‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 3 sur 47 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

BlaMissemenl missiooiiaire de Platberg* ^ Nom. — Description de la statioD. — État moral et religieux* — Courte notice sur la race des Bastaards. — Ori{pne et histoire. — Portrait. ^Caractère. — Moeurs et coutumes. -^ Parallèle des Béchnanas et des Bastaards. — Environs de Platberg. — lla86ité.-* Botanique médicale. — Le Babouin ou grand Papion. — Traditions.

Le nom de Platberg (montagne plate) s'api iquait dans l'origine à un lieu aride et découvert , entre le 28® degré de latitude sud et le 24® de longitude est, en deçà de la rivière Fal, où les missionnaires wesleyens se sont vainement efforcés pendant une douzaine d'années d'élever au rang de chrétiens fidèles et industrieux une faible population d'Africains.

Là , ce nom était en harmonie avec la localité qu*il désignait. Depuis lors, vers la Gn de 1833, les habitants de Fancienne Platberg ont émigré dans un pays plus fertile, et ont donné à l'endroit où ils se sont fixés le nom de leur ancienne station. La nouvelle Platberg, qui a déjà été décrite sous le nom de montagne des eaux^ dans \e Journal des missions évangé^ tiques (jamnée 1834, page 50), ne ressemble à rien moins qu'à une montagne plate. Que Ton se représente au contraire une longue colline ayant son inclinaison vers le sud -ouest et terminée à l'orient par la chaîne du Waterberg. C'est sur le front de cette colline que s'élèvent l'église et le presbytère. En face de ces deux bâtiments principaux est le petit village consistant en une large rue , composée de vingtcinq à trente maisons. Â côté sont de nombreux jardins potagers qu'arrose une jolie fontaine , et que borde un chaînon de montagnes, immense banc de rochers dont la crête régulièrement dentelée domine la plaine voisine. Au sud et à l'ouest l'horizon s'étend à une distance de

six ou sept lieues; aux deux points opposés , il est rétréci par les monts dont nous venons de parler, et dont l'aspect ne dédommage certainement pas de celui des montagnes blanches qu'ils dérobent à la vue.

La nouvelle Platberg compte environ deux cents habitants^ qui, grâce à la discipline active et sévère à laquelle les ont soumis les missionnaires vvesleyens, grâce surtout au zèle et à l'énergie de leur conducteur spirituel, ontfait dans la vie chrétienne de sensibles progrès, et présentent sous le rapport religieux un spectacle plus satisfaisant que beaucoup de villages en France. Le jour du repos y est généralement bien observé, les réunions de prières assidûment suivies, tant celles du dimanche que celles de la semaine. L'auditoire est d'ordinaire nombreux, attentif, et recueilli. Plus d'une fois nous avons été surpris et édifiés en entendant les membres les plus avancés de l'Église nous parler de leurs sentiments spirituels avec cette ingénuité qui caractérise si bien la foi des païefis convertis : « Je suis un lourdaud, je ne com-

<c prends pas grand*chose aux vérités saintes ) «je n'ai qu'un petit amour pour le Seigneur « Jésus-Cbrist. » Telle est la manière simple et originale dont ils s'exprimentsouvent entre eux comme avec les étrangers.

Les écoles , sans être organisées sur un plan très régulier , ne présentent pas moins des résultats satisfaisants. On y suit tant bien que mal le système de l'enseignement mutuel. Dans la classe, comme dans quelques n^aisons particulières, les plus avancés instruisent les plus faibles. Plusieurs lisent couramment et commencent à écrire. Ils ont aussi appris par cœur beaucoup de portions cboisies de nos livres saints.

Les habitants de Platberg sont des Bastaards, mot que nous ne pouvons écrire sans éprouver un sentiment pénible. Il accuse la corruption de la nature humaine, et nous rappelle que partout où les Européens ont porté leur industrie et leur civilisation , ils y ont aussi porté leurs vices. L'Afrique méridionale a ses Bastaards, comme l'Amérique du sud a ses Métis. Dans tous

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les pays colonisés par les Européens se retrouve une race mixte, témoignage vivant de la honte et du libertinage de ses pères. Mais laissons ces douloureuses réflexions, et faisons connaître k nos lecteurs des hommes dont ils ont souvent entendu prononcer le nom , mais sur lesquels ils n'ont sans doute que des notions incomplètes.

