CHAPITRE XVllI
Fragmenls de Thistoire de MoMlékalsû ^ Missions. — liootagiics. — Ibis. — Rifière jaune. — Les yoyageurs égarés passent la naît aux champs. — Mélancolie. — Malibaniog. — Pommes de terre. — Kokuatsi. —Discours d*un Mocbouana.
C'est entre les Bamanguétos et les sujets de Sékuati que doivent se trouver les Zoulas qui obéissent à Mosolékatsi, le redoutable Inkhosi qui fait gémir sous son pouvoir despotique et son propre peuple, et les ^nombreuses tribus de Béchuanas dont il vient d'être fait mention. Ce que nous savons de plus positif sur lui, c'est qu'il y a une vingtaine d'années il vivait à environ
trois journées de marche au nord de Mokokoutloufé, dans la ville d'Oumtoulou. Son père avait nom Machobané, et descendait d'une très-noble famille zoula , appelée Souandzèné.
En 1822, un chef matébélé indépendant, nommé Sékognané , déclara la guerre à Mosolékatsi , le défit , et lui enleva une partie de ses troupeaux.
Celui-ci monta alors avec son peuple vers le nord-ouest, pillant et tuant sur son passage les Makoro») faible tribu de Zoulas ; les Makhatlas, des Béchuanas qui paraissent depuis ce tempslà avoir été réduits à une si pauvre existence qu'ils sont en partie devenus cannibales.
Après ces succès-là, Mosolékatsi alla attaquer les Baouankétsis ou Wankits, et enfin les BajJéris, qui le battirent à Matamoga et à Maréma.
Quatre années s'écoulèrent sans que ceux-ci entendissent plus parler de leur agresseur. Dans leurs chansons nationales ils célébraient leurs victoires sur lui, et se riaient de ce terrible ennemi , disant : « Elle dort , elle est fatiguée la méchante bête; ses rugissements ne nous trou-
bleront plus. » Miis le chef des Zoolas ne dormait point. La cinquième année , en 1827, H se présenta devant Makhoarané, prit cette ville, la saccagea, et en enleva tons les tronpeaux.
Six mois pins tard, il envoya nn de ses offl^ ciers, appelé Koutsané , à la tête d'nn bataillon de soldats^ qui s'emparèrent des habitants de Matamoga et les amenèrent à Motlatlantséla, la résidence de Mosolékatsi, qui les occupa à lui construire une palissade autour de son harem, ccNoaposé de quarante-quatre huttes en tout.
Cette clôture , presque toute en pieux de mimosa , nous a été décrite comme embrassant environ un quart de lieue de tour, sur une toise de lai*ge et autant de haut. Le roi des Zoulas se plaisait singulièrement i se promener sur cette terrasse, d*où il dominait toute la ville. — Quant aux pauvres ouvriers, ils firent le travail : « Le jour, les yeux ea pleurs; la nuit, dormant avec la iaim, » suivant leurs expressions. Loils^'ils se trouvèrent entièrement épuisés de fatigue, tb furent renvoyés chez eux , et < leurs frères» de Maréma vinrent les remplacer.
A peine ces derniers eurent-ils travaillé cinq jours, qu'Oofithléla arriva à Motlatlantséla avec une armée de Zoulas envoyée par Dingan. La ville de Mosolékatsi fut envahie et pillée. Les habitants tombèrent en partie sous le fer des ennemis; les autres quittèrent le champ de bataille à la débandade , leur chef confondu au milieu des fuyards, ce qui 6t qu'il ne fut point reconnu.
Quant aux bûcherons bapéris, ils ne reçurent aucun mal. Le vainqueur les renvoya dans leur pays et retourna lui-même dans le sien, emmenant un grand butin.
Cependant Mosolékatsi» qui était descendu à Kaféla, sur la Morikué , envoya ordre aux Bapéris de lui apporter du millet et autres munitions de bouche, ce qu'ils firent par peur du redoutable lion. Comme il leur avait précédemment enlevé tous leurs bœufs, les transports s'opérèrent péniblement, au moyen de femmes qui traversaient par petites bandes les déserts, chacune d'elles un sac de blé sur la tête et un nourrisson derrière le dos.
