‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 6 sur 23 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

IntejvaUe pendant V armistice j quelques observalions et détails sur la manière d'être et d^agir de JSapoléon.

LliT dominatenr tel que Napoléon ne peut jamais inspirer de Tamour ; il ne peut exciter que l'admiration. Cependant l'observateur de la nature humaine trouvera sans doute de; Tintérét à connaître la manière de vivre d'un homme qui, par son esprit et par son bonheur , a été admiré de ses contemporains , et occupera toujours une place ineffaçable dans l'histoire. La vie privée d'un tel homme offre d'autant plus d'intérêt, que dans le grand monde politique , qui fut soa véritable élément , il n'a paru que sous un faux jour. Qui est celui qui pourrait approfondir le cœur de Napoléon , et juger cet être ériigmatique, entraîné par les événemens les phis ex- i traordinàires , et par les combinaisons les plus bizarres ?

Comment pourrait -on connaitre à fond celui

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qni fut obligé d'employer tonte la force et toutes les ressources de son esprit pour faire face à une infinité d'envieux et d'ennemis y pour contenk^ les plus fins , et pour en imposer aux plus indo- •ciles? Gomment pourrait- on juger un favori du destin, qui, gâlé par son bonheur inouï, s'est follement imaginé être un prodige , une merveille du monde , le souverain le plus digne et le plus spirituel d'une grande nation , fait pour effacer tout ce qu'on avait vu , et tout ce qu'on avait osé faire avant lui ? Pour juger des qualités d'ua lK>mme aussi rare, c'est à de petits traits qu'il fittit sur-tout faire attention. Ils seront donc aptjpréciés par tous ceux qui n'ont pas vu Napoléon ^^ pjrës. Ses nombreux ennemis se sont épuisés 'k le déchirer, et à le déshonorer par leurs discours - «t par leurs écrits. Ses favoris et des esprits i4e9C2|ltés , éblouis de sa gloire , ont fait son apo- •ibéose; et maintenant on le couvre de malédic- •tiqos. Qu'on se tienne dans un juste milieu. Qu'on apprécie la force de la passion, le sentiment de la eoDtrainte, l'appât de la fortune et du succès; 'ièTCSuitat de la mobilité qui réside dans le système <Berveax et dans le. sang des babitans des pavs ^iàéridionaux, enfin le plein pouvoir qaele destin jwluL avait; conCëré, on jugera alors avec mode- 'talion.

r II n'j a pas de- grandeur sans fernieté de ^ €:a^actëre. Les esprits indécis peuvent compter

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XDoids que les aulres sur des progrès marquant* Pour devenir homme de lettres, artiste, bon mécanicien et bon guerrier, il faut une certaine persévérance pour atteindre le butqp'on se proposç. L'hommedegnerre n'est que trop souvent e^Lposé, par Li sévérité et par la rudesse de son éta(, à voir sa persévérance se changer en entêtement. Le soldat.se soucie fort peu des souffrances aos autres; il excuse tout, en attribuant tout à l'empire tjrannique de la nécessité ; et il s'empresse de parvenir au but vers leqiiel il est conduit par Ja fortune et par le pouvoir. Tels furent les «entimens que les événemens de la révolution inspi- .rèrent a Napoléon. Son ambition , dont on prétend avoir aperçu le germe dès sa plus tendpe enfance, devint bientôt une inclination toujou^ plus :vive pour le despotisme ; inclination qui; 4e fortifia encore par la résistance que Ini opposa l'Angleterre 5 son ennemie implacable.* Les plus Igrandes fautes commises par Bonaparte ont pris leur source da;n^ la haine qu'il portait au gouverr nement de ee pays, dans l'idée que ia France ne devait jamais souffrir que l'Angleterre lui dictit des lois; et <)ae, se rendant! maître de tous les irapports du continent^ il , pourrait opposer une puissante barrière à cqs insulaires , jiisqu'à ce que l'écroulenaent de leur crédit factice entraînât leur chute. L^'Angleterre, aussi constante, mais plus circonspe^cte dans Texécution de ses projets ,

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est parvenue , par cette sage et courageuse persévérance f à gagner l'estime de Napoléon , tandis que les autres gouvernetnenS; égarés par de longs malheurs , ont favorisé son anibition par leuis fautes. Napoléon conçut fort bien qu'en profitant de ces fautes et en divisant les intérêts des diFférens pays , il se fraierait le chemin à une gloire sans bornes. Cette conviction lui a suggéré plu>sieurs manœuvres astucieuses jusqu'au moment pu l'union des forces^ et sur-tout la constance et la bonne harmonie^ ont préparé et consommé sa ruine.

Gonibien ne doit- on pas déplorpr que Napoléon n'ait point employé ses grands talens , ses facultés vraiment rares > et que secondaient si bien les grandes ressource$ de la France, au soin exclusif du bonheur de son vaste empire! Mais son sang était trop ardent, son esprit trop turbulent pour qu'il pàt se renfermer dans le cercle des réformes et dés améliorations de l'intérieur: saisir une idée> assigner au plaa adopté les lbnd$ nécessaires 9 fixer le temps et les moyens dexé* . cution , n'était pour lui que l'afEaire d'un Ésoment ; il lui restait ensuite asscjs^de temps pour mille ; autres plfin» qu'il poursiuiviait avec la même activité. Il passait de l'im à l'autre sans relâche ; il pouvait disposer des moyens , comoie des ^ personnes, avec la même facilité; lerepos était incompatible avec son caractère impétueux.

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Après une alliance aussi étroite avec ïa puissante maison d'Autriche, cet homme jusqu'alors invaincu , arrivé au comble du bonheur y n'avait plus rien à désirer. Après avoir lutté pendant un an , plusieurs de ses entreprises ont échoaé ; et il vient de confirmer par son exemple cette vérité ; que la plus grande fortune ici - bas s'écroule rapidement > dès que l'orgueil nous aveugle.

Quoiqu'on ne puisse disputer à Napoléon un haut degré de circonspection , il faut convenir cependant 9 que la confiance qu'il avait dans son bonheur, par lequel il était parvenu au faîte de la grandeur humaine; que cette confiance l'emporia sur toutes les difficultés qui se présentaient aux observateurs tranquilles et placés à une certaine dislance. Napoléon , rassuré par les résultats de plusieurs plans combinés avec art, par des négociations qui firent avoi >^q les projets de ses ennemis, et qui donnèrent n{(issance parmi' eux à des dissensions, à des demi-mesures , s'imagina pouvoir suivre toujours la même ligne , sans s'exposer à des résultats fâcheux, et compta trop sur les fautes de ses e&nemis , ainsi que sur les résultats de ses ruses accoutumées , et enfin sur les ressources de son génie.

Les premières entreprises de Napoléon, comme général , calculées mathématiquement , d'après les principes de Carnot, furent heureusement

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exécutées ; il se permit quelques déviations des règles qui forment la base des lignes d'opé^ rations.

Malgré ses fautes , il réussit à Vaincre , soit pat la supériorilé de ses forces, soit par lé conôours des circonstances. Ses succès le rendirent toujours plus hardi; son système d'attaque devint de moins en moins régulier, jnsqu*à ce que sa campagne de Moscou découvrit enfin , qu'il comptait plus

- sur son étoile , que siir lesprincipes solides de l art delà guerre. Livré entièrement aux calculs ma*» thématiques, dont il s'occupa un an avaut de commencer la guerre contre la Russie (i), il négligea de pourvoir aux besoins physiques dt ses troupes, et cette négligence devint la source de tous les malheurs qui ont accablé son armée jusqu'à son entière expulsion du sol germanique.

' Napoléon élait tc^i^j^rs occupé de calculs géographiques: d'unl'coup d'œil exercé, il rele** vait avec unç facilité surprenante, les dislances des lieux et celles du temps, doù dépendait la

(i) Cette supposition est fondée sar ce qae la com-* ' pîlatipnet la rectification delà carte de Russie, dont une copie a été remise à chacun de ses maréchaux , a été or^ donnée deux ans avant la dernière guerre. Cette carte contient précisément la partie de TeHipire russe , sur laquelle il a paru lui-même avec sa grande armée ^ ainsi qije ses généraux avec leurs corps respectifs Tome /• Q

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combinabba des marches de ses armées sous le rapport stratégique et lactique. Mais la précision des marches exécutées sous les ordres de ses généraux , rhabitua à voir tous ses ordres accomplis p et lui fit croire qu'il satisferait aussi aisément à tous les besoins de Tarmée. Son ton de dictateur lui paraissait dey oir suffire pour procurer du pain et de la viande» comme pour réunir son armée sur un point déterminé. Peut être les aufbrités administratives de l'armée ont*elles été aussi négligentes, que les subalternes de mauvaise foi: le fait est que Napoléon , qui n'était pas instruit des complots de cette espèce de gens en a été la dupe; et cette branche si importante des bureaux de la guerre', est resiée exclusivement entre les mains des ordonnateurs et des intendans.

Gaulincourt fut peul-élre le seul^ qui lui fit re* marquer ces abus ; pendant l'armistice, il fut du moins employé à visiter inopinément les hôpitaux, dont la situation avait peut-être excité quelques soupçons de la part de Napoléon. Cependant la mission de Caulincourt, ne produisit aucun changement considérable.

