‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 14 sur 38 · US J · texte numérisé non relu

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recours à vous. » — « Oui, dit le Khan, le Qadjar nous a rendu service; il a abandonné ses projets sur Serakhs ; nous aussi, nous nous rapprocherons des Qadjar , et de jour en jour nous leur témoignerons plus d'amitié ! »>

Cette nuit même, le Khan tint conseil avec ses dignitaires sur la question de la remise des esclaves. Après une longue discussion, il fut reconnut qu'il serait inopportun d'accueillir ma demande. « Les Qizil Bach, dirent-ils, s'imagineront que nous avons été eflfrayés par l'arrivée de leurs troupes à Esterâbad et dans le Khorassan. Nous verrons surgir chaque jour de nouveaux ordres et de nouvelles exigences. Maintenant, il faut les amuser en gagnant du temps, en nous excusant et, sans prendre de décision, trouver un moyen terme qui nous permettra d'attendre les circonstances pour agir. »>

Telle fut la résolution à laquelle on s'arrêta. On envoya quérir Mohammed Chérif Bay, frère de Bek Djan Mahrem, Divan Beguy, homme considéré, et on lui confia la mission de m accompagner. On me demanda quelle route j'avais l'intention de suivre pour m'en retourner. « A mon départ de la cour de Perse, répondis-je, j'avais sollicité de S. M. le Roi, lautorisation de me rendre en pèlerinage au tombeau d'Aly, fils de Moussa er Riza. S. M. a daigné me laccorder et elle m'a ordonné de prendre la route du Khorassan et de revenir par Thijen " et Derèhguèz. » Au bout de quelques jours, on tint encore conseil et on ne jugea point à propos de me permettre de revenir par Thijen et Derhèguèz; on craignit qu'en suivant cette route, je ne pusse me rendre compte de la situation du Khorassan, et de celle des Tekèh et des Djemchidy . On me détourna ouvertement de ce projet en me disant que les Tekèh et que Serakhs étaient en pleine révolte; qu'il pouvait m arriver la même mésaventure qu'à l'ambassadeur de Boukhara près le gouvernement ottoman qui, à son retour,

I Thijen ou Tcdjend est le nom de la vallée qui est traversée par la rivière de ce nom. Le Tedjend prend sa source, suivant Burnes, aux environs de Mechhed, et selon Fraser, au sud de Serakhs. Use perd aujourd'hui dans les sables; il se jetait autrefois, dit-on, dans la mer Caspienne. .

avait été pillé et que ce serait une honte pour le Khan. « Si vous voulez suivre cette route, ajouta-t-on, notre envoyé ne vous accompagnera pas. Il prendra la route d'Esterâbad. Vous êtes juge de ce que vous voudrez faire, mais nous n'encourrons aucune responsabilité. » Je fus, en définitive^ convaincu qu'on ne me laisserait pas m'en retourner par Thijen et par le Khorassan^ et quej si j'insistais^ les Turkomans auraient ordre de s'opposer à mon passage. Je fus forcé de consentir à rentrer en Perse par Esterâbad. Comme en venant à Khiva, j'avais suivi la route du désert jusqu'à Qara Qoulagh, on exprima le désir de me voir passer par Kohnèh Ourguendj, pour que mon voyage fût allongé et que je pusse apprécier la nombreuse population, la richesse et la prospérité du Kharezm. Les détails de mon retour trouveront place plus loin.

Evénements du mois de Chevval. (Juillet- Août.)

Hussam ous Salthanèh ayant levé le siège de Serakhs et s étant déterminé à battre en retraite, le Khan de Khiva envoya à toutes les tribus, Tekèh, Akhal, Salour et Sarouq des lettres conçues en ces termes : « L'armée des infidèles Qizil Bach s'est jetée sur les musulmans pour les piller et pour les dépouiller. Si les troupes persanes ne sont point rudement châtiées , leur audace croîtra et^ chaque jour, elles entreprendront des expéditions semblables. Le parti le plus sage est de nous liguer et de nous prêter un mutuel appui pour infliger une sévère leçon aux troupes des Qizil Bach, afin que de pareils projets ne soient plus mis à exécution. Pour moi, je vous donnerai aide et secours. » Les tribus turkomanes s'unirent et fondirent sur l'arrière-garde de l'armée persane. Environ huit mille cavaliers s'élancèrent en avant pour piller le camp et les districts du Khorassan. Des

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prisonniers en grand nombre furent, à plusieurs reprises, enlevés et amenés à Khiva. On me cacha ce qui se passait. Un jeune homme, encore imberbe, nommé Abbas Qouly, palefrenier au service de Hussam ous Salthanèh, sut profiter d'une occasion propice et se jeter dans ma maison. Il me raconta en détail ce qui était arrivé à Tarmée persane.

