ROMAN
La brigade qui fouille depuis deux jours un monceau de ruines que nous supposons être la maison d'im sénateur, après avoir mis à découvert les murs extérieurs, a trouvé à 1"50 de la surface, la porte qui donnait accès dans l'Atrium.
Le dallage n'est pas en mosaïque, il est du plus beau marbre blanc, veiné de pourpre. Nous nous flattons que cette fouille sera productive, mais nous ne le saurons malheureusement que dans deux jours, tant est considérable la quantité de terre qu'il faut déplacer.
La plus forte escouade a encore pour trois jours de travail près de notre maison. Gomme d'habitude, on trouve des ampuUœ^ des capis et bon nombre de petits bijoux insignifiants. Les pièces les plus intéressantes sont une magnifique épingle de bronze, qui a dû servir à rattacher un peplnm^ une tête de cheval en terre cuite et une toute petite statuette en bronze de 2 centimètres de hauteur, représentant Minerve.
Samedi, 5 ma^'s.
Température 7 h. matin -\- 12.
— midi + 20.
— 7 h. soir + 15 1/2.
Les fouilles se continuent sur les quatre points à la fois.
Nous renonçons à celle"^ de la villa, non seulement elles ne donnent rien, mais aucun indice n'annonce qu'elles doivent donner quelque chose.
Dans l'église, à 3 mètres de profondeur, les ouvriers découvrent un caveau rappelant ceux de nos cimetières modernes.
Tout près, séparés par une pierre mitoyenne, trois sarcophages sont mis à nu, et il est probable qu'il y en a d'autres^ mais, comme nous n'y trouvons rien, ce travail aussi pénible cju 'improductif est abandonné pour concentrer tous nos efforts sur une belle mosaïque blanche que nous avons
découverte à un mètre de la surface. Tout nous porte à croire qu'elle formait le pavage d'une salle au dessous de laquelle se trouvaient des sépultures chrétiennes.
En déblayant cette mosaïque, dont jusqu'à présent nous ne voyons qu'un angle, les ouvriers recueillent une fort belle colonne cannelée, de marbre blanc et de très beau style. Cette stèle a un mètre de hauteur et devait supporter un vase ou une lampe.
Près de la maison, indépendamment de leur tribut habituel d'onguentaria, les fouilles nous ont donné une des plus charmantes statuettes que nous ayons trouvées jusqu'à présent. C'est Eros naviguant sur une amphore à laquelle il a attaché une voile qu'il tient à deux mains. Ce sujet est essentiellement grec.
Nous avons trouvé aussi un collier de femme très bien conservé, en bronze, représentant un serpent auquel étaient probablement suspendus des tintinnabula.
Mais la plus intéressante de nos explorations a été celle à laquelle se livre la quatrième brigade. Décidément, nous devons avoir découvert l'un des riches et nombreux temples d'Utique. C'est avec une impatience fébrile que nous guettons le moindre petit bout d'inscription, le plus léger vestige qui nous fixe à cet égard. Tout ce que nous savons jusqu'ici, c'est qu'à 1"50 du sol se trouve une belle mosaïque que nos ouvriers sont en train d'exhumer. A quelques pas de là, nous avons opéré un sondage qui n'a donné aucun résultat satisfaisant.
M. Valensi, de retour de Tunis, est venu s'adjoindre à nos travaux.
Dimanche, 7 mars,
Température 7 h. malin -\- ii.
— midi + 24.
— 7 h. soir + 12.
A neuf heures du matin, Giuseppe, chef de la hrigade chargée de fouiller l'emplacement du temple désiré, arrive la figure toute rayonnante, avec une tête de statue à la main. Derrière, marchant lourdement, suit son meilleur ouvrier, chargé du torse et des pieds de la statue d'enfant à laquelle appartient cette tête.
La joie est générale, surtout lorsque l'heureux auteur de cette découverte a reçu quarante francs à titre d'encouragement.
Nous nous empressons de replacer un bras malheureusement brisé en trois fragments par un coup de pioche. Il n'est pas douteux que cette statue ne représente un Bacchus enfant, portant un livre qui lui avait fait donner par les Romains le nom de Liber ; mais à Utique c'était le dieu du Biblos ou du mont Gebel, d'où étaient partis les colons sidoniens ayant fondé Utique. Biblos n'est que la traduction grecque du phénicien Sepher, mot qui veut dire nombre et par extension livre ; nous nous trouvons donc en présence de Cadmon, l'inventeur de la numération, dont on a fait ensuite l'écriture. Pour bien comprendre son rôle, il faut se rapporter à la théorie de Pythagore sur les nombres, théorie qu'il avait probablement rapportée de Chypre. Dans son système, Apollon ou le dieu que nous avons devant les yeux avait le numéro 1 . Bien qu'enfant on le nommait Cadmon, ou l'ancien, parce que Eros dans la théogonie d'Aristophane, qui ressemble de tout point à celle de San-
— IGl — -
choniaton, était le plus ancien des dieux. Or, parmi les étymologies du nom d'Utique il en est une Çp^V) qui veut dire ancien ; mais ce qui est plus concluant, c'est que Vîle formant le noyau primitif de la ville d'Utique est rigoureusement orientée par le canal qui la sépare de la terre ferme, dans la même direction que Notre-Dame de Paris et les églises gothiques, c'est-à-dire nord-ouest sud-est, ce qui est juste la situation cosmographique de Cadmon |qui était le dieu du nord-est et correspondant au Castor grec.
