‹ Relation complète de la campagne de Russie, en 1812Chapitre 5 sur 12 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

cier d'ordonnance de l'Empereur remit des dépêches au vic'c-roi : dès que ce prince en eut pris lecture , il fit chercher, aux environs du lieu où nous étions, un site favorable pour le campement de ses divisions. Le manque d'eau fit pousser jusqu'auprès de Mikaïlovskoé. Le lendemain nous entrâmes dans la plaine qu'arrose le Borysthène , et suivîmes le che-* min qui conduit à Blaghovë, où devait s'effectuer le passage du fleuve, laissant à notre droite des collines cultivées, sur lesquelles se trouviaient plusieui*s hameaux. La fumée qui sortait des maisons faisait augurer qu'elles n'avaient point été abandonnées; on voyait de loin leurs paisibles habitants courir sur le sommet des monts, et observer avec anxiété si nous ne venions pas troubler la paix de leurs chaumières.

Les sources du Borysthène étant peu éloignées de Blaghové, ce fleuve n'a vers ce point qu'une très petite largeur; nous le passâmes à gué facilement, et l'artillerie n'éprouva de difficultés qu'à franchir ses bords, qui, comme ceux de toutes les rivières de la Russie, sont extrêmement élevés et contiennent les eaux durant la fonte des neiges.

Le vice-roi ne s'éloigna de celle-ci que lorsque ses troupes l'eurent traversée. Le quatrième corps, formant l'extrême gauche de la Grande-Armée , était obligé de marcher par des chemins peu frayés. Pour empêcher de s'égarer, le prince ordonna au général Triaire , commandant l'avant-rgarde , de jalonner la

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route par des drageons laissés en vedettes : cette sage prëcaution futsaistaire aox détachements, et surtout aux hommes isolés , qui , n'ayant plus d^încertitude sur la route qu'ils devaient suivre , arrivèrent tous à Agopochina. Auparavant, ces malkenreux, laissés en arrière, se trouvaient au milieu des forêts ou dans des plaines immenses, toutes entrecoupées par des sentiers d'égale largeur ; ne sachant point la langue du pays, et, ne trouvant personne pour les guider , ils erraient dans de vastes solitudes , et tôt on tard périssaient de misère, on par le fer des paysans exaspérés contre nous.

Le village d'Agopochîna , où l'on s'arrêta (27 août ), est rem^arqHaUe pai^ ni> vaste château et par une belle église en pierre^ dont les quatre façades sont ornées de quatre péristyles ; le sanctuaire, construit selon le rit grec , élait d'une grande richesse, et orné de tableaux rares et curieux qui nous rappelèrent la manière sécke, mais correcte, que les Grecs apportèveat de Constaminople , lorsqu'ils vinrent, au quinzièmesiécle, fonder eu Italie des écoles de peiature. Ce fut de ce village que le commandant Sevelimge, nouveliement arrivé à notre étatmajor, fui expédié au roi de Naples avec des dépêches importantes. Ces dépêches n'étanc point parvennes , et lé commandant n'ayant plus reparu, nous eûmes la triste eertimde qu'il éink tombé entre les mains des.ko«aques.

• Tandis que l'avant-garde se poitait sur Viazma

(28 août), les Polonais manœuvraient sur Textréme droite, en remontant la rivière d^Ozma; le quatrième corps continuait à flanquer la gauche de la grande route, en marchant toujours à-peu-près à la même hauteur que les corps du centre. Ijc chemin que nous suivions ne pouvait jamais avoir été fréquente par aucune armée; il était étroit, coupé par de fréquents ravins, et souvent si resserré , qu^il ressemblait à un sentier tracé pour diviser les terres. Après deux heures de marche, on campa autour d^un château abandonné , situé à une lieue en-deçà de Béreski. En même temps. Napoléon arrivait à Semlevo. Les Russes ayant voulu Tarréter, en prenant position sur TOzma , auprès du village de Rouîlki, avec une arrière-garde dVnviron huit mille hommes de cavalerie , il ordonna au roi de Naples , de tourner leur gauche, tandis que lé 4^ de lanciers les chargerait. I/ennemi , débordé sur toute sa UgUe , précipita sa retraite. Il fut poursuivi par le comte Caulaincourt, qui, à la pointe du jour, se présenta devant Viazma.

