‹ Relation d'une mission archéologique en TunisieChapitre 7 sur 29 · GG · texte numérisé non relu

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ces rues, s'ouvraient une multitude d'impasses et de ruelles. Généralement, les maisons n'avaient qu'un étage et se terminaient en terrasses. Pline nous apprend que ces terrasses se composaient de plusieurs lits de poteries posées sur des lits de chaux pour obtenir à la fois une grande épaisseur et beaucoup de légèreté. Le dernier lit se terminait par une assise de carreaux dite ociTpaxoç.

Quelques-unes de ces constructions étaient très petites et se sont en partie conservées sur les flancs de V acropole. Elles se terminent par une voûte que traverse un tube cylindrique en poterie, servant de cheminée. Chaque habitation était munie d'une citerne pour recevoir les eaux pluviales ; d'autres, les plus riches, possédaient des puits carrés dont les parois étaient faites de grands blocs de pierre également carrés. Ces puits avaient jusqu'à vingt mètres de profondeur et étaient alimentés par d'excellentes sources.

La ville était entourée d'une superbe enceinte de murailles, flancpiée de tours, de construction phénicienne ; un large fossé protégeait cette enceinte. Il en est question dans Plutarque. Histias la qualifie de magnifique, Jules-César de belle ; les Vandales la rasèrent complètement l'an 439 de notre ère.

Utique était percée de plusieurs portes, dont trois nous sont connues avec leurs anciens noms. C'étaient la porte Bellica au sud, donnant accès dans le faubourg romain. A Rome, il existait une colonne nommée Bellica par-dessus laquelle le grand pontife lançait un javelot contre les nations ennemies ; la porte Triumphalis était percée au sud-ouest ; la \)oviQ Nwnidica s'ouvrait au nord-ouest, et donnait accès au Cothon, à l'hippodrome et à la nécropole ; une quatrième s'ouvrait sur la route de Carthage [Ad Carthaginem).

Le berceau d'Utique était File dans laquelle s'étaient cantonnés ses fondateurs avant de se répandre sur les hauteurs voisines. Elle possédait un port marchand, de vastes quais, des palais, des bains, des temples. C'était le cœur de la ville, le séjour de l'élite de sa population. Sa superficie était de 350 mètres sur 250. C'est là que foisonnent les pavages en mosaïque de toute époque.

Les ports d'Utique étaient superbes, et ils étaient entourés, comme ceux de Carthage, d'un double portique. Nous avons dit qu'à l'époque Romaine la mer baignait encore la ville, et nous avons exposé les raisons multiples qui Font fait retirer au loin, dans la direction de Porto-Farina.

Le port de guerre se nommait le Cothon^ et était situé à l'ouest, au pied de deux hauteurs enceintes dans la ville. Il comprenait l'arsenal construit sur voûtes et flanqué de tours, ainsi que le palais du sufFète-amiral, dont il reste d'énormes pans de mur encore très élevés qui se dressent majestueusement au milieu de l'île. C'était là que se trouvait VEuripe dans lequel mouillaient les vaisseaux et les galères ; il y était joint un arsenal maritime et divers édifices religieux.

Le port marchand était formé par le canal qui séparait l'île du continent. A sa droite et à sa gauche il était bordé de beaux quais dallés, élevés sur arcades. Des marais couverts de joncs sont tout ce qui reste aujourd'hui de ces ports, jadis l'orgueil d'Utique et la fortune de ses habitants.

Sur le plateau le plus élevé de la ville se dressait V acropole^ remplacée aujourd'hui par deux marabouts ou tombeaux de saints arabes. C'était un énorme parallélogramme entouré de fossés et composé de quatre murailles avec quatre tours aux angles. Au centre s'élevait un bel édifice, qui était probablement un temple de style corinthien dédié à

Bal-Hamon. Dans chaque tour était percée une porte. On arrivait à cette imposante construction par un chemin contournant le monticule en demi-cercle, et creusé de main d'homme dans sa partie supérieure. Ce chemin existe encore en partie. Tite-Live parle de cette acropole, livre XXXIX. Elle s'appelait Byrsa, ce qui n'est que la traduction phénicienne du grec acropolis.

