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mements : de nombreuses cobortes volèrent des rires du Tage sur celles de TOder, et les mêmes soldats qui naguère campaient dans les fertiles plaine% de la Lombardie, au bout de trois mois, se virent trans^ portés sur les sables arides de la Pologne. Dans cette circonstance, tous les yeux se tournèrent vers la Prusse ; on attendait avec impatience le parti qu^elle embrasserait : ses places, son territoire, tout était envahi par nos armées; néanmoins le poids de no-» tré alliance parut si contraire à sa politique , et surtout si nuisible à ses. intérêts , que , malgré la contrainte et la sujétion où nous Favions placée, elle hésitait à se prononcer; mais, au grand étonnement de tout le monde, on apprit qu'elle s'était enfin décidée en notre faveur (i). Ceux qui savaient comment Napoléon contractait ses alliances observèrent que la Prusse n'avait adhéré à la nôtre que lorsqu'elle vit Berlin pressé de toute part^ et que le duc de Reggio était sur le point d'y entrer en conquérant. Peu de temps après , le roi se vit contraint d'abandonner sa capitale, et d'en laisser le commandement aux généraux français.
A la même époque, il parut un autre traité, conclu entre la France et l'Autriche, dont les principales clauses étaient que chacune des puissances contractantes fournirait à celle qui serait attaquée un corps auxiliaire de trente mille hommes. Et
(i) Voyez le traité d'alliance dû a4 février 1812, entre S. ^i Tempierear et roi et 8. M. le roi de Prusse..
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Les routes d^Allemagne étaient couvertes de corps nombreux de troupes qui, dans leur marche, observèrent la discipline la plus sévère; toutes se rendaient vers rOder. Le roi de Westphalie , à la tête de sa garde et de deux divisions , avait déjà passé ce fleuve , de même que les Bavarois et les Saxons. Le premier corps était à Stettin , les second et troisième marchaient sur cette direction; le quatrième, arrivé à Glogau, remplaça les Westphaliens, qui partirent pour Warsovie.
L^organisation de notre armée dès sa formation était imposante; et si je faisais Ténumération de toutes les nations dont elle était composée, je rappellerais trop les descriptions d'Homère, lorsqu^il parle des peuples divers qui marchèrent à la conquête d'Ilion. Au mois d'avril, la grande armée comptait neuf corps d^infanterie , dans chacun de^^ quels étaient au moins trois divisions (le premier en avait cinq), et une de cavalerie; à cela se joignait la garde impériale, -composée d^enidron cinquante llÉlte hommes , et quatre grands corps de cavalerie portant le nom de réserve. Le total de nos forces , sans comprendre les Autrichiens , pouvait s'élever à quatre cent mille fantassins et soixante mille cava* liers. Près de douze cents pièces de canon , répar-* ties dans les différents corps de l'armée, consti-^ tuaient la force de Fartillerie.
Le prince d'Eckmiihl depuis long^^emps avait le commandement des cinq divisions qui formaient le
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L^Empereur étant parti de Paris le 9 mai , passa le Rhin quatre jours après; il se dirigea, dit-on, vers la Franconie , pour e'viter Weimar , où résidait la sœur d^Alexandre; sur toute sa route on avait placé, à des distances très rapprochées, d'énorme» amas de bois , qui furent allumés dès Tinstant qu^il parut. C'est ainsi qu'il traversa la Saxe, et qu'il eut l'air d'arriver à Dresde au milieu des feux de joie. Durant son séjour dans cette capitale , il occupa les grands appartements du palais. Jamais la cour d'aucun potentat n'étala plus de faste et de magnificence. Sa grandeur avait acquis un tel degré d'élévation , que, dédaignant les hommages vulgaires, il lui fallait des Rois pour courtisans. A cette époque', Napo« léon était le Roi des Rois , le véritable Empereur de l'Europe. C'était sur lui qu'étaient tournés tous les regards; les ambassadeurs, les généraux, les chambellans„ les écuyers, enfin les courriers se croisant dans différentes directions , et portant les destins de tant de peuples divers , formaient le tableau le plus vaste, le plus extraordinaire, et d'autant plus piquant, que la suite a prouvé combien les princes orgueilleux sont voisins de leur chute , lorsqu'arrivés au plus haut période de leur gloire, ils veulent encore en dépasser les bornes.
La réunion du quatrième corps devait se faire à Plock, où se trouvait déjà celui des Bavarois, et ce fut vers cette ville , en passant par Posen , que se dirigea le vice-roi. Son arrivée ayant, devancé de
De Rastenburg on alla sur Lôtzen , ensuite vers Olètzko, dernière ville de la Prusse orientale. A deux lieues de là nous rentrâmes dans le duché de Warsovie , et nous aperçûmes promptement la différence frappante qui se trouve entre ces deux États ; dans Tun, les maisons sont propres et bien bâties; dans l'autre , elles ont une odeur fétide et sont grossièrement construites. Les habitants du premier sont civils, hospitaliers; ceux du second ne présentent que des Juifs sales et dégoûtants : quant à la petite noblesse polonaise , sa misère nuit à sa dignité. Les grands seigneurs , dont Fexistence est bien différente, sont magnifiques, braves et généreux: la fidélité à rhonneur et l'amour de la patrie en feronttoujours de véritables héros. La classe des paysans est peu nombreuse : ce défaut de population , joint à l'aridité du sol , fait que la Pologne est mal cultivée; son .territoire sablonneux, couvert de mauvais seigle , semble être frappé de stérilité.
Arrivés à Kalwary', nous ne vîmes qu'un gros bourg rempli de Juifs : à JMarienpol, même population. Fatigués de leur aspect dégoûtant , et surtout de leur nombre , nous disions que la Pologne n'était autre chose que la Judée, où l'on voyait par hasard quelques Polonais]. Durant cette marche, Napoléon, parti de Thom, visita la place de Dàntzig, que son esprit de domination lui faisait regarder comme la plus importante de son empire ; de là il fut à Osterode'p traversa rapidennent les villes de Liebstad et
de Rreusiburg , lieux voisins d^Eylau , Heilsberg et Friedland, thiéâtre de sa plus grande gloire militaire. Arrivée Kœnigsberg, il prépara tout pour son entreprise ; il passa en revue de nombreuses divisions , visita la place de Pillau ; et peu de jours après, marchant avec le centre de son armée, il longea la Pré^ gel jusqu'à Gumbinnen.
Pendant que Napoléon était à Dresde^ le comte de Narbonne avait été expédié à Wilna, où se trouvait Alexandre, au milieu de son armée. De retour de sa mission , Venvoyé annonça qu'il avait trouvé cet Empereur dans la meilleure attitude, sans abat-tentent et sans jactance y et qu'après lui avoir exprimé ses regrets sur la rupture de son alliance avec Napoléon, il lui avait dit : u La puissance et les talents de « votre souverain me sont connus , j'ai pour eux la u plus parfaite estime ; mais en prenant la carte de «la Russie, il verra que le sort d'un empire long et » large comme le mien ne dépend point du résultat u d'une bataille; ce n'est qu'au fond delà Sibérie que «je signerai une paix ignominieuse » .
L'Empereur espérait par sa présence autant que par ses armements imposer à la Russie , et la contraindre à plier sous ses lois, tandis qu'il voulait s'affranchir, de tout ce qui pouvait établir l'ordre et cimenter la paix, Alexandre , au contraire , par un excès de modération rare chez les monarques puissants , consentait à ce que la France conservât garnison dan Dantzig ; il ^uffrait la réunion de la
HollaDde à la France, et ne demandait qu'une indemnitë pour le duché' d^Oldenburg; mais il exigeait, et avec juste raison, qu'on évacuât la Prusse, afin qu'il existât entre les deux empires un État in* dépendant (i). Ce furent ces conditions sages et modérées, nouvellement confirmées par le retour précipité du comte de Narbonne, que Napoléon appela sommation arrogante et tout-à-fait extraordi^ naire (2).
Mécontent de n'avoir retiré aucun fruit de cette insidieuse mission, il envoya de nouvelles instruc" tions au comte Lauriston , qui se trouvait encore à Pétersbourg; il lui enjoignait de se rendre auprès d^Alexandre , ou de son ministre des affaires étran* gères , afin d'essayer s'il n'y aurait pas moyen de revenir sur VuUimatum qu^avait donné le prince Rurakin. Le même esprit qui avait forcé le comte de Narbonne à s'éloigner de Wilna^ empêcha le général Lauriston de s'y rendre. Le comte de Nessek rode invita cet ambassadeur à ne point se présenter devant Alexandre, et à se borner seulement à lui envoyer ses dépêches, tant on était convaincu que tes ambassades offraient plutôt le danger de la séduction que l'espél'anoe de la paix. Le secrétaire de légation Prévost, en apportant cette nouvelle , jeta Napoléon dans une espèce de fureur^ ne pouvant
(1) Note diplomatique du prince Kurakin au duc de Bassano (3o avril i8ia.) (9) 11^ BunèlSn de la ioanip9$nd de Russie.
plus la contenir, il sVcria avecle ton frénétique que. lui inspirait la plus légère contradiction : a Les vairhi< eus prennent ie ton des vainqueurs ; la fatalité les u entraîne , que les destins saccomplissent ! » Et surle-c2iamp, partant de Oumbinnen, il se rendit à Wilkowiski ( 22 juin 1812), oà il mit à Vordre du jour la proclamation suivante :
Soldats!
u La seconde guerre de la Pologne est commeni< cée ; la première s^est terminée à Friedland et à Til* « sit : à Tilsit, la Russie a juré étemelle alliance à la « France , et guerre à TAngleterre. Elle viole aujour- « d^hui ses serments l Elle ne veut donner aucune u explication de son étrange conduite , que les aigles u françaises niaient repassé le Bhin , laissant par là « nos alliés à sa discrétion.
« La Russie est entraînée par la fatalité. Ses des- « tins doivent s'accomplir. Nous croit-elle donc dé- <r générés; ne serions -nous donc plus les soldats «d'Austerlitz? Elle nous place entre le déshonneur ce et la guerre. Le choix ne saurait être douteux.^ M Marchons donc en avant 1 passons le Niémen : poru tons la guerre 6ur son territoire. La seconde guerre u. de la Pologne sera glorietise aux armées françaises, « comme la première ; mais la paix que nous con- « cluerons, portera avec elle sa garantie ^ et mettra «« un terme à la funeste influence que la Russie a
« eiercée depuis cinquante ans sur les affaires Je « l'Europe. »
Cette proclamation, remarquable par un excès de jactance, et sur-tout par la manie qu'avait Napo^ Léon de donner à ses discours la forme d'un oracle , nous parvint. à Kalwary. Quoiqu'elle fût une répétition monotone des mêmes idées tant de fois expri->< naées, elle excita Tardeur de nos soldats, toujours prêts à écouter ce qui flattait leur courage. Fiers d'entrer sur le territoire russe , ils voyaient avec orgueil qu'en commençant la seconde campagne de Pologne , ils laissaient derrière eux le fleuve où l'on s'était arrêté vers la fin de la première. Ce mot de Niémen enflammait l'imagination, chacun brûlait de le passer ; et ce désir était d'autant plus naturel , qu'i^ndépendamment. de notre esprit de conquête, l'état misérable du duché de Warsovie augmentait chaque jour nos privations et nos souffrances : pour faire cesser nos plaintes^ on nous montrait le pays ennemi .comme la terre promise.
.. L'armée russe opposée à la nôtre était formée de six grands corps : le premier, fort de vingt mille hommes, était confié au comte de Wittgenstein, et occupaitRossienaetKeïdanouï. Le deuxième corps, SQus les ordres du général Bagawout, également de vingt mille hommes, gardait Ko wno. Le troisième, ayant vingt -quatre mille ho^lmes , était à New-» Troki, et avait pour chef le général Schomoalow. ï^je p^ys rçiîfermé eptre New-Troki et Lida^ can^
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Mais ceux qui avaient fait une longue étude de notre système de guerre ne cessaient de conseiller à ce monarque de ne point hasarder de bataille, bien ' certains que Tambition de Napoléon le pousserait dans des contrées sauvages, qui seraient, pendant la saison rigoureuse , le tombeau de son armée.
Quoique la Prusse se fût déclarée pour nous, néanmoins la prudence exigeait de se méfier dWe alliance contractée par la force : aussi toutes les gar«< nisons françaises renfermées dans les places se gar-* daient avec le plus grand soin , sur-tout à Glogau , lieu désigné à plusieurs corps pour le passage de rOder ; son voisinage de Breslau^ où le roi de Prusse venait de se retirer avec le reste de ses troupes, en« tretenait naturellement nos craintes, et devait en-* gager le gouverneur à se mettre à Tabri d'un coup de main qui eût été si fatal aux entreprises de la France.
Le quatrième corps venu dltalie, sous la dénomination d'armée cT observation, semblait par son titre , devoir alternativement se porter en avant de la Grande-Armée , souvent observer ses flancs , et enfin se réunir à elle lorsque de grandes circonstances exigeraient son secours. Ayant eu l'honneur d'en faire partie, j'ai cru devoir en détailler davantage Les opérations, puisque ses manœuvres isolées ont été d'une haute importance, et qu'elles m'étaient plus particulièrement connues; d'ailleurs ce corps^ a participé en même temps au)( grandes affaires c|uiit
thî illiistré notre marche sar Moskou. Quant aux calamités de la retraite^ on sait qu'elles ont été com^ mîmes à toute l'armée.
Le vice-roi, avant d'aller prendre le commande-^ ment du quatrième corps qui , par intérim , était sous les ordres du duc d'Abrantès, fut appelé à Paris, où ses conférences avec l'Empereur firent croire qu'on le destinait à des fonctions encore plus relevées que celles de chef d'une armée. Depuis long^temps on avait répandu le bruit que Napoléon, vou-» lant aller lui-même terminer la guerre d'Espagne , avait annoncé dans son conseil l'intention où il était, en supposant que les circonstances lie forçassent à s'éloigner de sa capitale , de confier à ce jeune prince le soin de gouverner PEinpire. Ces hautes espérances , qui , depuis la répudiation de sa mère , ne paraissaient plus fondées , né tardèrent pas à être déçues , car le vice-roi , aussitôt après son arrivée à Paris y ayant reçu ses instructions , prit la routie de la Pologne, et arriva à Glogau, le 12 mai.
Le jour où ce prince resta dans cette ville , il passa en revue les troupes placées sous ses ordres ^ et fut très satisfait de la belle tenue de la quitizième division , toute formée d'Italiens ; élte pouvait alors s'élever à plus de treize mille hommes , et les soldats qui la composaient paraissaient si bien aguerris, que le général Kno, quoique /Tremter capitaine de là garde royale , se croyait honoré d'ôn pareil commandement.
pour noas« îl n^entrait pcHiit dans le plan de campagne des Russes de s'opposer à nos premiers efforts. On raconte k ce sujet qu*JUexandre avait pris tontes ses mesures pour disputer le passage du Niémon • et qu'au moiDfsi i* rinaque allait avoir lieu , le cmr rai Bar«£T if Tolhr supplia son Empereur de nf iH un: iaosc ofocie une armée formidable , druuï- imif-iw»?*^ jccoummée à vaincre, disant <ii. i tsiliai i^iMx^ fMfe^ser Napoléon comme un tor- T^n. • rs«ïr»«fr toutes leurs forces pour les emn:^v ''^>-»^<^uu te> siennes commenceraient à s'aflfai- KJ * 40«>e ^,;urantir Tautlienticité dune pareille ,«n»*Mi«r. jJbJÙs ce qui pourrait y faire croire, c'est ««,\4< ««totUre^ après avoir séjourné six semaines à %i ibir . .ttsspecté ses armées , fait de g^rands approvi- L'ttteiits, et reconnu les principales positions du susceptibles de défense , abandonna tout-à- ^«.««1» v.vtte ligne sans combattre , et ordonna la re- ^ttMHî sur la Dwina et le Dnieper. Résolution fort >il^^v car Napoléon tombant à l'improviste sur W'llM« avec de nombreux corps d'armée, auxquels ^»r* W pouvait résister, s'était flatté, dit-on, de li- \^?r^ Wtte grande bataille , dont toutes les manœu- \*^ «i';Auniient tendu qu'à s'emparer de la personne
Kifc arrivant à Wilna , chacun put lire la proclatMilH^ que fit cet Empereur, lorsqu'il apprit que
yX"^ W^MxVM^^ ae ambassade de Warsovie, par M. de Pradt, 5*»
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tf Tennemi. II ne m^est pas nécessaire de rappeler aux tt commandants , aux chefs de corps et aux soldats , K leur devoir et leur bravoure ; le sang des valeuu reux Slavons coule dans leurs veines. Guerriers ! (c vous défendez la religion , la patrie et la liberté ! « Je suis avec vous. Dieu est contre Tagresseur ».
