TOME XX. JANVIER l
5o CONVOCATION ET VOYAGE
conduire , après quoi uOujt fûmes r^itrendre notre poste à Aimacb) où nous avons demeutë jusqu'au 9 no*vembre.
Durant ce temps- là, iious fûmes plusieurs fois au camp, de M* de Ttirenrie, dont nous n'étions éloignes que d^une lieu^ > \fi quartier da roi était h pareille distance de Saverne dana un bourg appelé d'ElviUierd; son irmée était aujr deux Ugnea coiurbea le long dé k rivière de Sorti, rangée suivaiit Tordre de bataillé quâ j^ai ci" dessus r^pporté^ à la .réservé toiiliefiois de.k nbblesee qui était dai^ des quatrtier^ séparés *, l'iofanilerie était admitableinent bdley composée» idé boiM' bénonie» btct» arméa, bteft1»ahiUéa et bien aguerril ,, mais k Cavalerie élailifoirt em désordre à cause de la rareté du.fbnTrage qu!il fallait jtUer dbarcher à trob ou quatre lieues., .et qud l'enjie.lyfMivâit qu'à peine à cause ides grandar^éqùi^ pàigéa dt ràrrièffe-kan>et du: gratté- nombrèrde okèvauxque BOiiSi avions anœnés: eï qui montait à quinze. ou seize mmc|: cens. jde kJcaviilerte.l^èris qui étaient pins fatigttés^qnç ks nâtoes y étaient ai m^igreS' qu'à peifoO' se pouiraienlHik so«ltf rtirv'tout Je^oaq|i^, tous les quais d«s rivières et toiia lsi^abeliliIls étaient pleid» de i^be^aux mortsy «t'H'y. àtnkîdea^cempiignies otr ikn'y a^t ^pas vingNnnqmaktfeB'en ^«t deaer vir. On avait postée à l'oi< dinaire le parc de Taytillerie au mHieu de la première ligoe^ d te con^istiKi en vingt^^^einq ou trente pièces Aè eamm afveccoot l'équipag« ^enassai botf état. Toute eierfte arttiée ain^i disposée <^uvrait envitan une lieue de ^âys^ le camp n'avait point d autre retnincbement que k <^ nal de la rivière qui est- presque pàiiM^ut àioMil de craie, Teau assez profénd^ et lë^quai^ difficïksf à' cause des boues et de k hantéUr deisr bords*, de tous lesautres côtes, il n'éifait fermé Ui dé baies-, «1 de
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iosèi^ 9 et dp y entrait de totttes parts sans trcmyer aLncuniobâifiafile. Cependant les tfoufpes s'y trouvaient si assurées, birâ . qu'elles lie fussent au plus que dii[-hait mille hommes^ y compris tirois iniile cinq ou six cents liommes de Fairrière-ban, que la plupart dés officiers^ dormaient/tentM les nuirts ehtt-e deux draps, durant que les ènoeniisyaunonkbte de 55,Ooo, et sî Ton en^eut ermre leurs telatmiB, an nombre de 721,000 hommes, retmneh^ danfi le 'oamp qàé M. de Turenne avait abaudonaé^ étaient en de perpétuellè/s inquiétudes, tant le sàérite d'un cbef , ^and il est coimu, peut donner de cdkifianoe ktxi éiMs et de terreur à' ses ennemis , et c'est arec bi^ de la justice que les troupes reposent ainsi sur la pmdènee de M. de Turenne , dont Texpérienoe etia conduite mettent ordinairement soii armée horsidatteâite et à couvert de toutes sortes de surprises; il n^esi point de général an mondé qui sache mieux quelulichoislr tin poste avantageux pour camper, il' n'en e0l point ^isoitmieux informé quMl Test de toutes les d^arc4es des ^Émemis-, xii qui 'pénètre plus avant dans lents seéret»; ïl énïplbiè pour telà des ^rsomles si adroîtec^ictsi habiles qu^il esi soùveùt averti de leurs desMittS^inttefntident après qu^k ont été' formés* Il ne se contente ^s^de ce que lui rapportent ses espions, il vent éfre itlfomné piar ses propres yeux des choses qti'il peut o^iknatCi^è en pei^otiné, il monte tous les jours à eheva* de fei^t boWriê heure , va .observer tous les lieux qui sont autour dé son camp, et la disposition de celui des ennemie quland ik peu Vent être découverts, et quef^d il est de retour, il repaSsë dans son esprit tout ce<ja^on lui à dît et tout ce qu^il k vu, et le considère aVéé nûé méditation si profonde *qu*il oublie souvent toute autre chose; et dans celte forte application, il
