CHAPITRE XV
LiUkou •— Greniers à blé des Gaffres comparés aTec ceoi des BéchuaDas*
— Parallèle entre ces deax peaples comme Tanniers. — La triste histoire d'nn Tîeux chef moasoatOb — Malhenreui voyageur. «» Esprit de destruction* — Aspect du pays. — Difficultés de la route. — RlTières.
— Intsouana-tsatsi.
Le 13, nous continuâmes notre route, et flmes^ tout d'une traite, sept lieues plus avant vers le nord-est. Pour nous, c'était là un long trajet, mais des voyageurs griquois auraient appelé cela un schoft^ c'est-à-dire une journée commune.
Nous voyageâmes à travers des décombres de vieux villages de Béchuanas, comme nous avions
fait la veille. Ëtéletsané, l'un de ces villages, était ci-devant occupé par les Mantaetis , de même que sept à huit autres semblables, situés dans le voisinage. Un groupe d'autres encore s'élève un peu plus loin du côté du nord. Les trouvant moins bien conservés que les premiers, nous supposâmes naturellement qu'ils étaient moins anciens. Ils ont appartenu à une famille de Béchuanas appelée Barankokotoj Tunde ses chefs , Gécéna , a laissé son nom à celui de ces tristes endroits qui nous frappa le plus par sa grandeur. Deux de ses descendants demeurent à Morija, tandis que la sagaie, ainsi qu'ils s'expriment , a dévoré leurs frères et leurs camarades.
Rien dans ces lieux n'égaie l'imagination. Ce sont des champs de mort, de ces vallées couvertes d'ossements humains, dont Ezéchiel luimême aurait frémi s'il les eût vues en réalité. Les huttes ont été brûlées, les jardins détruits; il ne reste debout que des murailles de pierre, bâties en cercle, à la hauteur d'environ quatre pieds , où les naturels de ce fertile pays ren-
fermaient autrefois leurs heureux troupeaux. Les Béchuanas sont tous un peuple pasteur. Lorsqu'ils abandonnent leurs petites villes pour en aller fonder de nouvelles , dans l'intérêt de leurs troupeaux , ils emportent avec eux leurs cabanes, leurs bardes, leurs ustensiles déménage et leurs armes. S'ils sont attaqués par un ennemi plus fort qu'eux, ils fuient devant lui, mais en entraînant ce qu'ils peuvent de leurs biens, tandis que le reste est enlevé ou détruit par des mains étrangères. Dans ces deux cas de migration, le motsi ne conserve que ses murailles, ses parcs de pierre à renfermer les bestiaux ; les indigènes ne lui réservent pas non plus d'autre nom : ils l'appellent simplement mu-raiUe {lérako). Ce terme est presque toujours employé au pluriel, litakau. C'est le nom que porte la ville capitale des Batlapis^ parce qu'il est probable qu'ils l'ont autrefois quittée, et qu'en y revenant ils auront dit qu'ils retournaient à leur litakoung^ à la forme ablative du mot, d'où s'est formé, par corruption, Lattakou, en français, de l'anglais Lattakoo. Quel-
que minutieuse que puisse paraître cette dernière observation, on nous la passera à cause de la réputation dont jouit la ville de Mahoura et de Motibé.
Deux à trois des Litakous que nous visitâmes doivent avoir appartenu à des Matebéles. G*est ce que prouvent les greniers souterrains qu'on y rencontre. Ces greniers sont des creux pareils à ceux que toutes les nations cafTres pratiquent en terre dans les parcs de leurs bœufs, pour y renfermer le millet.
Ils leur donnent la forme de voûte , mais sur des dimensions généralement très diverses. L'entrée est tout juste ce qu'il faut pour laisser passer un homme. Lorsque ces caves sont finies, on y fait du feu, pour en bien sécher les parois; après quoi, elles sont balayées , remplies de blé , et l'entrée en est bouchée avec une pierre plate, qu'on enduit tout au tour de bouse fraîche. Les bestiaux peuvent alors se coucher sur ces greniers souterrains , sans les endom^ mager. Il faut avoir soin , quand on les ouvre, de le faire le matin, afin que l'air suffoquant
qu'ils contiennent ait le temps de se renouveler pendant la journée. Vers le soir, on peut y descendre sans danger et en retirer le blé. S'il s'en trouve de fermenté , ce n*est jamais qu'au fond , ou le long des bords. Mais il n*est pas perdu pour cela : les Caffres en font de la bière, dont on sait qu'ils sont grands amateurs. Voilà au reste Feapèce de creux qu'ils appellent omoléti, d*où s'est formé le mot séchouana moléti que les Baralongs et les Batlapis emploient pour désigner l'enfer, en y accolant le mot de molélOj qui veut dire feu : moleti oa molélo^ le grenier au feu, l'enfer, le feu de la Géhenne.