Pendant que toute notre armée se concentrait autour de Wilna, le corps du général Bagawout, effectuait sa retraite sur Dunabourg; le comte Wittgenstein se retirait aussi sur Wilkomir, depuis que le duc de Reggio/en marchant de lanovosur Chatouï, Pavait forcé d'évacuer la Samogitie. Le 28, la rencontre eut lieu tout près de Develtovo : la canonnade s'engagea d*une manière assez vive; Fennemi , quoique renforcé par deux régiments de la garde , ne conserva point sa position ; culbuté par nos troupes jusque sur la Dwina, il détruisit ses magasins et repassa le pont construit sur ce fleuve , avec une si grande précipitation , qu'il n'eut pas le loisir de le brûler. Dans cette occasion, Napoléon loua avec beaucoup d'adresse la valeur du onzième régiment d'infanterie légère, composé en grande partie de soldats romains.
Le 29 juin , le quatrième corps , resté jusqu'alors en observation derrière le Niémen, vit enfin ce fleuve tant désiré. En arrivant à Pilony , lieu désigné pour le passage, nous trouvâmes le vice^roi, le duc d'Âbrantès et tout l'état-major, occupés à faire construire un pont. L'artillerie de la garde royale était
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Dans cet affreux village , le vice-roi même était saiié logement; nous étions entassés sous de mauvais han-^ gars où Ton éprouvait toutes les injures du temps. La rareté des vivres nous faisait pressentir quelles seraient un jour pour nous les horreurs de la faim ; la pluie tombant par torrents , accablait les hommes et les chevaux qui n^avaient point d^abris ; les pre-* miers résistèrent, mais la difficulté des chemins? acheva d'anéantir les derniers. Autour de nos bi-» vacs on les voyait tomber par centaines; enfin, sur la route ^ on ne trouvait plus que chevaux morts f voitures renversées , bagages dispersés ; et cVtait au * mois de juillet qu'on éprouvait le froid, la pluie et la disette ! Cet orage fut universel , et dura toute la nuit; on raconte même qu'à Zismorï, le tonnerre^ en tombant sur le camp des grenadiers à jpied de la garde, foudroya plusieurs personnes. Tant de désastres étaient de triste augure pour l'avenir; chacun commençait à s'en effrayer , et si , à l'exemple des anciens , notre chef eût eu plus de respect pour les avertissements célestes , l'armée entière aurait été sauvée : mais le soleil ayant reparu sur l'horizon ^ nos appréhensions se dissipèrent avec les nuages.
Le jour suivant (3o juin), les treizième et qua^ torzième divisions, commandées par les généraux Delzons et Broussier , effectuèrent leur passage. La garde royale , commandée par le général Théodore Lecçhi , suivie de la division Pino , exécuta le sien le i^*^ juillet : ainsi toutes les troupes italiennes réunies
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franckirent le Niénieii en présence de leur vice^roi; elles répondirent à cet honneur par des acclamations spontanées : ce prince dut à son tour éprouver une satisfaction bien grande en voyant passer sur le territoire ennemi les soldats qu^il avait créés, surtout en les voyant, à six cents lieues de leur patrie, observer le même ordre et la même tenue que s'ils eussent manœuvré en face de son palais.
A peine eûmes-nous touché la rive opposée, qu'il nous sembla respirer un air nouveau ; cependant les chemins étaient aussi mauvais ^ les forets aussi tristes , et les villages encore plus déserts ; mais l'imagination enflammée par Fesprit de conquêtes, voyait tout avec enchantement! Après deux heures de marche à travers un terrain marécageux, nous arri^ vâmes au bourg de Kroni , dont le château et les maisons sont construits en bois. Je fais ici cette ol>servation , mais ce sera pour la dernière fois, car en Russie tous les villages sont ainsi bâtis ; lorsqu'ils le seront autrement , ^en ferai la remarque. Nous trou^vâmes dans ce bourg de l'eau-de-vie, que les soldats pillèrent avec avidité. Comme il n'y avait pas de Juifs parmi les habitants , les maisons se trouvaient désertes, ce qui nous fit connaître que l'ennemi ^ voulant saccager le pays par où nous allions passer, avait emmené avec lui les paysans et les bestiaux.
Le lendei^ain matin (2 juillet), nous reçûmes l'ordre de marcher sur Zismorï, afin de rejoindre la grande route par où avait passé Napoléon. Arri-
véh dans ce gro« bourg, nous n^ trouvâmes que quelques Juifs encore tout effrayes de l^orrible tumulte qu^occasionait notre passage. L'ordre primitif ëtait de nous y arrêter; mais à rarrivëe du viceroi , l'ëtat^major coatinua sa route , et fut s'^blir à Melangani, laissant la division Pino à Zismorï, et celles des généraux Delzons et Broussier^ aux environs de StrasounouK Pendant que Tempereur s'arrêtait à Wilna , le roi de Ntples , à la tête du pre- . mier et du deuxième corps de cavalerie , poursuivait les troisième et quatrième corps russes, ainsi que la garde d'Alexandre, qui, par Sventsianouï et Vid- .£oui) se retiraient dans leur camp retranche djd Drissa^ Dans toutes les rencontres où les cavaliers polonais atteignirent Tarrière^-garde de Bartiay de ToUy, ils se montrèrent animés par l'enthousiasme ■€t la passion ; auprès de Sventsianouï, on eut beaucoup de peine à sauver un escadron de hulans^ qui tomba dans leurs mains en venant de reconnaîtns les environs de Mikhaïlichki.
Nous fûmes surpris ( 3 juillet) d'une manière désagréable , en voyant que notre avant - garde quittait ia route de Wilna pour se diriger sur Kew-Troki : jcfaacun se récriait sur ce contreNiemps , disant que la fatalité était attachée à notre corps^, qui , ayant besoin de repos , se voyait privé d'entrer dans une ville où il espérait se délasser d'une n^urche longue et pénible. Cette espérance étant trompée, on cher- 4;;haît h nous en consoleren disant que nous irions à
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4o LIVRE I.
geuse, ne produisit aucun bien : les campagnes étaient ravagées, les villages déserts, tous les paysans sVtaient enfuis dans les bois , et Ton ne voyait que quelques misérables Juifs, couverts de haillons, qui, par esprit d'avarice , préféraient s'exposer aux vexations de nos soldats plutôt que d'abandonner leurs • infectes demeures. Pour donner une idée du désor-dre qui régnait au milieu de cette prétendue organisation , j'ajouterai que le sous-préfet de New-Troki, • venant de Wilna pour se rendre à soa poste ^ fut arrêté par des traînards qui le dévalisèrent ; son escorte même lui ayant mangé ses provisions et enlevé ses chevaux, il arriva à pied, et dans un état si misé-^' rable , que chacun prit pour un espion celui qui devait être le magistrat de la ville.
Les brillantes espérances qu'on avait d'abord con-* eues , commencèrent à s'affaiblir , lorsqu'on vit que le chef de notre expédition ambitionnait une nou-*velle couronne, et qu'incapable de rien consolider,il ne parlait sans cesse que de conquérir d'immenses provinces, et d'assujettir aux mêmes lois et au même sceptre, des pays différents de mœurs et de climats. Fermant les yeux sur l'indiscipline de ses armées, il occasionait la ruine des riches et le désespoir des pauvres. Napoléon réduisit les Lithuaniens ^ un tel degré de misère, qu'ils regardèrent comme des oppresseurs ceux qui s'annonçaient pour venir lesdéli-^ vrer. Quant à nous , il accumulait sur nos têtes la haine de tous les peuples , faisant ainsi retomber lo
poids de sa tyraniiie sur ceux qui en étaient les premières victimes.
Tandis que toutes ces choses se passaient à Wil- VlSl , Warsovie était témoin d'une scène bien imposante, si elle n'eût été suscitée par un homme qui se faisait un jeu du dévouement des nations, et dont les projets, manquant de maturité, échouèrent lorsqu'il ne falloit plus pour les achever, qu'un peu de ealme et de sagesse. Les malheureux Polonais, sur la foi de pompeuses promesses, s'assemblèrent dans leur capitale (28 juin), et formèrent une diète. L'assemblée réunie, le comité rédigea un rapport éloquent, où il fit connaître par l'organe du comte Matusewicz, l'importance du travail qui lui avait été confié. Dans son exorde, l'orateur exposa qu'autrefois la Pologne, placée au centre de l'Europe, était une nation célèbre, maîtresse d'une contrée étendue et féconde , brillant du double éclat de la guerre et des arts, soutenant depuis des siècles et d'un bras infatigable , les barrières que les barbares cherchaient à briser pour subjuguer les peuples civilisés ; disant que de toutes parts on briguait l'honneur de s'asseoir sur son trône , et que, si parfois des divisions éclataient, ces nuages n'obscurcissaient que son propre horizon , et n'allaient point porter ailleurs les tempêtes. Il fit ensuite une longue énumération de tout ce que cette terre chérie avait sou£fert de l'ambition des Russes qui , par des démembrejnents successifs, outragèrent une nation puissante;
il rappela sur-tout la dernière éfoqw où la Pologne se vit anéantie par un triple partage , et où Warsovi9^ au milieu de$ hurlements d'un vainqueur farouche , entendit les crîs de la population de Praga qui s'éteignait tout entière dans le meurtre et l'incendie. Il démontra que bientôt , par ce fatal ascendant que donne la force , les droits des nation» n'existeraient plus , et que le monde, étant livré au seul empire des convenance^ , serait tout*-à-fait gouverné par elles ; enfin , que la Russie ^ foulant sans cesse la Pologne , approchait graduellement de l'Allemagne qu'elle aspirait à dominer.
Après ce tableau rapide, le comte Matusewicz fit une peinture moins animée, mais non moins éner* gique , de toutes les raisons d'état qui devaient unir la Pologne à la France. «L'Europe, ajoutait-il, a tt besoin de se reposer de vingt - cinq années de «•grandes agitations. Son système restera incomplet, « le prix de ses sueurs et de son sang ne sera pas as- « sure, tant que les antres du Nord pourront vomir u sur elle des bordes sur la nature desquelles il n'est tt plus temps de s'aveugler. Ce ne sont plus ces tt homnAes que le besoin chassait de leurs demeure^ « sauvages, el qu'il précipitait dans toutes les route$ u qui leur offraient des jonissances étrangères àleur» <i âpres climats. Un instinct aveugle tenait lieu à de M pareils hommes, des arts qui policenjt ou qui détf fendent les autres peuples ; mais ici , à côté de la ^ barbarie , se trouvent les arts des peuples policés r
et le Ru$se a demanda aux Europëen&^ i) a appris» 4i d'eux tout ce qni peut servir k attaquer et à se dé» <« fendre, à ouire et à de'truire.Le Ruase s'esta tous i* quelques rapports, fait Tégal de FEuropéen, pour « arriver à devenir son maître. Chez lui, des esclatf ye& superstitieux et dociles tiennent toutes leurs <i facultés aux ordres d'un gouverâerneot familiarise *t avec tous les attentats. A sa voix, depuis un siècle, u Wrs bras travaillent à saper toutes les digues qui u contenaient ce torrent toujours oecupë à les ren-r u. verser. Ciombien de fois les Russes ne les ont-ils tt:pa& rompues, -soit pour leur propre intérêt, soit à i^Tappel imprudent que leur ont fait des princes n auxquels ils poitaient des fers cachés sous leurs M perfides secours \ Depuis cinquante ans „ vingt fois « la Russie a inonde de ses armes le Midi de TEu- « rope, l/empire de Constantinople est resté renversé ^ sur son et otssant à demi brisé. '>
Enfin y 'û tenuiiiia par cette exclamation : « Déi< sormais les enfants des Piast et des Jagellons pour^ éf ront se parer du nom dont s'enorgueillissaient « leurs ancêtres ^ ce nom devant lequel pâlissaient « ceux que, pour un temps, la fraude et le crime i' leur avaient donnés pour maîtres. Ah ! n'en dou- « tons pas, cette terre, jadis si féconde en héros, M va reprendre toute sa gloire. Elle enfantera de * nouveaux Srgîsmond, de nouveaux Sobieski ; son M lustre brillera d'un éclat plus pur : et les nations, <^ ramenées aux principes de justice, reconnaîtront
« que pour germer sur le sol de la Pologne , toutes « les vertus n^avaient besoin, que d'y être cultivée» « par des mains libres , par les mains désenchaînées « de ses propres enfants. »
Puis s'adressant au prince Czartoryski , qui , par son âge, ses services et sa sagesse, présidait rassemblée sous le titre de grand-maréchal de la diète, il lui fit cette belle apostrophe : « Nestor des patriotes «polonais, quand vous disparûtes à leurs yeux, « vous emportiez avec vous les dieux sauvés de Tem- « brâsement de votre patrie. Ils y rentrent aujour- « d'hui pour y recevoir un culte étemel, pour y lia- « biter dans un temple autour duquel la nation en- « tière, instruite par ses malheurs, formée à la vi- « gilance par le souvenir des surprises qu'elle a "éprouvées, ne cessera de faire une garde sévère, ^ qu'elle ornera de toutes les vertus qui, de tout « temps, ont appartenu aux Polonais, et qu'elle jure <t ici de défendre avec tous ses bras , au prix du sang u de tous ses enfants, n
Après cette harangue , l'orateur soumit à la diète un autre rapport où il exprima les motifs qui avaient porté le comité à rédiger l'acte de confédération, déclarant que l'objet des vœux de la nation était de le faire agréer au roi de Saxe , et que , trop sage , trop vertueux pour le blâmer, il y donnerait son adhésion, et s'unirait à la divine Providence pour voir les armes de la Lithuanie reparaître enfin dans leur écusson , et entendre répéter dans les champs
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fertiles de la Wolhynie, ainsi que dans les vastes plaines de la Podolie et de rUkraine, ce cri joyeux : vive la Pologne! vive la patrie!
La coiâmission soumit ensuite Vacte de confédération,'dont les principaux articles consistaient à faire entrer, dans la formation du nouveau royaume, les parties de Tancienne Pologne qui en avaient été détachées^ à rappeler du service russe tous les Polonais. Il fut arrêté (|u^une députation se rendrait auprès de TËmpereûr des Français , pour Tengager à couvrir de sa puissante protection le berceau de la Pologne renaissante.
Cette députation admise auprès de Napoléon, ( 1 1 juiQet) , trois jours avant son départ de Wilna , lui soumit Pacte de confédération dont nous avons parlé ; mais le conquérant ne promit que d^une manière évasive , et fut choqué peut-être de ce que la noble nation polonaise ne se prosternait pas à ses pieds pour obtenir llionneur de faire partie du grand emjfire-y la liherié qu^elle semblait demander parut rinquiéter et le surprendre ; il craignit un moment que cette assemblée qu'il avait convoquée , et qui paraissait vouloir seconder ses vues , ne fût un jour peu docile à ses volontés; car le caractère distinctif des tyrans est de ne faire le bien qu'avec défiance, souvent de prendre ombragé de leuris créatures, et de s'effaroucher de toute indépendance , lors même qu'elle est leur propre ouvrage ! Aussi Napoléon ne promit rien, et exigea, pour préliminaires, des sa-
46 LIVRE î.
crifices ëndrtiMs et un dëvouement qu^ les Polonais ne pouvaient faire éclater qu'après avoir obtenu là certitude de leur bonheur futur. Il voulait que les provinces ^ounaises aux Russes se d<^ckrasi»ent , même avant son arrivée; enfin ses conclusions furent quHl fellait renoncer à la G«illicie, puisqu'il avait garanti à TAutriche Hutég^ité de ses états.