LesBastaards sont nés du commerce des Hollandais avec les Hottentotes: un très petit nombre sont le fruit d'une union légitime, quoiqu'avant 1804 la législation de la colonie du cap de Bonne-Espérance ne défendit point les mariages entre les étrangers et les naturels du pays , et quoique la loi qui les prohibe ait été , si nous ne nous trompons , depuis lors abolie. C'est donc dans le sens le plus ordinaire de ce mot qu'il faut prendre le nom de Bastaards.

Lorsque ces enfants infortunés des planteurs se sont assez multipliés pour inspirer de la crainte à la race blanche , celle-ci les a refoulés dans l'intérieur des terres. La plupart ont traversé le iBeuve Orange, et se sont fixés dans les

environsde Philippolis dont ils forment presque toute la population. De là, se répandant au nord et à l'est, ils sont parvenus jusqu'à Platberg. Cette contrée en compte plusieurs milliers. Ils s'appellent entre eux Binnelanders , habitants rfe l'intérieur. Ils ont conservé Tusage de la langue hollandaise, tout en nourrissant dans leurs cœurs une haine in vélérée contre les colons.

Le Bastaard est d'une taille moyenne et peu déliée ; il a le teint basané , les cheveux moins crépus que la race nègre, le nez écrasé, les joues creuses, les pommettes saillantes, les yeux petits et enfoncés, le front plat, caractères distinctifs de la race hottentote. 11 n'a point de barbe; un peu de poil seulement croit au-dessus de sa lèvre supérieure, rarement aux joues ou au menton.

Sous le rapport moral, il a hérité du flegme et du sang -froid du colon hollandais, et de la paresse du Hotlentot. La colère seule peut le faire sortir de sa lenleur habituelle. Lorsque cette passion l'anime, il est véritablement Hot-

tenlot, c'est-à-dîre traître, méchant, emporté; il se livre sans retenue à sa fureur et à son désir de vengeance.

Ses habitudes sont en général douces et paisibles. Ses occupations ordinaires sont l'éduca* tion du hélail , la culture d'un étroit champ de blé, ou d'un petit jardin potager qui exige peu de soins, et qui rapporte peu de chose. Souvent à la chasse, souvent en visite chez ses amis, exempt d'avidité et d'ambition, il se met peu en peine d'acquérir des richesses ou de laisser une dot à ses enfants. Il a d'ailleurs peu de besoins, etne demandequ'à vivre, lui et les siens. Pourvu qu'il ait quelquefois une antilope pour le répas de sa nombreuse et indigente famille, du lait, quelques épis de blé d'Inde rôtis au feu ou cuits à l'eau , un mouton à tuer de temps en temps, un bœuf à échanger contre du thé, du tabac ou contre une mauvaise pièce d'indienne, avec ces marchands ambulants, qui , partis du cœur de la colonie, viennent le visiter de loin en loin , tous ses désirs sont comblés, toute son ambition est satisfaite : il se trouve bien, et n'a pas

assez d'énergie pour chercher à être mieux. Dans ses moments de loisir, et ces moments sont nombreux, il se plaît à venir s'asseoir languissamment dans la maison de son missionnaire , souvent sans motifs qui l'y amènent , quelquefois par un motif intéressé. 11 est rare y s'il a des sentiments pieux , qu'il ne se pkaigne pas àson conducteur spirituel de quelque malaise d'àme : « Oh I que ma paix est sèche ! que mon cœur est froid ! » ou bien encore il Tentretient de prêts , de dettes , le plus ordinairement de chevaux ou de bœufs. Et si dans ce moment la cloche appelle les fidèles à Téglise , le Bastaard s'y rend volontiers; car tous professent du respect pour la religion, tous la connaissent plus ou moins bien; quelques-uns, et c'est malheureusement le plus petit nombre, l'aiment et la pratiquent. Cette nonchalance habituelle, qui ne les quitte point, se retrouve tout naturellement dans leur piété dont elle retarde le développement et dont elle paralyse les effets. Si telle est la disposition morale de ceux des Binnelanders qui habitent dans des stations missionnaires ,