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juge (les desseins des ennemis avec tant de pënëtration et fait des conjectures si justes qu'il semble qu'il ait eu part à leurs <X)nseiIs; et Ton a vu quelquefois avec admiration qu'il a prédit ce que les ennemis feraient durant trois semaines, et qu'ils ont fait justement comme ilavait prëvu. Cette rare prudence lui a acquis une si grande créance parmi les siens que les soldats croient toujours être en sûreté sous sa conduite , et il leur fait aussi observer une si bonne discipline , que quand ils n'^auraient pas à leur tète un aussi grand capitaine que lui, ils n'auraient pourtant pas lieu de fort craindre les ennemb* Les troupes font fort souvent revues , et il a soin de voir lui-même si tout le mondeest en état de servir ; il ne souffre point qu'on se dispense de son. devoir, et les moindres relâchemens lui déplaisent , il ne souffre même qu avec peine certains ajuslemens qui ressentent un peu la mollesse et affectation de ^ens de ville ^ et ceux qui veulent bien lui faire leur cour ne se présentent jamais devant lui avec un bonnet à l'anglaise ou up cbapeau .galonné. Nonobstant, celte sévérité qui parait un peu rude , il ^'est point de chef qui ait plus de bonté pour les gens de guerre : il ^t à l'égard des officiers et des soldats d'une manière bpnn^te et engageante , surtout avec ceux qui ont du mérite; il prend tous les ^oins imaginables pour que les t|poupes ne manquent de rien de ce qui leur est n^ces-o saire , et il les ménage plus qu'aucun capitaine qui isoît au monde ; il ne ménage pas seulement leur vie , mais il a tant de soins de ne Itur dooner point de fatigues inutiles qu'il ne s*est presque jamais fait accoippagner par les gentilshommes qui ont été à l'ordonnance durant tout le ttmps qu'il a retenu la noblesse. Il veut que toutes clioses se fassent dans Tordre; mais il aime
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mieux servir d'exemple à ses gens que de se servir de son autorité pour leur faire faire leur devoir. C'est pour cela quMl est si régulier à garder dans sa conduite des mesures que les autres généraux négligent ; il est malgré son âge plus alerte que les jeunes gens de Parmée , il ne prend jamais tontes les commodîtt's qu'il peut prendre : s'il loge dans un village, ?1 ne prend que très rarement *le château pour soi , sa table est sans excès ', et généralement en toutes choses , îl agit avec tant de modération , tant de prudence , tant de courage, et surtout avec tant de probité que sa conduite est un modèle achevé de la discipline la plus exacte. Durant que nous fûmes campés à Almach , nous vîmes aussi plusieurs petites villes dont la plus considérable est Saverne, elle est grande comme Beaune. Fortifiée comme les autres villes de la basse Alsace d'une muraille de briques , et quantité de petites tours avec une fausse baie et un fossé médiocrement profond , il y a quelques fortifications de terre près de la porte qui est du c6té de Marmunster , mais la place n'en est guère meilleure pour cela ; les rues ne sont pas fort larges à là réserve d'une qui traverse quasi toute la ville; les bâtimens n'y sont pas fort beaux ; mais il y en a un qui vaut seul plusieurs belles maisons : c'est le palais de l'évèque de Strasbourg qui est l'un des plus suporbes bâtimens de l'Europe. Plusieurs gentilshommes qui y ont été m'ont dit qu'il n'est rien de si magnifique que ses appartemens, rien de si riche que les ornemens, rien de si choisi que les peintures et les sculptures qu'ils y admirèrent. Ils trouvaient seulement à redire que l'entrée est de travers , l'escalier dans un coin , et que la symétrie n'a pas été observée en plusieurs endroits qui choquent la vue. De moi , je n'ai pu le voir de près ,
