‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 13 sur 38 · I. Les Khalifes x\bou Bekr ei Omar · texte numérisé non relu

I. Les Khalifes x\bou Bekr ei Omar

DK LAMBASwSADE AU KHARf-ZM 101

de longues années que ces disputes sont engagées et que, des deux côtés, on a échangé des traités, des thèses, des livres et des sermons, sans pouvoir arriver au but que l'on s'était proposé. Ceci est un fil dont le bout est bien éloigné. >^

€ Autrefois, la plus grande partie des habitants de la Perse étaient adorateurs du feu ; après la fondation de Tislamisme, ils suivirent la doctrine de la tradition. Après les Khalifes, lesOmmiades s'emparèrent du pouvoir et ils entrèrent en lutte avec Aly, fils d'AbouThalibet ses très-glorieux enfants. L'histoire de la lutte de Moavièh fils d'Abou Sofian à Siffin, de la bataille de Kerbela, du martyre du cinquième Imam delà famille du Prophète * et du khalifat de Yezid est plus claire que la lumière du soleil. Quand le khalifat fut dévolu à Abdallah es SafFah et à la famille d'Abbas, les Ommiades furent poursuivis, persécutés et massacrés. On alla même jusqu'à ouvrir les tombeaux des membres les plus illustres de cette dynastie, et dans quelques-uns, on ne trouva que des cendres. »

« Le khalifat resta longtemps aux mains des Abbassides et, sous tous leurs règnes, on accabla de mauvais traitements, soit ouvertement, soit en secret, les Imams de la bonne direction et les Seiyds Fathimites de la famille de Hachim. On sait de plus que les Khalifes ont été aussi divisés ; les Abbassides et les Ommiades étaient ennemis ; cela n'empêche pas les musulmans qui suivent la tradition de les reconnaître pour souverains légitimes et de les appeler vicaires de Dieu et du Prophète. »

« Moavièh et les Ommiades sont les premiers qui aient chargé d'injures Aly et l'aient accusé d'hérésie ; pendant soixante-dix anSj on a, dans les chaires des mosquées, insulté et maudit son nom. Omar fils d'Abdoul Aziz abolit cette coutume. Ensuite,

I. Le texte porte o la famille du manteau >- (Ali yVba). Le prophète Mohammed appela un jour auprès de lui, à Taube, Aly, Faihimch et ses deux fils et, ouvrant le manteau en laine noire dont il était couvert, il les pressa sur son sein en récitant le verset : a Obéissez à Dieu et à son apôtre, Dieu ne veut qu'éloignei de nous l'abomination de la vanité et nous assurer une pureté parfaite. » CQoran, chap. xxxni, verset 33.) Et il ajouta : uO mon Dieu! ceux-ci sont les membresde ma famille.» Depuis ce jour, Aly, Faihimèh, Hassan et Hussein furent désignés par le nom de Ali Aba.

ainsi qu on le lit dans le livre des « Religions et des sectes phi losophiques ' >» , on vit surgir un grand nombre de sectes : Les Kharidjy, les Moutazelèh, les Achary, les Zeydièh, les Ismailièh , les Afthahièh ^ . C'est alors que la grande fraction

1. Le livre des religions et des sectes philosophiques (Kitab oui MUel ouen Nihal) a été composé par l'Imam Aboul Feth Mohammed ibn Abdoul Kerim Chehristany (348-1153}. Le texte de cet ouvrage a été publié par M. W. Cureton sous le titre de a Book of religions and philo sophical sects. » London, 1842.

Nouh Efendy (1070-1659), auteur d'une histoire d'Egypte, a donné de cet ouvrage une traduction turque qui a été imprimée au Caire, en I263 (1848), i vol. 8«.

M. Haarbrûcker Ta traduit en allemand. « Religionspartheien und Philosophenschulcn aus dem Arabischen ûberset^t von Th. Haarbrûcker, Halle, i85o-i8di. Je possède dans ma biblothèque un exemplaire de l'ouvrage de Chehristany copié au xiii* siècle qui a appartenu au célèbre grand vézir Mehemmed Raghib Pacha et qui porte des notes de sa main.