Avec un peu plus de peine que n'en donnent à faire ces omolétis, les Bécbnanas se procurent des greniers différents et bien meilleurs. Ils serrent leur millet dans des Hsious , sans craindre de le voir moisir. Ces sisious sont de larges corbeilles de paille , dont la forme res^ semble à celle d'une tourelle en dôme. Les Caffres ne savent pas les faire , et à quelle circonstance cela tient-il 7 à ce qu'ils ignorent la
manière de tresser le jonc qu'il leur faudrait pour ce genre de vannerie. Les tresses dont ils se servent pour consolider la faible charpente de leurs huttes et en bien assujettir le chaume , sont l'ouvrage exclusif de leurs cornpagnes , ce qui est tout le contraire parmi les Béchuanas. On dirait que plus les hommes sont belliqueux , moins ils se soucient de leurs intérêts domestiques, qui échoient aux soins de de la femme comme son patrimoine, et, pour ainsi dire aussi, son unique bien.
Je ne conteste point d'ailleurs que les Caffres ne parvinssent à faire et des tresses et des sisious aussi bien et beaucoup mieux encore que les Béchuanas, s'ils voulaient s*y appliquer, car, à cet article près, ils sont de meilleurs vanniers qu'eux. Donnez à un Matebéle , par exemple , un petit instrument de fer délié , aplati , faiblement arqué, pointu par un bout et percé par l'autre bout de deux ouvertures longitudinales , afin qu'il puisse mieux par là retenir le brin d'herbe qu'on veut y passer, en guise de ficelle: avec cette espèce d'aiguille (/dt/a^o^
la pei^ceiise)^ de la paille et des joncs, il vous fera toute espèce de jolies choses... une omothlolo^ ou sorte de vannetle qui lui tient lieu de plat ; une sééki ou corbeille de moyenne gran* deur, très^élégante. Vous reconnaîtrez dans sa sétouto une belle botte d'une rondeur bien régulière ; sa petite omothléloana ne vous paraîtra pas non plus mal travaillée , et lorsque l'ouvrier vous apprendra que l'une de ces corbeilles lui sert de pot à eau ou à bière, et l'antre de jatte à lait , que direz-vous? pourrezvous l'en croire sur parole?... Mais examinez ce tissu , comme il est serré et fin , alors voqs ne douterez plus. Le Hatebéle vous présentera encore les simples mais jolies nattes sur lesquelles il dort la nuit ; celles plus épaisses où il pose son pied le jour, et les fortes claies d'osier qui lui servent à fermer l'entrée de sa hutte... Si vous confrontez tous ces petits produits de son industrie avec ceux, de même nature du Béchuanà , vous ne balancerez pas à donner la préférence au travail du Caffre (1)
(1) Malgré ces louanges données au Caffre, il convient peul-élre d*a-
A huit ou dix lieues de nous, vers le levant, nous avions un groupe de hautes vallées, qui forment le dernier prolongement septentrional des Maloutis; mais en deçà de ce point, tirant vers Touest et vers le nord, le pays est entièrement découvert. Dans ce rideau de montagnes, se faisait remarquer au bout de Thorizon celle de Mokoto, la plus célèbre de toutes. Elle est peuplée de Bassontos, de même que plusieurs autres du voisinage. Lorsde notre passage dans ce quartier-là, ces petites villes étaient sous le gouvemementd*un chef nommé Tsétlo, né dans ce pajs-là ; il y tenait naturellement beaucoup, et y vivait autrefois riche de biens, d'estime et de valeur, au milieu de ses fidèles sujets.
La guerre étant venue troubler son repos, Tsétlo descendit au midi, et séjourna un an ou deux près de Thaba-Bossiou, où régnait Mokachane. Il gagna la faveur de ce chef, qui lui donna sa petite-fille en mariage. Quelque temps
jouter en note que les Tumaries seraient tronTéet tr^inférieures comparées avec celles des Indiens et des Malgaches ; mais ce n*est pas là non plus le parallèle que nous aïons touIu établir.
après, la paix lui permit de retourner dans sa patrie, ce qu'il fit sans balancer.