Si tons ces vastes projets eussent été conçus par une tête sage, plus jalouse de Tintérét d^ peuples que de sa propre ambitioti , il n'y a pas dé douté que , quoique gigantesques , ils eusseiftt été è)[éctl-<> tés. Napoléon était parvenu à un tel degré de puis^ sance, qu'il n'avait plus besoiû de faire la guerre pour arriver à son but; une politique adroite, prU^ dente et sur-tout concilicinte , lui aut^àit pi'O^uiié de» eonquétea durables et eûoore plus étendues que celles qu'il fit par ses armes ; c'est en cek que la postérité reconnaîtra qu'il fut aveuglé par trop d« prospérité , puisqu'il employa pour succomber de& moyens immenses, tandis qu'il aurait pu réussir sans lien hasarder ui se compromettre. Etiuemi de tout ce qui exigeaitde la patience et de la méditation , il ne connut que la force ; et le ciel voulut qu'il fût à son tour écrasé par cette même force qui, jusqu'alors , avait été le fondement de son pouvoir. Aussi , les braves Polonais désespérant pour leur patrie^ re« gardèrent tous ces projets comme chimériques, lorsqu'ils virent que Napoléon^ plus ambitieux, maia moins loyal que Charle» XII , aspirait encore à la
couronne de Polog^ne, et qu'il ne leur offrait son appui qu^afîn deproûter de leur ressentiment contre les Russes. Cet heureux conquérant , mal assis sur le trône le plus glorient de l'Europe , sembla prouver, par son inquiétude , qu'il ne se reconnaissait pas di- ^e du rang^ suprême où la fortune Tavait élevé; au lieu de s'y maintenir par l'exercice de la justice et par la fav«ur quWire l'encouragement des arts et des sciences, il crut devoir bouleverser le monde, et du Nord an Midi , renouveler ces guerres atroces du moyen âge , où les despotes ne régnaient qu'en excitant le trouble et la discorde , et en promettant fleurs sujets les dépouilles de leurs voisins.
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Napoléon, informé que le sixième corps russe, commandé par Doctorow (faisant partie de la seconde armée de l'Ouest), sVtait mis en route pour se joindre à Barclay de ToUy, ordonna ^ la cavalerie d'avant-garde et à une partie du premier corps , de se mettre en marche pour s'opposer à cette jonction. Doctorow ayant trouvé à Solechniki la division Bordesoult., appuya sur sa droite et se porta sur Och-^ miana, où ses éclaireurs furent également arrêtés par la division Pajol , au moment où ils se présentaient devant la ville ; attaqué par des forces de beaucoup supérieures aux siennes , ce général éluda de nouveau le combat, et se rabattant davantage sur sa droite , il se retira par Smorghoni , Danouchew et Kobouilniki, sur la Dwina, malgré la cavalerie du général Bruyères , et l'infanterie du général Morand qui , à Mikhailichki et Svir ( 1 3 juillet) , cherchèrent à le couper et à empêcher sa réunion avec la grande armée russe ; mais il fallut y renoncer après l'avoir vivement poursuivi. C'était tout ce qu'on pouvait faire dans un pays de plaine , et qui , sur tous les points , offrait une retraite facile. Malgré cela Napoléon fut très mécontent, par cela seul qu'il avait annoncé que le corps de Doctorow serait fait prisonnier.
5o LIVRE II,
sans perte les marais de la Bérézina, se retira sur le Dnieper, où il sut balancer I4 victoire par des opérations qui ^ en rendit. sa retraite célèbre, honore* ront à j^ipais sa inémoire.
Tous les différents corps composant le centre de notre armée avaient suivi la direction de Dinabourg , et harcelaient Baricl^iy de Tolly,,qui, en se retirant, coupait tous les ponts; Arrivée auprès de la Disna, la brigade Subervie , cpmposée de Pru^iens , . de Wurtembèrgeoîs et de Polonais , chargea, la cavalerie russe avçc la plus grande intrépidité; dans une action , elle fit prisonniers deux ceints cavaliers fout montés. Pour forcer, le passage de, cette rivière , le général Montbmn fit. avancer cmq batteries d'axtil^ lerie légère; pendant plusiéiirs ]jkeure|S elles tirèrent avec un tel succès, quVUe^ Qblig^]rjÇQt.l^nnemi de se retir<?.r après une perte consjdéramè.. E)n . mémç teqipsie. corps Nansouty passait la Disna à.Posta^ vouiV où lie. général, de brigade I^ou^s.el,.cull)nta plusie.urs escadrons russes. .^I^iÇ duc de.Tarente, après ayojr quitté Rçs^ien^i^ chef-lieu de la Samogitie, se porta en a,Y?ipt^;..4^U3^:régîments prussiens marchèrent sur Telçl}^ Ip ffénér^..KJei$,t fut à Chawli , et 1^ bri^A^Ç. §.i<?^rfl^ avj^Ç.^uBie partie de la septième di.^ vision ^^ e Wr^pL . 4aps . î*QRe yîej , dont , elles sau vèreni les mag^si^s, grajcp. ^ l!agtiyité des luissards noirs^ Napoléon j tpujoui^ attentif à r^cornpen^çr ^eux'qui Je sexvaient bien, envoya la croix d,^.la.l^gion-d'honrneuf, à plusieurs de ces alliés. î ;. ,; < .
WITEPSK. jr
■ Quant au quatrième corps ,. il se dirigeait sur IVUnak; ce mouvement était nécessité par TaviB qùW avait: reçu' que Tlietnian Platow, à la tête de quatre mille kosaques, se trouvant séparé du corps de Bug^ration, devait déboucher parla route de Lida, atiii de chercher aussi à opérer sa jonction avec Faniiée russe. Le vice-roi, pour s'y opposer, se mit en marche (/^juillet); mais le chemin de Budniki se trouva si mauvais^ que. la cavalerie de la garde royale fut obligée ^e. chercher une autre route, il serait difficile de se faire idée des obstacles que présentait ce chemin,' entièrement formé par des troncs de sa*» pins qn^on avait placés sur un terrain uiarécageux : tétati-major ne put arriver à Rudniki qu'au milieu de la nuit, et après avoir laissé dans les bourbiers; quelques chevaux de son escorte. Le lendemain 1(8 juittâ)'on se mit en marche vers JachouDO!fii\ et. de là àBol-Solechniki, où. le prince espérait avoir quelques renseignements sur les kosaques qu'il était chabrgéde poursuivre. Le jour suivant, on prit posidon auprès /d'un di&teau peu distant de Sou-* bocmki»
Les^ cîreoiista&ees forcèrent le vice^roi à s^rrêter. La nature des chemins avait «mpéché les aixtres Jsh^ visions de nous suivre; il ne restait Iplûs avec nuos^; q4ie de la cavderte légère ; aquiés bien dies recherches^ on parvim à faire sortir la divtsîenPino' des^ nsharais de Rudiiiki , et à ramener la garde vers Okeh«« mïana. De son côté, le vice-roi revint sur ses pas , et
alMUidonna le corps de Platow, quHl étai^ impo>&i* ble d^atteindre dans ces plaines immenses couvertes de bois et remplies de marais impraticables pour nous , et favorables aux kosaques ; en arrivant k Smorghoni, il rassembla la totalité des troupes qui compostaient son corps. d'armée.
Le bourg de Smoi^oni est d'une assez grande étendue; toutes ses maisons, à-rexceptionde deux ou trois, sont constt'uitesen bois. Une petite rivière^ qu^on passe sur un pont, sépare le château de la ville. Les Juifs, qui forment presque rentières population^ sont très adonnés au commerce : ce lieu ^ quoiqu^e^ fort triste , fut agréable à toute rarniée, par cela seul qu\)n y avait trouvé à acheter du pain et de ^la;
bière;:-.; . /.:■■.'■
i, :Napoléon se préparait à partir de Wilna, lofnpre lé. président du gouvernement provisoire lui adressa' un. discours dont les expressions étaient si exagérées cjiie.celaiigage sous Papparence de Padulation pemr blaîjtétre celui.de Pirohie. Le corps des Bavarois: demeure en réserve .fut passé en revue, etimmé^ diatement après dirigé sur Glotibokoé, où se ren-r^ dait aussi le grand quaitier-général^ en même temfps nous reçûmes L'ordre - de départ , et nous nous< diri-' ge&mes sur Zachkevitschi. ' > •
Pdur aller à Vileïka ; Ja route et très sablov^. lieuse , et se prolongé à travers les bois; Auprès de ce * dernier bourg, nous passâmes la Wilià sWr un-^xm?'
WITEPSR. 53
«n radeau. Cette rivière est peu large et peu profonde, ses rives sont fort escarpées, sur-tout celle opposée , où se troave Yileïka. En y entrant , le général Colbert, commandant Vavant-garde, s^empara de quelques magasins abandonnés. Uennemî depuis peu avait quitté cette position; dans la crainte d'être surpris, le vice-roi redoubla de vigilance, et mit un soin particulier à bien choisir remplacement où ses troupes devaient camper.
Tandis qu'on marchait sUr Vileïka, le roi de Napies, appuyé des second et troisième corps dlnfan- -terie, en arrivant à Drouïa fut rejoint par le duc de Reggio qui venait de Dunabonrg, où ii fit brûler les barques et lever le plan des ouvrages construits par l'ennemi . Ainsi on poussait de position en position la première armée de l'Ouest derrière la Dwina, et on la réduisait à se retirer dans le camp retranché de.Drissa, formé de douze redoutes palissadées, - réunies par un chemin couvert, de trois mille toises de développement, et où se trouvaient d'immenses magasins. Le général Sébastiani, commandant Pavant-garde, ayant rejeté les Russes dé l'antre côté de cfette rivière, les croyait en retraite sur tous les points , mais Wittgenstein , laissé sur la Dwina pour convHr Pétersbourg, instruit que nos . chasseurs se {^ardaient mal , fit jeter un pont auprès de Drouïa, où passèrent cinq mille hommes d'infanterie avec un corps de cavalerie, commandés par le général Koul-
nifiw; le combat s'étant engagé, le général Saint- ' Gêniez , surpris , fut fait prisonnier (i), et le reste de -sa brigade ne parvint à se sauver qu'après avoir e&- 'suyë des pertes considérables.
A notre extrême gauche , le maréohal due de Tar«ite obtenait des avantages signalés , et prenait pos9essi<m entière de la Courtaude, d'où Ton tirait de grevdes ressources, particulièrement pour la remonte de la cavalerie. Vers notre droite, le prince d^Eekmuhl, arrivé sur les bords du Dnieper, observait Bagration et Platow, qui passèrent ce fleuve sans avoir été entamés. Napoléon ,. trompé dans ses espérances, ne put dissimuler sou mécontentement, qui devint' «ncore plus vif lorsqu'il apprit la malheu- • rease issue du combat de Romanow, où la cavalerie polonaise du général Rozniecki , emportée par sa ' hame contre les Russes, se jeta surr eux incohsidérénient) et fut ramenée avec une perte d'autant plus féèlle que nos bulletins même ne purent la dissimuler« Le prince d'Ëckmiihl, affligé d'une expédition dont on attendait des résultats bien différents, prévit quHl allait en encourir tout le blâme, et rejeta la faute sur la manière dont les opérations des Westphaliens avaient été dirigées. Napoléon , qui déjà était très mécontent de leur indiscipline , ordonna i(u ils seraient subordonnés au prince d'Ëckmuhl. Le roi Jérôme, se voyant sous les ordres d'un:géuë-
;i) Vm- RuUfttm.
f al français , fut indigné de cet affront , et voulut rappeler toutes les troupes qu^il avak à Tàrmëe; obligé tle se socrméttré aux volotités de scto frèt« , il nVmmena avec Itii quHinè pailâe de sa gardé.
Ija conduite de l'ennemi; ^i^ retirâk devant nous, était iïiferprétée d^une maniée bieh diffé* rente. Aux Tins , elle paraissait être Vétféi 'dé 1b faiblesse ; aux atitfes,'le i^stittàt d^un j^lân p^rënkédité. « Où sont, ^isait-*on dé toutes parts , cfes Russes '^ui , « dépuis cinquante kns , soiit la terreur dé l'Europe « et lès conciàétànts de TAsie? hs, puissance de la n Russie h^ést quVne puissance factice, créée par « des écrivains gagés ou des voyageurs inensou^ers. « Elle n^existait qtié dans rimaginatioii ; en TÀtta- « quant le presWge a cessé. « Mais ceux ^ue l'expérience avait habitués à tout attehdre de l'avenir répondaiekit « qu'il n'était pas sage de mépriisler un K ennesû qu'étt n'éVait poifit encore battu ; que pron bablement sa teiâraite était calculée , alin de dimi- «* nqernos forcés, él nous énltever le moyen dé les « renouveler en iés^ éf ëignaht dé nètrejMilrié. C'est u dans les éléments, disaient ces |^éns semés ^ qiiè les u Moskovités fidndént leurs puissants secours. Pouri( quoi cberébteiraiént-ib à tidus cohibattt'é,ibi^u'ils « savent que l'hiver nous foixerà d'âbaUdoiiher tou- ^ tes nos coiiquétes? »
Enfin, l'enneini expliqua lui-mémé le mdtif de sa retraite ,^ en répandant sûr les bords dé la Dwina la proclaniation suivante :
« Soldats français ! Ton vous force demarcheif à u une nouvelle guerre ; Ton vous persuade que c'est a parceque les .Russes ne rendent pas justice' à votre « valeur : non, camarades, fls rapprécient, vous le « verrez un jour de bataille^ Songez q9iVpe armée y tf s'il le faut , succédera à l'autre , et que vous êtes à V quatre cents lieues de vos renforts. Ne vous laissez upas tromper à nos premiers mouvements, vous u connaissez trop les Russes pouf croire qu'ils fuient tt devant vous; ils acceffceront le combat, et votre a retraite sera difficile. Ils vous disent en camarades : u retournez chez vous en masse ; ne croyez point à u ces perfides paroles , que vous combattez pour la a paix : non , vous vous battez . pour l'insatiable amubition d'un souverain qui ne veut point la paix (i (sans cela, il l'aurait depuis long-temps), et qui se u fart un jeu du, sang de ses braves. Retournez chez A vous, .ou , si vous voulez, en attendant, un asile en ^x Russie, vous y^ oublierez les mots de conscription, « de levées, de ban. et d'arrièrerban , et toute çe;tte M tyrannie militaire qui ne vous laisse pas un. instant ç< sortir de dessous le joug. »
Cette pièce renfermait de si grandes vérités^? que chacun s'étonna de sa publicité^ D'autres la regardèrent comme apocryphe, et crurent qu'elle avait été faite pour amener la Réponse dun grenadier français y laquelle aurait été. pour l'armée un sujet de plaisanterie , et pour les étrangers un objet de mépris, si on ne savait depuis long-*temp8 qu'une
WITEPSR. 57
aveugle obéissance envers les chefs est la première vertu du soldat, et qaé tout Français fidèle à ses drapeaux a pour point dlionneur de combattre à outrance tous ceux qu'on lui dépeint comme les ennemis de son pays.
£n continuant le mouvement, on. se porta sur Kostenevitschi, misérable petit village loù il n^A^^f à Fexception de la poste et de la maison du curé, que quelcpies mauvaises granges couvertes de chaume. La garde royale campa autour de ce village, quoique le prince vice^roi eût établi son quartier géiieVal deux lieues plus loin. Le jour suivant ( 1 7 juillet ) , après cinq heures de marche et par une route assez belle, on arriva au bourg de Dolghinow, dont la population était presque toute juive ; et c'est ce qui nous valut la douceur de nous procurer quelques bouteilles d'eau-de-vie : nos marches continues, et une l(>ngue privation de cette liqueur , me forcent k faire mention d'une chose en apparence insignir fiante; mais parVimportance que nous y attachions, on pourra juger de l'étendue de nos besoins et de la difficulté de les satisfaire.