Napoléon était, comme nous l'ayons dit, trop absorbé par ses dispositions malhématico-géographiques tendantesàs'assui^er delà victoire,pour s'occuper des détails les plus ennuyeux de l'art-de la guerre. Il délestait cette partie comme celle qui mettait le plus d'entraves à ses projets. D. • • crai*

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gnant de l'irriter, n'eut pas le courage de lui représenter.Ugrandeurdudanger.Napoléon croyait e.Q avoir fait assez en ordonnant, qu'une grande quantité de vivres lui fût envoyée de France. Tout le monde connail l'abus criminel qu'on fit de ses ordres, et le peu qu'il en parvint à l'armée, Victime de la mauvaise foi des employés perfides qui furent chargés de celte opération im^rtante. Peut-être les administrations françaises ont-elles jugé nécessaire de faire ensorte que la misère de l'armée arriva à son comble , afin que Napoléon rebuté par une infinité d'entraves , renonçât enfin à son système de guerre perpétuelle. Le simple soldat était devenu depuis longtemps une marchandise sans aucune valeur (Ai).

Une des manœuvres les mieux calculées de Napoléon , et Tune de celles qui ont le mieux réussi fat la marche du général Bertrand , qui vint d'Italie en Saxe par la route de Nuremberg. Cette marche a contribué sans doute au brillant succès qui a couronné le commencement de|la campagne. La marche du maréchal Ney , après la bataille de Bautzen, aété basée sur une disposition également sage et bien calculée. Après la dénonciation del'ar* mistice, ces marches brillantes et dignes d'éloges devinrent '^us rares, parce que Napoléon étant réduit à rester sur la défensive, et resserré dans imespacede terrain moins étendu, devait se porter tantôt sur un points tantôt $ur un autre. On ne vit

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que trop combien sa posilion était încertaîoe ; ef lorsqu'il se flaltait de pouvoir faire quelque ^raod coup^ il le tentait avec une telle masse de forces, qu'il ne pouvait plus guères prétendre aux efforts de ^éniequi distinguent un capitaine expérimenté. celte dernière partie de la campagne n'est pas honorable pour lui y parce qu'il comptait aveuglément sur les fautes que l'ennemi pourrait cornmettre ; et se fiant à sa propre habileté, il persista opiniâtrement dans sa première idée, sans réfléchir sur sa mauvaise position, qui menaçait d'ane ruine totale l'armée et son chef. Au lieu de renoncer à quelques avantages ^ il hasarda et il perdit tout.

CependantNapoléonavaitmontrédansplusîeDM circonstances antérieures combien il appréhendait que l'Autriche n'accédât à la coalition, ce qui par sa posilion géographique allait préparer la ruine totale de l'armée française. Je ne connais point l'objet des négociations dont le général Bubna fat chargé à Dresde et àLiegnitz; mais tout le monde a remarqué, que quelques jours avant la conclusion de rarmislice,Napoléeon étant à Neumarck,' s'informa exactement de la situation du camp dît de Pirna , où , au commencement de la guerre de sept ans, la plus grande partie de l'armée saxonne avait été obligée de capituler. Il prit les informalions les plus détaillées sur le nombre , sur la posi-» tiondestroupes^ et sur les motifs qui avaient amené

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la capilulalion. Enfin , tout annonçait qu'il comptait sur celte place frontière dans Je cas où TAuiriche lui déclarerait la guerre. Le.maréchal Souk duc de Dalmalie avait été destiné à commander le camp qui , diins tous Ips cas devait se former dans cet endroit, pour metlre la Saxe à l'abri d'une attaque dirigée contre celte frontière. En effet, peu de temps après que Napoléon fut arrivé à Dresde, Soûl t fut chargé d'examiner les environs de Kœnigstein. Mais les nouvelles fâcheuses arrivées de TEspagne , déterminèrent ensuite Napoléon à envoyer Soult à la hâte dans la pénin* »u\e, et le commandement du camp retranché fut donné au maréchal Gouvion Saint-Gyr.

Les maréchaux et les généraux de Napoléon /étaient accoutumés à se voir lancés d'un endroit à l'autre , et généralement à se sacrifier aveuglé*- * .ment à sa volonté. Il n'y avait pas long-temps que .Soojli avait fait venir ses^ meilleurs chevaux du .lond de l'Espagne, en Saxe. Pendant l'armistice .fla:femme était venue de Paris à Dresde ; et deux .jours après , Napoléon informé delà marche rétro-

grade^de ses troupes de Vittoria, jusqu'aux fron- , tintes de France, ordonna inopinément àSoultde

reprendre le commandement de l'armée d*Espa- : gae.Ge maréchal,obligé départir lanuitsuivante,

^vendit tout ses chevaux, ses m ulets et ses équipages,

et congédia son monde. Les officiers composant «[«on état-major se Irguvèrent dans le même cas^

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Après y avoir séjourné trois jours, la duchesse fut obligée de quitter la belle ville de Dresde. On ne se fait pas d'idée des fatigues et des peines endurées par les adjudans , les secrétaires , les officiers d'ordonnance, enfin, par tous ceux qui entouraient Napoléon, depuis le grand écuyer jusqu'au der*nier de ses valets. Caulincourt pouvait être appelé l'infatigable. Comme lui , tous les autres devaient se tenir prêts ( et même en habit assez élégant) au service de Napoléon à chaque heure et à chaque instant. Dans le palais habité par Napoléon toutétaitencombré,etsans dessus dessous; outre les appartemens qu'il occupait lui même , son cabinet » son salorl de service , les salles à manger pour son monde, il y avait une chambre et un cabinet de travail pour Berlhier ; parconséquent les adjudans de Napoléon se trouvaient souvent à la gêne. Un homme d'une naissance

illustre, tel que le général Narbonnè, qui étant ambassadeur à Vienne , tenait une trës-brillante maison , fut obligé pendant la dernière moitié dé cette campagne, de coucher sur la paille ou sor deux chaises , dans Tantichambre de Napoléon , où il faisait le service d'adjudant. En cette qualité» il devait être toujours là pour l'éveiller jusqu'à sept ou huit fois par nuit, lorsque quelque dépêches ou quelque rapport important exigeaient qu'il en fût informé sur le champ. Dans cette antichambre tous ceux qui étaient de service couchaient sur

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la paille :il 7 avait deux adjudans dont chacun avait tin adjudant à lui , qui était chargé des commissions^ et qui servaienlalternalivement ; de plus un écuyer, deux officiers d'ordonnance , deuxpage$; etsouvenllorsque tout le monde était dansUattente d'une marche pressée où d'une balaille,ranllcham bre était remplie de tous ceux qui pouvaient être appelés par Napoléon. Cette antichambre ressemblait souvent au ventre du cheval deTroîe.Rustan le fameu:it mamelnck que Bonaparte a amené d'Egypte , couchait toujours par terre près de Ir chambre de Napoléon , et ordinairement près de l'entrée. Il n'était véritablement que son palefbenier^ qui le suivait partout comme Sancho Pansa; mais avec la seule différence que Rustan ne pansait pas son cheval, et qu'il avait autant de chevaux de relais que Napoléon lui-même* Lorsque celui-ci montait à chetal, Rustân était derrière lui avec la capote , le manteau et le porte-manteau de sa majesté ; enfin , avec une couverture de taffetas ciré pour son propre usage. Il habillait et déshabillait Napoléon, et il le seHait même quelque^ fois à table. On lui ferait trop d'honneur^ si l'on croyait qu'il jouît de quelque confiance, où qu'il occupât un certain rang. Oaulin court et les plu4 anciens serviieurs de Napoléon le tutoyaient, et il vivaijt avec les domestiques les plus considérés delà maison impériale. Gel homme, qui est devenu tout-à-fail Français, etquiaépouséuneparisîenne^

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dont le portrait est toujours sur sod cœur, a ooe physionomie qui annonce la franchise : ses grands yeuxnoirsexpriment une certaine cordialité et uqq bonbommie, qui semblent justifier la cpnfiancre que Napoléon a cru pouvoir lui accorder, en comptant entièrement sur sa fidélité. Cependant *Bustan n'a pas suivi Napoléon è l'île d'Elbe, lorsr que celuirci descendit du haut de sa gloire. Je crois que ce fut par crainte de la mauvaise bu* meur que cette nouvelle résidence pourrait ins* pirer à son maître , et par la préférence qu'il a accordée à l'agréable séjour de Paris, >

U y avait en outre , au quartier général, unq façon de niameluck natif de Versailles, destiné aussi au service de Napoléon. U était habillé coinme Buslan, sans avoir aucune de ses qualitéat priginales.il était comme en réserve auprès d'une division du servie^ de Bonaparte on de la cour , tandis que Rustan appartenait à la personne de Napoléon.