Cette petite ville , qui en est une grande pour la Russie, était dans une situation favorable pour sa défense : construite aux sources de la rivière qui porte son nom , elle se trouve entourée de ravins, et assise sur un beau plateau qui domine également la plaine et Tembouchure du défilé par où passe la route de Smolensk. Les Russes profitèrent peu de ces avantages ; ils ne disputèrent la position que fai-

bletaent ; après un \éger combat ils mmnt le feu aux ponts et aux principaux édifices , puis ils se retirèrent. Nous arrivâmes au moment où Vuizma était la proie des flammes. Quoique accoutumé aux încen Jies, on ne put néanmoins s^empécher de jeter un regard de pitié sur cette malheureuse ville, jadis peuplée de dix mille habitants ; nouvellement fondée, elle avait pins de trente églises; ses maisons, toutes neuves et construites avec élégance, étaient enveloppées dans des tourbillons de fumée; leur destruction excitait en nous d^autant plus de regrets, que, depuis Witepsk, nous n'en avions point vu d.e plus jolies ni de plus agréables. Deux bataillons du 2 5^, parvenus à maîtriser le feu , sauvèrent les deux tiers dé. la ville , mais on n'y trouva point d'habi* tants , la population avait fui vers Moskou , et Ton portait déjà à quinze cent mille le nombre des malheureux qui refluaient sur cette capitale.

Le vice-roî , en quittant les environs de Béreski , rejoig^nit la Grande-Armée tout près de Viazma , où son- coips ût halte pendant, plus de deux heures. Placés sur un teitre, nous distinguions les progrès de Vembrasement, et entendions les coups de canon réitérés qu'on tirait sur Tennemi de l'autre côté de la ville. Une cavalerie nombreuse , et qui débouchait de toutes parts, campait aux environs. Le prince Eugène, d'après les ordres de l'Empereur, franchit la Viazma, qui, sur ce point, n'est qu'un faible ruisseau. On parvint ensuite au sommet d'une colline ,

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de voir que le corps ^uUriclaQn mettait beaucoup de lentçuj dans ses opérations Napoléon, accoutumé à commander eii maître à Ions sues afiié^, et suMout enorg;-ueiUi par $on deraWrbymcsB, $Vtait ima'g[iné que Tascendant qnlt avaii surreapnK de son beaupère influerait sur les déoisioii» du eon^eil aulique , qui, mettant de côté son ^miçnne Iftctiqtte, adopte>rait le nouveau «lystémQ dc^ gfU^iifQ, 91 hà foivmirait les moyens d^accompUr squ pW» djé^^tateur. I>ans cette fausse pef-si^^s^B , il %e flattftit que S^wân^enberg, dont il s^occupait h faate l^fféputatioii;, serait obéissant à s)es ordre/» ,. et qu^ le» Autriclufina repousseraient le^ corps <le Tbriiiâ$(ftif^^ de Berid et de Sacken, à la même hauteur où notis avions rejeté Tarmée de Barclay de Tolly, et qu^evt pénétrant dai(ks l'Ukraine ils ravageraient Ie$ gfravemements de KJiOW et de Kalutga , aa moment où aous entrerions à A/^o^kouu

. S'il eM réfléchi aux i:ai90ns d'état cpti diiîigent les cabii^ts, il oât vu que celui de Vienve, Immi-» lié; par HiQ^ victoires ,. ne cheuchaît ^ue Toccasîoii: d'une Jfauiie pour vei»ger ses a£Fr.QBÉi ^ reppeiidre son aniçieime influence. D'ailleurs cette, cour, dom la politique impertui^able est aujoxtrd'hiH bien snpérieuce à ses armes, in^ressée à eatretèairla més^ intelligence entre la France et la Russie, ne desi-» rait que, j'affàiblissemienit de toutes, ks deux , sans vouloir la ruine. d'aucune; et que )par conséqûem l'Autriche, à l'exemple de ce qu'avait fait la. Russie

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durant la campagne de Wag^ram, devait se borner à observer les arm^s /leilig^érantes , sftm jamais livrf^r aucune batsdlle qui pût compromettre sa force ni sa sûreté.

