‹ Relation complète de la campagne de Russie, en 1812; ornée des plans de la bataille de la MoskwaChapitre 7 sur 15 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

MALO-JAROSLAVETZ. .

L’arri'vée d’une armée française victorieuse dans l’ancienne capitale des czars , dans la ville la plus riche et la plus centrale de Russie, et qu’une croyance religieuse fit regarder jusqu’alors comme sainte et sacrée , était un des événemens les plus extraordinaires de l’histoire moderne. A la vérité nos précédentes conquêtes avaient depuis quelques années accoutumé l’Europe k voir couronner du succès les plans de campagne les plus vastes et les plus surprenans. Mais de toutes nos expéditions , aucune n’offrait comme celle-ci , à un si haut degré, l’apparence de grandeur propre k séduire les âme§ passion-

nées pour. le merveilleux, et aucune ne pouvait davanta^ , par la difiiculté de l’entreprise assimiler nos travaux k tout ce que les Perses, les Grecs et les Romains conçurent de plus progr digieux. La distance de Paris k Moskou , k peu près égale k celle qui séparait la capitale d’Alexandre de celle de Darius; la nature du climat et des lieux qui passaient pour inaccessibles aux armées de l’Europe; le souvenir de Charles XII qui, voulant tenter un semblable projet , n’osa dépasser Smolensk ; la frayeur des nations asiatiques , consternées de voir arriver chez elles les peuples qui fuyaient devant nous , tout enfin concourait k donner aux exploits de la Grande- Armée un air de prodige qui rappelait les expéditions les plus étonnantes de l’antiquité.

Telle était la couleur jqu’ofifrait le tableau de nos cotiquêtes , lorsqu’on l’envisageait sous le point de vue le plus brillant; mais dès que la saine raison nous faisait entrevoir l’avenir , on n’y trouvait que le coloris le plus triste et le plus rembruni. L’afireuse extrémité k laquelle les Moskowites avaient été réduits , nous prouvait qu’il n’y avait plus moyen de traiter avec un peuple déterminé k faire de si grands sacrifices, et que la vaine gloire de signa* un traité de paix à Moskou , avait allumé un incendie dont les ra*^ Tages s’étendraient sur toute l’Europe , et donneraient àsbt guerre uu caractère tellemeist euv4<^

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ain>ë , qu’elle ne pourrait finir que par la ruio« entière d’un peuple malheureux ^ ou par la chute de ce génie malfaisant que Dieu , dans sa co< 1ère , semblait avoir créé pour châtier les hommes, et s’en servir comme d’un nouvel aqge exterminateur.

Aussi les gens sages et doués d’un esprit judicieux , T» voyaient qu’avec terreur la destruction d’une ville qui, depuis cinq joiurs , était la [uroie des flammes , et dont la lueur venait chacpie nuit éclairer notre camp. (( D’ailleurs quelles peuvent » être nos espérances , disaient-ils , en suppo- » saut que nous soyons toujours vainqueurs ?

» Après la prise de Moskou , ne faut-il pas » tourner nos armes contre Pétersbourg ; et » quand même nous viendrions k bout de souu mettre la Russie entière , quel sera le terme

de nos conquêtes? Ne noos parlera-t-ou pas » alors de marcher sur l’Euphrate ou sur le » Gange? Ainsi , notre dévouement et nos suc- )) cès ne serviront qu’k prolonger les maux de J) notre patrie , en inspirant des désirs plus vastes }) encore k une ambition qui ne connaît point » de limites ! »

Quoique la ruine de Moskou fut une grande perte pour les Russes , néanmoins cette perte était encore plus sensible pour nous, en ce qu’elle donnait k nos ennemis l’assurance de retirer tout le fruit qu’ils s’étaient promis de la rigueur de

leur climat. En vain parmi nous objectait - on que l’incendie de cette capitale était inutile, et que l’armée française devait au contraire s’applaudir d’être débarrassée d’une population immense , dont le naturel ardent et fanatique pouvait y préparer les élémens d’une insurrection : mais en y réfléchissant beaucoup , je me suis convaincu qu’avec le caractère astucieux et suborneur de notre chef, il était k craindre pour le gouvernement russe que cette même population , loin de se révolter contre nous , ne devînt dans peu un instrument] à nos projets , et' que la plupart des grands, entraînés par un aussi dangereux exemple , ou séduits par de brillantes promesses , n’abandonnassent les intérêts de la patrie pour se prêter à tout ce que l’ambition de Napoléon aurait exigé d’eux. Ce fut sans doute pour prévenir cette calamité , que le comte Rastopchin fit le sacrifice de sa fortune , en incendiant Moskou , pensant que ce grand exemple était l’unique pour ranimer l’énergie de la noblesse , et nourrir dans la nation cette haine violente qui la soûles , en nous rendant l’objet de son exécration. S’ailleurs , cette ville étant approvisionnée pour huit mois , l’armée française , en- l’occupant, pouvait attendre jusqu’au retour du printemps , et rentrer en campagne avec les corps de réserve qui campaient à Smolensk et sur le Niémen , tandis

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qu’en brûlant Moskou , on nous obligeait à faire une retraite précipitée , au milieu de la saison la plus rigoureuse de l’année. Les espé> rances fondées sur ce calcul paraissaient assurées ; car notre formidable armée , venue pendant la belle saison, avait perdu le tiers de son monde par la 'seule rapidité des marches (i); il n’y avait pas à craindre non plus que nous prissions position nulle part, puisque l’indiscipline avait fait un désert de toutes nos conquêtes, et que l’imprévoyance de celui qui dirigeait l’exirtreprise n’avait rien ménagé pour faciliter le retour. Enfin , ])our. achever de peindre notre détresse , au milieu de notre apparente victoire , il suffit de dire qu’on était las de marcher , et découragé par l’inflexibilité des Russes. La cavalerie touchait à sa ruine, et les chevaux d’artillerie , épuisés par la mauvaise nourriture , ne pouvaient plus traîner lés pièces. Aussi , quoique nous ayons été les déplorables victimes de l’incendie de Moskou , nous ne pouvons néanmoins nous empêcher d’admirer le généreux dévouement des habitans de cette ville, qui^ h l’exemple des Espagnols , se sont, par leur courage et

(i) Le quatrième corps , en parlant de Glogau , était d’environ cinquante mille bomioes , et lorsque nous sortîmes de Moskou , il n’j pvait que vingt mille fantassins et deux mille cavaliers. Laaquinzième division , qui avait treize mille hommes en entrant en campgne , n’ajaat foutenu que de petits combats , était déjà réduite à quatre mille.

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leur persévérance , élevés k ce haut degré de véritable gloire qui caractérise la grandeur d’une nation.

