‹ Relation complète du sacre de Charles X, avec toutes les modifications introduites dans lesChapitre 10 sur 28 · RELATION Gf>MPL>.TÊ · texte numérisé non relu

RELATION Gf>MPL>.TÊ

MM. les ducs d'Aumont et de Damas , les comtes de Cossé et Gurial , s'effraient et prennent le mors auxidetits. Au même instant, un écho très-sonore ayant doublé le bruit du canon, les huit chevaux de la voiture de Sa Majesté s'effraient à leur tour et s'emportent. Ua péril imminent, menace le Roi et le Dauphin^ « Nous allons verser , dit lé Roi à fionr fils, en baissant les glaces de la voiture. » — « Mon père, répond le Dauphin, nous courons un grand danger, mais ^ la Providence est \ki» Le général Vincent ,écuyer de service , crie au postillon.* M Ne quitte pas le pavé -et va ventre à terre. » Le • cocher descend de son siège , se place sur sa coquille et se met à scier des rênes. De son côté , le petit postillon y «entant qu'il n'est plus maître des chevaux , ne s'applique pas à les retenir, mais seulement à les diriger sur le pavé , et dès qu'il se croit sûr de ne pas dévier sur les bas côtés , il lance les chevaux avec une nouvelle vélocité. En quelques minutes ils sont tellement essoufflés , qu'ils se ralentissent d'eux mêmes , et enfin la vie du Roi et de -l'héritier de sa couronne est en sûreté '.

' Le danger a été tel, que, lorsqu'il a été passé, le cocher s'est aussitôt trouvé mal. La véritable cause de cet accident , c'est que lès pièces de l'artillerie n'avaient pas été placées assez loin de la route.

Franconi jeune, qui était allé sur la route au-devant du Roi, ayant appris cet événement est accouru ventre à terre pour

L'autre voiture avait été, avec les quatre voyageurs , entraînée et précipitée dans un ravin de vingt-cinq à trente pieds. MM. le comte de Curial et le duc de Damas ont été très- grièvement blessés. Le premier a eu les cotes brisées et l'oreille droite coupée par les glaces des stores. Plusieurs valets ont été culbutés. M. le géoéiial Bordesoult est tombé de cheval deux fois^^ san^ se Êiire aucun mal. • .

Cet accident et' lasollicitcide de Sa Majesté envers les blessés , ont retardé sa marche. A midi, elle est arrivée à Tare de Iriomphç de Tinqueux, où elle a été accueillie avec enthousiasme par une foule de paysans, qui ont entouré sa voiture.

Sa Majesté est descendue avec monseigneur le Dauphin dans une mpison d-e campagne de l'archevêque de Reims, où s'étaient rendus monseigneur le duc d'Orléans et monseigneur le duc de Bourbon.

Une demi-heure après son arrivée, le Roi est monté dans la voiture du sacre , qu'on avait dès dix heures du matin, dirigée de Reims sur Tinqueux , ainsi que les carrosses de cérémonie des princes et les détachemens de la maison militaire du Roi, de la garde royale et de la troupe de ligne,

prévenir, de la part de T officier général qui précédait le Roi , le commandant de l'artillerie placée à Tinqueux de ne pas tirer qaand S. M. approcherait. En effet, les cent vin^rt coups de canon n'ont été tirés que lorsque le Roi est entré dans Reims.

ao HELATIOlf COMPLÈTE

destinés à £aire partie du cortège militaire de Sa Majesté.

Le cortège s'est mis en marche immédiatement! Dans la voiture du sacre , dont tout le monde admirait la jrichesse et la magnificence ^ , le Roi , en habit de colonel génial » avait à côté de lui monseigneur le Dauphin , et vis-à-vis monseigneur le duc d'Orléans et le duc de Bourbon.

Les états-major ouvraient la marche , suivis de la cavalerie légère, de la ligne et de la garde nationale à cheval de Paris.

Venait ensuite le carrosse de monseigneur le duc de Bourbon , dans lequel étaient des officiers de sa maison. Ce carrosse magnifique , tout doré , était traîné par huit chevaux bais , harnais noirs cou-^ verts d'or, portant sur la tête des aigrettes aitourées de panaches.

La voiture du duc d'Orléans, toute semblable, venait après, traînée par huit chevaux blancs ppinmer lés , couverts de harnais de maroquin rouge également décorés. L'ensemble de cet équipage effaçait, excepté la voiture du Roi, tout ce qu'on voyait dans le cortège.

' Cette voiture est sortie des ateliers de M. Daldringea, carrossier du Roi, faubourg Poissonnière. Les ornèmens ont été dessinés par M. le chevalier Percier. Le train de la voiture el toutes les sculptures adaptées à la caisse sont dorés.