On ne connaît pas au juste l'emplacement du forum, mais il a pu occuper un des deux points que nous allons indiquer.

En premier lieu, la partie inférieure de la colline de l'acropole faisant face à l'ile, en second lieu les hauteurs qui dominent le Cothon. Il est certain que les monuments publics d'Utique ressemblaient beaucoup à ceux de Carthage. Or, dans cette dernière ville, le forum était tout près du Cothon.

Le forum était, comme l'on sait, ime vaste place découverte entourée de portiques et de constructions, dans laquelle se tenaient les assemblées pubhques en plein air. C'étaient là que se discutaient les affaires publiques et commerciales. Tout près se trouvaient les temples et de vastes portiques, sous lesquels marchands, banquiers et usuriers tenaient comptoir et faisaient leur trafic. C'était aussi dans le forum que se tenaient les comices, qu'on procédait au cens et que se trouvait la trilnme aux harangues.

De même que Carthage, Utique possédait un nombre considérable de temples.

Les Phéniciens désignaient toutes leurs divinités sous le nom de Bat ou de Délit qui voulait dire Seigneur ou Dame^ mais c'était une simple épitliète honorifique précédant le véritalde nom de la fraction du cercle équatorial à laquelle ils rendaient un culte spécial. Ce cercle était divisé en 360 parties ou jours, et chaque jour avait son patron à peu

près comme dans nos calendriers modernes. Chacun de ces patrons était un Bal. Les plus connus sont Bal-Zebub ou Zeus Apomyos le MyagrHus des Romains, adoré à Acra (Aca), Bal Hamon le seigneur de la pluie, dieu primitif du district de Samarie, Bal-Berith ou Z eus-Orkhios ^ dieu des Serments, etc.

Lorsque les Grecs parlent de Baal sans autre désignation, ils l'assimilent ordinairement à Hercule ou Melkarth que les Phéniciens nommaient Bal-Tsor , seigneur de Tyr. MeUt-Karth voulait dire roi de la ville et surtout roi du froid. Une ville est une agglomération et le froid est l'agglomérateur par excellence. Aussi cette image se trouve-t-elie dans toutes les langues. Les Phéniciens primitifs paraissent avoir eu autant de répugnance que les Israélites pour les simulacres humains et l'on sait que Melkarth était adoré à Tyr sous la forme d'une énorme émeraude ou prase qui se disait barqat, mais ce dieu Émeraude ou Maragdos se retrouvait à Chypre dans un sanctuaire grec et semble plutôt grec que phénicien. Nous possédons en effet des preuves authentiques de Phéniciens adorant des dieux grecs et exerçant des fonctions sacerdotales dans des sanctuaires grecs, et quand il leur arrive de représenter leurs dieux sous une forme anthropomorphe, c'est toujours aux Grecs qu'ils l'empruntent. Nous avons, grâce aux médailles phéniciennes, des effigies certaines des dieux Hadar ou Neptune, Melkarth ou Hercule, Ipo ou Cybèle , Bel ou Phéhus, Sora ou Soir déesse des tempêtes et de la pluie correspondant à la Pro^erjome de Syracuse. Toutes ces divinités ne diffèrent en rien dans la façon dont elles sont représentées, des divinités grecques qui leur correspondent. Les Phéniciens n'ont jamais eu de style particuher, ils se

sont servis tour à tour de celui des Égyptiens, des Assyriens et des Grecs, en se conformant à la mode régnante. Le sarcophage d'Eshmunazar est de fabrique égyptienne et certainement acheté en Egypte. Ceux qu'a rapportés M. Renan de Phénicie sont de travail grec et f{uelques-uns du plus beau style. Il n'y a donc qu'une inscription votive ou numismatique qui puisse faire reconnaître une divinité phénicienne d'une divinité grecque, et des premières, jusqu'ici, nous ne connaissons pas d'exemple.

L'inscription bilmgue de M. Lang, trouvée à Chypre dans le sanctuaire essentiellement grec d'Idalium, est dédiée d'une part à Reseph-Mikal^ et de l'autre à Apollon Apios ou Absent, qui tous deux correspondent au soleil infernal représenté par Melkarth.