• Lorsqu’on se raf^elle les soufiirances que nous avions endurées , et les pertes que la fatigue seule nous avait fait éprouver avant d’arriver k Moskou , et k une époque où la terre , coiïverte de ses productions , nous offrait d’abondantes ressources , on ne peut alors concevoir comment Napoléon fut assez aveugle, ou assez obstiné , pour ne pas retourner k Smolensk; quand il vit surtout que la capitale , sur laquelle il avait compté , n’existait plus , et que l’hiver approchait. Pour se refuser k une pareille évidence , il fallait <|ue le ciel , lassé de son orgueil , l’eût frappé de vertige , puisqu’il osa penser que les mêmes hommes qui avaient eu assez de courage pour détruire leur patrie , auraient ensuite la faiblesse d’accepter ses dures propositions, et de signer la paix sur les ruines fumantes de leur ville. Aussi les moins prévoyans pronostiquaient nos jnalheurs, et en passant sous les murs du Kremlin ils croyaient entendre ces paroles prophétiques qu’une voix divine prononçait k Nabuchodonosor , lors de ses plus grandes prospérités : « Ton )) empir» passera en d’autres mains ; tu seras )) chassé de la compagnie des hommes ; tu vi- )) vras dans l’exil et dans V ahruûssement , jus^ » qu'à ce que tu reconnaisses que le Très-Haut

Digitizêd by Googte

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)) a un pouvoir absolu sur les royaumes , et qu'il » les donne à qui il lui plaît )).

Le jour où nous entrâmes dans Moskou , les Russes se retirèrent s<ir la grande route de Wladimir; ensuite la majeure partie de leur armée revint, suivit le cours de la Moskwa pour aller k Kolomna, où elle prit position le long de la rivière. L’on raconte k ce sujet que cette armée, accompagnée d’une population fugitive , passa sous les murs de Moskou deux jours après notre arrivée, lorsque la ville brûlait encore: quoiqu’il six lieues de distance, elle fut éclairée par la lueur de l’incendie; le vent même, soufflant avec violence, apportait jusque dans les rangs des débris de la patrie réduite en cendres , et annonçait aux habitans qu’ils n’avaient plus d’asiles. Malgré tant de maux , cette troupe observa le plus grand ordre , et garda un profond silence : une telle résignation , à la vue 4’un tableau si douloureux , donnait k cette marche un air 'imposant et religieux.

Pendant les quatre jours (17, 18, 19 et 20 septembre ) que- nous demeurâmes auprès de Péterskoé (i) , Moskou ne cessa de brûler. Cependant la pluie tombait par torrens , et le petit nombre de maisons qu’il y avait auprès de ce

( 1) Ce palais impérial , dont ea a déjà parU , n’e«t qa*!) un quart dt lieue 4 e Meskoo. t ^ ,

palais, pour la grande multitude qui s’y trou' vaît campée , rendait fort difficile la possibilité d’obtaoir un abrî : ainsi hommes , chevaux et voitures bivaquaient au milieu des champs. Le$ états-majors, placés autour des châteaux où se trouvaient leurs généraux , étaient établis dans des jardins anglais , et se logeaient sous des grottes , des pavillons chinois , des kiosques , ou des cabinets de verdure, tandis que tous les chevaux , attachés k des accacias ou a des tilleuls , étaient séparés les uns des autres par des charr milles ou des plate-bandes. Ce camp , vraiment pittoresque , l’était encore davantage par le cost tume iiouveaui qu’adoptaient les soldats ;Ja plu^ part, pour se mettre à l’abri des injures du temps avaient endossé les mêmes vêteitieiis qu’on voyait jadis à Moskou , et qui, dans le bazar de cette ville, offraient la plus pi quan te .variété. On voyait ainsi promener dans notre camp ,des soldats vêtus k la tartare, k Ict, kosaque, k la chinoise; l’un portait la toque polonaise l’autre le haut bonnet des Persans , des Baskirs pu des Kalmouks. Enfin notre armée, k cette époque , offrait l’image, du carnaval, .et c’est- ce qui fit dire , patr la suite , que notre retraite ayant commencé par une mascarade , avait . fini par un enterrement.

Mais l’abondance dont jouissait l’armée lui faisait oublier ses fatigues; on se consolait d’ar

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toir la pluie sut le dos, et les pieds dans la boue^ par la bonne chère et le bénéfice que chacun retirait en trafiqùant les objets apportés de Moskou. Car, quoiqu’il fût défendu d’aller dans cette ville , les soldats, attirés par l’appât du gain , violaient les consignes , et continuellement revenaient chargés de vivres et de marchandises. wSous le prétexte d'aller k la maraude, ils retournaient auprès ' du Kremlin , et fouillant sous les ruines et les cendres , découvraient des magasins intacts, dont ils retiraient avec profusion des objets de toute espèce. Ainsi nôtre camp ne ressemblait plus k une armée , mais bieu à une grande foire .où chaque soldat , métamor^ pfaosé en tnarchaud, vendait, k vil prix, les choses les plus précieuses ; quoique campé dans les champs, exposé aux injures du temps, par Un contraste singulier, il mangeait dans des assiettes de porcelaine, buvait dans des vases d’ar> gent , et possédait tout ce que le luxe avait imaginé de plus riche et de plqs élégant pour les commodités de la vi®.

‘‘iLe séjour de Péterskoé et de ses jardins de- V'enant aussi mal-sain qu’incommô^e , Napoléou retourna s’établir au Kremlin , qui n’avait point été brûlé; aiors la garde et les états-majors reçurent l’ordre de rentrer dans la ville ( ao et ai septembre). D’après le relevé que firent les ingénieurs- géographes , il ne restait plus que 1«

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dixième des maisons (1)’; elles furent réparties selon les quartiers, entre chacun des corps de la Grande-Armée. On nous donna le même que nous avions auparavant , c’est-k-dirc , le faubourg de Pétersbourg.

Cette fois nous n’eûmes plus l’embarras du • choix pour nos logemens. En rentrant dans la

ville , nous éprouvâmes un serrement de cœur en voyant qu’il n’existait aucune trace de ces beaux hdtels où nous nous étions établis ; ils avaient tous disparu , et leurs décombres , encore fumans, exhalaient des vapeurs sur toute l’atmosphère qui, en forme de nuages, obscurcissaient le soleil , et nous faisaient croire que son disque était rouge et sanglant. On ne distinguait plus l’alignement des rues, les seuls palais en pierre conservaient quelques traces de ce qu’ils avaient été : isolés sur des amas de charbons et de Cendres, noircis par la fumée, ces débris d’une ville nouvelle ressemblaient k des restes d’antiquités.

Chacun cherchait k se Igger, mais rarement trouvait-on des maisons réunies; pour abriter quelques compagnies, il fallait occuper un vaste terrain qui n’offrait des habitations que de distance en distance. Les églises , moins combustibles que les autres bâtimens , ayant encore conservé

(i) s4%BalIetiii.

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leur toiture , furent transformées en casernes et en écuries. Ainsi les hennissemens des chevaux et les horribles' blasphèmes du soldat , remplacèrent les hymnes saints et harmonieux qui , jadis , retentissaient souS ces voûtes sacrées.