INous marchâmes ensuite sur Dokzice , distant d'environ sept lieues du point où nous étions. Ce bourg, dont la population était également juive, avait une fort belle place , auprès de laquelle étaient une église et un mauvais château en bois. Les extrémités de la ville sont situées sur deux éminences, entre lesquelles coule un petit ruisseau marécageux.
liC jour où nous avions repos dans cette ville, nous vjines sortir par derrière le château où logeait le prince une épaisse fumée. Bientôt la flamme s^éleva de tous côtés et dévora en un instant plusieurs maisons voisines ; mais Tarmée y porta promptement des secours efficaces, et en peu d^instants les craintes cessèrent avec Tincendie.
En approchant de Bérézino, où nous devions aller coucher ( 20 juillet ), la route , allant toujours sur un plan incliné , nous conduisit insensiblement au-* près de la rivière de ce nom, qui coule dans la plaine la plus marécageuse de TEurope. Toutes les maisons de ce bourg sont placées sur une seule ligne. Pour raffermir les chemins tracés sur une espèce de tourbe , on jeta par dessus quantité de branches de sapin, en laissant des intervalles propres à faciliter Técoulement des eaux.
Depuis la Bérézina juqu'à TOula, le terrain est toujours très fangeux. La route c|ui va de Tune à Pautre de ces rivières forme une ligne do vingt à vingt-cinq lieues, passant toujours à travers des marais et dHmmenses forêts. Pouïchna fut un lieu de station , de même que Kamen : le premier de ces bourgs est ' remarquable par un grand château en bois ; le second , par une espèce de montagne située au milieu de son enceinte , et qui domine toute la plaine. A Botscheïkovo , nous touchâmes les bords de rOula (23 juillet). Cette rivière est unie à celle de la Bérézina par le canal de Lepel , canal très fré-
(ïo LIVRE 11.
sonty, après s'être emparés de Disna et de Pololsk, Hvaient contraint l'ennemi d'abandonner son camp retranché de Drissa, pour remonter à la hâte la Dwina : cette position , dont on avait accru la force par des travaux prodigieux , semblait faire augurer t|uVlle serait vivement défendue; mais lorsque la rive droite de la D^rina eut été occupée par nos troupes, les Russes agirent sagement en évacuant nne position qui n'avait été choisie que dans le cas tiù >'apoléon aurait voulu avec sa grande armée marcher sur Pétersbourg, et qui n'offrait plus que des dangers depuis que nos forces principales avaient |ms la direction de Moskou. Cependant les ordres que ces officiers apportèrent nous firent pressentir qu'on ne tarderait pas à éprouver de la résistance : *es conjectures se changèrent en certitude, lorsque des reconnaissances faites vers l'embouchure de rOnla et sur la route de Bézenkovitschi , nous eurent appris que les kosaques voltigeaient sur nos flancs. Aussitôt le vice-roi fit partir l'avant-garde et U cavalerie légère pour les bords de la Dwina, où les Russes avaient placé leur troisième corps , cominaudë par le général Tolstoi-Ostcrmann , depuis «uc la mauvaise santé du général Schomoalow l'avait oUigé de quitter l'armée.
Peu de temps après, le prince monta à cheval, arfompagné de ses aides-de-catnp , et suivit le mou- \«Bientde Pavant-garde. A Bézenkovitschi, l'ennemi \iMiîl en retraite , et sur ce point repassa la Dwina ,
6i LIVRE H.
tnscs par leur chef, se jetèrent à Feau , et, malgré le fou de reunemi , fureut chercher le bac. Nos hatte-^ ries et quelques tirailleurs placés sur le rivag^e intijiiidèreut à tel point les Russes , qu'ils évacuèrent les maisons où ils étaient embusqués, et nous laissèrent > ainsi paisiblement ramener la barque, et construire le pont dont s^occupaient les ingénieurs.
Dans cet intervalle, une division de cavaleiie ba-^ varoise, commandée par le général Preyssing, ayanttrouvé un gué à deux cents pas au-dessous du pont que nous faisions construire, effectua son passage.. I^ rivière était à peine traversée , que les escadrons* rangés en bataille furent soutenus par plusieurs'! compagnies d^infanterie , quW avait passées sur. le bac: ils se mirent alors en mouvement, chassant devant eux Tennemi, qui , à leur approche , prenait la fuite, et brûlait tout ce quHl laissait deirière lui«. Dans cette occasion, nous admirâmes la manière de servir des Bavarois. lia précision de leurs évolutions^ et la sagesse avec laquelle ils s^éclairent, peuveut ^re citées comme modèles à tous ceux qui sont chargés de faire des reconnaissances militaires.
On était à contempler ces manœuvres ,- lorsqu'on répandit le bruit que l'Empereur allait arriver ; le courrier qui en avait apporté la nouvelle fut immédiatement suivi par un autre qui nous la con-^ firma; puis vinrent dès chevaux de selle, des affi-. ciers d'ordonnance, des généraux de la garde; enfin la ville, qui déjà était remplie de troupes^ dans peu
tôt après un aide-de-camp du général Delzons vint annoncer au prince Eugène que Tennemi avait été rencontré auprès d'Ostrowno , et qu^un combat opiniâtre s'était engagé au moment de son départ. L'aide-de-camp terminait à peine son rappoit que le bruit du canon redoubla ; aussitôt le vice-roi donna ordre de faire faire halte aux bagages de son quartiergénéral; suivi seulement de ses principaux officiers, à courut vers Ostro'wno, pour joindre le roi de Naples qui avait avec lui les divisions de cavalerie Brnyè* res et Saint-Gérmain, soutenues par Tinfânterie de la treizième division. Mai$ arrivé à Soritza le succès de Faffaire était décidé : quatorze pièces de caÀon étaient tombées en notre pouvoir; grand nombre de morts laissés sur le champ de bataille attestèrent la résistance des vaincus, et la valeur des 7® et 8® dé^ hussards, qui, dans cette occasion, se couvrirent de gloire.
Dès les trois heures du matin (26 juillet), le prince se rendit à Ostrowno ; auprès du roi de Naples.'Le quatrième corps 'campait auprès de lui; la cavalerie ,' placée eii' ayant V observât! les manœuvre» dëTennemî. Vew lès sîr heures, ces chefs- d'arriiée , suivis, de leurs états- nïajors fespe'ctlfe^ marehèrenr vers lès avant-postès , et parcoururent le terraiii où la veille s'était donné le combat. On Tavàit à peine traversé , que tous lés rapports asiloncèreiit que le corps d^Ostermann avait été renforcé par la division
de Kanovkzen. Sur-le^bamp le vice-^roi ordonna à son infanterie d'appuyer la cavalerie que commandait le roi de iVaples. Les hussards, envoyés en ëclaî* reursj aydât ëprouvë des obstacles à Ventrée d'un hois, annoncèrent que Fennemi semblait vouloir le défendre avec opiniâtreté : en effets on entendait de tôiis côtés le feù des tirailleurs , et le canon des fius" Ses^ plaicé sur la route, enfilait nos (Colonnes qui se j)Ortàient en stvant. Le général Danthouard fit aussitôt avancer tiOé pièces ^ et ee fut dans cet échange de boulets que le capitaine du 8® hussafi*dë , Ferrari , aii-^ cien aide^e-càmp du prince de Neufchâtel , eut la jambe emportée. Alors le roi de Naples^ côuraàt vers tous leé endroits où sa présence pouvait être utile , ordonna de faire sur notre gauche une attaque ^ afiii de chasser la cavalerie qui se trouvait à rextrémité d'un bois; Quoique ce mouvement fût bien conçu, il n'eUl point Vheureuse issue qu'on en devait attendre; les hussards chargés de Texécuter*, n'étant pas en force y se virent obligés de se retirer,- mais ûvéc beaucoup d'ordre et sans aucuùe perte , devant dé nombreux escadrons iqui accouraient pour les charger.
Taudis x\ue nous manœuvrions sur la gauche , les Busses tentaient d'enfoncer notre droite ; le vice-roi s'en étatnt aperçu, fit marcher vers ce point là treizième division ; elle se mit à cheval sur la route , et arrêta leurs progrès; L'artillerie de nos régiilienu ^
66 LIVRE ÎI.
placée avec avantage sur quelques élévations que présentait le terrain , nous donnait Tassurance que cette ligne ne serait pas forcée.
Notre droite paraissait être bien gardée, lorsqu'une attaque soudaine et des cris épouvantables se firent entendre vers la gauche et le centre; Fennemi étant venu en masse , avait repoussé nos tirailleurs placés dans le bois, et forcé Tartillerie de se retirer avec précipitation. La cavalerie russe profitait de cet avantage pour faire une charge vigoureuse sur les Croates et le 84^ régiment; heureusement le roi de Naples arriva assez à temps pour arrêter ces progrès. Deux bataillons du 1 06® régiment, tenus en réserve, soutinrent les Croates ; tandis que le général Danthouard, réunissant au plus haut degré les talents et la bravoure , secondé par le comtnandant Demay et le capitaine Bonnardelle, ranima Tesprit des artilleurs, et, par de sages dispositions, leur fit reprendre TofFensive qu'ils avaient momentanément perdue.
Les affaires étant rétablies sur la gauche et le centre, le roi de Naples et le prince Eugène allèrent visiter l'aile droite, et la firent agir. Les Russes, embusqués dans un bois , opposaient la plus vive résistance au 92^ régiment, qui, quoique posté sur une hauteur avantageuse , restait dans l'inaction ; afin de l'exciter, le vice-roi envoya l'adjudant-command»it Forestier qui parvint à le faire avancer : mais sa marche paraissant trop lente à la valeur im-
WITEPSR. 67
patiente du duc d'Albrantès , cet intrépide général , accoutumé à commander en chef, quitta le prince , pour aller ranimer le régiment sur lequel nous avions tous les yeux ; sa présence , ou plutôt sob exemple , électrisa tous les cœurs , et dans Tinstant «n vit le brave 92®, ayant en tête le génénl Roussel, marcher au pas de charge, culbuter tout ce qui s^opposait à son passage , et pénétrer enfin dans ce bois, dont Vennemi semblait nous défendre Tentrëe.
En parcourant notre extrême droite , on s'aperçut qu'une colonne russe , envoyée pour nous tourner, battait en retraite depuis que nous avions enlevé le bois ; aussitôt le roi de Naples s'élance vers la cavalerie, et lui prescrit de courir sur cette colonne, afin de la couper, et lui faire mettre bas les armes : la difficulté du terrain fit un moment hésiter la cavalerie; mais le roi , dont le coup-d'œil ^tait rapide, aurait voulu que l'exécution fût aussi prompte que sa pensée , il piqua des deux son cheval, et tirant son épée du fourreau , s'écria d'un ton plein de feu : Que lès pius braves me suivent. Ce mouvement d'héroïsme nous remplit d'admiration , chacun s'empressait à le seconder, et l'on serait parvenu à faire dés prisonniers , si de profonds ravins et d'é^ paisses broussailles , en arrêtant nos escadrons , n'eussent donné le temps à la colonne ennemie d'échapper et de se réuni]" au corps don^ elle était détachée.
Quoique le succès du combat fût assuré, on n'o-
sait encore se hasarder à traverser le grand bois placé devant nous, au bout duquel étaient les collines de Witepsk , où se trouvaient campées toutes les forces russes. On était à délibérer sur ce passage important, lorsqu^il sVleva sur nos derrières une grande rumeur : chacun en ignorait la cause , et rinquiétude se mêlait à la curiosité ; mais en voyant Napoléon au milieu d^une suite brillante, nos craintes furent dissipées, par Tenthousiasme qu^excita toujours sa présence , on conçut qu^il allait couronner la gloire d^une aussi belle journée. Le roi de Naples et le prince coururent à sa rencontre, et lui lurent part des événements qui venaient de se passer, et des mesures quHls avaient prises. Napoléon, pour mieux en juger, se porta rapidement vers les postes les plus avancés de notre ligne, et, d^une éminenee, il observa long-temps les positions de Tennemi et la nature du terrain : sa pénétration sVlançant jus*!» qu^au camp des Russes, il devina leurs projets : de»lors de nouvelles dispositions, ordonnées avec sang* froid, exécutées avec ordre et rapidité, portèrent Tarmée au milieu de la forêt; allant toujours au grand trot , elle déboucha vers les collines de Wi* tepsk , au moment où le jour commençait à finir.
La treisième division, qui, sur la droite, coopérait à ceue manœuvre ,. en marchant à travers les bois , éprouva de la part de Pennemi une assez forte ré<* sistance;^ il ne se retirait que progressivement, et ses nombreux tirailleurs faisaient payer cher k fer--
situé auprès de la ville , et qui domine toutes les rou^ tes p^r lesquelles on arrive. De la colline où nous^ étions , on apercevait facilement les lignes ennemies rangées en bataille , et quW pouvait évaluer à qua- . tre-vingt mille hommes , depuis que le corps de Doc to^ew sVtait joint à cette armée.
Ce JQur-là, la division Broussier marchait en tête ;. de gnuid m^du, elle alla, se mettre en position sur uue hauteur^ faisant fac^ m plateau occupé par le» Russes. En même temps , lé 1 6^ de chasseurs à cheva) fujt chargé par plusieurs escadrons des kosaques de la garde , et ce régiment eût éprouvé une défaite toftate y 31 v0F$. la gauche il n'eût été dégagé par deux cents voltijgfQurs y commandée par les capitaines Ckiy^ir^ ?€ S^vary. ^Qans- cette occasion^ ces gaer* ncors aDùrèrént sur eux Fatteiitian de toute Tarmée ^ C|ui , oampée^ur un, coteau (dont la forme était èelle d^ui^ adipphithéâtte ) , assistait à leurs exploits, et doiiiuât à l^or ysdeur des applaudissements justement méritési(i). Napoléon, témoin de ce beau faii d-armos^' .envoya ;den%ander de quel corps étaient ces soldats: ils répondirent : dti 9^ régiment ^ et les trôis^uarts enfants tie Pc^is! Dites4$ur, ajouta FEm^ pereur, que ee sant de brwes gens, ik méritent tous
Le 16^ de I chasseurs, se rdlàrant sûr la qùatopr
(i) Cette action, quoique surprenante, n*en est pas moins véritable, et peut encore être attestée par tous t^es militaires du quatrième corps.
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zièxne division, fut protégée* par le 53^ régiment^ commande par le colonel Grosbon : cette division, formée en carr^, présentait à rennemi un front in* expugnàbie , et devant lequel venaient se briser tous les efforts quW faisait pour cherclier ii Ventamer. Cette circonstance jeta la confusion dans nos rangs; mais Napoléon étant là , elle ne pouvait durer. Placé sur une éminence, il voyait toutes les mancouvres, et ordonnait avec sang-froid tout ce qu!il croyait n^ cessaire pour obtenir la victoire : c'est alors qu'il fie retirer un régiment de cavalerie , afin de laisser libre à la treizième division le passage d'un pont. Ce mouvement rétrograde causa de l'agitation sur nos derrières , composés d'une foule d'employés ou de vivandiers, gens faciles à s'alarmer, et qui, sur un cbamp de bataille, sont plus nuisibles aux armées, qu'ils ne leur sont utiles.
lia treizième division s'étant avancée , fila sur la droite-, le vice-roi marchant en téte^ da conduisit derrière la quatorzième, en la faisant aller sur les hauteurs qui dominaient le plateau où l'ennemi (était campé. Ces hauteurs n^étant point gardées, nous avançâmes sans difficulté, et parvînmes à prendre position sur le sommet, et à nous trouver vis-À-vis du camp russe , séparés seulement par la rivière <le Lo(utchesa , dont les rives escarpées formaient un ravin si profond , qu'il était impossible d'en venir à une action générale. On feignit de vouloir l'engager en détachant quelques troupes légères
â finiidiir le wmm et à s'^ablîr dans pcdt bois; ces tioopcs n'étant pas soutenues, n*aIlëffCot pas plos loin, et lentrèrent dans lerns corps loncpie les batteries eurent cessé de ûe rer, et que les divisions ne forent plus sous les
Itnnes.