Deux escadrons des lanciers ei des hussards de là garde royale.

Deux carrosses de service de M*', le Dauphin.

Un carrosse du Roi , dans lequel étaient des om-^ ciers de sa maison. ' .-

Le carrosse de service du Roi, dans lequel était le prince de Talleyrand, grand-chambellan.

Un escadron des gardes-du-corpsl

Les pages du Roi.

Le grand-maître, le maître et les aides des céré* inonies à cheval.

Les écuyei's de Sa Majesté en tête des chevattK du carrosse du Roi.

Derrière le carrosse , venaient quatre escadrons des gardes-du-corps*

Un d^acbement de gendarmerie d'élite.

Quatre escadrons de cavalerie de la garde royale^ les grenadiers à cheval, les cuirassiers , les dragons, les chasseurs.

La marche était fermée par ** les gendarmes à cheval de la ville de Paris, et par la grosse cava*< lerie de la ligne.

Depuis Tinqueux jusqu'à la cathédrale, la haie était formée par des détachemens des six régimens de la garde royale , placés à droite de la route , et par l'infanterie de ligne placée à gauche.

^ L'artillerie était placée de distance en distance sur un des côtés de la route.

Le cortège étant arrivé à l'arc de triomphe de

a a RELATION COMPLiXE

Tinquéux , édifice d'architecture gothique, sur lequel on voyait représenté le baptême de Clovis^ M. de Gestas, sous-préfet de Reims, à la tête des maires des cent quatre-vingts communes de 1 arrondissement de Reims , a adressé au Roi le discours suivant :

<c Sire,

» C'est dans les contrées où la France devint chrétienne, c'est aux pieds de l'autel où fut sacré Clovis , où les aïeux de Votre Majesté ont reçu l'onction royale, que le Dieu de saint Louis semble se plaire à verser ses plus abondantes bénédictions sur les Tois que sa bonté nous donne.

» Du même aujtel aussi partent plus puissantes les inspirations d'amour, dont sont animés tous les Finançais pour Votre Majesté et pour son auguste dynastie , et ce sont surtout les habitans de l'arrondissement de Reims, qui, placés à la source même de ces inspirations sacrées, y puisent lessentimens de fidélité, de dévouement sans bornés et de profond respect qu'ils déposent par mon organe aux pieds de Votre Majesté.

w Sire , le Ciel a entendu leur cri de wV^ le Roiî vive Charles XI yy

Sa Majesté a répondu « qu'elle était sensible aux marques d'affection que lui exprimait M. le ; souspréfet. j>

DU.SA.CRE D£ CHARLES X. a3

Aux quatre arcs de triomphe formés Je feuillages et portant les noms des quatre arrondissemens du département de la Marne, Épernay, Chàlons , Vitry- le -Français et Sainte-Ménéhould, se trouvaient les membres des conseils d'arrondissemens , des jeunes filles vêtues de blanc et la garde nationale à cheval de chacune de ces villes.

Les autorités civiles et militaires du département de la Marne et de la ville de Reims attendaient le Roi à la superbe grille en fer de la porte de Vesle , qui avait été décorée avec beaucoup d'élégance.

M. Ruinart de Brin^ont , maire de Reims , à la tête du corps municipal , a présente' les clefs de la ville à Sa Majesté , qui les a prises et les a remises à son capitaine des gardes.

M. le Maire a ensuite adressé à Sa Majesté le discours suivant :

« Sire ,

» Heureux de pouvoir être auprès de Votre Majesté l'organe des sentimens qui animent les habitans de la ville Reims, mon cœur sent mieux qu'il ne peut exprimer l'élan que votre auguste présence excite en ce moment dans cette grande cité.

» Daignez , Sire , recevoir les clefs de votre bonne ville de Reims; c'est J'amour, c'est' la fidélité qui sempressent aujourd'hui , comme dans tous les temps, de vous en faire hommage.

» Toius nos cœurs sont ii vous, Sire; ils le sont

!l4 MLATrOtr COMPLETE

à jamais; et dans ce moment où nous avons le bon* heur de contempler les traits de notre Roi bien* aimé, il ne nous reste plus qu'à adresser des vœux au Tout-Puissant , pour qu'il répande toutes ses bénédictions sur Votre Majesté et qu'il lui accorde de longs jours pour le bonheur de la France. Fwe éeRoilm

Le Roi a répondu :

« Je suis touché des sentimens qui viennent de » m'être exprimés ; je désirerais avoir la voix asseî » forte pour me faire entendre de tous les bons Ré- » mois et de tous les Français, et leur faire connaître » la vive émotion que j'éprouve en ce moment. Je » prierai le Tout-Puissant dans la cérémonie de » mon sacre de doubler mes forces pom* assurer » le bonheur de mon peuple. »

Le Roi a fait alors son entrée dans la ville au bruit d'une salve d'artillerie de cent. un coups de canon , de toutes le$ cloches de la ville et de nombreuses acclamations.