Lorsque je parle du cabinet de Napoléon , cela signifie, pendant la campagne, la pièce la plus grande et la plus coqvenable de toute la maisoq.; qui servait d'habitation et de lieu de travail pour lui et pour ses secrétaires. JX y attachait plus d'im-i por tance qu'à la pièce qu'il habitait lui-même.. Lorsque Napoléon bivouaquait auprès de ses, troupes, il y avoit tout près de, sa propre tente, uneautrç lente destinée pour le cabinçt, çt IQU^

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jours, disposée avec la plus grande exactitude* Au milieu de la chambre il y avait une grande table , sur laquelle était ëlendue la meilleure carte du théâlre de la guerre. Pour la Saxe , c'élail celle de Pétri , parce que Napoléon s'y étiatît accoutumé en 1 806, et qu'il l'estimait beaucoup( i). C'était encore le même exemplaire : on l'orientait avant qu'il fût entré dans le cabinet; on y enfonçait des épingles avec des têtes de plusieurs couleurs, pour marquer les différens corps d'armée où celles de l'ennemi. C'était l'affaire du directeur du bureau topographique, qui travaillait toujours avec Napoléon , et qui avait une parfaite connaissance des positions. Si cette carte jp 'était pas prête , on devait la chercher immédiatement après l'arrivée de Napoléon : car c'était la chose à laquelle il tenait plus qu'aux autres besoins de la vie. Pendant la nuit la carte était entourée de vingt ou trente chandelles, entre lescjuelles il y avait un compas. Lorsque Napoléon piontait à cheval, le grand écuyer Caulincourt portait la carte nécessaire sur la poitrine, attachée à un bouton, parce qu'étant toujours à côté de Napoléon , il devait la lui présenter toutes Jes fois qu'il disait : la cq^rte (2) /

(1} Il se servait aussi queI(jiiefois de celle 4a Biaclenberg. '

(a) Un jour, Bonaparte demanda la carte, et celle-cî ç'^tant pas pliée de manière à ce qu'on y vît dislinclemeni

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Aux quatre coins de ce sanctuaire il y avait; lorsqu'on pouvait en trouver, de petites tables^ sur lesquelles travaillaient les secrétaires de Napoléop , et quelquefois Napoléon lui-même et son directeur du bureau topojçraphique. Ordinairement il leur dictait étant toul*à> fait babillé « eu uniforme vert, très-souvent avec le chapeau sur la téte^ et en se promenant dans lapparleuienL Etant accoutumé à voir exécuter avec la pluâ grande célérité tout ce qui sortait de sa tète> personne n'écrivait assez vile pour lui, el ce qu'il dictait devait être écrit en chiffres. Il est iocrojable comme il dictait vile , et comme ses secrétaires avaient acquis^ la capacité de le suivre en écrivant. Il y en avait un tout jeune qui leii surpassait tous en vitesse; et ce qui contrariait les

la position dont on avait besoin, ne ponrant pas s^ Gonnaitre , il se mit en colère, parce que, continuant sft route k cheval , il devait donner des ordres diaprés ht position qu'il cherchait. 11 tâcha de la plier antrement; malheureusement un coup de Tent la fit remuer. Dant^ un accès de colère , il jeta la carte sous les pieds de S. Exo. le duc de Yicence , qui fut obligé de meittio pied à terre pour la ramasser , et parvint , aidé d'an page, à l'arranger comme elle devait Tétre. Bonaparte fui fôché de son emportement; car, quelques minulea après y il dit , d'un ton plus modéré : Donnez-moi kl, carte ! Il signiGa à Caulaiaconrt de la plier , à rapvenir ^ avec plus de soin»

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autres/c'était la crainte que Napoléon n^n exigeât autant de leur part. On peut bien croire que ces chiffres n'étaient que des hiérogljphes. Une queue de dragon indiquait souvent toute 1 armée française; le fouet, |j5 corps de Davoust; une épine , le royaume d'Angleterre ; Féponge , les villes commerçantes, etc. On dit que Napoléon avait un talent particulier pour déchiffrer ces caractères : ce qui lui devait être facile , parce que les significations avaient été établies pat lui-même. Mais cela n'était que lé quart de la besogne : les secrétaires devaient ensuite commencer à déchiffrer ce brouillamini, mot par mot, et Tarranger d'après le sens que les phrases exigeaient. La chose n'était pas facile, lorsqu'il était question d'ordres un peu étendus, d'autant moins qu'il n'y avait que quatre secrétaires employés à toutes les expéditions militaires , diplomatiques et politiques , qui émanjaiient direetenient de lui, comme dirigeant toute la grande machïiiel Aussi devaient- il^ s'accoutumer à différentes sortes dé travadl regardant tantôt la politique et tentât la tactique. Autant que j'en stiis inforihé/ il y en avait toujours deux travaillant au cabinet près dcf lui , €ft chargés de l'expéditioné H àt^ivait , par exemple , xm rapport d'un maréchal qui commandait en Silésie; et au même moment il lui venait dans ridée de faire réponse à une dépêche venant

d'Espagne, ou de rédiger un traité sur la polir tique, ou bien une note diplomatique y ou enfin de donner des dispositions sur ce qui regarde la justice, ou un autre objet quelconque: alors un secrétaire devait se soumettre à écrire on A. B. C. pour le roi de Rome , ou à copier les positions de vingt brigades des différens corps d armée y qui toutes lui étaient parfaitement con« nues. C'était un travail bien pénible pour celoi qui n'en connaissait pas l'ensemble , l'origine et les détails comme celui qui l'avait composé ; mais l'habitude donne de la facilité dans lesaffaires les plus compliquées. Ces secrétaires vivant toujours dans la sphère de cet homme extraordinaire , dont l'esprit volcanique enfantait raille idées diverses, étaient comme des fils qui se rattachaient aux déparlemens administratifs 'et de la guerre , da duc de Bassano (Maret), et du prince de Neuf* çhâlel (Berthier), ainsi qu'à toutes les autres autorités de France, auxquelles les ordres de Napoléon parvenaient directement. Il est étpn* liant qu'avec si peu de monde Napoléon ait pa ' suffire a une foule d'affaires , sans en déranger la marche; régulière. Je ne calcule point ici les défauts, en fait d'administration, résultant delà négligence des autorités suballernes.De ce genre est, par exemple, la manière scandaleuse dont on s'est conduit à l'égard des besoins de l'armée j, «fcrifiée à la cupidité et à la mauvaise geslioi^

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èe certains eroplpyés. Je ne parle que des travaux qui devaient passer par le cabinet, et qui semblaient exiger un plus grand nombre de travailleurs. Mais peu suffisaient, grâces à la méthode simple et lacomque à laquelle étaient accoutumés les alentours de Napoléon: peu de mots, un signe, un trait fournissaient la matière à des travaux très -détaillés, dont on chargeait les autres; et Ton ne travaillait au cabinet que sur les objets d'un intérêt particulier pour Napoléon. Ces objets concernaient particulièrement la politique et les fortifications. Il connaissait très-particulièrement les positions dei armées^ la composition des différentes masses , leurs combinaisons et leur emploi ; mais les ordres du détail étaient l'affaire de Berlhier , qui les faisait exécuter par son nombreux état- major.

Un style serré dans la rédaction et une sérieuse attention aux différens objets , contribuaient naturellement à leur prompte expédition. Du moins^ les secrétaires de Napoléon étaient accoutuniés à une marche rapide, laquelle s'étendait même sur des objets insignifîans, qui parvenaient, ou pouvaient parvenir à sa connaissance. Lorsqu'il avait entendu un rapport , ou arrêté quelque chose, on pouvait être sûr que dans quelques jours l'expédition en était faite.

.La marche des affaires allait d'un si boa

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tndoy qœ, dans oeflcs qoî dcraicnl poBcr par ploacon bareaiDL, oa pooiait même fixer le ymr cm tel et tel o^ct seraîl la dcNrte^ cest beaiocoop poar mm quartier Bérai, lorsqoll sa;^ de^ diascs d'an seooodaire el étrangères aux ordres straic;^ qocsw Cette rapîdilé provenait da bouillant et violent de Zlîapolêon. Il t arûft momensoQ toot le monde était dans une «lenrifose et triste; et ce morne silence dait a quelque orage prêt à écLler de la partie Napoléon . doot la colère annonçait ui«e disgrâce. Alors chacun épiait le oà le coup allait tomber, et qœlquefiaîs H dlncertitmle durait toute une demi- 3fai& les Français aiment cette activité

£naire ; il t en a peu parmi eux qui apprccîail une occupation partagée d*après les forces de cbacuu.

Cta ne TOfait dans le cabinet de Napoléoa ni archivistes , oi r^istraleurs , ni grefl&erSL n j av^ait un gardien de porte-feuille ; el c'était probablement fhomme le plus calme de tooie la France, qui était cboiâ pour cette place. Am milieu des alarmes de la guerre, sa manière de TÎvre était sans doute la plus simple, nuis auan la plus ennuTeuse du monde. Une fidélité éprouvée pendant un grand nombre d*annéei

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lui assurait celte place. Du reste, le gardien du porle- feuille élait habillé en simple portier (suisse), avait le collet brodé, signe dislinctif des domestiques d'un rang inférieur , et était au rang des valets de chqmbre ; mais il avait Tinspection des gros porte -feuilles du cabinet, de toutes les caisses et caissons de l'archive , auquel appartenait le bureau topographique. Il était le gardien de ce sanctuaire, comme le sphynx devant les jardins des Egyptiens ; et il ne quittait jamais la porte du cabinet, à moins qu'il n'y fût remplacé pour cause de maladie. Il fallait, pour remplir cette place^ une forte constitutioa et un caractère très-doux ; celui qui l'occupait devait être à son poste nuit et jour , et s'y tenir toujours prêt. Napoléon s'éveillant souvent , et se mettant sur4e-champ au travail. Cette petite place n'était pas difficite à remplir ; mais elle devenait assez fatigante, tant que le quartier général restait dans le même endroit. Dès qu'il était transféré ^ monsieur l'archiviste se trouvait près des fourgons du cabinet , ou près du bureau topographique. La partie véritablement mobile de ce dernier, qui suivait toujours le quartier général, se composait de deux voitures.

En arrivant en Saxe, la plus grande partie de ces effets étaient restés à la frontière; et parmi les réformes et les retranchemens que

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ron fit , on comprit la masse des cartes géographiques, qui fut beaucoup diminuée : on avait fait, à cet égard y dans la campagne de Russie, ta perle la plus sensible ; perte qui, de l'aveu même des officiers de la maison de Napoléon , était irréparable. De toutes ces belles cartes , de Ions ces beaux plans qu'on avait réunis pour cette expédition, pas la moindre feuille ne fut sauvée. Le petit nombre de ces officiers qui avaient pu échapper à l'extermination générale, avaient eu beaucoup de peine à revenir avec les vêtemens nécessaires pour se couvrir ; Tobjet le plus chéri de Napoléon , sa collection de plans , fut la proie du désastre universel. Il est à désirer que ces excellens et rares ouvrages, qui auraient du servir à l'avantage et à la prospérité des empires, et non à leur destruction, soient tombés entre les mains de connaisseurs , et d'hommes assez puissans pTour en tirer parti.