2. Les Kharidjy qui se subdivisent en six sectes ne reconnaissent ni Osman ni Aly; ils professent la doctrine que les péchés enlèvent la foi et que tout musulman a le droit de refuser obéissance à un Imam qui s'écarte des prescriptions consacrées ptv la sounnah ou tradition.

Les Moutazelèh sont les sectateurs de Wassil ibn Atha el Ghazzal disciple de Hassan el Basry. Wassil enseignait que le Qoran n'est point incréé ni par conséquent éternel; que la foi peut subsister malgré les péchés et sans la pratique des bonnes œuvres; enfin, qu'il n'y a point en Dieu d'attributs séparés de son essence. Le Khalife Waciq et quelques-uns de ses successeurs adoptèrent les idées de Wassil. Les Moutazelèh portent aussi le nom de Mouaththil^ parce qu'ils dépouillent Dieu de ses attributs.

Les Achary sont les adhérents d' Aboul Hassan Aly ibn Ismayl el Achary qui s'est appliqué à définir les attributs de Dieu dans lesquels il voit des propriétés et des qualités distinctes de la divinité, tandis que, pour d'autres théologiens, ces attributs indiquent différents états de la divinité. Aly cl Achary insistait, en outre, sur l'importance de la révélation et des promesses de Dieu, sur leur caractère immuable et sur leur perfection complète. Il voulait que la dignité d'Imam fût élective et que sa collation ne fût pas réglée par une loi.

Les Zcydiyèh suivent la doctrine de Zeyd fils d'Aly, fils de Hussein, fils d'Aly, qui enseignait que l'Imamat devait être exclusivement réservé aux descendants de Fathimèh. Tout Fathimy, qu'il soit de la souche de Hassan ou de celle de Hussein, peut être Imam. Ils admettent, en conséquence, que deux Imams peuvent exister dans deux localités différentes. Les Zeydiyèh, pour tout ce qui se rattache à la foi, suivent la doctrine des Moutazelèh.

Les Ismaylièh prétendent que l'Imam qui a succédé à Djafer était Ismayl son fils et cette assertion est appuyée sur le témoignage unanime de ses enfants : ils ne sont point d'accord sur l'époque de la mort d'Ismayl. Ils se divisent en Moubarekyeh qui disent que l'Imamat s'est éteint avec la personne de Mohammed fils d'Ismayl, et enBatkinyèh qui-enscignent la continuation de l'Imamat. Ceux-ci sont les plus nombreux.

Les Afthahyèh affirment que les Imams descendent d'Abdoullah el Afthah fils d'Abou Abdallah Djafer, fils de Mohammed es Sadiq, frère d'Ismayl. Mohammed es Sadiq avait chargé un de ses compagnons de remettre la dignité d^Imam à celui qui en ferait la de-

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des Imamièh voyant que tout était en ruines^ que les mers n'étaient qu'un ihirage, se conforma à ces paroles : « Ma famille est semblable à l'arche de Noé; celui qui s'y embarque est sauvé, et celui qui s'en éloigne périt dans les flots » , et monta sur le vaisseau de l'amour de la famille du Prophète pour échapper au déluge. »

€ L'imputation d'hérésie et les injures existent depuis longtemps. Il y eut une recrudescence sous la dynastie des Sèfèvy. Nadir Chah y mit un terme et il voulut faire cesser tout dissentiment au sein de l'islamisme. Après lui, les souverains originaires du Lour ne s'occupèrent pas de cette question \ Les ignorants et les savants poussèrent les choses jusqu'à l'exagération. Bien que Feth Aly Chah témoignât beaucoup de bienveillance aux ulémas et aux personnages renommés pour leur dévotion 3 il défendit et proscrivit toutes ces accusations d'hérésie. Mohammed Chah fit à ce sujet les défenses les plus sévères. Sous le règne du roi actuel, personne n'a l'audace de prononcer des paroles aussi oiseuses. Si quelqu'un osait injurier les Khalifes, on allégerait son cou du poids de sa tête. i> — « S'il en est ainsi, dit le Khan, c'est bien. » -

mande. C'est à ce titre qu'elle fut conférée à Abdallah el Afthah. Il mourut soixante-dix jours après son père, sans laisser d'enfants mâles.