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parce que ma santé ne .pie le perpiit^aft; mais je sais seulement que je p'a4 pfesque point vu de belle maison qui fasse au dehors un plus hç\ aspect que ceUe-ci. Du côté du nord , on a élevé .bor$ de la ville sur une jémi* nence une espèce de citadelle parré^ à quatre éperons; pe fort p'est pas revêtu, il est seulement tracé et palissade et au-dessous^ U J ^ des depni-lunes qui m'ont paru un peu trop basses pour être défendues du corps de la place, mais ces ouvrag/es ne sont pas encore dans^ leur perfection. Je ne sais si Pair est boti à Saveme, mais nou^ avons vu presque tous les. blessées qu'on y avait fait conduire après La bataille d'Eusheim mourir de leurs blessures quoiqu'elles fussent fort légères, tan-*dis que ceux quiétaieni restés dans le cauip guérissaient presque tous dçf bWs^ures très dangereuses^ La ville qui tient le second rang parmi celles que nous avons yues est Bosweilliers, If^s avenues en sont triè^ boueuses, et }e dedans n'est guère plus net« $1 y a pourtant plus ^e personnes de qualité qu'au^K autres , patpe que la princesse de Hanau y faif sa résidence» fille loge daos lin château bâti à Tantique avec des l^ourç ^v lesquelles on a élevé d'autres plifs petites tpurs 4*^^^ manière as^ se3(bizpr{:e. On.avait fait à BosweiUiers des magasins de blé et 4'avo|n^ qui furent bientôt ispuisiési et noua fumes contraints ei^ pefi de jours dç prendra ^u çeigle au lieu d'avoine, d'aller chercher du pain à .Çii|gweilliers qui est une autre petite vill.e du côté de Daguenau où on ayait fait un magasin de blé^ c'esV.lç lieu près duq|iel M. de TureI^le a c^mpc. a^ sortir d'Etweîlliers. J'ai été plusiejiirs fois en cette pptite ville et suis eptré fiaus le château , m^is je, p'y i|ii rieo trouvé derem^rqu^able; pour nps autres prQvisip^s, noua les tirions de Saverne,.et d'une autre petite ville appelée
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NeuviUiers où Ton trouvait âisëmtot oe que Ton clierehait, parce que les religieux de l'abbaye servaient de Irucfaemenl k ceux qui R*eiiteddaieiit paa la langue du pays.
Toutes ces villes ne sontëloigniSes Tune de Tautre que d'une Hea€> ce qui eat une marque de la bonté du pays ; en effet, l'Alsace passe pour une des metUeures provinces de rEttro|)e, et ki contrée où nous avons été porte aboudainmeut tout ce qu'on peut souhaiter pour la commodité de la vie ; les vialkms sont traversés par des rivières fort poissonneuseï ^ sur le bord desquelles sont de belles prairies où Ton nourrit grande quantité de brtail; les pentes , et même ep quelques endroits les sommet» des montighes sont cultivés et portent de. très bonsgrahn et des vins assex déKcalSy et oe qui n'est pas cultivé n^est pourtant pas inutile , car il est couvert de beia^ dont une grande partie est de haute futaie, qui pro* duîsent des châtaignes et des ^nds en très grande abondance et qui fournissent une ii'ès grande quantité de gibier; Les fruits y sont plus gros mais moins savoureux qiie les nôtres; l'air y est si doux que, bien que nou» fUKiions campés sur des montagnes qui , depuis li| Lorraine semblent être plus élevées que Ie3 ntaes , nous n^ayons point senti de froid, à la Toussaint, qui ne lut fort supportable. Les hàbilans sont de belle taille, bien proportionnés et robltstes ; ils sont bonnes gens et assez officieux , mais grossiers : ent^e tous ceu< que j'ai vus , je n'en ai pas trouvé un seul qui put passer pour habile , non pas même es arts où l'on dit que les Allemands excellent. Je me suis informé souvent dans ces petites villes s'il y avait quelque manufectnre extraordinaire, et je n'y en aipôint rencontréqui ne soit très commune. J'ai pième trouvé qu'en ce pays-là on entend mal celai
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de tous les arts qui est le plus en usage y je veux dire l'architecture; car leurs maisons , quoique soUdes et bâties d une manière assez recherchée , ne sont.pourtant pas aussi commodes qu'elles le pourraient être. Les chambres sont en plusieurs endroits bâties avec un retour en potence; les cheminées sont en un coin quelquefois si reculé qu'on a peine à y voir clair à midi. Les écuries et l'appartement du maître sont souvent sous le même toit, et le toit est en plusieurs maisotts couvert de tuile* rangées les unes sur les autres en droite ligne et quiae portent point sur celles qui sont à côté , en sorte q«ie^ quand on est dans les