Deux chasseurs de la Garde à cheval étaient destinés à transporter les travaux géographiques d'un intérêt secondaire ; on les appelait chasseurs du porte-feuille. Ils étaient choisis chaque fois pour ce poste d'honneur par l'officier de service de la même arme ; et l'aide de camp de service leur remettait le vénérable porte-feuille. Us suivaient immédiatement l'adjudant, ou les autres personnes qui étaient le plus près de

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Napoléon , soit qu'il fût à cheval , ou en toiture; et, ne perdant jamais de vue les hautes fonctions qu'ils avaient à remplir, ils renversaient sur leur passage, tout ce qui aurait pu les éloigner d'un pas du poste qui leur était assigné.

En général , ceux qui devaient suivre Napoléon étaient accoutumés à garder leur poste avec la persévérance la plus opiniâtre; c'était reffet de la rigueur , que mettait le grand écuyec Caulincourt à les surveiller; sa surveillance s'étendait sur toutes les branches de la maison impé** riale. Après la mort du grand maréchal Duroc, tous les ordres concernant la marche, le séjour, les écuries, les relais , la cuisine , les domestiques, et particulièrement les courriers et les estaffettes venaient de Caulincourt. C'était lui qui avait les clefs des malles que les courriers apportaient; il les ouvrait, et remettait à Napoléon tout ce qui le concernait , soit qu'il fût en . marche, soit qu'il eût pris ses quartiers. Lorsqu'il était en voiture , tout allait au grand trot et au galop. Caulincourt descendait de cheval à la hâte , conduisait le courrier à l'écart, ouvrait la malle, courait après la voiture de Napoléon, €t lui remettait les dépêches, après quoi oa voyait une quantité d'enveloppes sortir des deux côtés de la voiture. Ces papiers tombaient quelquefois sur les chevaux qui bordaÂpnt les deux Tome L lo

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côlés du carrosse : car lorsque Napoléon voyageait en carrosse, on y fourrait tous les papiers qu'il n'avait pas eu le temps de lire dans son cabinel. Il s amusait à les parcourir lorsqu'il était en plein air^ si k position du pajslui était connue ou indif*. férente.Tousles rapports inutiles étaient coupés et jetés par la portière. Les morceaux volaient dans Fair comme un essaim d'abeilles , et finissaient par être triturés sous les roues. C'était probablement Berthier qui était chargé de les couper ^ car on en a vu qui étaient coupés avec soin. Peut-être était-ce Napoléon lui-tnéme qui s'amusait à le faire ; ne pouvant rester un seul moment tranquille. Lorsque Berthier (i) et lui n'avaient rien à se communiquer, et qu'il était ennuyé de jouer avec la houpe de la portière , S. M. s'endormait. Pour éviter cet ennui, lorsqu'il n'y avait ni rapporls-V^, ni listes , ni états à lui soumettre , on remplissait toutes les poches de la voilure de journaux , et d'autres écrits périodiques venant de Paris. A peine les avail-il parcourus rapidement^ on les voyait voler plus légers que le vent qui les emportaiu Quelques-uns de sa suite, avides de nouveautés^ tâchaient de les ramasser. Quelquefois on pouvait même profiter de cette circonstance pour se pro^

(i) Lorsque Berthier, qui était ton jours son compagnon f\e voyage , était absent , sa place était occupée par Caiu, et principalement par le roi de Naples.

Eîf SAXJ^, l8l3. \f\J

curer une petite bibliothèque de campagne: car lorsqu'il n'y avait ni journaux, ni écrits périodiques, les poches de la voilure étaient remplies de nouveautés, même de romans assez volumineux, mais seulement brochés. Cependant ce genre de lecture ne convenait pas trop à Napoléon , qui aimait les écrits solides. Si les premières pages ne luiplaisaienlpas, ces malheureux livres étaient jetés parla portière comme de coutume. Quelquefois une piersonue de sa suite ramassait., par curiosité;, ce qui était tombé; autrement, tout devenait la proie des soldats qui le suivaient.

Le grand écuyer Gaulincourt songeait avec un zèle inexprimable à ious les besoiins de Napoléon. Il s'acquitlait de celle tâche pénible avec une exactitude et une attention que, rien n'égalait. Une activité sans bornes était la principale de ses qualités ; mais, ce qu'il y a de plus étonnant^ c'est que, malgré la quantité de commissions politiques et autres affaires dont \\ était chargé par Bonaparte , il lui restait toujours assez de lemps p9ur entrer dans.les détails les plus minutieux de ce qui concernait l'économie de la maison impériale , et pour y donner tous les soins possibles. Napoléon n'aurait pu trouver un serviteur plus actif ni plus infatigable.

Il possédait aussi le talent de dire tout en peu de mots. Il n'avait qu'un seul secrétaire ; et lorsque lui-même avait passé la nuit en travaillant

lO.

14s eAMPAGNB

avec Bonaparte, à la pointe au jour Gaulincourf était le premier qui se rendait à son poste. Aucune difficulté, quelque grande qu'elle fût, n'était capable de le rebuter. Il était presque toujours à cheval , et se trouvait constamment à la portière de Napoléon. Lorsque des affaires particulières l'occupaient ailleurs , il était remplacé par l'un des deux écuyers de service. L'ordre et la tranquillité qui régnaient constanxment dans le service de la maison impériale , dont nous parlerons dans la suite, était sans doute l'ouvrage de Caulincourt. Ses occupations augmentèrent considérablement depuis la mort de Duroc. Tout en rendant justice à ses qualités et à son habileté, je crois que Bonaparte était plus franc et moins réservé avec Duroc qu'avec Caulincourt. Celui-ci lui était bien dévoué ; mais ses manières étaient froides et trop attachées à l'étiquette , que Duroc n'observait pas aussi exactement : d'un côté, Caulincourt parlait^librement avec Napoléon , et ne lui cachait rien de ce que les autres n'osaient dire, de peur. de s'attirer une disgrâce; d'un autre côté , il lui rendait des hommages outrés, et dont l'exagération ne pouvait que le corrompre. Je range dans ce nombre un certain ordre et certaines dispositions pour fêler l'arrivée de Napoléon ; par exemple^ une illumination, sous prétexte de faciliter aux troupes qui venaient d'arriver^Je mojen demieux

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eonnditre les rues, et de trouver leurs quartiers à la nuit. Mais aussi Gauliacourt avait fait beaucoup de bien en s'exprimant avec franchise sur le danger des «ntreprises de Napoléon , en lui faisant connaître les désordres qui se passaient à l'armée ; et les horreurs commises par les soldais. Il était l'organe des malheureux qui s'adressaient à lui j à moins que l'objet de leurs pétitions ne fût tout-à-fait étranger à ses attributions : il surveillait aussi avec la plus grande sévérité tous les objets d'économie ; il élait généralement très-sévère , et souvent même grossier* Ce défaut commençait à devenir assez commun parmi les Français , considérés de tout temps comme le peuple le plus poli* Autrefois un Français aurait eu honte de se permettre^en présence d'une société honnête, des expressions vulgaires et des juremens ; cette mauvaise habitude ne se remarquait que dans les dernières classes du peuple : ces mots grossiers devenaient alors la transition ordinaire d\me phrase à une autre. Mais quand le chef lui-même, dans un accès de colère, ou pour exprimer son mécontentement, se permettait les locutions les plus grossières , pouvait- on s'attendre à trouver dans tout ce qui l'entourait^ de la civilité, de l'urbanité ?

Il n'est pas nécessaire d'ajouter foi aux diatribes dégoûtantes, et qu'on a lues dans le livre jinprimé sous le litre des Secrets de Saint-Cloud ^

l5o • CAMPAGNE

pour trouver choquant d'enlendre Napoléon^ dans un moment d'emportement » dire à uo de ses écujérs : i^ous êtes tous des j .... f. .... y

je vous ferai jf, tous ! f. / Et lout

cela parce qu*un pîqueur ou une escorte avait négligé dans la nuit de diriger un postillon , et qu'on s'était trompé de chemin. Un empereur ne doit pas souffrir de semblables désordres; mais comme l'empereur de la Chine, ou celui du Japon, lorsque qu'il élernue, donne la permission à son peuple d'en faire autant; de même, le chef des Français autorisait tout ce qui lui était soumis à devenir horriblement grossier; faculté dont on usait sans mesure, et à tort et à travers.

Le quartier général de Napoléon ne comptait qu'un très-petit nombre de ces anciens Français distingués par leur politesse, et qui joignaient à leur bravoure naturelle l'urbanité de la cour: encore étaient-ils réduits à cacher des manières gracieuses qu'on eût trouvées fières et déplacées. Le général Narbonne était le plus aimable de tous : il avait été d'abord ambassadeur à la cour d'Autriche, et en dernier lieu gouverneur de la forteresse de Torgau. J'ai eu déjà occasion de parler de lui.

Après avoir été employé pendant l'armistice , conjointement avec le grand écuyerCaulincourt^

BN SAXE, i8j5. l5l

dans les négociations de Prague , il était restQ au quarlier général (i) parmiles aulres adjudant de Bonaparte. Les généraux Flahault , Drouot, Durosnel et le colonel Bernard se distinguaient par des formes polies, autant, que par l'étendue de leurs connaissangss. Signalés par leur attachement pour leur maître, pleins d'activité , ils montraient beaucoup de satisfaction, lorsque Napoléon leur confiait quelque affaire particulière ; Içs opérations militaires dont on les chargeait, étaient à leurs yeux autant de bons moyens de s'instruire. Pour les faire connaître plus particulièrement , je citerai les traits suivans : Flahault a uti extérieur très -agréable; il est très -adroit, et il fut envoyé sur la frontière de la Bohème pour y recevoir le roi de Saxe. Il était resté à Liegnilz pendant l'armistice ^ pour en régler quelques conditions en sa qualité de commissaire, Drouot, qui comme officier d'artillerie était toujours chargé de distribuer et de placer les pièces pendant les batailles, resta auprès de Napoléon, et le suivit à l'île d*Elbe (2). Durosnel fut com-

(1) Il obtint plus tard le gouvernement de la place d£ Torgaa. Pendant le siège , il j mourut d'une lièvre nerveuse, devenue épidémique,a la finderaulomnede 18 1 5.