D après son récit, Suleyman Khan Derèhguèzy avait fait savoir aux Tekèh que tout ce qu'il y avait de troupes dans le Khorassan accompagnait Hussan ous Salthanèh, et que la province était dégarnie. Ceux-ci s'enhardirent; mais, dans leur retraite, les soldats persans en tuèrent et en firent prisonniers un certain nombre. Deux ou trois mille cavaliers du Khan de Khiva pris dans les tribus des Djemchidy, des Aq Derbendy et des Djamy, agissaient de concert avec les Tekèh. Le désir que je ne fusse point informé d^ ces événements était un des motifs qui m'avaient fait interdire la route de Thijen, de Derèhguèz et du Khorassan. On ignorait que je connaissais tous les détails de ce qui se passait. Je n'avais d'autre conduite à tenir que de patienter, et de me montrer calme et impassible.

Sur ces entrefaites, le Mehter Aga, ministre du Khan, vint me voir. Je lui fis part du dessein que j'avais de lui rendre sa visite et il m'invita à dîner chez lui.

Règles observées dans le Khareim pour les repas.

Le jour fixé, je quittai Guendoum Kan, palais construit par Mohammed Rehim Khan hors des murs de Khiva et qui m'avait été assigné comme résidence. J'entrai dans la ville à cheval, entouré de mes domestiques, et je me rendis à la demeure du NIehter.

Une foule considérable se tenait dans le vestibule de sa

maison. Elle était composée d'esclaves persans, tous achetés à prix d'or par cet ignorant personnage. Quand j'entrai dans son appartement, il se leva et me donna le salut ; je le lui rendis. Il fit quelques pas pour venir à ma rencontre. Je m'avançai et je m'assis, selon Thabitude du pays, à la place d'honneur et, élevant mes deux mains à la hauteur du visage, je récitai le Fatihèh. Après que nous fûmes assis^ il me demanda des nouvelles de ma santé. Molla Mohammed Nazar, Divan Beguy qui savait le persan et avait reçu du Khan de Khiva la somme de deux mille toumans, pour traduire en turc le Raouzet ous Sefa ', Ata Niaz Mahrem et deux ou trois autres personnes étaient également présents. On me questionna sur les affaires pendantes, je fis la même réponse qu'au Khan sans rien ajouter et sans rien retrancher. On servit ensuite le dîner. On étendit d'abord une nappe sur laquelle était du pain; pour me conformer à l'usage, j'en rompis un morceau que je portai à ma bouche; on servit ensuite du thé, puis on apporta les plats. Les mets des Khiviens se composent de riz que l'on fait bouillir dans de Thuile de sésame, et de viande de mouton à demi cuite. Le Ferrach Bachy pose les plats et le Pichkhidmet détache la viande des os avec un couteau qu'il porte attaché et suspendu au côté gauche de la ceinture et il la place sur les plats. Il met Tos du gigot devant le maître de la maison, ou devant l'hôte auquel on veut faire le plus d'honneur; on pose également sur les mets des carottes cuites et crues; on sert aussi dans un bol, la tête d'un mouton, ainsi que les pieds à demi cuits, et encore garnis de leurs poils et de leurs cornes. La soupe se compose de riz cuit sur lequel surnage une couche d'huile de sésame de l'épaisseur d'une palme.

Au milieu de la nappe, on place des abricots secs, des prunes de Boukhara et d'autres fruits de cette espèce dans leur

I. Cette traduction turque du Raouzet ous Sefa a été trouvée dans le palais du Khan de Khiva et envoyée à Saint-Pétersbourg par M. le général von Kau(raiann,ËIle est déposée à la Bibliothèque impériale.

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état naturel ; des melons^ des raisins, des figues^ des abricots et tous les fruits de la saison^ du sucre de Russie en pains, du sucre candi blanc raffiné et un bol rempli d'eau de rose. Ils accommodent la viande avec des oignons : ce plat est délicat et se nomme ichilau. C'est le plus recherché de leurs mets. Je mangeai un peu de melon qui est le meilleur fruit du pays et du pain avec de la gelée de pommes.

On desservît ensuite^ et les convives s'essuyèrent les mains à la nappe. J'avais fait apporter avec moi une aiguière et un bassin : je me lavai les mains et les essuyai avec une serviette. A la]^fin du repas^ tous les convives passèrent leurs mains sur leur figure et leur barbe, et récitèrent le Fatihèh. J'avais fait apporter tout ce qui était nécessaire pour prendre du café ; on en prépara'et on en servit une tasse à chacun de nous. Molla Mohammed avala le contenu de la sienne d'un seul trait; il eut le palais brûlé, et l'amertume du café lui causa une impression désagréable. Ata Niaz Mahrem lui expliqua que c'était du café; que Tusage en était général en Turquie et en Perse, et qu'on le buvait après les repas pour faciliter la digestion. « Quelles qu'en soient les vertus, s'écria-t-il, je n'en boirai jamais, car il m'a brûlé la langue et la bouche. » On m'apporta ensuite unqalian en cristal avec un long tuyau flexible ; ce spectacle causa aux assistants le plus profond étonnement.

