CHAPITRE XXI
Tlogotlogo. — • Villages et champs abandonnés. » Mont Mopororo. — Kei-oop. -— Aspect du pays. — Ralitabane et Koba. — Tbaba-Onnchotu — Pelleteries* — GhacaU. — Mœurs» — Fables chinoises. ^ Fable africaine* —Thabo. — Patsoa. » Prédication. — Scène Pythonique. — Religion des indigènes. — Légende. — Hymne des affligés. — Obserrations. — Prêtres. » Reloor à la maison.
Le 28 avril , partant d'Entikoa après notre service du matin , auquel assistèrent Makuana et ses sujets, nous vînmes camper dans un clan Lighoyas appelé Tlogotlogo (Téte-téte) à cause de deux monticules de forme arrondie qui le dominent. Les sauvages se réunirent autour de la voiture pour entendre une exhortation religieuse sur ces paroles du roi-prophète : < Na-
tions, craignez le Seigneur. > Malheureusement nos auditeurs comprirent très-peu la spiritualité de l'Evangile, qui leur était annoncé pour la première fois. Ce qui ne me le prouve que trop, c'est qu'ils prétendirent que rien n'est plus précieux « qu'un troupeau de gros ou de menu bétail. » — «Et vos âmes» ? «leur demandâmes-nous. . . . Mais il fallut expliquer ce terme.
Une fois leur attention portée là-dessus, je dois dire, au reste, que leur entretien me satisfit. L'un d'eux affirma que ce que nous appelions âme y c'est ce que lesBéchuanas nomment cœur y et il avait probablement raison , bien qu'ils disent , comme nous, d'un mort^ qu't/a rendu l'esprit (moea). Un second interlocuteur dit que Tâme était quelque chose qui se trouve dans le cœur , et un troisième , enfin, avança, à son tour, que râme« c'était quelque chose de répandu dans les entrailles. * En somme, il nous parut évident que ces genslà n'étaient pas étrangers au sujet de Texislence de rame.
Dans d'autres occasions noqs avons eu des
preuves incontestables que les aborigènes connaissent aussi le mal moral, la conscience, et, jusqu'à un certain point, les peines attachées au crime par un être indéfini, qu'ils appellent vaguement du nom de Seigneur et de Maître des choses {Mongalinto). Un jour, par exemple, l'on me fit chez les Lighoyas quelques questions difficiles, telles que celle-ci : « Nos ancêtres, qui sont tous morts sans rien connaître de l'Evangile, seront-ils tous perdus ? A quoi saint Paul répond, dans l'épître aux Romains, que « tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi » À mon tour je priai
les naturels de me dire : « si les Noirs avaient une conscience ?» — « Oui, tous en ont une » , répondirent-ils. — «Et que leur dit-elle ?poursuivis-je. » — « Elle se tait quand ils font bien, et les dévore lorsqu'ils font mal. » — « Qu'appelez-vous le mal ? » — « Le vol , qui ne se commet qu'en tremblant ; le meurtre, dont on se purifié et repurifie, mais qui laisse toujours du remords.... Souiller la couche de son prochain, est aussi chose qu'on blâme, et nos parents nous
marient jeunes pour nous préserver des maoyaises convoitises, qui amorcent les hommes et ont toujours le dessus sur eux. Ceux qui maudisisent leur père ou leur mère sont maudits de tous. Lorsqu'il tonne , chacun tremble. Si on est plusieurs ensemble, Tun demande à Tautre avec inquiétude : Se trouve-t-il quelqu'un parmi nous quimange Le bien d autrui?.,. Ensuite tous crachent à terre, en disant : Nous ne mangeons point le bien d' autrui. Cependant , si la foudre éclate et tue un des nôtres, personne ne se plaint, aucun ne le pleure; au lieu de s'affliger , tous disent dans ce cas qne le Seigneur s'est réjoui^ (c'est-à-dire a bien fait) en tuant cet homme-là, et que le voleur mange des foudres, savoir des choses qui lui attirent de tels châtiments. » Sans doute on suppose que la victime était coupable de quelque crime , de larcin en particulier, dont fort peu de Béchuanas sont exempts, et que c'est pour cela que le feu du ciel est tombé sur elle. A ce compte-là , ils ne seraient pas entièrement étrangers à l'idée d'une providence vengeresse
ou rémunératrice. L'énergique expression d'un voleur qui mange des foudres est tellement commune parmi eux qu'elle y a passé en proverbe.