(2) Drouot avait toujours avec lui la Bible, dont la lecture faisait ses délices, et il le dit publiquement aux personnes de service. ( Parlicularilé bien extraordinaire >

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mandant à Dresde depuis Feritrée dès Français jusqu'à la reddition tle. celle ville. Ses manières affables et humaines lui ont mérité l'estime de tous les Saxons. Le colonel Bernard a servi comme ingénieur : il fit construire, d'après les ordres de Napoléon , le pont de bois de Dresde , et pendant Tarmislice il dirigea la construction des fortifications de cette même ville. Je me rappelle que Napoléon lui-même étant près du bastion de l'arsenal, lui dicta un ordre concernant de nouveaux travaux, et que Bernard l'écrivit sur ses tablettes. Près de Zittau , il eut le malheur de se casser une jambe en tombant dans un fossé avec son cheval , pendant la nuit, au

à cette époque j et bien remarquable dans un général français. ) Peut-être avait-ii quelque penchant à ]a superslilion : car, comme Bonaparte l'envoyait toujours là où ses fonctions l'exposaient à plus de dangers , Drouot avait le plus grand soin de se r^êtir de son vieil uniforme d'officier général d'artillerie, dans lequel il avait une grande conliance , parce qu'en portant cet uniforme, il ne lui était jamais arrivé aucun malheur. Lorsqu'il était près des batteries, il mettait toujours pied à terre ^ et il eut efTectivement le bonheur que ni lui ni ses chevaux ne furent jamais blessés. Du reste, sa modestie égalait son savoir , et il paraissait animé d'un sentiment d'honneur national qui ne lui permettait sans doute de voir qu'avec peine qu'une grande nation fut réduite à obéir à un homme tel que Napoléon.

EN SAXE 9 l8l3. l53

.moment d'une affaire très -chaude. Les autres adjudans de service étaient le général comte de Lobau ( Mouton ) , connu par sa bravoure personnelle, son orgueil et ses manières rudes , que signalait tout son maintien. Pendant l'armistice , et après le départ de Soult , il fut chargé , en sa qualité de commandant général des Gardes, de présider aux mouvemens journaliers des troupes au Champde-Mars de Fiedrichstadt dans le bois d'Ostra, jusquà l'instant où ces fonctions furent confiés à Drouot. Quand Vandamme fut cerné et enlevé près de Culm, ce fut Mouton qui réorganisa les débris de ce corps d'armée, et qui les completta par des troupes fraîches, et en renouvelant son artillerie. A la tête de ses troupes , il occupait les principaux défilés de la Bohème , et à la fin de la campagne il était à Dresde avec le maréchal Gouvion Saint-Cyr. Après le malheureux succès qu'eut la sortie tentée par ce général, les Autrichiens firent le comte de Lobau prisonnier avec le reste de la garnison. Corbineau , dont l'humeur était calnae , quoiqu'un peu brusque, obtint le conîmandement d'une division de cavalerie dans le corps de Vandamme ; il reçut une blessure à la téte^ à la ba*taille de Culm^ et se sauva avec le reste des fuyards , dans les montagnes de la Saxe. J'ignore ce qu'il est devenu dans la suile. Je ne sais pas ce que }e dois dire d'un jeune duc de Plaisance,

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si ce n'est que Paris et ses jouissances lui aurifient mieux convenu que cette campagne. Dejean , dont on ne saurait dire rien de particulier, fut envoyé à la rencontre de la nouvelle Garde d'bonneur établie à Majence , et fut chargé de la conduire à Dresde* Mais quelques connais* sances qu'il pût avoir , il n'était pas en état d'instruire parfaitement un corps de cavalerie nouvellement organisé. Bonaparte reconnut sans doute lui - même la faiblesse de ces troupes , puisqu'il répartit ces quatre régimens, bien loin d'être au complet, dans la cavalerie de la Garde, pour qu'ils pussent se former au service. Ou sait que ces jeunes gens , qui ne se sont laissés réunir que par sentiment d'honneur, n'ont pu élre d'une grande utilité , malgré toute leur bonne volonlé et les encouragemens qu'on leur prodv^ guait. Le général Hogendorp était rarement en' service près de Napoléon ; il souffrait de la goutte : peu de temps avant la conclusion de l'armislice , il était commandant de Breslau, et ensuite de Hambourg , sous les ordres de Davoust. La plupart des aides de camp de Napoléon , entre trente et quarante ans ^ étaient de nouvelle création : les anciens aides de camp avaient péri en Russie, ou avaient été employés, après la dissolution de la grande armée ^ à l'organisation de celle qu'on venaitde former. Deuxdecesadjndans, étaient chargés du service fournâlier ; ce qui les obligeait à

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rester jour et nuit dans l'antichambre de Bonaparte. Ce service était moins pénible pendant l'armistice. Ils annonçaient tous ceux qui étaient mandés par lui, ou qui désiraient lui parler^ à ïnoins que leur rang au quartier général ne leui? donnât le droit d'entrer sans être annoncés. Dans ce cas ils frappaient trois fois à la porte du cabinet , et ils les nommaient en l'entrouvrant. Si Napoléon voulait bien permettre que la personne entrât, Fliuissier lui ouvrait la porte du cabinet: autrement il lui fallait attendre que le colonel Bâcler d'Albe, qui travaillait dans le cabinet, l'eut appelée.

(Jet officier a été employé dans deux dîfférenies circonstances comme directeur du bureau lopographique ; place que Napoléon lui donna à cause de ses grandes connaissances géographiques , et de son grand amour pour le travail. De longs services lui avaient mérité la confiance particulière de Bonaparte; mais il était en même temps l'enclave de ses volontés. Il le faisait appeler plus souvent et plus inopinément qu'aucun de ses aides de camp. Cet officier ne 'pouvait disposer d'aucun de ses inslans; jour et nuit il était occupé du. service; son exislence était lout entière consacrée à une activité pénible, ainsi qu'aux caprices de Napoléon. Heureusement, sa manière de vivre était parfaitement d'ac- 'cord avec cette continuelle application. D'Albe

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avait foarni des preuves de son talent comme peintre 9 lors de l'exposition publique des tableaux à Paris; et sa belle carte d'Italie l'avait fait connaître comme topographe. Sa persévérance dans l'étude l'avait rendu presque indispensable à Napoléon. Il était chargé principalement de la rectification des cartes; de la combinaison et de la préparation des matériaux , de la fixation des marches et de toutes les lionnes d'opéralioa très- étendues. Napoléon s'exprimait en peu de mots : d'Albe le comprenait et exécutait à sa manière , et avec indépendance , la tâche qui lui était imposée. L'habitude de converser avec Bonaparte^ lui donnait aussi le droit de prendre quelquefois un certain ton , que celui-ci ( chose bien singulière) souffrait de lui lorsqu'il contredisait avec fermeté et avec connaissance de cause. Je sais que Napoléon fit un jour un tapage épouvantable à l'occasion d'unplan, d'un rapport, ou enfin d'un autre papier^ qu'il supposait entre les mains du colonel. Dans cette conjoncture , quelques reproches sur l'inadvertance ou sur le peu de mémoire de ses serviteurs, étaient échappés à Bonaparte ; enfin d'Albe perdit patience, et dit : Je sais bien que S. M. a une -parfaite con^ naissance des chiffres y une excellente mémoire j mais enfin je sais ce que je sais ^ etc. Enfin Napoléon se tut, et le papier fut trouvé dans un autre endroit. Le zèle ardent pour son service ,

un certain orgueil national dont cet officier était animé , dégénéraient en dureté , en mépris , et en grossièreté à Tégard des ennemis de la France. Napoléon était accoutumé à voir ses résolutions exécutées avec la plus grande ponctualité. £n« fièrement dévoué à ses projets , plein d'un respect profond pour son génie , le colonel d'Albe aurait voulu anéantir les auteurs des revers de la France : ils feront des fautes.... nous tomberons sur eUXy et nous les écraserons. Telles étaient les expressions que lui dictaient son zèle et un désir ardent d'exécuter les plans de Bonaparte , malgré des fatigues et une contrainte dont une constitution robuste pouvait seule lui rendre la durée supportable; malgré l'humeur impétueuse de Na* poléon^ qu'il eut à endurer en Autriche comme en Russie, en temps de guerre comme en temps de paix, d'Albe, de même que la plupart de ceux qui entouraient Bonaparte , lui fût toujours ' franchement dévoué. Ils voyaient en lui l'homme qui répandait au loin l'éclat des armes françaises. Combien de fois une nation n'a-t-elle pas été ihdulgente pour les injustices de son chef, lorsque fies hauts faits de celui-ci ont signalé le temps de sa domination comme une époque glorieuse dan» ' les fastes de la patrie! On fait peu d'attention aux opprimés, lorsque l'égoïsme national est satisfait, et «queia patrie s'élève à une gloire immortelle: d'Albe avait eu égalité de rangavec plusieurs officiers qui

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sont devenus maréchaux de France j ou du moins généraux de division; il avait autant d'années ^e service ; cependant il n'a jamais obtenu aucoa avancement: on eût dit que Napoléon voulait le tenir dans un rang inférieur pour pouvoir le tourmenter tout à son aise. Il était toujours le dernier dont Napoléon se servait ac départ, lep/emier appelé au travail à l'arrivée du quartier général. Pendant la marche il était plus indépendant; et quand on livrait bataille. Napoléon ne causait qu'iivec lui, dès qu'il se présen* tait quelques questions lopographiques. D'Albe avait deux collaborateurs, qui étaient deux officiers du génie, au cabinet topographique, dont l'un éiait toujours en course , tandis que l'autre était en quelque sorte sous-inspecteur de la chambre des plans.

