CHAPITRE ÏX
MonlauzSoarees.— RiTières.— LeCalédon.— Le Oeave Orange, -^La Namagari oa FaU — Le Létonélé. — La Mononenoii. — Tribus des Bamakakanas et des MaUapaUapa9.-*-Lear originet— Leur histoire.— GaimilMlisine. — Indostrie. — Gomnieroe. — Ganses du eannibaUsme.— Chasse.— Noorriture.— Pêche.
Outre ledésir de visiter les sauvages tribus qui habitent les montagnes Bleues et de leurannoncerrËvangile, un des principaux objets de notre courte expédition était d'explorer et de recon* nattreles sources de quelques-unes des principales rivières de l'Afrique méridionale. On savait avant nous que le Calédon, le fleuve Orange, la Namagari prenaient leur source dans les monta-
gnes Bleues; mais là se bonMieiM le»< sances des géographes sur un poiM q^iii. esi permis de considérer comme important pow les progrès de la science. Jamais aucun voyageur européen n'avait pénétré jusqu'aux sources de ces fleuves, et par conséquent jamais leur véritable place n'avait été assignée. Nous avons été asse^ heureux pour explorei* nous-mêmes quelques-unes de ces sources , et sur les autres nous avons recueilli dans nos entretiens avec les indigènes assez de renseignements pour pouvoir apporter à la science géographique le tribut de nos connaissances, et pour éclaircir une question qui jusqu'à présent était demeurée sans solution. Quoique notre exploration ait été courte et incomplète, nous avons pu néanmoins nous assurer que les rivières dont nous venons de parler, le Calédon, le fleuve Orange, la Namagari et quelques autres cours d'eau moins considérables prennent naissance , dans une montagne que les indigènes appellent Pofungii)^ à cause des fréquentes chasses à l'élan qu'ils
vont y faire, mais qife nous avons désignée dans notre earle sons le nom de mont aux Sources.
Cette montagne, dont la direction est de Test à Touest, est située près du 29^ degré de latitude australe, et près du 28^ de longitude orientale. Placée à l'extrémité nord de la chatne des montagnes Bleues, dont elle constitue un des points culminants, elle est élevée d'environ deux cents toises au-dessus du sol qui l'entoure, et peut avoir douze lieues de circonférence. Quant à sa hauteur au-dessus du niveau de la mer, nous n'avons pu la mesurer exactement, mais elle ne doit pas être au-dessous de dix mille pieds anglais. Le Sommet de cette montagne est en forme de plateau , et est tapissé de la plus riche verdure.
Du flanc occidental du mont aux Sources sort la rivière que les Européens appellent Calédon, du nom de l'ancien gouverneur de la colonie du Cap, lord Calédon , mais que les indigènes nomment la Mogokare (1), parce qu'elle
(1) Par le milieu.
coule au milieu du paysdes Mantaetis et des Bassoutos. Le Calédon, dont le volume, près de sa source, n'excède pas quelques pieds d'eau, s'é* largit considérablement à mesure qu'il approche des vallées secondaires, et devient dangereux à l'approche de la chute des pluies'et de la fonte des neiges. A la hauteur de Mérabing, il reçoit la Tlotse, sortie comme lui du versant occidental dés montagnes Bleues, et qui, large d'une soixantaine de pieds, roule, comme le Calédon, une grève bleue tachetée de grains micacés. Plus loin vers le sud , à la hauteur de Thaba- Bossiou , les eaux du Calédon se grossissent de celles de la Saule, sortie des montagnes Bleues et coulant' à peu près de l'est à l'ouest.
Le Calédon est partout encaissé et rapide. En été ses eaux gonflent prodigieusement, coulent presque à fleur de rives, et n'ont pas moins de vingt pieds de profondeur sur une largeur d'environ trois cents. Malgré sa profondeur et l'es* carpement de ses bords, le Calédon pourrait être détourné en certains endroits et contribuer à l'irrigation et à la fertilisation du sol.