S'il eût eu autant de prudence que de courage, rentré à Mokoto, son ancienne capitale, il y serait resté tranquille, au lieu de se coaliser contre les Chakas, avec les Mantaetis, peuple pauvre, qui n'a jamais connu que le pillage ; aussi ne tarda-t-il point à mener Tsétlo et ses sujets à la guerre. L'expédition pourtant réussit, et le petit roi de Mokoto se félicita peut-être d'avoir de tels hommes pour ses alliés*
Quelque temps plus tard, ils lui envoyèrent dire de se tenir prêt pour une nouvelle attaque, projetée contre Dingan. Tsétlo fit rissoler de la farine de millet, en remplit plusieurs sacs de cuir, aiguisa sa sagaie, ratissa son bouclier de peau de buffle, s'enduisit les cheveux et le corps de graisse, et fit dire qu'il était prêt.
A un jour marqué, Sékoniélaetses soldatsarri-» vent au pied de Mokolo ; deux messagers gravissentce plateau et vont saluer Tsé tlo,quise hâte de leur faire servir de la bière et de tuer un bœuf pourlesrégaler; puis ildescendaveceuxau camp.
Dès qu*il y arrive, il est saisi et garrotté par les ordres de Sékoniéla. On le couche par terre^ où il reste, comme Chactas , plus qu'interdit, immobile de frayeur à la vue de barbares soldats (ses anciens compagnons d*armes ) acharnés contre lui. Lorsqu'il peut ouvrir la bouche, c*est pour demander fièrement, « quel tort il a donc fait au fils de Mokocbo, pour mériter qu'il le traite ainsi? » Son prétendu ami lui répond : < C'est parce que tu as acheté des chevaux qui m'avaient été volés. > — < Hais quand et combien ?> — «11 y a six lunes, et ces chevaux, étaient au nombre de quatre. » — « Eh bien , reprendsles , si tu les reconnais parmi les miens : ils vont t'étre tous amenés sur-le-champ. >
Sékoniéla refuse cette offre. « Que te faut-il donc 7 > lui demanda Tsétio. «Tes troupeaux. > — « Tu ne les auras point. » — « J'aurai ta tête. > «Prends-la, si tu la convoites. »
Néanmoins les fils du captif ne tardent point à rassembler les bestiaux de leur malheureux père, afin d'obtenir sa rançon, en les livrant tous. Tsétio leur dit : «Mes enfants, votreamour
filial va trop loin ; gardez vos biens , je saurai mourir.. . Et de quoi vivrez-vous si ces bestiaux vous manquent ? Quoi ! la faim dévorerait vos familles, moi le voyant 7... Laissez-moi plutôt mourir, et vous, défendez courageusement tos biens et vos vies après ma mort. >
Cependant les fils insistent ; ils livrent à Tennemi leurs chevaux, leurs bœufs et leurs brebis. A ce prix-là leur père est élargi ; ils le reconduisent dans sa maison avec joie. Les Manlaetis partent pour Mérabing, où ils entrent le lendemain en triomphe.
Trois mois après, Tsétlo voulut tirer vengeance de TaiTrontquMl avait reçu, et se dédommager des pertes qu'il avait faites. II rassembla ses sujets, maintenant appauvris et remplis d'une haine mortelle contre les Hantaetis. Justement un chef considérable de cette tribu, nommée Ralitaoané, vivait dans le voisinage de Mokoto. Tsétlo et son parti fondent sur lui par une nuit obscure, et lui enlèvent ses troupeaux. Informé de cette affaire, Sékoniéla députe un exprès au chef de Mokoto, pour lui dire : « Quel
mal t'avait fait Ralilaoané 7 point; Sékoniéla, son roi, t'a seul fait du mal, et il peut t'en faire encore davantage. > Effectivement , il fondit sur Tsétio le surlendemain de ce message, le défit, le pilla une seconde fois , et le laissa mort sur le champ de bataille*
Un sujet de ce malheureux chef mossouto, qui avait conservé quelques têtes de bétail , se hâta de descendre du côté de Bossiou, pour les y mettre en sûreté. Dans ce dessein il suivit des sentiers détournés , tirant vers le haut des Maloutis ; mais là même il se trouva des Mantaetis qui le dévalisèrent complètement. Une journée plus avant dans la route, il arriva chez un des principaux guerriers de cette cruelle horde, nommé Massopo. C'était dans une caverne des montagnes Bleues. Massopo, feignant de recevoir amicalement l'étranger, lui fit apporter quelques rafratchissements; mais, tandis que son hôte les prenait, il retendit par terre d'un coup de massue, tout en lui demandant : « Faut-il que je t'achève ? — Non , je te prie, répondit l'infortuné voyageur, non, mon
mattre, car je ne t'ai jamais fait de mal ; tu me vois sans propriété, je te servirai.... »Le féroce Massopo fut inflexible ; il perça le paavre Mossouto d'un coup de sagaie, en murmurant ces mois : < Il faut encore que je te tue.... • Oh ! que les Africains sont malheureux de vivre sans Dieu, sans lois fixes, et ennemis les uns des au* très à ce point !
