CHAPITRE. IIL
Éi^énemens ultérieurs de la guerre après Fexpiration de Varmistice^ y compris la bataille de Leipsick y jusqua la retraite de Napoléon sur Eifurt,
Xiir rendant compte des événemens de celte époque, qui comprend la partie la plus importante de la campagne de Saxe, et le commencement des résultais amenés par la grande lutte des peuples, au commencement du dix-neuvième siècle , je regrette d'avoir égaré des papiers qui m'auraient mis à même d'écrire avec plus de détails. En attendant^ le lecteur trouvera les faits principaux rendus avec autant de scrupule et de fidélité , que les événemens précédens ; de mûres réflexions et des documens dignes de foi ayant presque totalement réparé celle perte. Je ne fais aucune mention de ce que je n'ai pas vu et examiné moi-même.
Eclairé par les rapports du général Narbonne, r 5a position avec l'Autriche, Napoléon ea
^ B]f;,sAXE, i8i3. a37
partant de Dresde , . porta sa première, attention, siir le camp de Liliensteio. Oa iu prétendu (i) «c qu'il avait chpisrXe chemin de la Bofaênie^ >» pour tromper les espions. ,<j4ji'il,SGpposait à y» Dresde >» \ mais cela n'est pain t^vcaisemblable, car son voyage coïncidait surrlout avec le re?tour .du général Narbonne, revenu de Prague avec la plus grande célérité. La craiiile des es^. pions. ne pouvait pas le gêner dans l'exécution de ses plans; il aurait pu partir la .nuit sans bruit. Enfin, la précisipn avec laquelle Napoléon visita les fortifications au tour de Lilienstein Iç ^me 50ir à neuf heures > n'étant éclairé quC; p^r le feuda. biyouac , prouve assez clairement que le détour qu'on fit en passant l,e pont de bateaux à Kœnigslein ^ avait rapport à un grand objet militaire^ plutôt que la position de Lilienstein-^ qui ne pouvait être que secondaire. Les Français avaient construit une nouvelle route sujr;la hauteur nommée Ziegenruckr, ou.» pour mieu^ 44^^9 i's avaient raccommodé l'ancienne. Ce fut. cette, route qqe Niapoléon suivit pouraller par Stolpen à Bischofs- Werda. Le hasard voulut que les çhangemensr faits a la route, et. les décombres ; amoncelés, fissent égarer l'écujer'.de l'escorte;. Je détour; d'une demi-heure indisposa Bonaparte ^ et sa
(i) Dresde et ses mûrs, Van i8i3.
238 CkULTk'àV'B ^
niaiivoiîHî hiimeut s'aug'menla leUem^enl qu'il devihl fiipienjt ; «el vtAwia en ir^itres et en menaces. II arriva à lîenx heures du uhTlin à Baulzen , où le itiî>er du jour précédent était encore préparé: U s'arréla <Ians cetle ville jusqu'ati 17 au sotr ; et parlil alors pour Reichenbnch.
Ici cominiMUM fou aclivilé pour le p!ati des opénilions : il travaillait sans relâche ; des courriers t»l lies olficJei's lurent expédiés sur tous hs {Hnuts. La rupture avec TAutriche élàrl décidée: Caulincourt nVlailpas encore revenu: mats le jjénéral Narbonne et les courriers partis apr^ lui, avaient probablement apporté de^ délaits snr la certitude de la déclaration de CMOrre qui parut le 10 août. Le irrand ect;ver n'^arriva auprès de Bonapiï»^ croe le lemlerrî^îiir A fc Wi^îwl .^ G<erlt!2. kwscnie le corps du i>rfrrce
' T* Mis
V^yt\M^xk^ki éiyil sur te potot de pénétrer <feos b Hi^bome pw ZîUaiî.
PendaiK h mi^rhe c?e Rsîc^e^b^ch i Gt^rt^.
b s«cw«ie de a«r^.eoo tr. . nî-yoZ 4 c»:'? fr. pc rr r-s mc^CTRï^iWlS e«r HwKisîe^T da dcKrrt . e? iÇ/jo.* ^r\
SN SAXE, 1^1 5. ,ftW
y argent £al cqmj^é devant e^x, etiUlMrefil^e'éix^ mêmes chargés.. 4^. faire éfig^ J« jMontiaate«j|.