Ce dieu représentant le jour embryonnaire a été longtemps figuré sous les traits d'un nain difforme coiffé de palmes ou d'une pierre carrée et vêtu d'une j)eau de lynx. C'est le type primitif d'Hercule ou Bacchus embryonnaire, qui, vers le septième siècle avant notre ère, se change en un bel Ephèbe n'ayant conservé de son prédécesseur que la peau dont il est vêtu. Plus tard encore, on le représente enfant avec la peau et la massue, et le musée du Louvre possède deux charmants spécimens de ces Hercules Cupidons. S'il n'a ni peau ni massue et s'il tient un livre, c'est un Bacchus Byblos ou Liber, qu'on rencontre très souvent dans les Gaules. Nous avons trouvé dans nos fouilles un magnifique spécimen de Bacchus Byblos et, comme Byblos(l), située au pied du Liban, était une des villes phéniciennes d'où étaient partis les fondateurs de l'Utique sidonnienne,

(-1) En phénicien Sépher.

il est probable que ce Bacchus était bien l'un des patrons de la ville africaine.

Dans les couches les plus profondes de la nécropole, nous avons exhumé une certaine quantité de têtes grimaçantes, très grossières, qui doivent vraisemblablement se rapporter au dieu grec par excellence, Bais^ qu'adoraient les mercenaires grecs au service de l'Egypte et que les Égyptiens euxmêmes finirent par adopter sous le nom de Typhon, l'étrangleur d'Osiris, Il répondait dans la mythologie classique au dioscure Castor auquel devait avoir été consacrée la ville grecque fondée à Utique par les Argonautes. On peut rapporter à la même époque les cônes de pierre travaillée si communs dans les fouilles du docteur Schlieman et connus sous le nom de fusaioles. Ils rappellent la forme sous laquelle était adorée l'Aphrodite de Paphos, dont le sanctuaire avait été fondé quinze siècles avant notre ère par des Philistins d'Ascalon.

On en avait conclu pendant longtemps que ce sanctuaire était phénicien, mais aujourd'hui l'origine grecque des Philistins ne fait plus doute et les noms de Gyniras, Kenchréïs, Myrra et Adonis qui étaient les héros de la légende de Paphos, sont aussi grecs que possible. Le culte singulier qu'on rendait au cône de calcaire adoré dans le temple de Paphos, explique assez bien l'usage des cônes que nous avons trouvés à Utique. Le cône de Paphos était percé en dessous d'un trou dans lequel l'adorateur introduisait un bâton qu'il faisait tourner. C'était le simulacre de l'opération à laquelle on devait se livrer pour allumer du feu d'après le procédé de Prométhée. Le cône était destmé à servir de crapaudine au fuseau de bois dur qu'on faisait tourner rapidement avec un archet sur un morceau de bois

tendre. La machine entière se nommait Ariadne qui veut dire fuseau. C'était le Swastika des Brahmines dont on trouve si souvent la représentation sur les monuments grecs sous la forme d'une croix dite phénicienne. Les Aryens de l'Inde en avaient de très grands que deux hommes manœuvraient avec une corde tissue de chanvre et de poil de vache. C'était par ce procédé que le soleil était rallumé chaque jour à minuit dans les régions infernales. Schlieman l'a décrit tout au long, dans ses Antiquités Troyennes^ traduction Rangahé (Paris, 1874).

Le culte du rhomhe ou rouet magique est resté très longtemps en honneur chez tous les peuples de race aryenne et la présence de ces cônes dans les couches les plus profondes de nos fouilles peut être considérée comme un vestige certain des Grecs Atlantides venus en Afrique avec les expéditions des Argonautes, qui avaient dii laisser à Utique son premier nom de Zeucjis^ traduit postérieurement en phénicien par A-Tuké (adjuncta), qu'on retrouve également dans les noms des villes mauritaniennes et espagnoles de Tucca, Tugga et Tugia, ce qui explique l'orthographe ATG des médailles d'époque romaine.