La matinée'avait été pluvieuse. Mais, versmidi^ le soleil a paru et il a continué de faire assez beau temps.

Le cortège a traversé la rue de Vesle , qui était bordée par la garde nationale et la garde royale. La cavalerie de la garde , les gardes-du-corps , la voiture des princes, les capitaines des gardes, MM. de

DU SÀ.iCRB DE CHARLES X. À 5

Mouchy , dé Luxembourg, d'Havre, de ^^rammont , ée Rivière et dé M ortemart , précédaient la Vottucfe du RoL M. le duc de Bellune était à Tune des poiv tières , le bâton de maréchal à la main , et M. le g&- Héral Partouneaux à l'autre '.

. Sa Majesté a été reçue sous le dais, à la porte de la cathédrale , par M. l'archevêque de Reims , têtu pontificalement, précédé de sa croix et de sa crosse, et accompagné des évêques de Soissons, de Beauvais, de Châlons-sur^Mar^e , et d'Amiens , ses suffragans, tous en chapes et çn mitres , aiqsi que du chapitre de son église , en chapes.

. L*archevêique a présenté l'eau bénite et l'encens au Roi, qui s'est agenouillé devant le portail sur un carreau porté sur le drap de pied. Sa Majesté s'est relevée après une courte prière , et l'archevêque Ta complimentée en ces termes :

(c Sire,

9 Aux vives acclamations de bonheur et d'amour qu excite dans mon diocèse la présence d'un Roi

' Pendant la marche da cortège, on assure avoir va les princesses aux fenêtres d'une des maisons de la me de Vesle.

Au sacre de Louis XVI, les princesses ne ûrent pas non plus partie du cort^e. Madame Clotilde et madame Elisabeth furent reçues la veille par le corps municipal et firent leur entrée au bruit de l'artillerie. La Reine et Madame arrivèrent incognito pendant la nuit , et s'étaient placés au fenêtre* de la matsoo de H* Ândrienx, me de Yetle , pour y voir pasfer le roi.

a 6 RELATION COMPLÈTE

digjoe fils de Saint-Louis, et aux sincères expressions de la reconnaisance et de la fidéGté de cette bonne ville , si heureuse de se voir encore la ville du sacre , qu'il me soit permis d'ajouter les hommages et les vœux d'un chapitre aussi recommandable par la pureté de > ses principes que par la solidité de ses vertus, et de tout un clergé qui connaît , qui aime et remplit ses devoirs*

» Quant à moi, Sire, j'ose me croire dispense de manifester des sentimens qui, invariables comme principes, sont depuis long-temps connus de Votte Majesté.

» Mais, après avoir, comme un serviteur fidèle, pris part, pendant une si longue suite d'années, à tous les événemens de la vie de Votre Majesté , je dois aujourd'hui bénir hautement la divine Providence qui, dans une cérénaonie si remarquable par toutes ses circonstances, m'a destiné à remplir auprès de votre auguste personne la plus belle , la plus consolante des fonctions de mon saint ministère ; et je rends grâce à Dieu, la sagesse éternelle, de vous avoir inspiré , Sire, la grande et religieuse pensée de venir sanctifier la dignité de Roi par un acte solennel de religion au pied du même autel où Clovis reçut l'onction sainte; car, dans tous les lieux soumis à votre puissance. Sire, tout vous fera assez entendre que vous êtes Roi, tandis qu'ici, dans ce temple, dans cette cité , berceau de la foi de vos pères, tout vous rappellera que vous

DU SACRE DE CHARLES X. l'J

êtes chrétien ; tout vous dira que*, pour votre bon* heur, comme pour le bonheur de vos peuples , et afin d'accomplir les desseins de Dieu en marchant sur les traces de tant de rois dont, par le droit de votre naissance, vous portez la couronne; oui. Sire, tout vous dira que toujours vous êtes le fils aîné de l'Église et le Roi très-chrétien.

» Daigne le Roi agréer l'expression de nos sentimens ! daigne le Ciel exaucer tous nos vœux !»

Le Roi a répondu avec Taccent d'une vive émotion '.