Les deux rives sont bordées de saules qui s'é^ lèTent ordînairemenlde vingt-huit à trente pieds et qui, outre Tombrage qu'ils procurent au voyageur, fournissent aux indigènes et aux missionnaires un assez bon combustible, et un bois de charpente bien précieux dans une contrée où l'on s'en procurerai t d'ailleurs très difficilement* On en tire des chevrons^ des solives, des poutres dont quelques-unes n'ont pas moins de trois toises et demie de long sur deux pieds de diamètre, des voliges, des châssis de porte et de fenêtre, des planches, etc. Les feuilles fraîches de ce saule fournissent aux bestiaux une nourriture dont ils sont avides.
Le Galédon, que l'on peut en beaucoup d'endroits passer à gué pendant la saison sèche , ne peut être traversé, lorsqu'il a été grossi par les pluies, ni sans difficulté, ni même sans péril. A la place des gués que l'on était accoutumé à passer à pied ferme , on ne retrouve plus qu'un sable mouvant et profond dans lequel on court risque de perdre sa monture. Lorsqu'il n'existe point de gué, on le traverse sur un tronc d'arbre
que de hardis nageurs poussent jusqu'à la rive opposée, ou sur un radeau triangulaire, façonné à la hâte au moyen de quelques pièces de bois grossièrement équar ries, assemblées tant bien que mal , et recouvertes de menu bois et de broussailles. C'est à cette frêle machine, traînée à grand renfort de cordes et de bras, quele voyageur confie alternativement sa personne, sa famille, son chariot et son bagage.
Le lit du Calédon , partout où il n'est pas sablonneux, est formé de masses de pierres composées de glaise , de sable , de mica et d'oxyde de fer, mêlés dans des proportions très diverses. Cette pierre, que les Anglais appellent ironstone , est commune dans les Maloutis et les contrées adjacentes. La couleur varie du jaune terne au brun très foncé : mais , dans le voisinage des ruisseaux , elle prend par l'action de l'eau et du soleil une teinte d'un noir lustré. On trouve aussi dans toutes les sources du Calédon beaucoup d'onyx et de sardoines. Les agates les plus variées de forme et de couleur, simples ou rayées, nuancées de jaune clair ou de brun
foncé , y sont aussi abondantes que le sont ail* leurs les quartz et les silex. On y trouve aussi des variolithes, espèces d'agates parsemées de grains quartzeux blancs et lisses, et si fortement enchâssés dans la masse qu'on ne les en sépare que difficilement. Les pierres plus estimées, telles que les opales, les calcédoines, les cornalines, quoique moins communes , ne manquent pas entièrement au Calédon, qui présente aussi quelques cristaux très réguliers.
Le fleuve Orange, le principal courant du sud de l'Afrique , sort du flanc méridional du Mont-aux-Sources. L'eau sort de terre en bouillonnant , et ne tarde pas à cofktracter une couleur sombre qui a valu à cette rivière le nom séchuana de noka-unchu , la rivière noire. A partir de sa source , elle coule l'espace d'environ quarante lieues, au milieu d'une vallée formée par les deux chaînes des montagnes Bleues, dont la direction est du nord-est au sud* ouest. Dans cette partie de son cours , ses eaux se grossissent d'une foule de petits affluents , tombant de l'une et l'autre chaîne des Maloutis.
L'un (le ces affluents, noinméIeMakalmg,ou la rivière des Bambous, sort des environs de Morija, et coule du nord au sud, en suivant le versant occidental des Maloutis.
Après avoir dépassé le trentième parallèle de latitude australe, le fleuve Orange sort par une gorge assez rétrécie de la vallée dans laquelle il avait jusque- là coulé, et prend une direction ouest, qui insensiblement remonte vers le nord. Celte partie de son cours , comprise entre Tex- |
trémité de la vallée, et l'endroit où il reçoit le i
Calédon, a reçu des indigènes le nom de Sift" kou^ qui est aussi le nom du plus large bouclier des Matébélés. Les fermiers hollandais le nomment la Grande-Rivière , et le colonel Gordon lui a donné le nom de fleuve Orange^ de la couleur de ses eaux.
