f- Réba ou T^^w^f Mercure grec z,66oç
Voici leur position dans l'espace :
4» Nord Est.
1» Sud-Est.
3» Nord-Ouest.
2» Sud-Ouest.
D'après la théorie de Pythagore, les nombres pairs étaient heureux et les nombres impairs malheureux, mais il y avait exception pour le nombre 1 qu'il rangeait parmi les pairs, comme étant lui-même l'origine de toute numération. Ces quatre nombres représentent un homme étendu sur le dos, dont la tête serait au sud-est, le bras gauche au sud-ouest, les pieds au nord-ouest et le bras droit au nordest : telle est l'orientation que l'on donnait généralement aux temples et aux sarcophages.
Le nombre malheureux par excellence était le triangle Shalish, qui veut dire le sommeil de l'homme en phénicien, et se traduit en grec par Trygon, le marc du pressoir, ou VUadès^ aussi c'était le heu choisi de préférence pour les nécropoles, les pressoirs et les aires à dépiquer le blé. Les marcs d'olive et de raisin étaient brûlés pour être ensuite répandus sur les vignes ; cet usage semble avoir donné naissance à l'incinération des cadavres qui paraît avoir pris naissance en Perse, n'a jamais été adopté que partiellement par les Grecs et a toujours été repoussé par les Juifs et les Phéniciens, aussi bien que par les Étrusques. La nécropole d'Utique nous fournit de nombreux vestiges d'incinération, antérieurs à l'époque romaine, qui annoncent par conséquent une population grecque considérable. Cependant ce sont les inhumations qui dominent. Parmi les objets que nous avons trouvés figurent de nombreux triangles de bronze ou Shalish, mais ils devaient être communs aux deux rites phénicien et grec qui, à Utique, ne paraissent avoir différé cjne par des nuances résultant uniquement de l'emploi de deux langues liturgiques différentes. Ainsi l'hypogée de Gournata aurait pu tout aussi bien être consacré à la déesse Thyoné qu'à la déesse Madoka^ si l'on s'en tenait à la pièce
OÙ se trouve le mortier, dont la décoration se traduit exactement de même dans les deux langues. Mais les Grecs n'emploient jamais dans leur |ornementation des chapelets d'olives et de pointes géminées, et cependant il serait fort possible que l'architecte qui devait savoir les deux langues se fût étudié à combiner ses symboles de façon à ce qu'ils fussent également intelligibles pour les deux liturgies. Car, des olives donnent en grec Élakhys^ ce qui veut dire amoindri. Autant qu'il nous est permis d'en juger par nos fouilles, la liturgie grecque se rattachant au sanctuaire du lac Triton, était la plus ancienne. L'hypogée de Gournata semble se rattacher, comme époque, à celle où l'on a introduit le style grec en traduisant' ses formules en phénicien. Cette époque pourrait être comparée à notre seizième siècle, où nos livres liturgiques furent traduits en langue vulgaire.
Ce qui est certain, c'est que le sanctuaire de Gournata ressemble beaucoup à ceux de Malte et de Gozzo et doit remonter à la même époque. Ils se composent également de deux salles successives en forme de parallélogrammes communiquant par un passage assez étroit ; en face de ce passage s'ouvre une abside en hémicycle, au sol notablement plus élevé et jadis séparée du reste du temple par une barrière. On y a retrouvé la pierre conique qui, comme à Paphos, était l'image de la déesse Nature, et la Vénus de Milo a été exhumée dans une crypte tout à fait semblable. Cette"^ disposition s'est du reste conservée dans les éghses romanes où l'on adorait les vierges noires faites de basalte ou de bois de cerisier, qui y avaient succédé à la déesse Marca ou Marsa dont la tête, coiffée de merises, décore les anciennes médailles de Marseille. Marca, Marsa ou Martha est le [nom romain et gaulois du pilon. Les Grecs
la nommaient Massa ou Masse, et elle est restée populaire dans la superstition des lavandières qui tordent des cadavres pendant la nuit et les aplatissent à grands coups de battoir. Telles étaient les fonctions de Perséphone et de la déesse Madoka représentée par un mortier, ou par un cuvier. Elle présidait à la résurrection par le principe humide.