Outre cela, la cour de Vienne avait de fortes raisons pour agir avec défiance. Les Provinces iUyriennes étaient, disait-on, le prix de son alliance, et ce-^ pendant Napoléon ne faisait rien qui annonçât l'intention de le6 lui rendre. On assure aussi qu^il avait promis six tniUions pour Tentretien du corps auxiliaire , et qu'après avoir donné quelques faibles àcomptes il ne Voulut plus pourvoir à sa solde. Telles sont du moins les raisons apparentes qui obligèrent l'Autriche à ne pas agir d'une manière au^i nctivo que nous Taurions desité.

Tormâsow, général en chef de l'armée de Wolhynie, opposée à celles que commandaient Schwarzenberg et Reynier, depuis l'ouverture de la campagne, déployait des talents et des ressources qui pouvaient nous être aussi funestes que ceux de Wittgenstein. Napoléon dut sansi doute réfléchir long* temps aux dangers que présentaient les deux armées ennemies qu'il laissait derrière lui; le séjour qu'il fit à Smolensk, les conférences qu'il eut avec ses maréchaux, même^près le combat de Valôntina, tout annonçait qu'il était encore incertain de savoir si , pour cette année, il bornerait au Dnieper le cours de ses conquêtes. liCS succès du duc d'Elchingen et du maréchal Gouvion Saint-Gyr semblaient l'exci-

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connu, et qui se trouvait précisément entre. deut petits villages occupés par les kosaques : ceux-ci nVurent pas plustôt aperçu ce mouvement , qu^ik abandonnèrent les villages et le plateau, dont la car Valérie bavaroise, suivie de son artillerie, ne tarda pas à prendre possession. Arrivés sur cette hauteur, nous vîmes que^ de tous côtés, Tennemi prenait la fuite : on le poursuivit avec ardeur; mai3, comme la nuit approchait, notre corps alla s^étaUir dans le petit village de Paulova , situé à une demi-Ueue de Ghiat.

Le grand quartier-général ayant passé trois jours dans cette ville, nous nous arrêtâmes à Paulova et .Woremiewo (2 et 3 septembre) : là, on publia un 4>rdre dajour par lequel l'Empereur , en accordant du repots à Farmée , l'invitait à en profiter pour se procurer des vivres, nettoyer ses armes, et se préparer à une bataille que Tennemi semblait vouloir ac^ cepter. On engageait enfin les détachements eur voyés en maraude à rentrer le lendemain au soir^ s'ils ne voulaient être privés de l'honneur de combattre.

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rétrograderait 'plus ; dans la vue de sauver Moskoti, dont nous n'étions qu'à cinq journées de marche, il choisit entre Ghiat et Mojaïsk une forte position. De part et d'autre , on croyait avoir tout ce qu'il fallait pour vaincre. Les Russes étaient animés pour la défense de leur patrie, de leurs foyers, de leurs enfants; mais nous, accoutumés à triompher, pleins de ces idées de grandeur et d'héroïsme qu'inspiraient nos succès, nous ne demandions qu'à combattre; et par l'effet de cette supériorité que le courage donne sur le nombre , nous calculions, la veille de la bataille, quels seraient pour le lendemain les fruits de la victoire.

L'état- major venait d'entrer dans le village de Woremiewo , où était un beau château appartenant au prince Kutusow, lorsque le vice-roi, accompagné de plusieurs officiers , alla reconnaître les environs. Il avait à peine marché un quart d'heure , qu'il trouva toute la plaine remplie de kosaques; ceux-ci s'avancèrent pour charger le groupe qui était autour de sa personne; mais, à la vue de quelques dragons qui formaient notre escorte , ils s'enfuirent , et ne reparurent plus autour de Woremiewo.

Tandis que nous séjournions dans ce village , des soldats du io6^ régiment, allant en maraude, rencontrèrent, dans une chaise de poste, un officierez, un chirurgien russes. Amenés à l'état-major, le pre^ mier déclara qu'il venait de Riga, sa patrie, et quSL allait rejoindre le quartier-général de Kutusow, qui i

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depuis quelques jours, avait remplace Barclay de Tolly. Quoique cet officier fût d^rë, et d'une grande famille de la Livonie , le prince ne voulut pas le voir y soupçonnant avec raison quHl s'était exposé à se laisser prendre dans Tespérance d'épier lai-même nos manœuvres. Plusieurs paysans, surpris au milieu des champs, et sur-tout le voisinage de Mojaïsk, où Ton savait que l'ennemi était wtranché, semblaient justifier ces conjectures.

