; l'armée alliée s'était repliée sur Bautzen : elle occupait cependant encore les hauteurs de la rive droite de l'Elbe, et Neusladt. Les député^ du conseil de ville rencontjrèrent Napoléon à une demilieue en avant de Dresde, non loin du bureau

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^ recelte de la taxe des routes , sur le chemio de Freyberg.

^ Après un compliment dans lequel ils recomtnandèrent la ville à sa protection, il leur demanda d'un ton vif et riïde : « Qui êtes - vous ? (Membres delà municipalité. ) « Avez-vous du pain? » Les magistrats d'une ville épuisée par les fournitures faites à toutes les troupes qui avaient déjà occupé la Saxe, ne pouvaient guère lui adresser une réponse satisfaisante , et lors même «que , dans le premier moment , on aurait pu procurer aux nouveaux arrivans les objets les plus «rgens, le plus court séjour de ces énormes masses n'en aurait pas moins menacé des plus cruelles extrémités , cette ville digne de compassion. Ce maudit principe , que tout était possible, maxime qui dispensé d'examinersi les forces d'un état sont déjà épuisées^ et si des milliers de ses habitansnesont pas les victimes de la misère^ lui dicta l'ordre, « qu'ils fournissent du pain , de la viande, tlu vin. » Il tourna aussitôt son cheval vers le faubourg de Pirna ; parcourut les remparts de la ville, jusqu'à la route qui conduit à .Pilnitz; il descendit là, et se rendit à pied, seul, avec le grand écuyeret un page^ dans la campagne, jusqu'à l'endroit où les Busses avaienteu leur pont de baleaux. Le vice-roi vint au-devanldeluiy et le conduisit seul à proximité dutord de l'Elbe, d'où l'oû pouvait encore voir^ de l'autre cô lé , les postes

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ennemis. Plusieurs canons, lancèrent, des hauteurs de Tautre rive , quelques boulets , et se turent ensuite : c'eût été en effet une folie que der. tirer s^ir deux hommes seuls, car les^ chevaux de maia et la suite restaient toujours par petits pelotons assez loin en arrière. Si Ton eût pa deviner quç

c'éiak là ce guerrier insatiable de sang, certes, la pluie de feu ne se fût pas ralentie. Gomme le passage de L'Elbe de ce côté a'était pas.praticable, Bonaparte prit aussitôt la résolutiofi de le tenter plus bas, à Priesnilz ou à Ubigau. Ainsi , après qu'il eut encore fait quelques observations siur la xive gauche de l'Elbe , aa faubourg de Firna , et qu'il, se fat informé des moyens de se procurer des bateaux^ du bois, djes planches et des travailleurs ea toute hâte , il courut encore luimême au-delà de Frédéricstadt, vers l'endroit que nous, ^vons déjà indiq^ué près dtJbigau* Le poBt de radeaux que l'on rencontrait dans cet endroit était à la vérité séparé de la rive gauche de l'Elbe ; mais il existait encore aux deux tiers , tenant à l'autre côlé du fleuve, brûlant faiblement, et sans qu'il y eût aucune surveillance sur ce point On ne voyait pjus aucun çosaque« Des chevau - légers français montèrent aussitôt dans quelques petites nacelles qu'ils s'étaient procurées» et,, par l'assistance de plusieurs travailleurs, le feu qui brûlait faiblement, fut éteint > et le pont tiré de ce côté da fleuvQ. Boûaparte donna Tordre de

rassembler eh toute hâte des charpentiers et des itt^tériau^^our établir en cet endroit un pont de irlidôalik.^Mms avant tout, on reunit des troupes qui Jaduit!suiv£lntey se retranchèrent sur la rive droite du fleuve, pour couvrir les travailleurs occupés aux travau>c du pont.

Les alliés t^emarcjuctent ce projet. Une opéra-^ tion si prompte , pôbr faciliter le passage d'une armée aussi considérable ique celle de'sï'rartçâis, devait les surprendre. Ils envoyèrent donc , le Inatin du 9 mai, des trôtipés en quantité sur la route qui Conduit à Meissen ^ar les vilbges dé Wàchau ou dePischen,etleshabitansdeI>resdê furent réveillés par le cation et pât tin feu dé thousqueterie vefaaot dàhisla direction de Neustâdf, Bonaparte, accohlpa^né d'un seul adjudant ^ s'était déjà porté à trois heures sui* le rempart ver^ la Fausse-Braie j et avait lui-môme fait placer quelques pièces de canon; disposition qui, vers midi y fit taire le feu de ennemi: celui des tiraillebrs se prolongea toute la journée des deux côtés de l'Elbe , et personne n'osa se montrer sur le pont; deux canons protégés par des retranchemens tiraient deNeustadt sur la place du château et de l'église catholique. Plusieurs habitans furent tués pu blessés dans la matinée ; mais, vers midi, la canonnade commença dans les plaines d'Ubigau, Les Russes voulaient empêcher la construction du pont) et avaient conduit sur ce point une grande