Les saules, les mimosas et les oliviers qui ombragent les rives de ce fleuve , la transparence et la délicieuse fraîcheur de ses eaux, les masses de rochers brillants qui en bordent le cours , les cascades et les îles verdoyantes disséminées à sa surface , contrastent de la manière la plus
agréable avec Taridité et l'aspect âpre et in-< culte (les campagnes voisin^, désertes, sablon-^ neuses, et hérissées de monticules jaunâtres et rocailleux.
Le lit du fleuve, fortement encaissé vers les sources, s'élargit par degrés : il est de la même nature que celui du Calédon,et recouvert à certains endroits d'un sable mêlé de paillettes de mica de couleur d'or et d'argent. Sa largeur, aux environs de Béthulie, est de 860 pieds, et sa profondeur de 2 pieds et demi. L'élévation des bords est de 22 à 23 pieds.
Le fleuve Orange est, comme le Calédon , sujet à des crues périodiques qui se renouvellent trois ou quatre fois entre la fin de novembre et le milieu d'avril : la première crue dure ordinal-- . rement de dix à douze jours ; les deux ou trois suivantes durent cinq ou six semaines.
Ces crues retardent fréquemment les voyageurs qui doivent traverser le fleuve , et surprennent quelquefois ceux qui tentent de 1^ passer à gué.
Sans nous arrêter aux prétendues vertus mé*
dîciiiales que les colons hollandais et les Griquois attribuent aux eaux de ce fleuve , nous nous bornerons à mentionner une belle source thermale qui coule dans la voilée du Buffle^ sur la rive droite de l'Orange : cette source au reste n'est pas la seule que Ton remarque dans le voisinage de ce fleuve.
Les rives de l'Orange étaient autrefois fréquentées par les bufiles et les hippopotames; mais les chasses nombreuses des colons du Cap et des indigènes ont éloigné ces animaux qui ont cherché une retraite plus tranquille et plus sûre vers la rivière Noire.
La rivière Namagari, ou le Fal, l'afiluent le plus considérable de l'Orange, sort comme celuici du Mont-aux-Sources, mais du flanc septentrional . A deux lieues de sa source, elle est large * d'environ sept pieds, et charrie un grayier bleuâtre. Elle se dirige d'abord vers le nord, se détourne en décrivant un immense demi-cercle vers l'ouest, et, achevant son cours dans la direction du nord-est au sud -ouest, elle va se jeter dans le fleuve Orange, au midi de Cambels-
dorp, non loin du 29^ parallèle de latitude aus traie et du 22<^ degré de longitude orientale.
Parmi les courants qui descendent du versant oriental desMaloutis etqui se rendentà Tocéan indien ,1e Létouélé est l'un des plus considérables. Sorti du prolongement oriental du Mont -aux - Sources, il se dirige au nord-est, passe non loin de Mococoutloufe , et va se perdre , en formant un delta, dans Tocéan indien. Les Matébélés le surnomment mo/amjtM> o mokolu^ \z, Grande- Rivière , et s'accordent à le représenter comme aussi large que le Sinkou. Les voyageurs indigènes assurent qu'il serpente difficilement et en faisant de nombreux méandres à travers un pays de hauts plateaux. Le lit de ce fleuve est profond et encaissé , le courant rapide, les rives bordées de saules et de mimosas : il nourrit des hippopotames et des crocodiles, dont quelquesuns ont 9 à 10 pieds de long.
Pour terminer ce que nous avions à dire des rivières sorties du Mont-aux-Sources, nous mentionnerons encore la Monouenou , coulant parallèlement au Létouélé à quinze ou vingt
lieues plus au sud, et allant comme lui se perdre dans l'océan indien.