Curieux de revoir la maison- où j’avais logé, je la cherchais en vain ; une église voisine, encore existante, me la fit enfin découvrir; dans l’état où je la vis , j’eus peine à la reconnaître ; elle était entièrement brûlée, il n’en restait que les quatre murailles , toutes lézardées par la violence du feu.* Je contemplais avec horreur tant de ravages , quand les malheureux domestiques de cette maison sortirent du fond d’une cave ; maigris par la misère, j’aurais trdfevés leurs traits bien changés si les cendres et la fumée ne les eussent rendus méconnaissables ; ils me parurent .des spectres. Mais quelle sensation pénible vint encore m’affliger , lorsque je retrouvai mon ancien hôte parmi ces misérables , caché sous des haillons que lui avaient prêtés ses domestiques; il vivait maintenant comme eux, tant le malheur avait égalé les conditions! En me voyant, il ne put s’empêcher de verser des larmes, surtout en me présentai>t ses enfans à demi nus,etmourans de faim. Sa douleur muette fit sur mon âme une impression profonde, «t par les signes de cet infortuné, je compris que les soldats, après avoir spolié sa demeure , pendant qu’elle brûlait,

lui avaient encore arraché les habits qu’il portait. A la vue d’un tableau si déchirant, j’eus le cœur navré; et cherchant li soulager ses peines, je craignais de n’avoir à lui donner que des consolations stériles , mais le même homme qui , peu de jours auparavant , m’avait donné un repas splendide , accepta un morceau de pain avec reconnaissance.

Quoique la population de Moskou eût entièrement disparu , néanmoins il restait beaucoup de ces êtres malheureux que la misère force à regarder tous les événemens avec indiOerence. Ceux-là couraient les rues avec les soldats , leur servaient de domestiques , s’estimant très-heureux d’avoir ptfur récompense les effets que ceuxci dédaignaient. On voyait aussi beaucoup de filles publiques : cette classe fut la seule qui retira quelque fruit du sac de Moskou ; car chacun , empressé d’avoir une femme , accueillait avec plaisir ces créatures qui , introduites dans nos maisons , en devenaient sur-le-champ les. maîtresses , et gaspillaient tout ce que les flammes avaient épargné. Il en était d’autres qui réellement méritaient des égards par leur éducation , surtout par leur malheur : la faim et la misère souvent forcèrent leurs mères à venir nous les présenter. Cette immoralité , dans une telle circonstance, retombait sur ceux qui n’avaient pas assez de vertu pour triompher d’une passion

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brutale, et asseï: corrompus pour chercher du plaisir sur une bouche que la faim décolore. Car cet empire que Ira mères nous donnaient sur le^rs filles , était l’effet d’une calamité publique.

Il y avait encore, dans Moskou, une classe

d’hommes , qui était la plus méprisable de toutes , puisqu’elle* racheta ses crimes par de nouveaux crimes plus grands encore j c’était celle des for- • çats. Aussi long-temps que dura l’embrâsement de cette capitale , ils se signalèrent par Taudace avec laquelle ils exécutèrent les ordres qu’ils avaient reçus : munis de briquets' fdiosphoriques , ils rallumèrent l’incendie sur tous les poi|tts où il paraissait s’éteindre, et se glissaient furtivement dans les maisons habitées , pour, y mettre le feu. Plusieurs de ces êtres abjects furent arrêtés la torche la main ; mais leur su{q>lice, trop prompt, produisit peu d’effet ^24septem-^ bre). Le peuple ^ qui toujours déteste ses vain-^ queurs , regarda ces exécutions comme un calcul de notre politique f ces victimes , en effet , étaient trop obscures pour Pexpiation d’un tel crime ; leur procédure manquant d’appareil et aÆranthie de toute la solennité des formes judiciaires, ne jeta aucun jour sur un si grand événement , et ne put par conséquent nous justifier d’une manière éclatante aux yeux de ceux qui persistaient k croire que nous en étions les auteurs.

Beaucoup de Moskowites , cachés dans les fo<-

rêts voisines j voyant cesser l’incendie , crurent plus rien ^ craindre , et rentrèrent dans la ville ; les uns cherchaient leur maison et ne la trouvaient plus ; d’autres , voulant se réfugier dans le sanctuaire de leur Dieu, virent, ^vec douleur, qu’on 'l’avait profané : les promenades et les rues oiTraient un spectacle révoltant f à chaque instant on rencontrait des chevaux morts ou des cadavres en putréfaction j et sur plusieurs arbres à demi-brûlés, était suspendu le corps inanimé d’un incendiaire. C’est au milieu de ces horreurs qu’on voyait les infortunés habitans , restés ^ans asile , ramasser la tôle qui couvrait les toits , pour se construire des cabanes qu’ils élevaient dans des quartiers éloignés , ou dans des jardins entièrement ravagés. N’ayant rien à manger , ils fouillaient la terre pour arracher la racine des légumes <;^ue nos soldats avaient cugillis : ou bien , errant au milieu .des décombres , ils remuaient les cendres réfroidies pour y chercher les sdimens que le feu n’avait pas entièrement consumés ; pâles , décharnés presque nus , la lenteur de leur démarche annonçait l’excès de leurs souffrances. Enfin , plusieurs se rappelant qu’on avait coulé des barques chargées de grains , plongèrent dans la rivière pour se nour-: rir d’un blé en fermentation , dont l’odeur était repoussante.

Afin de soulager le cœur affecté par tant de^

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calamités , je crois devoir rappeler le beau trait d’un soldat français qui trouva dans un cimetière une femme nouvellement accouchée; comme elle était sans secours , sans alimens , ce généreux militaire , touché de la position de cette infortunée , lui donna tous ses soins , et pendant plusieurs jours la nourrit en partageant avec elle le peu de vivres qu’il put se procurer (i).

Tandis que le gros de l’armée russe prenait d’importantes positions , nos dilférens corps étaient occupés à l’observer. Le prince d’Eckmülh avait ses divisions sur la route de Kaluga, et le long de la Nara , pour appuyer avec les Polonais la cavalerie du roi de Naples. Le duc d’Elchingen cantonné autour de Boghorodsk , observait la route de Wladimir ; le vice-roi gardait celle de Dmitrow, et les Weslphaliens restaient à Mojaïsk; pendant ce temps, les seigneurs des provinces voisines de Moskou , profitèrent de l’exaspération où les malheurs de la guerre avaient réduit la population , pour la soulever et l’armer contre nous. Beaucoup firent des levées à leurs frais , et se mirent à la tête de leurs paysans insurgés. Ces forces , réunies aux kosaques , interceptaient sur les grandes routes les convois qui nous arrivaient. Mais le but principal de ces

( i) Voyez Moskou avant et après V incendie , par G. L. D. L. , téminn oculaire, page is5.

armemens était de harceler nos fourragenrs y et surtout de leur enlever toutes les ressources qu'on pouvait encore retirer des villages voisins. Quant h nos corps d’armée ^ comme ils se trouvaient très-éloignés , et au milieu d’une plaine immense couverte de bois , il leur était impossible de s’opposer h des agressions qui nous préparaient un avenir si funeste.