Ces trois individus, quatre secrétaires intimes, et le premier, officier d'ordonnance, ( Gourgault (i), chef cfe bataillon , qui était chargé des dépêches et des commissions les plus importantes, sur-tout dans le commandement de l'artillerie ) formaient une espèce de couseil prive ^ qui étaitséparé de toutes les autres branches de la maisoa impériale. Comme leurs attributions émanaient directement de la personne de Napoléon , cl sui-

(i) Le même qui, avec le litre de général., a suivi Kapoléon à Sainle-Hélèue.

KN SAXE, i8i5. iSg

valent en conséquence une marche particulière » ilip: juraient toujours une table séparée au palais p0\}T la facilité de leurs communications. .^; Tout le reste du personnel mangeait à deux fables séparées, dont la première était pour les grands officiers , et la seconde pour les autres of-* ficiers de service. Le maréchal du palais, le grand çcuyer, les maréchaux qui se trouvaient au quartier général ( BessièreSi Soult)., quelquefois des généraux étrangers, les adjudans de Napoléon; le général Gujot, en sa qualité de commandant des escortes et des guides de la Garde à cheval j le comte deTurenne, comme grand maître de la garde-robe, et lesécuyers, qui, comme barons, avaient aussi le grade de colonels, mangeaient à la première table. La seconde était occupée par les officiers d'ordonnance, par les adjudans des aides de camp de Bonaparte , les officiers de garde, ceux de la gendarmerie, les pages, les chirurgiens de la maison impériale et le payeur. Ordinairement ces deux tables étaient servies l'une après l'autre , avec la plus grande précision , par quelques domestiques inférieurs, avant celle de Bonaparte. Le^ employés du cabinet ne mangeaient qu'après lui. Pendant toute la campagne, le prince de Wagram ( Berlhier ) seul mangeait avec Napoléon , à moins que le roi de Naples ne fût au quartier général; Berthier étant malade, le grand écuyer et un maréchal prenaient

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sa place. On servait, suivant la manière rraoçaisef douze à seize plats parfailementarrang-és ; cfiÉ Napoléon mangeait et buvait sobremenl. Berthfl lui versait à boire, et parlait fort peu pendant k repas. Ruslan , ou un aulre valet de chambre*, servait à table. Très-souvent des officiers qui apportaient des dépêches ou d autres.ordonnances, étaient adftiis pendant le repas, et Bonaparte les écoulait en mangeant /comme un affamé, à la hâte (i). Pendant l'armistice, une actrice du Théâtre français , mademoiselle Bourgoin , pour laquelle il avait une inclination particulière^ fat favorisée d'une invitation à un déjeuner, avec Berthier et Caulincourt. Ce fut un événement raii^^que de voir dans l'antichambre de Napoléon une Parisienne dans une mise élégante, toute seule, attendre qu'on lui ouvrît la porte. J'ai ouï dire , à cette occasion , qu'autrefois les rois dé France invitaient aussi à déjeûner des personnes distinguées par leur talent , des comédiens , des cantatrices, des virtuoses, etc. On ne saurait dire si Napoléon invitait des personnes de celle sorte^ parla manie d'imiter, ou pour flatter les artistes,, par bizarrerie, pu enfin par d'autres motifs. Quoi-

(i) On dit, qu'à Paris, lorsque Napoléon était toulà-fait plongé dans les alTaires , et qu'on lui rappelaîl riieure de se mettre à table , il disait souvent : N'ai-fa pas encore diné ?

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que jéifusse à celle époque-là-, assez ^rès de i^a rour (abstractiorv faite des grands cercles), à l'exception de l'actrice que je viens de nommer ; je n'ai jamais eu occasion de voir unie figure aimabte où séduisanle. Il fallait, au fait, des périodes extraordinaires de tranquillité et de loisir, poiir que Tespril inquiet et turbulent de DlapoléooV se souvînt des charmes du' plaisir.

L'activité d'une âme toujours inquiète, dont le souverain bonheur ne se trouve qtre .dans les alarmes variées et les occupations contibudfes de la guerre, éloignait toute idée de travail régulier et d'heure fixe pour s'en occuper. Tout ce qui passait au quartier général se faisait à Timprô^viste;et cependant chacun devaitétre sur-le-champ prêt à remplirsa lâche.Des momens dereposinallend us, des départs inopinés, les changemens dés heures fixées, et souvent aussi celui des routes et des séjours, se succédaient continuellement : lors mém« que le grand écuyer en* avait eu quelque indice, lexécution n'avait lieu que très^tard, et tousies autres devaient se casser la tête pour deviner ce qui arriverait. Celui qui se serait adressé à un autre pour en obtenir quelque éclaircissement, n'en aurait tiré pour toute réponse, qu'on haussement d'épaules, suivi tout simplement d'un je ne sais pas! Les affaires, les rapports, les estaffettesqui arrivaient^ étaient la pendule d'après laquelle Napoléon distribuait son temps. Autrefois Tome /• II

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on croyait, et Pon avait tort , que Napoléon faisait travailler les autres pour lui : au contraire , dans toutes les opérations le plan principal n'émanait que de lui. Berthier pbuvait peut - être hasarder quelques observations; mais il n'était goères chargé qùé de l'exécution ultérieure des ordres du che£ Tràs-souvent la marche était retardée de quelques heures, et même d'une demi-journée; et au dernier mot que Napoléon dictait dans son cabinet^ se rattachait l'ordre tout sec : la voi* tare! à cheval! Alors tous ceux qui devaient le suivre se mettaient en mouvement » comme s'ils eussent été frappés d'un coup électrique. Ge^ n'était que dans ce moment que l'on apprenait le chemin qu'on devait suivre. Le grand écuyer> ou 9 si celui-ci était en commission , un écujet était à cheval à la droite du carrosse. Le ^éuérdl Guyot ou un autre otficier qui , par son rao^> Venait api^ës lui , était du côté gauche ; les ad-; judans de service , les écujersy les officiers d*or* donnance^ les pages^ quelques chevaux de manège pour Napoléon et Berthier. Rustan , le chasseuc du portefeuille y et un autre piqueur aux ordres de Caulincoutt 9 suivaient immédiatement la stÀ* ture de Bonaparte. Tout ce monde était suivi d'une escorte de vingt-quatre chasseurs à cheval commandés par un ofHcier. Ces disposiiions établies une fois pour toujours , étaient de rigueur , et observées constamment avec la plus

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grande précision. Tou$ les officiers qui devaient ou pouvaient veniç à la suite», n'osaierjj; pas. deyancer l'escorte; les officiers deba^ut rang avaient seuk 'e droit d'avancer, soit derrière, soit des deux côtés de la voiture. Ou se précipitait ainsi comme un orage, au grand trot^ de jour ou de nuit, en parcourant plusieurs lieues; et celui qui était, obligé de suivre ce tourbillon penijant la nuit , était assez mal à son aise. Là où la roule était étroite , on courait, pour ainsi dire, les uns sur lés autres y avec un zèle brutal. Ceux qui se trouvaient le moins génés^ étaient les deux officiers d'ordonnance qui précédaient la voiture, ainsi que 4es deux chasseurs qui étaient encore plus eh avant. Tous les autres risquaient de se casser le cou et les jambes : car les domestiques qui con* duisaientles chevaux de Napoléon, se regardaient comme les cbefs du cortège; le chasseur du por-^ tefeoille , les officiers d'ordonnance et les pages n'étaientpas plus modestes. JËffeclivement, cbacua devenait important lorsque Bonaparte l'appelait: aussi tout le monde se pressait, se hâtait , se. pré* cipttait l'un sur l'autre pendant la chaleur, au milieu de la poussière , du brouillard^ et dans l'obscurité de la nuit. Lorsque Napoléon s'arrêtait, les chevaux à monter devaient en faire autant , et quatre chasseurs du front de l'escorte mettaient pied à terre, accrochaient les bâton* nettes au bout d^éll^ors carabines, présentaient

tV-.

les armes 9 et se mettaient en carré autonr de lai; On en faisait autant lorsqu'un besoin physique l'obligeait à descendre de cheva) ou de voiture , ou lorsqu'il s'arrêtait pour faire un tour à pied, afin d'observer l'ennemi ; alors le carré était plus grand, et avançait avec lui selon ses mouvemens, mais sans gêne, afin qu'élant dans un espace libre, il pût observer dans toutes les directions; Si les objets étaient éloignés, le page de service avançait, et apportait le grand télescope que Bonaparte posait sur les épaules de celui-ci , ou sur celles de Gaulincourt.