Celle affaire accessoire f«l î^Cjcél^f ée ave^i.ioui l'empressemep;^. e\ toul^ re.^^c4i%vwlG pQjjsibJieti jpay un des adjndaos et paFqiieki^€|$:îndîvidiii$ de Ja maison de Ek^naparle^ au #i|i<îii d^e l'embar^'aïi çt des mou.veipejBQ du quartiei? géaéral. •: i
. Quoiqu'on oe . parlât, poifit d^e la g*«err<8 qfui
allait éclater centre l'AiiiLriche , , An savait .déjd
cependaf)};,.au;.<çpiiartier g^pé«il:, que j armée alliée russe et prussienne çjvjiit q*liwé la-Silësi^ .en se dirigeant, snr la Bohême , et qu'elfe était déjà dans les enyirops dq Miioiçbisngf^tei: (^^ .^louvement indiqjuait assez Ij^.jprojel de pénéiner en Saxe par les défilés de 4aî'Hji|itiÇnLusaGe, ou jpav d ail 1res poinjis. Napoléon il9¥i^t probafefch xnent seproçipret d€îs va>ui^;eJles^tiQf«;à cet égjitdU ^d^rigea sa ni^fohe sur k: . iM:^ê^€^. du GÔi*é)d^ J^lçTïibo^rg^îG^l^^l et Ii'rAl^^..Ii /s^ pcndil^i^ûj- «ijçm€,.le loi^atjût le mnùn^.da Go^lilz.ià^.Zîti- Ifin, fit une r$içi>ïir»ais8!aiï^e :gé«é«aje dn.pajjj, .^ passa. en jp^ue uner^aclie.di^ S^ conps^oômjfMndé pfi^f 1^ pfiipcek Ifoiitqtowski« Le prince^ (^iXcellent catalieiT^ lui préseata l^'cGâasque^^pci- Aonai^ réçemn^ent: organisés^ .el s'^ixpriBia viàv à- vis de lui avec celte sin^plioité' et cétie- ff ar>chise qui le distragjiïaîent avantageciserment de .plusieurs autres généraux. Il joignait à un^grande Tai^Iance. uqe etixtréme ltKHlté!>. ii»flgr2aide< aoia-
a4o tsAMPAays ''■
bilile qui ne se démentaient jamais , même visà-vis de ses inférieurs. La noble conduite et les tàlens militaires de ùe prince , seinblaient avoir fait une grande et favorable impression sur Napoléon lui-même , car il s'ouvrait presque avec lui , et lui parlait lout aulreinent qu'on ne l'avait jamais entendu parler aux ah 1res généraux. Comment appuyez-vous votm dt^ite F dit il, en l'examinant avec attention, au prince qui, en lui donnant une idée de sa position , avait montré qu'elle était bien calculée.
Il était assez lard , lorsque Napoléon , qu'oïl n'attendait nullement ce jour-là ,, suivit, je dirais presque involontairement , la partie des troupes qui entra en Bohême par Gabel. Les Françaiis trouvèrent peu de résistance, et il leur fut trèsfacile d'avancer jusqu'au-delà de Gabel pour ^ recevoir des renseignemens sur la situation des armées alliées , d'après les rapports de quelques habitans, et tels que des bourgeois et dès pajsans peu expérimentés pouvaient en donneK
Napoléon ne revint à Ziltau qu'à minuit , aprè^ avoir fait cette petite excursion ^ qui avait toute l'apparence d'une reconnaissance du défilé^ dix d'une simple démonstration. De même les deui corpsqui marchaient surles flancs ne s'avancèrent que jusqu'à Komburg et Kralzai» , et ne purent s'exposer davantage : ici comme sur presaue tous les points de son demi - cercle , la Bohème \
seplenlriortal , a le bonhenr d'avoir des limites formées par la nature , et qu'un ennemi qui n'aurait pas une supériorité décidée , ne se hasarderait pas impunément à franchir pour pénétrer dans l'intérieur du p^ys. Cependant, d'àprès les rapports des journaux français, les troupes légères avaient fait * des excursions vers Prague ; au moins en avaient-elles fait dans celte direction.
