‹ Relation d'un voyage d'exploration au nord-est de la colonie du Cap de Bonne-EspéranceChapitre 8 sur 47 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Arrivée chez les Marimos. — Prédication. — Aspect de la contrée. —Notions historiques sur les Marimos. ~ Comment ils sont devenus cannibales. ~ Histoire de Hokapa-Kapa. — Détails sur les Marimos. — Chant cannibale. — Tribu des Makhatlas.-«Mœttrs et coutumes.— Cérémonie du Méseletso. — Littérature des Béchuanas. — Conte de Tsélané.

Après cinq quarts d^heure d*une marche pé* iiible, nous trouvâmes une mine de fer dans le fond d'une vallée adjacente au Calédon. L'exploitation de cette mine serait facile , mais les naturels ne s'en occupent point. — Nous continuâmes notre marche, et bientôt nous approchâmes de la tribu des Marimos ou Béchuanas cannibales , dont nous avions fréqucm-

ment entendu parler, de manière à ne pas nous faire envisager sans quelque inqniélnde Taccneil que nous pourrions rencontrer parmi eux.

La vue de ces noirs, dont nous connaissions les habitudes sanguinaires, n'était nullement propre à nous rassurer. Leurs regards perçants et farouches, leurs vociférations bruyantes quand ils nous virent approcher, le silence morne qui succéda à leurs cris , les instruments de mort, tels que massues, haches, zagaies, couteaux dont ils étaient armés, nous inspirèrent une frayeur qu'il serait puéril de vouloir dissimuler. Notre guide Monaïle , après m'avoir plus d'une fois répété tout bas qu'ils étaient antropophages , leur annonça mon arrivée en criant de loin : « Le Khoa la Mosheshï le Blanc de Mosheshithe nom de ce redoutable chef fut pour nous une puissante recomman* dation. Il changea leurs dispositions , en supposant, ce que nous ignorons, qu'elles nous fussent hostiles , et Dieu permit qu'ils ne nous lissent aucun mal.

Pti^, wo.

l.ith Paul Pbiil

OU Crin m baie. Béclniau.i

Je repris peu à peu quelque assurance, et j'annonçai à ces redoutables Marimos que j'étais jwjrteur de bonnes nouvelles, — « Le savonsnous i* 1» répondirent quelques-uns d'entre eux, ie leur demandai s'ils voulaient s'asseoir par terre pour les entendre : ils te firent tout en rae demandant ; «Pourquoi cela?« Lorsque Je les vis rangés en demi^cerclc autour de moi, je me plaçai ainsi que mon guide auprès de mon cheval dont je tenais la bride, tout prêt à m'y élancer au moindre signe d'hostilité, et je commençai, d'une voix un peu tremblante, à leur annoncer l'Êvangile. Quelquefois interrompu par las observations que les sauvages s'adrosiaieni les uns aux autres, je profitai des intervalles de repos qu'elles me laissaient pour élever mon âme au cielj pour raffermir mon courage par ta pensée de Celui qui veillait sur moi, et pour renouer le G 1 de mes idées dans une situation qui, on doit le reconnaître, était peu favorable h Timprovisation. Je terminai ma méditation par quelques versets de cantiques que les sauvages ré[»élercnt après moi, et par

une prière que je prononçai en idiome sessouto. Lorsque j'eus fini, j*enlendis les sauvages qui se disaient Tun à Taulre : a Oa re boleUa ga Morena oa legorimo. » — « 11 nous a entretenus du chef du ciel. » Lorsque je leur demandai ensuite s'ils aimeraient à avoir un morouti (missionnaire) comme les autres nations voisines, ils répondirent : « Oui. > — « Mais quand sera-ce? » leur dis- je. — « Tu le sais , tu le sais,» répétèrent-ils tous avec de bruyants éclats de rire.