Mille faits attestent que Mosolékatsi est aussi cruel et absolu que les Chakas. Il suit en tout l^ur système politique et militaire. Le nord de ces contrées ne connaît point de fléau plus grand que lui. Toutes les tribus de Béchuanas établies dans son voisinage immédiat , il se les est asservies. Son principe consiste à exterminer les hommes et les femmes, pour élever leurs enfants au rang de ses soldats. Présomption étrangement ridicule ! il a pour maxime, à ce qu'on rapporte, que deux chefs peuvent suffire ; Tun dans le ciel, et Tautre sur la terre, sans s'expliquer davantage sur ce point.
Une mission chez lui serait d'une utilité immense et corrigerait peut-être les choses ; mais il n'est pas probable qu'elle réussit du vivant d'un tel despote. Rien n'est certainement en plus grande opposition que la douce loi de l'Evangile et le faire brutal d'un sot empereur zoula.
Il est bien vraij comme on nous le dira, que la religion surmonte tous les obstacles ; mais elle ne les aborde pas toujours de front. Sa
marche, d'ailïeuw, pour être sûre^ doit être progressive. Suivez les pas de TEvangile depuis la baie du Cap jusqu'à Lattakou , et voyez bien tout le bonbeur qu'il a procuré aux peuples qui se sont partout rencontrés sur son passage, et qu'il a conquis un à un. Evidemment, c'est ici ce fleuve d'Ezéchiel dont les eaux augmentent sans cesse en allant, ou bden, si vous voulez, ce sont les filets dont parle le Sauveur, qui doivent couvrir, Tune après l'autre, toutes les nations delà terre.
Si donc , tout en se bien assurant ce qu'ils ont déjà conquis , les missionnaires travaillent encore à ranger sous le joug de la croix les hordes païennes de Béchuanas qui se trouvent entre Motito et la Morikué, qui peut douter que leurs efforts, tout humbles qu'ils puissent paraître , ne soient couronnés de succès, et que nous ne voyions , tôt ou tard , les Zoulas aussi embrasser 1^ foi chrétienne, à l'exemple de leurs voisins 7
A cet effet, une mission chez lesBapéris serait très-nécessaire, et peut-être bien qu'elle
réussirait mieux que toutes celles qu'on a dëfà tentées à Tonest du pays de Mosolekatsi. €e que nous savons pour certain, c'est que Séknatî et Séamoga sont bien disposés à recevoir des messagers du salut, puisqu'ils nous en ont fait de^ mander instamment ; et ce n'est pas sans un vif regret que nous n'avons eu d'autre réponse à leur faire que celile-^ci : « Les ouvriers nous manquent. >
Pendant leur séjour à Morija , Matimoulané et ses compagnons de voyage ont régulièrement fréquenté les services religieux. Au premier ou ils assistèrent, l'un d'entre eux fut saisi d'une terreur panique en entendant le cbant des psaumes : il sortit tout troublant de l'assemrblée, le corps couvert de sueur ; puis il reparut dans l'auditoire , après avoir un moment respiré Tair du dehors. « Son cœur désirai t deux choses opposées, me dit-il ensuite : fuir notre culte et y rester. »
Ces gens s'en retournèrent dans leur pays avec des alphabets sessoutos, où ils avaient ap« pris à assembler quelques mots, lis connais-
saient en gros les doctrines fondamentales de la Bible, et l'un d'eux pouvait réciter TOraison Dominicale sans faute.
Outre les présents que leur firent nos chefs, ils reçurent de la mission de la semence de froment, de maïs , de pommes de terre , des haricots blancs , appelés haricots français dans ce pays-ci , avec quelques outils de première nécessité, tels qu'une aissette, une lime, et, en fait d*animaux domestiques, unecouple de lévriers, deux chèvres d'espèce nouvelle, un coq et une poule, etc., toutes choses inconnues à Makhoarané.