Les Chiites Imamyèh soutiennent qu'après la mort du prophète, l'Imamat devait revenir à Aly, non point en vertu de certains droits, mais par suite d'une désignation spéciale de Mohammed. Les Imamièh comptent vingt sectes qui sont divisées au sujet de la transmission de l'Imamat après Hassan et Hussein et Aly fils de Hussein.

1. Les souverains du Lour (Selaihini Elwarièh), L'auteur désigne sous ce nom la dynastie des Zend dont le chef Kerim Khan gouverna la Perse après la mort de Nadir Chah. Kerim Khan, fils d'Ouynaq, était originaire de Perièh .village du district de Melayr. Son père était un personnage notable de la tribu des Feïly, frac li on considérable de la grande tribu des Zend.

Kerim Khan, pendant son règne qui dura trente ans et huit mois, ne voulut jamais pren-' dre que le titre de Vekil. (Lieutenant, délégué.) Il eut pour successeurs Aboul Feth Khan Sadiq Khan, Aly Murad Khan et Djafer Khan. Le dernier prince de cette maison, Louthf Aly Khan, fait prisonnier à Nermachir, fut mis à mort à Téhéran par ordre d'Aga Mohammed Khan Qadjar.

L'histoire de cette dynastie, qui compte six princes qui ont régné pendant quarantetrois ans (iiC5-i2o8 [1751-1794]), a été écrite par Mirza Sadiq Mervy, sous le titre de Tewarikhi Zendièh,

u C'est l'exacte vérité, répondis-jc. — i La cause de notre inimitié contre les Persans, poursuivit-il, se trouve dans l'imputation de l'hérésie et les injures dont ils chargent la mémoire des Cheikhs (les deux premiers Khalifes) : mais quel est le motif de la haine que nous portent les Qizil Bach? « — ^ De même, repris-je , qu'on vous a dit que la plus grande partie des habitants de la Perse sont des hérétiques et que ce motif vous a poussés à les détester, de même les Persans s'imaginent que vous n'avez aucune vénération pour Aly, ni pour ses très-glorieux enfants.» — « A Dieu ne plaise, s'écria le Khan, que nous n'ayons point de respect pour Aly ! Nous le reconnaissons pour le quatrième et le plus savant des Khalifes. Si, dans toutes les affaires du khalifat, on avait suivi ses conseils et déféré à ses avis, jamais il n'y eût eu de dissension. L'histoire du khalifat est racontée dans tous ses détails dans le Raouzet ous Sefa '. »

a Votre serviteur, répartis-je, a grandi et a été élevé dans la province de Fars; il en a parcouru les côtes et les ports à plusieurs reprises. Il y a, dans ces parages, environ trente mille individus qui siVivent le rite Chaféite. De même, dans le Laristan et dans les autres districts du Fars, les sunnites sont nombreux et ils vivent paisibles et tranquilles. J'ai séjourné au milieu d'eux; quant à moi, je garde mes convictions et je n'ai aucune prévention dans les questions de sectes religieuses. Mais il y a en Perse une classe d'individus que l'on nomme Imamièh et qui, sur quelques points, sont dans le vrai; ils sortent toujours victorieux des discussions qu'ils ont avec les docteurs sunnites. Entre autres assertions, ils affirment que, pendant sa dernière maladie, le Prophète demanda une écritoire et du papier pour rédiger ses dernières dispositions et son testament, afin que son peuple ne déviât point de la route qu'il lui avait tracée. Omar ibn Khattab l'en empêcha ouvertement, et ce fait est notoire. »>

I. Raou:{Cl ous Se/a (le jardin de la purct»^) par Mirkhond. Cetie histoire universelle si connue aété publiée dans ces dernières annc:s à Bombay, à Delhy et à Téhéran.

