‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 3 sur 23 · Tome h · texte numérisé non relu

Tome h

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Le 12 mai, les Russes avaient pris Blschpfs-^ Werda d'assaut , et les Français y avaient mis le feu en plusieurs endroits. Le maréchal Ney , avec , son corps , avait passé FElbe près de Torgaa. Il marchait en avant sur BerUn, et avait Tordre , en suivant la rive droite , de se porter sur Sprem* berg et Hoyers- Werda. Ce ne fut que le i5 au soir qu'il arriva un aide-de-camp de ce maréchal » pour apporter des nouvelles à Bonaparte. Aussitôt après son arrivée , Ton fit des préparatifs pour le départ du quartier général. Cependant, le 16 au soir ^ le général autrichien comte E^bnn eut encore auprès de Napoléon une audience qui se prolongea jusqu'à deux heures après minuit. Il est probable qu'il résultait des communications de ce général , que la cour d'Autriche était moins disposée que jamais à faire cause commune avec Bonaparte; mais celui-ci se flattait toujours de gagner cette puissance par de brillantes promesses , et il ne renonça

celle nation enlevés. On savaitsûremeai que l'aspect de se^ perles lui élait très-désagréable. J'ai vu le prince de Wagram ( Berlhier ) donner souvent des inarques de compassion à Taspecl des blessés , et charger des ofliciers de son éiat-major de les faire soigner ; ce qui n'empêchait pas que , dans d'aulres circonstances , il n<i parlât avec une révoliante indifiërence des horreurs d« la guerre comme de maux inévitables.

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à cet espoir qu'après la déûonciation de l'armislice.

Lorsque , le 18 , Bonaparte quitta Dresde , il était, comme de coutume , à cheval , environné de ses maréchaux, de ses aides -de -camp, et d'une suite nombreuse. Le roi l'accompagna jusqu'au-delà de l'endroit dit le Bain, sur la route de Bacolzen. La chaleurétait excessive, et l'on étouffait^ de poussière. Napoléon était seul en avant, plongé dans de profondes réflexions. Après quelque temps, il appela le grand écujer Gaulincourt, et ne s'entretint qu'avec lui ce jour-là, pendant la marche, qni fut de trois milles (six lieues). Ce diplomate consommé paraissait souvent posséder sa confiance plus que le duc de Bassano (Maret). Son grand dévouement et son attention sur toutes les parties du service personnel de Napoléon , attention qui s'étendait jusqu'aux moindres détails , lui avait acquis le droit de parler à son maître avec une certaine irancbise ; et je crois qu'avec le jugement froid et sain qu'on lui connaît, il ne manqua pas de représenter à Bonaparte tout ce qu'il avait à craindre, tant des dispositions de l'Autriche, que du plan adopté par les ennemis, d'employer leurs troupes légères à inquiéter les derrières et les flancs de l'armée française. Mais l'on sait que Napoléon^ se fiant à son étoile et à son génie, n'écoulait jamais les. avis ni les remon-

trances, el qu'il hasardait tout, dans la persuasion que ses ennemis commetlralenl de grandes fautes* Ce fut Ce qui arriva sur*tout pendant la seconde moilié de la campagne, lorsque les Autrichiens se furent déclarés, /^om^ vqfrez , disaient ceux des.confidens de Bonaparte qui abondaient dans son sens , vous verrez qu^ils commettront des fautes j nous tomberons sur eux y nous les écrase^ rons. J'ai même entendu dire: Ils n'ont point de sjstême. Combien ils se trompaient , ces hommes gâtés par les faveurs que leur avait longtemps prodigué la fortune !

Le 19 mai, de bon matin, le quartier général partit de Hartha, où Bonaparte avait passé la* nuit, et se rendit à Klein -Forstgen, à une lieue en deçà de Baulzen, sur la roule de Dresde. Lorsque Napoléon ne vit qu'un monceau de cendres et de ruines à l'endroit où avait existé Bischofs-Werda , il fut profondément ému du. spectacle des malheureux habilans pleurans sur les décombres fumans de leurs demeures. Il prit des informations exactes, par lesquelles il s'assura que la ville avait été incendiée par les Français. Caulincourt, qui ne lui cachait aucun des excès de ses troupes, lui prouva que ce malheur ne pouvait nullement être imputé aux Russes. Dans un premier mouvement de générosité, Bonaparte promit de réparer les pertes des liabitans^ et il ordonna que, le soir mémej^:

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les députés de la ville se rendissent au quartier général , pour lui présenter un état-dés dommages. Les députés se présentèrent ; 'mais lès événemens des deux jours suivans l'empêchèrent ' de les recevoir et de leur faire parvenir orie^résôhitîpn. Plus tard, lorsque Napoléon passa à Bischbfs- Werda, à son retour de Silésie, il se souviiït de sa promesse ; mais il paraît que sa caisse n'était pas en état de faire les fonds - riécessâii^es pour rebâtir une ville de quelques centaines de feux; et, comptant sur la générosité du roi de Saxe, et peut-être aussi sur les institutions qui existent dans le pays , il se contenta de faire assigner à la ville une indemnité de 100,000 livres.. Gomme les habitans avaient sauvé en Bohême une grande partie de leurs efFel«, et qu'ils reçurent beaucoup de secours de la nation saxonne» la plupart d'entr'eux purent se tirer de la misère où les avait plongés l'incendie'. Mais on ije peut penser y sans frémir, au téri^ible specèiâde que présentaient ces maisons incendiées, 'aii tai^ lieu de leurs impitoyables destrùcteuris.

Napoléon se rendit aux postes.les plus avancés^ pour reconnaître la position de l'armée ennemie.^ Le premier point qu'il visita fut une colline rocailleuse , qui se trouvait à une portée dfe fusil d'un poste de cosaques. Toute sa suite resta en arrière, et Napoléon s'avança, accompagné seulement de quelques-uns de ses généraux et

de ses aides - de - camp. Pendant que les cosa-* ques ^ qui avaient mis pied à lerre , faisaient paître les chevaux, selon leuf usage, Bonaparte, à cette distance si rapprochée de Tennemi , formait son plan pour l'attaque du camp retranché de Varmée principale, qui occupait là des champs ea forme de terrasse, entre Bautzen et Hochkirch , ayant en front la Sprée, sur son aile gauche des coUines boisées près de Kunewald, et sur son aile droite les hauteurs près Klein -Bautzen : elle occupait la ville de Bautzen et toute la rive droite de la Sprée , depuis les hauteurs près de Ober-Gurig jusque prèsde Malschwilzet de Klix. L'intention de Napoléon paraissait être d'abord de diriger son attaque principale contre l'aile gauche des alHés , parce que l'infanterie qu'il était à même de jeter dans les bois et les hauteurs pouvait lui être d'un grand secours ; mais il fut détourné de cette idée, en réfléchissant aux enfoncemens qui se trouvent dans les montagpes près de Kunewald, et qui, en se prolongeant dans la plaine , coupent les chemins sur lesquels il eût fallu passer pour arriver au point d'attaque : il parait qu'après avoir examiné plus soigneusement le terrain, il forma le projet de tourner laile droite des alliés, qui, ce jour- là encore, avaient près de Klix des détachemens au-delà de la Sprée , et se trouvaient en communication avec les corps dirigés sur Kœnigswarlha , sous les

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ordres des généraux Barclay de ToUy et York. Après avoir continué sa reconnaissance sut trois aiilres points (sur la hauteur près Salzforstgen , . sur la monlagne de Schmochtilz , et au moulin de Lobsau près Klein- Wclke), Napoléon rentra au quartier général, où il arriva vers sept heures» Cependant^ la canonnade que l'on avait déjà entendue, Taprès- dîner, dans la direction de Kœnigswarlha , devenait plus vive, d'un moment à l'autre; à huit heures, il monta brusquement à cheval, et s'avança jusqu'à Klein -Welke. Selon l'usage, on alluma sur-le-champ un grand feu de bivouac avec des troncs entiers. Napoléon se fut bientôt convaincu , tant par la canonnade que par un incendie que l'on apercevait, que Ney et Laurîston étaient engagés dans une affaire sérieuse. Le feu continua jusques bien avant dans la nuit^ et Barclay de Tolly et York avaient fait éprouver sur ces points, des pertes considérables aux Français; au quartier général méipe de leur armée , on évalua, le lendemain , la* perte à deux mille hommes et onze pièces de canon. Bonaparte fit dire depuis au roi de Saxe que la division italienne, sous les ordres de Ney , que l'on avait crue perdue, était sauvée. Le fait est que, si la plupart des Italiens s'étaient sauvés , c'était par la fuite, en Bobê^tne (i).

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