Nous possédons par conséquent le patron de la ville d'Utique; il est de style grec et probablement d'époque grecque s'il faut s'en rapporter au magnifique dallage de marbre blanc et pourpre qui a du précéder l'époque romaine ; mais à ce double mérite il en joint probablement un autre encore plus rare^, celui d'être de composition phénicienne. C'est bien le dieu Sepher.
Son temple devait être d'une grande richesse, si nous en jugeons d'après les plombs, bronzes et marbres jaunes, verts antiques et porphyres que nos ouvriers remuent à la pelle.
Nous faisons cesser tous les travaux autres que l'exploration de ce temple, pour y faire converger toute notre petite armée de travailleurs. Deux heures plus tard un ouvrier découvre la main droite qui serre dans ses doigts enfantins le volumineux biblos.
En notre présence on met à découvert la plus belle et la plus intéressante des mosaïques que l'on puisse imaginer.
Nous commençons par nous accorder la joie d'en laver un petit bout afin d'en reconnaître la beauté et la richesse, ce qui nous force à faire suspendre le travail pour ne pas provoquer d'amoncellement qui gênerait les autres ouvriers.
Notre lavage fait apparaître deux personnages, il y en
a probablement beaucoup d'autres. Les cubes de marbre, qui sont généralement de 8 lignes, n'en ont plus que quatre lorsqu'il s'agit de reproduire des personnages comme ceux que nous venons de découvrir, c'est-à-dire qu'elle est d'une grande finesse.
A chaque instant les ouvriers nous appellent sur un point ou sur un autre pour nous faire constater la présence de plusieurs mosaïques plus grossières que la précédente, mais très belles et très décoratives, qui devaient orner le passage conduisant d'un bout à l'autre du temple. Six colonnes sont déjà déblayées, nous avons le plaisir de les remettre en place et de réparer jusqu'à un certain point l'œuvre de dévastation barbare des Vandales, à moins cpie ce ne soit celle de Galla Placidia; cjuant aux Arabes, ils ont dû venir trop tard.
Nous nous réservons d'attendre la fin des fouilles pour donner une description plus ample et plus détaillée de ce splendide monument dont la découverte est une bonne fortune inespérée pour nous et pour la science.
Le soleil commence à chauffer à tel point que les scorpions se réveillent ; tant pis pour eux car rien n'échappe à nos investigations. Sur un socle qui porta peut-être autrefois le dieu du vin, trône un fort bocal rempli du dieu moderne de la race anglo-saxonne, et recommandé récemment par M. de Bismarck aux travailleurs allemands, comme plus énergique que la bière. En un mot c'est de F esprit-de-vin dans lequel scorpions gros et petits saisis par les ouvriers viennent faire un plongeon sans qu'on ait le moindre égard pour leur vieille parenté avec Hermès. On ne respecte pas davantage les serpents, arrière-petits-cousins de la déesse Tanith; ils ne sont pas de la grosseur de celui qui arrêta Régulus, et nous assistons à la lutte que se livrent ces divinités du bon vieux
temps avant de trouver Féternel repos, dans notre aquarium zootechnique. ,
Lundi, 7 mars.
Température 1 h. m. 12 1/2
— midi + 23
Au soleil à 2 h. +42
Rien de bien particulier à noter aujourd'hui. Les ouvriers ont travaillé avec une assiduité suffisante, malgré l'extrême chaleur, grâce à Tespoir de trouver quelques louis au bout de leur pioche. S'associer les travailleurs, lorsqu'on entreprend des fouilles, est, nous le répétons, la meilleure des méthodes à employer.
Le temple a été déblayé en grande partie, demain nous en ferons le plan et le croquis; plus nous y réfléchissons, plus nous sommes frappés de l'importance de la découverte que nous venons de faire.
Deux belles citernes ont été mises à jour. Celle qui a été découverte la première a été visitée par les ouvriers après avoir pris toutes les précautions d'usage. Elle a six mètres de profondeur, trois de longueur et un mètre cinquante de large. La maçonnerie en est superbe et revêtue de ciment sur toute sa hauteur.