La partie septentrionale des Maloutis , celle que nous avons parcourue, est habitée par deux tribus principales, lesBamakakanas et les Mat^ lapatlapas. Les premiers habitent le versant oriental des Maloutis ; les seconds se trouvent à environ dix ou douze lieues plus à Test. Ces deux peuples sont venus chercher au sommet des montagnes une retraite contre leurs ennemis communs, dont le plus redoutable estDingaan, roi de Mocoeoutloufe. Autrefois ses tributaires ^ ils se sont soustraits à ses mauvais traitements et à ses rapines en se réfugiant sur les mon-* tagnes au-delà des limites méridionales de son territoire. Leur population se grossit chaque jour de quelques Caffres matébélés qui comme eux cherchent à se soustraire à l'autorité despotique de leur roi. En signe de leur émancipation, ils cessent de porter le mokoko^ touffe de cheveux disposée sur le front en forme de cercle , et maintenue par un support intérieur de ficelle ou de jonc flexible : iis cessent aussi
de porter les cheveux ras comme les Chacas, et commencent à les laisser croître et à les enduire dégraisse, à la manière des peuples avec lesquels ils veulent se confondre. Us sont toujours néanmoins reconnaissables aux fentes circulaires au moyen desquelles les Caffres Matébélés suspendent à leurs oreilles des bouts de roseau , des plaques de fer, ou des ornements de cuivre ou de laiton.
Ils ressemblent du reste aux sujets de Dingaan par la similitude du langage , des mœurs, et par l'identité des caractères physiques de la race caffre. Comme tous les Caffres, ils sont grands, bien faits, robustes , d'un esprit actif et turbulent, et toujours prêts à attaquer ou à se défendre* Nous avons à Morija un réfugié Matlapatlapa, nommé Mumpo : c'est un homme de cinq pieds et demi , à la peau noire , aux yeux vifs et saillants, au menton velu, et le front orné d'une magnifique cicatrice que lui a laissée une pierre lancée par la main d'un ennemi. C'est de lui que nous tenons les détails suivants sur This* toire de sa tribu.
Lorsque, fatigués du pouvoir oppresseur des Cbacas, plusieurs Matébélés révoltés cherehèrent un refuge dans les hautes vallées des Maloutis, ils avaient à leur tête un chef appelé Matlapatlapa , qui a laissé son nom à la tribu. Ce chef, qui périt dévoré par une horde cannibale, eut pour successeur Mokokatué , qui succomba peu de tempsaprès dans une bataille. Le fils de celui-ci, Paloulé, habitait encore au3L mêmes lieux que ses prédécesseurs, lorsqu'en 1836 nous fîmes connaissance avec sa tribu.
Il fut obligé, quinze mois plus tard, de se réfugier chez les Mantaetis, et accompagna, il y a six mois, leur chef Sékoniela dans une expédition guerrière contre Dingaan. Après la mort de Sékoniela, Dingaan fit retomber sa vengeance sur Paloulé , massacra une partie de ses sujets, et dispersa le reste. Très peu de Mallàpatlapas sont restés dans leur pays : on en trouve à peine sept ou huit mille , errants dans les montagnes, à une journée du Létouélé, non loin d'Enkalane, leur ancienne capitale. Ils mènent une
vie fort misérable, ne subsistant que de brigandage, et épiant leurs anciens ennemis pour se repaître de leur chair et de leur sang.
LesBamakakanas n'ont pasété moins malheureux que leurs alliés. Soumis, il y a quinze ans^ au chef dont ils ont conservé le nom, possesseurs de riches troupeaux, et se croyant en sûreté dans leurs montagnes, ils furent assaillis et pillés par une horde ennemie. Sépéka , chef d'un parti de Matébélés, qui s'était rendu redoutable par ses brigandages, fondit sur eux à rimproviste, au milieu de la nuit, massacra leur roi et une partie de son peuple, enleva leurs bestiaux , porta la flamme dans leurs habitations, et se retira chargé de butin. Ceux qui survécurent n'eurent pour apaiser leur faim d'autre ressource que le cannibalisme.
Il ne reste maintenant aux Bamakakanas qu'une dixaine de villages, dont les principaux sont : Sekoubùu, Mokhai^ Makvsle et Moéséoua. Ils obéissent , ainsi qu'une- petite peuplade caffre, connue sous le nom de Matsetsé , au fils de leur ancien chef. C'est un jeune homme
âgé de trente ans , que les uns appellent Sekoloume, et d'autres Seketane. 11 vient quelquefois faire des échanges chez les Bassoutos, dont il affecte, dans ces voyages , les manières et les habitudes extérieures.