Lorsque les circonstances obligeaientNapoléon à rester, soit de grand matin, soit le soir, pendant quelques temps en plein air , les chasseurs lui préparaient un bon feu. Ce feu était toujours nourri par une quantité de bois extraordinaire : de grands morceaux de bois, et, s'il était pos* sible, des poutres tout entières étaient embrasées pour servir en quelque sorte de signal indiquant l'endroit où était Bonaparte. Berthier était sou compagnon , comme à table : il était rare que d'autres s'y trouvassent. Tout le monde se tenait, à une certaine distancé , formant un demi-cercle; ou bien on mettait à s'approcher du feu des ma* jéchaux le même empressement que pour avoir accès à leur table. Napoléon se promenailen rêvant tout seul , ou en causant avec Berthier , en at- Jlendant le bruit du canon an d'autres signaux de la

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part de ses généraux. Lorsqu'il commençait à s'ennuyer, il prenait du tabac , ou il s'amusait à lancer cà et là avec les pieds des cailloux, ou à pousser du bois vers le feu. Il ne pouvait rester sans rien faire.

Napoléon élait parvenu à acquérir le talent extraordinaire de juger, dans les momens décisifs, la position et l'état des choses, sqr-tont au milieu de la fumée et du feu de l'artillerie. Naturellement, il savait seul où l'attaque faite par ses troupes devait produire quelque changement, et alors il était sûr que ses ordres avaient été exécutés. Il a donné des preuves du talent dont nous parlons, dans les combats qui suivirent la Bataille deLiitzen; à celle de Baulzen ou Wurschen, lorsque Nej arriva, et dans plusieurs autres occasions. Il ne s'est jamais trompé lorsqu'il a porté un jugement sur la distance ou sur l'approche du feu de l'ennemi. Il remarquait chaque mouvement, et il s'apercevait de la force de l'ennemi, de ses mouvemens, soit ré* trogrades, soit de flanc, beaucoup plus vite et mieux qu'aucun de ses généraux :il l'a prouvée Liitzen , à Dresde, et par-tout où l'affaire était dans les bornes de son horizon. Il n'avait qu'à jeter un coup d'œil aidé de son télescope, pour concevoir avec une rapidité extraordinaire , la position et les forces de toute une armée. De cette manière, étant sur les hauteurs, il évaluait des corps entiers de cinquante à soixante mille hommes, d'après l'espace de terrain qu'ils occupaient, et d'après

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leur position (i). Hélait souvent obligé dessert fier à lui-même et à ses talens , plus, qu'à la coopération de ses généraux: car dans cette campagne deux choses principales lui manquaient; des nôurelies de bonne source , et une force plus coosidérable en cavalerie bien exercée. La supériorité des alliés en troupes légères, qui s'emparaient de tous les intervalles négligés ou non occupés^ mit Napoléon dans l'impossibilité d'avoir des nouvelles sûres. Pendant le reste de la campagne, les Français n'ont pu ni se garantir par un semblable cordon de cavalerie légère , si propre à in-

(i) Tïapoléon clit un jour à Berlhier, d'an ton îndiFférent : Tout ce que je if ois , ce sont à peu près deu» corps de soixante mille hommes^ Il leur faut plus d'un jour pour se réunir et pour attaquer. On loi avait pro* Jbablement fait l'observation que , le même jour ^ il pou-* vait s'attendre à une attaque du côté de la Bohême. Il avilit encore , outre cela, le talent extraordinaire de s'orienter rapidement , en excellent ingénieur , d'après les angles, les triangles et d'autres points et objets éloignés de lui. Il se figurait toutes les localités et la situation da pays ; il s'orientait une seule fois en plein «îr ^ d'après la carte, ensuite en avançant , il connaissait tout d'après l'idée qu'il s'était d'abord formée , comme s'il fut né dans le pays : alors, à la vérité, il ne jugeait plus de la ' plupart des mouvemens qu'en grand ^ et sans faire cas des dirOcultés inconnues, il ordonnait des opérations qui , exécutées à la lettre par ses généraux , coûtaient de grands sacrifices en hommes.

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quiéter l'ennemi , ni se procurer les informations nécessaires. Ooant à ces dernières, tous les efforts des généraux de Napoléon ont été inutiles » soit à eavse de )a mauvaise disposition des habitans du théâtre de la guerre , qu'on avait maltraités , soit par suite des incursions d^s cosaques , qui se trouvaient par^tout. Le peu qu'on apprenait y se * bornait presque exclusivement au::i: rapports des prisonniers, qui étaient en petit nombre, et qui ne donnaient que des détails trës^n complets. Enfin , on ne savait que ce qui se passait dans les pays que l'ennemi avait quittés. Pendant que la guerre est offensive^ ces moyens peuvent suffire; mais ils sont nuls, lorsqu'il s'agit d'une guerre défensive. Une autre circonstance non moins fâcheuse, était l'abandon pi^esque absolu du service courant, et de celui de la cavalerie lé* gère ; les postes , les patrouilles , etc. etc., étaient négligés par les troupes , d'une manière impardonnable. On avait toute confiance dans le génie i^ de Bonaparte, pour la direction des pi ù^ importantes opérations; mais le détail sur lequel Na^poléon n'avait aucune influence, était totalement négligé : une grande partie des officiers n'ayant ni assez de zèle, ni assez d'expérience pour instruire et exercer de nouvelles levées pendant la guerre; livrés à eux-mêmes, supérieurs comme su. ballernes, s'occupaient tous presqueè xclusivement de salifaire leurs besoins^ ou de se procurer de»

l68 CAMPAGNE

jouissances^ et la présence de Napoléon pouvait à peine porter les troupes à être exactes dans le service. Elles avaient perdu toute confiance en leurs chefs ; et tous les liens qui doivent subsister entre les soldats et leurs officiers étaient presque entièrement relâchés.

L'ordre de la légion d'honneur était cependant toujours un puissant aiguillon. Les prérogatives et avantages extraordinaires attachés , en France , à la possession de cet ordre, le faisaient rechercher comme une récompense du plus grand prix. Malheureusement , les abus les plus révoltajns s'étaient glissés dans cette institution , comme dans d'autres établissemens très-utiles. Un individu , protégé par son colonel , recevait la décoration qu'un refusait à cent autres plus braves que lui. Cependant quiconque se crojait des moti& fondés de réclamation , et se distinguait par son courage 9 pouvait s'adresser à Bonaparte, et se iJf plaindre du tort qu'on lui avait fait. Lorsque des troupes avaient èi^écuté , ou allaient exécuter quelque entreprise extraordinaire , Napoléon destinait ordinairement un certain nombre de décorations de la légion d'honneur pour une brigade , un bataillon , etc. Les prélendans se rangeaient en front du bataillon ; le commandant du régioient les présentait à Napoléon , et l'adjudant de service portait le nom et le grade de chacun sur ses tableUes, pour en faire part à la

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chancellerie. Les plus importuns étaient ordinairement MM. les ofBciers de santé» où les soldats attachés au service des commandans. Quoi qu'il en soit , il dépendait de l'impartialité et de la droiture des chefs d'agir ou non dans l'esprit du fondateur de l'ordre. J'ai vu des officiers, et même de simples soldats, s'adresser directement à Bonaparte, en lui disant : Sire^ j^ai mérité la croix. Dans ce cas, il demandait preisque toujours eu souriant: Et comment? Alors le prétendant racontait à quelles batailles il s'était trouvé , ce qu'il avait fait , qu'on lui avait fait une injustice, etc. , et Napoléon faisait inscrire son nom ^ ou le commandant était mandé sur-le-champ pour rendre compte de telle ou de telle circonstance. Si l'homme avait dit vrai, l'affaire était bientôt arrangée. Le ton que les officiers, et quelquefois même les soldats , se permettaient vis-à-vis du chef du gouvernement, aurait été choquant de la part de toute autre nation ; mais il ne l'était pas de la part des Français, dont le caractère ' est naturellement impétueux. Un officier auquel Napoléon avait , peut-être sans motif, reproché d'avoir manqué quelque entreprise, se défendait du haut de son cheval à la parade , en présence d'une centaine d'officiers et de généraux, avec une vivacité et des gestes qui faisaient craindre pour lui. Mais Napoléon ne se formalisait point de ces hardiesses, et gar-

170 CÀMPACNE

dait le silence. Par une impétuosité san^ freiikt il donnait souvent motif, même aux généraux » de lui répondre d'une manière assez rude. Il adressa un jour des reproches au général Sébas* tiani^ en soutenant que sa cavalerie avait moins fait que celle du général Latour-Maubourg , qui avait pris tant de drapeaux, de canons, et qui avait fait tant de prisonniers , et termina par ces mois terribles : jP. . . . . , faites autant qu^eiuK j vous commandez de la canaille , et non pas des soldats.

Sire , je ne commande pas de canaille , riposU Sébastiani, d'un son sec et fermé, en lui représentant que, dans 1 elat où elles étaient et aa milieu de tant de privations, ses troupes n'avaient pu faire plus. Le duc de Tarente l'appuya , e| fous les deux parvinrent à lui imposer silence { tandis que Caulincourt, pour éviter le scandale, avait prié tous ceux qui étaient présens de s'é** loigner. Alors Napoléon , donnant lessor à sa mauvaise humeur , parla avec la même violence coDtjre les commandans des régimens de la di-* vision Sébastiani qui défilaient devant lui, e( combla d'éloges les hauts faits de la cavalerie d0 Latour-Maubourg (i).

!■■ ■ Il ■ ■» fc. . I ■ I ■ ■ ■ Il II

(1) Je n'ai jamais assisté à de pareilles scènes; maïs j'en ai été in (orme de bonne heure quelques instans après. A MQgliiz> près de Firna, Napoléon, emporté par «a.

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Lorsqu'il avait dispensé quelque faveur > ses gardes s'attendaient ordinairement à quelque aflPaire bien chaude. Les préludes les plus certains en étaient les harangues à la troupe, et la remise de l'aigle aux bataillons. Si son attente avait été trompée, ou si, malgré ces préambules, aucune^ scène sanglante n'avait eu lieu , ce qui est arrivé à regard de plusieurs combats projetés par lui^ par les retraites sagement calculées des alliés y alors la fureur de Napoléon éclatait. Il s'irritait de ce que ces farces théâtrales avaient manqué leur bqt.