greniers, on voit le jour à travers de longues raies qui régnent entre les tuiles depuis le faite jusqu'à la corniche; et quand il pleut, l'eau entre dans les greniers et pourrit les bois de leurs couverts* On ferait de plus belles observations dans un pays paisible; mais dans un pays où on est à deux lieues des ennemis , il e$t défendu d'être curieux à peine de la vie ou d'être au moins fait prisonnier. Ce n'est pas que les Allemands ne nous laissassent bien à repos ; durant un mois que nous avons été en Alsace, ils n'ont rien entrepris de plus considérable que le siège de Wassenheim ou Was* selcnheim , .que nous appellions Yasselone et d'autres Bar-sur-Onne ; c'est un bourg q«i appartient à la repu* blique de Strasbourg, où il y a un château dans lequel M. de Turenne avait fait faire un magasin et y avait laissé trois compagnies sous la conduite du chevalier de Ronciéres et de deux autres capitaines pour le garder. Ces gens firent durant deux ou trois JQurs une très vigoureuse résistance ; mais , voyant que le canon avait fait une fort grande brèche et qu'il ne lem* restait plus de poudre , ils firent une compositioa honorable et sortirent de la place que M. de Turenne ne jugea pas à
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propos de secourir , de crainte que cela ne l'engageât à uu combat qu'il avait intérêt iVëviter,
Durant que les ennemis battaient Wassenheim , nos fourrageun furent attaqués d'un autre c6të à une lieue au-delà d'Etwîlliers. Cette nouvelle nous fat apportée par quelques valets qui revinrent en désordre, et qui nous dirent que l'escorte qu'on leur avait donnée, avait été défaite, et que M. deTentssey, qui était ce jour-là au nombre des commandés , était ou tué ou prisonnier. M. de Bragny fit incontinent sonner à cheval , et nous nous trouvâmes environ quarante qui le suivîmes. Cette chaleur d'amis ne fut pas approuvée de tout le monde; de onze escadrons qui étaient au quartier, il n'j eut que le nôtre cpii monta à cheval, et plusieurs même de notre troupe ne pouvaient s'empêcher en marchant de blâmer notre emportement : ils disaient qu'il n'y avait pas de prudence de courir après des ennemis que nous ne pourrions joindre ^ qu'il était inutile d'aller cher* cher un homme qui était ou mort ou en lieu de sûreté , avant que nous fussions avertis de sa prise ; que M. de Turenne ne trouverait pas bon que nous eussions quitté notre quartier en corps et sans ordre, que les ennemis pouvaient nous avoir donné cette fausse alarme pour nous attirei: dans les bois par où nous passions , et nous tailler en pièces , ou enlever notre quartier en notre absence» Durant qu'ils tenaient ces discours, et qu'ils blâmaient M. de Bragny de nous avoir oon-^ duit à une lieue et demie d'Âlmach , nous vîmes M. de Senay , notre brigadier, qui avait encore été plus loin et qui nous vint assurer que les ennemis s'étaient retirés avec les hommes et les dievaux qu'ils avaient pris, mais il ne nous put rien apprendre de M. de Tenissey^ il nous dit seulement qu'il y avait à un quart de lieue de
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no|i9 9 ^^ corp^ mort d^nt la blaucbeiur et Ws cheveux faisaient connaître .qu^il ëtaîl d^ttoie pecsonn^ decpialité. Srf .<^^ »vi&, nau9 pJoOMâxiiJB» |diiis loin,: malgnl les plaiote^ dç C9ii% qui blèaiaieiit pote proôCdé, et, après avoir, été iiil«-dela d'un& turét ^ au deasous d'un château , qui appartient au eoloue) fiose ^ et tcouvë M. de Ba}ot , qui iipus aa3ura que le mort n'avÂt auoonâ traits qui rea94BiDhla$Àeiit à sop beaurfrère, uous tfous en revînmes fort triatM i» n'avoir pu apprendee aucunes nouvdtes d'un genlilbomme pour lequel noua avions )ous beaucoup d'eAtioie. Ceci fut incontinent mandé en FVance par dee gêna qui avaient ppe si i^ande démangeaison d^écr^re des. nouvelles , qu'ils n*attf ndaient pas que les cbosei fussent* arrjvées pour les écrire* Ce fut sur les relations de ces nouvell|ates qu'on piettra ici un homme qui Je portait fort bit^n.