Je pense qu'une mission pourrait être entreprise au milieu d'eux avec espérance de succès. L'exemple des peuplades limitrophes qui possèdent déjà l'Ëvangile a , jusqu'à un certain point, préparé celle-ci à le recevoir. Les Béchuanas sont naturellement imitateurs : ce que fait une tribu, une autre veut le faire aussi, et ce penchant est sans doute une dos causes qui a facilité en quelques endroits les efforts des missionnaires.

lia contrée habitée par les Réchuanas cannibales est fertile, bien arrosée, et jouit d'iio

climat excellent. De rendroil où je m'arrêtai en la traversant, j'aperçus trois villages peu éloignés l'un de l'autre, bâtis sur la peiUe de hautes montagnes au pied desquelles s'ét enflaient de beaux champs de blé indigène. Rassuré sur leurs dîsposilions, je ne craindrais pas d*aller fonder dans ce lieu une station missionnaire, qui par la suite pourrait devenir importante. Depuis Parrivée des missionnaires chez les Mantsetis et les Bassoutos, celle contrée tend à se repeupler, par suite des efforts des envoyés flirétiens pour détruire le cannibalisme, une des causes les plus actives de dépopulation.

La tribu des Marimos se compose au plus de quatre raille individus, répartis dans une tlouzaine de villages dont le plus considérable est celui de Léribé , sur les sources de la rivière Foutane. Ils menaient autrefois une vie nomade dans les montagnes Bleues où ils se rendaient formidables aux voyageurs. Mais leurs mœurs s'améliorent depuis environ huit ou neuf ans qu'ils ont repris leurs habitudes agricoles et pastorales, el qu'ils commencent à former des

relations avec leurs toîsîbs. Qttelqae&-iiD$ possèdent déjà de petits troupeaux dechèvrcs ^de brebis; ils s'adonnent anssi à la chasse, et ce n'est plus que secrètement qu'ils se livrent à leur goût pour l'antropophagie. Par exemple, en 1836, après notre passage parmi eux, ils mangèrent un des leurs nommé Ramancbane; mais ils eurent soin de faire courir le bruit que c'était un élan qu'ils avaient tué : ce root élan est fort équivoque dans leur bouche ; ils l'appliquent assez souvent à toute espèce de proie ou de capture. C'est ainsi qu'ils emploient la ruse pour ensevelir dans l'ombre le souvenir de leurs horribles festins. Quelqu'un vient-*!! réclamer un parent ou ami devenu la victime de leur voracité , ils prétendent qu'ils Tont envoyé au bois ou à la chasse, qu'il a été dévoré par une béte féroce ou qu'il a changé de demeure.

I^e chef décette horde se nomme Mabala : c'esi un homme d'une quarantaine d'années, robuste, d'une haute stature et qui passe pour bon guerrier. Ses sujets sont connus sous le nom de Marimosou Ma y a-Ba tus, man^eur^ d hommes.

Pa(f€ /W. ' .^

l.illi l^aul Prht

WAlR^.DfrTO iô)E [ll>:[F30;8U:^,.

Le terme marimo vieni du calTre amaiemo, par le retranchement de la préfixe a étrangère an séchnana, et par le changement commun de / en r, et de ^ en i. Le singulier de marimo est lerimo. Certaines nations caffres ou matébélés disent aussi amfiarvmo {cannibaLes).

Les Marimos formaient originairement une tribu nombreuse, riche et puissante, habitant au nord de la contrée où ils résident actuellement : on les connaissait sous le nom de Bafoukings. Koloumi, le chef le plus ancien jusqu'auquel nous ayons pu remonter dans leur histoire, mourut dans un âge fort avancé, dans le pays situé au-delà de la jonction duNamagari avec le Lekoua. Il laissa pour successeur Holoukuane, qui émigra avec ses sujets , et vint se fixer à Bouta-Boute, où il périt ensuite de misère. Son filsEngabi fut encore plus malheureux que lui- 11 vit sa horde pillée et ruinée par un célèbre conquérant sorti de Test, appelé Pacariia. C'est alors que les Bafoukings, en proie au plus affreux dénuement, commencèrent à devenir par nécessité brigands et antropophages. Leur

chefEngabi ne put survivre à tant d^borreurs, et se laissa mourir de faim en disant : c Je f suis vieux et desséché; il me reste peu de jours € à vivre : laissez-moi mourir, car, par Kolou- < kuane, je ne toucherai point de chair humaine.» Mabala , son successeur, fut comme lui exposé aux attaques des CafTres^ à relies d'un chef mossouto qui existe encore , et surtout aux fureursde la reine Mantaetis qui, en 1822, assiégea Leribé, sa ville principale, massacra ou dispersa les habitants, et dévasta les champs de blé, seule ressource de toute la peuplade. Dès ce moment , la fureur des Marimos ne connut plus de frein. Pressés par la famine , ils se mirent à attaquer les voyageurs en plein jour, à leur tendre des pièges pendant la nuit , à se jeter sur eux comme sur une proie, et à se dévorer entre eux pour assouvir leur faim.