que peut-on attendre de ceux qui vivent loin de cette salutaire influence, dans des fermes ou dans des demeures isolées? Ignorants et grossiers, éloignés de tout contact social, et ne soumettant leur conduite qu'aux lois de leur raison ou de leur caprice, ils s<mt aussi despotes et aussi corrompus que les fermiers hollandais de la colonie. Ils sont gouvernés par des chefs qui n'obtiennent d'eux qu'une soumission extrêmement limitée , et par des lois auxquelles n'obéissent ni ceux qu'elles doivent régir ni ceux qui sont chargés de les faire exécuter.

Ceux qui jouissent de quelque aisance et qui se piquent de civilisation s'habillent à l'européenne; lespltts pauvres portent encore le kross^ sorte de manteau fait de peaux de mouton on de chacal cousues ensemble. La construction de leurs habitations offre les mêmes disparates. Les uns se construisent de petites maisons en brique crue ou en ciment, simples, assez saines, mais peu commodes; les autres se contentent de l'ancienne hutte de nattes, étroite, basse et enfumée , où les hommes et les ustensiles de mé-

nage sont entassés péle-méle dans la plus clégoûtante confusion.

Parvenus à une demi-civilisalion , les Bastaards sont maintenant stationna ires , ou du moins leurs progrès dans la culture et dans les arts industriels sont si lents qu'ils sont presque imperceptibles : et nous ne serions point étonnés que les Béchuanas, qui aujourd'hui sont encore loin derrière eux, vinssent à les dépasser dans l'espace d'un demi- siècle. Les Béchuanasonl sur eux des avantages précieux qui promettent beaucoup pour l'avenir. Ils sont plus énergiques, plus résolus, plus entreprenants et plus persévérants. Il y a telle tribu béchuanase qui cultive mieux la terre que les Bastaards , telle autre chez laquelle l'industrie a fait plus de progrès.

La femme béchuanase fait honte par sa diligence à la femme du Bastaard ; celle-ci indolente à l'excès , celle-là active et laborieuse. La première fait pour ainsi dire seule tout le travail de la maison, soigne ses enfants, conduit son ménage, cultive la terre. La seconde se ro-

pose de tous ces soins sur ses serviteurs bush* men, placés dans un état mitoyen entre l'esclavage et la domesticité ; elle ne quitte point sa maison et à peine sa vaste chaise , où la retient son énorme corpulence. Cette profonde inutilité dans laquelle elle consume ses jours ne l'empêche pas de professer un souverain mépris pour la femme du Mochouana. Quoique nous ne la soupçonnions pas d'avoir jamais lu Montesquieu , elle ne semble pas moins avoir pris pour devise cette remarque des lettres persanes « C'est sur des chaises que la noblesse s'acquiert. »

Nous avons déjà dit que la station de Platberg est bâtie sur la pente occidentale de la montagne des eaux; Massité se trouve sur la pente opposée, à une demi-lieue de distance. En considérant les nombreux avantages dont jouit cette localité, nous nous étonnions que les missionnaires de Platberg ne l'eussent pas choisie pour l'emplacement de leur station; peut-être ont-ils craint de trop mêler les étrangers (les Bastaards) avec les indigènes; on ne compte

pas en effet à Massité moÎM de sept villages bassoutos. Us couvrent toute la partie orientale du Waterberg, petit chatnon allongé, formant un plateau irrégulier qui court du nord au sud, et couvert d'une bonne berbe et de quelques buissons. Comme tous les^ieuiL entourés de montagnes ont ordinairement plusieurs noms, Hassité est plus communément appelé Marissa (Pacages), dénomination qui lui convient mieux que la première. C'est de cette dénomination que nous nous servirons préférablement à Taulre, afin d'éviter quece lieu ne soit confondu avec le mont Massité, situé vis-à-vis de Morija.