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u Ils ajoutent^ en outre, que si Omar avait eu de Taffection et du dévouement pour le Prophète, pourquoi donc aurait-il abandonné, étendu sur la terre, le corps de cet auguste personnage pour courir au banc des Béni Sa'idèh ' afin de forcer les Musulmans à le proclamer Khalife? De plus, disent-ils, si le khalifat avait dû être accordé en vertu d'une recommandation spéciale, le Prophète avait près de la mare de Khoumm ^ désigné Aly pour cette dignité. Pourquoi cette résolution n a-t-elle point été confirmée ? »

« Si la dignité de Khalife avait dû être accordée par le suffrage de tous, pourquoi Abou Bekr n'a-t-il pas permis qu'il en fût ainsi et pourquoi désigna-t-il Omar et ordonna-t-il qu'il fût son successeur? Si, au contraire, la recommandation est la seule disposition qui soit valable, pourquoi Omar s'en est-il remis à l'assemblée des Musulmans pour le choix de celui qui devait lui succéder? Il n'a donc reconnu comme légales ni les recommandations testamentaires ni les décisions dune assemblée. Nous avons en Perse un proverbe fort connu qui dit qu'une terrasse ne peut avoir deux températures. Si Ton s'en réfère à ce que je viens d'exposer, une seule terrasse peut en avoir plusieurs. Ces Imamièh reconnaissent que l'amour que l'on porte au Prophète et à sa famille est une cause de salut; ils reconnaissent les douze Imams et leur conduite est réglée sur les versets du Qoran et sur les traditions. Cette secte a pour adhérents un grand nombre de gens pieux, de vrais serviteurs de Dieu, de savants et de docteurs.» Le Khan du Kharezm, après avoir entendu ce discours.

i.Le Saqifèh des Béni SaMdèh à Midine était un long banc protégé par un auvent contre les rayons du soleil. Les Béni SaMdèh étaient une fraction des Ançars qui descendaient de Sa'idèh fils de Ka'ab, fils de Khazradj et fils d*Amr. C'est au Saqifèh dts Béni Sa*idèh que les Musulmans prêtèrent serment au Khalife Abou Bekr. Yaqout : Moudjem oui bouldan, édition de M. Wûstenfeld, tome III. page 104. Siret our res^ soûl d'Ibn Hicham. Gœttingen, iSSg, 2« partie, page 101 3.

2. Ghadir Khoumm (la mare de la cage) est située entre la Mekke et Médine à trois milles de Djouhfah. C'est dans celte localité que le Prophète fît monter Aly sur le bât d'un chameau et le présenta au peuple comme son successeur immédiat. Les Chiites célèbrent cet événement le 18 du mois de Zoul hidjèb. — (Yaqout, tome H, page 471.)

réfléchit pendant quelques intants et s'écria : « Cette secte a pour Aly un singulier respect ! » Je repris : « Il y a en Perse une autre secte qui, professant sur la dignité d'Aly des opinions exagérées, le met au-dessus des trois Khalifes : c'est celle des Moufazhzhilèh. Il y en a aussi une autre qui le place sur le même rang que le Prophète de Dieu et qui ne voit entre eux que la différence qui existe entre la qualité de Prophète et celle de Vely. .

