‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 23 sur 47 · CHAPITRE XVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVU

Les Maghobas, — Les Barapoutsas. — Les Makassanaa. — Mil. Seidenatêcher at Hartins. — Notict sar les Bapéris. — Garaelèrcs nationaux.

— Langue . — • Informations botaniques, loologiques et géographiques.

— Castes et superstitions. -* Rois des Bapéris. — Tribus Toisines.

— Saline deMatlatku — Insecte Yenimaux. — Inoondnite de certains blancs. — Lac de Mara?!. — Bakuénas.

Le pays des Zoulas est bordé au nord par plusieurs tribus eaffres inconnues. L'une d'elles porte, parmi les Bassoutos, le nom- de Maghobas. Son dernier chef principal s'appelait Maté. Il a désigné pour successeur son fils Mantlakapézé, qui gouverne une douzaine de villes seulement^ et paraît disposé a obéir au roi de Mokokoutloufé; dont il redoute le cruel pouvoir.

Les Maghobas parlent sétébéle. Leur contrée, étroite mais jolie, est fertilisée par une riyière de moyenne grandeur, appelée Pongolo, qui débouche dans TOssouto (Osuto).

Plus loin, toujours vers le nord, vivent les Barapoutsas, nation puissante et belliqueuse, au point de se rendre redoutable aux Chakas eux-mêmes, qui ont bien réussi à la priver de ses troupeaux, mais non pas à la subjuguer.

Ces Caffres se reconnaissent entre eux à une échancrure ouverte le long du bord extérieur des deux oreilles. Ils ont la courte sagaie des Zoulas, des mœurs et un langage approchant de , ceux-ci , mais sans être aussi féroces qu'eux, ni peut-être autant adonnés aux guerres d'extermination. Ils se sont, de part et d'autre, voué une haine éternelle, ce qui fait qu'ils n'ont aucun commerce ensemble.

Un jeune Inkhosi, dit Motsouéaé, régit les Barapoutsas. II réside à Elangé, ville considérable, et bâtie en rond , à Tinstar des villes caffres. Dans son voisinage passe l'Inkonto, courant tributaire du fleuve Ossouto, qui traverse, à ce

qu'on rapporte, les Etats du fils aîné de Poutsa {Motsouazé)y avant d'aller se perdre dans l'océan Indien.

Pourtant ce peuple ne s'étend pas jusqu'à la mer. Il se trouve entre elle et lui une autre tribu caffre appelée Makassana, du nom de son chef actuel. Quoique les Zoulas l'aient beaucoup affaiblie, les naturels assurent qu'elle n'en est pas moins forte encore d'environ dix mille âmes.

Les Makassanas exploitent le fer et aussi le cuivre, à ce qu'il parait. Du premier de ces métaux ils forgent des houes de qualité inférieure, et du second ils tirent des boucles d'oreilles , des colliers et des bracelets , qu'ils échangent avec leurs voisins, contre des fourrures et du bétail.

On voudra bien remarquer, au reste, que ces détails, vu la source d'où nous les teiàons, à savoir des voyageurs indigènes, la plupart aussi vagues qu'inexacts, ne sauraient être multipliés davantage sans danger d'être un jour trouvés fort incorrects ; mais en voici quelques-uns de

plus authentiques, lesquels nous croyons pouvoir insérer dans notre relation , à la suite de ce qui vient d'être dit des Barapoutsas. Ils concernent un certain naturaliste allemand nommé Seidenstecher et un Irvingien appelé Martins. Le premier de ces messieurs était bien connu au Cap ; il Tétait aussi du missionnaire de Philippolis, auprès duquel il arriva vers le commencement de décembre 1832. Le pasteur, qui l'avait accueilli chez lui, le trouvait distrait et parfois singulier. Comme on se mettait à table, il rinvita poliment à y prendre place ; mais le voyageur ne répondit pas, tandis que, cinq minutes après , il s'en approcha de lui-même et dîna avec appétit. C'était un jour de dimanche. Seidenstecher n'en sella pas moins sa monture pour cela, et, prenant honnêtement congé de ses hôtes, il partit dans la direction de Test, accompagné d'un jeune Hottentot, nommé Jacob, qui lui tint lieu de guide de voyage jusqu'à la capitale des Bassoutos. Les deux inconnus y arrivèrent dans le dernier quartier de la lune de décembre, avec six chevaux, des médecines