Nous y avons trouvé trois lampes, dont l'une porte un lion ailé. Dans l'épaisseur d'un mur nous avons découvert une petite boite en plomb avec son couvercle, ayant exactement la forme d'un carton à chapeau. Deux tuyaux en plomb très épais conduisaient les eaux dans les deux citernes. Tout nous porte à croire qu'ils étaient destinés à faciliter l'écoulement après les ablutions.
Le reste de nos trouvailles se compose de nombreuses pattes à scellement assez bien conservées, en bronze, d'une poulie en pierre de 30 centimètres de diamètre, plus 3 mètres carrés environ de fort bonnes mosaïques. L'emplacement de la précieuse mosaïque dont nous avons parlé hier a été dégagé. Un peu de mortier y adhérait encore, nous n'avons pas voulu la gratter avant de l'avoir enlevée, craignant de diminuer sa solidité. Nous n'avons donc pu nous rendre qu'un compte très approximatif du sujet qu'elle traite. Pourtant nous avons pu constater, non sans une vive émotion, quïl s'y trouve plusieurs personnages et de nombreux poissons. Mais, nous lisons dans tous les livres qui traitent de fouilles ou d'archéologie, que lorsqu'un explorateur a eu la chance de mettre à jour un morceau de choix, il doit redouter de le voir anéantir pendant la nuit, soit parles Arabes, soit par des gens mal intentionnés. Nous comptons bien profiter de la leçon et ne pas nous laisser prendre au même piège. Un de nos ouvriers doit coucher le revolver au poing sur la mosaïque même qu'on n'enlèvera pas pendant son sommeil. Il a reçu l'assurance d'être vigoureusement appuyé; s'il était attaqué et s'il se servait de ses armes, nous en prendrions la responsabilité. Donc à demain.
Mardi, 8 mars.
Température, 7 h. m. 1^
— midi -)- 24
2 h. s. 36 degrés au soleil, pas le moindre vent.
Aujourd'hui, rien de bien nouveau. Les ouvriers ont continué à déblayer le temple de Bacchus enfant. Au-des-
SOUS et à environ 50 mètres de ce monument, à une profondeur de 3 et 4 mètres, d'autres ouvriers ont mis à nu des murailles et des contreforts de bâtiments.
L'escouade qui a fouillé le versant nord-ouest de l'acropole a mis à nu une base de colonne devant laquelle se trouve une mosaïque.
Dans le temple de Bacchus on a recueilli quelques monnaies.
Notre aquarium à l'alcool s'est enrichi d'un superbe lézard vert.
La végétation va d'un train d'enfer, grâce à une température caniculaire. Partout sur les pentes des collines, ce ne sont que fleurs agrestes qui, du matin au soir, ouvrent leurs corolles. Nous reconnaissons la petite centaurée et une espèce de mouron à fleurs rouge de sang, fort abondant. De tout côté surgissent de grandes ombellifères à fleurs jaunes. La nature se réveille et ne va pas tarder à se revêtir d'une brillante parure. C'est la déesse Astarté qui, conformément au vieux rituel babylonien, va remettre une à une toutes les pièces de son habillement.
Devant la porte de notre habitation quelques jeunes arbres commencent à entr'ouvrir leurs nombreux bourgeons.
Mercredi, 9 mars.
Température, 7 h. m. + 13
— midi + 23
— 7 h. s. + 17 Vent ciiaud.
Nos ouvriers ont été divisés en sept escouades et nous fouillons un peu sur tous les points, afin que si une décou-
verte importante venait à s'annoncer, toutes nos troupes puissent être massées sur le même point. Nous avons passé une grande partie de la journée dans le temple afin de détacher une partie de la mosaïcpie. Nous en trouvons une autre qui jusqu'à présent avait échappé à nos recherches. Elle est fort intéressante, exécutée avec soin et d'un style qui rappelle celles de Garthage. Contre l'habitude, elle est enfermée dans une cloison de terre cuite qui lui sert de cadre; c'est donc une de ces mosaïques portatives dont il est si souvent question dans les anciens auteurs. Elle représente certainement un sujet mythologique fort important, nous la faisons porter au logis ainsi qu'une étoile de 60 centimètres carrés, également en mosaïque, que nous avons trouvée sur le seuil d'une porte.
Au-dessous du temple, dans un lieu où nous avions commencé une fouille qui nous donnait de l'espoir, nous trouvons, à 3 m. 50 de profondeur, une mosaïque entourée d'une riche bordm^e, nous recueillons également un doigt de grandeur naturelle (l'annulaire), ce qui nous fait espérer que la main et peut-être la statue tout entière ne doivent pas être loin.
Comme intermède peu comique, nous avons une vive discussion avec le voiturier qui a embourbé notre colonne de jaune antique à six kilomètres d'Utique et qui , de plus, a cassé sa voiture.
Vers le soir, la dernière tranchée ouverte dans la partie supérieure du cimetière nous fournit six ampuUœ en verre admirablement conservées, quekpies médailles et quatre lampes, dont une, avec un Amour, un épi et un casque romain.