Dans l'incertitude du point sur lequel il devait s'attendre à l'attaque principale , qu'il considé^ rait, comme nous l'avons dit > non pas d'après un plan, ni selon les principes de la tactique, mais plutôt d'après sa confiance en lui-même, comme un moyen de vaincre par les fautes de ses adversaires : Napoléon paraissait attendre à Zittau, à Gœrlitz ,, pour savoir de quel côté il avait le plus à craindre. Accoutumé auparavant à prendre rolTensive , pour tromper ses ennemis par des mouvemens qui les étonnaient> il changeait à présent de rôle-, ctil étaitiui-méme forcé d'attendre pour savoir de quel .côté on lui porterait le coup. le. plus sensible, prétà le- parer cl à s'assurer, de la victoire, sur^quelqne point que ce fût, il était obligé de concentrer tou*jours TéUte de ses trowpes.jïl ne'îponvail donc songer à suivre un. plan d'opération valide .et invariable , parce que, de la -position daris i^uelle il searouvail, par i'offeoisive de ^es eoaemisr'. Tome I. 16
24^ GAMPAOïrB
dépendaient toutes }es mesures qu'il aurait eo à prendre par la suite. Le matin du 20 , les mouvemens commencèrent tout d'un coup; Napoléon s'empressa de quitter Zittau. Une partit de la Garde , qui marchait de ce côté , fut obligée de tourner vers Ostritz et de se diriger vers Gœrlitz et Lauban. Une partie de la suite y fut dirigée directement par le chemin de Schœnberg , et l'on s'aperçut bien que ce chan^ gement soudain était la suite des pertes et des violentes attaques par lesquelles les Français , qui étaient postés près de Lœhn , avaient été repouÀ* ses le jour précédent sur la Bober. Napoléon, /supposant que les principales forces de l'ennemi j étaient réunies , crut sa présence très-néce»* aaire sur ce point. Toutes les troupes qui étaient dans Gœrlitz et aux environs , et particulièrement ses Gardes, se rendirent^ à la h«^te, à Laubao. Entre Zittau et Gœrlitz , il fut informé y par les papiers publics , que son ennemi , le général Moreau , était arrivé à Berlin. Napoléon avait déjà entendu parler à Dresde de l'apparition de ce rival expérimenté sur le théâtre, de la guerre ; il parut cependant peu surpris de cette nouvelle, quand le grand écujer l'informa en route du contenu de l'article de la gazette , concernant Moreau. Une autre circonstance désagréable obligea Napoléon à s'arrêter pour dépécher plusieurs offiders du point même où il se tronvaîL
. La clef desi, chiffres d'une dépêche envoyée à un de ses maréchaux ( je crois que c'était le duc de Trévise), s'était perdue; l'officier qui en était porteur ayant été fait prisonnier. Il fallait y remédier sur-le-champ par les ordres les plus prompts , et le bureau de la guerre fut établi, par terre, dans un petit bosquet; il était compose de Napoléon , de Berthier et de Gaulincourt : Napoléon dictait en se promenant; Gaulincourt était assis par terre et écrivait. En* fin, lorsque Napoléon arriva à Gœrlitz, il n'avait presque plus d'officiers auprès de lui, à qui il pût confier quelque mission. On vit, pendant toute la journée , tant à Gœrlitz qu'à Lauban , régner une activité infatigable. Les corps de Lauriston et de Marmont ( le 5« et le 11*), qui campaient à côté de Lauban ^ reçurent l'ordre d'avancer , et Napoléon s'attendait à une affaire importante pour le lendemain , dans laquelle il comptait battre complètement l'armée de Silésie. Il resta la nuit à Lauban , et fut extrêmement inquiet y étant informé qu'il avait affaire à (rois généraux pleins d'énergie et d'expérience , Blucher, Kleist et Langeron, qui pouvaient l'empêcher de faire sa jonction avec ses maréchaux. Le 21 août, avant le jour, il se rendit promplement auprès de ses troupes , qui se précipitaient comme un torrrent sur la roule de Lœw^enberg. A quelques Ueue$ de la ville , il distribua
îîi/'i CAMPAGNE