Les matériaux employés dans la construction de l'hypogée de Gournata sont de premier choix. Les blocs sont énormes et ont généralement plus de 80 centimètres de hauteur ; le tout est recouvert de stuc à une épaisseur de plus d'un centimètre. Nous y avons vainement cherché des traces d'inscriptions; il est probable qu'il n'y a jamais eu d'autre ornementation que les chapelets de la voûte, dont on expliquait la signification aux initiés.
La grosseur des matériaux et l'absence des culs-de-four, que M. Daux donne à juste titre comme un des caractères distinctifs du style phénicien, tendraient à faire croire que cette construction est due à un architecte grec et non phénicien, et qu'il a cherché à l'accommoder au goût des deux classes d'adorateurs qui venaient y faire leurs dévotions.
L'adjonction des culs-de-four aux deux extrémités des temples de Gozzo et de Malte est donc essentiellement phénicienne et représente les deux courbes ascendante et descendante du soleil, dont l'une se disait gah, monter, et l'autre hana, descendre.
M. Daux, dans ses recherches sur les emporia phéniciens (page 44) , décrit un monument de ce genre situé entre Suse et Kairouan, c'est-à-dire tout près du lac Triton qui, au dire de Diodore de Sicile, fut un des berceaux de la mythologie grecque ; il est voûté en encorbellement et construit en
blocage, c'est-à-dire beaucoup plus ancien que celui de Gournata. Il contient les traces de trois divisions intérieures, et la quatrième est une niche dans laquelle se voient encore les restes du Bethile ou Pilon, qui en était la divinité principale. M. Daux y a recueilli des ossements qui ont été reconnus ne pas appartenir à l'espèce humaine. Ce n'était donc pas un tombeau, mais un sanctuaire de la mère de Bacchus ou Thyoné. Malheureusement, il n'en donne ni le nom ni l'orientation.
En sortant de ce vénérable souterrain, nous n'aurions pas été fâchés de diner confortablement. Un des Arabes que nous avions emmenés d'Utique nous avait promis une fabuleuse quantité de gibier, si nous voulions bien lui prêter un fusil. Nous nous rendîmes à ses désirs. Presque aussitôt part à dix pas de lui une superbe compagnie de vanneaux ; notre homme ajuste magistralement, tire son premier coup, puis le le second.
Rien ne tombe, mais notre Nemrod n'en paraît nullement décontenancé. Il chevauche toujours en quête de carnage. Nous tombons sur une quinzaine de pluviers.
— Voilà votre dîner, dit-il solennellement ; il fait encore coup double, mais avec le même succès que la première fois.
— Allons ! disons-nous avec une philosophie non exempte de mélancolie, rabattez-vous sur les alouettes.
L'Arabe brûle une vingtaine de cartouches et nous apporte deux alouettes qui sont religieusement partagées au dîner entre tous les convives.
Nous avions toujours entendu vanter l'adresse des Arabes, et l'on nous soutenait qu'ils tuaient une caille à balle ; après tout c'était la faute à nos cartouches, qui n'étaient chargées qu'à plomb.
Nous quittons Gournata et, à quelques minutes de marche nous trouvons un puits de toute beauté, auprès duquel gisent des colonnes de jaune antique, couleur qui semble avoir été consacrée au dieu du nord-ouest, dont on construisait les temples au-dessus des citernes. Plus loin se trouve le marabout de Blidha-Sidi-Mohamed-Bou- Phares qui est entouré de ruines considérables, parmi lesquelles on remarque des pierres sculptées, des marbres de toute espèce et des colonnes de jaune antique consacrées spécialement à cette divinité, comme correspondant à la couleur du taureau d'Ephraïm, ou de la vache d'Astarté, qui se nommait 'pliar. Ce lieu doit donc avoir conservé sa désignation antique et devait former un centre de population important.
Quant à Gournata^ il est probable que son hypogée était entouré d'une nécropole, car M. Daux observe, à propos du monument du même genre qu'il a décrit, qu'il avait toujours été situé en dehors de tout centre de population, et il a noté la couleur du stuccage dont il était revêtu, qui était \ocre, ou ^rXv^, terre à foulon, qu'on tirait surtout de File de Milo, et dont la mère de Bacchus, Sémélé, avait tiré son nom, étant foulonne de son état, ce qui, vu l'habitude de porter à peu près exclusivement de la laine, correspondait à nos modernes blanchisseuses.
Pendant notre excursion, nos ouvriers ont découvert un puits de proportions grandioses. La margelle se trouvait à deux mètres de la surface du sol. Nous faisons venir un puisatier de Tunis.
Samedi, 12 février.