Après cette réponse, un chanoine a entonné Tantienne : Ecce ego mitto angelum meum , et le Roi a été condûH processionnellement vers le sanctuaire dans Tordre suivant.:

Le chapitre de la métropole ;

Les évêques sufiEragans ;

L'archevêque de Reims ;

Le service de la maison civile et militaire de Sa Majesté , marchant en avant d'elle et se tenaût stip les ailes ;

Le Roi;

Le service de la maison civile et militaire de Sa Majesté, marchant en arrière;

Monseigneur le Dauphin, monseigneur le doc d'Orléans et monseigneur le duc de Bourbon , pré*

' CeUe rppoDse da Roi D*a élé pabliée nulle fiart.

28 BELAT lOIf COMPLÈTE

cédés et suivis des premiers officiers de leurmaison.

Arrivée au sanctuaire , Sa Majesté s'est placée i son prie-dieu , élevé sur une petite estrade sous uq dai^ magnifique , à douze ou quina^e pieds de Tau* tel; à sa droite , étaient monseigneur le Dauphin et le duc de Bourbon; à sa gauche, le duc d'Orléans; et derrière les princes, les premiers officiers de leurs maisons. Le grand et le premier aumônier , deux des aumôniers et l'aumônier ordinaire , se tenaient à droite, en avant du prie-dieu. A gauche, et en avant , étaient MM. les cardinaux , en rochets et en camails.

Madame la Dauphine s était rendue dans sa tribune avec Madameduchesse de Berri , et LL. AA« RR. les princesses du sang. •*

La tribune des ambassadeurs , placée en face de celle de madame la DaUphine, était occupée ; les autres tribunes sont restées vides.

Les personnes admises avec des billets dans la cathédrale ont été placées dans le fond du sanctuaire , derrière la musique du Roi. On y a vu arriver en masse les maires , les adjoints et les mem«* bres des conseils municipaux , revêtus de leurs écharpes blanches et conduisant leurs jeunes villageoises par la main.

Après avoir porté ses regards autour de lui\ le Roi s'est agenouillé et a fait sa prière au milieu du plus profond silence. Il s'est relevé au bout de quelques minutes. L'archevêque, placé devant l'autel , a

récité alors quelques oraisons, et a été ensuite se placer dans la première stalle du chœur, ayant à sa gauche MJVI. les évéques de Soissons et de Châlofis. Dans les stalles en &oe se trouvaient les évéques de Beauvais et d'Amiens. Les autres stalles étaient occupées par le chapitre de la métropole.

Alors l'archevêque a entonné les vêpres.

Après les vêpres, monseigneur le cardinal de Lafare , un des assistans de Sa Majesté est monté dans la chaire , élevée du côté de l'Évangile à quelques pas du Roi et a prononcé le sermon.

Son Éminence s'est exprimée en ces termes :

c Spiritus Domini super me eo quod Dondnu^ unxerit me.

» Le Seigneur a imposé sur mon front l'onction sacrée , et l'esprit de Dieu est descendu dans mon àme. »

« Sire,

» Il est au-dessus des Rois et des peuples un dominateur suprême dont toute puissance émane. Sa volonté , à laquelle rien ne résiste , forme , élève et Élit disparaître les empires de ce monde et ceux qui les gouvernent. Il tient dans sa main les cœurs des dépositaires du pouvoir, et suivant ses desseins impénétrables, il en fait ou des agens de sa miséricorde ou des agens de sa colère.

» Heureux les peuples sm^ qui, du haut, de son

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sanctuaire, le Tout -Puissant daigne abaisser des regards de complaisance!. Heureux ce royaume, qui depuis tant de siècles jouit de cette prédilection signalée, et qui dans cette série étonnante de princes du même sang, dont le trône français s'honore, n'a que des tributs d'admiration et de reconnaissance à payer à leur mémoire !

» Mystérieuse et touchante cérémonie î'Dieu luimême en a fait à la terre le présent céleste; il l'institua dans Israël.^ l'ordonna à Samuel ppur la consécration 4e Saul et de David,; la fifc.oQatinuer par ses prophètes, et passer de l'Apcien Testaçaent dans le Nouveau, rehaussée de cette pompe imposante qu'étale le culte catholique et qui embellit 3és fêtes d'un si majestueux appareil!

» Déjà combien d'émotions excite dans tous les Qoeurs ce spectacle tout divin et tont monarchique ! avec quelle édification la piété comtemple l'attitude aussi religieuse que royale de notre monarque !