des aisjlcs i deux régimens. C'(ilait le moyen <le les animer lorsqu'on élait à la veille d'une Lalaille. Ensuite ajant réuni les 5<^, 6^ el ii* corps, ainsi que ses Gardes , il s'avança contre les généraux que je viens de nommer , près de Lœwenberg. La cavalerie de Lalour Maubourg n'arriva qu'à la fin de l'aclion. Son plan élait de livrer une bataille générale, c'était pour lui une joie dont la seule idée le transportait. Les alliés lallendaient dans une position avantageuse der* rière la Bober, qui passe près de Lœw^enberg. Napoléon , à la tète de la colonne du milieu , pouvait , sans beaucoup de difficulté, pénétrer dans celte petite ville : il perça, peu accompagné, jusqu'aux maisons les plus avancées du faubourg, où le pont, sur la Bober, avait été démoli; il observa le local, et fit bientôt apporter, par les sapeurs et les soldais , les matériaux nécessaires pour construire de nouveaux ponts. A peine l'enuemi s'en fut-il apperçu, que les factionnaires principaux furent foudroyés par l'artillerie. Napoléon se porta sur les hauteurs endeçà de la rivière^ et fit avancer les grandes niasses en bon ordre ; mais à peine se furent- elles montrées, que les généraux des alliés se refufièrçnt'.à livrer une bataille décÈsive dans cette ioD- On pourrait maintenant se convaincre r *ai f été précédemment arrêtée
:1a jcçposilion que Napoléon
EN SAXE, l8l3. 2^5
Jui-même TÎendrait pour fondre sur celle armée. La défense des hauteurs , de l'autre côlé dé la rivière, fut continuée , tant que l'artillerie, postée avec avantage , put nuire aux Français. Ensuite commença la retraite, qui ne coûta que la perte do quelques centaines d'hommes, avec le plus grand ordre et la plus grande tranquillité, sans que les Français eussent pu se vanter d'avoir fait beaucoup de prisonniers, ou de s'être emparé de quelques pièces d'artillerie. L'observateur tranquille et de sang froid pouvait déjà entrevoir le plan des alliés, sUns avoir besoin qu'on le lui eût communiqué : car chaque pas que Napoléon faisait pour avancer était bien hasardé, lorsqu'un homme tel que le feld-maréchal Blucher évitait tout ce qui était incertain , pour attirer son ennemi là où il y avait du dianger; tandis que celui-ci , en étendant sa ligne , exposait toujours ses flancs aux gramJfis. ai*mées qui débouchaient de la Bohême et du Brandèn bourg. Sans doute, quand même la gran^de.lutte des peuples n'eût pas été décidée par des ba^ tailles mémorables et décisives , à compter de ce raomjenl , Napoléoa ,. harcelé et fatigué de tous les côtés, ne pouvait plus se .noiainlenic dans la Saxe épuisée ^^ et dont la situation lui était défavorable ; privé enfin de toutes communicalions avec la France, il n'^aurait pu résister à tant d'obstacles,, .et §e serait vu. çont»raiut
à se relîrer jusqu'au Rhin. Cependant les défaite^ décisives des Français, qui ont amené le résultai désiré , ont été plus glorieuses pour les alliés , et ont mis un terme aux souffrances des provinces épuisées. Napoléon paraissait ne se point douter d'un plan d opération conçu avec autant de sagacité, et qui fut exécuté avec lant de persévérance. Sa vanilé était trop flattée lorsqu'il pouvait , pour ainsi dire , chasser l'ennemi devant lui. Aussi éprouva-t-il la plus vive satisfaction dans cette journée; ayant personnellement chassé les alliés, et rouvert la campagne par un succès, sans avoir perdu beaucoup de monde. Il eut de la peine à cacher sa joie , lorsque les rapports du lendemain lui firent connaître que l'arrièregarde des Prussiens et des Russes était poursuivie jusqu'à la Katzbach , près de Goldberg, après le combat qui eut lieu entre Lauter-SeifFen et Pilgramsdorf. Il alla lui-même jusqu'à moitié chemin de Goldberg ; il fit ses observations sur les environs, et sur les ennemis qui étaient en* coré fiur le carreau , et s'entretint avec les paysans (qui avaient eu assez de courage pour ne point quitter leurs foyers), en parlant avec affabilité de plusietirà choses indifférentes (i).