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i]uantiië de canons. Quelques collines boisées près d'Ubigau favorisaient rétablissement des batteries , et il y eut là beaucoup de tués et de blessée. Bonaparte se porta à peu de distance auprès d'un snagasinà poudra qu'on ayait évâcué , et docitoji employaitle bois à la construction du pont; il prjt lui-même des mesurer piour éloigner l'ennemi.lies Rusfïespteuvaient. avoir amené de 5o à 60 pièces qu'ils avaient placées le long des rives de FElbo. Avant qu'aucuû autr^ eût remarqué leur, force , Bonaparte avait déjà prescrit les dispositions nécessaire. « Cent pièces de canon! * cria-t-il d'une voix de tonnerre au général Drouot , qui. accéléra l'arrivée des pièces, et les &t conduire ^ en. partie sur 1^ hauteurs de Priesnitz, poste avantageux, en paritie auprès du lieu appelle la Maison du Gordoiuiieri et enfin à l'extrémité de l'allée de J'Ostra(x).

(1) Commis Drouot r0venait de Prie»ffii4z j et 4\vCA xén^ JaU 'C&Bipie à Bonaparte de Inexécution de ses orflres , celui-ci ne trea?a pas les canons bien placés à son gré ^ et dans la première effervescence de sa ms^uvaise humeur, il prit le général par le bout des oreilles , et les liii tira y mais celui-ci ne peiToit pas contenance, et lûri êrssu^a,^ d^un ton modeste^ niaîs décidé^, qu^on M fon^tm pas mieux les placer. Aussitôt L'air mécontent de Napoléon fit place à un rire amical. Il parut avoir seulement voulu plaisanter, et se trancjuillisa. De semblables mouvemens d'une colère irès-vivè n'étaient pas rares de sa part..

J2 €AMPAÔNE

La canonnade fut très-sérieuse.' Les ballerîe!^ russes balayaient toute la surface des champs entre Frédéricstadt et Priesnilz. Mais la position des Français était encore plus favorable que celle des Russes, jusqu'à la colline couverte de bois ou de vignes dont nous avons parlé , et qui couvrait les Russes près tJbigau. Plusieurs boulets et grenades vinrent tomber auprès de Bonaparte; une de ces dernières enleva tout près de lui une pièce d'une cloison de planche d'un magasin à poudre^ et lui enJanca un morceau de bois à la tête, ce S'il avait touché le ventre , c'était fini , » dit- il , en relevant et examinant le morceau de bois. Quelques minutes après y une grenade tomba à terre entre lui et un bataillon italien qui avait marché vingt pas derrière lui. Les Italiens se courbèrent un peu pour éviter l'effet de l'explosion : il le remarqua , se tourna de leur côté avec un rire moqueur, et leur cria : u jih ! cujoniy nonfamale^^K la fin , la place devint un peu désagréable, et il se dirigea au-delà de Cotla , et derrière un chemin élevé près Leutewilz, vers Priesnitz. Les Russes remarquant tout à coup sa nombreuse suite, qui jusqu'alors s'était tenue en arrière dans un creux ^ firent siffler derrière eux une grêle de balles.

comme j'aurai, plus tard, occasion de le faire remar« quer.'

Cependant on avait déjà fait passer deux bataillons environ, qui , postés à la tête du pont commencé, devaient nettoyer l'autre côté du rivage. Les tirailleurs protégés par les batteries poussaient de distance en distance Tinfanterie russe. La cavalerie ennemie, encore fdrte d'environ 16 h 18 escadrons^ auprès de Tracbau et de Gaditz, q6 se mêla plus du combat. Yraisemblablen^nt , on en avait renforcé l'arrière - garde de^ alliés, qui sur ce point devait s'opposer aii passage de l'armée française, pendant que le gros de l'armée se retirait en bon ordre sur Biscbopswerda^ Pulsnitz, et Radeberg.