Après avoir passé deux jours dans Woremiewo , nous en partîmes (4 septembre), et traversâmes des forets où l'on nous dit que les kosaques avaient été rencontrés. Les rapports de l'avant-garde, confirmant cette nouvelle , obliquèrent le vice-roi à faire faire halte dans une plaine où tout notre corps fut rassemblé. Le prince, à la tête de la cavalerie, faisait Tuarcher l'infanterie immédiatement après; derrière était la garde , placée en réserve : ce fut dans cet ordre que nous allâmes au-devant de l'ennemi. Arrhvés près du petit village de Louzos, les kosaques, rassemiblés derrière un ravin , se formaient en escadrons pour s'opposer à notre passage; mais à la vue de notre cavalerie , les Russes craignirent d'être chargés sur leurs derrières, et battirent en retraite.

Durant notre marche , nous n'avions cessé d'entendre sur notre droite une forte canonnade, qui semblait annoncer qu'on était peu éloigné du chemin par où marchait Napoléon ; en regardant sur jucetie direction , on voyait de près la fumée de l'ar-

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tillerie et plusieurs villages en feu ; auprès de \a maison de poste appelée Ghridneva, était une grande vallée qui coupait la route; du côté opposé au nôtre, s^élevait un plateau où les Russes établirent des batteries à la suite d'un combat sanglant qui avait eu lieu dans la journée, et où le colonel Talleyrand de Périgord se distingua en repoussant avec succès plu-^sieurs charges d'une cavalerie beaucoup plus forte que la sienne.

L'ennemi, s'étant aperçu que le quatrième corps débouchait par sa droite, nous fit observer par une multitude de kosaques, qui se retiraient lentement quoique le canon tirât sur eux. Le vice-roi ordonna au colonel Rambourg, du 3^ chasseurs italiens, de les charger. Ces kosaques, qui sans doute faisaient partie des troupes régulières, virent ce mouvement sans s'effrayer; et lorsque les chasseurs étaient sur le point de les déborder, une multitude d'entre eux sortirent d'un bois, en criant : hourra! hourra! cri devenu fameux , et dont les Tartares se servent quand ils courent sur leurs ennemis. Les chasseurs italiens les reçurent sans s'ébranler; la mêlée fut très vive , mais elle ne dura qu'un instant, et nous valut quelques prisonniers.

Les Russes, conservant leurs positions, du haut d'un plateau faisaient un feu très vif sur notre corps qui s'avançait. Malgré cela, nous parvînmes jusqu'au pied de ce plateau et opérâmes notre jonction avec l'avant-garde de la Grande-Armée, commandée par

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âAer à sanrre leus traces. ArrÎTës auprès d*«nc et/Bine , noos aperçâmes sur le sommet €|iielqQes mn de leurs escadrons rangés en bataille ain- 100 dTim très bean cliâcean cpii dominait les en-

Le wx-foî fit avancer tcis ce point les Bavarois^ -^ maigre les (lifficnkés da terrain , arirrteent sur

\^ banteur dans le plus grand ordre ; à miemre que ^0 J&és s'aTancaient, les ennemis se retiraient ; en descendant le revers de la coUine, nos artilleurs tifèreat sur eux (Ansieurs coups de canon , avec les l^jéccs ({u^on était parrenu à pbwer sur la terrasse du ^]iâteau. En les surrant à travers le bois, arrivés sur ^0 lieu découvert, nous vîmes défiler de longues |0BBes russes qui, cbassées par nos troupes, s'em- ^0j^iffxt d'un immense pbtean, éloigné d'environ ^e demilieue, et où Ton assurait ijue le prince Kutusow voulait enfin tenter le sort des annes. Sur ^jc droite , on voyait au-dessous de nous Vab- ^c de Rolotskoï: de grosses tours donnaient à ce fjj^ent Vapparencc d'une ville. Les tuiles vernis- , dont a était couvert, frappées parles rayons du le» brillaient à travers l'épaisse poussière que disait notre nombreuse cavalerie, et servaient à faire ressortir davantage la teinte sombre et sau^ vape répandue sur toute la campagne voisme ; les ftlses, se proposant de nous arrêter devantcette noshion, avaient dévasté d'une mamère bomble la Linc où nous devions camper. Les blés en herbe

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étaient coupes , les forets abattue^ , les villages brûlas ; enfin , nous ii 'avions rien à manger, rien pour nourrir nos cbevaux, rien pour nous abriter.