. ni * • ' ■*■ *
ie.n^ id'ane étrange question , qai ne 'Bon indilTérence pour toutes les
ce qu'il avait des
Elf SAXE^ l8l3. 24/
Tranquillisé sur les succès de ses armes , qui lui avaient fait gagner du terrain de ce côté , Napoléon revint à Lœwetiberg où il passa la nuit.
Cependant les nouvelles arrivées de Dresde lui donnaient de l'inquiétude. La grande armée des alliés, commandée par le prince de Schwarlzenberg, s'avançait vers la Saxe, et Napoléon sentait qu'il ne pouvait quitter Dresde , qui était le pivot autour duquel toutes ses forces se tournaient, et la capitale de son allié, auquel il avait promis lassistance la plus énergique.
Le 23 août, il remit au maréchal Macdonald, duc de Tarenle , le comjnandement de l'armée restée en Sllésie ; laquelle armée comprenait les 4® , 5* et 1 !• corps ^ ainsi que la cavalerie du igénéral Sébastiani , et retourna de Lœwenberg à Gœrlitz.
Cette marche de la Silésie à Dresde , qu'il
principes fondamentaux des diverses sectes. Dans un village.de la Silésie , Napoléon vojant une croix , coninio on en. voit ordinairement dans les pajs catholiques , fit plusieurs questions sur Péglise et la commune ^ et dit entre autres choses : De quelle confession sont-ils? Sont-ce des chrétiens^ ou des luthériens ? Comme si les bons lulhé^ riens étaient des païens. Pèut-ctre àu^isi se méprenait-il en parlant, car lors de son discours au clergé protestant desPajs-Ba$| il montra des sentimens très-libéraux.
fit faire à la troupe , et sur-tout à ses Gardes , fui sansdoure une des plus fatiocariles de toute la campagne. L'arlillerie , l'infanterie et ia cavalerie partirent le 2 3 de Lœwenberg , et la plus grande partie élait déjà arrivée le 26 après midi au champ de bataille près de Dresde. Ces troupes avaient fait près de vingt lieues d'Allemagne en trois fois vin^t-qualre heures, sans être nourries régulièrement, et après avoir été fatiguées par ]es n)arches et les combats précédens.
A Gœrlilz, Napoléon voulait du moins procurer un rafraîchissement à ses Gardes, et fit demander vingt mille bouteilles de vin en payant; ïiïais à peine trouva-l- on de quoi satisfaire à la dixième partie de sa demande. La Garde fut obligée de se contenter de ce qu'on trouva.
Le roi de Naples fut envoyé. le même soir à Dresde, pour taire d'avance les dispositions nécessaires afin de repousser la grande armée des alliés. Le prince Berlhier montrait beaucoup de gaîté , et disait , avec le ton de la plus grande confiance : Eh bien ! nous gagnerons une belle
bataille j nous marcherons sur Prague sur
J^ienne ! Si c'était là le plan de Bonaparte , il a été changé après fa bataille de Dresde, comme on peut en, juger d'après les propos tenus dans
-:d'aut<:es occasions^ et sur lesquels nous allons '*nir.
ion coQlinua sa znarche sur D:'esde au
EN SAXE , l8l5. 249
milieu de ses troupes ; il alla , le 24 j de Gœrlilz a Bautzen. Il arriva le 25 à une heure du matia à Stoipen, où il passa toute la journée , et ne se montra que très-peu.