En fouillant sous les ruines de Moskou, on trouvait souvent des magasins de sucre, devin ou d’eau-de-vie. Ces découvertes , précieuses dans des temps plus heureux , n’étaient pas d’un grand soulagement pour une armée qui avait consommé tous les légumes de la campagne, et qui touchait au moment de se voir affamée. Le manque de fourrage faisait dépérir nos bestiaux , et pour nous en procurer de nouveaux, il fallait chaque jour livrer des combats toujours désavai> tageux;car, à un aussi grand ploigii^^^nt de notre patrie , la plus petite perte était pour nous trçs-sensible.

Notre misère réelle était masquée par nue abondance apparente. Nous n’avions ni pain ni viande, et nos tables étaient couvertes de 'confitures et de bonbons ; le thé , la liqueur et les vins de toute espèce, servis dans de la porcelaine ou dans des vases de cristal , faisaient voir que chez nous le luxe était voisin de la pauvreté. L’étendue de nos besoins rendait presque nulle la valeur d«

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l’argent , et c’est Ik que prit naissance la coutume des échanges ; celui qui avait du drap l’offrait pour du vin , et celui qui avait une pelisse pouvait en retirer beaucoup de sucre et de café. ' Napoléon se flattait toujours du ridicule espoir de ramener , par des proclamations pleines de douceur , ceux qui , voulant s’affranchir de son joug , avaient tout sacrifié pour pouvoir s’y sous»traire. Afin de les séduire et leur inspirer quelque confiance , il avait divisé les resiçs de la ville en quartiers , nommé' des commandans pour chacun , et institué des magistrats chargés de rendre , au peu de citoyens qui restaient encore , la justice qui leur était due. Le consul-général Lesseps , nommé gouverneur de Moskou , fitpu«blier une proclamation pour annoncer aux habî<taus les intentions paternelles de Napoléon j mais ces promesses généreuses et bienfaisantes , ne panvinrent point aux Moskbwites ; et lors même qu’elles seraient arrivées jusqu’à eux , la rigueur des circonstances les aurait fait regarder comme la plus sanglante des^ronies. D’ailleurs , la plupart avaient fui derrière le Volga , et les autres , réfugiés au milieu de l’armée russe , et animés par une haine légitime , ne respiraient que le sentiment de la vengeance.

Cependant le prince Kutusoff, ayant porté la majeure partie de ses forces sur Lectaskova , entre ’ Moskou et Kaluga , afin de couvrir les proviujpes

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méridionales , resserra étroitement Napoléon , si bien que celui-ci , nialCTe ses diflerentes manœuvres , ne pouvait se dégager de sa pénible position , et se voyait toujours contraint à se replier surlui-méme. Il lui était impassible de se porter sur Pétersbourg , sans attirer sur ses derrières l’armée russe , et compromettre notre sûreté en renonçant k toute communication avec la Pologne. Il ne pouvait point non plus marcher vers le V olga , car de nouY^lles invasions sur ce point n’auraient fait que l’affaiblir et l’éloigner de ses ressources. Par conséquent , rien n’était aussi critique que la situation de l’armée française , puisque , campée sur les routes deTwer , de Jaroslaw , de W'iadimir , de Kïasan etdeKa uga , elle était toujours obligée de rester dans Moskou , cernée de toutes parts , ayant peu de cavalerie , et forcée de faire face k une ligne formant un cercle d’environ cent lieues de circon- «férence. D’a'illeurs cette capitale , jadis si brillante , n’offrait plus qu’un séjour infect au milieu des ruines, et la campagne aurait été déserte sans les paysans et les kosaques qui , parcourant le pays , nous enlevaient nos transports , arrêtaient nos couriers , massacraient nos fourrageurs , enfin nous causaient des maux irréparables. Dès-lors nolreétat devint de plus en plus pénible ; la pénurie et le mécontentement des soldats augmentaient chaque jour; pour comble de maux , la paix , chez les esprits sensés , était hors de toute probabilité.

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■ Ce serait un récit ^sing'alier que celui de tous les projets extraordinaires qui , dans celte circonstance , furent mis a l’ordre de l’armée 5 les uns parlaient. d’aller en Ukraine , les autres de marcher sur Pétersbourg' (i) ; mais les gens sages répciaient qu’on aurait dû depuis long- temps retourner a Wilna. Napoléon , toujours plus «piniàtre contre les dilficultés et passionné pour les choses surnaturelles , persistait à se maintenir dans un désert , par cela seul qu’on menaçait de l’en chasser, et croyait pouvoir contraindre l’ennemi à signer la paix en feignant de vouloir passer l’hiver à Moskou. Pour assurer le succès de son stratagème, il forma le plan d’armer le Kremlin et de faire même une citadelle de la grande maison de force, située ' dans le quartier de Pétersbourg , connue sous le nom d'Ostrog , et que nous appelions maison carrée. Enfin , lorsque tout était épuisé et qu’on n’avait rien pour vivre , il nous ordonna de faire des provisions pour deux mois. Une telle incertitude , dans une pareille circonstance , dévoilait assez notre cruelle position.

(6 Octobre). Tandi^qu’on s’occupait à méditer sur toutes ces choses , et surtout à former des magasins sans avoir aucune ressource , des bruits de paix , accrédités par cela seul qu’ils étaient vivement désirés , en comblant nos cœurs de joie ,

(1) aô.' Buüeliq.

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nous firent croire qu’on n’àurait pas besoin de recourir a des mesures impraticables. Cette nouvelle acquit de la consistance par l’accord qui régnait entre les kesaques et les avant-postes du roi de Naples. Leur inaction et des procédés réciproques ^ faisaient augurer qu’il y avait espérance de raccom- , modement entre les deux Empereurs. Cette même arrière-garde , qui nous avait prié d’épargner Moskou, en attendant l’hiver , ne cessait de dire à nos soldats qu’il ne fallait plus se battre , mais songer à se réconcilier ; de plus , on disait que le général Lauristoii avait été envoyé au quartier-général du prince Kutusoff^ et qu’à la suite de son entretien avec ce général en chef, un courrier avait pté expédié à Pétersbourg pour négocier la paix. Comment pouvait-on s’abandonner à de semblables illusions, lorsqu’on songe que Milloradowitch, avec plus de franchise , avait dit au roi de Naples : la campagne est finie pour les Français , il est temps qu’elle commence pour les Russes ?

L’Empereur, au lieu de visiter les corps d’armée campés aux environs, et par là se convaincre de leur dépérissement , r%$tait enfermé dans le Kremlin j mais il ne s’amusa point , coRxme on l’a dit , à faire jouer la comédie ; à la vérité lea acteurs français , réduits à la plus affreuse misère , ayant obtenù les rations de soldats, par reconnaissance nous donnèrent quelques représentations ; peu de personnes y assistèrent. C’est ainsi

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qu’un trait d’humanité , lors<ju’il est mal raconté , a toute l’apparence d’un acte de barbarie. J’ai cru devoir éclaircir ce fait, dans la crainte que la postérité ne justifiât Napoléon de ses véritables fautes, si un jour elle venait à découvrir que nous lui en avons reproché d’imaginaires. Absorbé dans sou cabinet , ce guerrier cherchait â esquiver, par les détours de la polifîque , le péril où il s’était engagé en poussant trop loin scs conq^iétes ; l’espérance de la paix , avec laquelle les Russes l’amusèrent , fut la cause unique de son séjour, et par conséquent celle de sa perte. Loin de songer k des spectacles ou à des concerts , il ne s’occupait qu’k envoyer des messages k iCutusoff, k Alexandre , et k faire revenir les habitans de Moskou.