ei autres bagages. Seidenstecher était couvert d'un simple chapeau de paille ; mais son valet en portait un de feutre blanc très*joli. Comme on demanda au Hottentot quel était le nom de son maître , il répondit Mijnheer (monsieur), et c'est le seul qui soit resté au voyageur allemand parmi les habitants de Thaba-Bossion.

Cependant Moshesh, le chef de cette ville, le reçut bien et lui offrit une espèce de cour en roseau , pour y déposer ses effets ; il lui fit, en même temps, apporter deux sortes de lait, Fun aigre et l'autre doux, que le voyageur but avec plaisir ; après quoi il s'assoupit et reposa là toute la nuit, la tète appuyée contre une selle.

Le lendemain, il prit soigneusement ses effets et changea de linge dans les rocs de la montagne, pour sa commodité. Moshesh, suivant l'habitude des petits rois de ce pays, lorsqu'ils veulent honorer quelqu'un, fit amener un bœuf devant l'étranger et le lui présenta pour sa nourriture; mais Mijnheer le refusa. Alors on lui appoi'ta de la viande cuite, et il en prit Tout le monde le regardait avec une admirMion

mêlée de terreur. Les naturels se demandaient l'un à Tautre , à cause de sa couleur, tout à fait nouvelle pour eux : € Est*ce un Aomme, ou un dieu^ ou une bête ? » Dans tous les cas, on craignait d'approcher de lui , et surtout de rien manger de ce que ses mains avaient touché. Et le pauvre Jacob, qui ne connaissait pas un mot tle sessouto, ne pouvait rien pour tirer ces gens de leurs transes.

Vers midi, son mat ire se lève et va bien examiner la montagne , tout en courant après des papillons. Ensuite, il montre son fusil au chef et tire contre une butte, afin de le rendre attentif à la force et à la justesse de cette belle arme.

Le lendemain , il se fit une battue à laquelle prit part l'étranger ; mais il eut la précaution de faire suivre ses chevaux et tout son bagage. Les sauvages tuèrent plusieurs élans, dont ils présentèrent une portion au chasseur blanc; mais celui-ci n'eut garde de toucher à cette viande, parce qu'il craignait, à ce que l'on comprit, que les dards, si nouveaux pour lui.

avec lesquels on avait percé les antilopes, ne fussent souillés. Moshesh donc lui envoya obligeamment chercher du lait à boire au village de Mochéri, par Léoatla, l'auteur de ces nombreux détails, ou, si Ton aime mieux, un de mes plus intéressants catéchumènes. Comme il se faisait tard, on bivouaqua toute cette nuit-là dans les champs. Le jour suivant, d'habiles coureurs amenèrent des élans devant Seidenstecher, qui en tira un avec son fusil, en coupa quelques morceaux, les fit cuire sur la braise et les mangea. Le chef des Bassoutos avait aussi eu le bonheur de tuer lui-même deux élans ; on mit toutes ces chairs et celles de la veille sur des bœufs de somme, et on s'en vint en régaler la ville de Bossiou.

Là se trouva un Anglais, nommé Martins, qui venait justement d'arriver. L'avant -veille il avait passé la nuit au delà de Jammerberg, sous un buisson que j'ai souvent vu de mes pro< près yeux. Le seul cheval qu'il possédât y fut dévoré par un lion. Son peu d'effets et sa bourse restèrent, on ne sait trop comment, entre les

mains de quelques uaturels établis dans le Toisinage* Martins se rendit à pied chez le chef Machossa , qui lui donna un nommé Moléfi pour guide jusqu'à Bossiou. Le pauvre voyageur n'avait pour tout bien qu'un parapluie , dont il fit présent à Moshesb, et une Bible de poche, où il lisait souvent; puis, levant sa main au ciel, il disait aux indigènes : Koto-gorimo-'lésérir molelo o chessang ! c'est-à-dire : Gody Dieur ciel^lutnière-feu qui brûle (1) ! Moshesh lui offrit pour logement une hutte, qui fut acceptée avec reconnaissance.