Nous fîmes halte sur une colline , tandis que le centre de Tarmëe poursuivait Tennemi avec ardeur, et l'obligeait à se retirer sur le plateau où il s^était retranche. On resta dans cette inaction jusque vers deux heures après-midi, heure à laquelle le viceroi, suivi de son ëtat - major, alla reconnaître les approches de la position que Kutusow avait choisie. Nous commencions à parcourir la ligne, lorsque nos dragons , placés en vedettes , signalèrent l'arrivée de J'£mpereur : aussitôt son nom vola de bouche en bouche, et l'on s'arrêta pour l'attendre ; il ne tarda pas à se présenter, suivi de ses principaux officiers. Placé sur une hauteur d'où l'on pouvait facilement apercevoir le camp des Russes, il observa longtemps leur position; puis il examina les lieux circonvoisins, et, d'un air satisfait, se mit à fredonner quelques paroles insignifiantes; après s^étre entretenu avec le vice-roi, il remonta à cheval , et partit au galop pour aller se concerter avec les autres chefs de corps d'armée , qui devaient coopérer à Tattaque.

Pendant ce temps, le prince Eugène ordonna qu'on fît avancer les divisions Delzons et Broussier; la garde italienne, laissée en arrière, fut mise eu réserve. Ces deux divisions étaient à peine arrivées sur le plateau opposé à celui de Tennemi , qu'une

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rive fusillade s^engagea sur notre droite , entre le& tirailleurs de la division Gérard ( troisième division^ premier corps) et ceux de Tennemi; d'abord les nôtres s'avancèrent assez près du ravin qui séparait les deux armées , mais des forces nombreuses les obligèrent à se retirer.

Les Russes, vers notre extrême droite, avaient une redoute située entre deux bois au-dessus du village de Chevarino, dont le feu meurtrier portait la consternation dans nos rangs. Ils Pavaient construite pour fortifier Taile gauche , qui était le côté faible de leur camp retranché. Napoléon le comprit : dès-lors il ne fut plus question que d'enlever cette redoute ; l'honneur en fut confié aux soldats de la division Compans (cinquième division , premier corps). Ces braves , formés en colonne d'attaque , marchèrent sur le village avec une intrépidité qui nous garantit le succès du reste de l'entreprise. Dans cet intervalle, le prince Poniatowski manœuvra sur notre droite avec la cavalerie , pour tourner la position ; parvenu à la hauteur convenable, la division Compans entoura la redoute , et la prit après une heure de combat. L'ennemi , ayant voulu revenir à la charge , fut complètement battu ; enfin , sur les dix heures du soir, il abandonna les bois voisins, et courut en désordre vers le grand plateau rejoindre le centre de son armée.

La division Compans , en se rendant digne d'une si belle entreprise , acheta cet honneur par des per-

tes considérables. Mille de nos soldats payèrent de leur sang cette importante position, et plus de la moitié de ce nombre restèrent morts dans les rc* trancliements quUls avaient glorieusement enlevés. Le lendemain , FEmpereur passant en revue le 6i* r^g^iment, qui avait le plus soufFert, demanda au colonel ce qu^il avait fait d^un de ses bataillons : Sire y répondit-il, il est dans la redoute.

