‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 24 sur 47 · ORIGINAL · texte numérisé non relu

ORIGINAL

Ou âgé, âgé... gé...gé,..

Poula é ka ana.

Ou âgé, ou âgé...

Poula é kaana.

Ou âgé, ou âgé.

Poula ékai ?....

Ouniéré...

Ou niéré poula !

Ou niéré...

Moguari oa léla.

Ou niéré....

Réa rapéla poula !

bis.

Si ce n'était la crainte d'être trouTé beaucoup trop long, nous donnerions quelques détails de plus sur les Bapéris. Entre autres^ nous indiquerions ici les noms de quelques-uns des prédécesseurs de Sékuati , leur présent roi. — Sékuati^ Malékoutou, Toulari, Makao, Moshéléri, Mosépé, Mpché, Tlopané, Morikué....

Tout ce qu'on sait de ce dernier chef, c'est qu'il demeurait sur la Mogala-kuéna. Il est présumable que la rivière de la Morikué , au delà de Mosiga, aura tiré son nom de lui.

Quant à Tlopané et Mpché, leur histoire est également inconnue.

Mosépé et Moshéléri périrent tous deux dans une expédition militaire, entreprise contre les Bapénas.

Toulari mourut à Bogalaka, vieux, aveugle, d'une esquinancie qui ne lui permettait de rien avaler que de l'eau. Malékoutou, son successeur, fut tué par Mosolékatsi^ à l'arrivée de ce prince caffredans le nord, en 1822« C'est de Toulari, autrement appelé Mopéri, que la tribu a emprunté la dénomination de Bapéris^ qui veut

simplement dire ceux de Mopéri. Ce roi jouit d'une haute estime chez elle. Tous les jours encore on y célèbre ses louanges , dont le fragment suivant peut servir d'échantillon :

« Toulari, fils de Makao.

« Toulari se barbouille le dessus des yeux d'ocre jaune (1). Au printemps , ses pieds sont aussi déliés que ceux d'une génisse bigarrée.

« Il engendre des filles qui ne lui font point honneur, Toulari ! Elles ont les yeux grands par derrière, mais trop petits par devant...

« Vases d'argile à servir au foyer (2) !

« L'oncle deLikoti va jusqu'à Magakala, chercher des queues de chacal, avec Pitsi. C'est un zèbre coureur des plaines ! . . .

« Le père de Malékoutou patt (pille) seulement de nuit, comme l'hippopotame. Ce digne chef du mont Massûéné : Hommes ! dit-il à ses sujets, de jour, faites venir les fruits qui vous

(1) Marque de hauts fiiits militaires.

(S) Les naturels éclatent tous de rire en récitant oe morceau ridicule, peu flatteur, comme on Toit, pour leur roi et les princesses ses filles. Pour eux, des jeux petits leur rappellent la forme deleors pots à feu, larges au centre, mais petits au haut* Les idées de beauté sont l>ien k peu près les mêmes partout»

nourrissent, fruits d'un sol chéri. La nuit, volez aux bergeries, avec celui qui ne se bat que dans l'obscurité. Suis-jeSétlatlaré ou Sétamaga {ses plus jeunes enfants) f Je suis le vieux Lérima ! J'ai été circoncis par Tséké, fils de Massimola. >

A ces sortes de petits poèmes héroïques et à leurs traditions près , les sauvages sont sans passé. Ils ne se livrent point, non plus, comme nous, à des spéculations sur l'avenir ; et même ce qui se fait chez leurs voisins les occupe fort peu, pourvu seulement qu'il n'y soit pas question de guerre.

De là vient que les voyageurs bapéris , qui avaient su me donner une foule d'informations intéressantes sur leur propre tribu, eurent peine à me nommer celles environnantes. Us me dirent seulement qu'à Test de la Mogaritsé se trouvaient deux peuplades considérables de Béchuanas, appelés Batlapattapus et Bamouléchis , sans cesse en guerre entre elles ; et une troisième dite Makopas^ dont le chef actuel a nom Séngaléla, et la ville capitale Matsélana.