Marissa a toujours attiré l'attention des frères de Morija : lors de la fondation de leur établissement, ils ont hésité lt>nglemps entre ces deux emplacements^ et si plus tard , comme il en est question, les habitants de Platberg évacuent ce village , la Société des Missions de Paris pourrait établira Marissa une station bassoutose. Le lieu serait on ne peut plus convenablement choisi .

Plusieurs des habitants de Marissa ont re-

connu le frère Arbousset , et lui ont témoigné toute la joie qu'ils éprouTaient à le revoir. Celui-ci s'est senti pressé de leur annoncer TËvan* gile. Ils l'ont écouté avec une attention mêlée d'étonnement, et après qu'il eut fini son discours Tun d'eux s'écria : i Jehovah est bien grand; « mais fait-il la pluie? > Ces pauvres gens sont encore étrangers aux premières vérités de la religion ; les missionnaires wesleyens les ont rarement visités jusqu'à présent ; mais ils sont loin de méconnaître aucune partie de leur tâche , et la multiplicité de leurs devoirs dans l'intérieur de la station les a seule empêchés jusqu'à ce jour de se répandre au dehors.

Avant de quitter Harissa , nous sommes allés visiter la petite cascade qui se trouve dans le voisinage. Un ruisseau qui murmure en tombant sur quelques rochers éboulés, quelques arbres à côté, le vieux tronc d'un olivier sauvage, étaient plus qu'il n'en fallait pour absorber quelques instants notre attention dans un pays où tous les objets frappent les sens, parcequ'ils sont nouveaux et inconnus.

Nous avons retrouvé aux bords de cette cascade le capillaire ïto\r {asplenium adianthum m</rtim) auquel les naturels ont donné le même nom que nos botanistes : ils l'appellent moriri-ou-leUapa^ cheveu du rocher. Cette plante, rare dans ces contrées , est fort recherchée des naturels : ilsen aiment l'odeur aromatique qu'ils aspirent à la fois par le nez et par la bouche en réduisant les feuilles en fumée. Les cendres du capillaire mêlées avec la graisse de mouton sont appliquées sur les parties souffrantes comme un astringent ou un tonique. Celles de la racine prises dans un verre d'eau chaude agissent, quoique faiblement, sur le placenta. Nous avons vu aussi au même endroit une variété du capillaire de Montpellier ( adianthum capillus Veneris) relie a tousies caractères distinctifs do celui-ci , si ce n'est qu'elle est divisée en folioles digitées au lieu de l'être en folioles cunéiformes. Doué de la même propriété médicale que le précédeni, il a reçu des naturels le nom dema-o-rU" metsu {mater expulsans). Les naturels n'emploient dans ce ras que la racine bouillie, dont

on exprime le suc. Le capillaire est très commun dans le pays des Bassoutos. Il croit dans les lieux humides, au bord des fontaines, à l'ombre et dans les fentes des rochers.

Les natifs ajoutent au mot de ma-^o^rumetsu Fadjectif amamama/ie (petit) pour distinguer cette plante de celle qu'ils appellent ma-^rumetsu amagolu, ou la grande nia-o-rumetsu. Celle-ci est notre fougère mâle, dont elle ne diffère aucunement. Les Bassoutos lui attribuent une haute vertu apéritive, comme le faisaient autrefois nos médecins ; ils n'emploient que la racine.

En partantde Marissa, nous entrâmes dans la route que suivirent les premiers missionnaires chez les Bassoutos.

Après avoir marché pendant deux heures, livrés tout entiers à nos anciens souvenirs, nous nous sommes arrêtés quelques minutes devant un mont en dôme, peuplé de babouins. Ce mammifère est commun au sud de l'Afrique, surtout dans la colonie^ où il a donné son nom à uni; rivière, la Bavians*rivier , dans le district de

Sommersel. Les Bassoulos ne connaissent que cette seule espèce de singes. Ils rappellent tsuène^ du nom d'une certaine bulbe dont il se nourrit. La largeur de son angle facial, la forme allongée de son museau , les callosités de ses fesses , accident que les natifs attribuent à sa manière de se tenir assis comme un bomme sur les rochers, ses abajoues, la force de ses dents canines, sa taille haute de quatre pieds, sont autant de caractères qui lui sont communs avec le babouin ; la longueur seule de sa queue le rapprocherait du genre des guenons.