Jeudi, 10 mars.
Température 7 h. m. -f- 12
— midi -|- 21
Nos ouvriers partagés en plusieurs escouades continuent leurs fouilles dans la nécropole, près de notre habitation, dans le monument où nous avons trouvé le Bacchus enfant, dans le voisinage de ce monument et un peu au delà.
Deux mosaïcpies sont enlevées dans le monument même; cette, opération, exécutée avec soin, réussit parfaitement.
Nous découvrons deux grandes urnes en plomb. Une escouade d'ouvriers est placée dans l'intérieur des Thermes romains, les voûtes se sont écroulées, mais les murs qui les portaient sont encore debout jusqu'à une certaine hauteur.
Vendredi, H mars.
Température 7 h. m. -)- 11
— midi + 23
Voici l'ordre des travaux de la journée.
1" L'escouade du temple de Bacchus achève de déblayer à peu de choses près cette construction dont on enlève aujourd'hui plusieurs mosaïques.
2° Au-dessus de cet édifice les excavations atteignent déjà une profondeur de 4 mètres,
3° Le déblaiement du grand tertre amène la découverte d'un vaste bâtiment avec mosaïque, mais les ouvriers sont forcés de creuser à 4 mètres de profondeur.
4° Un grand nombre de travailleurs fouille la nécropole,
d'où l'on retire deux urnes en plomb avec leurs couvercles et un vase de forme élégante .
5° L'on attaque le côté oriental de la nécropole où l'on espère découvrir les restes d'un édifice d'une grande richesse.
Samedi, 12 mars.
Température 7 h. m. -\- 10 — midi -|- 21
-. 7 h. s. + IG
Aujourd'hui nous sommes allés préparer de nouvelles fouilles de l'autre côté du lit de l'ancienne baie d'Utique, depuis longtemps abandonné par la mer. C'est avec plaisir que nous avons revu ces magnifiques ruines dont nous avons précédemment parlé.
Un fort détachement de nos ouvriers s'y rendra le 15 au matin; aujourd'hui nous avons emmené un de nos chefs de brigade afin de lui désigner de suite les endroits que nous voulons explorer.
Ces ruines ont un caractère tout à fait sauvage, mais ce qui frappe encore davantage dans cette accumulation de débris, c'est la façon dont cette catastrophe a dû se produire. La physionomie de ces entassements de décombres est tout autre que celle d'Utique, on peut affirmer a priori que ni les Vandales ni les Arabes ne travaillaient de cette façon et avec cet ensemble, et qu'une violente commotion souterrame a pu seule entasser les uns sur les autres des blocs aussi énormes, à travers les interstices desquels on aperçoit d'élégantes colonnes de marbre.
Serons-nous heureux dans notre entreprise? C'est ce que
l'avenir nous apprendra; en tous cas, elle ne peut manquer d'être intéressante au point de vue archéologique.
A un mille de distance, tout près d'une agglomération de niches autour desquelles bourdonnent de nombreuses a])eilles, nous avons constaté, à deux mètres de profondeur, une fort belle conduite d'eau maçonnée dont le chenal peut avoir 40 centimètres en tout sens. Aucun auteur ne parle de ce travail qui devait alimenter d'eau un centre de population très important. Il est probable que, se trouvant en dehors des routes battues, ces ruines auront échappé jusqu'ici à toute investigation.
A quelques mètres de là se trouvent, en contre-bas, de gros murs en bon état de conservation, qui indiquent l'emplacement de thermes considérables. Huit salles voûtées communiquaient directement avec la piscine, sur la partie supérieure de laquelle on remarque les vestiges d'un temple. Suivant leur coutume, les Arabes ont choisi cet emplacement qui se voit de loin, pour y placer un tombeau de marabouts, et celui-ci se nomme Sidi-Baïeur. Il y aurait toute une étude à faire sur les noms de ces djama qui se sont partout substitués à des églises chrétiennes , lesquelles avaient elles-mêmes remplacé des temples païens, sans que la plupart du temps le nom du saint ait été changé .
Aussi est-il fort rare que les noms de ces prétendus saints musulmans n'aient pas une tournure phénicienne très prononcée, et que leurs djamas ne se groupent pas en quadrilatères sensiblement parallélogrammes indiquant d'anciens cantonnements ou subdivisions de cantonnements.
Ainsi, sur la carte que nous avons sous les yeux, les limites de l'ancien cantonnement de la cité autonome d'Utique sont très nettement indiquées par les djamas de Gournata ou
Aboufar au Nord-Ouest. Bou-Chater à l'Est, Ahmar au Sud- Ouest, Sakak à \ Ouest. Tous ces noms sont phéniciens et indiquent une orientation systématicjue que les musulmans et les chrétiens semblent avoir proscrite d'un commun accord, comme trop intimement liée au paganisme. Voici le tracé fourni par la position de ces quatre points :
Gournata
Boucliater
Ahmar
Et voici la signification de ces noms en phénicien. Gournata (n3."li) aire à battre le blé. Bouchater (irin) passer à travers. — Erechtée. Ahmar ("laPI) rougir. — Vin.
