‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

répart d*Oumpoukaiii. -^ Aspect du pays. — Oumparane.— ArriTée à Mérabing. — M. Allison. — Dimanche passé à Mérabing. — Tribu des Béchuanas-Mantaetis. —Leur cbefSekouiéla.— La reine-mère Blantaetis. — Origine et situation politique des Mantstis. — Mérabing. — Villes principales des Mantaelis. — Les Matébélés. — Les Marimos. — Etat de ragriculture. — Productions. — Caractères des Bassoutos et des Maulxlis. — Lois pénales. — Mariages. — Religion. — Culte des Barimos. — Histoire des missions chez les Mant«tis.

Le 18 marS; nous quîuàmes la paisible demeure du révérend missionnaire Jenkins pour nous acheminer vers la capitale des Mantaetîs située à une douzaine de lieues au nord -est d'Oumpoukani. A mesure que l'on avance vers le nord, le pays se découvre et prend plus visiblement la forme d'un plateau , sans que l'aspect en devienne moins monolonc. Ce sont lou-

jours de vastes collines coupées de quelques montagnes à la face terne et ridée, où le voyageur cherche en vain quelques objets pour charmer ses regards et le distraire de son ennui. Après une marche que rendaient extrêmement pénible la difficulté des chemins et une chaleur de quarante degrés, nous arrivâmes à deux heures au bord d'un petit ruisseau qui se jette dans le Calédon. Nos guides dételèrent, nous firent à la hâte quelques tasses de thé, et nous nous couchâmes sous nos vs^agons pour goûter sous cet ombrage imparfait quelques heures de repos. Sur le soir, nous fîmes atteler de nouveau, et, comme nous tenions fortement à arriver à Mérabing pour y passer la journée du dimanche, nous pressâmes à coups de fouet le pas languissant de nos bœufs. Après avoir traversé une interminable colline et un dangereux défilé où nous croyions à chaque instant voir nos voitures en pièces, nous arrivâmes à Oumparanc ('mparane), lieu feitile , heureusement situé, et dont les environs sont habités par des ('affres et des Mantîetis. « Étrangers, » nous

crièrent quelques- uns d'entre eux du haut de la montagne, « épargnez nos blés; il se fait tard; « où allez- vous à travers ces ténèbres qui cou- « vrent les champs? Trouverez-vous le chemin « qui mène à la demeure du blanc 7 — Peut- «étre que non, répondime&-nous; mais que < Tun de vous vienne nous y conduire. — Que «me donnera-t-on? — Du tabac. » Le jeune Caffre descendit aussitôt de la montagne, mais il ne nous conduisit que jusqu'au bout de son champ de blé pour lequel il paraissait beaucoup plus inquiet que pour nous. Privés de notre guide, nous continuâmes notre marche sous la conduite de notre frère Arbousset, qui monta à cheval et nous précéda en éclaireur.

Après avoir cheminé pendant assez longtem[)S dans l'obscurité , et non sans éprouver quelque sentiment d'inquiétude , nous aperçûmes dans réloignement une faible lumière dont la vue nous flt oublier en un instant toutes les fatigues de la journée. Cette lumière entrevue à travers les fentes des volets nous indiquait que nous approchions de la demeure de M. Allison , misr-

sionnaire wesleyen. M. Arbousset, arrivé le premier, frappa doucement à la porte. M. Âllison était en ce moment occupé à faire une lecture édifiante à sa femme, tandis que celle-ci enseir gnait la couture à quelques jeunes filles. Ils saluèrent M. Ârboussetavec quelque trouble, surpris qu'ils avaient été d'entendre frapper à leur porte, à la manière européenne, événement assez peu commun dans leur vie domestique. Nous arrivâmes bientôt avec nos wagons , et , après avoir reçu l'accueil le plus cordial , après une longue et douce soirée embellie par le charme d'un entretien fraternel, et terminée par la prière, nous nous retirâmes pour prendre du repos.