Cette suspension , au moment où les armées fuient en pi^sence , excita Fëtonnement de tout le monde I et cbiicun demandait où était llSmpereur, quelle^ étaient ses dispositions? On se faisait ces questions , lorsqu'une partie du premier corps et la garde impérii^le vinrent se joindre à nous. Les uns crurent alors que Napoléon n^attend{(it que la réunion de toutes §es forces pour en venir à nw attaque sérieuse ; d^autres , au contraire , assuraient que le duc dlËlchingen et la cavalerie du général |VIont» brun , avançant par Tautre rive de la Dwina , tourne* raient la position de Witepsk, et couperaient ainsi la retraite aux Russes. Cette manœuvre était sans doute i nipraticable , puisqu'elle ne fut pas exécutée.
I^a nuit étant survenue, les troupes biva^uèrent dans leiuiroit même où elles avaient pris position , ri nhaniM «^ réunissant, racontait les faits honora-^h\t^ |Ml«' i^quels son corps s'était fait remarquer, i )muh \s^\^^ ^t's réciu , on voyait avec satisfaction que lo ismibat, quoique (glorieux, n'avait pas été meurr \mï\ (Uirmi le petit no^nbre de morts, on cita le co« \\\\\r\ \\\\ ()t<nit' lâedot, bonime vraiment digne du v\M|Mi ^\\\\\w\ il appartenait. Durant l'expédition
"^^rga^HPUB
WITEPSR, 73
d^Égypte , il s'hélait lait remarquer par son ooarag^e; et dans la constmc^on des places dltalie, il prouva que le séjour des catnps ne nuisait peint au dévelop^ pemeflC des conceptions les plus savantes.
L'asisurance avec laquelle les Russes avaient gardé ieurs positions , et la rénnion d'une grande partie de nos troupes sur un m^me point, nous faisaient augurer que la journée du lendemain serait consacrée à une affaire générale ; mais quel fut notre étonne» ment, lorsque dès Taurore (28 juillet), nous recoa» numes que Fennenfii avait opéré sa retraite ! En efiet,- Barclay de ToUy reçut dans la nuit des nouvelles de Bagration , qui lui annonçaient qu'à la suite d*un combat livré à Mohilow, il avait été rejeté derrière le Dnieper, et que forcé de rétrograder, il lui désignait Smolensk comme le point le plus favorable pour opérer leur jonction. Aussitôt qu'on s'aperçut que les Russes refusaient encore la bataille, l'armée se mit à leur poursuite, à l'exception de la garde impériale qui alla s'établir à Witepsk, où Napoléon semblait vouloir séjourner. Cette ville était presque dé-^ serte ; il ne restait que des Juifs , et quelques personnes de la plus basse extraction. On trouva des kosa* ques de Vautre côté de la route, qui furent poursuivis par le général Ijefebvre^Desnouettes^ commandant la cavalerie légère^ de la garde. > - Witepsk , chef-lieu du gouvernement de ce nom , plicéç entre des Mlline» et les, rives de k Dwiqa, CfOmpiait autrefois? TÎiiigt mille hal)itantsûLes prinei-
paux bâdments, par leur position riante , offrirent à nos regards L'aspect le plus agréable. Depuis plu& de deux mois , la Pologne et la Lithuanie y dans un espace d^environ trois cents lieues, ne nous avaient présenté que des villages déserts et des campagnes saccagées. La destruction semblait précéder nos pas ; de toutes parts on voyait une population entière fuir à notre approche, et livrer ses foyers à des nuées de koaaques, qui, avant de les abandonner, détruisaient tout ce qui ne pouvait être emporté. Longtemps assujettis aux privations les f^us pénibles , nous regardions dVn œil d^envie ces maisons propres et élégantes, où semblaient • régner le repos et Tabondance; mais; ce repos, sur lequel nous avions compté, nous fut encore refusé, et il fallut se remettre en i<larche, laissant à; notre gauche cette ville objet de nos désirs et de nos espérances.
Chacun jetait * surpris de voir Tordre parfait avec lequel le comte.Barclay.de ToUy avait évacué sa position. Dans cette retraité difficile le général-ma^ jor cointe YoaPahlen, déploya tout ce que la saga-» cité -et i^art de la guer^re offrant de plus brillant; il manceuvra* sous nés yeux : avec rarrière-gai*dé , et couvrit ^si bien le reste de;Fanhée , 'que nous Xié trouvânies sur la route hncxuittxact. de son passage.' pas une voiture abandonnés^f.paê'un seul cheval mort ^ pas m^e'un -seul towDafdjv qui! pussent nous indiquer la direction (p^>Ue avait prise.. On était dans cette incertitude ,i'peiitrStre unique -en son genre „
qu'il fut informé que nou6 étions aux prises avec les Busses.
Jamais bivac n'eut un appareil plus militaire que celui d'Aghaponovchtchina : FEmpereur, le roi de Naples et le prince étaient sous une tente ; les généraux, placés sous de mauvaises cabanes construites par des soldats, campaient avec leurs officiers le long d'un ruisseau dont Teau bourbeuse était précieusement recueillie; depuis trois jours que nous étions sur le champ de bataille, le soleil était brûlant; de la mauvaise eau, du pain noir et des racines furent notre unique nourriture; mais la victoire redoublait nos forces et nous rendait insensibles à toutes les pri« valions. Quant à nos troupes, elles bivaquaient au* tour du château et sur le sommet des collines voi*» sihes : de loin Tennemi pouvait apercevoir leurs feux noml>reux, dont la brillante clarté dissipait Tobsourité de la nuit.
Le lendemain (29 juillet), on se mita la recherche des Busses; l'Empereur revint sur Witepsk, oùil se proposait de faire, comme à Wilna, le séjour nécessaire à Pexécution de ses projets touchant la Lithuanie. Le roi de Naples, arrivé à l'embranché-^ ment de la route de Janowitschi avec celle de Soulai, se sépara de nous, emmenant avec lui deux corps de cavalerie et la division Broussier; le viceroi marcha vers la Dwina, suivi des treizième et quinzième divisions ^ ainsi que de la garde royale et de
W1TEP8K. 77
la brigade de cavaJeiie légère italieime, commandée par le général Vïiiata.
Nous étions sur le point d^entrer à Soarai, Ionique quelques chasseurs nous annoncèrent qu^iin convoi ennemi^ faiblement escorté, cherchait à pas^ set la rivière pour aller prendre la route de Wélikî» Luki. Aussitôt le vice^roi ordonna à son aide^fecamp Desève de suivre les chasseurs et de s'entparer du convoie Cet ordre eut sa pleine exécution: deax heures après , Taide-de-camp revint , apportant la nouvelle que le convoi était à nous.
Le bourgs de Sourai , quoique construit en bois ^ était néanmoins un des meilleurs que nous eussions rencontrés* La population^ presque entièrement corn* posée de Juifs ^ était nombreuse ^ et par son indus-^ trie, elle nous o£Frit quelques ressources dont on avait le [dus grand besoin ; les magasins étaient assez fournis, circonstance heureuse, puisque tout faisait augurer quW séjournerait dans cette petite ville* . Sourai, sans être une position militaire y écait néanmoins un lieu fort important, situé à rembou-^ chure de la Casplia avec la Dwina ; il est le point où se divisent les grandes routes de Pétersbourg et de Moskou, et forme par conséquent deux têtes de pont qui ferment la route de Witepsk : durant notre séjour, plusieurs ingénieurs-géographes levèrent le plan de la rivière et des lieux circonvoisins.
La treizième division , qui nous avait suivis , fu»
campée en«-deçà de Sourai; une partie de la quin* zième, avec la garde à pied, demeura dans la ville ; la garde à cheval , commandée par le général Triaire, alla de Tautre côté de laDwina, et poussa une forte reconnoissance sur la route de Wéliki-Luki . Dans cette course, Tadjudant du palais Boutarel acquit la certitude que le chemin jusqu^à Ousvïat formait, au milieu des bois, un défilé continuel. La quantité prodigieuse de provisions que les dragons rapportèrent de cette expédition, prouva que ce pays offrait pour des cantonnements d^abondantes ressoiirces.
Arrivé à Sourai, le vice-roi fut informé qu^un nouveau convoi russe, fortement escorté , avait pris la route de Veliz ; il ordonna alors au baron Banco, colonel du 2® régiment de chasseurs italiens, de prendre avec lui deux cents homn&es d^élite, et d^al- 1er à la poursuite ; ce détachement , après neuf lieues de marche, arriva dans Yeliz à Hnstantoùle convoi sortait de la ville, et cherchait à passer le pont de la Dwina. Aussitôt les chasseurs chargèrent Fescorte; plusieurs fois ils furent repousses par de Pinfanterie et par des détachements de cavalerie beaucoup plus forts que le leur ; enfin la valeur des Italiens triompha de Topiniâtreté de Pennemi, Ton parvint à s^emparer de tous les bagages , et à faire mettre bas les armes à cinq cents Russes. Cette victoire nous
M» blessa, parmi lesquels six officiers, le ses blessures.
8o LIVRE IL
la coBStematioii parmi tous les Polonais (i); o& craiipiait la vengeance des Russes, qui regardaient Wai^ sovie comme le foyer de toutes les coalitions qui se tramaient contre eux , et dèsJors on ne songea qu^à fuir ; ceux même qui avaient embrassé avec trans-^ port Tempérance que la fin de cette lutte serait le rétablissement de leur ancienne liberté, furent promptement désabusés en voyant que Na^poléOn^ rapportant toiit à sa passion pour les conquêtes,' ne s^occupait point d^organiser la Pologne, comme le desiraient les nationaux ; cette organisation , alors si facile ^ était Tunique moyen de mettre un frein à Tambition de la Russie. Mais on oublia les dan-^ gers que pouvaient offrir un jour de pareilles induré sions j lorsque les Saxons se furent réunis aux Au-^ tricbiens qui , d^Ighumen , marchèrent sur Sioniste : ces auxiliaires^ peiidant toute la campagne ^ conti^ nuèrent à opérer ensemble , et couvrirent ainsi It duché dé Warsovie jusqu'à Tépoque de notre fatale retraites
Les différents corps d'armée qu'on avait lai^sés^ potir observer Tannée de Wolhynie , et poursuivre Bagration , combattirent avec des succès û variés qu'avant de se porter en avant , Napoléon aurait dû s'assurer quels étaient la force et les dangers que pré-» tentaient les corps qui manœuvraient sur ses derrières; tout dépendait par conséquent du succès
(i) Histoire de l'ânibassade de Polof^nt, par M. de Pradt, S* édit. p. iQ&.
$i LIVRE U,
cdielonnées yers Mohilow, pussent être jrëumes. Le lendemain, à sept heures du matin, ce vé^axteiHt commandé par le général Frédéric, fut vivetnelU attaqué, et pendant toute la journée lutta avec hn^ youre contre deux divisions de vieflles troupes jiiirigées par le général Sieyers. Qslles-ci, ayjaijLt dé^oti-^ ché avec quiue pièces de canon, ^ mirent (BOb bataille sur le plateau du niAulip , cherchant à s^^epan parer du pont, qui avait été brûlé. Un con4>«( tr^ vif s'engagea, de part et d'autre ^^ ks force$ opp^ém igiux nâtres croissant sans cesse,, on renforça le 85!^ par le 6i® et le loS^î a^H^ les Russes ivife^f, cnthu** tés et repassèrent le ravin qtl'iU venaient à%' tiaa** verser.
Ce mouvement s^Qpérait sur la droke, lors^i^ )^ général Frédéric , qu défendait un défilé 4^ k^ grande route, le fit dépasser à un bataillon di|L 19SF i ce mouveniem hardi, exécuté avec intrépidité psit Ut colonel Âchard, allait nous procurer de grands £^yiailr« tages, lorsqu'une blessure grave que veçMt Ce bragve officier, obligea sa troupe; d'abandonner Is^ poskii:^'. qu'elle avait enlevée. En même tei^pa,^ des liiasse»^ considérables, formées en colonnes serrées, voiiJii-r rent forqer le passage d'un pont, mais. elles Airenti arrêtées par le feu njueufitrier de nos.tBo«|pe^:Tout £siir » ^ait prés^meB que l'ennei^i ^e perteff^t en: foi^o^ vers notre droite ; les recqnnais^aaees faites de oe . côté n'ayant rien rencontré, le général Frédéric, à l'aide de quelques bataillons de réserve, renouvj^^a
8i LIVRE II.
quoique iiK^i^nl, se soutenait vaillamment, lorsqee tif» serours lui arrivèrent. Sur-le-champ les drat- ({OUH prussiens chargèrent avec vigueur la cavalerie oimeniio ^ la culbutèrent et la poursuivirent jusqu\*inprès d'un bois où elle fut protégée par le (Vu dr sou infanterie. Dans cette affaire fut blessé Ir iHuntr de Drandebourg, frère naturel du roi de PrtiAsr.
I<r ({«^uf^ral Ornwert, pensant que rengagement pouvait ilf venir plus sérieux, prit la résolution d'ordonner au ({t^néral Kleist, qui par Banken et Drakeu se dirigeait »ur Riga, d^appuyer vers la rive dit\ite de rKi^kaou pour prendre Tennemi en flanc ^ taudi« que lui-iu^ute se pix^posait de Tattaquer de i^H\ul« l^ès que le brtiit du canon eut annoncé IVxtVutloii de ce mouvement, le général Grawért preMA le nien « et traversa TEikaou ; de son côté le (^A«^rAl KleiHt attaquait vigoureusement. Le combat lut ton() el meurtrier « les Russes défendirent lemr poMtHUi pieil il pied; une de leurs colonnes, qui était coupik', se battit jusqu'au dernier soupir plutôt qiîe de se rendre. Malgré cela les Prussiens triomphèrent de tant de valeur : quoique inférieurs en nombre, les bonnes dispositions de leurs ch^ forcèrent IVnnemi h Imttrc en retraite ^ur tous les points. Le résultat de la journée ftit un drapeau pris et plusieurs centaines de prisonniers, parmi lesquels se trouvaient des ofBciers supérieuk^. Dans cette action, la plus importante depuis leur entrée en cam-
êcjiecs. Une autre brigade fut ^[alement attaquée par les dragons de Riga; plus heureuse que la pre* mière y elle revint avec des prisonniers.
Tout annonçait quHl y aunut pour le lendemain une aflBaire générale. Les rapports des détachements envoyés en reconnaissance andonçaieni que le gé^ néral Koulniew occupait Yàlemzonî, avec quatre miUe fantassins , et environ deux mille hommes de cavalerie , et que le comte Wittgenstein , avec le'sé-^ cours qu^avait amené le prince Repnin, occupait Kokhonovo et Osweîa.
Le 2f) j«î]let , le duc de Reggio se porta en avant avec ses deux premières divisions d^infanteriç et les cuirassiers , lussant en réserve sa troisième division avec la brigade de cavfilerie qui , la veille , avait tant soufSeit, Pendant ce tenaps, nos chasseurs d'avant- « garde , s»r la route de Sebeï, prirent, un officier d'élat-ms^or nisse venant de cette ville. Ib firent encore prisonnier un aide^dencemp de Wittgenstein^ tous deux avaient reçu Tordre de ce général de Tattendre à Jakoubpvo. Dès ce moment, on ne douta plus que I^nemi ne vînt en forée sur ce porot; mais ce viU lage, é^m gardé par le 26* léger, fit une si be!le défense que les Russes ne purent jamais Pen déloget. fis efaeeehèreqt aloi^ à menacer le flan£ de notre tt-* f^e, «D se Dsiidànt maktes d^un grand bois situé sur la ^^che du ^bassin.^ %e trouvé le viHàge de Jnkoabovp. AusmU le général Tiegrand fit soutenir le 26* léger par le 3â^, coffre les<|uels Wittgensti^
avaient été prévues; lé lendemain nous fîmes bonne contenance devant de nombreux tirailleurs qui cher* chaient à nous déborder, tandis que de grandes masses, en poussant des cris affreux, s'avancèrent vers notre position; quinze mille hommes, formant la moitié de Farmée de Wittgenstein , avaient déjà passé la rivière, lorsqu'on dirigea contre eux une. batterie masquée de quarante bouches à feu, qui, durant plus d'une demi-heure , tira à portée de mi^ traille. Le feu de cette artillerie, aussi bien servie , que bien placée^ modéra Tardeur des assaillants, et les obligea à se reployer : pendant ce temps, nos trois divisions se rangèrent de manière à se soutenir mutuellement.