Tous ses sujets, ainsi que ceux de Paloulé, qui n*ont point abandonné leurs terres, sont devenus anthropophages ou AmaLémos. Plus cruels que les Marimos-Béchuanas eux-mêmes, ils font des échanges mutuels de leurs parents pour les dévorer : ils engraissent dans le même but les vieillards maigres. Ces horribles festins ne suffisent pas cependant pour préserver cette population de la faim, qui moissonne journellement plusieurs victimes. Quelques-uns émigrent chez leurs voisins, bien qu'en leur double qualité de Matébélés et d*Amalémos ils ne rencontrent partout que des ennemis.
Parmi ces réfugiés ceux qui reçoivent le meilleur accueil sont ceux qui vont isolément vendre des fers de houe et du tabac chez les Mantœtis et les Bassoutos. Les Matlapatlapas et les Bamakakanas ne sont point dépourvus d'in-
duslric et cractivilé. Ils extraient le fer des montagnes voisines des sources du Monouënou , du Létouélé et de la Taka , et en fabriquent des pioches et des boyaux. D'autres cultivent de vastes champs de tabac , dans les fertiles vallées du revers oriental des Maloutis , éminemment propres à ce genre de culture. Outre ces objets d'échange, dont ils trouvent un débit assuré, ils font aussi le commerce de chèvres, de brebis et de peaux d*antilopes.
Ces deux peuples perdraient sans aucun doute leurs habitudes de cannibalisme, s'ils pouvaient jouir en paix des fruits de leur industrie ou de la culture de leurs terres; maisàpeine leurs récoltes de millet, de roseau sucré, de maïs, de citrouilles, sont-elles mûres , qu'elles deviennent la proie de quelque horde ennemie qui moissonne ce . qu'elle n'a point semé , et qui fait main basse sur les fruits de la terre et sur le menu bétail du kraal. Quant aux malheureux habitants dépouillés de leurs ressources, les uns se font tuer en voulant défendre leurs biens; les autres se dispersent dans les montagnes où ils mèarent
de faim , ou sous la dent des bétes féroces, ou bien ils se dévorent entre eux.
En temps de paix , les Amalémos se livrent avec ardeur à la chasse de Fantilope et de la gazelle, à celle du buffle et du coudou, animaux inconnus à l'ouest des Maloutis, mais très communs dans les vallées de la côte orientale. La disette de vivres leur a fait surmonter Thorreur qu'ont tous les peuples africains pour la chair du porc-épic et du sanglier à gros groin. Le serpent, que mangent les cannibales Béchuanas, mais qui est pour les Amalémos Tobjet d'une crainte superstitieuse, est le seul animal dont ils s'abstiennent. — Les Marimos, ainsi que les Amalémos , recherchent avidement Thyrax du Cap , J'engakana , de l'espèce des martres, le loutre -fauve. Enfin , lorsque ces animaux viennent à leur manquer, il sont réduits à manger la chair du chacal , du lion , du léopard , des vers de terre ^ des jeunes scorpions et d'autres espèces de tétricaudes non moins dégoûtants et peut-être plus venimeux.
La pèche, à laquelle ils se livrent avec beau-
coup d'adresse, est encore pour eux une ressource précieuse. Ils se servent, pour prendre le poisson, de nasses de roseaux flexibles, à ouverture étroite, nommées littatla. Le soir ils les déposent en quelque endroit retiré de la rivière, Touverture tournée vers le haut, et lestées intérieurement de quelques grosses pierres. Ils empoisonnent ensuite les eaux au moyen du suc laiteux de quelques plantes vénéneuses qu'ils broient avec précaution entre deux grès. Pendant la nuit , le poisson engourdi par ces sucs cherche une retraite dans ses réduits accoutumés, et tombe en abondance dans les nasses , que les Âmalémos vont retirer le lendemain.