‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 7 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Voyage d'eiploratioD dtns le$ montagnes Bleaes. — Kuéning. — ^La roche de Kuéning.— Le repos de la groUet — Aspect des montagnes Bleues.— Chasse de Télan.— Histoire naturelle de Télan. — Cbant sauTage sur réian.— U fille de M acosnne.— 14e chef Blota.— Prédication à Maoossane. — ^Trajet de Macossane à Bouta-Honte. —Intlouaoa-Chonana.—* Séparation des Toyagenrs*— Départ pour les montagnes Bleaes.

Durant notre séjour à Mérabing nous conçûmes le projet d'aller visiter les montagnes Bleues, que les pieds d'aucun Européen n'avaient encore foulées. Leurs hautes vallées, peuplées de nombreuses hordes béchuanases , auxquelles l'Évangile était inconnu, offraient un beau champ d'exploration à des voyageurs chrétiens. 11 était important pour nous de nous

assurer jusqu'à quel point elles étaient préparées à recevoir la parole de vie, et quelles chances de réussite elles offraient aux travaux des missionnaires. M. Allison nous confirma dans notre résolution, et se décida à nous ac^ compagner pendant les premiers jours de notre voyage. Sa femme nous aida dans nos prépara* tifs, et le 20 mars nous prîmes congé d'elle, après avoir invoqué sur nous la protection du Seigneur.

Nos guides hottentols, pour lesquels un voyage est une fêle, pouvaient à peine contenir leur joie et s'empêcher de la laisser éclater par des acclamations bruyantes et quelque peu fanfaronnes. Celait chose curieuse que de voir Tempressement un peu désordonné avec lequel ils sellaient nos chevaux , rassemblaient leurs chiens et préparaient leurs fusils. Monaïle seul, le plus sûr et le plus expérimenté de nos guides, ne partageait ni leur joie ni leur enivrement; il connaissait mieux que les autres les dangers que nous avions à courir. « Les Maloulis, nous « disait-il, sont infestés d'hyènes, de lions, de

« tigres, et même d'anthropophages; le chemin « n'est pas frayé ; je pourrais me perdre, et nous « courrions tous risque de mourir de faim. »

— « Marche, poltron, lui répondaient ses « compagnons; ce fusil peut tout tuer, ces che- « vaux peuvent tout franchir. »

Notre marche se dirigea d'abord vers le sud de Mérabing. Nous chevauchâmes pendant six heures à travers des collines élevées, sur de hauts plateaux , entre les crevasses et les fondrières que présente toujours le terrain aux approches des montagnes, et nous arrivâmes avant le coucher du soleil au pied de la chaîne, où se fit notre premier campement. Kuéning , c*est le nom de ce lieu, était jadis habile par des tribus de Béchuanas-Bakuénas. On trouve aux alentours une foule de kraals abandonnés ; partout la teire est jonchée d'ossements et de crânes humains, de fragments de vases de terre et autres débris semblables. « Voyez la belle < œuvre des Matébélés, nous dit Monaile : ils « tuent les Béchuanas comme nous tuons les « chiens. Heureusement que, vous autres hom-

« mes de paix, vous éles arrivés dans le pays; « sans quoi nous étions tous morls ; c'en était « fait de la nation noire. »

Kuéning, par sa fertilité, par l'agrément et l'avantage de sa position , est éminemment propre à rétablissement d'une station missionnaire. Le climat est à la vérité très rigoureux en hiver; maisce ii*est là qu'un léger obstacle. Les indigènes reviendraient avec joie cultiver ces fertiles vallées d'où la guerre les a chassés pour un temps. Ils retourneraient avec empressement à des lieux auxquels ils ont donné des noms qui témoignent de l'abondance dans laquelle ils vivaient. C'est ainsi qu'ils ont nommé une de leurs rivières Atana (ou le bétail se mtUtiplie), et une autre Khomokuanou {où aiment à paître les vaches); ces deux petites rivières sont au nombre des sources qui alimentent le Calédon.

Le premier objet qui attira notre attention à Kuéning est une roche d'environ cent pieds de haut sur quatre cent cinquante de long; elle se compose d'un grès tendre, mais 6n, dont la

couleur est d'un jauDç terne ; il est disposé par couches régulières et horizontales. Le front de ce géant du désert ombrage un petit bosquet au travers duquel serpente la limpide Âtana. A sa base est une excavation en forme de grotte qui nous servit de gîte, comme elle en sert habituellement aux voyageurs indigènes qui se rendent de Thaba-Bossiou chez Dingaan, et au roi des Bassoutos lui-même, lorsqu'il vient faire dans ces quartiers la chasse aux antilopes.