- » On admire sur son front tant de bonté unie à tant (le grandeur ;,oci est ébloui de la magnificence, qui Tenvironue.; mais la foi* du chrétien s'attache à des pensées plus hautes. Dans l'ensemble de cette antique cérémonie , la fpi se plaît à rechercher l'esprit particulier qui la dirige^; elle y remarque avec intérêt l'action tutélaire de la religion , qui , toujours occupée de la félicité commune , d'une part consacre les obligations du monarque avec les peu-

DU SACRE DE CHARLES X. 3l

pies, de l'autre constate et garantit les devoirs des peuples envers les monarques. »

L'action tutélaire de la religion sur les obligations et les devoirs réciproques du monarque et des peuples, tel est le sujet que monseigneur le. cardinal a choisi et qu'il a développé dans un discours divisé en trois points.

L'orateur a terminé ainsi :

« Protecteur de cette race chérie à qui , depuis plus de huit siècles , vous avez confié Tapanage de ce beau royaume, Dieu tout-puissant, continuez de manifester sur elle votre {aveur et vos merveilles !

x> Que toujours étendu sur l'homme de votre droite , votre bras couvre $a personne sacrée de votre égide impénétrable !

}) Que tous les vrais Français , aussi fiers de lui obéir que lui-même s'est dit fier de les gouverner, l'entourent à l'envi de confiance et d'amour !

» Que calmes comme son âme et purs comme ses désirs, ses jours égalent, par leur durée, la mesure et l'étendue de nos soins !

n Que constamment heureux comme Roi, Charles X le soit constamment comme père !

9 Que ses regards paternels voient toujours au* près de lui briller d'un éclat que rien n'altère, cette famille si précieuse, Tornement de sa cour, le cliarrae de sa vie, l'avenir de la France!

» Cet illustre Dauphin , terreur du génie du mal ,

3a RELATION COMPLàTE

vengeur rapide de la majesté des Rois , héros conquérant et pacificateur !

>« Cette princesse magnanime , image vivante de la ch{u*ité céleste , providence visible de l'infortune, modèle d'héroïsme comme de vertu !

» Cette mère admirable de Fenfant du miracle , qui rendit l'espoir à la nation consternée , l'étonna par son courage , la captive par sa bonté !

» Ce tendre rejeton de la première tige des lis , qui fut avant de naître l'objet de tant de vœux , et qui l'est aujourd'hui de tant d'espérance !

» Dieu de Clovis, s'il est ici- bas un spectacle ca<* pable d'intéresser votre majesté infinie, ne serait-ce pas celui qui , dans cette solennité , fixe l'attention universelle , appelle et réunit tous les vœus. ?

» Pourraient-ils , confondus avec la multitude des événemens humains, s'ensevelir et se perdre dans les annales éternelles , ces jours saintement privilégiés , où le héros de Tolbiac , et treize siè* des après lui , le soixante-cinquième des Rois ses successeurs , sont venus , dans le même temple , recevoir la même consécration ?

» A quoi donc, grand Dieu ! si ce n'est à la persévérance de vos immuables décrets , attribuer sur cette terre , toujours si mobile et toujours si changeante , le don surnaturel d'une durée qui tient du prodige !

» Même royaume, mêmes Rois, même basilique^ même autel, même culte, mêmes pontifes ! Même

dotible chaîne qui, à force d'être antique, semble suspendue à l'Éternité , lie d'un côté Clovis à l'auguste héritier de son trône ^ et de l'autre , le grand saint Remy au digne successeur qui le remplace dans son siège !

» Intervalle immense dans les fastes de nôtre éphémère et périssable humanité !

» Celui qui se complaît à protéger et à maintenir, et notre culte qu'il a soutenu toujours pur , et la maison de France qu'il a toujours aimée, et ce royaume qu'il a élevé si haut, leur aurait-il transmis quelque chose de son ineffable immutabilité ?

» Seigneur, il vous a plu, sans avoir égard à la feiblesse de notre ministère, de nous rendre, dans' deux circonstances d'un souvenir ineffaçable, l'organe de votre parole sainte *.

» A cette époque à jamais déplorable, que déjà le laps de trente-six années et le torrent des âges ont emportée loin de nous, vous avez voulu que du haut de la chaire de vérité, en présence de cette assemble'e fatale , qui fut le premier instrument de la démolition du Irône et de la monarchie, notre voix annonçât les orages destructeurs amoncelés sur nos têtes , et près de fondre sur la France !

ï> Aujourd'hui, quelles actions de grâces ne devons-nous pas à votre bonté, de nous avoir, à la

' Le cardinal de Lafare , alors évêque de Meaux , prononça le 4 mai 1789 un sermon devant les États- Généraux.