Nous partons pour Dougga.
Nous quittons Tunis à deux heures du soir et le chemin
de fer nous dépose à quatre heures et demie à la station de Medjez-el-Bab, où nous remplaçons ce genre de locomotion prosaïque mais confortable, par les ânes de l'Écriture. Le khalifat du lieu nous accorde une hospitalité quelque peu rustique, pour ne pas dire grossière, dont la pièce capitale est un poulet poivré à emporter la bouche. On transforme en chambre à coucher un magasin dans lequel l'espace ne manque pas plus, hélas ! que les insectes. Ceux de Medjez-el- Bab sont de dimensions colossales, et la garde qui veille aux barrières du Louvre n'en défendrait pas les rois. Les infiniment petits sont le fléau de l'Afrique. On se défend très aisément du lion et du tigre ; contre la puce et la fameuse mouche Tzetzé, il n'y a ni fortifications, ni armures qui tiennent. Nous leur servons de pâture, ainsi que notre fidèle Zoulou, bipède qu'il ne faut pas confondre avec mi quadrupède. Zoulou n'est pas un chien, c'est un serviteur indigène. Le poivre du poulet du khahfat est aussi intraitable à l'intérieur, que ses puces à l'extérieur. L'aube vient. Dieu sait avec quel plaisir nous fuyons ces bêtes voraces dignes descendantes de Madame Putiphar.
A six heures du matin, M. Valensi est prêt^ nous partons escortés par Zoulou et deux officiers arabes, avec un petit convoi de chevaux, de mules et d'ânes destinés à nous porter ainsi que nos bagages^ l'un de ces officiers fait partie de la maison du général Ben Ayad, l'autre est attaché à la personne du premier ministre, ils répondent de nous sur leur tête.
Le froid est intense pour l'Afrique, le thermomètre marque un degré au-dessous de zéro à sept heures du matin, mais la température se réchaufî'e avec une brusquerie dont nous nous passerions bien, car il fait 28° à midi et 31° à deux heures du goir.
Nous nous dirigeons sur Thoursouk qui est à quarante milles de Medjez-el-Bab. Le chemin est difficile. A Trabelsia, nous visitons les ruines d'un très grand temple accompagné de deux plus petits.
Après le deuxième temple, on rencontre une pierre milliaire encore debout, sortant d'un mètre de terre, ainsi qu'une inscription effacée par le temps. Près du dernier, se trouvent de grandes pierres travaillées en forme d'auges ; une d'entre elles mesure un mètre carré et devait être un bassin.
Le nom de Tehour est antique , c'est celui de Jupiter Atabirius ou du Thabor.
A partir de Trabelsia^ rien d'intéressant à signaler comme ruines, si ce n'est un amas de décombres en plein champ, qui dénote la présence des fondations de quelque édifice considérable.
Nous notons l'absence de toute espèce de marbres dans les ruines que nous avons aperçues jusqu'ici.
Arrivés à Sloughia, nous remarquons une tour en briques, fort délabrée, dont le soubassement en pierre est construit avec des débris d'édifices romains, jusqu'à une hauteur de deux mètres ; l'un des écoinçons se trouve même formé d'un chapiteau parfaitement conservé. Le haut de la partie en briques est encore émaillé çà et là de rares carreaux de faïence qui picpient d'autant de points lumineux la masse terreuse de la tour, et démontrent, comme l'assurent les Arabes, qu'elle était autrefois un minaret.
Dans l'intérieur du bordj, nous relevons quatre inscriptions dont trois encastrées dans les murailles de ses hideuses maisons.
La dernière se trouve dans la grande rue dont la largeur n'est pas moindre de trois mètres, ce qui fait que la fainéan-
tise arabe s'y trouve au large. Pour nous approcher de notre épigraphe, nous devons enjamber plusieurs gaillards barbus jouant aux osselets.
Nous nous remettons en selle après avoir pris quelques croquis, et nos chevaux font lever de nombreuses compagnies de perdrix. Nous cheminons sur des crêtes de montagnes qui rappellent les Pyrénées. Les grandes lignes du paysage sont admirables, mais la végétation est misérable. A notre gauche est un goum dont les habitants vivent sous la tente. Ces tentes sont fort grossières, toutes noires et tissues de poils de chameau. Le bétail est maigre, la chèvre est très nombreuse, les charrues sont étranges ; les bœufs ne sont pas liés au joug par les cornes, mais ils le portent sur de garrot ; le soc est un morceau de bois armé d'une pointe de fer.