C'est aussi dans cette direction que vivent les MathlékaSj sorte de Gaffres à nez incisé, à la manière des coupures dont les Portugais marquent ieurs esclaves , et qui ont en outre la singulière habitude de se limer les dents (1), pour n'en conserver que des bouts ; d'où est venu le surnom de bègues^ que leur donnent celles des peuplades voisines qui ne suivent pas cette pratique. Ils se procurent du cuivre, des quincail* leriQ^ et des étoffes à Laurent Marqués, et vont les échanger contre de l'ivoire, des cornes, du bétail et des fourrures, dans l'intérieur. C'est d'eux , par exemple , que Sékuatî a acheté l'écharpe rouge dont on dit qu'il se pare les jours de fête. C'est une chose difficile à croire, bien que Matimoulané ait par deux fois juré qu'elle était vraie : suivant la coutume de ces Mathlékas, un homme, lorsqu'il se marie, doi^ manger le frère atné de son épouse ! Il mène dans le bercail de son beau-père les bestiaux qu'il lui compte en dot pour sa fille. Celui-ci,

(i) Coutume répandue sur les deux côtes d'Afrique, dit le capitaine W, Owen, Narrative of voyages^ etc.

de son côté, appelle son fils aîné ; on lui commande de fêter sa sœur. Il replie ses deux bras en arrière , comme le sont les deux cornes de l'antilope bleu, court à la bergerie , où il est percé d'une lance et mangé par l'époux et les amis de Tépoux. Les prétendus devins encore, quand ils veulent du mal à quelqu'un , lui jettent un sort : il est déclaré fou ; on l'égorgé et on le dévore. Je répète que tout ceci me semble incroyable. Peut-être est-ce la carricature de quelque fait atroce , bien que les naturels , en général, témoignent d'ailleurs de la vérité d'une pareille habitude.

Au nord des Bapéris sont les Batloous ou Battou. ceux de L'Eléphant. C'est une nouvelle nation de Béchuanas plus puissante, à ce qu'il paraît, que celle des MantdBtis. Elle habite au bas de hautes montagnes d'un aspect de roche très-sombre , comme est celui des montagnes de la Mogaritsé , mais moins boisées que ces dernières. Le tabac, en revanche, y croît beaucoup mieux , et il s'en fait un grand commerce parmi les naturels. Dans cette contrée

doivent se trouver les sources du Mourij fleuve de la côte orientale, plus considérable que TOrange, au rapport des indigènes, qui disent encore que son lit est extrêmement large , mais peu profond.

Les Batloous possèdent une race de bœufs très-belle de taille, ayant des cornes d'une grandeur démesurée, savoir de quatre à cinq pieds; du bout de Tune au bout de l'autre il n'y a pas moins de sept à huit pieds.

La ville capital^ de ce peuple s'appelle Mamakao. Il est gouverné par Mokopané, fils de Kékané« Ce Mokopané est si valeureux qu'on Ta surnommé Séchouamari , c'est-à-dire Je Sanglant. Il n'y a pas longtemps qu'il alla assiéger Nguanaléllé, la ville de Séamoga , frère puîné de Sékuati : il y tua beaucoup de monde et en enleva tous les troupeaux.

Sur la frontière septentrionale de son pays il y aune fontaine salée, appelée Matlatla, du nom d'un petit village deBéchuanas qui s'y sont établis, sous un chef appelé Séboula. Cette saline naturelle, ou Léckouaing ^ nous aétédér

crite comme embrassant plus d'une lieue de tour , de sorte qu'elle doit présenter Faspect d'un vrai marais salé. Les habitants s'y procurent autant de sel qu'ils veulent, sans aucun travail.

Le seul blanc, je crois, qui ait encore pénétré jusqu'à ce point-là, du côté du nord, est un certain créole hollandais, du Cap , qui y arriva avec sa famille dans le mois d'avril ou de mai 1836, guidé par un Mossouto des environs de Morija. Après avoir empli son chariot de sel, l'étranger voulut repartir; mais ses bœufs, trop faibles pour traîner la charge, le laissèrent là et périrent l'un après l'autre.

Ils avaient été mordus par un insecte très-venimeux , nommé mouche-puce en séchouana {ntsintsi-atsétsé)^ à cause de ses piqûres. Les indigènes prêtent à cet insecte la grosseur et la couleur verdàtre des mouches qui vivent ordinairement sur les viandes. Us disent aussi qu'il est armé d'une longue trompe rousse, comparée au bec d'un oiseau. Il paraît en février, avec les fortes chaleurs, et ne disparaîtque vers la fin de Tété. Ses piqûres font enfler la peau et y eau-

sent une douleur fort vive, mais qui ne dure pas plus d'un jour, ce qui doit probablement être attribué à ce que le sang sort , pour l'ordinaire, du moins chez l'homme, que la tsétsé attaque ainsi que les animaux. Les bœufs, en particulier, en sont si tourmentés que les naturels ont toujours soin de les éloigner des roseaux, où se retire ce dangereux insecte, et de les mener paître dans le haut pays et jusque chez leurs voisins.