^4 KBLATIOir OOMVdtlE '

fin de notre carrière ^ réseWé U plus cloueb'dkii jouissances j celle de présager à notre patrie: et au ilnonde, qu'autant de la coupe de votre colère enfin épuisée il était sorti de chàtimens et de fléaiUc ^ autant des trésors intarissables de vos misërioordea il sortira de félicité et de bienfaits I ■

D Fasse, Seigneur, votre volonté protectrice /qm si Texcès des maux a surpassé nos pressentimena çt i|os craintes I la réalité des biens surpasse, à son touir^ nos souhaits et nos espérances ! - .

. » Daigne le secours permanent de votre grâce coQ« duire par un chemin non interrompu de prospérités^ ^t amener au bonheur qui n'aura plus ni vicissitude, ni fin, notre Roi, votre adorateur sincère, et son peuple,. qui, sons ses lois et avec ses exemples^ sera plus que jamais religieux et fidèle ! »

Après ce sermon l'archevêque se rend à l'autel eC entonne le Te Deum , qui est exécuté par les musiciens de la Chapelle et qui a été composé pour cette grande circonstance par M. Plautade. Le Roi l'enr tend debout.

Pendant le Te Deum , MM. les aumôniers du Roi, conduits par le maître des cérémonies, ont apporté les présens de Sa Majesté , et les ont posés sur Tautel, à Texception du reliquaire de la vraie croix, qu'un des aumôniers de Sa Majesté a gardé.

Ensuite, MM. les évéques de Soissons et de Reauvais ont conduit le Roi à l'autel , et Sa Majesté l'a baisé.

DU SACHE ^f. C^HARU^ X. 35

I;6 pirepiier gentilhomme de la chambre. du Roi a reçu des roaiiis de raumpniet le reliq!Uair^: de la Traie croix , et l'a remi^ au Dauphin i: qui l'a présente à Sa Msyesté^ ' i .. î

Le Boi s'est avancé pOiin offrir le reliquaire à Dieu ; il l'a posé sur l'autel et:*;baisé la vraie croi)t*

Après cette dernière oéréfaonie ^ la musique de là diapelle a exécuté unç très^belle marche , de la composition de ]V(. Lesueur, et Sa Majesté s'est retirée , accompagnée comme à son entrée.

Au moment où le Roi traversait la galerie extérieure , il a été accueilli par de nottvelles acclamations. La foule s'est précipitée $ur son passage avec tant de violence , que la force armée s'est mise en mesure de l'écarter. Mais le Roi ordonna aux gendarmes dé s'arrêter : « Votre service a cessé , leur a dit Sa Majesté , vous pouvez vous retirer ; je veux .que mon peuple puisse s'approcher. » Les gendarmes ayant obéi^ tout le monde s'approcha de Sa Majesté et quelques personnes baisèrent ses habits.

Arrivé dans ses appartemens, le Roi a reçu lé chapitre de Reims , ayant à sa tête M. l'archevêque , M. le commandant de la seconde division militaire, M. le préfet de la Marne, M. le commandant du département , M. le sous-préfet de Reims , le tribunal civil , le tribunal de commerce , M. le maire de Reims et le corps municipal^ qui ont présenté^ à Sa Majesté les présens de la ville , lesquels con-

sistent en vins de Champagne , en pain d*épice ^ en poires de rousselet et en biscuits.

£n présentant ces fruits du pays au Roi , « Sire, a dit M. le maire , comme un de mes aïeux le disait à Henri IV, je dirai à fln de ses petit-fils : Nous lui offirons ce que nousAavons de meilleur , nos yins , nos poires et nos cœurs ; veuillez les agréer. »

Les autres autorités ont aussi harangué le Roi. On a recueilli les réponses suivantes de la bouche de Sa Majesté : i

A M.le préfet.

Monsieur le préfet , je reçois avec beaucoup de satis&ction Texpression des vœux et des sentimens des habitans de mon département de la Marne. Leur dévouement à ma personne ne date point de ces jours de prospérités. Je n'oublie point celui qu'ils m ont témoigné à mon arrivée au milieu d'eux en 18149 et dans des temps si voisins du danger. Je suis assuré qu'ils persévèrent dans leurs bons sentimens, sous une administration sage et vigilante telle que la vôtre , Monsieur, et que tout va concourir sous vos yeux à justifier ma confiance, et à mériter de plus en plus mon affection.

A M. le président du tribunal civil.

Monsieur le président, c'est par la justice que régnent les Rois ; et la partie la plus importante de mon autorité vous est déléguée : usez-en , Monsieur, avec

DU SAGllE DE CHARLES X. $*]

la religieuse fidélité qui caractérise Jes vrais magisr trats,. et spyez persuadé que vous vous concilierez des droits à ma bienveillance et à ma protection ^ à mesure que vous ^pporterez^daipis vos jageq(\eii$ de l'exactitude et de rinxparti^Ul^. >> .