Tel était Tordre de bataille quand le duc de Reg« gio ordonna d'attaquer l'ennemi; d'abord celui-ci opposa une vive résistance^ mais elle fut vaincue* La division Legrand, qui depuis trois jours prenait, pa^ à l'action, commençait à triompher de tant d'obstacles, lorsqu 'arriva la division Verdier, aa pas de charge et baïonnette en avant : de toutes* parts les Russes furent enfoncés, et leurs soldats jetés dans la Drissa laissèrent dans nos mains qua-* torze pièces de canon , treize caissons , et plus de deux mille prisonniers. Le général Verdier, en les pousuivant sur la route de Sebeï, les harcela pendant plus de trois heures , et compta environ deux mille morts , parmi lesquels était le général Koul-
go LIVRE n.
^ son palais , pour fermer une grande esplanade oii il passait ses troupes en re¥ne(i). Ayant im jeUr fait rassembler les grenadiers à pied de la garde , il leur ordonna de «ecoimaîtte pour oûlonel ie génâ»! Priant : jamads nomination ne fat accueillie av«c des sentiments plus unanimes. Les paroles konora* Mes et gracieuses dcmt Niq[)olëon accompagna cette récompense ne pnitent être surpassées cpe par la joie et remhoasiasme 'Cpe les grenadiers firent éola-* ter. Us trouvèrent dans cette ovation une preu\30 d'estime pour leur corps, composé en grande partie des braves epày en Italie, en Egypte et en Ailema*^ gne, combattirent sous les yeux de celui qni devenait leur «hef. Le général Priant, qtiokpie sensible à
^ cet honneur, demanda et obtint de continuer à commander la deuxième division , quUl avait lui^mâmé fermée , et qui , depuis Fouverture de la campagne y se trouvait toujours d'avantrgarde.
A cette époque, Tempereur de Russie ayant quitté Tarmée pour se rendre à Pétersbourg, afin de pres^ ser la levée des milices de Finlande et dé Nowogo* rod , on répandit le bruit qu'il avait été assassiné à V^likî-Luki) par ses courtisans, mécontents de voir que ce monarque nous demandait la paix. On as^ sure que Napoléon, d'un sûr satisfait, propagea cette nouvelle dans une des audiences qu'il donna
(i) Auparavant *ce palais ëtait occupe par le duc de Wurtem- ^^^^ 9 gouverneur de Witepsk ; ce prince tenait dans cette ville une cour très brillante.
>^*^^^^*^^»*^''i^'^»^^<»^^.^<»^%i»^^%»»»»^%^<».^^».'%vi/v»/v%/w%/%/%.%<%/^/%/%/%.'%/%»*''
SMOLENSR.
J^ combat de Yéliz ayant fait sentir au vice-roi la nécessite' de renforcer le détachement de chasseurs qu^on y avait laissé, il envoya sur ce point la brigade entière du général Yillata , avec un bataillon de Dal^ mates. Vélii , situé à Tembranchement de deux grandes routes y dont Fune conduit à Pétersbourg , et l'autre à Smolensk, se voyait exposé à de fréquentes apparitions de kosaques. Cétait aussi le point le plus avancé où Farmée française eût encore pénétré. D'ailleurs les habitants de ce boui|[, presque tous Juifs, nous procuraient de quoi satisfaire aux pre^ miers besoins de la vie- On se livrait à cet abandon que donne le bien-être, lorsque le colonel Banco , à qui la langue russe était familière, fut informé par des espions que Fennemi se proposait d'attaquer la brigade. D'après cet avis, le général Villata fit secrètement ses dispositions pour le recevoir, tandis qu'il affectait en public d'être dans la plus parfaite sécurité. Les kosaques, s'étant présentés dès la pointe du jour devant Véliz, crurent trouver tout le monde endormi; mais les Dalmates, qui étaient sous les armes, sortirent de leur embuscade, et firent un feu de file qui renversa plusieurs de ces cavaliers.
SMOLENSR. g^
Ceux-cî, effrayés d'une telle réception, prirent la fuite , et renoncèrent à surprendre une place défendue par d'aussi braves soldats, qui, particulièrement dans cette occasion, montrèrent combien ils étaient dignes des récompenses dont on les avait comblés pour la première affaire.
 cette époque , la chaleur fut si forte que Napoléon ^ vit obligée , malgré l'impatience qu'il avait d'atteindre l'ennemi , d'accorder du repos à Parmée. Toutes les perâonnes qui avaient fait la campagne d'Egypte, assuraient que le soleil de cette contrée n'était pas plus brûlant que ne l'était alors celui de Russie. Les troupes dont les bivacs étaient éloignés des rivières souffraient cruellement; les soldats , pour avoir de l'eau , creusaient la terre avec leurs baïonnettes, et, s'ils iétaient assez heureux* pour en trouver, elle était si bourbeuse qu'ils né' pouvaient la boire qu'après l'avoir tamisée avec leurs mouchoirs.
Après a.y(Hr séjourné dix jours dans la ville de' Sourai, le quatrième corps se mit en marche, le 9 août, et prit la route de Janovitschi, où devait se trouver» la quatorzième division. La veille de ce mouvement , le chef d'escadron Làbédoyère , en sa qualité d'aid&'de-caioip du prince Eugène, se ren-' dit auprès du roi de N^ples. De retour de sa mission, cet officier confirma la nouvelle du combat sanglant que l'ennemi avait livré au général Sébastiani , auprès dlnkovo , et des suites fâcheuses qui
94 LIVRE IlL
en étaient résultées (i) ; selon le récit de tous les officiers , on convenait que nos. régpiments de cavalerie avaient extrêmement soufiPert, et <jpiWire plusieurs pièces de canon nous avions encore perdu une cofupagnie de volti^urs du 24^ infanterie légière. On ajoutait même que , sans le courage et Tintrépidité des lanciers prussiens , nos pertes auiaâem été beaucoup plus considérables. Dans ce^ occaBion, les uns blâmaient le général Sébastian^ ;, mais le plu^ grand nombre rejetait les torts sur le générai Mon^ brun, qui, quoique infcMrmédes forces supérieures de Tennemi^ ne consulta que sa bravoure, et ,. sans écouter auciln rapport, crut devoir hasadker le combat. '
AJanovitsclii (. LOfaout}, nos sapeues , $oi|is les< ordres- du général Poitevin ,. restaurèrent le pciit; construit suc la f^tite rivière qui tsayerse la ville; O. pont était si mIauvaiSi qu'on i^^osak plttë s>^ servir ;j les chevaux et les voitures passèrent à gué kk rivière^ dont le fond était trè^ fâsig^ux^ et les bords a^ez escarpés. En se dirigent sur Lioziia^ on^ parco«i«-f une plaiuQ légèresfte^t ondplée; puis on traverse, plusicfursbouqjaets de boij^, et une peûte lîivière qi^^ coule auprèSrd'uiV^aiiMau si^tté' à moitié distance du^ château dc^ Véle^kovitschii^ où l^ajcmée sWréta (,(>. août). Les soldais çfmipèrent au-dessous desr : haur» teurs qui entouraiejtf Ce châ^eauv Le jour suivaAtVt
(1) XUl* BlOUKin.
SMOLENSR. 95
jusqu^à Liozna, h foute^ placée dtB»des prairies maréçaQpmeSj prémmaii des- embarras continuels à nos ùoBvok'^ «uMoiK à^9IUi.(Ele rartillerie : il est vrai qné^ demjfmn amBtyH avait plu abondammenu Ces viol^ûts ot^^dstutenAlea seuls que nous essuyajnfis^; pendaot tovLtle i^sftede U campagne, si ce n^esc à Moskou, nQU^ne resseat^nes- pas les incommodi* tés d)^ la: pluie.
: A Iiojtyiat.no& troiipes profiterait du camp quV vait bitmd le corps du duc d^Ëlchingen , et qui se trouvait ^ntiifvU ville et le château. Pour aller à Licfuvavitsebii il y avM^ un chemin plus direct que celui que nous prîmes ; plusieurs obstacles de teiraifirsums £arci^em à.eji chercher un autre, ce qui ne fisc pas. exempt da. difficulté , car il fallut passer pluiBÎeurs d^lési^ travers des prairies fangeuses et dei^sefifiers. frayée au milieu des forets. En entrant dam cf^ bourg;, noua vîmes la cavalerie du roi de Majdasisevenip des enviftms de Roudnia et dlnkovo ; mai&, am lîeja. d^si^rala routç de Razasna,.^lle <e di|3gea ^u i^ ppi^t du I)niéper beaucoup' pliu ël^^ yiâ qelpi où BOUS devions le passer. La séumcN^ die touie Tana^e sur les bords de ce. fleuve atiAonç^it QuiKertepaaiii TUitention dîgtt^quer Smo* lensl^ suc l^jriv^l^^he, a^fi de s'emparer delà-) ville, d^nt la pnniefem^ëe se trouvait sur cette rive. Uordre en effet était de se rendre auprès de Razasna, où Pon avait jeté ptiisieurs ponts pour effectuer le
passage.
Avant d'y arriver, nous parcourûmes un pays^ presque désert; on ne voyait aucun village sur le chemin, et rarement trouvsdt-on quelques maisons? où Von pût s'arrêter ; la route était pratiquée sur une fondrière où nous faillîmes laisser une partie de nos bagages. Après des obstacles sans nombre , nous arrivâmes enfin à ce Dnieper , dont Tancien nonti de Borysthène , que lui donnèrent les Grecs , réveillait dans nos amès des idées grandes et poétiques (i). Ces illusions eurent bientôt disparu , lorsque nous ne vîmes qu'une rivière ordinaire , coulant dans un lit fort resserré. Ses rives sont très escarpées et d'un abord très difficile.
Tous les différents corps de la Grande-Armée, venant les uns par Orcha, et les autres par Babino* vitschi , Liozna et Roudnia , opérèrent leur jonction auprès de Razasna. L'Empereur, rendu dans ce village le i3 au matin, fit mettre en ligne les deux divisions du corps du prince d'Eckmiihl, qui étaient venues de Mohilow, àDoubrowna; après les avoir iïispectées, il les réunit aux trois autres, et les dirigea sur la route de Smolensk, tandis que le cinquième corps, formant toujours notre droite, se portait sur cette ville, en passant par Romànovo, Cette immense réunion d'hommes sur un seul point, en augmentant la dièette , redoublait :1a confusion
(i).Le nom de Borysthèpe. setnbJQ subsister encore, dans celai de Boriséno ou Bérézina, rivière qui, comme on sait, se jette dans le Dnieper.
SMOLEîîSR. 97
et le désordre qui régnaient sur les grandes routes ; les soldats égarés cherchaient en vain leurs régiments; des officiers, portant des ordres pressés, ne pouvaient les transmettre par Tencombrement des chemins : de là s^élevait sur les ponts et dans les défilés un tumulte effroyable.
En sortant du bourg de Liadouï ( lieu remarquable , en ce que c^est le dernier où Ton rencontrç des Juifs) , nous continuâmes notre marche jusqu'à Siniaki. Le vice-roi, campé autour de ce ham;eau, donna Tordre à ses troupes de s^arréter; pendant ce tempfrlà les autres corps de la Grande-Armée marchaient sur Smolensk, et la canonnade qu'on entendait nous faisait présumer qu'on attaquait vivement cette ville. \
Le' jour suivant ( 1 6 août), nous restâmes dans la même position. Vers les six heures du soir il fallut partir de Siniaki et marcher pendant trois heures pour arriver à Krasnoé, petite ville où sont quelques nciaisons en pierre, et on le vice-roi établit des postes de correspondance; mais il ne s'y arrêta point, et poursuivit sa route* Après avoir traversé la petite rivière de Katova, le prince établit son bivac sous une grande allée d'arbres , entouré de ses divisions. De très grand madn, on se remit en marche (17 août) pour aller de nouveau bivaquer au-delà de-Korouitnïa, dans un bois de bouleaux situé auprès d'un lac. Notre camp offrit alors un coup d'œil pittoresque.: le vice-roi ayant fait dresser sa tente au milieu de ce
bosquet, les officiers allèrent dormir dans leurs vôi*tures, ceux qui n'en avaient pas, abattirent des ai^ bres et construisirent des cabanes, tandis que leurs camarades allumaient des feux pour faire cuire la viande. Parmi les soldats, les uns allaient marauder, les autres lavaient leur linge au bord d'une eau limpide, et le reste, après une longue marche, se délassait en faisant la guerre au petit nombre d'oies et de canards échappés à la voracité des kosaques.
Ge9i là où nous apprîmes que la ville de ISmolensk, à la suite d'un tombât sanglant, avait été li^ vrée aux flammes par les Russes, et abandonnée à leurs vainqueurs. Cet événement fut d'un triste pré* sage , et nous fit connaître à quelles extrémités peut se porter un peuple lorsqu'il est déterminé à ne point fléchir sous une domination étrangère. Le lendemain , nous nous approchâmes de cette malheureuse ville; une lieue atant d*y arriver, le vice-roi nous fit. camper dans un bois voisin du château de Novoid— wor, et alla de sa pev^sonne rejoindre TEmpereur^ C'est là qu'un de me« camarades, venant de Stûin^ lensk, me raconta de la manière suivante les ^vé-^-^ nements dont tl avait été le ténic^n.
«La position qtrenou&consetvftmes jusqu'au i3 tt de ce mois, avait lait soupçonner à l'ennemi que « nous attaquerions Smotensk par la rive droite du « Borysthène, me dit cet officier; mais sur le bruit « que Barclay de Tolly , s'éiant enfin réuni à BagttH ation, s'avançait vers nous, l'Empereur, par une
SMOLEÎJSR. 99
« manœuvre pTompte et inatceiidae, fit passer toute « son armée sur la nve gauche de ce fleuTe. Dans la « journée du 14» ^ roi de Naplei , commandant Tact vanc-gaide, fut joint par le corps du duc d'Elchinu geUf qui, dans la matinée, avait franchi le Borysu théne auprès de Rhomino. Ce maréchal débou- « cha sur Krasnoé, où les Russes s^étaient rassemblés , « et engagea avec la division Ledru , un combat contt tre la 'vingt-septième division russe , foite de cinq u mille fantassins et de deux mille chevaux. Krasnoé « ayant été enlevé sans hésitation, le corps ennemi , « commandé par le général Niewierourski, se posta « derrière la ville ; mais notre infanterie Taborda si « franchement qu'il fut débusqué et obligé de se rc- « tirer sous la protection de son artillerie, qui fut •< parfaitement servie.
