‹ Relation circonstanciée de la campagne de 1813, en Saxe;Chapitre 7 sur 23 · Tome I. la · texte numérisé non relu

Tome I. la

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c'étaient des fils de diplomates , de généraux , de sénateurs , qui se distinguaient par leur talent et leur éducation , mais qui avaient aussi le triple orgueil d'appartenir à la grande nation , d'être bien nés , et d'occuper des postes d'honneur. Leur élégatit uniforme contribuait beaucoup à flatter leur vanité. Cet uniforme était le même que celui des employés civils supérieurs de la maison de Napoléon , tels que le grand maître de la garde-robe et l'écuyer : habit bleu clair avec une élégante et riche broderie en argent 9 et chapeau avec des plumes noires. U ny en avait ordinairement que deux de service; mais lorsqu'on donnait une bataille ^ Napoléon disait simplement : Un officier d^ ordonnance (i) ! Celui dont c'était le tour , allait porter des ordres a un maréchal. Le porteur était obligé de les répéter, chemin faisant ^ car souvent ces ordres contenaient des récits de tout ce qui s'était passé pendant une journée toute entière. Al(^s l'autre camarade s'approchait de Napoléon , autant que possible y ou montait à cheval pour se mettre ea marche au premier appel (s). Souvent ils étaient

(1)^ Il j ajoatair ensuite quelquefois : Allez un peu auM mHint^postes y voyex ce qui se passe,

(a) Je dis à dessein se mettre en marche , et non pas

€0 r; car je n^ai jamais vu un officier français courir

ee la vitcfse «[u on appelle véritable carrière de cava-

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envoyés en courriers avec des ordres pour des généraux commandant un corps , et ils restaient ïà jusqu'à ce qu'une affaire décisive eût eu lieu » après laquelle ils devaient retourner vers Napoléon , pour l'en informer , soit de vive voix , soit par écrit D'autres fois ils étaient envoyés en reconnaissance ^ pour lever au coup d'œil les plans de quelques terrains , à peu de distance » qui étaient inléressans pour Napoléon , à cause des rivières qu'on y avait à passer, ou des retranche* mens qu'ony devait élever.Lapluparlde ces jeunes gens étaient choisis dans le corps de l'artillerie ou dans celui du génie ; mais il y avait aussi quelques individus pris dans la cavalerie qui , par suite, passaient dans un régiment avec le grade de chef d'escadron. Deux d'entr'eux furent ainsi employés dans les gardes d'honneur nouvellement établis. Celui qui s'était montré capable avait la perspective d'obtenir , même comme officier d'ordonnance , le rang de chef d'escadron, et dé devenir , par la suite , colonel et aide de camp de Bonaparte. Le nonibre des officiers d^ordonnance était fixé à douze ; mais leur noqibre n'était pas complet au commencement de la campagne. Un seul d'entr'eux, appelé Beranger,

lerie. Le temps ordinaire était touJQUi^s un galop , ou un trot irrégulier. Les officiers d^ordonnance étaient ceut qui montaient le mieux à cheval.

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était resté dans les enviroDS de Dresde ; les autres s'appelaient Gourgault 9 premier officier d'ordonnance , Athalin , Pretet » la Place y Lauristoa et Dessaix (fils ou neveu du général connu de ce nop),PaiIIou ^ Lamezan ^Garaman , Saint-Marsan»

Pendant la campagne , Napoléon avait quatre pages auprès de lui, qui étaient faits pour en« ^ durer les fatigues , et qui , en cas de besoin , pouvaient être envoyés en commission ; deux pages de chasse qui, par la suite, obtenaient ordinairement des emplois civils ou à la cour; deux autres qui , de coutume ^ entraient dans l'armée, li'un des deux était chargé d'amener le cheval de Bonaparte , de porter le télescope , de faire préparer les relais, etc.

Rustan portait sa bouteille de campagne ; quel« quefois c'était un piqueur, comptant plusieurs années de service , qui en était chargé. Ce n'était que rarement , ou lorsque l'on s'était passé du déjeûner, que Napoléon prenait, chemin faisant, quelques gouttes de vin ou de liqueur î ce cas excepté, il ne prenait rien ou peu de chose depuis le déjeûner jusqu'au dîner, c'est-à-dire de* puis neuf ou dix heures jusqu'à six ou sept heures du soir.