Le lepdemain qS octobre-, un peu avant qpe l-on scmùât le guet , nous lious eutr^tenions de son malheur ci on prenait des mesures pour faire partir un tambour que M. de Turei^ne avait donné pour le répéter, quand nous le vtmes revenir au camp avec un Suisse qui le ramenait; nous a|lâme6 tous l'embrasser avec empressement, et tant de gens lui sautèrent au col qu'il ne se trouva guère moins embarrassé que la veille* Il nous raconta sou aventure, et nous dit que quand les ennemis eurent rais en désordre 1^ foorrageuvs , son cheval tomba dans un cbeiçip, embarrassé de trousses qu'on avait abandonnées, qu'il demanda secours à joenx de l'escorte , et que pas lin n'ayant voulu s'arrêter, qu'un frère^sewant du Mftocmnais, n<Hiuné Laroche, qui avait besoin d^ secours lui-»inéme, parce qu'il était blessé, il fut contraint de se jeter dans lei |)ois où les ennemis le poursuivirent et le fivent prisonnier ^ ils eurent asses de
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reâpeet pour ne pas le fouiller, mai? ils l'obligèrent à donner lùi^'ménie sa bourse, elle conduisirent en une petite yille qui appartient au prinee de la Petite-Pierre. Ce seigtiettr s'y rencontra ce jour-là heureusement pour M. de Tenissey, et avait à sa suite un homme qui a^ait autrefois servi dans les troupes de France , sous M. de Balot r«îné« Ce sioldât servit admirablement M» de Tenisaey en cette rencontré , il lui fit cotmahre les plus appapens de ses camarades avee lesquels ils firent la débauche à l'allemande, et entre les verres et les pots, ik composèrent de sa rançon à vingt*çinq ëcns i il en aurait été qi^itte pour le prix s'il avait pa sortir de la ville en sortait de table; mais comme il était trop tard et qu'il fj[^llatt attendre le lendemain , les chenapans , i^est ainsi qu'oQ appelait ceux qm l'avaient pris , eurent le loisir de se dësenivriar et se plaignirent qu'on les avait surprtis durant la débauche , et que la rançon était trop modique pour tin homme de sa qualité; on contesta quelque temps pour cela , et l'affaire ayant été portée i M. te prince de la Petite-Pierre, il accommoda le différend en obiiga^nt M* de Tenîssey à donner cinq écus davantage^ i) lui fit mille honnêtetés^, aéUlAit caution pour les trente écus qu'il avait promis , lui fit donner un dâ ses chf&VattX et le fit escorter par un Suisse jœques au quar«tieir. 'L'écuyer de ce prince ne fut pas moins obligeant que son maiti^e-, car voyant M. de Tenissey partir san^ épée , il lui 'dit qu'il u'était pas juste qu*on laissât sortir lin gentilhomme sans la marque de sa qualité; ildta KoU^ qu'il portait et- la donna à M* de Tenissey qui la lui renvoya par le Suisse^^après lui avoir donné des marques do la reconnaissance qu'il avait de toutes lels honnêtetés qu'jl avait reçues. Je ne dois |>as oublier une diose qui a paru a^sez singulière : le sieur de la Roche ,
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dont je viens de parler, portait sur lui en ëcbarpe uue ceinture daâs laquelle il avait fait coudre plusieurs pièces d'or ) la balle, dont il fut blesse, porta sur un loui» , et le fit entrer dans le corps si avant qu*il a été impossible de le retirer V il a pourtant été guéri assez prbmptement.