«IStotre cavalerie étant arrivée, les Russes firent «( retirer la leur, et se formèrent en -colonnes ser- «€ rées, puis en carrés pleins qui, quoique envelop- «c p^ de toutes paits, continuèrent leur retraite avec «< ordre, en se battant toujours. Plusieurs charges «K turent exécutées sur ces carrés , qui jamais ne se u laissèrent entamer , quoique plusieurs escadrons u eussent pénétré dans leurs rangs et séparé des baie taillons; le sang-froid de ces braves, et la force k d'inertie qu'ils opposèrent, rendirent vains tous « nos efforts. On les poursuivit ainsi jusqu'à la fin «du jour; à la faveur d'un défilé, ils se dérobèrent « à nos poursuites. C'est dans cette affaire que se dis-
loo LIVRQ III.
u dngua Iç général Bordespult^ et que le colonel.de u Marbœu£ fut blessé à la téta de son régiment. a Après ce succès, qui nous valut des canons et quelce que$ prispnniers, Napoléqn, dès le i6 au matin,. s^,se présenta avec son armée devant Smoleujsk. . a Cette grande et belle ville a. pour enceinte une u ancienne muraille crénelée , de quatre, mill^ toises a de circonférence, épaisse de dix.piedfii, etbautede u vingt-cinq , de distance en distance flanquée dVii normes tqurs, formant des bastions, dont lapluu part étaient armés ^e pièces ^de gros calibre. Les «Russes, toujours persuadés que nous viendrions u par la; rive .droite du Borysthène, avaient de M ce coté la; majenre. partie. def leurs troupes ;. nous «voyant airiver.par la rive, gauche, ils se crurent « tournés, et revinrent en toute hâte secourir. Smo- « lensk parle point principa};OÙ ils allaient étr^e attau qués; ils sjy.ponèrent ayeo d^autant phis dWdeur, « qu'Alexanjlre, en quittant. Parmée,. av£Ùt recomu ni.andé à.Parclây de Tolly, délivrer bataille, pour M sauver cet^e vjlle^ (i)fc .
u Le ducd'Elchingen, de.Loubna se dirigea .$ur u Spiolensk ; arrivé auprès dqs faubourgs ,. des .pelou tons de di^^agons et de nombreux pulks de kosaa qnes lui en défendirent Feutrée. Pour reconnaître u la force de^ Tennemi ,. il fit alors avancer un batailq Ion du 1 6^t régiment , dont Tardeur fut telle, qu'il
(i) Xlir Bullptin. .. ; .
SMOLEîiSK. loi
u s^élança au pas de chargée jusque sons les murailles (c de la ville > Vinfanterie russe , logée dans le chemin u couvert y fut forcée de rentrer dans la place avec <c une gtande précipitation. Ce brave bataillon allait M être accablé par un feu terrible d'artillerie et de u mousqueterie , lorsqu'il fut protégé dans sa retraite « par un second bataillon. Leur marche s'effectua « dans le meilleur ordre, et jamais l'ennemi n'osa tt sortir de ses retranchements pour les poursuivre. « Le duc d'Elchingen déclara dans son rapport que tf cette attaque victorieuse d'un seul bataillon contre M quatre mille hommes protégés par des remparts « et de l'artillerie , était le fait d'armes le plus vau leureuX qu'il eût vu depuis qu'il faisait la guerre , tt et le plus propre à donner aux Russes une haute u idée du courage des Français.
u Après avoir passé le reste de la journée du i6 à tt reconnaître la place et ses environs, l'Empereur u laissa le duc d'Elchingen sur la gauche , en lui « recommandant d'appuyer vers le Borysthène ; le « prince d'Ëckmiihl eut le centre , le prince Ponia- « towski la droite ; plus loin , et de côté, la cavalerie « du roi de Naples ; enfin, la garde et le quatrième « corps restèrent en réserve, non loin du champ de M bataille.
« La moitié de la joqrnée suivante se passa en 4( observations. L'ennemi occupait Smolênsk avec «trente mille hommes , le reste était en réserve sur « la rive droite , communiquant par les ponts coiv-
i03 LIVRE liL
m soroits au-deflsous de la ville. Napoléon , prévoyant « que la garnison, placée sous les ordres du .général « Doctorow , profiterait du temps qu W lui laissait « pour se fortifier toujours davpitage , ordonna au « prince Poniatowski de se portât en avant ; il lui « recommanda dVtablir des batteries pour détruire « les ponts, et d'intercepter la communication entre « les deux rives. Le prince dlËckmiihl, qui était « toujours au centre , fit attaquer deux faubouigs « retranchés , défendus par sept à huit mille hom- « mes d^infanterie. Le général Priant acheva Tinvesr • ttssement entre le premier corps et celui des Po-* «louais.
« L^après*midi , la cavalerie légère du général « Bruyères ^chassa celle des Russes , et prit posses* « sion du plateau le plus rapproché du pont. Là, « une batterie de soixante pièces fut établie , et nos « canonniers tirèrent si juste sur ces masses restées « vers Tautre rive , quelles furent contraintes de se « retirer. Pour répondre à cette batterie , on nous eiii « opposa deux de vingt pièces chacune. Le prince « d'Eckmiihl, chargé d^enlever la viUe, confia Tatr « taque du faubourg de droite au général Morand , « et celle du faubourg de gauche au général Oudin. K Ces généraux ordonnèrent un feu d'artillerie, au- « quel on répondit de la place et des redoutes. Au « même instant , leurs divisions s'avancent , et sur « tous les points en viennent aux mains avec les u troupes qui leur sont opposées. Quoique la dé-*
SMOLEîhSK. io3
tf fense fût aussi opiniâtra que Vattaque fut vive , tt tout céda à la valeur de nos soldats; les redoutes ce etleâ maisons créueléésoù Vennemi s'était retran^* « ché ayant été forcées , ceux qui les défendaient 9 préférèrent mourir plmôc que de poser les ar- 4rjnes. Enfin les Russes, qui rarement reculent *t en rase campagne, se virent forcés de sortir des u ouvrages avance pour se retirer dans le corps de H la place , après avoir éprouvé des pertes énormes; « on les poursuivit jusque sur le chemin couvert^ u qui se trouvait jonché de leurs cadavres. Le 1 3^ « léger et le IS17® montèrent avec la plus grande tf intrépidité sur un plateau hérissé d'artillerie , « qu'ils enlevèrent malgré le feu. de mousqueterie « dont iJs furent assaillis^ Le général Dalton, qui diri- « gea cette attaque , s'en acquitta avec une bravoure K telle qu'il faudrait des expressions nouvelles pour « la célébrer dignement.
« Sur notre gauche, le duc d'Elchingen enleva de tf même les retranchements occupés par les Russes, «et les contraignit à rentrer dans la ville, et à se «réfugier dans les tours ou sur les remparts, qu'ils « défendirent avec opiniâtreté ; mais on les déposta «par des obus qui mirent le feu. Le comte Sor- «hier, commandant l'artillerie de la garde, en pla- «çant des batteries d'enfilades, rendit impratic^* «ble aux assiégés l'occupation de leurs chemins « couverts.
«Alors le généra} Barclay de ToUy, prévoyant
io4 LIVRE m.
« qu^on allait tenter Tassaut de la ville , quoique la » brèche ne fût pas encore praticable, fit renforcer <( la garnison par deux nouvelles divisions et deux «( régiments d^infanterie de la garde. Le combat dura » jusqu^à la fin du jour. Bientôt après on aperçut u des colonnes de fum^ et des torrents de flammes ^<qui9 dans un instant, se communiquèrent aux ^ principaux quartiers de Smolensk, et, au milieu « d^une belle nuit d'été , offrirent à nps regards le u spectacle qu^offre aux habitants de Naples une - éruption du Vésuve.
u A une heure après minuit, les débris de la ville u furent abandonnés. Nos premiers grenadiers, à ^ deux heures du matin ( i8 août), se disposaient à < monter à Tassant, lorsqu'à leur grande surprise, »ils approchèrent sans résistance, et reconnurent > que la place était entièrement évacuée. Nous en '^prîmes possession, et trouvâmes dans ses murs «plusieurs pièces d'artillerie que l'ennemi n'avait ^ pu emmener.
«Jamais, me dit cet officier, en terminant son «récit, vous ne pourriez vous retracer l'horrible « dévastation qu'offrait l'intérieur de Smolensk. Mon (( entrée dans cette ville fera époque dans ma vie. «Figurez-vous, ajouta-t-il, les maisons incendiées ,' «toutes les rues, toutes les places encombrées de «Russes morts ou expirants, tandis que des famil- « les désolées bravaient tous les dangers pour arra- « chçr les débris de leur fortune à la fureur des flam«
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io6 LIVRE m.
fièrement au son d'une musique guerrière , frappabi à-Ia-fois de crainte et d'admiration les restes malheureux d'uiie population soumise.
L'affaire de Smolensk priva Tarmée ennemie de douze mille combattants, dont le tiers resta sur la place. Quoique nous fussions les assaillants, cette perte fut triple de la nôtre. A côté d'un soldat français on voyait les cadavres de cinq à six Russes. Un fait si extraordinaire paraîtra vraisemblable, lorsqu^on saura que les tirailleurs moskoMrites, livrés aux liqueurs fortes, se montrent au moment de l'action plus audacieux qu'habiles, et bravent le péril sans faire éprouver beaucoup de mal à leurs adversaires. Diaprés tous les rapports, l'ennemi eut plusieurs généraux tués. De notre côté, le général polonais Grabowski mourut glorieusement sur le champ de bataille. Les généraux Morand, Priant et Gudia acquirent dans cette journée une nouvelle illustration, et les généraux Zaionsheck, Grandeau et Dalton prouvèrent, par leurs blessures, combien il» avaient contribué à fixer la victoire.
On s'occupa promptement de rétablir sur le Borysthène le grand pont qui avait été brûlé , et qui communiquait avec l'autre partie de la ville , dont it ne restait pas une seule maison. A l'extrémité du fau» bourg par lequel nous étions arrivés, le quatrième corps et la cavalerie du général Grouchy traversèrent à gué la rivière avec toute leur artillerie. Dan» cet intervalle , on achevait d'autres ponu ^ ils faciU-
SMOLEÎSSR. 107
tèrent si bien le patstge, que ce même jour les trou* pes d'avant-gr^nfe, sous les ordres du roi de Naples, allèrent sur la route de Moskou à la poaisuite de Vennemi
Le corps du prince Eugène et celui du comte Grouchy campèrent sur la hauteur voisine, où passe la route de poste qui de Poriestch conduit à Pétersr bourg. La position était importante , et dhacnn s'étonnait que les Russes ne Feussent pas mieux d^ fendue ; en la conservant, notre maf che aurait été ra^ tardée , en ce qu^elle fermait la grande route de Moskou , et nous empêchait de tenir dans Smolensk , entièrement dominée par cette position.
Pendant que le centre de Tarmée poursuivait sa marche triomphante , le comte Gouvion-Saint-Cyr remportait sur la Dwina d'importantes victoires. Après TafiEure de Drissa, le général Wittgenstein • reçut douze bataillons de renfort; informé que la grosse arûUerie destinée pour Riga était arrivée à Tilsitty U présuma, que le duc de Tarente allait entreprendre ce siège; pour Ten détourner, il r^lut de surprendre la division Grandjean , qui , comme on sait, s'hélait emparée de Dunabourg. Le duc de Reggio, ayant été rejoint par le sixième corps, marcha sur la Drissaet la Svoïana, pour secourir cette division. Wittgenstein, instruit de ce mouvement, rebroussa chemin, et vint brusquement attaquer, h Svolna, le second corps, qu'il força à se replier si»r Polotsk} noiais au moment où le duc de Reggio H-
io8 LIVRE III.
vrait un combat violent pour repousser cette atta* que , il fut atteint d'un biscayen à Tëpaule , dont la blessure dangereuse Tobligea de quitter le champ de bataille et de céder son commandement au gë« néral Gouvion-Saint-Cyr.
. La bravoure que déployait la division Legrand , placée à Tembranchement des routes de Sebeï et de Nevel, ainsi que les efforts des corps bavarois mis en ligne le long de la Polota, semblaient ne pouvoir arrêter les succès de Wittgenstein. Le lendemain à la pointe du jour, afin de mieux tromper les Russes, le comte Gouvion-Saint-Gyr fit de nouvelles dispositions pour reprendre Toffensive ; il fit retirer sur la rive gauche de la Dwina, et sous leurs yeux, tous les bagages , avec une grande partie de Tartillerie et de la cavalerie, qui, ensuite, de Roudnia et Semenets, se rapprochèrent de la rivière et vinrent de nuit la repasser à Polotsk sans être vus. L'ennemi , abusé par cette adroite manœuvre, crut que nous battions en retraite, et s'avança pour nous poursuivre; mais, au lieu de lui céder le terrain , nous nous présentâmes rangés en bataille; notre artillerie, mise en batterie, fit feu. En même temps, nos colonnes d'infanterie, sous la protection de nos pièces, attaquèrent la gauche et le centre de Wittgenstein. Les deux divisions de Wrede et dé Roy, ayant combiné leur mouvement avec bravoure et intelligence, sortirent ensemble de Spas : elles marchèrent contre les lignes russes couvertes par quatre-vingts pièces de
canon, et demeurèrent engagées depi^is quatre heures du soir jusqu^à la 6n du jour^ Trois fois le village de Spas £at pris et repris. La division Legrand, en pcH» sitioii à gauche de «ce village, était liée k la dîvitton Yerdier, dont uiie brigade observait, la droite de l'eDiiemi; enfin la. division Merle couvrait le front de la ville de Polotsk.
Wittgenstein, surpris par d'aussi, belles dispositions, fit néanmoiils bonne contenance, à: la faveur de sa nonibreuse artillerie;, mais, aux approches de la nuit, voyant son. centre et sa gauche enfoncés, il battit en retraite par échelon, aprè^ «ivoir défendu chaque position avec açhaj^iemeut ; cW par cette résistance opiniâtre qu'il parvint à sauver son armée. Plusieurs pièces de aanon,:Eestées etf notre pouvoir^ au|^entère|it . les (trophées d-une aussi glorieuse journée. Sans les bfis, qui facilitèrent Tévasion des prisonAiers, on.^^ui^t.fait un nombre considérable ; ceux que nous, recueillîmes furent ramassés blessés sur le champ de.)»ataille, et par la quantité qu'on en iroi^Va <>i%ipouyait juger combien grande avait,été la perte 4e« Busses^ Depuis lors, Wittgenstein se jugea sibieuibattu qu'il resta.deux mois eur tiers sutila^Piissa.sfuis oser rien entreprendre,. atr tendant powvrenouveler ses attaques qu'il eût été joint par la division de. Finaude et par de nombrçur ses. milices qui devaient lui larriveir de Nowogorodet de Pétersbourg. • i
A la vérité., cette ivictoire , ainsi que les combats
ito LIVRE Ht;
glorieux qui sVn suivirent » furent chèrement achetés par la perte de plusieurs officiers bavarois, et sur* tout par les blessures mortelles des généraux de Rqy et Siebein : le premier fut particulièrement regretté; il était presque octogénaire , et comptait soixante ans de service ; les soldats perdirent en lui un véritable père , et les officiers un chef dont le courage et Texpérience consommée étaient en vénération dans toute Tarmée bavaroise. Napoléon, ignorant sa mort, le nSmma comte de 1-empire , avec une dotation de trente mille francs. Les généraux, <^ciers et soldats rivalisèrent dlnteUigeneé et de courage pour le succès ile la bataille* Parmi les premiers, le c^mte Gonvion-^Saint-^Cyr loua les générai» de Wrede 5 Legrând, Verdier et-Raclovitsch (blessés) ; le géné^ rai Merie , à la tête des Suisséis et des Croates , se di&* tingua dans une attaque que fil Tennemi peur pit^ téger sa letraite, et le général Aubry, en dirigeant Tartillerie, reàdit dMminents services, ^insi que -les chefs d^état-méjor des second et sixième corps, dont les excellemeff dispositions méritaient les plus grands éloges : enfin; il lennina son rapport par réclamer, en favtar de ses officiers , la bienveillance de TEm-^ pereur. Auwllê général en chef rendit justice à tout le monde , iexèepté à lui-même, sur qui sa modestie garda le sileiiee le plus absolûr; mais elle en brilla davantage , et servit è rehausser des talents qui bientôt après reçurent leur récompense dans le bâton de maréchal , donné sur le champ de bataille.
SMOLEÎÏSK. 111
Tandis que nos corps de gpandie remportaient sur la D wina d'importânteê victoires , cetx qui faisaient partie dii centre s'illustrèrent par des combats non moins gJorieux. Le duc dïllchingen, après avcnr tra* versé le Borysthéne (19 août) au-dessous de Smcdensk, se réunit au roi de Naples, et ponrsuivit les Russes; à une lieue de là, il rencontra une partie de leur arrière^arde , formée d^une division du corps de Bagawout, d'environ six mille hommes. Anssitât Taiv tion s^engagea avec une grande vivacité, et dura plus de deux heures. Après plusieurs charges meurtrières pour Tennemi, il se redrm en désordre, sous la protection des kosaques. Sur cette entrefaite , TËmpe** reur arrive : aussitôt il ordonne de presser la marche, et de se porter sbr la direction de Moskou. Demi-» lieue plus loin, on atteignit encore Farrière-garde de Barclay de ToUy; la division Ratout Tattaqua sans héûter ; dans f îasumt, la position qu'elle occupait fut enlevée , et Terme blanche couvrit de morts le terrain ou Ton s^était battu.