C'était dans les derniers jours de décembre. Jacob , le jeune Hottentot de Seidenstecher, manquait à son maître depuis le commencement de la chasse. II avait couru des cannas, monté sur un mauvais cheval gris appelé Vrolk, qui l'avait jeté par terre près d'Oumpoukani , pour venir à toute bride rejoindre les autres. Des Makautas trouvèrent l'infortuné petit cavalier dans les champs et le ramenèrent à Bossiou. Seiden-

(i) Les sauvages sMmai^inaient que M. Martins, en leur parlant d*un Am (nriUmnU l«urpr6diMiti»c amée de séchcreiat.

5l€cher en le revoyant lui donna deux soufflets en lui disant : < Où vas^tu donc chasser tout seul 7 tu te perds toujours ; va Jene faime plus.»

Sur cela le < père de Jacob » demanda à Moshesh de prendre soin de cet enfant, et de lui procurer, à lui Seidenstecher, de meilleurs guides, qui le conduisissent plus loin dans le nordest. Mais le chef fit d'abord des objections^ assurant que ce quartier-là était dangereux et Tëtat du pays en général peu tranquille. I/ÂUemand insista : c'est pourquoi deux hommes lui furent fournis : c'étaient Léoatla etTourou.

De cinq pistolets qu'il possédait, Seidenstecher en présenta un à son bienfaiteur ; il lui en resta encore quatre et un fusil de gros calibre. 11 lui donna aussi deux chevaux fatigués : Vrolk, qui vît encore et est toujours méchant et vicieux; Fekis, que Moshesh a depuis lors laissé dans une expédition militaire chez les Tambouquis; et, enfin, une jument avec un gros poulain qu'elle allaitait.

En retour de tous ces présents , le chef de Bossiou offrit à son hôte trois bœufs de somme,

et une vaebe avec son veau, pour du lait. Ainsi put être continué le Toyage, dont le but principal était, rapporte-t-on, de trouver et examiner les mines d'où les Caffres tirent le fer et le cuivre.

Désireux de suivre Seidenstecher , Martins le pria de lui prêter un de ses chevaux, à quoi celui-ci répondit qu'il ne pouvait le prêter, vu qu'il ne lui restait plus que son poni, pour luimême, et Schœnberg, sa seule monture de somme et de rechange.

Le surlendemain du jour où Ton était rentré de la battue déjà mentionnée, Seidenstecher quitta Bossiou avec ses deux guides Léoatla et Tourou. Le soir, ils campèrent dans les champs. Léoatla alla chercher du lait au voyageur, à un village prochain. Â son retour, il trouva que Tourou s'était évadé. Le lendemain Seidenstecher et Léoatla vi nrent en vue de Mérabing. Celui-ci dit au premier , mais sans en être compris : « Voilà la capitale des Mantaetis. Ce sont des ennemis jurés de ma tribu ; ils vont nous tuer , je vous quitte » ; et il le quitta là tout de bon.

Néanmoins Seidenstecher arriva à Mérabing, où il passa deux jours : après quoi il partit pour le Namagari. Ses bœufs de somme lui échappèrent au milieu des champs , et s'en revinrent droit à Bossiou.

Depuis lors , le héros de ces ayentures a été vu chez les Barapoutsas, qui l'auront probablement massacré. Les personnes qui Tout vu là, en 1833, sont deux marchands indigènes, appelés Tun Sébatané, et l'autre Polé.