Au milieu de ses angoisses , sa seule distraction était de passer en revue les troupes de la garnison. Par un examen sévère , il obligeait les colonels k maintenir leurs régimens dans une tenue rigoureuse , espérant, par ce brillant appareil , en imposer aux Russes , et les forcer de souscrire k ses conditions. Le teihps , k notre grand étonnement, était magnifique, et contribuait beaucoup k rendre ces revues imposantes. Une chose aussi rare dans une saison si avancée , était un phénomène pour les Moskowites qui , accoutumés k voir la neige dès le mois d’octobre , ne contemplaient qu’avec surprise les beaux jours dont nous jouissions. Le peuple , naturellemeut superstitieux , et

LIVIPE VI.

qui , depuis long-temps , attendait l’hiver comme son vengeur, dans son impatience, désespérait des secours de la Providence , et commençait à regarder un tel prodige comme l’effet de la protection manifeste que Dieu accordait à Napoléon. Mais cette apparente protection fut précisément la cause de sa perte , en ce qu’elle l’aveugla au point de lui faire croire que le climat de M?skou ressemblait à celui de Paris ( i ); dans sa folle vanité, il espéraitcommander aux saisons comme il commandait aux hommes ; et , par un abus de son heureuse étoile , il s’imaginait que le soleil d’ Austerlitz l’éclairerait jusqu’au pôle , ou qu’k sa voix , comme à celle d’un autre Josué , cet astre s’arrêterait pour protéger sa course iTagabonde.

Au milieu de ces apparentes négociations , on préparait tout pour recommencer la guerre ; mais on ne faisait rien pbur remédier aux rigueurs de l’hiver. Cependant l’avenir était effrayant ; plus notre séjour dans Moskou se prolongeait , plus il devenait pénible. A mesure que nous épuisions les * villages voisins , il fallait aller dans des lieux qui toujours s’éloignaient davantage. Leur distance rendait nos courses aussi périlleuses que fatigantes :

( I ) // fait depuis huit jours du soleil , , et plus cliaïul

qu'à Paris dans celte saison; on ne s’aperçoit pas qu’on soit dans le Nord. Jjc temps est très-beau , comme en France en octobre , peut-être un peu plus chaud : tout indique qu’il faut songer aux quartiers d’hiver, (as*, a 5*, î 4* ft »5' Bulklins.)

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partis dès l’aurore , rarement nos fourrageurs rentraient avant la nuit. De pareilles courses, chaque jour répétées , en lassant les soldats , exterminaient la cavalerie , et particulièrement les attelages de l’artillerie ; les plus forts régimens n’avaient pas cent chevaux j il ne restait plus aux hommes , pour se nourrir, que la chair de ces animaux. Au milieu de toutes ces angoisses , l’audace des kosaques redoublait à mesure que notre épuisement nous rendait plus timides.

Ils eu donnèrent une preuve en attaquant , aux environs de Moskou , le village où les dragons de la garde étaient cantonnés ; ceux-ci , quoiqu’assaillis par des forces nombreuses , néanmoins se défendirent avec beautioup de courage , et l’affaire eût été glorieuse pour eux , si le major Marthod , après avoir été blessé , n’était tombé au pouvoir des Russes avec une cinquantaine des siens Ci). Quelques jours après , les ennemis prirent également un convoi d’artillerie venu de Viazma , et amené par deux majors. Napoléon crut ces officiers coupables , et ordonna k une commission d’examiner leur conduite. L’un d’eux , plus par l’affront , sans doute , d’avoir perdu ses pièces , que. par la éVainte de se trouver répréhensible , se brûla la cervelle. Pour prévenir de semblables pertes , la division Broussier et la cavalerie légère ,

(i) a 5' BuUetia.

commandée parle comte Ornano , reçurent l’ordre d’aller s’établir aux envicons du château de Ga* litzin , situé entre Mojaïsk«et Moskou. Ces troupes délivrèrent les pays circonvoisins de la présence des kosaques , qui toujours évitaient leur rencontre ; mais le moindre intervalle laissé par nos troupes était sur-le-champ occupé par ces hordes de Tartares , qyi prc^taient des avantages que leur oflrait le terrain , pour tenter les coups les plus hardis.

Ils renouvelèrent leurs entreprises en attaquant un autre convoi d’artillerie , venu d’Italie , sous les ordres du major Vivés. On raconte à ce sujet, que l’escorte ayant pris la fuite , livra aux kosaques toute l’artillerie qui lui avairété confiée. Ceux-ci emmenaient les pièces et les chevaux , mais le comte Ornano, informé de cette attaque, se mit à la poursuite des ennemis, et parvint à les atteindre au milieu des bois. A la vue de notre cavalerie , ils prirent la fuite , abandonnant sans résistance tout le fruit de.leur victoire. On aurait mis en ju- ' gement le major Vivés , si notre départ , et , par la suite , des* malheurs plus grands encore , n’avaient forcé Napoléon k se relâcher de sa sévérité accoutumée.

Dans le temps que la quatorzième division assurait la route de Viazma , la treizième était sur celle de Twer ; cette dernière était tranquille dans ses cantonnemeus , lorsqu’on fut informé que le

MALO-JAROSLAVETZ. 257 comte Soltikof , favori de l’empereur Alexandre , et seigneur dy village deMarfino , voisin de Dimilrow , avait armé tous ses paysans , et que dan$ son château même , il se réunissait à plusieurs antres seigneurs, pour former le plan d’une insurrection plus vaste. Afin d’étouffer ce .dangereux exemple , et d’en prévenir les suites , il fut ordonné k une brigade de la treizième division , de se rendre au château de Marfino. Lë général qui la commandait fit d’exactes recherches pour se convaincre qu’il y avait eu des rassemblemens ; elles furent toutes infructueuses : mais , forcé de se conformer aux ordres qu’il avait reçus ce général livra aux flammes, un palais justement renommé pour être un des plus beaux de la Russie. Ce prétendu rassemblement fit soupçonner que Napoléon , dans cette expédition , n’avait eu en vue que de se venger du comte Soltikof, dênt il était l’ennemi , par cela seul que ce seigneur était fidèle à son souverain.