Le 29 au matin, nous tînmes un nouveau service pour les habitants de Tlogotlogo, à l'issue duquel nous leur offrîmes de la semence de pomme déterre, louâmes un d'entre eux pour guide et reprîmes notre route vers l'ouest. Après avoir fait environ deux lieues de chemin, nous atteignîmes un kraal lighoya , mais sans pouvoir en approcher les gens, parce qu'ils nous prenaient probablement pour des ennemis; c'est pourquoi l'on passa outre. Bientôt quatre villages abandonnés s'offrirent à nous. Les huttes y étaient en bon état; autour de deux d'entre eux les millets et les mais n'attendaient que la faucille. A la vue de ces champs à la fois si beaux et si tristes à considérer, nos guides s'écrièrent avec indignation : Le méchant Pi ! C'est ainsi qu'on appelle vulgairement PietWit-Voet. Je suppose que, vu l'approche de la moisson, où les Koranas entreprennent ordi-
nairement leurs excursions dévastatrices , les habitants des lieux que nous trouyions ainsi désolés, plutôt que de rester chez eux dans un émoi continuel, avaient changé de contrée, et peut-être erraient dans le désert, n'ayant plus ni feu ni lieu, se nourrissant de gibier.
Ces villages étaient situés sur le flanc septentrional d'une grande montagne appelée Mopororo (cataracte). On y trouve de bonnes eaux, de gras pâturages et une petite forêt de mimosas , dont l'aspect parait charmant au sortir des plaines du Séghoya, où l'œil a peine à découvrir quelques rares buissons. Le site du mont Mopororo nous semble un des plus favorables à la fondation d'un établissement missionnaire, et il parait que c'est celui-là même qu'avait en vue Makuana, lorsqu'il nous parlait de se transporter au Kei-cop, qui se trouve effectivement près de là.
Cette rivière, dans l'endroit où nous la traversâmes a cinq à six toises de large et se montre plus fourrée qu'aucune autre que nous ayons vue en deçà de l'Orange. Les saules, en
particulier , y abondent, ainsi que les oliviers sauvages et Tépine-noire. Du reste ce quartierlà est beaucoup fréquenté par les fermiers am« bulants du Cap , qui, en trouvant les herbages excellents, mais désertés, par suite de la peur que les Koranas inspirent aux naturels du pays, y ont librement établi leurs campements et même bâti plusieurs parcs en pierre pour leurs troupeaux.
Dans le Keî-oop vivent diverses espèces de poissons, dont le plus gros est le barbeau, généralement bien connu dans les fleuves de la côte occidentale du sud deTÀfrique, mais, au contraire, étranger dans ceux de la côte orientale, où, par parenthèse, on prétend qnelesangaiiles sont très-communes, tandis qu*on n'en verrait pasuneseulesur lacôteopposée.Ges faits paraissent étranges et mériteraient d'être bien constatés par les voyageurs, à Tattention desquels je les livre comme des ouï-dine , afin qu'ils les vérifient davantage.