Voici ce que me racontait à ce sujet Mokapakapa, un des habitante de la station de Morija : « Pendant quatre ans, me disait-il, j*ai été moi- « même cannibale; voici comment je le devins. « Obligé de fuir avec ma famille devant un en-

nemi qui me poursuivait, je me mis en route pendant la nuit, de peur d'être aperçu des Marimos ; je ne pus néanmoins échapper aux pièges qn'ils tendent aux voyageurs. Deux Marimos, embusqués sur notre chemin , ten* dirent brusquement à notre passage leur fatale tresse de joncs. A peine fûmes-nous renversés, moi, mes trois femmes, mes enfants et mes domestiques , qu'une troupe furieuse se jette sur nous, nous bâillonne avec des morceaux de peaux , et nous conduit au kraal en nous accablant de coups et criant : oua! oua! comme des bergers qui mènent un troupeau. Arrivés au kraal , nous fumes accueillis par ces féroces acclamations : du gibier ! du gi-^ 6ier/Dans leur langage, où l'ironie se mêle à la cruauté, mes enfants étaient deux jolis agneaux j leurs mères étaient trois vaches, mes trois serviteurs étaient trois bœufs ^ et moi j'étais un élan. Ces paroles étaient notre arrêt de mort. Ma mère, mes femmes, mes enfants , mes domestiques furent sous mes yeux massacrés , dépecés, cuits dans des vases

« ou grillés sur des charbons, et dévorés jus- « qu'au deruier. Je dus à ina maigreur et à ma « qualité de chef d'être seul épargné : on me <i mit à garder les champs de blé, et malheur à « moi si les sauterelles venaient y faire quel- «que dégât; j'étais lié de grosses cordes et « meurtri de coups de fouet, sous prétexte que c je n'étais pas assez vigilant. •

Ainsi que nous l'avons dit, c'est la famine qui, par degrés, a conduit lesMarimos à ces horribles extrémités. Mais ce qui n'était dans l'origine qu'une nécessité est plus tard devenu une passion ; ils ont pris goût à ces odieux repas et sont devenus friands de chair humaine. Us apportent dans le choix de ces mets une certaine recherche; ils rejettent tout ce qui est maigre et s'attachent de préférence à la chair des enfants. Aussitôt qu'ils se sont emparés d'une victime, ils lui coupent le troisième doigt, et laissent saigner la blessure jusqu'à ce que la vie soit éteinte ; ils déchirent ensuite les mains et les pieds, et vident le crâne dont ils se font une coupe; ils gonflent de venl la vessie, et la

suspendent comme un trophée à leurs têtes ou aux murs de leurs habitations. Nuit et jour ils épient les passants ; lorsqu'ils en aperçoivent quelqu'un dans la plaine, ils fondent sur lui du hautde leurs retraites, le saisissent, le garrottent et le conduisent au kraal. Si sa résistance leur est importune, ils le dépècent à l'endroit même où ils Tout pris et l'emportent par morceaux. Après avoir dévoré la chair, ils font fondre la graisse au soleil ou au feu, soit pour la boire, soit pour s'en frotter les cheveux. A défaut d*autres victimes ils mangent leurs femmes et leurs enfants, dont ils font entre eux des échanges mutuels. Voici le chant de mort qu'ils entonnent au commencement de leurs sanglants sacrifices :

< Re Marimo, re ya batu ; re ka.gu ya, re ya € batu. Re ya bokuana ba eincha, le ba' 'nguana c e monyenyahe; re ya menoana a b'atu; re • ya senya bêla sa motu ; mosoun soa nyana oa « Marimo, u mokatlakutsoana pchanpchan taka < tsa ame! »

« Nous sommes des antropophages ; nous « mangeons les hommes, nous pouvons te man-

IIG

« ger. Nous mangeons la cervelle du chien et « la cervelle du petit enfant ; nous mangeons « les doigts et la graisse de l'homme. Jonets «* des Marimos, vous leur chatouillez le gosier. « Allons ! à Tœuvre, camarades ! >

Les Marimos n'emploient pas toujours la violence pour amener les voyageurs dans leurs repaires ; ils ont quelquefois recours à la ruse. Lorsqu'ils ont lieu de craindre une sérieuse résistance de la part d'un étranger surpris par eux, ils cherchent à le tromper sur leurs projets, « Suis-nous, lui disent-ils, nous te ferons « grâce , tu garderas nos champs, et tu nous iras « chercher du bois. » Ou bien : c Qui vous a dit < que nous dévorions nos semblables? C'est une « calomnie. Nous ne cherchons qu'à nous forti- « fier contre nos ennemis. Vous n'en avez pas c moins que nous. Unissons-nous pour les com- « battre ; arrêtez- vous donc à notre ville. > C'est ainsi qu'au témoignage des naturels ils ont fait périr, dans l'espace de deux années , plusieurs milliers d'individus.