Cette alarme ne fut pas la seule que nous eûmes à Âlmacb; le jour des Morts, a novembre, à trois lieures du matin, on entendit un coup de pistolet et on cria aux armes; nous accourûmes les uns à pied, les autres à cheval au corp&-de*garde où on nous dit que la vedel le avaient découvert trois bommes qui se coulaient le long d'un bois taillis et venaient nous reconnattre , qu'après avoir demandé plusieurs fois qui vive sans recevoir aucune réponse, la vedette avait tiré son pistolet qui avait fait faux feu, et qu'un gentilhomme, qui s'était avancé pour le soutenir, avait piqué droit à ces espions et avait tiré Jsur^, l'un à bout portant, qu'on croyait qu'il était bien blessé, parce que l'on avait ouï quelques soupirs comme d'un homme qui était prêt i expirer : on envoya incontinent quérir de la paille dont on fit des brandons avec lesquels nous allâmes chercher ce mourant afin de l'interroger avant qu'il rendit l'esprit et que nous pussions apprendre quel était le dessein des ennemis. Nous rodâmes long*temps sans rien trouver ni dans les champ ni dans les bois : nous fîmes encore de nouveaux brandons et nous recommençâmes à chercher. M. de Senay entra lui-même dans le bois avec un flambeau de paille en main*, nous quêtâmes ainsi durant un demi-quart d'heure, mais inutilement; nous lecommençâmes une troisième fois et nous trouvâmes enfin le corps de cet agonisant , c'était un misérable cheval que sa mauvaise destinée avait conduit en ce licu-li pour sou malheur,
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el qui fut le second que MM. de ChâtiUon tuèreut à la garde durant cette campagne. Quelques jours auparavant cette alarme , le marquis de Listenois et le fils de M. de Flameran moururent à Saveme^ celui-d était blessé â la main si k^èrement, qu'on ne crojait pas qu'il dût tenir la chambre buit jours , cependant il fut impossible de le sauYer. Le terme que MM. de Normandie s'étaient prescrit était près d'expirer, et ils crurent qu'il était temps de prendre des mesures pour leur départ; ils envoyèrent des députés à M. de Turenne , et lui firent rèmonti:^ qu'ils n'avaient plus d'argent pour subsister; M- de Turenne leur en offrit à condition qu'ils s'obligeraient solidairement. Cette condition ne fut pas acceptée crainte que ceux qui étaient solvables ne fussent un jour obligés de payer pour ceux qui ne l'étaient pas : ils envoyèrent d'autres députés pour demander ou congé ou bataille. M. de Turenne ne leur fit point de réponse précise , mais il leur dit seulement -qu'on reoTerpraiC biaitôt toute la noUease. Cependant pour ôter k tout le monde l'espérance de pouvoir obtenir congé avant le temps , il le refusa à plusieurs gentilshommes malades à l'extrémité qui furent obligés de rester au. camp au hasard de leurs vies. Cette sévérité fit croire à plusieurs que l'on avait un extrême besoin de monde , et qu'on avait dessein de nous retenir plus long- temps qu'on n'avait promis 5 on commença de murmurer, et plusieurs qui jusque-là s'étaient fait honneur d'une patience affectée dans l'attente du succès des remontrances des Normands, commencèrent à consulter entre eux des moyens dont ils pouvaient se servir honnêtement pour, empêcher qu'on ne les engageât pas à un servicoptus long que celui qu'on leur avait demandé. Ceux qui se trémoussèrent le plus en cette rencontre , furent ceux