« Voici, s'écria le Khan, une étrange croyance! > « Une autre secte, ajoutai-je, reconnaît Aly comme Dieu et lui donne le nom de « créateur de toutes choses » '. A ces mots, le Khan de Khiva ne put cacher sa stupéfaction : » Que Dieu nous préserve, s'écria-t-il, d'une croyance aussi fausse ! Les gens qui la suivent sont des infidèles : pourquoi le Roi n'ordonnet-il point de les massacrer tous. « — « Cette croyance, répondis-je, est tenue secrète; en apparence, ceux qui la suivent ne se distinguent en rien des autres Musulmans. En outre, cette secte a des ramifications dans le monde entier: elle est fort nombreuse en Perse où elle compte plus de cent mille familles. Le plus grand nombre de ceux qui y adhèrent remplissent des fonctions publiques et sont attachés à la cour. Quelques-uns sont cavaliers, vingt ou trente mille sont au service de Tétat, d'autres servent dans Tinfanterie régulière. »

« Les gens qui ont adopté cette opinion sont belliqueux et iis sont les ennemis irréconciliables des sunnites. Ils jugent qu'il est nécessaire de verser le sang de ceux qui reconnaissent les quatre amis (les quatre Khalifes). Toutes les fois que S. M. le Roi leur ordonnera d'attaquer et de combattre soit les soldats de la Turquie ou ceux de Boukhara, soit les Turkomans, ils marcheront contre les sunnites avec la plus grande ardeur, avec la haine et l'animosité les plus violentes, sans qu'il soit besoin de

I. Les doctrines des Aly Allahy sont expliquées par l'auteur du Dabisian oui Me:{a^ hib. Edition de Bombay, 1262, pages 246-248, et tome I, pages 451-460 de la traduction de cet ouvrage publiée par M. D. Shea et A. Troyer, Paris, 1843.

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leur assigner ni paie ni solde. Ils estiment que mettre à mort des sunnites est Faction la plus méritoire et que répandre leur sang est chose licite aux yeux de la loi. « Ces paroles bouleversèrent l'esprit du Khan : il fut hQrs de lui et^ portant les mains à sa poitrine, il s'écria : « Pardon, pardon ! 6 Dieu gardien ! Pourquoi le roi de Perse ne détruit-il pas cette secte en ordonnant un massacre général? » — « Tuer cent mille sujets et serviteurs, répartis-je, n'est point chose facile : ce serait de plus faire éclater une révolution en Perse. Du reste, ajoutai-je, toutes les croyances y sont représentées. On y rencontre des Juifs, des Chrétiens, des Guèbres et des Indiens qui ont dans chaque ville leur quartier, leurs maisons , leurs lieux d'adoration et leurs temples ; ils agissent selon les préceptes de leur foi et paient l'impôt de la capitation. Si donc vous entendez dire qu'il y a, dans les états du Roi, quelques hérétiques, ne concluez pas de là que tous les Persans le soient. Il y a en Perse quantité de gens de toutes croyances et de toutes religions. »>

Vers. — « On ne peut point ordonner un massacre général: on ne peut ainsi mettre fin au monde ! •>

Le Khan me questionna ensuite sur la secte des Kharidjy. Je lui racontai en détails la bataille de Siffin » , je lui parlai des Kharidjy de Nehrevan, et de leur défaite totale - . Je lui dis qu'un état et qu'une nation formés des débris de ces Kharidjy existaient de nos jours à Masqate, sur la mer d'Oman. Il en fut étonné. Je lui développai ensuite l'histoire des Khalifes Ismaïliens d'Egypte, du Maghreb et de leur lutte contre les Abbassi-

z. Les armées de Moavièh et d*AIy restèrent pendant cent dix jours, en face Tune de l'autre à Siffin, située sur la rive occidentale de l'Euphrate, entre Raqqah et Balis. Il y eut quatre-vingt-dix engagements pendant lesquels Aly perdit vingt-cinq mille hommes, et vingt-cinq compagnons du Prophète qui avaient assisté à la bataille de Bedr, et Moavièh quarante-cinq mille hommes. La bataille qui devait être décisive et dont Moavièh évita la perte par un stratagème, commença le matin du i" Safer de Tan 3j (657).