Sakak ip.^) s'inchner. — Glitus.
11 serait intéressant de recaeilhr les légendes locales qui se rattachent à ces maral)outs, car il est probable qu'elles remontent à des époques ayant précédé la domination arabe ; en tout cas les points de Gournata, Sakak et Bouchater, tous marqués par des ruines, indiquent très manifestement un cantonnement tracé par des sectateurs du culte de Bacchus, et le nom de Baïeur que porte le marabout qui a donné lieu à cette digression, veut dire consumé par le feu, abruti; en effet, dans les idées des anciens, le soleil terminait sa carrière sur un bûcher et renaissait de ses cendres, ou bien il tombait ivre de son char dans l'Hadès et était raccommodé ])av\'d àéQS&Q Perséphone ; ajoutons que si, au lieu de
on écrit 13, ce dernier mot signifie creuser et explique la situation du temple au-dessus de la citerne. C'était en effet dans une citerne qu'était précipité le soleil mourant. Cet épisode s'est maintenu dans la légende biblique àe Joseph, dont le nom veut dire précisément le soleil mourant. Il y aurait donc beaucoup de chances pour que ces ruines non classées fussent celles de la ville de Salera, dont le nom veut dire le lion expulsé, et qui devait se trouver à l'ouest d'Utique.
De quelque façon qu'on interprète le nom de cette dernière ville, il indique une adjonction et une disjonction qui sont le caractère des lieux consacrés aux dioscures. Utique était la ville de Castor, elle devait avoir une ville sœur dans son voisinage consacrée à PoUux, et tout nous permet d'espérer que nous venons d'en retrouver l'emplacement.
Le chef du goum le plus voisin, qui se trouve à dix portées de fusil de là, est venu au-devant de nous et nous a donné les détails les plus explicites sur le pouvoir de saint Baïeur ou saint Stupide, qui, par parenthèse, a la même signification en vieux français et en allemand, Baour, Bau'èr, Bavière. Il nous a même engagés, conformément à la vieille coutume du pays, à jeter quelques pièces de monnaie au milieu de l'agglomération de pierres disposées en ovale qui marquent l'emplacement du sépulcre de ce saint peu spirituel ; il prétend que ça nous portera bonheur.
Est-ce une pieuse supercherie pour ramasser toutes les pièces de monnaie qu'on jette à Sidi-Baïeur ? De ce que le cheik en question ne laisserait rien perdre, il ne s'ensuivrait pas qu'il en fût l'inventeur, car cet usage existait également dans les Gaules, où l'on jetait des pièces de monnaie dans les gouffres de Boruo ou Bourbon, le même que ce Baïeur, dieu du nord-ouest, qui présidait aux mines et
aux eaux thermales; aussi serions-nous bien étonnés s'il n'en existait pas dans le voisinage. En tout cas, c'était le dieu des citernes, des trésors cachés, de la stupidité, de la richesse, de la mort et des tombeaux, et l'usage de jeter des pièces de monnaie dans les vieux sépulcres est encore général dans tout l'Orient.
Il est probable que si nous pouvions fouiller sous le marabout nous ne perdrions pas notre peine. Nous avons l'impudence d'en faire la proposition au cheik, cpii naturellement se récrie et nous traite de sacrilèges. Nous tournons habilement la difficulté et nous faisons un double appel à son fanatisme et à sa cupidité en l'enfermant insidieusement dans ce dilemne :
Ou samt Baïeur est un puissant seigneur, ou bien c'est un pauvre sire. Si c'est un puissant seigneur, il nous fera trouver quelque belle statue, et, pleins de reconnaissance, nous lui ferons élever un joli marabout que le goum est trop misérable pour construire. Si, au contraire, ce saint n'est qu'un saint de carton qui n'est pas capable de nous faire trouver le moindre bout de statue, nous l'aurons démasqué et le goum pourra en choisir un plus distingué dont nous lui laissons le choix, nous engageant à lui faire élever à nos frais le marabout promis. Cette proposition, digne d'être faite à feu Œdipe, est acceptée et le cheik nous jure sur son chapelet d'aider et de protéger nos ouvriers qui arriveront après-demain.
Tout près de là se trouve une magnifique plantation de salades de toute sorte. Ne voulant pas que nos ouvriers se laissent tenter par cette verdure au détriment du jardinier, nous achetons toute la récolte sur pied pour la somme de 1 2 francs ; notxe chef de brigade devra la répartir équitablement.