A deux ou trois lieues au sud de Kuéning, en

longeant la chaine des Maloutis, on trouve une autre tribu dé cannibales appelés les Makhatlas. Rakotsuane, leur chef principal, gouverne quatre kraals, dont le plus considérable est Sé^ fika. Ils sont tributaires de Moshesh qui leur a confié le soin de ses troupeaux à condition qu'ils s'occuperaient de la culture des terres et qu'ils cesseraient de dévorer ses sujets, les cannibales desenvîrons d'Intlouana-chouana; mais ils redoutent Sékionéla et sa cruelle mère Mantaetis. Les Marimos ne diffèrent point, quant aux caractères physiques, des autres Béchuanas des montagnes. Ils sont en général robustes et d'une taille bien proportionnée; ils ne présentent point la hideuse maigreur des cannibales de la Nouvelle-Zélande; ils vivent sous un climat excellent, et, depuis qu'ils on t commencé à vivre de chair humaine , cette odieuse nourriture ne leur a jamais manqué. Au cannibalisme près, ils ont les mêmes mœurs, les mêmes coutumes, les mêmes superstitions que les autres tribus béchuanases. On retrouve de plus chez eux l'usage des sacrifices humains , à l'occasion

d'une cérémonie appelée m6«6/6/50 oa mabélCj ou le bouiUonnage du blé. Ils choisissent ordinairement pour ce sacrifice un jeune homme gras et de petite taille ; ils a'em parent de lui, soil avec violence, soit en l'enivrant de yoa^la. Ils le conduisent ensuite dans les champs, etlMmmolent , selon leur expression , pour semence au milieu de leurs blés. Son sang, après avoir été coagulé aux rayons du soleil, est brûlé, ainsi que Tos frontal , les chairs qui en dépen* dent, et la cervelle. Les cendres sont répandues sur la terre pour la fertiliser, et le reste du corps sert de nourriture.

Les autres Béchuanas ont aussi leur jnesetetso; mais, au lieu de brûler te sang et les os d*un homme, ils brûlent sur leurs champs des plantes d'une vertu mystérieuse, recueillies et préparées par l'Ëngaka le plus habile de la tribu. Quelques-uns font servir au môme usage les reins de l'élan ou le fumier de la brebis. Quand la fumée s'élève et couvre bien les blés, c'est le signe d'une récolte abondante , et lorsque la moisson est riche ils disent que leur

meseletso était bon, et plus ordinatrement que

iuurs cbanips oot clé bénis par leurs meriinos^ c'est-à-dire par leurs dieux ou les m&oes de leurs ancêtres.

Nous ne terminerons point ce sujet sans donner à nos lecteurs une idée de la littérature des tribus qui babitent ces montagnes, si toutefois an peut appeler littét*ature les contes de vieilles femmes avec lesquels les mères endorment leurs enfants, et leur inculquent de bonne heure les premiers éléments de la morale bécbua** nase, c'est-à-dire la soumission à la volonté paternelle et la crainte des Mari mos- Parmi ces contes, qui remplacent avantageusement, chez les Bacbuanas, Tbisloire de la Barbe-Bleue ou du Petit-Poucet^ nous choisirons celui de Tsélané.