Cette affaire nVtait qae le prélude d'une grande bataille : avant de la commencer, Napoléon voulait manœuvrer et tourner Vaile gauche des Busses ; ceuxci, pour prévenir notre attaque , avaient mis tout le corps de Tutscbkow ( troisième ) et les milices de Moskou en embuscade derrière d'épaisses broussailles qui couvraient leur extrême gauche, tandis que les second, quatrième, cinquième et sixième corps ennemis formaient en arrière deux lignes d'infanterie protégées par les redans qui liaient les bois à la grande redoute. Malgré ces obstacles, nos voltigeurs recommencèrent le combat avec un nouvel acharnement 'y et quoique le jour fût sur le point de finir , le feu de part et d'autre continuait avec une égale furie. En méipe temps plusieurs villages incendiés sur la droite répandirent au loin une affreuse clarté; l'ardeur des combattants, le fer et la flamme que vomissaient cent bouches d'airain, portaient partout le ravage et la mort; les soldats de notre corps, rangés en bataille , recevaient , l'arme au bras , des coups meurtriers, et, sans s'ébranler, resserraient les

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rangs aussitôt qu^un boulet de canon enlevaiti ques uns de leurs camarades. . il

La nuit, en devenant plus sombre, raleÉ fusillade sans ralentir notre ardeur ; chaciuijr I tain des coups qu^il portait , pensa qu^il YaUld reserrer ses forces et ses munitions ponr.lr h main. A peine eûmes-nous cessé de tirer^ ^ Russes, campes comme sur un amphidiélttie^' mèrent des feux nombreux. Leur clarté respk santé, et presque symétrique, donnait à cette c un aspect enchanteur, et formait un grand oon avec nos bivacs^où le soldat, privé de bois, le au milieu des ténèbres « n^ntendant autour c que le gémissement des malheureux blessés.

Notre quartiergénéral sVtablit à Fendroit i où la garde italienne était placée en réserve. Ghi couché dans des broussailles, se reposait da gués de la journée, et dormait profondément, gré un vent impétueux et une pluie très firoide minuit, je fus réveillé pour me rendre aup notre chef d^état-nnajor, qui me prévint que VE reur voulait avoir le plan du terrain où nous < cimpés; je le remis au vice-roi, surle-champ i pédia à Napoléon. Dès la pointe du jour ( 6 se] bre), le prince m^ordonna de rectifier ce i plan , en parcourant toute la ligne, et en chei à me rapprocher de l'ennemi autant que poc afin de découvrir les accidents du terrain sur ] il était retranché, et sur*tout de bien obseni

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rangs aussitôt qu^un boulet de canon enlevait quel-* ques uns de leurs camarades.

La nuit, en devenant plus sombre, ralentit la fusillade sans ralentir notre ardeur ; chacun j incertain des coups qu'il portait , pensa qu'il valait mieux réserver ses forces et ses munitions pour le lendemain. A peine eûmes-nous cessé de tirer, que les Russes, campés comme sur un amphithéâtre , allumèrent des feux nombreux. Leur clarté resplendissante , et presque symétrique, donnait à cette colline un aspect enchanteur, et formait un grand contraste avec nos bivacs,où le soldat, privé de bois^ reposait au milieu des ténèbres , n'entendant autour de lui que le gémissement des malheureux blessés.

Notre quartier-général s'établit à l'endroit même où la garde italienne était placée en réserve. Chacun , couché dans des broussailles , se rieposait des fatigues de la journée, et dormait profondément, malgré un vent impétueux et une pluie très froide. Vers minuit, je fus réveillé pour me rendre auprès de notre chef d'état-major, qui me prévint que l'Empereur voulait avoir le plan du terrain où nous étions campés; je le remis au vice-roi, sur-le-champ il l'expédia à Napoléon. Dès la pointe du jour ( 6 septembre), le prince m'ordonna de rectifier ce même plan , en parcourant toute la ligne , et en cherchant à me rapprocher de l'ennemi autant que possible , afin de découvrir les accidents du terrain sur leipidi il était retranché, et sur-tout de bien observer s'il

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Notre quartier-général sVtablit à Fendroit même où la garde italienne était placée en réserve. Chacun , couché dans des broussailles , se rieposait des fatigues de la journée, et dormait profondément, malgré un vent impétueux et une pluie très froide. Vers minuit, je fus réveillé pour me rendre auprès de notre chef dVtat-major, qui me prévint que l'Empereur voulait avoir le plan du terrain où nous étions campés; je le remis au vice-roi, sur-le-champ il Vexpédia à Napoléon. Dès la pointe du jour ( 6 septembre), le prince m'ordonna de rectifier ce même plan , en parcourant toute la ligne , et en cherchant à me rapprocher de l'ennemi autant que possible , afin de découvrir les accidents du terrain sur lequdi il était retranché, et sur-tout de bien observer s'il

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