Quant au disciple d'Irving, il resta plus d*un mois à Thaba-Bossiou, dont il évangélisa les alentours à sa manière; après quoi il partit à pied pour Mérabing , et de là pour le pays des Barapoutsas, en visitant une tribu de Caffres appelés Mathluibis, qui ne lui firent aucun mal. Mais, arrivé plus haut, chez les Barapoutsas, il y fut assassiné par eux , à ce que rapportent unanimement les naturels. — Martins et Seidenstecher étaient des fanatiques, l'un en religion, et l'autre à la manière des disciples de Rousseau. Faut-il s'étonner qu'ils soient tous deux morts victimes de leur entêtement 7

Au nord^est des Barapoutsas , entre la baie de la Goa et le pays de Mosolékatsi, se trouTe une tribu nombreuse et très-intéressante de Béchuanas, appelés Bapéris ou Malékoutous. Chez les Bassoutos, nous ne manquons pas d'individus qui tirent leur origine de cette nation, ce qui fait qu'elle nous est plus ou moins bien connue. Toutefois, s'il nous est permis d'insérer ici une notice sur elle, nous n'y ferons rien entrer que nous n'ayons appris des Bapéris eux-mêmes.

L'année dernière et celle-ci encore, nous en avons eu une petite troupe à Morîja, où ils sont restés près de deux mois en comptant les deux visites. Le chef, qui se nommait Matimoulané, avait été député par sa tribu pour négocier certaines affaires de paix et de commerce avec les sujets de Moshesb .

Ces Bapéris ressemblent presque entièrement pour la couleur et la taille aux Bassoutos. Ils trouvaient ce pays-ci froid en comparaison du leur, où le soleil est si chaud en été qu'on s'y plaint de céphalalgies plus qu'ici. Les

ophthalmies paraissent aussi y être plus communes. Les femmes se vêtent assez décemment; mais les hommes lient simplement un bout de peau de mouton ou de gazelle autour de leurs reins. C'est la popotané, étroite ceinture commune aux Barolongs etauxBatlapis. Elle forme, avec un court manteau ordinaire, tout Thabillementdes Malékoutous, qui se distinguent, au reste, des autres tribus de Béchuanas par une touffe ovale de cheveux qu'ils laissent croître sur le devant delà tête ; tandis que, tout autour, ils se les tondent très-ras, ce qui a lieu pour les hommes, les femmes et les enfants. Leurs ornements consistent en deux bouts de roseau qu'ils passent daps un large trou fait au dessus du lobe de l'oreille, et en des colliers et des bracelets de rassade bleue, rouge et jaune, de fabrique portugaise ; ce qui prouve qu'ils ont des communications avec le comptoir de la Goa, mais au moyen d'autres indigènes que ceux de leur nation, à ce qu'ils nous ont assuré. En outre, Matimoulané portait des sandales grossières, et avait, suspendue au cou,, une dent de

porc-épic, en guise d'amulette, ainsi qu'un sifflet qui lui servait à appeler ses compagnons de voyage, ses brebis et ses chiens. Deux lames de bois creuses, et si bien appliquées Tune contre l'autre qu'elles semblent plutôt une bûchette que des pièces distinctes, avec un bout de queue de gnou bleu pour fourreau, et, vers le haut, une jolie tresse de crin de girafe et de fil de laiton , voilà de quoi est fait ce petit instrument. Il n'est ouvert qu'à l'un des bouts. A ma demande, Matimoulané l'approcha de ses lèvres et en tira quelques sons très-aigus ; mais pour lui ce n'en était pas moins un objet agréable. Le Mopéri, dans ses voyages , s'en est souvent servi pour chasser l'ennui, d'autres fois les bétes féroces, et, nouveau Tytire, il en avait aussi charmé, à sa manière, les échos et les bois. Aujourd'hui, grâce à sa complaisance, son précieux sifflet, ou pcUa^^ pourtant passé dans d'autres mains.

Les huttes des Bapéris, à ce que nous en savons, ont la forme basse, circulaire, et la straclure de celle des Bassoutos; mais l'espèce de

paravent, appelé lélapa^ qui en garantit l'entrée, au lieu de se composer de roseaux de marais, comme chez ceux-ci, est fait avec des tiges du grand millet d'Afrique, le millococo , ou bien, comme celui des Barolongs, de branches d'arbre et de palis, ce qui fait une clôture plus forte que la première. Ce sont des cabanes composées d'une espèce de charpente en bambous ou en lattes recouvertes de paille, et qui ont la forme d'un four de boulanger, mais avec une entrée oblongue et très-basse; de sorte qu'on ne pénètre jamais dans l'intérieur qu'en se traînant sur le ventre ; et c'est à peine si l'on peut s'y tenir droit lorsqu'on y est entré.