Les Carthaginois avaient une vénération particulière pour Tanit, en grec Taâ ou Deo, déesse de la fortune croissante à laquelle leur ville était spécialement consacrée, ainsi que l'indique le nom de Tunis ^ qui est resté au lac près duquel elle était située.

Tanit voulait dire crocodile, serpent d'eau, et le Louvre possède un splendide spécimen de la PaJlas au crocodile du lac Triton, La Tanit carthaginoise est reproduite par les médailles de Glodius Macer sous les traits d'une Pallas ayant pour cimier un serpent.

Astlîoret ou Astarté, qui représentait la fortune décroissante, comptait aussi beaucoup d'adorateurs dans tous les pays phéniciens. Elle était généralement représentée sous la forme d'une vache, la lo ou la Pasiphaë àe?, Grecs, et se confondait avec la déesse ïpo ou la bonne déesse figurée sur les médailles d'Hippone par une femme cornue ou rayonnante^ car ipo veut dire rayo7iner^ être beau. Elle correspondait à la Vénus latine et était l'amante de V Adonis phénicien ou Thamouz tué par l'Ours ou le dieu de la Grande Ourse, ce qui indique son rôle cosmo graphique. Thamouz représentait la décroissance des jours, depuis l'équinoxe d'automne jusqu'au solstice d'hiver, tandis que l'Adonis grec, amant d'xiphrodite, représentait la croissance des jours depuis le solstice dliiver jusqu'à l'équinoxe du printemps et était tué au mois d'avril par le Sanglier.

Ces deux Adonis étaient les dioscures qu'on devait adorer particulièrement à Utique, sous la forme de deux chevaux, et les médailles d'Utique les représentent sous leur forme anthropomorphe ; leurs temples réunis devaient se trouver dans l'acropole , à l'endroit où l'on voit aujourd'hui un marabout, sur la plus orientale des deux collines qui avaient fait consacrer ce lieu aux Dioscures. Malheureusement ce marabout garantit l'emplacement qu'il couvre contre toute espèce d'investigation. Nous n'en avons pas moins exhumé sur un autre emplacement une curieuse mosaïque grecque, représentant la mort d'Adonis.

Tous les dieux que nous venons d'énumérer se confondaient avec Melkarth, qui est toujours représenté très jeune sur les médailles carthaginoises, aussi nous avons retrouvé répétées un peu partout les images de ce dieu dans nos fouilles d'Utique, sans compter les

belles statues de Bacchus enfant, dont nous avons déjà parlé.

Les Carthaginois adoraient aussi Moloch ou Saturne, célèbre par l'horrible culte qu'on lui rendait en lui immolant des enfants qu'on faisait passer par le feu. L'inscription du roi Mésa était destinée à rappeler un de ces féroces holocaustes. Ils honoraient également Esmun ou Esculape ainsi que Neptune ou Adar. Toutes ces divinités devaient posséder des sanctuaires à Uticpie, mais à partir de l'époque romaine, les divinités d'Utique changent pour la troisième ou quatrième fois de nom, et celle qui domine est Jupiter dont le magnifique temple est cité par Polybe. Ce fut dans son enceinte qu'à l'approche de César, Caton rassembla tous les sénateurs. Ce temple occupait certainement le centre de l'île d'Utique, à l'endroit fouillé en 1853 par le comte Camille Borgia. On y voit encore des débris de colonnes de marbre jaune antique, confondus pêle-mêle avec de superbes marbres et des restes de moulures d'ordre corinthien. M. Davis qui y a fouillé après lui, en a ra[)porté deux belles têtes en marbre, provenant de statues.

Il y avait aussi, à Utique, un temple dans lequel un aruspice était chargé de présager l'avenh* par l'inspection des entrailles des victimes. On fait remonter à Romulus l'introduction, à Rome, des aruspices, dont la science était comme l'on sait, originaire d'Etrurie.

