I.ith. Paul Pdit
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server de la famine, et constamment tenus en éveil par la crainte des attaques de leurs ennemis, ils ont acquis une sorte de supériorité sur les peuplades qui les entourent, et, placés dans les mômes circonstances que les Bassoutos, ils sont arrivés au même degré de développement, du moins en ce qui concerne les progrès de Tagriculture. Les Mantaetis et les Bassoutos sont meilleurs agriculteurs qu'ils ne l'étaient autrefois , et meilleurs aussi que les Barolongs, les Batlapis , et que la plupart des tribus bécbuanases.
Dès le mois d'août, ou, pour parler le langage du pays, deux lunes après la récolte , les bommes et les femmes prennent sur l'épaule leur moguma. C'est une boue de fabrique indigène, dont le fer ovale et légèrement émoulu a environ sept pouces de large sur dix de long. 11 se termine par une queue unie ou à pans, qui, après avoir été rougie au feu, s'enfonce dans le tlogo^ grosse tête laissée à l'extrémité du mancbe.
Dès le matin, aussitôt qu'ils ont trait leurs
vaches, les naturels sortent du kraal ordinairement en chantant , et vont labourer jusqu'à deux ou trois heures de Taprès-midi. Les femmes, qui souvent bêchent en cadence , font autant de travail que les hommes, si ce n*est plus ; mais les uns et les autres le font mal. Ils s'inquiètent peu de donner à leur champ une forme régulière. Ils labourent par morceaux , tantôt ici, tantôt là, dans le désordre le plus complet. Malgré l'imperfection de leur travail, la terre est remuée. Elle produit en abondance du millet et du maïs , dont les tiges atteignent quelquefois une hauteur de sept à huit pieds ; elle donne aussi le roseau sucré, les citrouilles, les haricots, une ou deux espèces de melons indigènes , et même des pommes de terre importées par les missionnaires. Quelques-uns des natifs commencent à semer du froment.
Le millet est la nourriture principale des Gaffres et des Béchuanas et de presque toutes les tribus africaines. Dans ces contrées on l'appelle communément blé cafJrCy mais son véritable nom est celui de millet d'Inde ou d'A-
frique. La culture de cette plante requiert beaucoup de soins, et tient les naturels occupés pendant les trois quarts de l'année. Ce n*est pas qu'il ne croisse fort bien, et même sans être arrosé, dans les cantons un peu favorisés ; mais il faut , entre le moment des semailles et celui de la récolte, lui donner une ou deux façons, le sarcler, Téclaircir, Tébourgeonner, le défendre pendant six mois contre le bétail ou contre les nombreuses volées d'oiseaux, et, lorsqu'il est encore petit, contre les sauterelles,qui ne l'attaquent plus lorsqu'il est parvenu à une certaine hauteur. Les Béchuanas connaissent deux espèces de ce millet : ils nomment la première mabele-a-tnasheu j blé blanc, et la seconde, mabeLe-a-tnafaberu, blé marron. Celle-ci est moins estimée que l'autre, dont elle atteint à peine la moitié de la hauteur. Leurs qualités sont les mômes : les deux grains donnent une farine nutritive et rafraîchissante ; cette farine, qui ne contient pas de gluten, se coagule difficilement ; on remédie à cet inconvénient en mê^ lant à la pâte une certaine quantité de lait. A
défaut de lait , les femmes des naturels y suppléent par de petites tranches de citrouille fraîche.
De même que les Béchuanas, les Manta&tis mangent leurs grains cuits à l'eau et au lait, ou sous la forme d'un pain grossier qu'ils nomment bogobé.
Quant au caractère moral des Mantaetis et des Bassoutos, on pourrait leur appliquer ce qu'un voyageur a dit des Jolofs : c ils sont généreux ,, mais entre eux. > Ils sont prompts à obliger celui qui, plus tard, peut leur rendre la pareille; ils entreprennent avec empressement et bonne humeur les corvées communes, telles que de mener paître le bétail tour à tour, de construire un parc en pierres pour les troupeaux, ou d'assouplir une peau de bœuf ou d'antilope destinée à servir de manteau. Mais ces bonnes qualités déjà fort équivoques sont plus que suffisamment obscurcies par leurs nombreux défauts, l'adultère, le vol, le mensonge. Ces penchants, que l'on pourrait appeler nationaux, tant ils sont communs , trouvent dans les lois
existantes un frein tout-à-fait impuissant à en prévenir ou à en réprimer les excès. La loi punit de mort le régicide, mais Thomicide simple ne donne lieu le plus souvent qu'à une compensation payée à la famille de la victime , et dont la justice locale retient un dixième. C'est une dérogation et un adoucissement à la loi du talion, aussi ancienne que le mondç. L'enlèvement de la femme ou de la fille d'un homme revêtu de quelque autorité entraîne la peine capitale; mais dans les conditions plus humbles le ravisseur en est quitte pour donner une réparation à l'offensé ; si c'est un mari, il lui donne une ou deux bétes à cornes ; si c'est un père, il lui compte une dot et épouse sa fille. Pour le larcin, on exige une restitution ou une compensation suffisante ; si le vol est peu important, ou si l'abondance règne chez celui qui l'a souffert, l'affaire passe inaperçue, ou le voleur est jugé par les moqueries dont il devient l'objet.