(i5 Octobre.) Les différentes incursions que les corps d’armée faisaient tour-à-tour , confirmaient l’impossibilité où nous étions de pouvoir nous maintenir plus long-temps dans notre posifion. Tout présageait notre prochain départ , et ce soupçon se changea en certitude en voyant qu’on avait évacué les hôpitaux sur Minsk et sur Wilna., et que la plupart des généraux blessés faisaient partie de ce convoi , escorté par çnviron mille

a58 LIVRE VI.

hommes d’infanterie. Nous apprîmes aussi que la cavalerie de la garde italienne quêtait ses bons cantonnemens de Dimitrow , pour revenir sur Moskou y et de. là aller occuper la position de Cbaropovo j petit village situé sur la route de Borovsk. En même temps le vice-roi ordonnait le retour de la treizième division , et faisait avancer la quatorzième , et la cavalerie du général Ornano , vers Fominskoé , où tout le quatrième corps semblait devoir se diriger. Les kosaques , informés de ce mouvement , épièrent l’instant oft les bagages de notre cavalerie légère n’avaient qu’une faible escorte , pour assaillir le convoi aux environs d’Osighovo ; en voyant arriver la division Broussier , ils laissèrent une partie de leur butin , et , à la faveur des bois , se dérobèrent à la poursuite de nos soldats.

On attendait avec la plus vive anxiété le retour du courrier expédié à Pétersbourg , lorsque le général Lauriston partit de nouveau pour aller auprès de Kutusoif , et avec une si grande précipitation , qu’il fut forcé de se servir des relais de l’Empereur. Dans la persuasion que toutes ces conférences auraient une issne favorable , notre année se gardait mal ^ et restait dans la plus parfaite sécurité; mais le général Lauriston , loin de pouvoir négocier la paix (i8 octobre) , revint en toute bâte annoncer à nos avant-postes que nous allions être attaqués , et qu’il fallait se replier derrière le

malo-JaroslaVetz.

défile de ^Vinkowo , afin que nos mouveinfens de retraite ne fussent pas aperçus (i) ; cet ordre était à peine donné ^ (füe l’enuemi , débouchant parTaroutina , fondit sur la cavalerie du roi de Naf)Ies ^ et enleva au général Sébastiani un parc de vingt pièces , qu’il emmena avec plusieurs Voitures chargées de bagages (2). Cette attaque , faite au moment où la cavalerie allait fourrager , et lors même qu’on semblait s'occuper de négociations , fut. fatale à cette arme, qui déjà était dans un grand dépérissement 5 mais il est faux que notre armée ait pris la fuite. Le roi de Naples était à pied au moment de cette surprise , il en fut à peine in-^ formé , qu’il monta à cheval j et se porta , avec son état-major, au milieu de l’action , qu’il dirigea avec son intrépidité accoutumée,* jusqu’à te que notre cavalerie eut eu le temps de se former. Les kosaques, obligés de fuir, abandonnèrent les vingt pièces de candn ; l’infanterie russe s’avança pour les soutenir; elle fût arrêtée par le corps du prince Poniatowski , campé auprès de Winkowo (3),- alors le combat devint général j et^ départ et d’autre on se battit avec acharnement. Les carabiniers sous les ordres du général Defrance , et quelques régimens polonais , moins fatigués que le reste de la cavalerie, contribuèrent à venger l’honneur de

(1) 26' Bulletin.

(2) 25 * et s6* Bulletins.

(5) A» confluent de l’istia arec le Nara,

nos armes, et, dans cette journée , acquirent une gloire digne de leur brillante réputation. Les généraux Bagawout et Muller (le pAmier commanr dait le second corpsrusse) furent tués sur le champ de bataille , et le général Bennigsen reçut un coup de feu. De notre côté, plus de deux mille hommes furent l’objet de nos regrets ; on déplora particulièrement la mort des généraux Fischer et Déry : ce dernier , aide-de-camp*du roi de Naples, dans toutes les occasions avait fait preuve d’un grand courage et d’une haute capacité.

L’Empereur était au Kremlin , occupé îi passer ses troupes eu revue , lorsqu’il reçut cette nouvelle inattendue; aussitôt il devint furieux , et, dans les transports de sa colère , il s’écria que c’était une trahison , une infamie; qu’on avait attaqué le foi de Naples au mépris de toutes les lois de la guerre , et qu’il n’y avait que des barbares qui pussent ainsi violer les conventions (i). Sur-lechamp la parade fut dissoute , les espérances de paix évanouies , et l’ordre du départ donné pour le soir même. Tous les corps devaient quitter

(i) Il n’y eul jamais de Irève entre les deux armées ; seulement les arant-poslrs de Müloradowilch , pendant qnelqôes juurs , suspendirent leurs boslililés , et témoignèrent à ceux du roi de Naples le désir et l’espérance qu’ils avaient de conclure la paix. Toutes ces fausses démonstrations nous abusèrent , et firent croire K t’armée qu’on attendait le retour du courrier expédié à Pélersbourg. Ce courrier devait arriver le 2 0 octobre , les Russes nous surprirent le 18 ; voilà ce qui fit dire qu’ils avaient attaqué trois jours avant l’expiration de l’armistice.

MALO-JAROSLAVETZ, aor

Moskou et 8e porter sur la grande route de Kaluga. On espérait qu’on irait dans l’ükraiiie , chercher , sous un ciel plus doux , des contrées moins ravagées et beaucoup plus fertiles. Mais ceux qui paraissaient les mieux informés , assuraient que notre mouvement sur Kaluga n’était qu’une fausse manœuvre faite, dans l’intention de masquer à l’ennemi notre projet de retraite sur Smolensk et Witepsk , par une route nouvelle.

Quiconque n’a point vu l’armée française sortir de Moskou , ne peut avoir qu’une bien faible idée de ce qu’étaient les armées grecques et romaines , lorsqu’elles abandonnèrent les ruines de Troie ou de Carthage. Tous ceux qui , dans ce moment, * observèrent la nôtre , virent la répétition des mêmes scènes avec lesquelles Virgile et Tile-Live ne cessent de nous émouvoir. Ces longues files de voitures qui , sur trois ou quatre rangs , s’étendaient à plusieurs lieues , chargées de l’immense butin que les soldats avaiait arraclié aux flammes; ces paysans moskowites ; devenus nos domestiques , nous représentaient les esclaves que les anciens traînaient à leur auite ; d’autres ^ emmenant avec eux des femmes , des enfaiis ou des filles , rappelaient ces guerriers à qui des captives étaient échues en partage ; enfin , plusieurs caissons remplis de trophées , où se trouvaient des drapeaux turcs et persans , enlevés des voûtes du .palais des exars , et surtout k fameuse croix de

tlVRE vr.

saint Iwan , fermaient glorieusemeiit la marche d’une armée t|ui , sans l’imprudence de son chef, aurait un jour tiré vanité d’avoir presqu’atteint les limites de l’Europe , et d’avoir fait entendre aux peuples de L’Asie le bruit des mêmes bronses qui retentirent vers les colonnes d’Hercule.

Commç on était parti fort tard, on nefutcamper qu’à un mauvais village , éloigné seulement d’une lieue de Moskou. La cavalerie de la garde italienne , qui se trouvait toujours à Charopovo, en partit le jour suivant (19 octobre), et vint nous rejoindre à Batoutinka , non loin du château de Troitskoé , où Napoléon avait établi son quartier-général. Presque toute l’armée était réunie sur ce point , à l’exception de la cavalerie, qui était en avant , et de la jeune garde , restée à Moskou pour fermer notre marche. Aussi éprouvait-ou beaucoup de ditBcuItés pour vivre , mais on pouvait encore bivaquer , et les voitures que chaque officier traînait avec lui fournissaient des provisions.