Les Malékoutous parlent sessouto, en retenant l'accent chanteur des Batlapis, avec lesquels ils doivent avoir de fréquentes communications. Us ont plusieurs mots particuliers à ceux-ci , et leur dur g, taudis que, dans ce pays-ci, cette lettre estcomparativement douce ; ainsi, l'expression de ma a ge^ sa mère, qu'on prononce ma'ghé dans le nord , devient simplement ma'é chez les tribus du sud. L' h du

Sétlapi se change en /'pour les Bapéris, comme pour les Bassoutos. Ils disent, par conséquent, mafura^ au lieu de nuihura^ graisse ; fêla au lieu de héla^ seulement ; ka-go-fèla au lieu de ka-go-hèla , tous ; littéralement, à en finir.

Ce sont ces permutations de lettres qui constituent Tune des plus grandes différences de dialecte en caffre et en séchouana. Sans cela, celui des Bapéris et des Bassoutos n'en ferait qu'un seul ; mais les premiers ont ch^ pour s et pour ts. Exemple : ba échu ; en sessouto, baesu^ les nôtres ; chépe au lieu de tsépCj fer. Dj chez les Bapéris s'emploie encore pour y j ainsi ils disent dja au lieu de ya^ manger. Vs des tribus du sud se change en shd^us les mots bosigo, nuit; mosimay terrier; mosimo^ champ de millet, etc., qu'on prononce fro^At^o, moshimay moshimo dans le nord. Au contraire, Vsh des Bassoutos dcTient un simple s pour un Mopéri ; ainsi il dira sua y mourir, au lieu de shua. Ici sua signifie assouplir une peau.

Les douze mois de Tannée n'ont pas tous les

mêmes noms en sépéri qu'en sessouto ; et dans les deux idiomes, on compte aussi un peu différemment. Dans le midi, les Béchuanas disent tous batu ba bangata^ beaucoup de gens; dans le nord, batu ba bantsi; ceux-là tirent leur terme de comparaison d'une gerbe, ngata , et ceux-ci du mot mouche, ntsi^ diminutif de ntsintsi. A ces différences près et quelques autres semblables, la langue des Bapéris est la même que celle parlée dans ce pays-ci, comme je l'ai déjà remarqué. Matimoulané m'a donné un conte, long de trois pages d'écriture, auquel il ne faudrait changer qu'une dizaine de mots pour le rendre entièrement sessouto. En parlant de larcin, leMopéri me disait que la maxime de sa tribu sur ce point , c'est qu'un voleur est un chien qui paie de son chef y Le- GORu fn mpcha, e le fa ka tlogo ea e ona. Les Bassoutos diraient : Leshulu hi mpch'a^ e lefa ka tlogo ea e ona.

La tribu qui nous occupe ne possède que du menu bétail, le gros lui ayant été enlevé par ses ennemis ; elle vit en plus grande partie de

chasse, de houlque sorgo et de légumes. Le maïs ne se cultive point chez elle, preuve évidente qu'il est exotique, bien que très-répandu dans l'Afrique australe. En 1838, Matimoulané en ayant planté un demi*boisseau, qu'il avait rapporté d'ici, son chef le lui laissa soigner, recueillir, et même manger; mais il ne lui permit pas de renouveler le semis, alléguant que cette plante était inconnue à leurs pères ; tant est grande et pernicieuse la force du préjugé en tout pays !

Parmi les légumes cultivés par les Bapéris, il se trouve une nouvelle espèce de très-petits haricots gris, appelés litloriy que nous sommes occupés en ce moment à naturaliser chez les Bassoutos, une trentaine de grains nous en ayant été fournis par un chef établi dans nos environs, qui alla, il y a deux ans passés, attaquer, avec sa troupe, une faible peuplade du nord. Ces semences se trouvèrent par hasard au fond d'unsac dans lequel les soldats de Pushuli avaient pris des haricots noirs, comme provision de voyage, au retour de leur infructueuse expédition.