Une de nos charrues de France travaillant après ces outils contemporains de l'âge d'or, retournerait partout la terre vierge. Pour qu'elle produise quelque chose avec un pareil labour, il faut qu'elle soit singulièrement complaisante.
Les champs de figuiers de Barbarie sont à peu près les seuls qui s'accommodent de cette culture à la diable, car ils poussent sur les cailloux ; aussi sont-ils superbes.
Nous arrivons à midi à Testour, un nom non moins phénicien que celui de Thebour^ qui veut dire le re^owr f/e Thish ou d'Adonis. Cet Adonis phénicien, l'amant d'Astarté, était ni plus ni moins qu'un bouc; il est vrai que la dame étant une vache^ n'avait aucun reproche à lui faire, au moins du côté des cornes. Mais le vulgaire n'est guère habitué à se représenter Vénus et Adonis sous les traits de deux variétés de l'espèce ruminante.
Un souvenir non moins antique vient égayer le déjeuner
rustique que nous prenons sur nos genoux dans le fondouk. Une hétaïre de passage, en arabe une Ghazié^ vient nous complimenter et noiis faire admirer la légèreté de son costiune et de ses tatouages, qui représentent des feuilles de figuier autour des poignets et des chevilles. Elle en porte un autre entre les deux seins qu'elle nous montre avec la même complaisance. C'est sur leur peau que nos ancêtres ont appris à écrire et à dessiner, avant de tanner celle du mouton et de la chèvre pour les orner de leurs élucubrations. Ces tatouages sont traditionnels et doivent être fort anciens. Le figuier se dit en phénicien riJi^ri, Théna^ et signifie en même temps YAmoia^ charnel. Nous ne sommes pas loin ài A(javé , aujourd'hui Heja , que nous nous proposons de visiter, et dont le nom a la même signification. On sait de quelle façon l'on honorait la déesse Tanit^ la Cotyto des Syracusains. Il est probable que cette demoiselle, qui s'est fait graver sur la peau une bijouterie dont elle ne peut pas être dépossédée, porte les armes parlantes de quelque tribu telle que celle des Ouled-Naid^ dont le nom (rnj) veut dire donwn meretricium. Cette façon de gagner sa dot était en honneur chez toutes les races de l'antiquité.
Nous continuons à noter l'absence de toute espèce de marbres, mais non d'auberges. Testour possède un gargotier italien ; rara avis.
A une heure et demie, nous repartons pour Tonga avec un soleil tropical : le thermomètre a haussé de 33 degrés depuis le lever du soleil.
Tonga est l'ancienne Tighnica[Qn phénicien ni>3 nDH, qui tue son adjoint). La victime est un bouc, et le meurtrier un agneau. Le christianisme en a fait des cousins germains, mais en leur laissant Idipeau de bouc qui distingue saint Jean
et la. peau d agneau dont on revêt encore les petits jésus de cire qui font l'ornement de nos vieilles chaumières.
Un superbe peuplier ombrage encore la source d'Ain- Tonga. Ses ruines occupent un espace considérable et s'étagent sur plusieurs collines qu'elles couvrent du haut en bas. Une grande construction probablement byzantine a été bâtie avec une foule de blocs antiques parmi lesquels sont encastrées nombre d'inscriptions relevées par M. Guérin. L'une d'elles est très importante au point de vue historique, parce que c'est la dédicace du temple à' Hercule frugifère^ refait de fond on comble sous le règne de Vérus,
Nous avons retrouvé le nom phénicien de cet Hercule ou Bacchus frugifère, qui est ici Hercule Tighnica et porte à Dougga le nom de Bacchus Prinatus. Prinatus correspond, en phénicien, à Frugifère. C'est le Bacchus ou l'Hercule dont nous avons retrouvé les deux statues dans les deux villes d'Utique, et dont les chrétiens ont fait ensuite le saint Laboureur saint Georges. Il est particuhèrement vénéré en Auvergne sous le nom grec de saint Vernix (Bepsvt^).