Au retour, nous sommes frappés du nombre des ruines qui bordent la route sur une longueur de 1500 mètres au moins. Nous avons l'intention de revenir à Sidi-Baïeur lorsque nos ouvriers y seront et de vérifier nos premières impressions.
Nous remarquons, près d'une source dont l'eau est soigneusement recueillie dans une citerne, un fort beau bassin de marbre blanc qui sert d'abreuvoir aux chevaux et aux chameaux. Deux femmes kabyles y puisent de l'eau; l'une, âgée de 15 à 20 ans, possède le plus beau type grec qu'on puisse imaginer ; descend-elle des Argonautes ? Pourquoi pas?
Nous remontons à cheval, et pour donner une idée de l'étendue du domaine appartenant au général Ben Ayad, nous devons dire qu'afin de regagner Bouchater, il nous faut traverser en ligne droite sept kilomètres de plaine. Sa longueur est quatre ou cinq fois plus grande, et tout cela appartient au général tunisien.
Reste à savoir si, en ajoutant la distance de Sidi-Baïeur à Bouchater à celle de Bouchater à Cal-el-Oued qui doit correspondre aux Castra Gornelia, nous n'aurions pas celle de Salona à cette dernière ville. C'est un fait à vérifier (1).
Dimanche, 13 mars.
Nous visitons dans la matinée divers emplacements qui semblent dignes d'être explorés ; il est décidé que nous y détacherons prochainement des ouvriers.
(1) Le manque de temps nous a forcés, à notre grand regret, de renoncer aux fouilles de Sidi-Baïeur.
Voici le détail du travail accompli par nos escouades : 1° La plus forte continue à fouiller la nécropole. Au-dessous et près de notre habitation, elle découvre 12 lampes, dont quelques-unes fort curieuses, sur lesquelles on remarque les sujets suivants :
Bacclius enfant.
Un chien poursuivi par un homme.
Un hon dévorant un cerf.
Une femme ailée tenant un bouclier.
Un homme menant deux chevaux au galop, etc. 2° La seconde escouade commence des fouilles dont nous attendons de brillants résultats. A l'est, et non loin des constructions déjà explorées , dans lesquelles nous avons trouvé des pierres sépulcrales chrétiennes, elle découvre, à 0 m. 50 de la surface du sol, une curieuse mosaïque représentant un vase dans lequel trois oiseaux se désaltèrent ; à côté se trouve une branche de laurier. Le vase ainsi que les oiseaux sont en mosaïque de couleur. Non loin de là, on tombe sur un grand caveau sépulcral chrétien au fond duquel gisent de larges et belles dalles; l'une d'elles porte cette épigraphe chrétienne.
H MANTIA M A T E R F I D E L I S IN PAGE
Nous faisons explorer soigneusement cette sépulture, mais nous n'y trouvons que des ossements humains, ce dont nous ne sommes point surpris, les chrétiens ne déposant dans leurs sépultures aucun objet qui pouvait rappeler des superstitions païennes*
La troisième escouade continue à combler la large tranchée ouverte près de notre habitation, travail d'un médiocre intérêt qui avance rapidement.
Lundi, 14 mars.
Les travaux continuent.
Dans l'après-midi, on vient nous chercher pour nous faire voir la partie de la belle mosaïque chrétienne qui n'avait pas été mise à nu la veille. Nous y relevons, inscrite dans un cercle, l'épigraphe suivante :
CANDI i DAEIDICI
SINPACE
Dans le monogramme inférieur, le P a sa boucle tournée à gauche.
L'escouade qui fouille la nécropole rapporte une quinzaine de belles lampes.
Dans la soirée arrive un photographe de Tunis, N. B. Le nom du père de Candida est encore phénicien et doit signifier le chacal maigre (p"î^5<) ; ce détail a sa valeur, il prouve que le christianisme s'était répandu parmi les autochtones et que sous la domination romaine il y en avait encore d'opulents.
Mardi, 15 mars.
Le temps qui menace depuis deux jours se met décidément au déluge; c'est excellent pour les récoltes, mais les opéra-
tions du photographe s'en trouvent peu favorisées et il retourne dans l'après-midi à Tunis, où nous nous rendons nous-mêmes.
A partir de deux heures, la pluie ne décesse pas, c'est une demi-journée de perdue pour nos fouilles.
Mercredi, 16 mars.
Le temps est favora])le, mais les ouvriers ne se mettent pas à l'ouvrage avant midi.
On découvi'e dix lampes, des patere en belle terre rouge, dont une portant un sigle, de nombreux lacrymatoires.
L'une de ces lampes est à deux becs, avec l'empreinte d'un coq entouré de cœurs. Elle est en terre rouge et doit être chrétienne.
Une autre porte l'empreinte d'un homme à cheval avec la légende CVIDIGENIV.