Les sujets de Mosolékatsi s'étendent, au midi, jusqu'au 26^ de latitude, par le 28'' de long. E. Il y a peu d'années qu'ils y dévalisèrent des chasseurs griquois, dans une vallée où j'arrivai, à mon insu, le 16 avril, avec Monaîle. Nous étions allés à cheval examiner le confluent de la Namagariet de la Lékoua, deux rivières d'égale grandeur, à peu près, et dont les eaux réunies forment la rivière Jaune , autrement dite Fal {du hjoUandais Vaal). La Lékoua sort de
Test et se jette dans la Namagarî , au pied de montagnes entièrement nouvelles, qui furent appelées Fransche-Bergen, ou Montagnes Françaises, faute d'un meilleur nom. Elles forment une chaîne régulière qui court d'abord du sudouest au nord-est, et s'étend fort loin dans l'intérieur, d'après le témoignage unanime des indigènes , qui Tont remarquée , comme on Ta déjà vu, chez les Bapéris et au delà. Ces montagnes, à leur naissance, peuvent avoir environ deux mille pieds au-dessus du sol environnant, et quatre à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Les naturels assurent, en outre , qu'elles augmentent considérablement de grandeur en avançant dans le nord. La neige les couvre en août, et trois mois plus tard il y tombe d'abondantes pluies. Alors tout y prend on air charmknt de verdure, et les antilopes y fourmillent , ainsi que les lions et les hyènes. En tout temps il s'y trouve quantité de babouins, de damans, appelés par d'autres blaireaux de roche, des panthères, des chacals, des chiens et des chats sauvages. Les oliviers et les.
acacias y sont aussi fort communs , avec beaucoup d'autres arbres de haute tige.
Le long du Fal , je vis une nouvelle espèce d'ibis, que j'avais commencé à remarquer sur l'Enta. J'en ai eu sous les yeux un individu adulte^ qui a fourni les notes suivantes : cou entièrement privé de plumes, d'une coulear de peau gris foncé (glaucus)^ comme le nez d'un cheval ; pattes d'un rouge tcmeé ; dessous des ailes nu, couleur scarlatine ; plumage blane; bout des pennes d'un vert luisant ; les plumes cubitales blanches, d'un gris lustré vers le bout ; longueur du bec, 7 pouces ; oelle de l'oiseau, 2 pieds 2 pouces ; il estun peu plusgrosque l'ibis sacré des Egyptiens. Le nom d'ibig nudi-oolù lui conviendrait bien.
il y a aussi dans ces contrées un gros ibis d'un brun lustré, communément appelé, par onomatopée, Addada (1), On y ti'ouve encore un autre ibis bleu foncé, à tête rouge, nommé, à causa de cette particularité, quoique improprement, par les Anglais du Cap, wUd tarkêy^
(1) Noie pariimHérc* J*eD ai envoyé ub ip4if Adu à ne> dïMetoin.
poule d'Inde , et par les colons hollandais , wilde kalkoen , ce qui signifie la même chose. J'aurais pu remarquer, en parlant du Fal, que ses rives sont très-^nues partout où je les ai sui- TÎes. Seulement quelques petits saules s'y montrent de distance en distance , tandis qu'après sa jonction avec la Lékoua il se couvre de bois de chauffage et même de charpente abondant. Le long du fleuve, dans les endroits les plus secs, croit un arbuste épineux, ayant a peine un pied de haut, qui porte un fruit assez ressemblant aux jujubes pour la forme, et ^un suc assez doux. Monaîleet moi nous nous en nourrîmes presque toute la journée du 16 avril. Nous avions quitté le wagon de bonne heure, sans nous munir d'autre nourriture qu'un gros morceau de viande de ^ou, fort coriace, que la faim seuiraient nous fit trouver mangeable. C'était au milieu des champs, sur les bordsd'un petit lac, oii nous lapâmes un peu d'eau, pour compléter ce repas. Ensuite, remontant à cheval, nous tir&mes sur Maouliri, petite branche de la Namagari. Son lit est presque à fleur de
terre, et l'onde qui le couvre aussi limpide que du cristal. Après avoir franchi ce ruisseau, nous comptions trouver bientôt la voiture, ou du moins ses traces, puisqu'il avait été convenu le matin que le rendez-vous aurait lieu dans ce quartier-là ; mais point du tout* Partie du campement, situé à quatre lieues en deçà de Tembouchure de TEnkechouane, elle avait tiré 0. S.-O., au lieu d'aller directement 0. , et fait ce jour-là neuf longues lieues.