Dans ce combat, on perdit des deux côtés quelques cents hommes : la tête du pont resta occupée, et les Russes abandonnèrent Ubigau ,dont les Français s'emparèrent. Mais les travaux au pont n'en étaient pas moins très-di(Bciles ; le courant j étant assez profond et assez rapide, et l'pn manquait de câbles, d'anck:es et d'autres ustensiles. Après deux jours de travail, ces difficultés firent interrompre la construction de ce pont; on trouva plus utile de s'occuper du rétablissement de celui de Dresde, sur l'Elbe. Ce travail fut favorisé par la retraite des alliés qui continua la nuit suivante. Les troupes de Neustadt et des environs s'éclaircirént peu à peu , et le matin du 10 mai, on n'y apercevait plus que quelques bandes de cosaques. Les généraux russes Ulanow^ Saint-Priest

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et Miloradowitsch 9 ne quittèrent Neustadt que dans la nuit.

Bonaparte pressa avec la plus grande activité le |>assage de l'Ëlbe. Il passa une partie de la journée dUr Je pont dont il confia le rétablissement à son adjudant , le colonelBernard. A Faide de grandes édbelte^ à feu • l'infanterie légère grimpa le long de la partie du pont qu'on avait £aii sauter , et ed redescendit pour s'assurer des environs de lïetHiadt Bonaparte lui-même^ avec tout son état- Inajor prit part à celte escalade pour s'assurer de l'état du ponL Quelques canons Turent placés dans de vieux bacs qu'on avait trouvés. Il promit ua napoléon d'or pour paj^er le passage de chaque bdtenu. Tout le jour^ et la nuit suivante furent ^employés à la construction du pont que l'oa tvt*è(s^it vivement, etdadsl'espace de vingt heures^ fiépt palées de bois furent aâermies et couvertes, de manière que le 1 1 mai au matin , vers dix heures, toute l'âritiée du vice*roi et mémesoa nriillerie purent y passer. La promptitude de cette opération rempKt Bonaparte de bonne humenr; il ne quitta presque pas de tout le jour le pont 9nr lequel il vit passer les troupes du vice-roi, ceiles du général Bertrand , et une partie du corps de Marmont. Il s'assit commodément sur un banc de pierre, tournant les yeux vers ses chers canons , et ses enfans indisciplinés qui, faisant retentir l'air de leuvvwat, portaient alors la misère et le

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désespoir de là rive gauche sur la rîve droite de l'Elbe. ;

Le roi de Saxe , qui so Ironivait ëntrore à Prague, fut > iminédiatemenlaprcfe l'errivce de Bona* parte à Dresde , informé de tout ce ^ui se passait par la commission immédiate du gouvernement. Bonaparte l'avait pressé par écrit et de vive voix ^ de quitter Pl^ague prour revenir dans sa capitale. La triste situation du pays > et dé s9i résidence même, tous deux en proie aux actes arbitraires et aux.extorsions de Farmée française , fit une profonde impressioh isur le cœtn*dtî ce bonfyêbe. Il se décida en conséquence , à la fin , à consoler et à encourageras su ji&ts par sa présence-, eti cédant àlêû):^ tidelix,et m rfeVfenautà Bresdte. Il y avait ati^i âlôris ^ahde appàrëncià qu^ là ^eid^r d-Autriche ûUditAé déclarer pour la caiise d^s alliés. Mais son arittëe n'était |>âs encore eQ état de prendre sur-le-fchatop une part active à la guerre , et jusqu'à cette époque, là Sa^ demeurait toujours tin pays abandonné: si/dômûie Gela était déjà arrivé, par nii triste effet des i^âklions Sûbsismnies^ •elle continuai! detre dévastée "pai^ t^ Français, elle pouvait alors accUier éû se^tet Son chef d'avoir négligé une lètitâ^i^ pOUr sdù salut.