Dans rénumératioD de leurs aliments, les Bapéris nous ont aussi décrit la pistache de terre , très-répandue le long de la côte , et une racine commune appelée chugé^ dont la forme et le goût seraient celui des potatos.

En fait de fruits ou de baies, ils mangent celui d'un grand arbre nommé mofourou. De Tarbre qu'ils nomment moroiUa , ils tirent une boisson enivrante. Le motlatsoa s' élèye, il parait, fort haut ; mais les indigènes l'abattent à terre avec de petites haches de leur façon , et en sucent l'écorce rougeâtre, qu'ils trouvent rafraîchissante et nourrissante à la fois. Sous le nom de morokouH^ je crois qu'ils m'ont voulu parler du cèdre. On en tire un bois aromatique recherché , et dont la fumée est considérée comme un spécifique contre les maux de tête. Les acacias aussi et les oliviers sauvages sont très -communs chez les Bapéris, avec une foule d'autres arbres de haute tige inconnus, dans ce pays-ci. Dans les parties les plus fourrées de la contrée, on aurait peine, il paraît, à. s'ouvrir un chemin à cheval.

C'est là, an reste, que se jouent les éléphants, les buffles et les girafes, ainsi que deux espèces distinctes de rhinocéros à deux cornes ; l'un, fauTe, gros, comparativement doux, appelé mogoufou ; Tautre, moins grand, d'une couleur plus foncée que le premier, et surnommé le méchant ou magaléy à cause de son extrême férocité.

Parmi les nombreux antilopes qui couvrent leur pays, les Bapérism*en ont décrit plusieurs qui ne se trouvent point dans celui-ci : Je mentionnerai seulement lepallah {A. melam-pus y Lichtenstein), qu'ils nomment, eux,)ia/é, et le blauwbok {A. leucophœa^ Pallas), dont j'ai vu la magnifique robe, et les cornes, qu'il re^ plie en arrière comme deux bras.

Me sont entièrement inconnus Tantilope que les voyageurs bapéris appellent kharapa, à couleur rousse et de taille du ritbok (peut-être V antilope fuLvo-iraftUà décrite par Afzelius et H. Smith); Itkhoroumo^ dont me parlaient encore les étrangers, et qui a aussi une couleur approchant du rouge, à ce qu'ils assurent ; leur

tolOj fauTe j aussi gros que le cannai à deux cornes effilées, longues, très-jolies; enfin, leur tiagnané^ espèce de gazelle dont les indigènes cherchent à imiter le mouTement particulier, lorsqu'ils assouplissent les peaux, en folâtrant. En m'entretenant de lions et d'hyènes, Matimoulané m'assurait que chez eux ces redouta* tables bêtes vont par troupeatuty c'est-à*dire qu'elles y sont en grand nombre, ce qui témoigne encore de Tabondance de gibier qui doit s'y trouver.

Les Bapéris ont quatre sortes de différents dards de guerre ou de chasse : le chouané ou sagaie commune ; le patsoané^ armé d'un fer dentelé, comme la sagaie ; le pataka, et le choulou. Ils prennent aussi le gibier dans des fossés profonds et étroits, qu'il creusent sur les sentiers qu'il suit en se rendant aux eaux, et recouvrent soigneusement de broussailles, qui ont valu à ces sortes de trapes à gibier la dénomination de maréma^ ou branches^ du verbe réma, couper du bois. Le petit de l'éléphant y tombe quelquefois ; mais il n'est pas

rare que sa mère parvienne , au moyen de sa trompe, à l'en retirer.

Les Bapéris appellent leur contrée Moga- W<5^, et la décrivent comme un pays de collines. Elle est bornée à l'ouest par une chaîne de montagnes qui la sépare de celle de Mosolékatsi; c'est la même, il parait, que celle des Franschebergen. Le plus haut pic se nomme Morimotlé.