Mais son naturel méchant et lascif est bien celui du babouin, tel que Tout décrit Buffon, et Sparmann dans son Voyage au cap de Bonne- Espérance. Nous nous bornerons à consigner ici dans toute leur naïveté quelques observations que nous tenons des Bassoutos, laissant à nos lecteurs le soin de faire la part de la crédulité , de l'ignorance ou de l'exagération. « Le tsuène, dis6nt*ils, méchant animal ! il ne laboure point; il ne sait que gravir pesamment la montagne en poussant des cris trompeurs. Lorsque vous

êtes dans les champs à garder votre moisson pendant la nuit, il arrive, il fait le dégât autour de vous , et non content de tout le blé qu^il vous a mangé, il en prend un épi, Tallume au feu et vous le met sur la figure. L'homme s'éveille : Ki'ng (qu'est-ce que c'est) ? La mauvaise bête lui rit au nez et s'enfuit. Le tsuène lorsqu'il est seul marche quelquefois droit comme l'orang-^ou^ tang : il porte alors un bâton à la main ; s'il aperçoit quelqu'un , il jette son bâton et fuit à quatre pattes. Quelquefois aussi il s'en sert comme d'une arme défensive ; mais sa principale force est dans les dents. Il se bat^ mais rarement, avec l'homme et reste parfois vainqueur; il peut se défendre contre trois bons chiens, et l'emporte sur la hyène en combat singulier. Seul, il ne peut lutter contre le tigre; mais s'ils sont plusieurs, ils commencent à pousser des cris plaintifs comme pour demander grâce, mais bientôt ils se rassemblent autour de l'ennemi commun, crient pour l'effrayer, s'excitent au combat, fondent sur lui et le déchirent. A chaque coup de dent ils lui

font une blessure de près d*un pouce de profondeur , et lui enlèvent un morceau de chair rond el aussi nettement coupé qu'avec un emporte-pièce.

«Il se nourrit de racines, de baies, de lézards, de scorpions; lorsqu'un petit babouin a déterré quelque racine à l'aide d'un h. '>n , quelquefois un plus fort vient la lui arracher. S'il a déjà avalé la racine, son concurrent la lui fait rendre en le suspendant par les pieds de derrière et en le secouant fortement. La (<^ lelle châtie ses petits, et dans la fuite elle les emporte sur son dos. »

c ÎApitre III

Arrif ée à Bouchap. — Der iplioD de Boochap, — Etat religieux dct habitants. — Esquisse de • ^ribu des Griquois. — Leur caractère. — Degré 4^ cifilisaj^n. ^ iicnr gouTememeot. — Leur dief. — Lettre d*un missionnaire sur l'origine et l'histoire des Griquois.

Le premier village que nous avons trouvé sur notre route est celui de Bouchap, situé à cinq lieues au nord de Platberg. L'emplacement de Bouchap est spacieux , le terrain fertile , les pâturages bons; mais, comme Teau y manque , la population est très peu nombreuse; elle se compose au plus d'unecinquantaine d'habitants. Les missionnaires wesleyens avaient espéré y

rassembler tous les Griquoisde l'aDcienne Bouchap; mais le chef de ceux-ci , Bérend , est depuis deux ans dans le pays des Namaquois , errant dans le désert , uniquement occupé de la chasse ou du soin de ses troupeaux. Parmi les tribus nomades , les missionnaires doivent naturellement s'attendre à de semblables épreuves : les migrations continuelles de ces peuples opposent un obstacle presque insurmontable à leur évangélisation , et le serviteur de Christ appelé à exercer son ministère au milieu d'eux a besoin d'un esprit de loi , de courage et de persévérance. Témoin l'infatigable M. Schmelen qui, depuis une trentaine d'années qu'il travaille à la conversion d'une tribu namaquoise, n'est point encore parvenu à la fixer. Il la suit dans ses migrations, plantant sa tente dans le désert, et la repliant au signal du départ.