On doit croire qùé ^ës considéraiiMs déterminaient te coeur: paternel du roi au retour à Dresde. Tout délai de sa |Jàrt eût irrité le despote, et etfosé ce malheureux royaume à toute

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la colère de Napoléon. Le roi voulut doue réellement faire un sacrifice à son pays, quoique l'asservissement de ses troupes aux ordres des Français donnât à sa résolution l'apparence de Fégoïsme. A la vérité, il a été traité en ami par l'homme de potre siècle qui a le plus sacrifié à cette passion. Le monde entier n'en sait pas moins combien elle répugne au cœur de Frédéric- Auguste; et la postérité^ en le plaignant, saura le juger avec impartialité.,

Le retour du roi s'opéra avec lenteur. Soit qu'il fut réellement retardé par la faiblesse de Vkge, et par une indisposition , ou soit qu'il comptât déjà de la part de la cour d'Autriche sur des déclarations et des démarche^ capables de protjéger son royaume, on all^ près de deux jours de suite inutilement à sa rencontre. Enfin le 12 mai» il ar* riva à Dresde, au milieu d'une solennité qu'avait ordonnée Napoléon. L'orgueil de ce potentat était sur-tout flatté de décider du sort des princes. U voulait donc, en ce jour» paraître comme le restaurateur victorieux d'un souverain allemandL qu'il protégeait , et il rassemblait , dans cette intention , autour de lui, tout ce qui, dans la circonstance, pouvait rendre son armée imposante , et lui donner de l'éclat. Les Gardes faisaient la parade, depuis le château jusque devant la ville» et la cavalerie , rangée en dehors du camp de Pirna^ sur le côté d^ la route^ était en mouvemenL

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Elle foulait celle récolte naissante , si belle en espérance, et qui nous eût été si nécessaire dans l'année de disette qui suivît Elle consistait ea chasseurs, en grenadiers, en dragons, en lancierspolonais, les meilleures troupes de cette arme,, et dans la gendarmerie d'élite. L'artillerie Tolan^e de la Garde était postée à Textrémité de Taile , vis-àvis Grunau.

NapoléojDi régla lui-même la disposition de farmec , et lorsque tout fut en otdre, il envoya un officier au roi de Saxe , qui attendait à cheval et peu accompagné, à la porte du grand jardin, afin de l'inviter à se rendre sur un des petits ponts de la route venant de Pirna, où il se proposait d'em-^ brasser ce prince , et où il le reçut en e£Pet. Le roi éprouvait un sentiment de joie en revoyait sa capitale. Mais ce sentiment ne pouvait étourdir la douleur que lui causait la rigueur des souffrances de son royaume. Ayant mis pied à terre à quelque pas en avant du lieu du rendez - vous , il fut accueilli par Napoléon qui le conduisit dans la ville au bruit du canon , au son des cloches , et aux acclamations des troupes. Napoléon dit à la députation du conseil qui vint recevoir les monarques à rentrée de la ville, qu'elle avait obligation aux sentimens et au retour du roi, de la modéralion avec laquelle on la traitait. La joie de revoir, comme prolecteur , dans les murs de Dresde,

u(i souverain biea-îàiAé, élouffa pour le xpojdçd)

7^ GAMPAGITB

la douleuir que causaient les maux présens , et I9 triste perspective de l'avenir.^Oa croyait que le^ souifrances qu'on endurait, çt que Taffluence extraordinaire de troupes, innombrables faisait peser de nouveau sur le pays, depuis le commen* cernent duprinteippS;, prendraient bientôt fin, et se termineraient par un ^é^uUat quelconqvie, peut-être, 'par la paix, sur les rives de l'Oder et de la Yistule. La 39xe était in^puissante pour protéger les propriétéis de ses habitons, par leur^ propres forces. On $'7 abandonnait donc peu à peu à cette insensibilité qui s'empare de l'habit^Dt d'une paisible cabane , lorsqu'il voit le peu qu'il possède détruit par un incendie qu'on ne p^ i?t arrêter. C'était sur*tout la position des village^ situés sur la roule de laripée , où ce débordena.ept de troupes parut long-ten)p$ anéantir toute espérance pour cette année.

Les patriotes ^xons attribuaient avec raison les malheurs qui s'étendaient spr toute la Saxe, a la trouée prématurée des Français dans le nord* C'était pour eux une désolation de voir nonj^ulement une grande partie de leur patrie in- - cendiée de^nouveau par des bordes indiscipUnées, mais même leur roi si respecté, et dont les senti- • jiien$ pacifiques répugnaient à un état de choses si extraordinaire, et si latal au pouvoir, et dans les mains d'un homme qui , attaché à ses détes- .tables pUtns avec une tenacit^ inébranlable, ne