Nos guides hottenlots n'eurent pas plus tôt aperçu cette grotte qu'ils firent joyeusement leurs petits préparatifs pour y passer la nuit. Avec quelques cailloux et quelques herbes sèches, ils se furent bientôt dressé un lit, sur lequel, après avoir fumé leur pipe, ils ne tardèrent pas à s'endormir d'un profond sommeil. Pour nous, ce fut tout autre chose ; habitués à une couche un peu moins primitive, nous ne dormîmes que bien peu et bien mal , malgré la lassitude qui nous accablait. Mon sommeil ne fut qu'un long cauchemar, pendant lequel mes

cris et mes propos entrecoupés troublèrent plus d'une fois le repos de M. Âllison.

Le lendemain, après une nuit qui avait plutôt augmenté que diminué nos fatigues, il fallut de très bonne heure entreprendre de gravir les flancs âpres et escarpés de la chaîne au pied de laqqelle nous avions campé. Ce n*était, à la voir, qu*un monde de montagnes superposées les unes aux autres dans une admirable confusion, et qui semblaient s*élever et s'éloigner de nous à mesure que nous en approchions. Nous croyions monter, et nous ne faisions que tourner un pic ou louvoyer péniblement autour d'un chaînon. Toujours de nouveaux groupes, de nouveaux précipices, de nouveaux défités dont nous ne pouvions trouver l'issue. Que l'on joigne à cela la fatigue , le découragement et la faim , et Ton ne s*étonnera point que nous eussions déjà parlé de descendre , lorsqu'un incident survint, on ne peut plus à propos, pour faire diversion à la tristesse de nos pensées.

Nos chasseurs abattirent un jeune élan qu'ils avaient fatigué dans la matinée. Chacun s'em-

presse autour de celte proie et se repaît de sa vue. Nos Hottentots le dépècent avec une merveilleuse dextérité; ils ramassent des broussailles, battent le briquet et allument le feu ; ils détachent de l'animal de larges tranches , les font griller rapidement et les dévorent de même. Nous suivons leur exemple et nous engloutissons comme eux ces chairs à demi crues et encore palpitantes. Après ce repas nous nous étendîmes sur l'herbe, où nous goûtâmes quelques heures de repos. Ce somme achevé, nos guides se remirent à dépecer l'élan, dont ils lièrent les différents quartiers sur nos montures; ils traînèrent ensuite les restes de leur proie au bord d'une mare où ils les ensevelirent sous Teau, dans la pensée de les conserver, soit pour eux-mêmes, soit pour quelque autre voyageur affamé.

L'élan de ce pays, connu sous le nom d'Anft- U>pe bubale, est commun dans toutes les contrées de l'Afrique méridionale, excepté dans la colonie du Cap, où déjà en 1806 Barrow se plaignait que les fermiers hollandais en eussent

presque détruit la race par leurs chasses inconsidérées, c'est-à-dire trop fréquentes. Il est aussi de fait que cetnainmifère fuit les hommes à mesure qu'ils se multiplient dans son voisinage. Nous l'avons vu nous-mêmes depuis quelques années disparaître devant la tribu des Bassoutos, et se réfugier dans les montagnes, pour lesquelles il a un penchant prononcé. Là il patt plus paisiblement que dans la plaine, quoiqu'il y soit exposé à devenir la proie des lions , des tigres, des hyènes et autres animaux féroces.

Les naturels du pays assurent qu'il mange des herbes amères et vénéneuses qui communiquent à ses entrailles une odeur nauséabonde et quelquefois mortelle; aussi refusent-ils de s'en nourrir. La chair de l'antilope bubale tôt bonne, et presque égale en qualité à celle du bœuf: elle a un faible goût de venaison. On préfère la chair du mâle à celle de la femelle, parce qu'elle est ordinairement plus grasse.. Le cuir du mâle est aussi plus estimé pour sa force et son épaisseur : on en fait des lanières, des brides, des harnais, des sandales, des man-

teanx indigènes et des boucliers. Ses cornes effilées servent de pipes aux Béchuanas et aux Caffres.