Pendant une campagne , Napoléon ne se ménageait point pour ce qui concerne le travail ) mais son caractère inquiet repoussait tout ce qui présente l'idée d'une occupation uniforme. Ce-

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pendant il avait, sur les personnes dont il était entouré y et qui le secondaient dans ses opérations , le grand avantage de s'occuper quand il lui plaisait 9 et de choisir ses momens de relâche; tandis que ceux qu'il employait, toujours en J)utte à son caprice, pouvant élrc appelés à tout moment, le jour et la nuit , étaient réduits à dérober, au hasard, quelques instans pour se délasser. Sa voloQté les mettait tous en mouvement ; et Touvrage commun ne pouvait être interrompu , lors même qu'un de ceux dont il se servait comme initrumens se trouvait fatigué. L'activité infatigable de Bonaparte lui-même les tenait tous en haleine depuis le premier jusqu'au dernier; mais lui seul avait l'avantage que l'exécution d'un plan , qui lui ravissait le repos de la nuit , relevait sa propre gloire , et que ce qui servait d'aliment à son imagination , fortifiait son corps parle plaisir qu'il éprouvait à se peindre d'avafice les jouis* sances de son ambition , et à en entretenir les autres. Cette disposition d'esprit est particulièrement applicable à la période de sa prospérité :car si le corps se fortifiait par l'élan des idées , par une perspective favorable dans le cours brillant des heureux jours , il ne pouvait résister long-temps à l'impression des obstacles, sans cesse renaissans, à des revers qui , tenant les facultés de l'ame dans .une tension continuelle , épuisent les forces physiques. Mais la supériorité d'un esprit audacieux

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consiste précisément dans la faculté de s'élever au-dessus des incertitudes et des contrariétés qui paralysent les âmes faibles , de braver les dangers, de ramener habilement la fortunée par la force et la ruse, et de déterminer enfin le destin en sa faveur par l'emploi de ressources nouvelles. Napoléon portait dans je travail une facilité et une pénétration incroyables. Ceux qui l'environnaient parlaient avec étonnement de la marche systématique et de l'abondance de ses idées dans tout ce qu'il dictait à ses secrétaires et à ses adjudans. Des sujets qui remplissaient plusieurs pages, y étaient traités avec une méthode admirable. Ceux qui écrivaient soui sa dictée , surtout les secrétaires, devaient être à même de répondre sur toutes sortes de demandes et de propositions relatives aux affaires politiques ou militaires. Lorsqu'il recevait des dépêches, il questionnait les officiers qui se trouvaient prè3 de lui > sur ta position des lieux mentionnés dans les dépêches , avant qu'ils pussent savoir si ces lieux elaien* en Silésie^ en Espagne ou ailleurs. Ce ù'était qu'après avoir jeté un regard sur la signature de celui qui avait envoyé ladépêche> iqu'on pouvait deviner ce que Bonaparte voulait dire , et lui indiquer sur la carte ce qu'il demandait. Il lui arrivait très-rarement d'ajourner un travail: cependant quelquefois il remettait au lendemain des affaires qu'il ne lui convenait pas de traiter pour le moment , et il

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ordonnait de les reproduire* S'il rencontrait un courrier en route, souvent il s'arrêtait; et alors Berthier ou Gaulincourt s'asseyaient par terré, pour écrire ce que Bonaparte leur dictait, pour être adressé aux commandans des différens corps. Ensuite on envoyait tous les officiers de diffé* rens côtés, de manière que souvent il a en restait presque aucun auprès de lui. Lorsqu'il attendait des nouvelles de ses généraux, et qu'on présumait que quelque bataille pouvait avoir eu lieu , il était dans la plus vive inquiétude , et au milieu de la nuit, il faisait appeler un ou plusieurs de ceux qui travaillaient dans son cabinet : Appelez d'Albej que tout le monde s^éveille ! s'écriait-il. Cela arrivait toujours vers une ou deux heures du matin : car durant la campagne, il se couchait de irès-boniie heure, c'est-à-dire; à huit ou neuf heures, aussitôt qu'il avait diné. Son lit de campagne le suivait par-tout sur des mulets , et on le dressait dans les petits endroits où il n'y avait pas les meubles nécessaires. Aussitôt que sa chambre était prête, très-rarement il dormait une heure dans la journée ; cela n'arrivait que lorsqu'il avait été épuisé de fatigue , pour avoir passé la nuit au bivouac. Ce fut au retour de Néumarck et après la conclusion de l'armistice que Napoléon dormit à Gœrlilz , peut-être la seule fois de l'année, pendant dix heures de suite ^ depuis neuf heures du soir jusqu'à sept