Il est arrivé plus d'une fois que les paroles de Napoléon ont produit sur les soldats Téffet d'une influence magique.' Mais de toutes les

accès de dépit, frappa uit de ses généraax à la figure* Ce penchant à une colère excessive était connu ; et cependant fai entendu quelques officiers supérieurs dire, à son égard: Croyez-moi ^ il n'eêt pas méchant. Plusieurs de ses serviteurs lui étaient attachés par les faveurs qu'ils en avaient reçues , et l'on peut dire qu'un sentiment de reconnaissance s'éveillait en lai de temps en temps. Au fait, il se souvenait > après quelque temps , des per-. sonnes dont il croyait avoir reçu des services utiles , et il tâchait de les récompenser , sans en exiger d'autres sacrifices personnels. N'ai- je pas donné une pension? Il faut lui donner une pension , disait-il avec une espèce de cordialité , après avoir pris des renseignemens. Quelques )our% aprèë , Texpédition était en règle.

172 CABirrAONB

scènes bruyantes de la pfuerre, celle de. la dîstrtbulion des aigles faisait le plus d'impression. Plo» sieurs des nouveaux bataillons avaient reçu leurs drapeaux avant que de sortir det France. Ces drapeaux étaient faits de manièi^e qu'au-dessous de l'aigle élevé sur la tète de la bannière, il y avait encore un drapeau brodé /semblable aux cruidous de la cavalerie. Tout cela était couvert d'une enveloppe de peau , qui ne pouvait être enlevée que lorsque Bonaparte allait en cérémonie remettre l'aigle au bataillon» En attendant » il restait comme en dépôt. Le jour fixé pour la solennité , Bonaparte paraissait , accompagné de tout son état- major 9 et se plaçait . devant Jq milieu du régiment. Celui-ci formait ^ en troiy colonnes serrées , trois fronts tournés vers le centre. Le quatrième front était rempli par la suite de Napoléon. Tous les officiers du régiment étaient assemblés devant lui. Il se tenait isolé de sa suite, avec sasintple capote verte, ordinairement sur sa jument couleur chamois^ son cbeval favori dans celte campagne ; on le distinguait d'autant plus facilement à la simplicité de sa mise, que tous ceux qui étaient à proximité contrastaient avec lui parleurs brillans uniformes bleus, richement brodés en or (i).

» (i) Qaoiqae la convenance exigeât que dans certaines occasions on ne parûl devant fïapoléon ni en redingol^

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Lorsque le prince de Wagram (comme major général), et, en son absence, le duc de Viccnce (GaulincQurl) , en sa qualité de pvemier grand dignilaire après Berlhier, mettait pied à terre et faisait déployer le drapeau, qui était; porté devant les o/ficiers assemblés: tonus les tambours du régiment battaient la caisse jusqu'à ce que Berlhier eut pris Faîgle et se fut placé devant Je rang des officiers, en s'éloignant du reste de la suite. Le puissant et boncH^é Berlhier se montrait, dans cette occasion > sous un aspect vénérable* / ^ : ! .

Bonaparte levait sa main gau cire vers Faigle, en tenant les rênes avec la droite (1). -Ensuite il prononçait, par exemple^ le discours suivant, d'une voir sonarc!<i s^ennelle> mais pas trop forte , que l'on pourrait désigner par l'expression musicale mezza voce:'

n Soldats du 26™® régiment d'infanterie légère î je vous confie l'aigle français; il vous servira de ^

ni, en nianteau, aucun de ceux quj l'entouraient n'était géué sur la mise pendant la campagne , lorsque le temps ëlait maur ais , elc.

(1) On le voyait souvent commettre celte faute, contre les règles du manège. Lorsqu'il troVtak ou gaîoppait , il laissait ordinairement tomber sa gauclié avec nonehalanee, tandis qu'il tenailles rênes avec la main droite^ en l'agitant aan^ cesse*

potat de nBîemeikl l Voc» farcz de ne ratuMi-

dottacr cpi'exi moaraBl I Vcxei jorez «ie ne liinii

îamaii Cure un affroal à Li Fnncel Ycmi» f«a

deprclèferlaiDortaaclésiKMumr! Vqcbîi

n apparaît particolièreaieiit sur «s

mots acrec on certain toa et beaocoap Jêact^ie.

Ce iDOt était le sgnal aocpici toos les

elevaîeoi lesis épeo . et looi les 9o4dals 4^1

jQini accord, cnaie&l, pktns deollKMEÛaBe ^ à

kaole roix et arec les accLucatîoos accosl

^Y(£HKi jursoks i EiHnte Bertliîer remettais

aa re^^ment. et les coioasies. (orccuat le

cIkt^J. se séparaient an niDDent où ^

s'eloienaîL

De celle manière il «iâlrxbna, le i5 les aigles qm fatuaîcnt fwmMey à troâ rcgi

Les FraJMiaii se laissent mûnter U tête \t ne me sms fjoiaiis apercn qv'^une cïMUtancse ait nuinané d'cxcîter l'enliMMsai^e. qpnâ etast qoelqoefoiks âncere . mai» K.'ir(«it eslotqne par les oommandans et les oCBc.er^. afin de se mettre dans les bonnes grâces de B jCkiparte. A b fin de b campagne, la cûîeTe et les prîratwMm loi raiirent Taflectioa dn sômple soUitt , qoi pre* feiatt affronter la mort sor le chaiop de bauSEIe» plnlât qne d^endnrer U ium. Cepeadaiil one partie fie la fenne Gude eontinaiiBt de povsaer sescmordinaûes, et mirsA à i èpoqoe on , ahan

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donné par la fortune , il fut battu et fidrcé de quitter la Saxe , ces cris furent répétés alors avec une impétuosité incroyable , comme pour le consoler dans ladversité.^ A l'époque des marches forcées^ qui continuaient toujours sans provisions de bouche ^ dans les environs de Dresde , Baut* Een et Pirna, les vii^at de ce même corps ne retenliasaient que faiblement; et Ton entendait dire par quelques soldats : Personne ne veut crier f

C'était un usage établi , que lorsque Napoléoa rejoignait sa Garde pendant une marche , celle-ci aussi vhe que possible se formait en colonne ou en front , et tolit le coprs de musique jouait jusqu'à ce que le cortège impérial fAt passé ; ce qu'on faisait aussi , quand la garde s'arrêtait pendaot la marche. Mais le reste de l'infanterie ^'inquiétait en général fort peu de lui. Les musiciens commençaient à manquer depuis que la plupart d'entr'eux furent ensevelis sous les glaces de la Russie. Tandis que les armées allaient en avant, les différentes armes, l'artillerie, là èavalerie et l'infanterie se pressaient les unes sur les autres pour passer. Cette irrégularité , cette nonchalance, quis'étaientgUsséesdans les troupei françaises, entraîna leur ruine totale à lepoque de leur retraite. Napoléon s'est souvent trouvé forcé de se frayer un chemin pour lui et pour >a suite au milieu de celte masse d'hommes ; et

i;6 GAMPAGlfE

de pauvres fantassins étaient renversés pnr Farrière - garde. Qu'on «e représente le désordre que doit produire une suite impériale avec tous ses officiers, domestiques, chevaux conduits à la main , en traversant une colonne dmCanterie ! Les troupes françaises étaient accoutumées à ces désordres par leurs généraux et autres offi^iéiif supérieurs, qui tous marchaient à peu près de la même manière, et dont le départ retardé devait nécessairement produire une pareille con* fusion. Quelle différence entre ces marches et celles des armées des autres puissances , qui , sous les peines les plus sévères, étaient obligées de marcher homme par homme, sans que per« sonne osât traverser une colonne.

Les suites trop nombreuses étaient non -seulement nuisibles dans les marches , mais elles Tétaient encore plus , et occasionnaient beaucoup de mal dans les batailles : car rennemî , qui observait tout d'un œil attentif, dirigeait soq artillerie vers le point où un général et sa suite se faisaient remarquer. Voilà pourquoi , lorsque Napoléon pénétra dans la Silésie, le 35 mai (ayant été plusieurs fois reçu par les boulets enneaiis près de Dresde et de Bautzen ) , oo vil paraître aa quartier général un règlement sur la marche» d'après lequel aucun cavalier ne pouvait suivre iiuiiiedb;ement Bonaparte , excepté :

Le ptioce de Neufchâttl (Berthier);

E» skxviy i8i3. 177

Le grand écuyer (Caulîacourt);

Le maréchal de service;

Le général Guyot , en sa qualité de commaa-^ dant des escortes ou guides des chasseurs;

Deux adjudans;

Deux officiers d'ordonnance ;

Deux officiers^ comme interprètes des langues russe et allemande;

Un page ;

LTn palefrenier attaché à la personne de Na-« poléon , et Rustan.

Tous les autres individus de la maison de Bonaparte devaient , ainsi que lescorte , rester en arrière à une distance , je crois ^ de trois cents toises. Où il y avait beaucoup de danger, Napoléon avait l'habitude d'aller en avant, tout seul f avec Caulincourt, ou Berthier, et ua page , soit à cheval , soit à pied , et de renvoyer les chevaux près de quelque tertre ou de quelque maison , pour n'être pas remarqué. Le moment où il s'éloignait était ordinairement le signal d'une canonnade , soit que l'eupemi se fût aperçu que Napoléon était là avec sa suite , ou que lui-même fit venir de l'artillerie par des détours pour la faire agir sur le point qu'il venait de visiter.

Le service des officiers d'ordonnance était aussi pénible qu'honorable. Ces jeunes gens appartenaient aux premières familles de France :

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