La marche du bubale est une espèce de trot prompt et soutenu qu'il peut conserver une demi-journée lorqu'il est poursuivi par les chasseurs. 11 ne prend le galop que lorsqu'il se sent vivement pressé ; mais cette allure ne lui convient pas^ et il Tabandonne promptement. J'ai vu plusieurs fois des hordes de ces animaux pendant la belle saison. Dès qu'ils m'apercevaient, ils défilaient rapidement, le mâle en tête. Lorsqu'ils étaient à une portée de fusil , ils s'arrêtaient un instant , haletants et l'écume à la bouche; ils poussaient des hi ! hi! plaintifs qui trahissaient leur trouble et leur inquiétude. Le bubale n'acquiert son plein accroissement que vers sa cinquième année; il peut alors atteindre à neuf ou dix pieds de longueur sur environ cinq pieds de hauteur. Celui que nous tuâmes était âgé de trois ans ; il avait huit pieds de longueur, cinq pieds de hauteur, quatre pieds et demi du bout des cornes au museau; les

cornes seules élaient longues de deux pieds. Jeunes, ces animaux sont d'un jaune fauve qui rembrunit avec Tâge.

Les Bassoutos, qui mêlent toujours à leurs connaissances positives une teinte de merveilleux, donnent aux hordes de ces animaux un berger imaginaire qu'ils appellent unkonagnana (petit-nez). Il habite dans lesMaloutis et se cacheà tout œil humain. Ils prétendent aussi que le bubale a entre les deux cornes, et caché dans son poil, une vipère jaune, très dangereuse, qu'ils appellent kuane. Aussi, lorsque le bubale est abattu, ils lui frappent à grands coups de bâton le sommet de la tête avant de le percer au cœur. Ils se puriflent avant de manger de sa chair, à cause des sucs vénéneux dont ils la croient infectée.

11 existe dans la mémoire des Bassoutos un chant traditionnel qui résume avec assez d'originalité leurs notions sur le bubale. Nous croyons devoir le consigner ici, avec la traduction littérale :

LITOKO TSA POFU.

« Mathlethla a tokuana mamalema a leuti ga e « ka ea leka ea ka lellakure khomo pata namane « malibogong khomo a bonkuananiana ea leuti a tbloro thloro einchueng linaka e ka ki litsiba ft tse thlana khomo a isou ga maluma a motu « khomo e y ile thlare se le botluku khomo ga e « thlethe o leletse fila khomo e niorelse metsi « mabalule ki etella pelé marumo ki makhua « matlaba liulu makeku a mo loelelsa lilata. »

LOUANGES DE l'aNTILOPE BUBALE.

a Trotteur à couleur fauve, pousse de la a montagne, il ne peut galoper, il va comme « vont ses flancs. C'est une vache qui cache son « veau dans les gués secrets des ruisseaux ; c'est < la vache de Unkonagnana , de la montagne « Àban! Ahan ! dans les rocs. Ses deux cornes, « ce sont peut-être deux plumes rousses.... « bœuf qu'on apporte pour pâture à son oncle a et à sa tante, bien qu'il ait mangé une plante «douloureuse Proie! il ne trotte plus, il

« s'est arrêté pour pleurer ; ou c'est que le chef « de la bande a soif des eaux délicieuses. Ces « lances, ce sont des dards perceurs de buttes « de fourmis blanches; déjà les vieillards au « kraal aiguisent leurs couteaux. »

Comme nos lecteurs sont probablement peu en état d'apprécier les charmes de la poésie hottentote, il faut qu'ils nous croient sur parole lorsque nous affirmons qu'il y a dans cette petite pièce de l'originalité, du mouvement, et une naïveté qui n'est pas sans grâce. Nous nous abstiendrons d'en faire ressortir les beautés par un commentaire plus long que le texte; nous nous bornerons à quelques explications de détails.

Le mot séchuana Litoko a une signification plus étendue que le mot louanges^ par lequel nous Tavons traduit. Il embrasse tout ce qui est digne d'être rapporté sur le sujet que l'on chante, tout ce que Ton en sait de remarquable, et sous ce rapport la pièce ci-dessus répond à son titre. Elle résume toutes les notions des Béchuanas sur l'élan , avec une économie de