En elles-mêmes , nos traites des 30 avril, l^^" et 2 mai , n'offrent rien de remarquable. Après
le passage de laTikoué, quittant la direction do couchant pour suivre une ligne australe, nous arrivâmes sur une branche considérable du Kei-cop , appelée Tikouàné, dont les premières sources naissent à Mokuatling ou Mékuatling (les Marnes) , situé à l'ouest de Bouchap. La contrée de ce côlé-là est montagneuse et bien peuplée de Lighoyas, de Matébéles et de Bassoutos (t). Mais, à l'occident, elle se montre découverte ; et presque uniquement habitée par les gnous, les couaggas et les gazelles, qui y fourmillent, comme nous pûmes le voir de nos propres yeux. Les plaines où paissaient en si grand nombre ces divers animaux sont coupées par de petits lacs d'eau douce, couverts de roseaux de marais et de joncs. Les punaises, inconnues plus haut, dans les eaux des Maloutis, où il fait moins chaud, infectent ces lacs et les eaux dormantes du bassin du Modder. Enfin, je ferai encore remarquer que , dans le haut et le bas pays, les sangsues sont très-communes. En deçà delà Tikouané, nous trouvâmes Mo-
(i) Voy. ma lettre au comUé, da 20 fôrrier 1837.
khasi et Pouehané, deux petits kraais occupés par desBushmen très-pauvres et très-sauvages. Plus loin, arrivés à Ralitabane, nous vîmes encore quelques nouvelles familles appartenant à cette malheureuse tribu. Exiles se trouvaient établies sur le penchant d'une haute montagne, au milieu d'une centaine de Lighoyas. Khorooatsané, le chef de cet endroit, nous raconta comment Piet Wit-Voet l'avait forcé, l'année auparavant , à émigrer de chez Makuana ici ; à quoi cet homme, en apparence bénin, ajouta « qu'il ne lui restait plus un seul enfant , non plus qu'à ses sujets, » ce que nous ne voulions pas d'abord croire ; mais , en y regardant de près, nous ne trouvâmes, en effet, dans tout le village, que des nourrissons. Les enfants de quatre à douze ans y manquaient entièrement; et les sauvages nous assurèrent « qu'ils leur avaient été ravis, à main armée, par les Koranas. » Ces pauvres gens étaient inconsolables. Quelques-uns se plaignaient qu'ayant reconnu leurs enfants chez des fermiers qui passaient dans la plaine, ils étaient allés en hâte supplier
068 blancs de lëtor rendre ce qu'ils avaient de plus cher an ikionde , mais qùMls lâir avaient durement répondu : < Retirez-vous d'ici, mauvais Caffres ; ces enfants-là sont nôtres ; nous les avons achetés des Koranas, et ne voulons connaître qu'eux. » Les faits de ce genre de traite sont extrêmement communs parmi les Lighoyas. Nouveau sujet de honte pouk* les affreux partisans du plus inhumain des trafics : comme si l'homme n'était pas la propriélé de Dieu seulement !
Il m'est encore fort pénible de dire que les Bushmende Ralitabane, et tout autant que j'en ai connu en deçà de l'Orange, depuis Philippolis jusqu'aux Maloutis^ ont peHta une bonne partie de leurs enfants de la manière déjà mentionnée. Ces matfaeureutes gens vivent en petits groupes isolés et n'habitent gttète que datas les baissons et dans lés caVernes, pour plui de sArelé. Mais dès que les paysans hollandais les y découvrent, ils couï^ënt droit à eAx, ftmt fêta sur le kraal, enlèvent lesenfaAts, et lés grands aulssl lorsqu'ils peuvent^ lesquels flà attachent
quelquefois à la queue du cbeval par un barbare raffinement de cruauté. Si par malheur les captifs opposent delà résistance ou prennent la fuite , on les fusille* Toujours reste-t-il un butin sûr (1), et le plus estimé dans leis enfants. Cette habitude de déprédation des colons er-* rants ou chausseurs est si commuQe que le cri d'alarme et le signal de la fuite chez les Buçhmen est le suivant i Tountsi a séa^ a nga à Kounté ! — Le blanc arrive ; U vient rn^vir nos enfants l Tountsi, employé pour dire vn blanc^ signifie proprement un tireur. C'est l'onomatopée du coup de fusil, tountsi. Dans le langage ordinaire, les blancs sont appeléi; f[fi6. A Ralitabane, la récolte des millets avait été niauvaise et les troupeaux ravis par des Koranas, ce qui, joint aux autres malheurs, plpA-r
(i) Çda n*eiDp6che pas de dire que les petits BaalineD, quand ils peii- ▼eDt s'échapper dandestinement de chei leurs maîtres» ne le fassent, pour ■«KNinier à la naîson. Demièremeot j'en ai va deux, âgés de sept à kilt ans au plus, qui ont ainsi fai^ le long et dangereux trajet de Natal i f ammerberg, où Tivent leurs parents. Ces enfants, en route, se nourrissaient de racines, et donnaient ^s les buisspps ou spiis les roo» Un jour, ils eurent la bonne aubaine de trouver un gnou qui avait été tué par les lions ; ilaen prirent quelqatt parties teodres, lelles que le poamoo, et les mangèrent çruesi laute de savoir pu d^oaer faire du feu.