Malgré cette apparente facilité, les Béchuanas sont aussi inflexibles que les autres peuples
dans le maintien de leurs droits ; la prudence seule peut les leur faire abandonner. Quoique la loi du talion soit souvent négligée dans la pratique, elle n'en est pas moins considérée comme étant le droit commun , la coutume régnante chez les Béchuanas , les Bassoutos et les Mantaatis, aussi bien que chez la plupart des peuples africains. On y déroge fréquemment, mais le droit subsiste toujours, et on est toujours libre de Tinvoquer. Dans ma station, un Mossouto, dont le fils avait été blessé à la tète d'un coup de bâton , vint me prier de lui livrer l'offenseur. < Avec le même bâton, me disait-il, « à l'endroit même où mon fils a été battu , je < porterai le même coup sur la tête du cou* « pable. >
Les procès sont instruits et jugés publiquement à la porte du chef du kraal où le délit a été commis, ou à celle du chef de la tribu, selon que l'un ou l'autre est choisi pour arbitre. Les deux parties parlent tour à tour et défendent leur cause avec pleine liberté.
Chez ces hordes, comme chez tous les noirs ,
les mariages sont de vrais marchés, où les femmes s'achètent. Deux ou trois vaches avec leurs veaux , et quelques brebis ou quelques chèvres, voilà, si Tamant est pauvre, la dot qu'il doit strictement compter au père ou aux plus proches parents de sa fiancée. S'il est riche, il donne depuis dix jusqu'à trente et même quarante tètes de bétail. Je connais un chef mossouto qui a tout récemment donné cent bœufs , et à qui cette magnificence princière a valu dans sa tribu le surnom de TEnfant prodigue. Un homme est libre d'avoir autant de femmes qu'il en peut acheter et entretenir. Quant à celui qui est pauvre^ il faut qu'il vive dans le célibat, à moins qu'il ne veuille devenir le serf de quelque chef puissant qui lui abandonne une de ses concubines.
Cette coutume d'acheter les femmes a prévalu chez presque tous les peuples de l'antiquité. Jacob servit sept ans pour obtenir Rachel ; le prophète Osée acheta sa femme pour quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge. Chez les Babyloniens, au dire d'Hérodote, le»
vierges nubiles étaient vendues à l'enchère par un crieur public. Les Grecs, les Indiens, les Germains se faisaient compter une dot pour leurs filles ; les Romains y parmi leurs divei*ses sortes de mariages, avaient le mariage par co-emption. Encore aujourd'hui les Tartares, les Turcs et les nègres de la Sënégambie achètent leurs épouses. Chez les Béchuanas la fille est considérée comme la propriété du père , et, s'il la vend, c'est pour procurer un établissement à ses enfants mâles, ou pour pourvoir aux besoins futurs de sa vieillesse, s'il se trouvait délaissé par sa famille. Comme Laban et comme les Indous, le père ne marie pas sa seconde fille avant l'ainée. Si celle-ci meurt sans laisser d'enfants, le mari a le droit de demander sa sœur ou de reprendre la dot. S'il meurt le premier, son frère lui succède. Il fait à son beau-père un petit présent, et tue un bœuf avec le fiel duquel lui et sa fiancée s'aspergent en signe de purification; mais il n'y a point , à proprement parler, de célébration de mariage. Un homme n'est pas forcé de prendre en ma-
riage la veuve de son frère; celle-ci, dans ce cas , reste tout-à-fait libre ou de retourner chez son père ou de prendre un autre mari.
L'éducation des Becbuanas est nulle ou toutà-fait mauvaise. Us pratiquent la circoncision sur les deux sexes à Tàge de douze ou treize ans « mais ils n'attachent à cette cérémonie aucune idée religieuse. Ils ont à peine conservé ridée d'un Être suprême. Les plus éclairés reconnaissent à la vérité un Morena dans le ciel, qu'ils appellent le puissant maître des choses ^ mais la multitude le nie, et ce nom même de Morena est celui qu'ils donnent au moindre de leurs chefs. Tous les noirs que nous avons connus sont athées; il ne serait pas cependant impossible de trouver parmi eux quelques déistes. Cela ne les empêche pas d'être superstitieux à l'excès et de rendre une espèce de culte à leurs aïeux , qu'ils ap()el]ent barimos^ ou, au singulier, morimo.