Quant au boer voyageur, il nous revient qu'après la perte de ses attelages il s'en procura de nouveaux à coups de fusil au village de Ramapoulana. Quelques habitants de l'endroit furent tués ; les autres , tout effrayés de voir ces gens atteints et tués de si loin , prirent la fuite, laissant au pouvoir du redoutable blanc leurs bœufs et quelques vaches , qu'il emmena aussi avec lui. Il arriva tranquillement avec ce butin chez les Bapéris , et de là il descendit à la baie de la Goa ; mais j'ignore au juste ce qu'il est définitivement devenu. On assure qu'il a péri avec ses enfants et ses esclaves.

Il est fort pénible de voir la manière infâme dont se comportent certains blancs dans ces contrées. Pour ne pas multiplier les exemples , il me suffira de dire que je connais un individu de cette sorte qui n'a pas pris moins d'une trentaine de femmes caffres, pour vivre en vrai morèna. J'accueillis aussi un jour dans ma maison deux marchands anglais, que je mis ensuite à la porte, sur la réception d'une lettre qui ne me dévoilait que trop bien leur triste caractère. Sortis de chez moi, chargés de provisions de voyage, et munis d'un Nouveau-Testament français que nous leur avions donné pour qu'ils pussent y apprendre à bien faire, ils s'arrêtèrent à Thaba-Bossiou , où ils vécurent près d'un mois comme d* effrontés Adamites !... et de là descendant à Port-Natal^ le plus instruit des deux y devint le chef des autres blancs qu'il y trouva • établis. II périt quelque temps plus tard dans une expédition entreprise contre les indigènes.

Tout le monde comprend bien que ces sortes de crimes, malheureusement trop communs, exaspèrent les Africains et faussent leur ju-

gement sur le caractère moral des Européens ; de sorte que , dans leur juste méfiance, par na* ture très-grande, les sauvages font souvent payer àd'bonnétes voyageurs les fautes de leurs devanciers. Quelqu'un, croyant par là me beaucoup louer les planteurs du Gap , me disait c qu'ils font ce bien-ci partout où ils passent, que le nom des blancs y est très-redouté des indigènes. » L'observation est juste , au mot de bien près , qu'il conviendrait de remplacer par celui de ma/, et même de grand mal. Le colon dont il a été parlé, par exemple , a fort révolté contre nous les indigènes. Les Bapéris, en me racontant sa conduite, me dirent que ce qui lui sauva la vie, c'était son étrange couleur blancbe; et puis encore ses armes, non moins effrayantes que sa face. Si l'on eût été un peu plus fait à ces choses, il aurait dû s'attendre à être massacré à Ramapoulana.

Environ une quinzaine de degrés de latitude peuvent séparer le pays des Bapéris du lac de Maravi , duquel ils n'ont su me rien apprendre de positif, quoique d'ailleurs il ne leur soit pas

entièrement inconnn. lis l'appellent Marabaï^ et en croient les eaux douces, assurant même qu'il est alimenté par un fleuve nommé Toubatsi,dont la Mogomatsi, connue dans certaines cartes de géographie sous le nom de Mofumatsi, est une des principales branches. Ces deux rivières nourrissent des crocodiles , et Ton dit qu'il y en a aussi dans le lac en question. Il se trouve au reste entouré de profondes tourbes, qui rendent son approche très*difficile pour les indigènes.

Voilà , je le répète , les seules informations, vagues autant qu'incomplètes, que m'aient données les Bapéris sur ce point important.

En me parlant de la contrée située à l'ouest de leur pays, ils m'ont encore appris qu'ils sont bornés, de ce côté-là, par une forte peuplade de Béchuanas appelés Bakuénas, dont une bonne partie des Bassoutos ont, il paraît, tiré leur origine. Ces Bakuénas sont gouvernés par un roi nommé Sébétouané, qui vit sur les rives de rOuéri , une des plus considérables rivières de ces régions lointaines.

EntiD, au sud-ouest d'eux^ ces Bakuénas ont pour voisins les Baharoutsanas et les Bamanguatos, deux autres tribus béchuanases déjà connues sous les noms de Baharoutsis et de Bamanguétos par les lecteurs du journal des Missions Evangéliques.

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