geait les habitants dans une affreuse misère. 11 nous eût été doux de pouvoir les secourir dans leur pauvreté, mais nous n'avions qu'un peu de froment à leur offrir et un reste de pommes de terre, qui, Ton aime à Tespérer, se nationaliseront bientôt dans ce pays, pour le bien des peuples qui l'habitent. Nous donnâmes, en outre, des consolations, et promîmes aux naturels de meilleurs jours que ceux d'alors , s'ils voulaient s'appliquer à l'amour de Dieu et de ses commandements, suivant cette promesse évangéliquequi leur fut expliquée : « Cherchez premièrement le royaume des cieux et sa justice, et toutes les autres choses vous seront données par-dessus. »
De là, poursuivant notre route, nous parvînmes à Koba , un nouveau village de Lighoyas émigrants , qui étaient venus, à l'exemple de leurs frères de Ralitabane, chercher un asile dans le district missionnaire deThaba-Ounchou. Il s'élevait au haut d'une grande montagne, destinée à lui servir de rempart , et au pied de laquelle coule , de l'est à l'ouest, un ruisseau tri-
butaîre duModder. La caravane le franchit aisément, accéléra sa marche, et atteignit bientôt après la station wesleyenne de Thaba*Ounchou. Ici , le révérend M. Ârchbell nous accueillit comme des amis, et, en quelque sorte, ses compagnons d*œuvre, ce qui nous rendit sa communion et tous les bons égards qu'il eut pour nous aussi doux que précieux. — L'importante institution que dirige en ce moment ce fidèle serviteur de Christ est assez bien connue pour nous dispenser d'en parler au long. Un millier de huttes en roseaux de marais, et protégées sur le devant d'une palissade chacune, la composent. Elles sont éparses sur deux vastes collines parallèles, que sépare l'une de l'autre un filet d'eau. En face de la ville, vers le haut, s'élèvent l'église et le presbytère, ainsi que deux autres petits bâtiments qui contiennent, l'un une presse , l'autre la forge de la mission. L'endroit est surtout peuplé de Barolong venus en 1834 du nord-ouest et soumis à un jeune chef d'un naturel débonnaire nommé Moroko. Quelques Baharoutsis s'y trouvent également. Geuxr
là obéissent à un vieux morèna ruiné par Mo* solékatsi, dans le voisinage duquel il vivait an* trefois> et qui fait peur à voir, tant il a Tair cruel. Peut-être n*est^ce pas à tort qu'on l'appelle Taoana ou Petit-Lion.
Dans la ville du premier chef, la seule que nous visitâmes» se trouvait un vieillard aveugle depuis quelques années, qui attribue superstitieusement sa cécité aux prétendus sortilèges de ses ennemis et refuse d'être détrompé à cet égard. Nous vtmes beaucoup de gens oisiSs^ et d'autres occupés à préparer ou à coudre des fourrures, avec lesquelles ils se procurent chez les Bassoutos du bétail et du blé indigène. Ces pelleteries sont trè»-proprement manufacturées et même estimées dans la colonie du Cap, où une seule fourrure de panthère ou de chat sauvage de moyenne grandeur ne se vend pas moins de trente à quarante dollars hollandais. Les plus communes sont faites de robes de bêtes fauves et de bêtes rousses, particulièrement de chacals, dont les espèces abondent chez les Ligboyas et plus haut, tirant vers la Molapo,
comme en général dans toutes ces contrées. Ce sont des animaux carnassiers de la nature des renards, auxquels ils ressemblent pour les mœurs et la figure. Les agiles et gais Teneurs barolong et batlapi vont avec leurs meutes de maigres et petits chiens les prendre dans les déserts^ à beaucoup de frais de fatigue et de peine, mais tout en fredonnant ce couplet favori :
Poukouyoné !....
