‹ Relation de ce qui s'est passé à la convocation et pendant le voyage de lChapitre 5 sur 22 · DE L ARRIÈRE-BAN EN · texte numérisé non relu

DE L ARRIÈRE-BAN EN

pour se soulever eC les confédérés auraient , suivant l'opinion de plusieurs personnes très habiles , exécuté le dessein qu'ils avaient d'hiverner en Champagne et en Bourgogne. Un vieux gentilhomme du CharoUais a dit sur le succès de cette journée un bon mot qui mérite de n'être pas oublié. Un de ses amis qui était destiné à marcher la campagne suivante à l'arrière-ban , l'ayant interrogé sur nos exploits , et lui ayant dit en niillant que nous n'avioiis pas fait grand' chose : nous avons , lui répondit-il, sauvé la France en n'y songeant pas, je vous donne six mois pour y penser et toute votre campagne pour en faire autant. Durant que nous étions près de Wasseleim , quelques-uns de nos gentilshommes voyant les ennemis immobiles à un demi-quart de lieue de nous dans un lieu par où ils avaient passé la veille pour aller au camp de M. de Turenne , crurent que ceux qu'ils voyaient étaient nos gens et s'avancèrent si près d'eux pour avoir le plaisir de les voir que je fus étonné comme on ne les fit pas prisonniers ; mais ils furent si heureux qu*on ne détacha personne pour les prendre. Après avoir été quelque temps fort près des ennemis , on nous fit marcher sur la gauche en diligence , pour venir gagner un pont à une demi-liette de Saverne; cette contremarche nous fit connaître que M. de Turenne ne voulait pas en venir aux mains avec les ennemis, et nous fit conjecturer ce qui arriva depuis, qu'il voulait les lasser et attendre que le temps et les différens intérêts des chefs des confédérés missent de la désunion parmi eux. Je ine souvins en descendant lar colline près de Wasseleim, de ce que M. de Bissy nous avait dit à Nancy, qu'on nous montrerait aux ennemis comme des marionnettes et puis qu'on nous retirerait 5 la chose arriva de la sorte , car nous n'avons pas vu l'armée ennemie depuis ce jour-là. Quand nous

4d CONVOCATION ET VOTAGC

eûmes passe le pont qu'on voulait gagner, nous fîmes halte dans un pré durant cinq ou six heures y puis on nous conduisit dans un village ëloigné d'tine lieue de Saveme du côte du nord , qu'on appelle Âlmach : ce nom réjouit extrêmement ceux qui faisaient profession d'écrire àea nouvelles , parce qu'ils crurent qu'il aurait bonne grâce à la tête des relations qu'ils méditaient de la retraite de M. de Turenne et du service que nous venions de rendre à Tétat^ ils ne manquèrent pas de les xlater d' Almach qu'ils écrivaient soigneusement avec un C et un H à la fin , et un certain qui avait écrit douze ou quinze lettres, s'étanl avisé après son paquet fermé que ce nom aurait paru plus tudesque et aurait eu plus d'em« phase s'il y avait ajouté un K, prit la patience d'ouvrir SCS quinze lettres les unes après les autres, et d'y ajouter à chacune son K. Nous passâmes la première nuit dans ce village d' Almach sans équipages et sans fourrages, nos chevaux broutaient les haies auxquelles ils étaient attachés et mangèrent quelques pommes que tious trou^ vions sous les arbres; et pour nous, après avoir mangé quelques morceaux de pain desséché , nous nous cou* •châmes sur l'herbe , à la pluie , et comme j'étais incommodé , on me donna de grâce un havresac plein d'avoine qui me servit de chevet. Nous courûmes risque de coucher long- temps de cette manière , car tout notre bagage manqua plus d'une fois d'être pris par les ennemis; ils ne le jnanquèrent que de cinq cents pas à Marmun- «ter, car ils entraient par une porte pendant que nos gens sortaient par l'autre, et s'ik ne s'étaient mis à piller l'Abbaye qu'ils brûlèrent ensuite, nos valets n'auraient pas eu le loisir de se sauver ^ les archers qu'on avait laissés pour les escorter les amenèrent près de Saveme où ils passèrent la nuit sans craindre les ennemis^

' DE LABRIÈIIB-BAII KN 1674* 4?

parce qu'il j «vait une forêt entre eux et M armunaler, mais quatre ou cinq escadrons les éveillèrent de bon matin ; ils vinrent faire le coup de pistolet jusques à la barrière de Saveme 9 et enlevèrent quelcfues mulets qui furent pourtant repris par deux escadrons de nos gens qui se trouvèrent près de là.

Le aOy lions nous établîmes comme nous pûmes à Almacb, chaque baSliage avait un yerger» et chaque cham" brée un arbre ou deux qui furent bientôt coupés pour faire du feu, et, de tout notre escadron, personne ne fut logé sous un toit que notre commandant qui eut une maison à deux chambres.