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de ri)e-de-Frai)ce» Ils députèrent à M. de Turenne , et nommèrent, pour chef de la députation, le vicomte d'Arcy qui eat l'un des gentilshommes^ royaume qui a le plus d^esprit et le ]^1us de savoir ^ il paria en forts l>e^ux termes à M. le général duzèledelat noblesse qui avait passé la frontière sans r^p«gAance, quoiqu'elle n'ignorât pas les anciennes ordoiinances qui portateni qu'on ne pourrait la faire sortir du royaume, qu'elle avait fait paraître en cette oecâsitm que l'intârèt du roi et de l'état leur était plus cher que le leur propre ; mais que la gloire de servir si généreusement l'état au préjudice de leurs privilèges , commençait à leur coûter bien cher, que cet éloignement imprévu les avait engagés en des dépenses: si. grandes^^ que plusieurs panrvres ^ntilshommes.avaient déjà consommé plusieurs anmées de leurs revenus, et qu'il y .en avait beaucoup qui aéraient entièreùietit ruinés s'ils étaôcnt obligés.de desueu* rer plua long-temps dan» .un pays on le peu d'argent qui leur restait, ne pourrait aufErepiMur leur suiMistance; il supplia S. A. de demander, de.bokinë heure au voi 8e$ ordi:es pour le retour, afin que tajit de piauvres geutikhommes qui. n'étaient plqs en état de soutenir ^kr dépense qu'ils .étaient obligé» de faire^ ne fusseiU< pas retenus hoi;s de. leur. pays plits long^ temps qu'où m; leur avait piH>mis ^ el l'aSsura enfin qu'ils sonhaitiaient tous avec pasâon qu'avant* de partie on leur dopikât oiiacasicm de signaler leur valeur., et qu ils s'estimeraient heureux .s'ils pouvaient, souSc. la conduite ^'tm si grand capitaine, |>ffodigiSer. leur sang et leur. vie pour le bien de l'état et pour la gloire de leur prince. Je n'ai pas eu la curiosité de demandt^r à M. d^Arcy, quelle réponse il reçut de M. de Tuvemne, mais je sais bien qtie MM. de rilc*de*Fraiicc ont cru qu'ils n'avaient
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pas peu contribué au coogë que l'on donna dix ou dou2e jours après. Ce temps sembk long à bien des gens qui s'einrayaient en Allemagne ; la plupart des chefs étaient las dé commander k des troupes qui ne YOi^éaient jilas obéir; la plupart d0B encadrons étaient rebuté» d'une guerre ou on ne se contentait pas de les employer à des gardes de futigue et k des escortes de iburrageiirsy on les commandait eiicore pour aller à deiKK ou trois lieues quérir le pain et TaTOfoe , et ce qiti les fâchait le fitm ^ c'est que plbsieura étaient €Q|f^ traints. d'a^^m^ter sur lew» cboranx le pain de leurs officiers^ qui aimafènt mieux employer des gentflsbolnutes à des offices de 'Valets que d'envoyer les leur^ poiur appointer oe <^i leur était dm. Ceux qui n'avaicftit poitit d'argent y et le uoliibfe de ceux-là était le plus grand, d^OMTUiraieot aveo d'étvangé» impàfcielicss dans' kai ptLjg où il fallait payer qnatonfle sois d'un pot de maisTàis viitj^Ufflnte'sob d'un fer de cbéVal, et quelqfuefoiaqpiuise sob ^'une botte de foin y et où ils ctmniient risque àt manquer de toutes efaoalés s'tlay fussent demearés eA<* cdre Ibng-teâips : ceiJxqui étaient lé mieux niten^muiés ne voymevt qu'avec regret le désordre fui était parini nous, et u^étaie»! pas fâchés que l'on ooilgédiit de» troip(pés <p» ù'd^senraîeiit pas utie assesE bouue diseipUne f9V^ xiàn (awe de considérable. M* de Tureiine était exacteuMut informé de tiHiS'Cêflf cbagriiis et il tâchait de les m<Aérér avec jume adrésèie'.iiftQwveilteuse ; j'observais sa- conduite eu cette remxmtré » et je ne powais me Isa*' , ser d'adflajrer ^la manière dont un homme goiiteniait les autres 9a^& force et sans violence , et comment une si grande raukitude com!po6ée «le plusieurs milliers d'hommes d'intérêts et de desaeins différens^ se portaitd'elle-même à suivre les iutientions d'un sduL H fit au