^ M. le président du tribunal de commerce.

Monsieur le président, vous avez raison de dire que je place panni les premiers sujets de ma sollicitude les progrès du commerce et de l'industrie ; j'apprécie combren ils influent aujourd'hui sur la puissânèe. iât là prospérité des états. : Gomme iiégocians , vous pouvez comptera sms ma protection ; comme jug^s, j^ttends dé votre zèle que vous vous efforcerez de mainténi;* dan& le commerce la bonne foi, quiemestl'âtrie^r''

IL.es mêmes autorités ont été ensuite admises à présenter* leurs gommages aus^. princes, et aux priq,^ cesses de la/amille i:Qyale et du sang. Le$. discours suivans ont été proi^^ncés : . .

A Monseigneur lé Dauphin*

MoirSEIGITEUR ,

Daignez recevoir nos honunagç^ respectueux et nos vœux. Permettez-nous d'admirer dans votre personne l'alliance si touchante du courage et de la vertu. Tandis que les acclamations publiques en-

38 ARL4TI0N GOMPLèTE

tourent votre auguste père et réflécÛssent snrTous comme la plus noble image , votre nom , Moiiseigivetir, est bépi dans lés chaumières et célébré par nos braves. Le ciel a voulu venger la France de ses longues souffrances , pûisqu'au sacre de QharlesrX , nous trouvons réuni tout ce qui peut assurer le bonheur d'un grand peuple et perpétuer ses espérances, M

A Mcuiame la Dauphine.

Vous allez assister à Tàntique solennité du sacre et vous- y secez entourée des ombres de cent Rois vos aïeux. Quelque grande (jue soit cette illostration , la première du monde ,'ivos vertus , Madaome, y ont encore ajouté. Tous les malheureux :fidâs;coà* naissent. A votre voix , les larmes tarissent et la dotiTétir se tait. La princesse qui fut un si beau modèlé de courage en est encore un de cette inépuisable charité qui semble descendre du Ciel. C'est ici, Madame, c'est à Reims, en contemplant son auguste race replacée sur le pavois et consacrée par la religion , que l'a fille des Rois devait recevoir le prix de ses héroïques vertus.

Daignez , Madame , recevoir nos hommages trèsrespectueuxi et nos vœux.

•mJ

A Ma4qme duchesse de Merry.

Madame y

Votre présence à Tauguste cérémonie qui rassemble ici la famille royale , émeut tous les cœurs. Et qui peut voir sans attendrissement la princesse qui , éprouvée au printemps de sa vie , porta Fespérance au milieu du itialheur ; celle à qui nous devons l'enfapt du miracle qyi fera le bonheur de nos neveux !

Là France a contracté avec Votre Altetoe ]&oyale une dette immense d'amour et de reconnaissance dont vous trouvez partout le tribut. Vous exciteriez ces sentimens par tqs seules vertus; ^t à la grâce dont vous savez les recouvrir^ on s'aperçoit > Madansie , qu'en arrivant en France , vous avez re^ 4arouvé votre patrie.

Daigo^ 9 Madame^ recevoir nos hommages trèsrespectueux 6t nos vœux.

j4 Monseigneur le duc <I Orléans.

MONSEIGITEUR ,

La Solennité du sacre est un jour de triomphe pour les fils d'Henri-le-Grand. Tous sont couronnés dans le chef de cette auguste race , qui a tour à tour montré à nos pères ce que le courage a d'héroïque, la grandeur d'imposant et la bonté d'enivrant pour les peuples.

4o RELATIOIV COMPLÈTE

Monseigneur, vous prenez votre part des sentimens que les Français conservent aiix descendam du bon Roi , et nous contemplons avec confiance dans Votre Altesse Royale , et sa nombreuse famille, l'appui et rorneraent du trône.

Daignez , Monseigneur , recevoir nos hommages respectueux et nos vœux.

A Madame la duchesse d^ Orléans.

Madame,

Fille et épouse d*un Boiu*bon , Votre Altesse Royale retrouve , dans la solennité du sacre de nos Rois, le plus grand titre de son illustre famille. Dans chaque siècle , la maison de France a fourni des héros modèles de courage , ou des princesses modèles de vertus. Elle n'en a pas perdu le privilège. Si on en voulait signaler, il suffirait de nom* mer Votre Altesse Royale y et de la montrer au sein de son heureuse famille. C est là-. Madame^ qu'adonnée toute entière aux devoirs sacrés et touchans de mère et d'épouse, vous avez trouvé le trône que votre cœur eût choisi.