Le lendemain , qui était un dimanche, notre frère Arbousset prêcha sur la destruction deSodome et de Gomorrhe, et le soir notre frère Daumas paraphrasa ces admirables paroles de saint Jean: o Dieu est amour.» Comme on était au temps de la moisson , et que les femmes avec leurs enfants étaient occupées a récolter le blé, tandis que les hommes célébraient une fête na-

lionale, notre auditoire fut peu nombreux; mais nous n'eûmes qu'à nous féliciter de son attention et de son recueillement. Nous avions parmi nos auditeurs le principal chef de la tribu. Elevé par sa naissance au-dessus du reste des Manlae* lis, il est sous le rapport de Tintelligence tout-àfait à leur niveau, sinon au-dessous. Il nous dit, au sortir de l'église, comme s'il se fût adressé à l'un de ses Barokas ou faiseurs de pluie:

< Que les vérités entendues aujourd'hui sont « belles! ces paroles viennent sans doute de «Dieu: ne pourriez-vous pas aussi obtenir de

< lui cinq jours de pluie ? >

Sekoniéla, c'est le nom de ce chef, est le fils du feu roi Mokotcho : il se distingue par sa taille avantageuse et par sa force musculaire ; il a le nez gros et aplati, l'œil terne , la voix sourde; il paraît âgé d'une trentaine d'années. D'humeur sournoise et peu communicative, il inspire à ses sujets plus de crainte que d'amour. A le juger sur sa physionomie insignifiante et vulgaire, on serait tenté de ne le croire ni bon ni méchant; mais sous cette apparence de simplicité il cache

un penchant assez prononcé à la fourberie.

La reine Manlaetis^sa mère, est douée d'une intelligence remarquable et d'une physionomie douce et agréable. Quoique les femmes de cette tribu, soumisesdès leur tendre jeunesse aux plus rudes travaux de la campagne et du ménage, se flétrissent et se déforment avant Tàge de vingt ans, Mantaetis a conservé toute la délicatesse de ses traits et toute la pureté de ses formes. Son ajustement consiste en un épais tablier de petites cordes tressées par elle , et en un manteau fait d'une large peau de boeuf assouplie e^ préparée par ses enfants. Elle a pour ornements des anneaux de cuivre aux deux bras, et autour du cou un collier de même métal. Suivant la mode du pays, elle est toujours nu*téte.

Elle jouit parmi les Béchuanas d'une grande considération. Veuve depuis quinze ans, elle a exercé la régence pendant la minorité de son fils, avec lequel elle partage aujourd'hui l'autorité. C'est sous sa conduite que ses sujets ont émigré du nord -est dans le pays qu'ils habitent maintenant , et qu'ils ont quelquefois entrepris

des sièges difficiles. Ils sjappelaient autrefois Batlokuas; par estime pour elle, ils ont pris le nom deMantaetis.

Les Mantœtis, au nombre d'environ quatorze mille, sont répandus sur une surface de pays d'une douzaine de lieues carrées. Comme les Bassoutos, dont ils parlent la langue, et dont ils ne diffèrent que sous bien peu de rapports , ils habitent principalement les montagnes, où ils sont plus en sûreté.

Sans entrer, relativemenlà l'histoire desMantœtis, dans des détails qui trouveront leur place plus loin, nous nous bornerons à rappeler que sortis, selon toute apparence, il y a une quarantaine d'années, des environs de la baie de Lagoa, ils étaient alors nombreux et puissants. Après avoir résidé quelque temps sur le territoire de la tribu matébélé, ils furent refoulés par deux ennemis formidables vers les contrées de Touest, où ils commirent d'affreux ravages. Aprèsavoir infligé aux diverses hordes béchuanases tous les maux, suites inévitables d'une invasion, ils sont depuis seulemeutune douzaine

d'années libres possesseurs du pays qu'ils occupent maintenant. Décimés par les guerres multipliées qu'ils ont eu à soutenir ou à entreprendre, ils vivent dans de perpétuelles alarmes et se tiennent toujours sur la défensive. Ils redoutent les attaques de Dingaan et de Moshesh et celles des chefs voisins, tandis que leur esprit de conquête et leur amour du pillage les rendent pour les tribus plus faibles des objets de haine et de terreur.

Leur capitale Mérabing occupe le sommet d'une montagne longue d'une demi-lieue et proportionnellement étroite. Cette montagne est un plateau d'environ cent trente pieds du sommet à la base, plus relevé vers ses deux extrémités, et dont les flancs sont presque taillés à pic. On y arrive par deux ouvertures pratiquées dans le flanc occidental , que les indigènes ont justement appelées Likorobetloa ou Pointes taillées. Ce sont deux étroits passages artificiels hérissés de chaque côté d'une forte muraille en pierres, à forme de rempart. Au moyen de cette simple défense ajoutée à l'œuvre de la

nature, les habitants de Mérabing ont soutenu avec succès plusieurs si^es opiniâtres.