Deux rivières principales arrosent le Hogaritsé; ce sont la Lépéloulé et la Mogala-kuéna (Dos de crocodUe\ qui coulent vers l'est, dans l'océan Indien, tandis que les torrents du Maopé et du Otttsané suivent une direction inverse à celle-là, à ce qu'assurent les indigènes.

Le Maiabéla ou Bouillons est un lac d'eau douce d'environ une demi-lieue de tour, dans le pays des Bapéris. Ceux -ci disent qu'il s'en élève de la fumée matin et soir, qu'il est ombragé d'arbres, dépourvu de poisson , déserté par les naturels; que c'est, autrement dit, le Bélabéla-a-malouti , proprement le Boût-boût-desmontagnes. Ces eaux indiquent suffisamment l'existence de feux souterrains , dont

les Malékoutous n'ont pas la moindre idée.

Néanmoins, au pied d'^un petit mont qu'ils appellent Mole, se trouve une profonde caverne dite Marimatlé, Beatix sangs ou belles races, parce qu'on veut que les hommes en soient sortis, ainsi que les animaux; et non-seulement cela, les âmes doivent encore s'y rendre après la mort ; ce qui rappelle, dès le début, la doctrine de la théologie païenne au sujet des enfers (1). Je veux laisser parler Matimoulané.

« Lorsque nous prenons la résolution , me contait-il, d'aller visiter ce lieu souterrain, long^ humide, obscur , très-effrayant , ce n'est pas sans avoir fait auparavant bonne provision de courage. Nous baissons la tète, car l'entrée est basse ; nous crions tous à la fois, en nous donnant la main : Barimo boélang teng, réa kùunoupa ! — Dieux infernaux, retournez dans t intérieur ^ mms jetons des pierres! Nous trouvons un sentier, nous le suivons; il

(i)Jtfiirt]Naff^ signifie Aeureua;, dans le langagt ordinaire. Appliquée la G&Teme d*où les Bapéris veulent que Thamanité soit sortie» et où elle doit encore retourner, ce nom pourrait être pris peur lieu de bonheur ou Elysée.

nous conduit dans un parc de bœufs, où se voient seulement des bouses, quelques pots de lait , de belles fourrures pendues aux parois de Tantre ; enfin, un cerf ou caama étendu mort sur la terre, sans aucune blessure, et qu'il n'est permis à personne de toucher, non plus que les autres choses. Là le ruisseau de Tlatlana, qui traverse la caverne, murmure la peur dans nos oreilles. Sans oser goûter de son onde, nous nous enfuyons; nul ne regarde en arrière. Une fois sorti, si tu suis le cours de

Tlatlana, il te mène au lac de Tlatlé, qu'il alimente de ses eaux, avant de les aller perdre dans le fleuve de Gori. Le lac est entouré de roseaux et infesté de crocodiles et de caïmans; il n^y a que les hippopotames qui en approchent. >

La Mogaritsé se divise en quinze cantons, qui prennent les noms des castes ou familles qui y habitent. En voici la liste : Sékuati, Mangana, Matoulo, Matlakana, Massiiéné, Magassa, Matamoga, Maréma,Lipitsi,PogDané^ Mashikaré, Matlari, Marima, Mapétlouané, Manaïlé. Se-

kuati est le nom du roi actuel des Bapéris. Il réside à Makhoarané ( les Vallées ) , où Ton trouve plusieurs sortes de minerais, tels que përidote, talc, mica, etc. A Massuéné il y en a également , ainsi qu'à Lipitsi, et à Matoulo. Le fer abonde dans le pays. Les naturels en forgent des houes deux fois aussi pesantes et bien meilleures que celles des autres tribus béchuanas et caffres de nous connues.