Avant d'abandonner les Mantaatis, jetons un coup d'œil rapide sur l'histoire des missions chez ces peuples.
C'est vers la Gn de 1833 que Sékoniéla fil la connaissance des ouvriers envoyé» chez les Bas* soutos par la société des Missions évangéliques de Paris. Il les pria de Tinstruire dans la foi chrétienne et de venir s'établir dans la capitale de son petit royaume. « Un de ses sujets, « disait-on , avait eu depuis quelques lunes « des songes nouveaux. Il avait vu arriver dans « le pays des étrangers qui y apportaient la « paix, un accroissement considérable dans les « troupeaux , et de belles et bonnes paroles. » Ce songe, qui avait produit quelque agitation dans les esprits , n'était pas encore oublié lorsque, huit mois plus tard, ]e 1^^^ août 1834, les Mantaetis virent arriver à Mérabing M. Allison, missionnaire de la Société v«resleyenne. 11 se déclara prêt à les évangéliser , et s'établit au milieu d'eux. Les naturels l'accueillirent avec empressement; ils ne pouvaient se lasser de voir et d'entendre un blanc, un Morouti, envoyé par Morena, qui venait leur parler de Dieu et le leur dépeindre sous des couleurs jusque-là nouvelles pour eux. Ils l'accablaient
de questions sur les litaba (nouvelles) qu'il leur apportait. Mais les enseignements du missionnaire étaient trop étrangers à leurs idées reçues pour qu'ils pussent les comprendre , et les doctrines de la corruption originelle , de la nécessité d'un Sauveur, étaient trop humiliantes pour leur orgueil pour qu'ils pussent les accepter. Elles bouleversaient toutes leurs notions sur l'origine du mal; car, d'après leurs idées, si l'homme souffre, s'il est sujet à la mort, ce n'est pas à lui qu'il faut s'en prendre, mais bien au pouvoir des sorciers ou aux maléfices des Barimos. Aussi les vieillards mantstis, une fois que leur première curiosité eut été satisfaite , se montrèrent-ils fort indifférents et fort peu accessibles aux efforts de M. AUison. « Pourquoi, «demandait la reine, si ce que l'on prêche est
< vrai , le Seigneur ne Ta-t-il pas fait révéler
< plus tôt à la nation 7 Comment se peut-il que
< nos ancêtres soient morts entièrement igno- « rants de toutes ces choses? Et pourquoi n'en
< ai-je moi-même entendu parler que sur mon
< déclin, lorsque le goût de ce qui est nouveau
« m'a déjà quittée? » Sékoniéla ii*a pas cesse de suivre les instructions que reçoit encore une bonne partie de son peuple, mais il affecte de n'y rien comprendre. Son Gis, au contraire, à peine âgé de douze ans, reçoit avec docilité et avec fruit les enseignements de Mw Allison. « Je vous « assure, nous écrivait celui-ci^ que cela fait du « bien à mon âme de voir les bonnes disposi- « tions de Sélo ; vous aimeriez l'entendre prier « pour les missionnaires. Il est réellement con- « verti à Dieu, et paraît prendre un grand plai- « sir à adresser les pécheurs à Christ. Cet en- «faut a vécu pendant un temps dans notre c maison, et j'ai vu plus d'une fois des larmes « sillonner ses joues lorsque nous lui parlions « de son âme. »
Ce jeune homme n'est pas le seul qui paraisse avoir reçu des impressions sérieuses; il en est plusieurs parmi les naturels qui répondent aux soins de leurs missionnaires , et dont le zèle console celui-ci de l'insouciance et de l'endurcissement d'un trop grand nombre de leurs compatriotes. On peut cependant espérer
que cet état de torpeur spirituelle ne sera pas de longue durée ; car quiconque connaît la charité et le dévouement de M. AUison ne peut s'empêcher de penser qu*il finira par en recueillir des fruits. Les jeunes gens surtout sont pour lui un sujet d'espérance, comme ils sont Tobjet de ses soins. M. et M^® Âllison consacrent une grande partie de leur temps et de leurs ressources à tenir des écoles élémentaires, à soigner quelques enfants qu'ils ont recueillis sous leur toit, où ils les nourrissent, les habillent et les élèvent à leurs propres frais. La simplicité de leurs mœurs, leur activité, leur dévouement parlent au cœur des sauvages plus éloquemment que ne pourraient le faire leurs discours. Les peuples païens en effet ne peuvent guère apprécier le christianisme que par la conduite de ceux qui le leur enseignent, et nous pouvons affirmer que la conduite de M. Allison renferme pour les sauvages d'utiles et puissants enseignements.