Le coipe qui protégeait la retraite des Russes, forcé de se redier sur un troisième échelon , prit position an plateau de Valontina , où se trouvait une partie de leur armée rangée en bouille ; le duc d'EU chingen ayant fait faire halte à la onzième division, pour attendre la dixième et la vingt-cinquième, Ten* nemi prit notre prudence pour de Thésitation ; ne se voyant plus poursuivi, il voulut à son tour prendre Toffensive , et redoubla dWorts contre la division
Razoot, mais il fut toujours repoussé ; il n^y a point dVxpressions pour rendre Tenthousiasme que le brave i8^ régiment montra dans cette circonstance : lui seul enfonça la première ligne des assaillants. Vers les quatre heures après-midi , la fusillade s'engagea de nouveau; le duc d'Abrantès, qui s'était égaré sur la droite de Smolensk, fit un faux mouvement, et ne put se porter avec assez de promptitude sur la route de Moskou, pour couper la retraite à nos adversaires (i). Aussi, les premiers échelons ennemis revinrent sur leurs pas, et engagèrent succès^ sivement jusqu'à quatre divisions. Les Russes avaient d'autant plus d'intérêt à défendre cette position, qu'outre sa force réelle, elle était, dans le pays, regardée comme inexpugnable ; dans les anciennes guerres, les Polonais y avaient toujours été battus. De là les Moskovites, par l'effet d'une tradition religieuse, rattachaient à ce plateau l'espérance de la victoire, et l'avaient décoré du titre pdmpeux df Champ sacré. \
Si Barclay de :Tolly attachait une haiate impor-^ tance à le conserver, celle que nous mettions à l'enlever n'était pas moindre , sur^tout en songeant qu'on pourrait alors s'emparer de tous les bagages et cha-ïriots de blessés sortis dé Smolensk, dont l'arrière* garde protégeait l'évacuation. A six heures du soir, la division Gudin, envoyée pour soutenir le troi-?
(i)Xm*etXIV«BuîlctiiK.
ii4 LIVRE IIL
reur distribua,. sur le champ de bataille, des recoi»* penses aux régiments qui sVtaient disdingnës; et comme le 127', qui était un nouveau réginkent, sVtait bien comporté, Napoléon lui accorda le droit de porter une aigle, droit qu'il n'avait pas encore, ne sVtant trouvé jusqu'alors à aucune bataille. Ces ré^ compenses, données au milieu des morts, des nDiour> rants, et sur un lieu qu'avait illustré la victoire, offraient un spectacle de grandeur qni pouvait assimiler nos exploits à tout ce que l'antiquité a produit de plus héroïque. La sensation que cette revue, produisit sur Napoléon .eut pour lui un résultat bien funeste ; Ton raconte en effet qu'il avait projeté de terminer la campagne par ce dernier combat; mais, en voyant les vainqueurs de Valontina, il fut si fort enthousiasmé de leur tenue martiale , qu'il dit à ceux qui l'entouraient : Poursuivons nos succès; avec de pareilles troupes y on doit aller au bout du monde l Jusqu'à cette époque on avait cm que l'Ëmpe^ reur, voulant seulement rétablir le royaume de Pologne, bornerait ses conquêtes aux villes de Witepsk et de Smolensk , qui , par leur position , ferment l'étroit passage compris entre le Borysthène et la Dwina; chacun considérait ces deux fleuves comme devant lui servir de ligne aux approches de l'hiver; et si, au lieu de se porter en avant, il eût fourni au duc de Tarente les moyens de prendre Riga, s'il eût fortifié les places importantes , et sur-tout organisé la Pologne qu'il avait conquise tout entière , il n'y a
SMOLENSR. ii5
pas de doute que, le printemps suivant, Napoléon aurait forcé les Russes de se soumettre à ses condi* tions, ou bien les eût réduits à courir le risque presque certain de voir détruire à-la-fois Pétersbottrg et Moskou, puisqu^alors rarmée française se trouvait à une égale distance de ces deux capitales. Au lieu d'adopter ce plan judicieux, ce guerrier, qui dévorait Vavçnir, se rappelant Theureuse issue de ses dernières campagnes, où toujours il dicta la paix dans le palais même des souverains qu'il avait vaincus, fiit trompé par Vëclat de ses anciens traités : ces souvenirs glorieux Tenhardirent à tel point, qu'il dédaigna les conseils de la sagesse, et voulut, ([uoiqu'à six cents lieues de la France, n'ayant plus que des chevaux fatigués, sans vivres, sans magasins, sans hôpitaux, s'éloigner encore de son centre d'opérations et de l'entrepôt de toutes ses ressources, pour s'aventurer sur la route déserte de Moskou ; par une faute inouïe dans les fastes de la guerre, et qui doit être regardée comme la cause véritable de toutes ses disgrâces, il laissa sur ses ailes deux armées ennemies , maintenues seulement par des alliés dont la politique lui faisait un devoir de suspecter la sincérité; enfin sur notre gauche était le corps de Wittgenstein, et sur nos derrières une armée russe cantonnée dans la Moldavie, prête à marcher contre nous aussitôt que le traité de paix, déjà conclu avec la Porte-Ottomane, aurait été ratifié. Mais ce qui aurait dû lui ouvrir les yeux était
ri6 LIVRE 111.
de voir cfoe le corps autnciueii mettait beaucoup de ienteor liaas âc» opéiatkmaL ^pofeon, accoutumé a coBunanJer ea naître à toms ses allies, et sur-tout enorgueilli par san deraîer hymen, sVcait ima'g[îné i{ue ra^centUat quil avak sur Tespiît de son beaupère influerait sur les déckions du censeil aulique, i{ui, mettant de côlé soo ancienne tactique, adopterait le UANiveau «ysièiBe de guenre, et Im foiunuirait les moyens d'accoaiplir son plan d^astiaenr. Dans cette fausse pefsuaâîon, il se flattait que Sebwarz^enbe^, dont il s^occupûi à £adre larépotatiom, serait obéissant à ses ordres, et que les Autrickiens repousseraient les coq>s de TormascHP^ de Hertel et de SdAiken^ à la même hauteur où nous arîons rejeté Tarmêe de Barclay de T<dly, et quVm pénétrant dans ITLraine ils ravageraient les gouvernements Je Kiow et de Raluga, au moment où nous entr^ rions à Moskctt.
S'il eût réfléchi aux raisons d^étal qui dirigent les cabinets, il eût vu que celui de Vienne, hiuni-* lié par nos victoires, ne cheichaU que Toccasion; d'une faute pour venger ses afironls et reprendre son ancienne influence. D ailleurs cette cour, dont la politique imperturbable est aujourd^ûi bien supérieure à ses armes, intéressée à entretenir la meV intelligence entre la France et la Russie, ne desirait que. .rafïaiblissement de toutes les deux, sans vouloir la ruine. dVucune; et que par conséquent rAutrîrhe, à l'exemple de ce qu'avait fait la Russie
ii8 LIVRE III.
ter à se porter sur Moskou , et la victoire de Ghorodetschna, que venait de remporter le prince Schwarzenberg, en dissipant ses soupçons, acheva de le déterminer.
Je vais raconter ce combat dans tous ses détails, puisqu^il fut Tunique sur ce point durant la campagne , et qu^à cette époque les Autrichiens , n^ayant encore aucun sujet de se méfier de notre bonne foi ni de notre fortune , semblèrent prouver que , malgré leur répugnance à seconder une guerre si contraire à leur politique , néanmoins ils se con« duisirent en gens d^honneur, et qu^en supposant quW ait manqué au traité, ce nW pas h eux que la postérité reprochera de Tavoir violé les premiers*
Les Russes s^étant mis en position derrière les hauteurs du défilé de Ghorodetschna, pour défendre Feutrée de leurs provinces méridionales , le prince Schwarzenberg, réuni au général Reynier, fit reconnaître leurs forces. Tous ses rapports lui apprirent qu'il avait affaire à toute l'armée de Wolhynie, forte de trente-cinq mille hommes, avec soixante pièces d'artillerie. Le comte Reynier s'étant aperçu que le général en chef Tormasow avait négligé d'occuper Podoubné, au lieu d'y appuyer sa gauche^ profita de cette faute, en y plaçant une division de chasseurs; de plus il convint qu'il attaquerait l'enne^ mi, pendant que le corps autrichien seconderait son mouvement en se portant sur Ghorodetschna et Podoubné.
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Lie lendemain, au point du jour, on s'aperçut qu^aucune de nos manœuvres n'avait échappé à Toi^ masow, et que^ pour en prévenir l'efiet, il avait dirigée h majeure partie de ses forces visrà-vis le àé' houcbé de Podoubné; aussi dès que les Saxons se portèrent en avant pour gagner le terrain nécessaire à leur déploiement, ils essuyèrent le feu redoublé de leurs adversaires qui ne cessaient de renforcer leur flanc gauche, et avec des forces si nombreuses , qu'ils menaçaient de déborder notre aile droite; dès-lors toutes nos opérations se bornèrent à repousser les attaques de l'ennemi, pour tâcher de le faire replier vers son centre.
Pendant que cette action très vive avait lieu sur notre droite , on se battait avec acharnement tout le long de la ligne; et à travers les marais les Autrichiens enlevaient la hauteur de Podoubné , que Tormasow défendait vaillamment, dans la crainte de se trouver entre deux feux , du moment qu'on aurait forcé le passage. Tous les efforts furent rendus vains par la brigade saxonne de Polents : la position fiit enlevée, et les Russes, à la faveur de la nuit ^battirent en retraite. Le jour suivant ( 1 3 août) , leur arrière^arde , forte de huit mille hommes, fut poursuivie sur la route de Kobrin. Le général Bianchi la culbuta toutes les fois qu'elle voulut tenir, et ramassa sur la route quantité de blessés. Les Autrichiens, dont les rapports sont rarement exagérés, avouèrent que leur perte était de mille hommes ,
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tandis qu^ik évahièrent celle desRusses à trois mîQe cinq cents. '
L'armée de Wolhynie ayant été rejetée derrière la Moukhavets, on la poursuivit jùsqu^à Brestlitoy^ où elle se rallia à la faveur de marais. Depuis lors , les Autrichiejis ne poursuivirent plus leurs succès. Notre système d'invasion, en portant ombrage à leur politique, sembla refroidir leuf *zéle; plus nous nous affaiblissions , plus ils cherchaient à se conserver. A mesure qu^ils ralentissaient leurs opérations, celles des généraux russes redoublaient d^activité. Enfin tour-à-tour vainqueurs et vaincus , les combattants ne firent que manœuvrer; et, selon les nouvelles de la Grande-Armée, se cédèrent mutuellement le terrain qu'ils avaient abandonné. Ainsi la forteresse de Bobruïsk ne fut point rendue, et les Autrichiens ne virent pas même les rives du Borysthène.
C'est à Smolensk que le quatrième corps changea de chef d'état-major. Le général Dessoles , qui l'avait été jusqu'alors, dégoûté de l'oubli où on laissait ses services , n'aspirait qu'à jouir paisiblement de l'estime acquise par ses talents. L'armée, en se rappe^ lant qu'il avait partagé la gloire et la disgrâce de Moreau, approuvait soii mécontentement, et concevait combien il lui serait difficile d'acquérir un rang qui pût le mettre au nive(an de ceux qu'une faveur plus .marquée avait poussés dans la carrière , et [qui lui seraient toujours préférés. L'Empereur ^
cédant à ses instances, accorda à cet habile général une retraite honorable, et lui donna pour successeur le baron Guiileminot, avantageusement connu du prioce vice-roi, par l'exercice de ces mêmes fonctions qu'il remplit par intérim après la bataille de Wagram.
Pendant les quatre jours que Napoléon s'arrêta k Smolensk, il passa en revue les difS^rents corps qui s'étaient distingués depuis l'ouverture de la campagne. A ce titre , aucun , plus que le quatrième , ne méritait cette honorable distinction ; elle nous fut enfin accordée , et les chefs de chaque division , à l'exception du général Pino, parti peu de jours auparavant pour Witepsk avec la quinzième, reçurent l'ordre (22 août ), de faire mettre leurs soldats sous les armes. Toute notre armée, dans le plus bel appareil , se rangea en bataille dans une vaste plaine voisine du plateau où nous étions campés. Une tenue magnifique , et sur-tout le souvenir des brillantes affaires de Witepsk , valurent à notre corps des récompenses dignes de sa valeur, et attestèrent la munificence du chef qui daignait les accorder.
La fortune, qui jusqu'alors avait été la fidèle compagne de Napoléon, l'abandonna réellement, le jour même qu'il eût formé le projet de marcher snr Moskou. Cette grande entreprise décidément résolue, l'armée partit de Smolensk, le 23 août; le centre se dirigea sur Doroghobouï, la droite prit la route d'Elnia, et lagauche se rendit à Wolodimerowa. Tout
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poitutà croire <|ae rintentioii do vice-roi était d^àl- 1er à DookhoTcktcJiîna, pour se rabattre ensuite vers Doroghoboui\ et là se leonir à FEmpereur ; mais le général Grouchy, «pu nous précédait avec sa cavalerie, annonça qnll avait repoussé rennemi à plus de vingt lieues de distance. Alors le prince, pouvant se dispenser d^aller à Donkhovcbtckina, se décida à faire chereher une route qui conduisît directement sur celle de Doroghobonï; il la trouva auprès de Pomoghailova, et il la suivit avec d'autant plus d'assurance qu'un corps russe Tavait pareonrue en effectuant sa retraite.
Cette route, dans Intérieur des terres, nous fît. traverser un excellent pays; on voyait, chose éton-* nante, des bestiaux paître dans la campagne, quel* ques habitants dans les villages, et des maisons qui n'avaient point été saccagées. Le soldat étant dans 1 abondance , oubliait ses fatigues , et ne songeait pas à la longueur d'une marehe qui durait depuis plus de dix heures. Enfin nous arrivâmes le soir à Pologhi, village peu éloigné de la grande route que nous cherchions. Le lendemain matin (25 août), nous traversâmes le Vop, petite rivière qui eût attiré notre attention si on eût pu prévoir qu'un jour elle nous serait bien fatale ! Cependant il était facile d'augurer ce qu'elle serait dans l'hiver, parla difficulté que nous eûmes à la traverser au milieu de l'été. Son Ut était fort profond , et les rampes qui y conduisaient tellement escarpées, que l'artillerie ne
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put passer qu'^avec beaucoup de peine , et en doublant Vattelag^e des pièces.
En continuant notre marche , nous revîmes le Borysthéne , dont les alentours marécageux et couverts de bois touchaient presque à la colline sur laquelle était le chemin que nous parcourions. Une lieue plus loin , on aperçut les hautes tours du beau château de Zazelé : tout près de là était un lac, où se rafraîchissait la cavalerie du général Grouchy, qui , arrivée avant nous, campait autour de ce château.
De ce point, le vice -roi expédia des officiers à Doroghobouï, dont l'Empereur venait de sVmparer; quoique le général Grouchy eût poussé fort loin sou avant-garde, on ignorait encore que les communications fussent libres jusqu'à cette ville. Aussi les officiers envoyés en mission traversèrent le Borysthène sous Zazelé, et, rejoignant la route de poste de Smolensk, arrivèrent sans danger à Doroghobouj , où Tétat-major de la Grande-Armée avait établi son quartierçénéral.
Ce bourg, placé sur une hauteur, offrait une position militaire : il pouvait fermer le passage de deux grandes routes aux armées qui , de Smolensk et de Witepsk, auraient voulu marcher sur Moskou; malgré ces avantages, la ville ne fut que faiblement défendue, tant les Russes avaient éprouvé de pertes aux combats de Smolensk et de Valontina! Notre corps allait entrer dans Doroghobouï, lorsqu'un ofii-*