Quant à nous, dans le but de croiser l'ornière, nous voyageâmes contre elle et parvînmes à la trouver avant la chute du jour. D'abord nous la suivîmes bon train, pleins de courage, jusqu'à ce que nos montures n'en purent plus. Alors Monaïle, descendant de la sienne, et se déchargeant sur moi de son fusil, passa derrière avec un nerf de buffle, en guise de b&ton; et cela aussi tint bon pour un moment. Mais, à la fin, mes pauvres yeux ne pouvaient plus reconnaître les traces des roues; je mis donc mon jeune homme devant, qui s'entendit mieux à les trouver que moi. La vitesse de la marche fut ainsi
ralentie. Les chevaux n'en paraissaient pas fâchés; mais pour moi, c'était un peu différent. Le soleil venait de se coucher, laissant après lui Tobscurité et les pensers lugubres. Je ne sentais que Teffroi ; le désert , la faim, les dangers de toute espèce se tenaient devant moi , pour m'épouvanter ; le silence nous environnait de toute part. De temps en temps il était pourtant troublé par un cri féroce, par le glapissement des chacals, ou bien par le sourd battement des ailes de quelque oiseau qui se levait sur nos pas, comme pour multiplier nos frayeurs. D'un autre côté aussi la voix alarmée de mon guide, répétant sans cesse : « On nous a fait perdre! Oùnousmène-t-on? Au moins sommesnous encore dans la voie?» Et ce jeune homme se baissant continuellement pour chercher l'ornière avec sa main.. . Comme on est petit devant soi dans de pareils moments ! Oh ! qu'elle est alors chère, la pensée qu'il est un Dieu au ciel, qui nous voit , qui nous connaît par nos noms ! Seigneur, lui dis-je en mon àme (trop peu confiante, je dois l'avouer) :
MfDeBr, ta grâce Infioie Àa ÛdUe qui ta prie Fait ressentir tous les jours Les effets de ton secours. Paitqo'i toi seul je nfurrélA, Seigneur, entends ma requête :
Oui, comme j'espère en toi, Dmgnêfrm^dr$ tom de moi.
Lorsque plus rien sur la terre ne fut visible à nos yeux, nous les élevâmes en baut, pour regarder aux astres. Orion, durant près d'une beure, régla notre marche incertaine ; mais il devait, à son tour, être ravi à notre vue. Il s'éleva un vent occidental qui rassembla sur nos têtes d'épais nuages ; de grosses gouttes d'eau s'en détachaient par moments ; à la fin, toute la nature se trouvant ensevelie dans les ténèbres, je mis pied à terre pour tirer un coup de fusil, espérant qu'on répondrait peut-être à cette décharge par une semblable dans le camp, que nous supposions ne pouvoir plus êtreéIoigné,mais ce fut inutile.Dans mon trouble, je peHis la baguettedu fusil, qui ne put pas être retrouvée pour charger de nouveau.