Les ruines du temple de sa victime Adonis ou le bouc se voient dans la partie haute de la ville et sont indiquées à la fois et par l'orientation de ce temple qui est sud-ouest^ et par sa situation sur un haut lieu pour indiquer la fortune décroissante. C'était de ces hauteurs qu'on précipitait le bouc émissaire lorsque ce rôle n'était pas rempli par un étranger, un criminel ou un esclave fugitif. Les Carthaginois y mettaient même un raffinement de cruauté en plaçant la victime, qui était souvent leur fils, sur les mains même du dieu toujours représenté de taille colossale, et de là elle tombait dans le brasier allumé pour la recevoir. La fameuse stèle du roi Mésa^ écrite en si beaux caractères sur du basalte noir.
a été gravée pour rappeler le sacrifice de son propre fils.
Ces horribles coutumes existaient partout, mais particulièrement chez les Gaulois, oùl'on fabriquait en osier une statue géante qu'on remplissait de prisonniers de guerre, et à laquelle on mettait le feu en l'honneur du dieu Esus, que les artistes gaulois représentaient aussi velu que son frère phénicien.
Elles avaient été abolies par Claude dans tout l'empire et, par conséquent, n'existaient plus à l'époque de la reconstruction du temple de Tighnica, dont il ne reste plus debout que la cella. Le portique est renversé ; il était d'ordre corinthien et bâti de blocs énormes.
La cella mesure 11 mètres, celle de Tightiicalm-mème^ dont le temple se trouve au-dessous, n'en mesure que huit. Ce dieu, qui est le Thésée des Grecs, avait toujours ses temples au pied des acropoles, comme le Théséon d'Athènes qui était dominé par le Parthénon. De même à Utique, nous avons retrouvé sa statue au pied de l'Acropole, dont la situation et l'orientation indiquent qu'elle était consacrée à Bal-Hmnon. On ht sur un bloc à moitié enfoui près du petit temple de Dougya :
. -AX TRIB POT HONOREM FLAMO OMNIQUE CVLTU EX- • •
Flamon, en phénicien la plénitude dHainon, correspond au grec IIsXwpoç et doit être le nom local de la divinité du grand temple. *
Notons, après ces deux seigneurs du lieu, un arc de triomphe très mesquin, im grand hémicycle construit en blocage qui semble phénicien et les vestiges d'une éghse.
Tighnica était alimentée par deux fontaines qui coulent
encore l'une à l'est, l'autre à l'ouest, et n'avaient pu manquer d'être consacrées aux Dioscures, ainsi que l'indique le nom de la ville.
Elle a été la résidence d'un évêque et, autant qu'on peut en juger, a dû posséder une acropole.
Nous nous remettons en route au coucher du soleil; le chemin est dangereux, les hyènes font entendre un long miaulement qui se termine par un éclat de rire ; nos chevaux ne trouvent pas cette gaieté de leur goût et tremblent de tous leurs membres. Bientôt nous sommes entourés de chacals aboyant de tous les côtés.
Cette faune locale mérite d'être étudiée avec soin, car nous la retrouvons dans nos fouilles. Ordinairement Adonis est représenté par le bouc ; mais, à Utique, le chacal, Diq ou Tan, exprime le dernier degré d'humihation de l'astre qui nous éclaire.
Les oiseaux que nous avons remarqués dans la journée sont de nombreuses bergeronnettes, des alouettes huppées, des perdrix grises, un oiseau inconnu, des bandes de pigeons, des oiseaux de proie, de nombreux merles, autant de dieux antiques.
Depuis Tonga nous faisons route avec deux Arabes qui viennent de Bizerte, c'est le maître et le valet. Ils conduisent deux chevaux chargés de poisson, vont au Kef et doivent marcher 36 heures sans s'arrêter. Le maître chemine sur les quatre jambes de son âne, le serviteur sur les deux siennes. Qui faut-il plaindre le plus, de ceux qui mangent ce poisson si étonnamment frais ou des pauvres bêtes qui le portent? En chemin de fer, le poisson arriverait frais, les convoyeurs aussi. Faites-le donc comprendre à ces descendants de Phut.
Nous nous croisons en route avec un magnifique Sloughi ou lévrier pur sang.