Salluste nous apprend que lorsque Marins se trouva à Utique sous les ordres du consul Q. Cecihus Metellus, son protecteur, pendant la guerre de Jugurtha (108 av. J.-C), l'aruspice lui apprit, par l'intermédiaire des entrailles des victimes, que de grands et merveilleux j^rodiges étaient prévus en sa faveur, qu'il devait par conséquent

accomplir tout ce qui était résolu en son esprit, avec une entière confiance dans les dieux, et qu'il devait tenter sa fortune aussi souvent que possible, car tout tournerait ultérieurement à son profit. Il aspirait alors au èonsulat et il l'obtint, en effet, l'année suivante.

Le temple où se trouvait l'autel sur lequel l'aruspice interrogeait ses victimes ne serait-il pas celui que nous avons découvert au-dessous de l'acropole et dans lequel nous avons trouvé une admirable statue de Bacchus enfant ? Ce monument, qui n'était pas très vaste, était précédé de portiques d'une grande richesse et de pavages en mosaïque des plus élégants ; des deux côtés se trouvaient des chambres décorées de deux peintures murales et de mosaïques, dont l'une représente la mort d'Adonis et dont l'autre, placée dans un bassin, est semée de Tritons jouant sur les flots. Mais tout ce gracieux attirail ne s'accorde guère avec la sombre boucherie romaine des aruspices, et peut-être est-il plus naturel d'y voir un sanctuaire d'Adonis lui-même, le Dieu de Byblos et probablement celui d'Utique, dont nous avons retrouvé la statue sous les traits enfantins qu'on lui donnait presque toujours. Cette hypothèse serait d'accord avec les médailles d'Utique.

Apulée, de Madaure, sénateur de Garthage, fds d'un duumvir, avocat, philosophe, initié aux mystères d'Isis et romancier célèbre par son livre mystique tAne d'or, nous apprend qu'à l'époque des Antonins, Garthage possédait des statuaires et des fondeurs habiles, aussi à cette époque ses temples et ceux d'Utique étaient-ils remplis de statues.

Le culte des dieux du paganisme s'y maintint jusqu'au commencement du v° siècle, mais, en 421, Galla Placidia, fille de Théodose le Grand et femme de Gonstance, sur les

instigations du tribun Ursus, obtint de son neveu Théodose II, empereur d'Orient, l'ordre de faire raser tous les temples des faux dieux jusqu'aux fondements, pour les convertir en cimetières.

(Voir l'auteur anonyme des Promesses et Prédictions, dont l'ouvrage est inséré à la suite des œuvres de saint Prosper d'Aquitaine.)

On a trouvé dans la nécropole d'Utique à l'ouest de la maison du général Ben-Ayad, les vestiges d'un temple accusés par divers débris, notamment des colonnes cannelées en marbre blanc. Comme il résulte de plusieurs épigraphes que les chréliens ont enseveli leurs morts dans les ruines de ce temple, ce ne pouvait être qu'après l'an 421 à la suite de la cession qui leur en avait été faite, d'après l'ordonnance obtenue par l'influence de Galla Placidia,

Gomme toutes les villes de quelque importance, Utique . avait ses théâtres. On reconnaît aisément celui qui s'élevait dans la plaine au sud ; celui qu'on croit reconnaître à l'ouest non loin de l'habitation du général Ben-Ayad nous suggère les observations suivantes.

Il était creusé dans le sol de la montagne et tous les gradins en ont été enlevés, mais son fer à cheval est encore très apparent et il remonte probablement à l'époque phénicienne, car les relations d'Utique avec la Sicile et la Grèce ont dù lui donner de bonne heure le goût des représentations scéniques . Or nous savons que les Grecs aimaient à creuserleurs théâtres dans le flanc des collines, comme peut le voir à Syracuse, à Athènes et dans une foule d'autres villes grecques. M. Daux voudrait que cette excavation eût été faite après la prise d'Utique par Agathocle, pour faire disparaître la hauteur de laquelle il aiu'ait menacé et enfin pris la ville. Mais

si l'on examine actuellement l'état des lieux, on remarque immédiatement que les terres enlevées forment un remblai très visible du côté de la plaine à travers laquelle coule la Medjerdah. Or le cubage de ces terres n'indique nullement qu'ajouté à l'excavation à l'aide de laquelle on a fait le théâtre, il en résulterait une hauteur dangereuse pour la ville. Si l'on comble, au contraire, par la pensée, cette excavation avec les terres enlevées, le nivellement correspondrait exactement avec celui des champs voisins sans les dépasser.