Alors que devenir ? Il fallut coucher là, dans son petit manteau, accroupis t'un à côté de Tau*
tre; oui bien sous le nez des chevaux, que nous iinmas pendant toute la nuil par la bride, pour notre sûreté, au cas que le» lionfi; non» atta-* quasseni. Quelques grains de poudre et un peu de papier, mis dans le bassinet du fusil, nous procurèrent du feu j mais malheureusement nous ne trouvâmes que des broussailles à brûler } encore la ploie et le vent Tinrent-ils les éteindre. D'aillews, aucun mal ne nous arriva, Dieu merci. La nuit se passa d'une manière tranquille. Le lendemain ^ au cr^uscule, nous reprimes notre route ^ mais à pied , tant parce que nous étions transia de froid et désirions nous réchauffer en marchant, que par pitié pour les montures, qui avaient été la veille environ quatorze heures soas la selle; et puis encore, c'était un jour de dimanche, ftref, nous n'eûmes pas plus tôt fait un quart de lieue que nous arrivâmes à la voiture. M* Daumas était encore au lit. 11 eut la c<Hnplaisance d'en sortir pour m'y laisser mettiez et il nous prépara aussitôt deux bols d'eau sucrée un peu chaude, qui nous firent un bien infini*
Cette journée fut triste, monotone comme est la solitude. Nous étions campés sur une croupe de débris d'anciennes habitations; le sol se montrait partout couvert de crânes humains ; nous en serrâmes un dans la voiture , pour ^out;entry tant notre âme s'associe et s'enchaîne aisément à tout ce qui porte l'empreinte du malheur ! Cette loi sympathique de notre être, si commune, toujours parlante, date de la chute, dont elle est sans doute un des échos.
Au bout du jour, un Lighoya de Malibaning sortit de sa ville, située dans le voisinage, pour nous venir voir. Il nous dit que Loumisi , son chef, ayant appris de quelques voyageurs indigènes que nous étions des blancs , et des blancs porteurs de bonnes nouvelles, désirait de nous entendre , ce qui ne manqua pas de nous réjouir.
Le lendemain nous nous rendîmes chez lui, où nous donnâmes deux prédications bénies. Les habitants de l'endroit se montrèrent obligeants à l'excès, puisqu'ils nous apportèrent jusqu'aux vieux manches de leurs houes pour alimenter notre feu de roseaux.
Avant de quitter ces braves gens, nous leur fîmes présent de quelques pommes de terre pour semence. Ces choses se mangent-elles 7 demandèrent-ils. — Oui, partons ceux qui en ont. — Et où viennent-elles î — Sous la pioche. — Mais quand et comment les plante-t-on?... Nous nous fîmes apporter une houe commune, et montrâmes aux naturels comment ça se faisait. « Excellent , dit Tun d'eux , qui en tenait ses deux mains pleines, excellent! Ce bien est très-petit; mais je vais, en septembre prochain, le confier à la terre, où il germera ; j'en ferai la récolte , je la prendrai ; j'irai quelque part en acheter une chèvre , celte chèvre me donnera un chevreau, etc., etc. Espérons que le bon homme aura mieux réussi dans ses projets d'agrandissèment que la pauvre Perrette, dont le langage ne différait pas tellement de celui-là pour que l'un ne nous rappelât l'autre.
Le 19, après avoir dit adieu aux habitants de Malibaning, nous nous dirigeâmes vers l'ouest, et campâmes ce jour-là dans les champs, au milieu des bétes féroces , qui dispersèrent au
lain tous nos bestiaux. Dans les environs se trouYait un kraai de Lighoyas, mais si petit qu'un indigène nous dit, en montrant cinq de ses doigts : Il y a là autant de femmes^ ni pluSy ni moins.
Le lendemain , nous en atteignîmes un plus considérable. Il était bâti dans un bas^nd, sur les rives de la Kokuatsi, courant tributaire de la rivière Jaune. Les habitants de cet endroit, en nous aperceyant , se cachèrent dans leurs plantations de millet; d'autres prirent la fuite, entraînant avec eux tout ce qu'ils pouvaient de leur avoir. Sur cela nos jeunes gens furent envoyés vers eux pour les rassurer. Us ramenèrent Séboukott) le chef, et» par parenthèse, un ancien cannibale. Ce p^it mor^ia tenait à sa main quelque épis de mais et une citrouille qu'il nous présenta en signe d'amitié. Après lui avoir rendu ses civilités, nous lui exposâmes le but de notre visite, qu'il sembla comprendre , tout en se méfiant de nous, ce qui se voyait asset clairement à sou maintien contreiait^aux mouvements brusques de sa tète, au regard agité de
ses yeux. Nonobstant cela, il rassembla son monde, et nous eûmes une prière, après laquelle chacun des assistants s'enfuit à toutes jambes, excepté Séboukou et ses principaux hommes , que nous réussîmes à retenir encore auprès de la voiture. Jamais je n'oublierai la manière originale dont un de nos Béchuanas leur parla de notre caractère de messagers de Dieu, et de Dieu lui-même. Son petit discours, s'il m'est permis de le reproduire, était à peu près conçu en ces mots :
c Ces blancs, dit-il en nous montrant du doigt, ces blancs ont un père et une mère, des frères, des amis. Ils ont quitté tout cela. Ils sortent de delà un pays d'eau (la mer) ; ils aiment les peuples ; leurs parents les ont envoyés vers nous. Yous voyez bien que ce sont de jeunes hommes ; ils n'ont pu venir de leur chef. Non, leurs pères aussi nous aiment.