L'aspect de Bouchap est triste et désolé : nulle trace de culture, nul bruit, à peine une appa rence de vie -, quelques huttes de nattes au milieu des rochers, quelques figures noirâtres rodant autour de ces misérables habitations; un

peu plus loin, et dans un endroit retiré, une petite masure bâtie à l'européenne , donc le dé* labrement annonce qu'elle est depuis longtemps abandonnée de ses habitants. A l'exception d'une chambre où sont déposés quelques effets, toutes les autres sont vides et servent de retraite à l'hirondelle et à la chauve-souris. La vue de cette solitude et de cette désolation nous a serré lecœur; nous avons prié pour notre cher frère, le missionnaire wesleyen Edwards, qui a construit cette habitation , et nous nous sommes demandé si nous étions préparés à subir une semblable épreuve, le jour où il plairait au Seigneur de nous la dispenser.

Malgré l'isolement dans lequel vivent les habitants de Boucbap, ils ne sont ni sans religion ni sans moyens d'édification. Ils ont quelque connaissance des vérités du christianisme, et quelques-uns d'entre eux les ont reçues à salut. Ils ont longtemps vécu avec des missionnaires à l'ancienne Boucbap; ils recevaient avec empressement les moyens de grâce qui leur étaient dispensés, et réjouissaient leur pasteur par la sin-

cérité de leur foi et par la régularité de leur conduite. Ils sont aujourd'hui délaissés et comme perdus dans le désert , mais non pas complète^ ment. Les frères de Platberg viennent de temps en temps annoncer TËvangile à Bouchap qu'ils regardent comme une dépendance de leur sta< tion, et, Dieu soit béni , leurs exhortations sont goûtées. L'auditoire est peu nombreux, mais il est attentif et recueilli. C'est ce qui nous a sur* tout frappé dans une prédication que nous avons eu le bonheur d'y donner nous-méme.

Avant de quitter Bouchap , nous offrirons à nos lecteurs une courte esquisse de la tribu des Griquois, qui ne diffère qu'en quelques points de celle des Bastaards. Elle était autrefois connue sous cette dernière dénomination; mais M. Campbell fit prévaloir le nom de Griquois, et leur ville principale , auparavant Klarwater , fut appelée Griquatown. LesGriquois sont une race mixte, ayant à peu près le même caractère et les mêmes mœurs que les Bastaards , parlant la même langue et s'alliant avec eux. Les caractères de la race hottentote sont plus sensibles

chez les premiers ; ceux de la race hollandaise prédominent chez les seconds.

Pour la part qu'ils ont reçue de sang africain, les Bastaards proviennent seulement des aborigènes de la colonie du Gap ; les Griquois proviennent en partie de cette souche, et en partie aussi des tribus botlentotes namaquoises et korannases. Le Griquois est moins métis que le Bastaard ; il a les traits plus prononcés, l'air plus mâle, les cheveux plus crépus , la couleur plus foncée. Malgré ces différences physiques, le caractère moral est, à quelques nuances près , le même chez les deux tribus. Comme les Bastaards, les Griquois sont indolents, apathiques, et contents de peu. Avec un cheval et un fusil ils sont riches; très rich/es, s'ils possèdent en outre un wagon et une charrue. Malgré leur paresse naturelle, ils ont cependant fait quelques progrès, grâce aux soins de leurs guides spirituels. Il y a trente ans, le révérend Andersen, auquel ils doivent leurs progrès, les trouva pauvres, païens^ et entièrement sauvages. Us erraient avec quelques troupeaux sur les rives

du Gariep, ne connaissant des Européens que te nom ou les vices. Le charitable missionnaire s'offrit à eux ; il les suivit avec sa famille dans toutes les phases de leur vie nomade; il entreprit de les convertir et de les civiliser. Après cinq années de dévouement et de fatigue, il parvint à les fixer. La plupart renoncèrent à leurs superstitions et à leur vie errante. Ils habitent aujourd'hui Griquatown et Campbelsdorp ; ils ont échangé leurs misérables huttes pour des maisons plus saines et plus commodes, et leurs manteaux de peau de mouton pour des vêtements européens. Ils assistent assidûment au culte religieux , et commencent à goûter les avantages d'une demi-civilisation opérée par le christianisme.