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s'Inquiétait pas que des provinces entières , des millions de leurs babitans devinssent les victinae& de ses folies ; et cependant on ne pouvait FÎea changer à cette position. Noqs vîmes donc lé roi rappelé dans sa capitale par l'enfant g&té de la fortune; et de ce moipent, son impérieux ami , en même temps q^e la protection qu'il accordait à ce prince servait à manifester 1^ pouvoir du protecteur^ s'étudia à lui témoigner les attentions les plus recherchées qu'il eût jamais montrées à un prince allemand son allié. Les preuves antérieures d'estime qu'il avait dontiée^ au roi pendant son séfour à Paris, et depuis^ dàas ' beaucoup de circonstances , ne contribuaient pas peu à imprimer un caractère de franchise à des relations amicale^ y plus fondées sur la poii« tique , à l'époque dont nous parlons , que sqr les senlimens du cœur. Napoléon, qui avait toujours son but devant les jeux, s'empressa aussi dàs^ lors de faire savoir au roi tout ce qui pouvait lui être agréable ou le consoler^ et lui procurer quelque tranquillité d'esprit sur |e sort de soa royaume. Aucun dimanche, aucune fête de se passait, sans que Napoléon entendît la messe avec gravité. Si l'armée faisait le plus petit progrès', le roi de Saxe en était aussitôt instruit. Dans toutes ses allées et venues pendant ie cours de la campagne , fionapar le ne manqua jamais , avaiit tout, de voir lui-jnéoie, os de faire saiuiyvlé

8o CAMPAGNE

roi de sa part A cette amabilité que Napoléon savait y quand ii le voulait , déployer de la manière là plus séduisante^ se joignit bientôt la profonde impression qu'il produisit sur le roi , sur sa famille ^ et sur les habitans^ le jour de la bataille devant Dresde, lorsqu'accouru dcila Silésie^ par une marche précipitée , et après avoir observé la redoutable armée de ses ennemis , il l'attaqua avec ses troupes en grande partie épuisées » mais d'un courage à l'épreuve, et la mit en déroute. Cette dernière faveur de la fortune , que l'oa peut comparer au chant .du cjgne, de cette fortune dont on pouvait bien pressentir le déclin, sans cependant pouvoir que difficilement le regarder comme certain, tant que les armées de ses maréchaux n'étaient point détruites^ avait, en quelque sorte, imposé au roi de nouvelles chaînes. Il en résulta que quand, à la fîn^ la . fortune châtia la témérité , fidèle à ses pro-« messes, le roi de Saxe fut le dernier à roai*pre ses liens avec Napoléon ; il ne s'y détermina qu'à l'époque où son devoir envers ses sujets, lui imposant celui de rester dans son royaume , lui prescrivit en même temps d'avoir recours à la magnanimité et à l'équité des alliés victorieux.

Napoléon séjourna jusqu'au 18 mai à Dresde. Il eut plusieurs entretiens avec le roi. Il examina

av^ atlentioa les euvirons de la ville , surtout

EN SÀ3tB, l8l3. 8i

Ubigân , où une canonnade se faisait entendre. Il paasa.en revue différentes divîsionsde troupes à leur arrivée, et il obtint du roi de Saxe deui régipnens de cuirassiers en remplacement de èeux qu'il avait détruits depuis sa relràrte de Mosddu.Il commençait alors à sentir le prix de chaque qavalieren état de servir (i).

■ iJU tf

^ (i) Napoléon avait pour habitude de visiter en détail le cLamp de bataille, après FalTaire, (ouïes le^ fois qu» le' temps le lui permettait. II semblait, en examinant les positions qn'avait occupé l'ennemi , vouloir s'instruire de aes forces y cft pénétrer ses plans. Il s'arrêtait avec intérêt sui* certains points du terrain ^qui paraissaient le 'frapper, ou auprès des ennemis morts ou blessés. Je Tai vu faire descendre de cheval son chirurgien auprès des Russes qui donnaient encore quelques signes de vie ,v pour voir s^il était possible de la leur conserver. En Silésie , il dit nn jour , dans une semblable occasion : S'U est saUpé , il y eri aura^ un de moins. (Il sous-entendait; qui me haîrd personnellement , ou dont j'aurai causé la mort ) , et il donna l'ordre à l'un des officiers qui l'ac-> compagnaient , de rester pour faire transporter le blessé dans le village. Par ces fausses démonstrations de sensibilité, il donnait à entendre que la nécessité seule le forçait a sacrifier la vie de tant d'hommes. On aurait pu croire , du moins , que quelque mauvais génie Yj poussait malgré lui. Autrement, comment eût-il pu demeurer insensible à tant d'autres maux qu'il causait ? ^Lorsque Na« poléon parcourait le champ de bataille , les morts français étaient , d'ordinaire y déjà enterrés \ et les blessés d«

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