2. Aly défit les Kharidjy commandés par Abdallah Ibn Wahib à Nehrewan Tan 38 de rhégire (658).

des. Je lui touchai quelques mots des sectaires du Qouhistan ^ De pareils événements se sont produits en Perse et s'y produiront encore. Je mentionnai les Babys et je parlai de leur destruction et de leur anéantissement. Il en rendit grâces au Roi et dit au Mchter son vézir : « Cet homme est au courant de toutes choses et il a une instruction étendue; s'il voulait rester parmi nous^ il nous serait fort utile et sa science nous serait d'un bien grand secours pour les affaires de la religion et de TEtat.» Il m'interrogea ensuite sur les routes du Kharezm^ sur les Cheikhs qui y sont en vénération^ sur leurs tombeaux, sur les distances qui séparent les différentes localités. Je fis réponse à toutes ses questions. Je lui récitai quelques morceaux des poésies du Cheikh Nedjm oudDinKoubra et de Pehlivan Mahmoud Kharezmy. Je les mis par écrit et des copies en circulèrent, t Jamais, continua le Khan, un pareil ambassadeur n'est venu de Perse au Kharezm. Nous avons vu ici un nommé Mirza Riza, mais il ne savait que se divertir, se livrer au jeu et au plaisir, boire et fréquenter les femmes. Il fut pour nous une cause d'embarras. Quant à cet homme, il est très -savant : évidemment c'est un saint. Demandez-lui tout ce que vous voudrez, il vous répondra, et tout ce qu'il dit est vrai : il ne parcourt point la voie du mensonge. »> Se tournant ensuite vers moi, il ajouta : « Il est heureux que vous soyez venu; j'avais des doutes sur bien

I. Les sectaires du Qouhistan sont les impics iMoulhidjqui acceptèrent les doctrines de Hassan ibn Aly Houmeiry et de Khand Hassan et s*emparèrent du Qouhistan, de Qazbin et du château d'Alaraout. Ils reçurent les noms de Feday, de Bathiny et d'Ismaîly. Leur dernier chef Roukn oud Din Khour Chah fut mis à mort par Houlagou.

Les doctrines et Thistoire des Ismally du Qouhistan et de Roudbar ont été exposées par M. de Hammer dans son a Histoire de l'ordre des Assassins », traduite par M. Helleri, Paris, i833. Le lecteur pourra également consulter rintroduction de V a Exposé de la religion des Druides », par M. le baron Sylvestre de Sacy, Paris, et les tt Fragments relatifs à la doctrine des Ismaélisn, par M, Guyard. Paris, 1874, in-4".

Je crois devoir, en outre, signaler un opuscule fort curieux qui a pour titre : Traicté de Vorigine des anciens Assassins Porte-couteaux : avec quelques exemples de leurs attentais et homicides es personnes d'aucuns Roy s, Princes et Seigneurs de la Chrestientét par M, Denis Lebey de Batilly, conseiller du Roy, M* des requesies de son hostel et Couronne de Navarre et commis par Sa Majesté à Vexercice de Vestat de président en la ville de Mets, i6o3, in-12, 65 pages. L*auteur a extrait des ouvrages des historiens occidentaux tous les faits relatifs aux Ismaïliens et à leurs doctrines.

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des choses et vous les avez dissipés ; vous aussi, de votre côté, enlevez toute prévention aux Persans : dites-leur que, comme eux^ nous sommes musulmans, que nous suivons la route de la tradition et de la communauté des fidèles. Le qalian qui est une innovation bien inutile est prohibé dans notre pays. Les châtiments et la peine de mort ne sont appliqués que conformément à la loi religieuse sur une décision juridique du grand Qadi. Nous professons un respect sincère pour le chef des croyants Aly et pour ses très-glorieux enfants. Pourquoi donc les Persans nous prêtent-ils de mauvais sentiments à Tégard de cette illustre famille? » — c La cause de la haine que vous portent les Persans, répondis-je, est dans l'habitude que vous avez de les réduire en captivité, eux qui sont musulmans. y> — « Quand sommes-nous allés en Perse? répliqua-t-il. Quand avons-nous enlevé des prisonniers? » — « Si vous ne l'avez point fait vous-même, repris-je, vos sujets les Turkomans, Tekèh, Yomout, Salour, Sarouq, ceux d'Akhal, de Serakhs et de Merv, se livrent à ces déprédations. »