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heures du matin^sans interruption, et sans appeler aucun de ses gens. C'était un événement presque inouï V à ce que ses domestiques assurèrent^ el ce qui prouve que cette circonstance l'avait délivré, du moins momientanément , de toute espèce de souci. Mais le jour suivant n'en fut que plus fatigant, Bonaparte était eni voiture: après avoir jeté par la portière difFérens écrits, il examina avec Soult et d'autres généraux une grande partie , ou du moins les points les plus importans, du champ de bataille de Wurschen, ce qui dura jusqu'à sept heures du soir. Il fallait Irès-souvenl, que le grand écuyer travaillât avec lui la plus grande partie de la nuit. Une autre fois, ayant commencé à dictera deux heures du matin , il travailla jusqu'à quatre heures , et se coucha de nouveau. Le travail le plus pénible, celui de mettre au net ce qui avait été écrit en chiffres, restait à faire aux secrétaires. Souventil travaillait la nuit toute entière ; Rustan lui apportait le café, et il se promenait dans son cabinet, bien éclairé , en robe de chambre , et ayant la tête enveloppée dans un mouchoir de soie bigarré, qui avait l'air d'un turban. Il parlait ou il dictait sans cesser C'était alors que les officiers et les généraux recevaient leurs ordres; et lorsqu'il avait ainsi laissé passer le temps du repos, vers la pointe du jour il prenait un bain pour se forlifier. Mais cela arrivait rarement.Habiluellement il travaillait depuis

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deux jusqu'à quatre heures du matin ; ensuite ^ il reposait, ou il méditait pendant une couple d'heures. Son carrosse de voyage élait disposé de manière à ce qu'il y put dormir et s'étendre sur des matelas. Entre le siège qu'il occupait et celui deBerthier, il y avait quelque différence; ensorte que celui qui l'accompagnait ne pouvait pas se coucher. Habillé en uniforme, et la tête enveloppée dans un mouchoir bigarré , il pouvait dormir en voiture comme s'il eût été dans son lit. L'intérieur de sa voiture avait une quantité de tiroirs fermés a clef, et contenant les nouvelles de Paris , des rapports qui n'avaient pas encore été ouverts, et des livres. Vis-à-vis de Napoléon était placée la listé des endroits où les relais étaient prêts; et une grande lanterne accrochée sur le derrière de la voiture en éclairait l'intérieur, tandis que quatre autres lanternes répandaient leur éclat sur la route. Les matelals, que Rustan arrangeait, étaient emballés avec adresse dans la voiture , et au-dessous du magasin étaient caséi quelques flambeaux de réserve. Kustan , tout seul, était assis sur le siège, et six gros chevaux li-^ mosins , conduits par deux cochers , tiraient le carrosse , qui était simple , vert, à deux places et bien suspendu.

L'habit de Napoléon, simple et propre, est sf connu par les gravures et les portraits qu'on a faits de lui, qu'il serait inutile d'en parler. Je

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dirai ici seulement^ qu'on se trompé, si Ton croî» que lors d'une bataille il portait toujours sa re^ dingote grise par superstition , ou pour se rendre méconnaissable. Dans l'été, ou lorsqu'il faisait beau, il portait comme à l'ordinaire , même dans les batailles, son uniforme yert avec le crachat de la légion d'honneur ; mais lorsque le temps était froid ou humide, il avait par-dessus l'uniforme cette redingote grise connue de tout le monde. Je l'ai vu une seule fois couvert d'un manteau bleu^ dont le collet était brodé d'or à quatre couleurs f et Ton prétend que c'est le même qu'il portait dans le temps qu'il était général de la république. Il s'était fait faire à Dresde , pendant l'armistice, un autre habit du matin ^ bleu, moderne et simple. Napoléon ne se servait qu'à regret de l'un et de l'autre. Le jour qu'il avait choisi lui-même pour son jour de naissance , il paraissait à la grande parade avec le grand uniforme de sa Garde, bleu et rouge , brodé d'or ; ce jour excepté , il était toujours habillé de même|; et lorsque l'incendie de Rossnig eut consumé le peu d'habits qu'il avait avec lui, il n'avait même pas de quoi changer, et il fut obligé de se faire faire à Breslau quelques culottes à la hâte : on voit par là , que le grand maître de sa garde*robe n'avait pas «beaucoup d'occupation.

