‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 38 sur 47 · L.ith ar TKkttv frerej · texte numérisé non relu

L.ith ar TKkttv frerej

Aussitôt les Bassoutos vont préparer leurs armes. Chacun d'eux mit ses brodequins de peau de veau et sa petite cuirasse de cuir, ainsi qu'un brillant gorgerin de cuivre. Sur leur tête flottaient des bouquets de plumes frisées ou de crins dé fourmilier disposés en spirale, et de leurs épaules pendait un léger manteau de panthère jOù de léopard. A la main gauche, tout soldat prit un petit bouclier carré, une massue et un long pFumet noir fait d'un bambou couvert de plumes d'autruche ; dans la main droite, chacun d'eux tenait deux ou trois sagaies.

Onpassalanuitauxpostesdésignés;maisaprès le lever du soleil , ces soldats pasteurs, voyant qu'il ne paraissait point d'enhemis, crièrent, un peu trop tôt pourtant : < Fausse alarme ! . .. Allons poser nos armes dans la cour des hommes et traire nos vaches. »

Une heure ou deux s'écoulent, et les Manquanes se montrent dans le pas de Toupa-Koubou. A les voir, c'étaient tous des hommes grands, robustes. Ils étaient nus, mais des bandes de peau nonépilée leur descendaient, comme desqueues

d'animaux féroces, tout autour des reins, et leurs pieds, leurs genoux, les braset la poitrine étaient couverts d'un poil emprunté. Un bourrelet de peau de loutre protégeait leur front d'ébène, prêtant à leurs gros yeux une couleur de sang et un air trè&-cruel. Leur tête était ornée de plumes de grue, symbole de la victoire. Ces noirs soldats portaient au bras gauche un long et large bouclier ovale, qui leur couvrait presque tout le corps; dans la main droite ils tenaient une courte, mais forte sagaie.

Dès .qu'elle eut franchi la Poutiatsana, l'armée de Mosélane se partagea en deux corps égaux, dont l'un marcha contre le kraal de Mokacbane, et l'autre sur celui de Moshesh. Ce chef-ci devait être attaqué le premier. Il descendit en hâte du haut de la montagne. Arrivé au bas, il plaça derrière lui un troupeau de bœufs, comme pour défier les Manquanes, qui venaient uniquement dans un esprit de pillage.

Ensuite, divisant sa troupe en trois bandes^ il mit celle de Malélo, ou bataillon du Feu, la première, quoique la plus faible et la moins

aguerrie. A gauche d'elle fut placé le corps des Likaloa, composé de soldats éprouvés, et commandé par Makoniane. Moshesh, passant à la tète des Matlama, alla occuper Taile droite de Tarmée.

Ces dispositions prises, lesManquanes,quise trouvaient assez près pour les avoir bien observées, arrivèrent, placés sur divers rangs, mais en un seul corps, et au pas de course. Les Malélo prirent aussitôt le pas de course et se dirigèrent contre eux. A trente pas de distance, un championmatébélé se détache tont à coup de son régiment; il court précipitamment sur les Bassoutos,fend leurs rangs, leur enlève un bouclier qu'il jette en Tair, en criant : Qu'est-^e cela? D'un coup de bouclier il renverse Taolani par terre. Moshesh, arrivant aussitôt au secours des Malélo, s'élance lui-même sur l'intrépide champion, lui porte un coup de massue de rhinocéros dans son immense bouclier, qui lui tombe des mains, et l'étend mort à ses pieds d'un seul coup de lance. Alors toute sa troupe fond sur l'ennemi; l'attaque est repoussée. Les Likaloa sur-

viennent, qui la secondent : Tennemi recule à son tour, les Bassoulos le poursuiyent... Soudain il se retourne en poussant d'affreux ht zi ht! ils lui lancent alors leurs javelots, des cailloux, des massues, le défont, le mettent en fuite. Les Manquanes tombent ainsi sous une grêle de traits, ou s'abîment dans les ravins de la montagne, ou se noient dans la rivière. Ceux qui s'étaient cachés dans les buissons ou derrière quelque rocher en sont retirés et déchirés surle-champ par les Matlama.