Leur goût et leur aptitude pour la musique vocale ne sont pas un des traits les moins intéressants de leur caracière. Leur voix peu grave, mais assez flexible, s'élève sans peine aux plus hautes intonations. Celle des femmes est particulièrement douce et harmonieuse. Le soir, après que le bétail est rentré au village* , ils se

réunissent en groupes devant leurs habitations, et exécutent à la clarté des étoiles les plus beaux airs de l'Angleterre religieuse. Ceux de Nmo^ Sabbath, Gloucesterj Milbum^ Auburn, MUe'sLane, Calcutta, Smyrnaj Godsave the king, leur sont familiers. Ignorant heureusement toute chanson profane, ils^ne connaissent de la musique que son influence morale et reli*gieuse; ils ne chantent queles louanges de Dieu, telles qu'elles leur ontété laissées, en vers hollandais simples et naïfs, parle pieux docteur Van-der-Kemp.

Les Griquois sont aujourd'hui gouvernés par Waterboer, homme d'une fermeté et d'une intelligence remarquables. 11 emploie toute son influence à faire régner la paix entre les Griquois et les Bastaards , ennemis les uns des autres et naturellement vindicatifs. Il a signé depuis peu de temps avec le gouvernement de la colonie un traité par lequel il s'engage à faire tous ses efforts pour concilier aux autorités anglaises l'amitié et l'estime des indigènes.

Nous com pléterons ces renseignements impar-

faits sur les Griquois et sur les Bastaards par une lettre que nous a écrite un missionnaire qui a longtemps résidé au milieu d'eux.

< L'origine des Griquois,» dit-il, «est très récente : elle date à peine d'une quarantaine d'années. Un esclaye nommé Adam Kok, bisaïeul d'Abraham Kok, chef actuel de Philippolis, amassa à force de travail et d'industrie une somme suffisante pour acheta sa liberté, et plus tard il se procura une ferme parmi les colons du Cap. Beaucoup de Hottentots et d'hommes de couleur s'attachèrent à lui. Il vendit son petit domaine et émigra dans le pays des Namaquois, où ses sujets se recrutèrent d'un nombre considérable d'indigènes. De là , le missionnaire Anderson conduisit Adam Kok et sa troupe vers le nord , et de concert avec le voyageur Campbell il donna à cette nouvelle horde un petit code de lois écrites. La peuplade fut déclarée indépendante; elle reconnut pour souverains légitimes Kok et ses descendants , et prit le nom de Griquois.

« Mais, au bout de quelques années , un homme puissant et ambitieux appelé Waterboer s'attacha des partisans , et se fit reconnaître pour chef par une partie de la tribu. Kok^ suivi de sa famille et de tous ceux qui lui restèrent fidèles, émigra vers le sud et alla s'établir à Philippolis. Cette nouvelle colonie se recruta peu à peu d'émigrants de race mixte, venus du gouvernement du Cap , et ses habitants ont pris les noms de Bastaards, d'Overlams, et de Binnelanders , dénominations qu'affectent aussi les Griquois proprement dits.

« Le mot Griquois paraît être une abréviation de Chérigriquois, nom d'une horde établie au sud des petits Namaquois. On croit qu'après la première émigration d'Adam Kok plusieurs Chérigriquois, dans le voisinage desquels il vivait, se joignirent à lui, et de là vient' cette dénomination adoptée dans la suite.

« Le mot quois (Kuas) est la terminaison des

« noms (le toutes les anciennes tribus hotten- « totes, comme Hersaquois , Lusaquois , Duna- « quois, ce qui me porte à croire qu'il signifie « peuple ou gens^ en langue namaquoise. >

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