Napoléon n'était pas monté en chevaux comme un empereur aurait dû l'être; il en avait environ

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huil ou ùeuî pour son propre usage, dont le meilleui^et le plus beau était ua cheval bai , de race arabe , avec la queue et la crinière noires. Plusieurs officiers auraient été honjteux de monter les autres» ils étaient petits, sans extérieur, mais commodes et sûrs, presque tous chevaux entiers^ et avec la queue longue. Outre le cheval bai, il avait encore très* souvent deux alezans et deux blancs (1). Comme il n'était pas bon cavalier , tout ceux qui par accident s'approchaient de lui étant montés sur une jument, devaient prendre garde que Napoléon ne leur fit vider Tarçon par Tefiet des cabrioles de son cheval. Peu de temps avant de quitter Dresde' pour la dernière fois, il lui arriva un accident fort bizarre : il était sorti à cheval pour se promener ou pour faire une reconnaissance; ^on cheval s'abattit dans la rue de Pirna, quoiqu'il allât au pas , de manière qu'il reçta quel* ,ques minutes couché par terre, jusqu'à ce que

(1) Un do ces dernier», dont le roi de Saxe lui arait fait cadeau, était revenu, heureusement de la campagne de Russie, en 1812; comme il n'y eu avait guère à rarraée , les Français faisaient un grand cas des chevaux qui avaient survécu à la terrible catastrophe. Cest uri cheifal de Moscou, était le plus grand élog^e qu'on pouvait donner à un cheval. On les payait fort cher. La perle que les généraux ont essuyée à cette retraite est immense.

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Caulincourtet d'autres arrivèrent pour Taider à s© relever; il resta tranquillement et paisiblement à pied, le visage tourné vers sa suite, jusqu'à ce qu'on lui amenât un des chevaux de main qui étaient derrière l'escorte. Quelques personnes ont regardé ce singulier accident comme un présage frappant de sa, chute.

Il laissait aller nonchalamment son cheval au pas ou au petit trot, et lui-même se laissait porter, plongé dans ses réflexions. Son cheval était ac'coutumé à suivre les deux chasseurs ou officiers d'ordonnance qui le précédaient. Napoléon aimait passionnément marcher à travers champs, sans que personne sût où il allait. Les chasseurs de la Garde s'étaient tellement familiarisés avec celte habitude^ qu'à la première direction que Napoléon prenait, ils connaissaient parfaitement l'endroit vers lequel il se dirigeait. Il aimait tellement lès chemins de traverse , et les sentiers , que plusieurs fois se trouvant dans des endroits inonlueux ou dans des chemins impraticables, il était obligé de mettre pied à terre; c'était tou* jours une chose désagréable pour lui, que d'entendre parler de difficultés ou d'impossibilités: on ne peut pas! disait-il avec un ris moqueur, et il ne renonçait ordinairement à son projet que lorsqu'il était convaincu lui-même de l'impossibilité d'avancer. Lorsque le chemin était marécageux ou malaisé; le grand écujer le devançait

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de quelques pas , pour examiner le chemin sur lequel Napoléon devait le suivre. Lorsqu'il arrivait à quelque endroit qui lui était devenu désagréable ou odieux à cause de quelques pertes^ il le traversait au train 4e chasse. J'ai observé cette particularité; sur*tout pendant la retraite •ur Hainau , où les deux bataillons sous les ordres deNey ont été anéantisse Markersdorf, où Duroc fut tué; à Reichenbach ; et plus tard à l'endroit qu'on appelle le Cavalier-Saxon entre Bischoflfs- Werda et Bautzen. Dans ce^ dernier lieu, un convoi* français de munitions , composé de soixante-dix voitures, qui était alors de la plus grande importance pour l'armée , fut surpris par les cosaques, qui les firent sauter en l'air. Il fût facile de remarquer la mauvaise humeur de Napoléon, lorsque le lendemain , passant sur cette même route , il entendit le ^rapport de l'officier qui lui donna les détails de ce malheureux événement. En voyant les premiers débris qu'il trouva à la sortie du bois, il piqua son cheval et le mit au grand galop; en se détournant delà route, un petit chien qui se mit à aboyer après son cheval, le mit dans une telle fureur, qu'il tira un de ses pistolets et voulut tuer le chien.' Le pistolet ne prit pas feu, et il le jeta dans l'excès de sa colère. Rustan accourut ramasser le pistolet, et le remit à sa place : alors on partit au grand galop y et tout ;>e passa dans le plus grand silence.

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On voit par ces bagatelles , que la passion pré« dominait toujours, et que Napoléon , poussé par reffervescence du sang méridional, ne pouvait renier son origine. Quelquefois on le voyait le visage serein , et chemin faisant il chantait ou prononçait quelques mois italiens en forme de récitatif; il s'amusait aussi avec le prince de Neuchâtel , un de ses maréchaux , on avec le roi do Naples : lorsqu'il était de bonne humeur et tranquille, il parlait à ses généraux d'un ton confidentiel et complaisant. Quelquefois il criait d'un ton amical : Berthier, ou grand Mortier ( Mortier était d'une grande taille, et aurait pu st présenter comme chef de file de sa. Garde); mais il prenait un autre ton lorsqu'il s'agissait d'affaires de service , car alors il disait , le prince de Neuchâtel^ le duc de Trévise , etc.