« Ua Moehuana avait une ûUe qu*il chérism rissait tendrement. Un jour qu'à l'exemple V de ses compatriotes il voulut émigrer avec • sa famille et ses troupeaux vers de nouveaux «pâturages, il dit à sa femme i Demain nous tt partons; et à sa tille : Mon enfant, tu partiras « avec nous. Le lendemain, il i hassa sou bétail

« (Je la bergerie ; sa femme rassembla les usteu- « siles de ménage, en remplit des corbeilles « qu'elle mit sur sa tête et sur celle de ses ser- « vantes, et dit à Tsélané : Suis-nous, mon en- « fant. MaisTsëlané répondit : Non, ma mère, «je ne vous suivrai point; notre maison est « décorée de grains de verroterie blancs et < rouges ; elle est trop jolie pour que je la quitte. «Dans les champs, ma mère, il fait froid la « nuit et chaud le jour ; il y a des tigres et des « lions, des hyènes et des panthères. Je ne Yeux « point quitter la maison. Sa mère lui répondit : « Mon enfant, puisque tu es si méchante, tu « peux rester ici toute seule ; mais enferme-toi « bien, Tsélané, de peur que tu ne sois mangée « par les Marimos ; et elle partit. Quelques^ jours « après elle revint voir sa fille et lui apporter à « manger. Tsélané, mon enfant, Tsélané, mon « enfant, prends ce pain et le mange. — J'en- « tends, ma mère, j'entends... Ma mère parle « comme l'oiseau ataga, comme le tsuere qui « sort du bocage. Pendant longtemps la mère «de Tsélané continua ainsi à lui porter delà

« nourriture; elle lui disait : Mon enfant, ne « l'opiniâtre plus; ton père a bâti une jolie mai- « son; suis-moi , réjouis-moi le cœur par ton 4 obéissance. Mais le cœur de Tsélané s'endur- « cissait chaque jour davantage. Elle ne se lais- « sait toucher ni par les prières de sa mère, ni « par le$ descriptions brillantes de la nouvelle « demeure de ses parents, ni par la crainte des « Marimos. Un. jour elle entendit une voix rau- « que qui lui disait : Tsélané, mon enfant, Tsé- « lané, mon enfant, prends ce pain et le mange. « Mais Tsélané répondit avec un rire moqueur : « Cette voix rauque n'est point la voix de ma «mère; tu peux te retirer, méchant Marimo. « L9 porte de ma maison donne sur un préci- « pice ; qui pourrait la forcer 7 Le Marimo s'en « alla ; il alluma un grand feu, il prit le fer « d'une houe, le fit rougir, et l'avala tout entier • pour s'éclaircir la voix ; t)uis il retourna vers « Tsélané qu'il essaya encore de tromper, mais « inutilement, car sa voix n'était pas encore < assez douce. Il alla faire rougir un autre fer «de houe, Favala comme le premier, et revint

dire à Tsélaaé : Tsélané, mcm enfant, Tsélané, mon enfant, prends ce pain et le mange. Tsélané, croyant reconnaître la voix de sa mère, ouvre la porte au Marimo. Celui-ci la saisit, la met dans un sac de cuir, et remporte vers sa demeure. Chemin faisant il eut soif; il confia son fardeau à une troupe de jeunes filles, et alla demander de la bière dans un village voisin, chez la tante de Tsélané, où se trouvait par hasard la mère de celle-ci. Pendant son absence, les jeunes filles regardèrent par un petit trou dans le sac et aperçurent un doigt. A qui est ce doigt? demandèrent-elles. — A moi, répondit une voix étouffée ; je suis Tsélané. Elles coururent aussitôt vers la mère de Tsélané,, et la firent sortir de la maison en cachette. Aussitôt la mère de Tsélané tira sa fille hors du sac. Elle mit à sa place un chien, des scorpions, des vipères, des insectes venimeux, des morceaux de pots cassés, des pierres. Elle referma le sac et s*enfuit avec «Tsélané et ses jeunes amies. Le Marimo, « étourdi par la bière, parlant tout seul et tout

haul, revint prendre son sacel l^emporta chez lui. Il dit à sa femme : Fais un grand feu dans la maison, mets une marmite pleine d*eau sur le foyer, et ferme bien la porte. Sa femme lui obéit. Alors le Marimo voulut ouvrir son sac. Oueh! oueh! king? king? (quoi! quoi! qu'est-ce? qu'est-ce?) Le chien et les vipères le mordirent, les scorpions le piquèrent, les têts le blessèrent, les pierres le meurtrirent. Ma femme, ma femme! criat-il, ouvre-moi. Mais sa femme n'entendit rien. 11 aperçut un petit trou vers le faite de la maison ; il s'y élança, courut comme un forcené par tout le village , se jeta sur un tas de boue, et fut métamorphosé en un arbre dans récorce duquel les abeilles vinrent faire leur miel ; et les jeunes filles de la contrée allèrent au printemps y recueillir des maka" petla a linotsi (des gâteaux de cire gonflés de miel). »

Page 1