Le nom du guerrier à cheval est Enée. Mais la légende est du phénicien écrit en caractères latins (mjnpi'p). Outre qu'elle confirme le sens des précédentes^ elle est très intéressante, en ce qu'elle nous donne le nom phénicien de Bacchus Lenos. Ce dernier nom veut dire passé au pressoir. Die, signifie battre comme plâtre. Le sens de la légende est : Die vomit en paix. C'est en efî'et ce qu'était censé faire Bacchus rentrant ivre chez Danaë, qui le mettait dans son étuve et le massait en conscience pour lui faire cuver son vin. Remarquons, de plus, que le nom grec du cavalier (Oîvîaç) veut dire ivrogne. Ce cavalier représente Hippolyte, dont le nom signifie qui tombe de cheval; nous connaissons sa traduction phénicienne par la Bible, c^'^'&iParsondata, fils d'Aman, dont
le nom se traduit par cavalier précipité dans l'abime. Ce nom étant remplacé par celui à'Enée, l'ancêtre des Romains qui jouait le même rôle dans le cycle solaire, il est probable que la composition phénicienne de cette lampe avait un but satirique, et qu'on était bien aise de représenter Énée, ivrogne et roué de coups, vomissant dans l'Hadès; il est à remarquer que la même observation peu bienveillante se trouve jointe à l'épitaphe de Q. Licinius. Pars ou Parts était la traduction phénicienne du nom de Yeques romain et collecteur d'impôts qui était si justement abhorré dans toutes les provinces romaines.
Quant à la composition en elle-même, elle est évidemment traduite du grec et indique une identité complète entre la religion professée à Utique et celle des sectateurs grecs du culte de Bacchus.
Cette lampe est donc triplement intéressante.
Jeudi, 17 mars.
A l^BO de profondeur on exhume, dans la nécropole, une amphore qu'il est possible de retirer intacte. Sa longueur est de 76 centimètres ; elle se trouve à côté d'un coffret sépulcral en pierre, rempli d'ossements calcinés; l'amphore est également pleine de cendres, tout près d'elle se trouve un unguentarium.
Vendredi, 18 mœ's.
Les fouilles continuent.
1° Dans la nécropole ;
T Dans le cimetière chrétien ; 3" Dans l'île.
A neuf heures, l'aquarium s'enrichit d'un serpent et d'un scorpion.
Dans l'après-midi une escouade va fouiller un champ situé au N.-O. de l'habitation Ben-Ayad.
Le soir, celle qui travaille dans l'île nous rapporte un pied de statue de marbre blanc, grandeur nature.
Un officier nous arrive de la part du premier ministre, afin de surveiller un homme qui a détruit la nuit une mosaïque et contre lequel nous avons porté plainte. Il nous recommande de ne pas ébruiter le motif de son arrivée, afin que le coupable n'ait pas l'idée de prendre la fuite pour se soustraire au châtiment de son péché. Nous ne pouvons pas cependant, chaque fois que nous découvrons une mosaïque, la faire garder le pistolet au poing, passe pour les plus importantes.
Samedi, 19 mars.
A 11 h. du matin, on nous apporte une jolie statuette en terre cuite, trouvée dans la nécropole où nous avons fouillé le 8 février; elle représente une femme drapée.
Près delà maison, toujours dans la nécropole, on découvre quatre stèles portant chacune un bas-relief, semblables à celles que nous avons trouvées précédemment ; l'une est décorée d'un chandelier, emblème phénicien de la résurrection (mJD) mamr; l'autre, du croissant d'Astarté. Ce croissant ou lunule se nommait Sdron ; il se composait de deux dents de sanglier soudées, et on le met encore en Orient au cou des chevaux et des enfants. Saron veut dire délivre-nous.
Généralement ces stèles portent des emblèmes essentiellement phéniciens, le croissant contenant un disque ou une rose se retrouve cependant sur des monuments gréco-chypriotes.
Giuseppe, l'un de nos contre maîtres, est un gaillard fort intelligent et vient d'en donner la preuve. Depuis quinze jours l'on avait détaché quelques ouvriers dans l'île d'Utique, près de la source thermale, où certains mouvements de terrain dénonçaient un édifice important, et c'était à Giuseppe qu'on devait ce diagnostic. Il n'était pas erroné, car l'un de ses ouvriers a trouvé dans les fouilles du monument indiqué une charmante statuette de marbre blanc de 30 centimètres de hauteur ; elle représente Bacchus enfant portant sur l'épaule gauche une amphore et dans la main droite des grappes de raisin.
Vers le soir, cette intéressante trouvaille est complétée par celle de trois grandes amphores, dont une bien conservée, et deux grands Gapis en parfait état.