commencement sonnerie bruit que les ennemis ne pouvaient s'accorder entre eux et qjuHts se sépareraient bientôt ; quelques jours après comnie on vit que les ennemis demeuraient en corps d'armée et que Icor nombre s'augmentait , il fit venir des gens qui dirent qu'ils se retiraient du camp des ennemis où il y avait une disette extrême 9 et qu'ils n'avaient chaque jour qu'un pain pour cinq ; le lendemain d'autres vinrentdire qu'ils ne vivaient que de racines , et quelques jours aprè$ lorsque nous sûmes que les ennemis faisaient meilleure chair que nous , on nous vint assurer que les Suédois étaient entrés dans les États de l'électeur de Brandebourg , puis le lendemain on vint dire que ses troupes repassaient le Rhin, et que son bagage et ses malades étaient déjà à l'autre bord^ quand on fut encore détrompé sur ce retour de l'électeur de Brandebourg en son pays , on nous entretint d'une trêve qui' devait être , â ce qu'on assurait f publiée le jour de la Toussaint , et quand cette fête fut passée et qu'on ne vit aucune disposition à cette trêve , on commença de nous dire que quatre-vingts escadrons et vingt- trois bataillons de l'aidée de M. le Prince 9 étaient arrivés en Lorraine pour nous joindre au premier jour, et que quand ces troupes seraient arrivées, on nous renverrait chacun dans nos maisons. Ainsi, en nous donnant tons les jours des espérances nouvelles, il retint dans le devoir bien dés gens qui , sans cette adresse, s'en seraient infailliblement dispensés. Peu de jouré avant notre départ , il arriva deux choses qui manquèrent à causer bien du bruit , mais cela fat heureusement assoupi avant qu'il fît éclat. Quelques genliishommes indignés de ce qu'on leur faisait apporter le pain des officiers et qu'on ne leur en donnât pas autant qu'ils prétendaient leur en être dù,^'cn pkiignircnt plusieurs
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foifi aux coromandans , et voyant qu'on ne les satisfaisait pas 9 ils résolurent de porter leurs plaintes jnsques à M. de Turenne. M. d'Avot se 6t députer pour cela , et eut ks suffrages de tous les gentilshommes du bailliage f à la réserve de quatre ou cinq qui n'avaient point pris de part à cette affaire *, Joly était de ce nombre ; il attendait une occasion favorable pour apaiser les méoontens et il fut assez beureux pour y réussir. Lorsque M. d'Âvot vint lui parler de Taffiiire et lui demander son suffrage, il lui dit qu'il ne croyait pas qu'on dût se {plaindre de ce que MM. nos officiers se servaient de leur droit en n'envoyant point leurs valets pour apporter leur pain , que ces sortes de voyage tenaient lieu de gardes dont MM. les officiers étaient exempts ; qu'à l'égard de la distribution elle se faisait dans notre escadron sur le même pied que dans les autres, qu'il connaissait MM. nos officiers trop honnêtes gens , pour vouloir profiter au préjudice de la compagnie? et que quand il arriverait , ce qu il ne croyait pas , qu'on ne nous donnât pas exactement toutes les rations qui étaient dues, encore ne serait-il pas honnête à un gentilhomme de se plaindre pour un morceau de pain. M. d'Avot goûta ces raisons, il ne parla plus de députa tiou et le bruit oessa pour cpielques jours; mais il recommença plus fortement pour un autre sujet. M. de Turenne avait ordonné que l'on délivrât par escadron une certaine quantité d'avoine que les commissaires allaient prendre à Bosweilliers , et la distribuaient ensuite à chaque bailliage; le commissaire de notre escadron fi|t un jour prendre celle qui nous était due , et la distribua comme il lui plut à ceux du bailliage de Dijon et de Gbâions , sans en faire part à tîeux de Châ*^ tilloik qui ne manquèrent pas de s'en plaindre, et