A peine le jour du 26 commençait à poindre, c'était le jour de la véritable attaque contre Dresde : on entendait déjà quelques coups de canon dans la direction des villages les plus près de Dresde sur la route de Pirna. L'armée des alliés était déjà avancée sur ce point : son aile droite , sous les ordres du général comte de Wiltgenstein , avait délogé de Giesliubel le maréchal Gouvion-Saint-Gyr. Napoléon était trèsinquiet le jour précédent ; et sur toute la route de Bautzen , il s'informait de la canonnade qui se faisait entendre toujours de plus en plus de la frontière de la Bohême. Il partit de grand matin , car il paraît que les nouvelles qu'il avait reçues lui donnèrent de vives inquiétudes sur la situation de Dresde. Il alla jusqu'à l'endroit nommé Mordgrund , où se séparent les deux routes de Dresde et Bautzen et àPilnilz. C'était un point très -favorable pour observer la plaine située em face sur la rive gauche de l'Elbe.Napoléon descendit promplemént de cheval, jeta quelques regards sur celte plaine où s'élendait rarlilîerie enneinie , depuis Blasewitz jusqu'à Striessen ; ensuite 'il s'avança , ventre à lerre, sur le grand chemin, tandis que les boulets volaient d'un côté ^ et que
200 CAKPACirS
la retloufe IVIarcoliai , élevée sur là rODle de B.iul/.eny lançait ses greDades de Taotre côté» L'infanterie légère des Prassiens était déjà dans le grand jardin. Napoléon parot toat-à-fait à rimprovtste devant le châleao royal , suivi de $00 armée qui avançait avec la rapidité d^aa f orrenL Son arrivée excita le plus grand étonnement à la cour et dans la ville ; on le supposait avec ses forces principales en Silésie. Oa était sur le point de se soumettre aux ordres des puissances alliées , et de voir peut-être décider le sort de la ville au-dedans des murailles , â la li^arnison française eut fait quelque résislaoceii Dans le moment» au contraire, une armée immense défilait sur les ponts de TElbe , et paraissait venir défendre la ville opprimée; mais elle ne fit qu'en rendre le sort plus longtemps douteux.
Napoléon fit annoncer son arrivée au roi, et lui rendit ensuite une courte visite. Après avoir dirigé les troupes à leur arrivée , sur la place devant le pont vers Friedrichstadt, ainsi que vers le faubourg de Pirna, il fit une reconnaissance à lextérieur des faubourgs depuis la barrière de Pilnitz jusqu'à celle de Freiberg , tantôt à pied f tantôt à cheval , accompagné du grand écuver et d'un seul page ; le reste de la suite resta tndecà de la barrière , afin que Bonaparte pûl iaire ses observations sans être troublé, ni re^
EN SAXE, l8i3. 25i
marqué. Dans celle occasion , le page qui le suivait recul une balle merle d'un tirailleur ennemi; car les troupes légères ( du corps de WiÙ- ^enstein , à ce que je crois) selaîeàt déjà portées du côté de Pirna dans les envirdns des faubourgs, et remplissaient les buissons dd grand jardin. Les autres corps des alliés venant de Dippoldiswalde n'étaient pas encore aussi avancés , et on ne pouvait pas en calculer le nombre , à cause des plans inclinés qui se trouvaient sur leurs ' derrières. Après celle importante ï*econnaissance, de laquelle dépendait le plan de celte journée et celui du lendemain^ Napoléon revint au château. L'attente des événemens inquiétait tous les esprits; cependant les troupes (rahçai^es filaient toujours vers les faubourgs. Elles cafnpèrent en formant des colonnes serrées à l'issue de cba* cun. Après trois heures environ , commença une forte canonnade des hauteurs qui environnent Dresde en forme de faucille , pat Recknilz et Zschernilz vers Dippeldis^alde^ Le général Wiltgenstein avait été trop faible pour s'emparer, à lui seul, d'un point aussi iôfiportant. Il avait cru devoir attendre l'arrivée de la grande armée, qui était commandée par itî priiVce de Sèh'warl- Mmberg, et où se tl*ouvaiënl lès ^wôiiarques alliés et Moreau , pouMènter de priendré Dresde d'assaut. Un jour, tmè demi-journée plus lot , la ville attaquée sérieusement eût succombé , et
202 CAMPAGKB
la guerre eût pris une au Ire tournure. Cependant la Providence permet souvent des difficultés et des faules pour mûrir les grandes catastrophés que rinlërêl des peuples appelle. Les mauvais chemins , et d'autres accidens contraires , empêchèrent les nombreuses armées alliées d'approcher des environs de Dresde avant que Napoléon y fût arrivé avec Tçhte de son armée.