Aux environs de Mokolo , où se trouvaient naguère quelques milliers de Bassoutos, il ne doit plus en rester beaucoup à présent. Tous les jours encore il en part quelques nouvelles bandes qui émigrent de là chez les colons du Cap, ou dans le paisible Etat de Moschesch : de sorte que, si cela continue, le beau pays de Tsétlo ne sera bientôt plus couvert que de litakous. Telles sont là du reste les seules traces d'habitations humaines qu'on rencontre depuis la fin des Haloutis jusque bien en avant dans l'est et dans le nord. Nos traites du 1 4 et du 15 avril achevèrent de nous convaincre pleinement de ce triste fait. Nous fîmes entre ces deux jours-là sept lieues vers le nord-est et cinq
lieues et quart vers le nord-ouest, sans fouler autre chose sous nos pieds que des crânes d'hommes , mêlés à des têts et aux broussailles des litakous qui s'offraient de toute part à nos regards attristés.
Nul doute que tout le pays qui git entre la chaîne desMaloutis et les montagnes Françaises n*ait été autrefois bien peuplé, ni qu'il ne le devint de nouveau dans quelques années , si les principaux chefs qui restent dans ces contrées-ci se confédéraient et comprenaient mieux qu'ils ne font leurs intérêts communs. Chacun n'entendant et ne recherchant que les siens propres, il arrive qu'ils ne peuvent se prêter mutuellement secours et protection , même dans des cas de destruction complète, tel qu'a été celui de Tsétlo et de son peuple^ cas d'ailleurs plus qu'ordinaire chez les tribus de l'Afrique méridionale, et dont l'analogie de détail qu'il offre avec une foule d'autres semblables me rappelle malgré moi Yab une disce omnes d'un ancien poète.
Riches eaux et graspâturages; avec abondance
de gibier dans les champs , telles sont les trois sources de prospérité que promet à de nouveaux habitants la contrée dont je parle. Les noirs demandent rarement davantage; cependant on voudrait bien y trouver un peu de bois et queN ques montagnes où se réfugier en cas de dan-' ger ; mais ces deux choses y manquent.
La géographie donnerait atout ce pays- là le nom de plateau. Il a sa pente au nord-ouest, mais elle est peu sensible, et les rivières qui le baignent sont à la fois profondes et encaissées. De Séilopo à la Lékoua, nous voyageâmes con-^ stamment à travers des collines. On en aurait dit une chaîne continue, faisant suite à celle des Maloutis, dans la place même que ces montagnes devraient occuper, si elles allaient effectivement se rattacher à celles que nous avons ap-^ pelées Fransche-bergen, et de là aux montagnes du Monomotapa, comme le font supposer presque toutes les cartes de l'Afrique australe.
Le 16 au soir, nous ne pûmes pas seulement trouver trois pierres rondes pour en construire un foyer, comme à Tordinaire; une cou-*
pie de mottes nous en tint lieu; et, faute de broussailles, nous finies bouillir notre pot avec des roseaux de marais et de l'herbe sèche. C'était dans une petite rivière que nous appela* mes Gocong, du nom indigène des gnous bleus, à cause du nombre considérable d'antilopes de cette espèce qui se trouvaient aux alentours.
Nous nous efforçâmes en vain pendant plusieurs heures de sortir du gué : tout y était si fangeux, les bords du courant si escarpés, que nous finîmes par rester dans ce mauvais pas, après nous être tous bien fatigués, et avoir cassé le manche du fouet en trois pièces. Pour le réparer, nous n'eûmes d'autre ressource que de recourir aux lattes du faite de notre fourgon.
Je me rappelle encore qu'il n'était pas moins d'une heure du matin lorsque les guides nous procurèrent quelques rafraîchissements, consistant en une tasse de café et en une sorte de bouillie faite avec du gruau de froment.