OuDkétèlé, oankétèlé ;
Kl gou ététsé, ki goa étéisé,
Kalinao.
Holi! chacal!.,..
Reods-moi yisite, reods-moi visite ;
J^ t'ai rendu y{8ite (Uf )
Avec mes pleda.
Dès qu'ils en découvrent un, ils courent à sa poursuite, armés d'un léger javelot qu'ils ne manient pas sans adresse, et s'animent^ eux et leur meute, par la récitation bruyante de ces autres paroles :
« Vole, petit trotteur... là-bas ! dans la ri^ vière, au terrier, fils d'un père au pelage qui vaut une génisse de deux printemps. »
Au lieu de deux printemps^ rorigioal porte deux labeurs. Un labour, pour dire une année est une expression commune parmi les Béchuanas. Ils ne donnent pas, que je sache, d'autre nom à l'été, ce qui révèle clairement que leurs mœurs doivent de tout temps avoir été aussi agricoles que pastorales. Néanmoins, la tribu de Moroko s'adonne très-peu à l'agriculture, sauf la petite provision de millet, de maïs et de citrouilles que font venir les femmes. Les jeunes gens mènent paitre les troupeaux de leurs pères aux environs de la ville, dans laquelle ils rentrent tous les deux à trois jours avec des outres pleines de laitage, qu'ils font porter à des bœufs de charge, appelés tipétéssa. Ces sortes de transports s'opèrent toujours sans le secours des femmes ; mais en retour, c'est sur elles seules que repose le soin d'approvisionner les bergers de pain et de bière, faits de la farine de millet, qu'elles leur apportent dans des pots de terre et des corbeilles, sur la tête, sans jamais se servir d'une béte de somme dans aucune des nombreuses corvées qui sont de leur ressort.
Pour le caractère, la religion et les usages, les Barolongs ressemblent aux autres Bécbuanas. Chose curieuse, il s'est conservé parmi eux un apologue de Confucius, qu'ils content de la manière suivante, en y mêlant Tintérét des déprédations, telles qu'elles se commettent dans ces contrées.
V Aveugle et le Paralytique
« On ditqu'une bande d'hommes noirs, allant en maraïide, se glissèrent dans une réunion de pasteurs, sans bruit, sans attirail, rampant sur leur ventre , ainsi que des serpents pleins de ruse, et, comme ces vils reptiles, chacun d'eux armé d'un dard extrêmement fatal {la sagaie).
La lune, encore petite, s'était couchée depuis longtemps, et la quatrième veille de la nuit approchait, plus obscure que jamais, et non moins funeste aux bergers qu'à son ordinaire (1). Maints pâtres, surpris dans leur trop paisible sommeil, furent inhumainement égorgés; les autres, un peu plus fortunés, réussirent à fuir,
(1) Les attaques se font ordioairemeot pendanl le premier quartier de la luue, à trois ou quatre heures du malio.
QOtrainaDt après eux leurs épouses et leurs enfants. Des mains rapaces pillèrent les cabanes, lesinoendièrent, ravirent les troupeaux à leurs bergeries et à leurs parcs accoutumés, pour les conduire en d'affreux repaires. Le retour des brigands, d*après leur coutume, dut avoir lieu au trot de course, et être marqué par mille jactances.