Le lendemain , on traversa la Pakra auprès de Gorki. Ce beau village avait cessé d’exister , et la rivière ^ encombrée de 4 ous les débris des maisons consumées, ne roulait plus qu’une eau bourbeuse et noirâtre. Au-dessus était le beau château de Krasnoé , entièrement saccagé ; l’élégaiice de l’édifice contrastait encore avec les collines agrestea sur lesquelles il est bâti. Arrivés sur ce poinf, noua fîmes halte i une heure après nous laissâmes 1^

grande route , pour chercher vers notre droite un passage qui nous conduisit à Fominskoé , où le général Broussier et notre cavalerie se trouvaient depuis quatre à cinq jours en présence de l’ennemi. Notre marché , par ce chemin peu fréquenté , fut très-pénible , mais nous procura l’availtagé de trouver quelques villages qui , quoique abandonnés , étaient moins ravagés que ceux de la grande route. On passa la nuit à Inatowo (ao octobre) , où se trouvait un château placé sur une élévation qui dominait la campagne par laquelle nous étions arrivés."

En continuant notre marche, toujot^s dans l’intention de rejoindre le chemin de Charopovo , nous parvînmes auprès du village appelé Bouïkasovo. Ces détails géographiques , sur lesquels je m’appesantis , ne paraîtront point fastidieux , si * l’on songe qu’ils sont nécessaires pour faire connaître les difficultés que nous éprouvions dans nos opérations. Nous n’avions que des cartes insuffisantes ; marchant sans guides , nous ne pouvions pas même prononcer à nos interprètes les noms des villages désignés sur ces cartes. Étant parvenus à découvrir un paysan , nous nous en saisîmes et le gardâmes pendant deux jours ; mais il était si stupide , qu’on ne put tirer de lui que le nom de son village. Cependant cette marche était très-importante pour l’Empereur qui , avec le gros de l’armée , devait nous suivre : aussi chaque jour le

prince m’en faisait dessiner l’itinéraire , pour l’cn- Voyer au major- général.

Tous les obstacles étant surmontés, rtous f^oignîmes enfin la vieille roule de Kaluga. Une heure après , nous arrivSmès k Fominskoé. La division Broussier était ca’mpée aux environs de ce village , et la cavalerie , placée en avant , fût èm<- Maenée par le vice-roi qui , sans s'arrêter , alla reconnaître le plateau qu’occupaient les kosaques ; mais , k sa vue , ils se retirèrent , et lui cédèrent le terrain sur lequel on s’attendait de combattre.

La position de Fominskoé , sous le rapport militaire , eûè été avantageuse pour les Russes s’ils avaient voulu la défendre : au milieu du village , dominé par une colline , passe la rivière de la Nara , qui , vers ce point , renfermée par le rétrécissement de la vallée , forme un petit lac dont les alentours sont très-marécageux. Cependant toute l’armée devait franchir ce défilé , où il n’y avait qu’un seul pont , qui parut insuffisant ; on le réserva pour les voitures , et l’on en fil un autre , expressément consacré k la seule infanterie.

Pour exécuter ce travail et laisser passer une partie des troupes , on nous donna un jour de repos (29 octobre). Dans cet intervalle , les Polonais , conduits par le prince Poniatovrski , marchaient sur Vereïa , où l’hetman Platow se trouvait avec ses kosaques; vint ensuite Napoléon avec son cortège accoutumé: dans l’instant tout le village fut

MALO-JAROSLAVETZ.

éiicombré d'hommes , de chevaux et de vofi^ turcs. Mais , grâce aux sages dispositions qu’ott avait prises , tout se passa sans confusion ; ce ne fut pas sans étonnement , car les cohues àe Xercès ii’eiircnt jamais plus de bagages que nous. ‘

Ce jour-là même le capitaine Evrard , qui avait été envoyé en mission à Charopovo , nous annonça qu’il avait entendu du côté de Moskou une détonation effrayante ; nous apprîmes alors qu’elle avait été produite par l’explosion de la mine qui fit satfter le Kremlin. La destruction de cette célèbre citadelle , et des beaux édifices qu’elle renfermait, fut consommée par la jeune garde impériale, commandée par le duo'de Trévise. Ce maréchal’j eti quittant Moskou , reçut l’ordre focmel de renvéCser tout ce que la flamme avait épargné. Ainsi finit cette ville célèbre , fondée par des Tarta res , et détruite par des Français ! Comblée de toutes les faveurs de la fortune , et située au centre dn continent ,*elle éprouva , par l’ambitiqp décriée d’un Corse , tout ce que les vicissitudes humaines peu^ vent offrir de plus lamentable j et dans cette occasion , l’historien n|^saurait ttop remarquer que le même homme qui affectait de nous sacrifier pour les progrès de la civilisation , s’applaudissait datfs

( i) Expression de Napoléon , dont il se servit dans les bulletins de la campagne de 1809, en parlant des armées MtrichieSnes. ’

ses-buUerins, de l’avoir , sur son passage, reculée de cent ans (i).

M Moskou ne fut point repris par les Russes , mais bien évacué par la jeune garde , dont le mouvement rétrograde se liait aux plans de nos opérations. Le général Winzingerode , chef du corps qui observait celte capitale pendant que nous l’occupions , s’étant avancé dans une rue voisine du Kremlin , avec le jeune Narishkin , son aide-decamp , et quelques cavaliers , se trouva tout-kcoup en face d’un poste du 5® régiment de voltigeurs de la jeune garde, commandé parle lieutenant Leleu de Maupertuis ; sur-le-champ cet officier saisit la bride du cheval du général , en lui déclarant qu’il était son prisonnier* Celui-ci , honteux de son imprudence , en ressentit une telle confusion , qu’il prétendit être parlementaire. Pouvaiton considérer comme tel un général en chef, qui , pour exciter ses soldats au milieu de l’%ction , s’a- .vançait avec une escorte , sans communications préliminaires ,^et sans avoir fait aucun des'sigiiaux d’usage ? •

Une partie de l’armée ayant passé la Nara , le quatrième corps la traversa paiement , vers les cinq heures du matin ( a3 octobre) , e| se dirigea sur Borovsk. L’ennemi ne parut point devant nous, sans doute pour courir annoncer au général en

(i) 21 * et s6* Bulletins.

MALO-JAROSLAVETZ. 267

chef que nous avions trompé sa vigilance en le laissant sur la nouvelle route de Kaliiga, tandis que nous prénions l'ancienne. Kutusoff , informé de notre marche , aussitôt abandonna son camp retranché de Lectaskova ; mais il nous laissa dans l’incertitude de savoir s’il déboucherait par Borovsk ou par Alalo-Jaroslavetz. Napoléon occupait cette première ville, placée sur une éminence, autour de laquelle coule la Protva dans un lit très*profond.