Rasséiouyané disait cette nuit-là : « Celui qui est en haut nous aide. » Nous avons toujours éprouvé, en effet, que Dieu nous était en aide.
renouvelant nos forces, ranimant notre foi. L'on ne manque jamais de peine dans la vie ; l'essentiel, c'est de connaître) comme saint Paul y celui en qui on a cru. Pour me reporter au temps dont je parle, rien ne m'effrayait tant que la pensée de me trouver au cœur des déserts, sans un morceau de bois. Nous voyageâmes plusieurs jours de suite à travers les plus beaux herbages, le long de charmantes collines ; mais pas une simple bruyère n'arrêta nos regards. Supposé qu'un essieu ou que seulement le timon de la voiture se fût rompu , nous aurions été obligés de l'abandonner là avec nos effets, faute de moyens de la réparer, et de nous y prendre de notre mieux pour regagner la maison, à
pied et les mains vides Le Seigneur dans sa
bonté nous épargna de telles épreuves ; aucune pièce importante du wagon ne cassa durant tout le voyage, ce que nous considérâmes comme un rare bonheur.
Entre les Maloutis et les montagnes Françaises, nous traversâmes tour à tour les petites rivières de la Tikoué, de l'Enta, du
Chacal, du Cocong et de rEnkétoaane, dont les deux dernières sont des sources. L'Enkétouane se jette dans la Namagari vers le haut du 27' degré de latitude sud , par le 27^ de longitude est, après avoir arrosé ce pays d*un bout à Tautre. A leur jonction ces deux rivières peuvent avoir, Tune soixante-dix pieds de largeur, et Tautre trente. Ici la Namagari , qui est la plus considérable, s'est dépouillée de la couleur brune que présentent ses eaux dans les montagnes Bleues, pour en contracter une jaune, que lui donnent les marnes et les sables qu'elle roule. Pourtant , en plusieurs endroits son lit se trouve pavé de roches noires et glissantes de granit et de feldspath. Je faillis m'abimer sous Tun de ces rescifs , en le traversant. Mon fort et vigonreuxReuiter, que je montais, fut couché à plat ventre parmi ces malheureux rochers, et le cavalier laissé à la merci du courant. Tant Tun que l'autre, nous n'eûmes pas peu de peine à nous en tirer. Il faut dire que depuis deux jours le pauvre cheval souffrait de violentes coliques , qu'il s'était attirées en man-
géant trop de roseaux verts. La veille, il s'était roulé sur l'herbe saus pouvoir presque se relever , au point que nous avions cru qu'il nous le faudrait laisser au milieu des bétes féroces, dans les champs.
Tout malade qu'il était, il me servit néanmoins à faire une longue course au delà de la rivière, tirant versIntsouana-Tsatsi, l'un des trois monticules auprès desquels coule, de l'est à l'ouest, dans la Namagari , un ruisseau nommé par les indigènes Noka-Tloou , qui veut dire petite rivière des Éléphants j parce qu'autrefois on y en tuait beaucoup, ainsi que des hippopotames. Ce coin est très-célèbre parmi les Bassoutos et les Lighoyas, non pas seulement parce que ces tribus y ont des litakous, mais parce qu'un certain mythe leur a appris que leurs ancêtres venaient de là. II s'y trouve une caverne entourée de limon et de roseaux de marais, d'où ils croient être tous sortis. Toutefois, dans leur langue, l'homme ne porte pas, comme dans beaucoup d'autres, un nom qui rappelle son origine. Motou , en séchouana , le même terme
qnemontou en caffre, veut dire le parleur; c'est un nom d'espèce. L'homme dans ce pays se Toit tout aussi bien défini que dans nos écoles: c'est un animal parlant. On appelle en outre un homme, proprement dit, rnomia, de mOy préfixe, et nna, moi : moi qui suis ! La femme, au contraire, porte un nom humble, mais bien beau, celui demo^^art diminutif de mossagarij la gracietise.
Quant au long mot d'Intsouana-Tsatsi , il signifie levant ; celui de machaba^ nations y n'a pas d'autre étymologie que le verbe séchouana et caffre chaba, percer {\), en parlant du soleil. Dans leurs ablutions , ces tribus se tournent du côté de l'est , comme elles y font invariablement regarder leurs morts, en les enterrant. Tout chez elles dénote qu'elles ont conservé un vague souvenir du berceau commun de l'humanité.
(1) Ckaba^ percer, poindre, vient de cAa, brtUr^ et de ba^ être, B(h ehabéUt le cMé brûlant» l'ei f, proprement dit