Veuillez , Madame , agréer nos hommsiges ^Sr pectuetix et nos vœux.

Jl Mademoiselle d Orléans.

Madame , Vous paraissez à la solennité du sacre à un ti-

tre bien cher aux Français, celui de petite-fille d'Henri IV. Vous reproduisez, Madame , les grâces de l'esprit et la sincérité de ce grand Roi. C'est par là surtout que Votre Altesse Royale règne sur les cœurs , et qu'elle complète l'éclat et le bonheur de la famille des princes qui croissent sous ses yeux.

Daignez , Madame , agréer nos hommages respectueux et nos vœux.

A Monseigneur le duc de Bourbon.

MourSEIGNETTR.

La valeur qui caractérise si éminemment les Français n'eût été qu'imparfaitement représentée au sacre , s'il ne s'y fût pas trouvé un Condé ! Partout Votre Altesse Royale a acquitté cette dette de famille ; et après qu'a cessé l'heure des combats , elle a reporté au sein de la paix une grandeur modeste et la bien&isance qui se cache.

Monseigneur, la France vous découvre , plaint votre solitude et vous admire ! Il n'est pas donné à un prince de votre nom d'échapper aux regards de son siècle et à l'immortalité.

Daignez , Monseigneur, recevoir nos hommages respectueux et nos vœux.

Dans la matinée de ce même jour, avant l'arrivée du Roi , Monseigneur le cardinal , prince de Croï , grand-aumonier de France, s'était rendu, accom-

4a RELATIOIf COMPLÈTE

psîgné de deux aumôniers du Roi , à THotel-de- "Ville; SoQ Éminénce ^tait en rochet et eftmail; MM. les aumôniers en rochet et manteau. £11^ fat reçue |)ar MM. les commissaires du Roi , Bellard et Delamalle,' conseillers d'état ; vicoi&té de Peyronnet , et baron de Crouaeilhes , maîtres des iwquétes , qui lui ppésentèrent la- li^te de cinquante détenus que le Roi avait jugés dignes de sa clémence , avec des notes sur chacun d'eux. Son Altesse Éminentissime sortit ensuite , accompagnée de ces messieurs , et passa dans la cour où les prisonniers étaient ruénis. Ces prison];|îçrs ayant salué ^n Éminenqe. pa^:* les «ris de grdce ! grâce .^... M. le cardinal leur a p£^r jié ^n c^s termes :

, «, Oui> mes enÊins , ce Rof , .que U divinie Provi* .dence a, dans sa miséricorde , donné à la France , «aime à signaler toutes ses actions , et particulièrement ses grands actes religieux , par des bienfaits. L'i^sprit . de charité e^t VAr^p. de . notre $ain|:ç religion : cofl^oler ceux qui,$pnt da^s l'affliction ; se- ,P9uriç, ce^i|x qui $ont dans le besoin : voilà ce que la religion de Jésus - Christ commande à ses enfans f vçilf^ ce que notre monarque bien-aimé aime à pratiquer.

» Eh bien , mes enfans , témoignez votre reconnaifisance à Dieu pJBir un véritable changement : la religion et voscœurs vous le commandent également Si vous avez jusqu'à présent mérité les chàtimens de

DU SAGRt DE GHABLES X. 4^

Dieu et des punitions de la part de la justice, prenez tous la plus ferme résolution de vivre désormais» en honnêtes gens et en vrais catholiques ; instruisezvous de vos dévoila de chrétiens , et pratiquez-les exactement : sans cela, point de salut pour l'éternité, point de bonheur sur la terre.

» De la part du Roi , je vous anpoqce la grâce que vous demandez ; on va , eta son nom , vous distribuer des secours. Vivez en bons chrétiens, en bons Français. Le Roi , auteur de la grâce que je ycfos aniiK>DCè , ^a. rioitt r^uir tôttà par sbft arrivée : pért«z*vous sur son passage, on va voosy cîoïidtiir^ : exprimez - lui par vos acclatdations ce que vos cœurs éprouvent. Vli^ le RoU «

A ces mots ^ les priisônniers ont réponde par des cris réitérés de c^Vc le Rdil et ont témoigné à la fois leur repentir, leur joie et leur reconnaissance de la manière la plus vive. Son Éminence ayant ajouté quelques paroles d'édification , s'Qst retirée comblée des bénédictions des capti&qu^llevenait de rendre à la liberté. MM; lés aumôniers àvL Roi ont distribué à chacun de œs p^sonniers une somme de 30 fr.

44 RELAnorr complète

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