Il s'exprimait laconiquement ; quelquefois ii était inintelligible, parce qu'il coupait certains mots. Lorsque quelque soldat lui présentait une pétition, ou lui était recommandé, la question qu'il adressait à chacun était ordinairement t Combien de service ? Lorsqu'il voulait s'orienter dans quelque plaine vaste, et qu'il voulait con* naitre l'étendue ou l'importance de quelque endroit relativement à ses entreprises , sa demande était : Combien dHci a N*..? Quelle popw talion? Malheureusement il arrivait plusieurs fois que ce rapport, souvent inexact , servait dérègle

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pour déterminer les logemens mflitaires, les réquisitions, les fournitures , les garnisons, etc. Il fixait toujours les yeux sur celui qui lui parlait, comme s'il eût voulu pénétrer jusqu'au fond de ses pensées. On ne pouvait pas lui répondre assez vite ; par conséquent il devait s'impatienter de ce qu'on était obligé de lui faire tbaduire tout ce qui n'était ni français ni italien. Un grand Nombre de personnes se sont imaginées <[uoiqu'à tort, qu'il comprenait l'allemand, et qu'il le parlait toênie un peu ; mais je ne m'ea jsuis jamais aperçu , et je crois au contraire qu'il n'en était rien. Ne fut -il question, que d'une réponse insignifiante ou de détails donnés par ^s gens du peuple, auxquels Napoléon adresnait des questions , il €& voulait tout de suite deviner le sens, et il interrompait l'interprète, en lui disant, d'un ton qui annonçait l'impatience: Qu'est-ce qu'il dit? Cependant il préférait le retard que causait l'interprétation (souvent c'é- • tait Gaulincourt qui s'en chargeait, car il parle assez bien l'allemand), plutôt que de se laisser vexer (si l'on nous permet cette locution triviale) par ceux qui lui parlaient en écorchant le français. Ces ignorans étaient presque toujours interrompus par l'ordre de parler allemand. Ce qu'il y avait de plus singulier et de plus comique , c'était la manière dont il prononçait les noms des lieux qu'on devinait i d'après les circons*

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tances ou par la position ^ plutôt qu'on ne la reconnaissait. Il disait ^ par exemple , Siss pour Zeitz , Oghirsch pour Hochkirch ^ etc. , comme font tous les Français , qui croiraient au-dessous de leur dignité d'apprendre la ma* nière de prononcer d'après l'usage national. Celui qui a surmonté les difficultés de sa langue malernelle n'a pas d'idée de ce qu'il en coûte aux étrangers pour les vaincre; mais, très -certainementy le Français, par trop de prédilection pour sa propre langue et trop de mépris pour les autres idiomes et pour les autres nations, se donne trop peu de peine pour les apprendre > et prétexte, à dessein et par préjugé, des obstacles que sa bonne volonté ferait disparaître. On trouvait rarement un officier d'un grade supériei^r parlant couramment la langue allemande ; la grande majorité ne l'entendait que peu ou même pas du tout.

Lorsque Napoléon passait la nuit dans une ville y Berthier logeait toujours dans la même maison , et le grand écuyer tout près-de lui. Le ])réfet du palais, ou un fourrier de la cour , allait en avant, pour faire toutes les dispositions nécessaires. Avant l'arrivée de Bonaparte , on affichait une liste, dansie salon de service, indiquant les logemens de toutes les personnes attachées à la cour. Elle contenait ordinairement :

Le prince de Neufchâlel, au palais ^

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liÀ'g'fand maréchal, 1

Le grand écuyer , J * '

Lé duc de Dalmalie ,

Le comte de Lobau ,

Le comte de Narboime ,

Le duc de Plaisance ,

Le général Drouot ,

Le* génér*al Flahault ,

Le général Corbineau,

Le général Dejean ,

Le général Durosnel,

Le général Hogendorp,

Le général Pac ,

Le général Kdrsakoursky ;

Le général Guyot, comniandant des guides;

Le comte de Beausset, maréchal du palais;

Le baron de Gànouville , préfet du palais ;

Le comte de Turenne , châmbellail , grand

maître de la garde -robe; Le Farôn de Mesgrigny , 1 écuyers de Le baron Lennep, J Napoléon;

M, Yvan , médecin de la maison > Le baron d'Albe ,

Deux officiers du bureau topographique, Lamotte, Duvivier ; Le baron Fain , premier secrétaire du cabinet

de Napoléon f

M. Mounier, 1

M. Jôuanne , • / secrétaires du cabinet ;

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