De grandes masses de combattans se déployèrent sur les hauteurs , et une artillerie presque innombrable avançait toujours avec un fracas épouvantable. Diepuis Plauen jusqu'à Recknilz, on voyait peut -être cent bouches à feu rangées en première ligne , faire un feu continuel contre la ville; quantité de grenades volaient dans les rues et sur les places : Dresde était cernée de tous les côtés de la vieille ville. Les Russes s'é^ taient déjà emparés, depuis midi, de Lœbdau, de Kolla et des maisons dites des Cordonniers > près de Priessnilz, et le soir même la grande opération devait être- consommée.
Sur les six heures, les aUiés, favorisés par le terrain , s'avancèrent avec un grand courage, du côté du grand jardin et contre la grande redoute élevée devant le jardin de Mocsin3kv, pendant que le bombardement de la ville continuait toujours. Cette redoute fut. enlevée deux fois par les braves chasseurs autrichiens; mais les Français^ sortis du jardin^ la reprirent deux foi^.. Kix
£K SAXE, l8l5. 253
allendanl, presque loule la garnison d'une autre redoute , qui était devant la barrière du Faucon, succomba au feu meurtrier de plusieurs batteries et des tirailleurs qui étaient logés dans le petit château de campagne (i). Les baltes pleuvaient à toutes les issues des faubourgs et des hauteurs sur Ja route qui conduit à Freyberg : on agissait avec la même énergie contre. les viU lages et les faubourgs d'où les Français devaient attaquer.
La scène changea au commencement de la nuit par l'arrivée des masses immenses que Napoléon avait tirées , depuis cinq heures , de Friedrichsladt et des barrières de Ramm^ dePilnilz et de Pirna, pour attaquer les flancs des alliés. On ne s'attendait pas à cette formidable résistance , animée par le génie et par les dispositions de Napoléon; et comme, en pareil cas; Tillusion agit sur les esprits , et augmente la difficulté des tentatives en raison de la facilité qu'oa croyait y trouver , la résistance de Napoléon ,
(i) Autant que je puis le savoir, il y avait dans cette redoute, où se trouvait aussi le capitaine d'ingénieurs saxons Ullrich, une garnison d'environ cent trente-«ix boQiines, dont quarante â peu près survécurent sans être ble:>sés. Dans la redoute près le jardin de Moçsinski ou de Georges j les morts étaient entassés les uns sur les autres.
d54 CAMPAGNE
qu'on regardait comme ioébranlable y ainsi cjut les réflexions sur la pauvre ville de Dresde qui serait victime de la fureur des soldats^ et livrée à une destruction totale, sans peut-élre amener à un résultat décisif, déterminèrent la résolution de cesser la lutter
Depuis trois heures et demie , lorsqu'on lui anfionça l'altaque de Dresde , Napoléon était monté à cheval pour se rendre à la place qu'il venait de choisir près du pont devant le château rojal^ parce que tout dépendait de bien diriger les colonnes à mesure qu'elles arrivaient. Des troupes défilaient en même temps sur le poDt de bateaux; mais les corps principaux pas* saient tous devant lui avec leur artillerie. Â l'aide des connaissances qu'il avait acquises ^ et du talent particulier qu'il avait de calculer d'un coup d'œil la force de grandes armées, ainsi que le temps et l'espace nécessaires pour les opérations» il s'était préparé àés le matin à l'attaque qni le menaçait. Du point d'où il était , et d'après le peu de rapports qu'il avait reçus , il dirigeait les moyens qu'il fallait employer pour repousser l'ennemi. Environ à six heures , Taile droite s'était emparée des villages deKottaetdeLœbdau. Napoléon , plein d'inquiétude , envoya plusieurs fois pour savoir si l'artillerie de réserve ^tait arrivée sur ce point. Enfin il apprit les pro-^ grès que les sieps venaient de faire, et il dit
Blf SAX0; l8i3. 255
d'un ton salistait : » Le mUage est à nous Jls
s'en yont » ; et à peu près en même temps Tattaque contre les deux redoutes- que nous venons de nommer fut repoussée. Cependant la canonnade était encore opiniâtre : Jes Français ne pouvaient gagner du terrain que peu à peu ; et l'approche de la nmt prévint seule des pertes encore plus sanglantes, la position des hauteurs donnant un très-grand avantage aux alliés. Sur 1 aile gauche , du côté de Pirna , le bivouac des Français était, la nuit suivante, tout près de la ville ; mais ils avaient occupé le grand jardin. L'aile droite s'était avancée tant soit peu vers là route de Frej^berg. Le roi de Naples avait posté sa cavalerie en colonnes bien serrées près Friderichstadt. Le centre avait pris position devant les barrières des faubourgs vers Dippoldiswalde.