Comme tous les autres noirs de ces contrées, les Malékoutous vénèrent leurs aïeux jusqu'à Tadoration. Us croient aux devins, aux sorciers, aux faiseurs de pluie, et sont extrêmement superstitieux. Leur grand jurement est celui de ka nokoUy par le porc^épic, parée que la majorité d'entre eux chantent^ suivant l'expression consacrée, c'est-à-dire fêtent, révèrent cet animal, et de là le terme ordinaire de Banokùu^ ceux du porc-épic , pour dire les Bapéris. Lorsqu'ils voient que quelqu'un fait du mal à cet animal , ils s'affligent , se plaignent, ramassent religieusement ses piquants, s'il a été tué , crachent dessus , s'en frottent les

sourcils, disant : c On a tué notre frère, notre maître, l'un des nôtres, celui que nous chantons* > Ils craindraient de mourir s'ils en touchaient la chair. Néanmoins ils croient salutaire, pour un nourrisson, de lui introduire dans les jointures du corps certaines parties du ventre du porc-épic, en les mêlant au suc de plantes d'une vertu également occulte. La mère donne à boire à son nouveau*né le reste de ce séUari ou médicament.

Au contraire, d'autres Bapéris vénèrent le khabo^ sorte de singe inconnu dans ce pays-ci. D'autres jurent par le grand papion. Us ne vont point à leurs champs au renouvellement de la lune, se conformant en cela à la pratique de ceux qui chantent le soleil. Ils craignent, s'ils se rendaient ainsi à leur labour, que le millet ne restât en terre, sans lever , ou bien qu'il manquât d'être fourni , même qu'il ne Mt tout rongé par la rouille.

Ceux du soleil ou Balétsatsi , lorsque le bel astre du jour se lève dans un ciel nébuleux, chôment, disant qu'il leur afflige le coeur. La

viande de la veille est toute donnée aux matrones ou vieilles mamans, qui seules peuvent y toucher, et en faire part aux enfants qu'elles soignent. Le peuple descend en foule à la rivière pour s'y laver tout le corps. Chacun jette au fond des ondes une pierre de son foyer, et la remplace par une autre, prise dans le lit du fleuve. De retour à la ville, après cette ablution, le chef allume du feu chez lui, et ses sujets vont tous s'en pourvoir. Ensuite commence une danse générale, qui a lieu sur la place publique. Celui qui a perdu son père, lève sa main gauche vers le ciel; au contraire il lève la droite lorsqu'il n'a plus de mère; l'orphelin qui n'a ni l'un ni l'autre , n'en lève aucune; il les croise toutes deux sur sa poitrine. Cette danse est accompagnée d'un chant monotone, où tout le monde dit :

Pina éa Morimo, ou éé gaé !

Ki léma ka léfé ?

Oa éé gaé, oo éé gaé !

Ce qui signifie :

Chant du Morimo, va-t-en à la maison !

Laquelle ett-ce que je lève ? {laquelle main) Va-t-eD à la maisoD, va-t-eD à la maisoD !

Le mot de ffoe^ que nous traduisons par cekii de la maison, veut dire proprement là aii Von a bâti^ où Ton habite ; c'est notre chez soi^ ou mieux, le home des Anglais. Les Bapéris assignent un chez soi au m^^rt ou Morimo, c'està-dire dieu domestique ; ils ne croient donc pas que tout meurt avec le corps. Leurs idées de religion sont fort vagues, mais ils en ont.

Comme il fait trè^sec dans leur pays/ on n'y connaît pas de plus grand bien qu'un peu de pluie ou qu'une bonne fontaine d'eau vive, et Ton apporte à cet égard le plus grand soin possible dans le choix d'un emplacement pour y habiter. La chanson favorite de la tribu est celle de la Plude^ dont la première partie est conçue

ainsi :

Les deux chœurs.

Bâtis, bâtis....

La pluie nous arrive.

Les hommes.

Bâtis, bâtis.... La pluie va yeuir.

La femmes.

Bâtis, bâtis.... ) . .

La pluie où est-elle ? j

Les hommes.

Bruine....

Les femmes.

Bruine pluie !

Les hommes.

Bruine....

Les femmes disent en même temps.

Le rayé {le cou€^ga) brait de soif.

Les hommes.

Bruine....

Les femmes.

Nous invoquons la pluie !

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