Le 21 , on envc^a des ingénieurs visiter un pont de bois qui était au bout de norre quartier, et le soir on envoya des charpentiers qui le mirent en état; cela fit croire qu'on nous mènerait le lendemain aux ennemis , parce qu'on avait fait la veille un nouvel ordre de ba* taille 'dont voici la copie faite sur uil original où Ton avait oublié l'escadron de Bresse et un autre.

<ÎONVOC4T!OIf BT VOT4GE

/Colonel-général,

Colonet-général,

La Reine,

La Reine,

La Reine et Qninson ,

Piloys,

Bulonde, j Mongeorge, \ Armagnac,

Boaillon,

Anrergne ,

Beaupré,

Tille, avec une comp.

du Royal-Etranger, i Vins, ^Royal-Etranger.

/ Paris , Yemiandois , i Senlis, I Clermont , \ BeauTais ,

I Bourgogne, i«' escadron, ^ Bourgogne, 3t<^ escadr.

/Régiment àm.

I roi,

I Régiment du

1 roi,

I Renty,

li .iFoix,

SS^lFoix,

"[1 I St-Sylvestre,

S -s { St-Sylyestre,

< « 1 Cessac ,

>|>JCe8sac,

or, M Vienx-Altace, I Cornai, I Yaubrnn , I La Vieville, l Bnzenyal , \Royàl-Walou.

f Orléans, i Chartres , I Blois , I Montargis , I Rouen , (Caen.

Si

I Champagne ,

Lyonnais, I Anjou , I La Couronne, I Monmouts.

I Amilton, I Orléans, i Tu renne, La Bflarine.

Lyonnais, Bourbonnais, Bourbonnais, Niyernais , Gisors , Limousin , Haute et Basse- Marche.

M fBerry, d S [ Berry, agi Champagne, H (S /Champagne, S •€ j Champagne , 12 .g> I Champagne ,

n V Champagne.

/Le Repaire,

' Anglais et Sardaigne,

Loriers,

Langalerie,

Langalerie,

Bellegarde,

Beringhen ,

Grignan , f Grignan, avec i comp.

\ Couslin, 4 comp. de Reluire et i de Beringhen, [ Prourilie, f Humières ,

Hnmièies,

Royal, i Royal, \ Royal

[ Bandeville I Bouillon, i Bourgogne , f Reuilion.

l Sou*»** I Languedoc, [ Rouergue, I Bretagne.

f Alençon, i Alençon, ) Anjou, \ Touraine, I Perche, l Maine.

/De Bours, / Giyry,

Givry,

Causal,

Culan,

Grillon,

Grillon.et***

Nouvel Alsace,

Lomana, 4cora-

0.g>l Lambert, ~ Lambert, arec une comp. de Lomana, Royal-Ronsaillon.

DE 1.'aRR1£RL-BaN EN 10^4* 49

Le 2%j OQ nous fit monter à cheTal de grand matin et «n noas rangea en bataille près du camp de M. de Turenne, plusieurs crurent qu'il y aurait bataille, mais tout cet appareil n'aboutit qu'à une revue; M. de Turenne vint à cheval accompagné de M. de Cféqui et des principaux officiers de Parmee passer à la tête de tous nos escadrons , et nous donna mille marques d'estime et de la satisfaction qu*il avait de nous voir; lorsqu'il approcha de notre escadron , de trente pas, il mit le cha* peau à la main ^ et quand il fut vis-à-vis de nous , il s'inclina plusieurs fois jusque sur Tarpon de sa selle , et iftoùs salsa de la manière du monde la plus honnête et la plus obligeante. Il nous dit que nous avions rendu un fort grand service à l'état et «qu'il espérait que nous n'en demeuFerions pas là , que les ennemis repasseraient le Rhin ou que nous les combattrions bientôt , qu'il était surpris de voir de si belles troupes , éi qu'il était ravi de iMMis voir en si bon ordre. Il né nous témoigna pas seulement par de belles paroles la satisfaction qu'il avait de nous voir, sa joie paraissait encore dans ses jeux et sur sou TÎsage qui était plus ouvert et plus vermeil qu'à l'ordinaire, et quand il eut bien eoasidéré notre premier rang, il s'avança queli|uea pas dans l'intervalle qui était entre le premier et le second, connue s'il neût pu se lasser de noud voir : mais quelques officiers , qui étaient auprès, de lui, l'ayant averti qu'il avait encore plusieurs choses à faire, il se relira pOiir continuer sa. marche vers les escadrons qui étaient à notre droite;, avant de s'éloigner, il fit degirandjes caresses à M. de firagny qui lui fut présenté par M. le maréchal de Créqui, laissant tout le monde parfaitement satisfait de ses honnêtetés; quand il se fut retiré, nous demeurâmes encore quelques heures en bataille sans savoir où l'on voulait nous

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