c Regardez dans leur voiture, rien n'y manque; elle est pleine de viande et Je blé. D'ailleurs ne la trouvez-vous pas petite? Pouvez- vous croire qu'ils veuillent y mettre votre récolte?... Ce ne
sont pas des oiseaux ravisseurs. Tout ce qu'ils « reçoivent d'autrui ^ ils le paient.
4 Du bétail, vous n'en avez point. Ils ne convoitent ni votre millet, ni votre maïs, ni vos citrouilles. Ne craignez point non plus qu'ils veuillent vous enlever vos enfants, comme font les Bakotous {les Koranas).
c Si vous les trouvez maigres^ c'est parce que ce sont des voyageurs (1). A Rokuatsi, lorsqu'un voyageur arrive, que fait-on ? Je suppose qa*on se rassemble autour de lui ; chacun veut le voir, TenteAdre; chacun aspire à s'asseoir sur les pans 4^ son manteau , pour lui demander s'il apporte des nouvelles? Toi, Séboukou, vous ses principaux homnaes, que faites-vous aujour* d'hiii ? Je vous assure, moi, votre frère, que ces blancs soat de vrais porteurs de bonnes nouvelles; et vousi avez perdu votre empressement habituel ! Ils viennent de vous apprendre ce qu'est leur Dieu. Savez-vous ce qu^il est? — Oti^ ^ répoi^d une voix empressée , c'est le ^oleiL Uis^is plusieurs voix repartent unani-
<4) ]?9rmi les sauvags», la naigre chère est inséfrarablc des foyages.
mement : Non , c'est le Créateur du soleil.
< Leur Dieu a fait le soleil , continue l'orateur ; il a créé les hauts cieux, et la terre, et les eaux , grandes et petites. Il a aussi donné son Fils unique, il Ta donné pour nous. C'est sur* tout de lui que ces hommes nous parlent. — Et quel est son nom ? — Son nom est Jésus le Sauveur.
« N'arrive-t-il pas souvent aux bergers que leurs brebis s'égarent ? » — « Oui. » — «Et que
font alors les bergers? Ils mettent bas le
kros, courent les chercher, vont malgré la faim, la fatigue, s'inquiètent à cause d'elles. Si les brebis se retrouvent, ils les ramènent avec joie. — Jésus est le berger des hommes , leur bon berger. Ses brebis sont toutes allées pattre dans des parcs maudits, dont l'herbage et les eaux causent la mort. Il Ta vu ; il est venu les chercher; il les ramène dans des pacages bénis.
« Les blancs disent qu'il y a des choses bonnes. S'aimer les uns les autres, s'aider mutuellement, vivre en paix, c'est tout bien. S'entretuer, se ravir l'un à l'autre ses troupeaux , se
quereller ensemble , mentir à son procbain , c'est tout mal. La conscience des noirs leur dit la même chose.
c Séboukou^ chef de Kokuatsi , à présent que répondras-tu 7 Pourquoi crains-tu mes mattres?.... Quand on fait mal, ils s'aiSigent, leur cœur pleure. Comment pourraient-ils vous en faire 7 Leur Dieu Jéhova punit d'un châtiment sans retour {éternel) quiconque commet ce qui lui déplaît, tel que le vol, l'adultère, l'ivrognerie ; et , pour nous laver de tant de souillures, ce Jéhova a livré son Fils à la mort. — C'est tout. »