Le prince Eugène qui avait campé une demilieue plus loin que Boroysk, dans un petit village'ù droite de la route fit marcher la division Dclzons sur Malo-Jaroslawetz , avec ordre de l’occuper avant que les Russes s’en emparassent. Ce général ayant trouvé la ville sans défense, en prit paisiblement possession avec deux bataillons seulement , laissfint le reste en arrière dans la plaine. Ainsi l’on croyait que cette position nous était assurée , lorsque le lendemain (a4 octobre) , au point du jour, nous entendîmes en avant de nous le bruit'd’une forte canonnade; le vice-roi en soupçonnant la cause , monte à cheval avec son état-major, et court au galop vers Malo-Jaroslavetz. A mesure que nous approchions, le bruit du canon redoublait, les tirailleurs se faisaient entendre de tous côtés: enfin nous aperçûmes distinctement les colonnes russes , qui venaient de la Nouvelle route de Kaluga , pour prendre position sur celle où nous étions.

On arrivait au pied du plateau de Malo-Jaroslavelz (i), quand le général Delzons venant à nous, s’avança près du prince, et lui dit : «Hier au soir, » en arrivant, je m’emparai de la position j rien )) ne semblait me la disputer, mais , vers les quatre » heures du marin , j’ai été -attaqué par une nom- » breuse infanterie ^ sur-le-champ deux bataillons » ont pris les armes; repoussés par des forces de }) beaucoup supérieures , ils ont été obligés de des> )) cendre du plateau, et d’abandonner Malo-Jaros- )) lavetz (2). » Le vice-roi , sentant l’impoHance de cette perte , voulut aussitôt la réparer, et ordonna k ce général de faire marcher toute sa division. Alors un combat opiniâtre s’engagea ; des troupes fraîches s’étant avancées pour secourir les Russes , nos soldats plièrent un instant ; le générai Delzons voyant qu’ils battaient en retraite , courut les ranimer au fort de la mêlée; au moment qu’il défendait avec obstination la barrière de la ville , des tirailleurs ennemis , retranchés derrière le mur

, (1) Voyez le pian dn ctump de bataille de Malo-JarodaveU.

(2) Le général Délions s’était conduit sagement et coorarnoémeut à ses instructions , en ne mettant en position qne deux bataillons. Le pont delaLouja ( rivière qui passe sous Malo-Jaroslavetz) avait étécoupé j par conséquent il ne convenait pas de faire passer une division entière pardelà cette rivière ; de plus , l’incertitude où l’on était de savoir par oîi Tennemi déboucherait , avait fait donner l'ordre au général Delzons de K tenir prêt à battre en retraite , dans la supposition qu'il entendit tirer le canon du côté de Borovsk.

d’un cimetière , firent feu sur lui, et une balle , en lui perçant le front, le renversa sans vie. Le prince, informé de ce triste événement, parut fort affecté de la mort d’un général si digne de son estime ; après avoir donné de justes regrets k sa mémoire , il envoya sur-le-champ pour le remplacer le général Guilleminot, dont le courage et les bonnes dispositions rallièrent la division , découragée par la perte de son chef. On se battait avec acharnement dans les rues de la ville, lorsque la division Broussier entra en ligne pour secourir celle qui depuis si long-temps était engagée j nos soldats reprenaient l’offensive ; mais de nouvelles colonnes russes, venant toujours parle chemin de Lectaskova,par«

vinrent k les culbuter ; nous les vîmes même acca-

blés par le nombre , descendre avec précipitation du haut de la colline , et courir se jeter vers le pont, comme pour vouloir repasser la rivière de Louja , qui coulait au-dessous du plateau.

Nos braves , raniméà parle colonel Forestier , ne tardèrent pas k se rallier , et reprenant leur attitude accoutumée , montèrent de nouveau sur la position, qu’ils enlevèrent avec intrépidité. Cependant le grand uombre de blessé’fe qui abandonnaient le champ de bataille, et surtout la difficulté qu’on avait k se maintenir dans Malo-Jaroslavetz , firent juger au vice-roi qu’il fallait envoyer d’autres troupes contre celles, sans cesse renaissantes, que l’ennemi mettait en bataille. La division Pino , qui^

S7t> LIVRE VI.

durant toute la campa^ie, avait toujours clierché l’occasion de faire connaître l’ardeur dont elle était animée, saisit cette circonstance pour obéir avec transport aux ordres du prince : dirigée par plusieurs ofiRciers d’état-major, elle se porta sur la hauteur au pas de charge , et poussant des cris -de joie , parvint à s’établir dans tous les lieux d’où l’en* iiemi nous avait chassés. Ce succès fut chèrement^ acheté : grand nombre d’intrépides Italiens périrent victimes de leur émulation pourla valeurfran- ^ çaise. La mort du général Levié , k qui le sort ne permit de jouir que huit jours de son nouveau grade , excita nos regrets. Nous fûmes également affligés , en voyant revenir le général Pino tout ensanglanté : malgré la douleur de sa blessure , elle était pour lui moins sensible que la perte d’un frère qui venait de mourir k ses côtés. ^

Les phasseurs de la garde royale , commandés, par le colonel Pcraldi , avaient suivi le même mouvement. La quinzième division ayant été repoussée ils s’avancèrent pour l’appuyer k l’instant où l’ennemi faisant des progrès rapides, marchait vers îe pont, et menaçait de culbuter dans la rivière les troupes qui l’avaient franchie. Voyant qu’ils n’a' valent pas un moment k perdre, ils attaquèrent les Russes et leur reprirent la position, d’où la division italienne avait été chassée. L’acharnement des deux partis était extrême; lorsque l’ennemi, ayant démasqué deux grandes redoutes , fit plusieurs dé-

charges à mitraille , qui détruisirent les chasseurs.

Ceux qui restaient hésitèrent un instant; mais le *

colond Pcraldi ayant fait sentirkses soldats le déshonneur qui les attendait s’ils ne mouraient pas k leur poste , eut la satisfaction de voir ces braves *

prendre des cartouches, dont ils manquaient, dans les gibernes de leurs camarades morts sur le champ de bataille, puis de les faire charger leurs armes, pour marcher tête baissée sur les Russes; ceux-ci , étonnés de tant d’audace, crurent qu’ils allaient être accablés par des troupes nouvelles.

Alors ne se croyant plus en sûreté dans leur dernière ligne, ils battirent en retraite, après avoir désarmé leur redÔute. Pendant ce temps , le canon tirait toujours, et sesboidets venaient porter le ravage et IsT mort jusque dans les rangs des grenadiers et vélites royaux , placés en réserve , et dans les groupes queformait l’état-major du vice-roi. C’est dans ce moment que le général Gilfienga , homme d’un grand mérite et d’une rare intrépidité, reçut ‘ dans la gorge une balle qui l’obligea k s’éloigner du champ debataille.

Le succès de la journée était décidé ; nous occupions la ville et toutes les hauteurs, quand la cinquième division du premier corps vint prendre position k notre gauche, et la troisième division du même corps , venue aussi après l’affaire, occupa un bois situé k notre droite(i).Jusqu'kneufheures

(1) Voyei le cLanip de bataille de Malo-Jaroslaveti.

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