«Au matin, lorsque Tceil du jour (I) vint éclairer la scène, il s'y trouva deux infortunés, Tun privé de la vue, l'autre privé de jambes. Celui*<i, en apercevant un compagnon de malheur^ lui dit : Toi aussi tu as été laissé? Il lui répondit ; Oui, Ton ma laissé ici sans ressource; et toi doncj qui es-tu? — Un homme perclus, sans ressource. L'aveugle reprit : Je songeais en moi-même que, si j'eusse eu des yeux, j'aurais suivi la troupe de ceux qui se sont déroba au péril en fuyant. Pour moi, j'ai bien des yeux pour voir où ils ont passé, repartit son cama-
(1) Les iosohiires de HadagaBcar appellent ainsi le soleil (moto andro). C*eil une eipiCMloD aussi simple que poétique, dont je me pennels de faire usage ici.
rade, mai^ je ne puis me nkottVoir. Cottktiie tu es aTeo^le, mais que tu as des pieds, si Je te servais d'yeux et que tu me chargeasses suï* tes épaules, est-ce que cela ne vaudrait pas un homme parfait 7 La proposition étant bonne, elle fut acceptée. Les voilà donc qui partent ensemble, se confiant Tun dans Tautre. Bientôt une rivière s'offre sur leurs pas ; l'impotent dit à son camarade : Le gué est là, passons là. Plus loin, il dit encore t Voilà un précipice, déloornons*nous. Plus loin encore il découvre une source d'eau fraîche, et les deul s'y arrêtent potar boire et se reposel* un instant^ après quoi ils se remirent en marché.
« Chemin faisant, ils arrivèrent dans un en- <lroit où se trouvait une gai^le expirante, soit qu'elle eût été atteinte par les ehassetirS de quelque trait JRatal, ou que les dieut Secourablôs {^eussent amenée là par atnoulr des deux voyageurs. L'homme perclus, en là vùyant, ait à son camarade : Là est une bète morte ; pose-môi à tër^e, il nous la faut dépottilléf . Aussitôt il fut misa telre, et il demanda à son ami un cou-
teau qu'il possédait, afin d^ouvrir cette gazelle. Mais Taveugle lui demanda d*abord : Quand tu l'auras écorchée, à qui sera*t-elle, qui est son maître ?... — Moi, répond le paralytique; est-ce qu'elle ne m'appartient pas de plein droit, puis* que je l'ai vue 7 L'aveugle repart à son tour : Mais n'est-ce pas bien moi qui t'ai porté 7 dis donc ! Ils contestent un moment ensemble. A la fin, l'aveugle demande: Où est- elle ?L'bomme impotent répond, un peu fâché: Va vite, écorche-la, car je ne la vois plus ; elle s'est cachée à ma vue. Après avoir ainsi ricané, ils se mirent pourtant à l'ouvrir ensemble, disant : Puisque nous ne faisons qu'un seul corps, nous sommes autant l'un que l'autre. L'animal leur servit de provision de voyage, et petit à petit ils arrivèrent là où s'étaient arrêtés les leurs. Rien n'est plus beau que de s'aider mutuellement. »
Cette jolie fable , comme il a été observé dès le début, n'est pas nouvelle. Chacun peut la lire en aimables vers dans Florian. Mais si le fond n'en appartient point aux Béchuanas, pour la forme, les incidents, elleest bien à eux.
D'ailleurs ils en possèdeni aussi quelques-unes de leur crû, comme celle-ci, qui est fort courte, et d'autant plus utile parmi eux qu'ils connaissent toujours mieux le bien qu'ils ne le pratiquent. 11 s'agit d'une hyène, généralement appelée loup dans ce pays, parce peut-être qu'elle en a tout à fait les mœurs ; ainsi ce n'est pas mal qu'elle serve de type aux voleurs. Mais un voleur , quelque fin qu'il soit, peut tomber tôt ou tard chez quelqu'un de plus éveillé que lui ; et sous ce rapport-là, non plus, il n'est pas mauvais qu'on adresse mon loup à un Bushman ou Moroa. Voici l'histoire :