Pendant ce temps-là, les Likaloa avaient été envoyés contre l'aile droite de TarméedeMosélane, qu'ils trouvèrent au bas du kraal de Mokachane, où depuis une demi-heure Ralisaoane et Poushouli se défendaient courageusement, quoique sans espoir de victoire. Makoniane, en * tombant sur les Manquanes, les remplit d'épouvante; ils battirent aussitôt en retraite et se retirèrent du côté de Bokaté, après avoir perdu une dizaine d'hommes et tué seulement deux ou trois Bassoutos.

Le soir même de cette journée, aussi célèbre

qu'importante pour la tribu de Mosbesh, les glorieux babitants de Bossiou commencèrent à former leurs danses pyrrbiques.

Ils se réunirent à cet effet sur la place publique, située tout à fait au centre de la ville. Les hommes étaient en plus grande partie armés et décorés de leurs ornements militaires. Ils se partagèrent en deux bataillons égaux, qui allèrent se placer à trois cents pas de distance Tun de l'autre, sur deux rangs opposés. Les femmes se groupèrent tout autour avec leurs tambourins. Au cri général qui se fit, les deux bataillons s'approcbèrentTun de l'autre. Ils suivaient un petit pas de course, cadencé, et frappaient fortement du pied contre terre. Tout à coup ils s'arrêtent. De Tun d'eux se détacbe un intrépide soldat, qui menace Tennemi, le défie, fait semblant de l'attaquer et revient à sa place. Alors de part et d'autre on agite les boucliers, on brandit les lances , on pousse maints cris de fureur ou de victoire; après quoi l'on se retire pour aller reprendre chacun son premier poste et recommencer l'exercice. Cse guerriers pas-

teurs disaient dans leurs chants de victoire.

« Matouane est trompé par Mosélane; il est trompé par les nobles de Sénioutoung. Quoi ! l'inkbosi étranger se ferait un vassal pour le détruire ensuite!

« Père du labourage {Moshesh)^ dis

x^omme tu sais écraser les mottes dans un champ de millet; dis comme tu écrases les têtes de l'armée ennemie.

< La sagaie a dévoré le fils de Kabékoé, elle a déchiré les chairs du fier 'Mpépang.

c Le fils du vieillard a rué contre celui d'un prince.

« Un serviteur se plaint que les couaggassont entrés dans le champ de Kuétsé.

« Il dit qu'un couagga mâle ayant été blessé est resté après la troupe; qu'il va et vient prêt à manquer de forces, prêt à tomber sans vie aa milieu des verts épis »

Cet hymne n'a pas été conservé en son entier dans la mémoire des Bassoutos. Ce qu'on en voit ici, et qui n'est que le début, nous apprend avec quelle orgueilleuse dérision les vainqueurs se

moquent de Matouane. Il vient d'entreprendre une folle, une malheureuse guerre. Ses conseillers l'ont trompé, son premier capitaine Ta mal servie lui-même il a manqué à sa foi, et cela envers un vaillant homme, appelé par une double métaphore le père du Labourage, ce qui veut dire ici un vrai nivrieur de télés ennemies.

Suit le récit du combat.

D'abord est tombé le fier *Mpépang. Ce noble fils de Kabékoé a été foulé aux pieds par le fils d'un chef plus noble et plus fier encore, celui du vieux Mokachane.

Un des champs de millet, à peine monté en épis, avait été traversé par les Manquanes, comparés à ces hiiiihii ili i iiMii|[!{] l' m pPftimÉ l[i garré, aux mœurs insociables et sauvages, qm dans ces contrées traversent quelquefois, quand on les poursuit, les champs des naturels; mais l'un des ennemis y fut blessé et laissé là par ceux de sa troupe. L'hymne raconte ce fait. Les autres sont probablement de même nature que ces deux-là.

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