En temps de paix cette ville compte de treize à quatorze cents habitants, mais en temps de guerre elle sert de refuge à une population beaucoup plus nombreuse , accourue des kraals voisins. Les habitations, au lieu d*étre ramassées,sontdisséminéespargroupesdevingt,trente ou quarante huttes, trahissant ainsi le peu de sociabilité et de confiance mutuelle d'hommes que rintérét seul de leur conservation a forcés de se réunir en un même lieu.

La tribu des Mantaetis étant resserrée dans un

espace peu considérable, leurs villes sont assez

rapprochées les unes des autres. A trois milles

au sud de Mérabing se trouve Oumparane, que

Sékoniéla regarde comme la seconde capitale

de son petit royaume. Makossane, située à huit

lieues à Test d'Oumparane , est gouvernée par

Mota, frère puîné de Sékoniéla. Vers le nord ,

où la population est plus ramassée , on trouve

Rabouchabane, ville de Mosheu, frère de la

reine; Maoutsi , à neuf ou dix milles de Méra-

bing, autour de laquelle sont groupés plusieurs petits villages , et qu'on peut regarder comme le centre de la tribu. Cette ville a pour chef Enghatia, le plus brave de toute la nation. Après avoir longtemps résisté aux attaques des Matébélés ^ ses ennemis acharnés , il a fini par succomber. Quoiqu'il soit aujourd'hui fort affaibli, son nom n'en est pas moins populaire parmi les Mantaetis, qui parlent sans cesse avec admiration de sa prudence, de son courage et des avantages physiques de sa personne. U a donné une de ses filles en mariage à Sékoniéla, dont il se regarde comme le tributaire, mais non comme le sujet, et dont au demeurant il fait assez peu de cas. Pour compléter Ténumération des villes des Mantsetis, nous ajouterons celles de Moribing, Ramorisa et Matining. Cette dernière, située à douze lieues de la capitale, marque la limite septentrionale de la tribu.

La domination de Sékoniéla s'étend aussi sur deux ou trois milliers de réfugiés caffres ou tnatébélés, qui, pour la plupart, habitent sur la montagne de Mékéling, visà^vis d'Oumparane.

Leurs chefs principaux sont Moseti et Maillo-a- Magolu, dont le nom signifie grands yeux.

Les Marimos, Béchuanas autrefois cannibales, quoique appartenant à des tribus plus anciennement établies dans le pays que celle des Mantaetis, ne sont pas moins considérés comme faisant partie de celle-ci. Lipétoung, un de leurs villages , est peu éloigné de Mérabing. Le chef qui y réside a été surnommé Mokuénaniana , c'est-à-dire le petit crocodile. Les Bassoutos assurent qu'il a mangé le grandpère de leur présent roi; d'autres attribuent cet acte à un certain Racotsuane.

Il importe à la science géographique, et surtout à la cause de la religion , de bien déterminer l'état des contrées païennes à Tépoque où rÉvangile y est introduit; car, dans tous les pays où il a été proclamé, l'Évangile a toujours changé la face des lieux et des peuples qu'il y a trouvés établis. Nos descriptions, vraies aujourd'hui, ne le seront plus dans une quarantaine d'années. En effet, si quelques-uns de ces peuples sont encore réduits à se manger les uns les

autres pour éviter de mourir de faim , ce n'est ni l'excès de la population, ni la stérilité du pays qui amènent la famine et les atrocités qui pour eux en sont la suite. Il yaà peine seize ou dix-sept mille individus sur une surface de terrain qui pourrait en nourrir plus de cent cinquante mille. Ce sont leurs guerres continuelles, leur amour du brigandage, qui, en leur faisant négliger la culture de leurs terres, ou en portant la dévastation dans les champs ensemencés et dans les moissons toutes prêtes, les affament et les poussent à Tborrible expédient de dévorer leurs semblables. Que par l'introduction et le développement du christianisme cette cause vienne à cesser, ses effets cesseront avec elle. Ces peuples reviendront à des mœurs plus douces, et le cannibalisme disparaîtra.

Les Mantaetis sont moins indolents et moins inactifs que la plupart des peuples leurs voisins. Subissant l'influence d'un climat sain, exempt de chaleurs longues et excessives, et où le froid se fait quelquefois sentir rigoureusement ; aiguillonnés par la nécessité de se pré-

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