mots indispensable à un peuple qui n'a d'autre moyen que la mémoire pour conserver ses traditions. Le mot mat/UetfUa (trotteurs), dans lequel le th se prononce comme chez les Anglais, est une forte onomatopée qui exprime bien les lourds mouvements de Téian, lorsqu'il est gros et gras. Les mots thloro thloro einchueng^ faiblement traduits i^arAhan! Ahan! peignent avec une si parfaite harmonie imitative la peine qu'éprouve Télan à gravir les rocs escarpés, lorsqu'il est poursuivi par les chasseurs , qu'ils excitent toujours chez les Béchuanas une bruyante hilarité. Cette phrase : «Ces lances, ce sont des dards perceurs de buttes de fourmis blanches, » ne serait pas comprise sans une explication : elle signiûe que les javelines des Béchuanas vont percer rélan comme elles percent les buttes des fourmis blanches. Ces buttes, en effet, qui s'élèvent quelquefois à une hauteur de trois pieds, servent fréquemment de but aux Béchuanas lorsqu'ils s'exercent à lancer la zagaie.

En poursuivanl noire route au-delà de Kué-

ning, nous remarquâmes de nombreux indices de terrain porphyrique; nous ne serions point étonnés qu'il y eût dans les environs de Kuéning une carrière de marbre. Le granit bleu à grain fin y est fort commun. Nous y ramassâmes un petit bloc de porphyre, de beaux cristaux de roche et des morceaux de quartz de toutes les couleurs. Après avoir fait treize lieues dans la direction du nord, nous arrivâmes à Macossane, ville gouvernée par Mota, frère puîné de Sékoniéla. Cette ville est composée de divers groupes d'habitations situés sur un plateau large et élevé; la vue se termine au loin par une chaîne de. montagnes en amphithéâtre. Au pied du plateau coule rapidement la Tlotse, que Ton peut regarder comme la seconde source du Calédon. L'œil se repose de tous côtés sur de riches et fertiles vallées, sur des champs de millet et de maïs, sur de nombreux^ troupeaux de bœufs et de brebis que conduisent de jeunes pâtres. Ce serait pour une station missionnaire un excellent emplacement. La population y est agglomérée, et les environs

seuls de la ville offriraient un champ suffisant à l'activité de deux ou trois missionnaires. Ajoutons qu'ils n'auraient à craindre de la part du chef aucune opposition. Mota est un homme doux et bienveillant, fort aimé des Béchuanas qui se rallient avec empressement autour de lui ; nous ne serions nullement surpris si quelque jour il venait à supplanter Sékoniéla dans le gouvernement de la tribu.

. Mota avait quelquefois entendu la prédication de rÊvangile à Mérabing. Quant à ses sujets, elle leur était presque complètement étrangère. Ils se rassemblèrent en cercle autour de nous, et nous écoutèrent avec le plus grand silence et le plus grand recueillement. Ce fut sous la voûte des cieux, à la clarté de la lune, qu'eut lieu cette réunion solennelle. Le service s'ouvrit par un cantique de louanges suivi de la prière ; après quoi, furent prononcées et commentées ces belles paroles du roi prophète : «Éternel, notre Seigneur, que ton nom est € magnifique par toute la terre ! Quand je con- « sidère les cieux , ouvrage de tes mains, la

« lune el les étoiles que tu as agencées , je « me (lis : Qu'est-ce que Tbomme , que tu le

< souviennes de lui , et que le fils de Thomnie, « que tu le visites ? Car tu Tas fait un peu moin- • dre que les anges, et tu Tas environné de

< gloire et d'honneur. Tu Tas établi seigneur « des œuvres de tes mains ; tu as mis toutes « choses sous ses pieds, toutes les brebis et tous

< les bœufs et même les bétes des champs^ les « oiseaux des cieux et les poissons de la mer. c Eternel, notre Seigneur ! que ton nom est ma- « gnifique par toute la terre ! > (Psaume FIlî.)

Ce discours fut terminé par quelques considérations sur Tœuvre de là Rédemption, sur le ministère du Fils de Fhomme, que Dieu a fait pour un temps un peu moindre que les anges, et qu'il a au^i couronné de gloire et d'honneur.

Le lendemain, en nous voyant partir, le chef Mola et ses gens nous témoignèrent leur regret de n'avoir pas auprès d'eux un enfant de Jebovah pour les instruire dans la foi chrétienne. Mota nous donna un guide auquel se joignirent

quelques naturels, dans le but de faire une battue aux springbocks et aux caamas qui fourmillent dans cette contrée. Nous aperçûmes, chemin faisant, un chlamidophore de couleur grise; mais il se glissa trop vite dans son terrier pour que nos chiens pussent l'atteindre.