D'épais nuages couvraient l'horison ; des torrens de pliire tOQibèrent pendant la nuit et le jour sui* vant. Napoléon parcourut à cheval, et à Ja lueur des feux de garde , les points d'aitaque de l'ail>e gauche depuis l'Elbe jusqu'à la barrière de Dohna , et arriva très-tard au château.
L'horreur qu'inspirait le passé ^ et Tinquiélude des événemens auxquels on s'attendait d'uii moment à l'autre*, agitaient les cœurs des malheureux habitans , et les images les plus tristes se présentaient à ^eur esprit La nuit s'écoula au
3l>G CAMPAGNE
milieu «riin brnil afTreux ; les rues étaient couvorif's clf ch.irrioLs de poudre ; un génie tntélairc préserva la ville de la calaslropbe d'Ei*^ Strn;u*li.
Le 27 ao\U, à six heures du malin , Napoléon nxinla à clieval el se rendit à la barrière du F.inron, pr«»s la redoute qui, le jour précédent, •ivail éié allaipiée avec tanl de violence. On \o\ail sorlir de la terre, nouvellement creusée, les bras el les jambes des morts qui avaient été enterrés à la hâte. On alluma un grand feu , et Napoléon s\ arrêta juNqu'après onze heures , ea obserxant el en causant avec Berthier comme à Tordinaire. La plu> grande pariiedela Garde était formée en colonne à droite el à £r«t*^clie derrière lui: l(\s M>lilats de cavalerie étaient près de leurs cbex ;tn\. Il paraissait v ouloir attendre ce que ferait reniunii.Eii :;ttendant. la canonnade commença aprî^s >epl heures, en partant du centre, el fut conlini.ee faiblement en avançant peu à peo« On ne pouvait fvas non plus fcâre beaucoi:p de prv>^i*ès; les aliies eîaienl maîtres di*> baLteors doiimiaules depuis Piauen jusq^i a Slrci^ii. Cependant l'aile cîroile avi,i.ca vers là louir de Frevberij; il eiail par»: oe Frjdrîiîî>»;fc; . î.prcs bxat kenres « en pa>sani lenlc-uieii: prT> or lv;.ii&a el<leLœilMUitt.Lîipjme qiu «oni^iai ; ^t :>r . eroks albes û\.ii)»cr\ <t cvZït ojttr-sj.ir ûar>pakk suif, ieuriii pcr*^'^ ^ c%.'iii-
ttitïnitation avec les troupes destinées àprôlëgéi^ ta roule de Ftejhtrg , et parmi iesqtiëlles là division autrichfenrtedeMei^ko fut prise. Lorsque Napoléon fnl convaincu par la forte canonnade tjue son aile droite avançait avec succès , M ié porta lui-même sur l'aile gaîiché pour diriger l'atlaque du même côlé ; mais auparavant il jugeaf à propos de se faire jour en avançant dti côté de Strehia :il se dirijjfea (i), ea traversant le bosquet du g^and fafdin , qui ^tait occupé par iifie brigade d'infanterie , sur «ne petite hauteur derrrière et tout près lé VîHage de Slrehla ; cette hauleur était tout-àfait à portée des canons ennemis , placés près de Zchernitz : ce mouvement eut fieu après midi. Il semblait que les alliés eussent le projet de ^prendre ce poste et de marcher en avant : <^r à peine Napoléon avait-il quitté ce point ^ et retiré da grand jardin des renforfs d'infantetfie et d'artillerie 9 que les bouiéts ennemii atteignaient déjà fa plaine entre Strehia et fc pré ; on y envoya deux régimens de cavalétie. Sur Taile gauche, Napoléon ne pou-^ Yait pas hasarder légèrement sa fortune ; la qualité
(1) Lorsque Napoléoq s'arrêta quelques miaules près «Tone barricade de cliarriols , an boulec arriva toal près de loi et b'enfooca par terre , saos faire aucmi dé^àireo ^arqaabfe.