De nombreux aboiements nous annoncent l'approche de Thoursouk, nous descendons chez le khahfat, qui est borgne ; borgne aussi était celui qui nous avait si solidement poivré le palais à Medjez-el-Dab. Espérons que celui qui lui succédera ne sera pas aveugle. Puisque nous en sommes au chapitre des mutilations, notons à ce propos que nous avons fait le voyage avec un âne dont l'oreille est fendue. Ne croyez pas qu'il en soit moins fier, ni surtout qu'on en soit moins fier, car cela veut dire qu'il est né un jour férié, c'està-dire un vendredi. Mais cette coutume remonte certainement au-delà de l'islamisme, car en France on fend ou l'on fendait les oreilles aux chevaux réformés et il est probable que cette mutilation a une origine sémitique. En eff'et, en hébreu ptar-azn veut dire libre de charge et oreille fendue. Il est donc à croire que dans l'origine les ânes auxquels on fendait l'oreille étaient dispensés de travailler. Aujourd'hui ce n'est plus fpi'un blason de gentilliomme, dépouillé de toute espèce de privilège. Et l'âne est un gentilhomme de vieille date, car son nom est phénicien et veut dire oreillard; aussi les Orientaux le traitent en gentilhomme, ne fût-ce que pour avoir porté Notre Seigneur Aïssa. Pour compléter ces renseignements sur les bêtes à oreilles plus ou moins longues, disons que six quadrupèdes et un guide nous ont coûté 40 piastres pour
heures de service, soit 22 francs.
Sans être plus borgne que le khalifat de Medjez-el-Bab, celui de Tboursouk nous reçoit beaucoup moins rustiquement et nous en obtenons une installation presque confortable. Aussi est-ce avec un plaisir sans pareil que nous allons nous coucher. Allah nous garde des puces monstres, altérées de sang roumi !
Nous quittons Tboursouk à 7 heures du matin et nous arrivons à Dougga après avoir relevé quatre lettres d'une épigraphe encastrée dans un mur de clôture.
Les habitants nous font un gracieux accueil et nous admirons le curieux panorama de cette vieille cité lybi-phénicienne. Dougga^ anciennement Thucca^ semble porter le même nom qu'Utique et devait être comme elle dédiée aux Dioscures ou adjuncti. Son plus bel ornement était, il y a quelques années, un tombeau décoré d'une épigraphe bilingue en caractères lybiens et phéniciens. Malheureusement il a été en partie détruit par les ordres de M. Thomas Reade, consul d'Angleterre à Tunis, qui en a fait démolir toute la façade pour emporter l'épigraphe à Londres. C'est un acte de vandalisme que l'exemple de lord Elgin ne saurait excuser, et qui a encore été aggravé par la barbarie avec laquelle cet ordre a été exécuté par des brutes arabes. Ils ont démoli toute la façade orientale et obstrué les chambres sépulcrales inférieures pour enrichir le muséum d'un mince sciage, lequel aurait été parfaitement remplacé par un moulage. On ne saurait trop signaler à l'indignation du monde savant de pareils actes de béotisme. Un certain palicare du nom d'Ulysse fit sauter le lion de Chéronée il y a une cinquantaine d'années, pour voir s'il n'avait pas de trésors dans le ventre. Mais au moins était-il béotien de naissance.
Le monument de Thugga est donc mutilé à jamais. On peut cependant, par ce qu'il en reste, en rétabhr encore le plan.
Sa longueur est de 6 mètres 44 centimètres et sa largeur de 6 mètres 18, ce qui donne un carré presque parfait. Chacun de ses angles était orné d'un pilastre d'ordre ionique
cannelé dont les débris gisent à terre ; il était divisé en deux étages, dont le premier renfermait quatre chambres et le second deux seulement. Ce dernier, qui a été presque entièrement précipité dans l'étage inférieur, était surmonté d'une espèce de pyramide. L'ensemble était donc de style gréco-asiatique et avait du être construit par des architectes grecs, vers le iv"' siècle avant notre ère.
L'orientation des portes, dont l'une était à l'est et l'autre au nord, rappelle celle du grand tombeau de Salamine à Chypre et indique que l'angle sacré, c'est-à-dire l'angle sud-ouest, était consacré au dieu de la mort, désigné dans des épigraphes d'Utique sous le nom de Pim-isish^ le vieux satyre, dont le nom est écrit dans la crypte de Gournata par une olive et deux pointes géminées.
Il était bâti tout entier de grandes pierres de taille tirées de la montagne voisine. Deux grandes dalles de même matière, ghssant dans des rainures, fermaient les deux portes.
M. Guérin, qui a visité ce monument en 1861, a pu voir encore un torse de femme ailée dont la tête et les membres manquaient et sur un bloc de 1 mètre 60 de long par 0,89 de large, un quadrige ou tétrapole en haut-relief dont le conducteur était très mutilé. Le même décor était reproduit sur le côté opposé, et ces deux victoires avec ces deux tétrapoles devaient orner la partie supérieure de l'édifice.