Le trajet de Macossane à Bouta-*Boute se fit difficilement à travers de hautes vallées ou dans des bas-fonds entrecoupés de nombreux ravins. Cette contrée était autrefois occupée par les Bassoutos, dont on voit encore les habita^ tions ruinées; elle est maintenant presque dé-^ serte; elle ne tardera pas cependant, selon toute apparence, à se repeupler, et pourra devenir une importante statirai missionnaire. On chercherait vainementdans toute la contrée une terre plus fertile et de plus belles eaux que le territoire de Boûta-Boute et les sources qui Tarrosent. La rigueur du climat, le mauvais état des chemins et la rareté du bois sont les seuls inconvénients attachés à cette localité. Mais ces inconvénients n'arrêteraient point les naturels dans leurs projets d'établissemont ; ils préfèrent naturelle-

ment les régions élevées où ils sont plus en sûreté que dans la plaine.

Malgré les avantages de sa position , Boula* Boule n'en est pas moins une des villes les plus tristement célèbres du pays des Bassoutos, qui y soutinrent en 1823 et en 1824, contre la reine des Mantastis, deux sièges dont le souvenir les glace encore d'effroi. Mokachane, raconte-t-on, vivait dans la paix et l'abondance à Leinchouaning, près des sources de la Ttlosie, dans les lieux qui avaient vu nattre lui , ses fils et ses petits-fils. L'un de ceux-là, Moshesh, fut le premier qui quitta son père. 11 s'en était séparé depuis à peine deux ans pour aller fonder Bouta-Boute, lorsqu'il fut attaqué presqu'à rimproviste par une horde ennemie, ayant à sa télé une femme. Moshesh et ses Bassoutos furent pillés, saccagés et complètement ruinés. Ils allèrent plus tard s'établir vers Thaba-Bossiou, qui devint la capitale de leur royaume.

Ces guerres, dont nous retracerons les principaux événements dans la partie historique de cet ouvrage , furent sanglantes. Le souvenir

Cl) est encore vivant dans Tesprit des naturels , et les sujets de Sékoniéla, dans leurs relations journalières avec ceux de Moshesb, prient sans cesse ceux-ci d'oublier les atrocités de Bouta- Boute. Les deux nations sont encore Tune pour l'autre un sujet de défiance et de crainte.

Nous ne parlerons point ici , parceque nous ne l'avons pas vue nous-méme, d'une mine de platine qui se trouve dans le quartier de Leincbouaning. Ce métal est commun dans le pays. Il abonde aux alentours d'Oumpoukani, et non loin de Rachossane, dans le district de Thaba-Bossiou. Celui qui se trouve près de cette dernière localité parait être d'une qualité inférieure. Le plus estimé se recueille à Intlouana-Chouana ; dans un petit ravin, à fleur de terre. Nous en avons ramassé quelques fragments que nous avons envoyés au Musée des Missions évangéliques de Paris. Les Bécbuanas le broient entre deux grès très durs; ils y mêlent de la poudre de charbon de bois et de la graisse, et s'en enduisent les cheveux. Ils lui donnent le nom de Sécama, qui est aussi devenu

celoi d'Intlouana-Chouana, lieu d'où ils le tirent. Ce petit village est bâti dans Texcavation d'un ioimeDse rocher,qni ressemble de loin à une babitation,et c'est de cette circonstance de sa position qu'il tire le nom dlntlouana* Cbonana. Il est habite par quelques Béchuanas, autrefois Cannibales. Ceux-ci s'^fuirent à notre approche, en chassant devant eux leurs troupeaux de chèvres et de brebis. Rassurés à la fin par nos démonstraiions amicales , ils revinrent à nous et nous offrirent Thospitalité. Ils nous apportèrent pour notre souper des citrouilles cuiles à l'eau ; et comme ils ne pouvaient nous loger, nous passâmes la nuit en plein air, au pied du rocher. Pour reconnaître leur hospitalité, nous leur annonçâmes l'Évangile qu'ils n'avaieut jamais entendu , et qu'ils écoutèrent avec une attention mêlée de frayeur. Ce fut à Intlouana-Chouana que nous nous séparâmes de M. Àllison , auquel il tardait de retourner à son poste; et guidés par Monailc qui ne voulut pas nous abandonner, et après avoir choisi les deux meilleurs chevaux parmi

ceux que nous avions amenés, nous nous disposâmes à pénétrer plus avant dans les montagnes Bleues, en quittant la direction du nord-est pour prendre celle de Test.

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