Quant à l'autre théâtre situé au sud-est de la plaine, un peu au delà de l'enceinte de la ville, il existait déjà du temps de César. Car ses Commentaires en font mention à propos de Varus assiégé dans Utique par Curius (49 av. J.-C).

« La position d'Utique, y est-il dit, était forte. Il (Varus) était défendu par la ville même d'un côté, et de l'autre par un théâtre bâti dans la ville et dont les vastes constructions rendaient l'accès du camp difficile et étroit. »

Il est probable que ce théâtre ne remontait guère au delà de l'époque de César. Auguste, grand amateur de jeux scéniques, au dire de Suétone et de Tacite, l'aura peut-être embelli, ainsi que Néron, l'empereur histrion par excellence.

A l'époque où M. Daux campa à Utique (1865), on voyait encore autour de ce théâtre des tronçons de colonnes de porphyre rouge antique d'Égypte, provenant du proscénium et de la scène. Aujourd'hui il n'en reste plus d'autres vestiges qu'un haut tumulus en fer à cheval. Ce devait être un édifice superbe : il avait 95 mètres de diamètre du nord au sud devant l'orchestre.

A environ 126 mètres de distance de ce théâtre, se trouvent les ruines d'un grand édifice bâti sur le type du palais amiral.

Le premier amphithéâtre construit à Rome ne remonte pas au delà de César et était dû à la magnificence de C. Scribonius Gurius le même qui fut tué à Utique par le roi Juba (49 av. J.-C). On ne peut donc pas assigner une plus haute époque à celui d'Utique qui était situé dans l'intérieur de la ville, contrairement à l'usage. C'était comme tous les amphithéâtres un vaste édifice ovale et il se trouvait à portée du palais du proconsul qui était sur l'acropole, comme à Rome le Golysée et le théâtre de Marcellus se trouvaient dans le voisinage du palais des Césars.

Cet amphithéâtre mesurait 118 mètres du nord au sud et 98 dans son axe le plus court.

Ce qui le distinguait de beaucoup d'autres, c'est que la cavea tout entière avait été creusée dans le massif d'une montagne. L'entrée de l'arène se trouvait au sud sous une vaste galerie couverte dont il reste une voûte en mauvais état. Le périmètre de l'arène était orné de colonnes de marbre noir.

La profondeur de ce monument frappe tous les visiteurs, on dirait le trou béant d'un cratère.

Tous les gradins ont été enlevés depuis des siècles et il n'en reste que de rares débris. Les flancs sont tapissés de broussailles et de hautes herbes. L'emplacement de l'arène est jonché de gros blocs de pierre. Au-dessous il y avait des espèces de cages ou l'on enfermait les bêtes féroces destinées à amuser le peuple.

Le cirque ou hippodrome avait 562 mètres de long et 76 mètres 60 de large. Il longeait parallèlement le rivage, près du palais amii'al , dans la partie occidentale de la ville ; il était décoré de marbres de diverses couleurs. On reconnaît actuellement son emplacement à un exhaussement du

sol au milieu des terrains cultivés; il n'en subsiste que de rares débris de murailles. Il devait y avoir, comme dans tous les cirques, un obélisque placé au centre.

Selon saint Augustin, les Carthaginois, et par conséquent les Uticéens, aimaient passionnément les courses du cirque. C'était le proconsul qui avait la présidence de ces spectacles et donnait le signal des courses de l'hippodrome ou des jeux de l'amphithéâtre.

Nos fouilles nous ont fait découvrir dans un important monument de l'ile, un fragment d'épigraphe relative à l'empereur Gordien, surnommé l'Africain. Ce prince, proclamé empereur malgré lui à Tysdrus, aujourd'hui El-Djem, en Afrique (237), était très populaire à Carthage et dans les villes voisines. Possesseur d'une immense fortune territoriale en Afrique, il donna des jeux magnifitjiies dans les amphithéâtres. Voici ce fragment d'épigraphe gravé sur marbre en belles lettres romaines :

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