Nous n'avons pas vu les nobles débris dont M. Guérin signale la mâle raideur, raideur qui ne pouvait appartenir qu'à une haute époque de l'art grec, et un Vandale d'Albion a emporté à Londres l'épigraphe qui aurait pu nous en donner l'explication. Fort heureusement, nous avons avec nous l'ouvrage de M. Guérin qui en contient un fac-similé que le duc
de Luynes a fait soigneusement graver d'après l'original. Il est regrettable que le savant voyageur n'ait pas cru devoir y joindre la traduction de Gesénius, si fautive qu'elle dût être, faute d'une transcription exacte ; mais après tout, le phénicien n'est pas aussi difficile à lire que le chinois, et nous pouvons déchiffrer sans trop de peine, vu la netteté des caractères, la moitié du texte phénicien contenant surtout des noms propres dont voici la traduction :
« Tombeau de Sathdin, fils à'Ip-matat, fils de Palek- Abdon; prince du peuple de Baresh, pontife de la grasse Astarté, il a chanté Béka-thhal, il a pleuré Ip-matat, il a pleuré Palek menant son char, il a pleuré Kar paz (l'agneau pur). »
Le reste de cette épitaphe raconte le voyage de Sathdin dans l'Hadès et est par conséquent une des plus curieuses qui existent, car la fameuse épitaphe à'Eshmunazar ne donne que très peu de détails sur la religion des Phéniciens de Syrie, qui semble avoir été beaucoup moins développée dans ses conceptions sur l'autre vie que celle des Phénico- Ly biens.
Le défunt se nomme Sathdin (le juge fouetteur) ; il a pour père Ip-matat (la belle au lit), et pour grand-père Palek- Abdon (le rond qui meurt).
Il est prince de Baresh (la fiUe dans la citerne). C'est la traduction exacte de Héré Lacinia et le nom du nome dont Dougga faisait partie qui était situé au nord-ouest de la Zeugitane. Enfin il était pontife de la grasse Astarté.
Le texte lybien est écrit en caractères dont les Berbères actuels se servent encore et qu'on nomme Klemtifinag. F. Lenormant n'a pas classé cet alphabet dans sa savante étude sur la propagation des alphabets cadméens. Cependant
son origine cadméenne n'est pas douteuse ; il se rapproche beaucoup de l'alphabet irlandais connu sous le nom à'Oghams et qu'on sait avoir été importé d'Espagne ; mais il ne ressemble pas moins au syllabaire gréco-chypriote, qui semble avoir précédé l'alphabet dit phénicien. Le Klemtifinag est-il venu de la Bétique ou a-t-il été apporté d'Asie par les tribus Ghétas qui dépassèrent l'Egypte et précédèrent les expéditions des Argonautes? Il est probable que les deux opinions doivent être admises, car il semble un mélange à'Oghams d'Irlande et de grec archaïque. Ses formes carrées le rendent d'une lecture infiniment plus certaine que le phénicien africain ; aussi rien n'est plus facile que le déchiffrement de l'épigraphe ly bique. On s'aperçoit alors que, si la langue et la grammaire diffèrent du phénicien, tous les noms rehgieux sont cependant empruntés à cette dernière langue, ce qui permet de suivre d'un bout à l'autre le texte lybien. Il serre d'assez près le texte phénicien et peut en être considéré comme l'abrégé.
Sathdin devient en lybique Satat (le signe du fouet). Son père se nomme Riq (pauvre) pour Ip-matat (la belle au lit). Son grand-père est Stor (le rond) pour Palek, qui a la même signification. Il prend le titre de pil (juge) au lieu de Adon (prince), et ce titre doit être en même temps civil et religieux, car il ne répète point celui de Kon, pontife, à propos î)iAh-Astoret (la grasse Astarté), qui se nomme en lybien Ah- Dol (la grasse qui diminue), le nome qu'il gouverne est Melghi pour Baresh et veut dire la grasse en terre.
Le lybien était donc fortement imprégné de phénicien et l'un et l'autre suivaient le rite grec du lac Triton, traduit en phénicien, non en lybien.
Le nom de Thugga ne se trouve ni dans le texte lybien,
ni dans le texte phénicien. Sathdin ou Satat invoque successivement les quatre divinités cardinales de son nome, qui sont :
Phénicien Lybien