P. S. Tout nous porte à croire que notre petit Bacchus est une des découvertes les plus intéressantes que nous ayons faites. Il confirme l'opinion énoncée par M. Daux, à savoir que l'île d'Utique, à laquelle cette viUe devait probablement son nom de coupure, était le noyau primitif, la station même des Argonautes qui avaient du la choisir de préférence à cause de sa séparation du continent, à une époque où les Berbères autochtones ne devaient pas posséder d'embarcations ou n'en possédaient que de très grossières. Le commerce d'étain qu'ils faisaient dès lors avec l'Egypte ne permet pas de douter que des radeaux plus ou moins bien construits, et plus probablement des embarcations de cuir, ne se risquassent entre les détroits qui séparaient
l'Espagne et la Sicile de la côte africaine. C'est ce qui paraît résulter des livres phéniciens qui attribuent l'invention de la navigation à Esaû le poilu, l'homme du Nord-Ouest, vêtu de peaux de bêtes.
L'ile d'Utique semble avoir conservé, pendant toute la durée de cette ville, une existence distincte et complète qui en faisait, selon toute apparence, une communauté séparée, composée principalement des plus anciennes familles d'origine argonautique ayant conservé un certain caractère sacerdotal. Nous disons un certain caractère, parce que nous savons que les Carthaginois n'avaient pas de familles véritablement sacerdotales, ce qui revient à dire qu'ils n'avaient pas de religion qui leur fut particulière. Il est probable que, sous ce rapport, ils se rattachaient au grand centre religieux du Byzacium, qui était le lac Triton. Aussi les objets les plus anciens que nous découvrons dans la nécropole, sont-ils d'un caractère essentiellement grec.
On sait qu'au iv" siècle avant notre ère, les Carthaginois accommodèrent tout à fait leur religion à la mode grecque, mais ce fait ne fut pas particulier aux Phéniciens occidentaux, qui pouvaient objecter leur éloignement des sanctuaires asiatiques. A la même époque, les Phéniciens de Chypre sacrifiaient et même officiaient dans le sanctuaire essentiellement grec d'Idahum. Ces offices impliquaient l'usage de la langue grecque, que de tous temps l'aristocratie carthaginoise parait avoir cultivée à l'égal de la langue maternelle.
Nous avons cependant trouvé un certain nombre de formules mystiques phéniciennes écrites en caratères latins, tandis que jusqu'ici nous n'en connaissons aucune écrite en caractères puniques; aussi sont-elles évidemment traduites du grec.
Notre petit Bacchus de l'île ressemble beaucoup à celui que nous avions trouvé au nord de l'acropole, et est comme lui de composition phénicienne et non grecque, mais il en diffère en ce qu'il se présente avec un caractère panthée.
Il représente un enfant nu, Hol Hiram^ dont la nudité répond à celle de la nature à la fin de l'automne et au commencement de l'hiver (novembre, décembre, janvier, février). Sa main droite baissée porte une grappe verte, ("iDl) Bassar, d'où le nom de Bassaros, que portait chez les Grecs Bacchus de retour des Indes. Cette grappe verte correspond au soleil ascendant (mars, avril, mai, juin). Son épaule gauche est chargée d'une Olla ou Lehes, en phénicien Homar ( IQ^ "icn ) conservé dans le nom des Khroumirs avec le son sputant particulier à la lettre Ain. Ce mot, qui veut dire chargé, saturé, est la traduction du grec B'j^avxtov ou Byzacium, nom donné par les Argonautes au pays formant le bassin de la Medjerdah, à cause de sa situation sud-ouest, par rapport à la Grèce elle-même. La station solaire à'Homar correspond au soleil descendant (juillet, août, septembre, octobre). Cette composition essentiellement phénicienne remplace l'horrible dieu Bais des Grecs, quelquefois représenté aussi sous des traits enfantins et gracieux, mais plus rarement. Les types les plus modernes en font un nain trapu et barbu avec des flem^s à la main, (avi;ixpu) ce qui veut dire au grand jour, et des palmes sur la tête (xpuês'.ç), et qui doit se traduire caché. L'aspect est différent, mais l'idée est la même. Tous les anciens adoraient le soleil et la lune, comme dieux du changement, par opposition à la Grande-Ourse, qui a l'air de ne point se déplacer. Ce culte, fondé sur l'observation des phases solaires et lunaires, est absolument identique dans le fond, puisqu'il
s'appuyait sur l'observation des phénomènes de la nature. Il ne pouvait donc varier que dans les formes extérieures.
Dimanche, 20 mars.
On fouille les mêmes points que la veille, avec augmentation de neuf ouvriers divisés entre les deux escouades de File. Encouragé par les brillants résultats de la dernière journée, on entreprend une nouvelle exploration.
Le matin on nous apporte cette épitaphe d'un jeune Romain.
D.M.S I Q. LICINIVS I B DATIVS. VIX I Q ÂNN. XXVIII I MENS. VII DIEB. X
Ce texte latin est flanqué sur les côtés de deux colonnes verticales, chacune de trois lettres formant trois mots phéniciens dont nous avons donné plus haut l'explication,