« Si Merv dépendait de moi, répondit-il , enverrais-je tous les ans une expédition contre cette ville ? Voici plusieurs années qu'ils ont tué les officiers de mon Mehter et qu'ils se sont révoltés. Les Tekèh et les Salour ne reconnaissent pas non plus mon autorité : ceux de Serakhs affectent tantôt de m'être soumis et tantôt ils se soulèvent contre moi. »> — '• Donnez-moi, lui répondis-je, une déclaration écrite qui atteste que ces gens ne sont point vos sujets et qu'ils se livrent à ces actes condamnables de leur propre autorité, afin que nous le sachions et que nous ayons raison de ces tribus. Grâces à Dieu, le gouvernement persan est en paix avec toutes les puissances. Ses troupes sont pleines d'ardeur et prêtes à combattre; son artillerie est nombreuse; sur un signe des ministres de la cour, elles anéantiront ces tribus rebelles.» — « Ce sont les fils d'Acef oudDaoulèh et Djafer Qouly JCurd qui enlèvent les sujets du roi et qui les vendent aux Turkomans, me répondit le Khan. Qu'ai-je à y voir? » — « Empêchez qu'on ne les vende I » m'écriai-je.

" Si les Kharezmiens ne les achètent pas, poursuivit le

les Boukharcs les achèteront. ■

a Défendez-le, r(3parlis-je, nous trouverons le moyen d'empêcher que ceux-ià les achètent. Quand les négociants apportent des marchandises à Téhéran et qu'elles ne trouvent point d'acheteurs, ils s'abstiennent d'en rapporter l'année suivani Quel meilleur négoce y a t-il pour les Turkomans que d'en* voyer des cavaliers pour épier les nombreux pèlerins qui, tou; les ans, vont visiter le tombeau d'Aly fils de Moussa cr Riza Ils les enlèvent, les conduisent prisonniers à Khiva où chacun d'eux est vendu au prix de cinquante ou de soixante tillas. Les Turkomans ne se livrent pas à l'agriculture qui est la source de la prospérité d'un état : toutes leurs occupations se bornent à exercer le vol et le brigandage. Ils ne vivent tous que de la vente des esclaves. Aujourd'hui, un nombre considérable de sujets persans est détenu dans ce pays; si vous avez pour le roi de Perse une sympathie et une amitié réelles, renvoyez -les dans ses états, et ce sera pour le gouvernement persan une cause de satisfaction et de joie. Aucun présent ne sera plus apprécié, car les écuries royales sont remplies de chevaux Tekèh qui valent chacun de cinq cents à mille toumans. S. M. le roi possède tout ce qu'on peut désirer et l'envoi d'aucun cadeau ne lui causera plus de plaisir. ■- — ' Les Boukhares, me dit alors le Khan, c'est-à-dire les cultivateurs, ont donné leur or pour acheter ces esclaves, comment pourrais-je les leur enlever de force'.' ■■ -- Il Rachetez-les, répondis-je, et envoyez-les au roi: ne songez, en cette circonstance, ni au gain ni à la perte. Il se présentera peutêtre une circonstance où le roi de Perse enverra dix, vingt ou trente mille hommes pour vous secourir. Cette ville de Merv, par exemple, pour la soumission de laquelle vous dépensez tant d'argent, il est possible, si vous en priez le Roi, que S. M. se détermine à en faire la conquête et à vous l'abandonner. Ainsi, vous avez désiré que Hussam ous Salthanèh renonçât à l'expédition de Serakhs et il s'est éloigné de cette ville. C'est la terreur qu'inspirent les troupespersanesqui a déterminé Scrakhsû avoir

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