Je me levai; on donna à mes domestiques qui l'emportèrent chez moi, le sucre, l'eau de rose, le sucre candi et les confitures qui avaient paru au repas.

Un ou deux jours après, Bek Niaz Mahrem, Divan Beguy, collecteur de la dîme que doivent payer les cultivateurs et dont le frère cadet Mohammed Chérif Bay parcourait à sa place le pays pour faire rentrer les fonds, et Bek Niaz Mahrem, auquel on donne aussi les noms de Bek Djan Mahrem et de Divan Beguy, vinrent m'inviter au nom du Mehter Aga Vézir. Celui-ci doutait de mon acceptation ; cependant , comme son frère devait m'accompagner, je me rendis à sa prière. Je trouvai chez lui une ou deux autres personnes. Le repas eut

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lieu de la manière que j'ai indiquée plus haut. 11 me recommanda son frère, puis je pris congé de lui.

Deux jours après, j'invitai chez moi le Mehter Bek Niaz Mahrem, Molla Mohammed Nazar, Divan Beguy, c'est-à-dire, secrétaire d*Etat, et Ata Niaz Mahrem qui était allé en Perse. Je fis préparer quarante ou cinquante plats différents. Mes invités arrivèrent tous, et, après m'avoir saluée ils marchèrent sur les tapis sans ôter leurs bottes, et ils s'assirent.

On apporta tout d'abord le café, le thé, l'eau de rose et les qalians. On étendit ensuite la nappe sur laquelle on plaça toutes sortes de plats, des pilaus, de la farine de riz bouilli dans du lait (Fereny)^ des entremets sucrés, des rôtis, des légumes cuits dans du bouillon (Boiirany)^ des sirops (Efchout^) et des melons. On apporta tant de plats qu'on dut les placer les uns sur les autres et il ne resta pas une seule place vide sur la nappe. Mes invités ne connaissaient point cette variété de mets. Ata Niaz Mahrem qui les avait vus à Téhéran leur en expliquait quelques-uns. Mes hôtes firent autant qu'ils purent honneur au dîner. Leurs domestiques et les personnes qui les avaient accompagnés pour jouir du spectacle mangèrent à satiété, et on distribua ensuite ce qui restait le soir, et le lendemain matin, aux esclaves persans qui se trouvaient dans le voisinage. Après ce repas, personne n'eut plus envie de m'inviter à dîner. Ils furent honteux de ceux qu'ils m'avaient offerts et ils furent piqués du luxe de mon hospitalité. Bien que toutes les choses nécessaires à la vie soient abondantes et à fort bon compte à Khiva, ce dîner ne laissa pas que de me coûter une somme considérable.

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Tombeaux qui, dans le Khareim, sont un but de pèlerinage.

Deux tombeaux, à Khiva, sont l'objet d'une vénération particulière. Le premier est celui de Pehlivan Mahmoud Kharezmy fils de Pour Bay Vely, auquel sa force physique et son habileté dans les exercices du corps avaient assigné le premier rang parmi les lutteurs. Les Kharezmiens le considèrent comme un saint et lui donnent le nom de « Hazreti Pehlivan » . Je racon terai son histoire en son lieu. L'autre est le tombeau appelé Tchehar Chèhbaz (les quatre faucons) qui renferme les corps de saints personnages. On s'y rend en pèlerinage. Ces deux tombeaux sont presque toujours occupés par de pauvres gens de Khiva, de Boukhara et de Khoqand et par des étrangers venus de tous pays.

J'y envoyai mon intendant et mon cuisinier, et je fis donner copieusement à manger à tous les pauvres, aux ulémas et aux étrangers. Le bruit de ce banquet se répandit dans tout Khiva. Depuis le jour de mon arrivée jusqu'à celui de mon départ, les derviches, les pauvres, les mendiants ne cessèrent de se présenter chaque jour à ma porte, et tous reçurent des aumônes en argent et en nature. J'acquis ainsi, dans ce pays, une grande réputation de générosité, et on ne m'appelait que « Eltchy Khan » ou « Eltchy Bey »>. Donner le titre de Khan à d'autres personnes qu'au souverain constitue à Khiva un manque de respect à son égard.

Vêtement d'honneur donné par le Khan de Khiva.

Le Karevan Bachy dans le Kharezm a le même rang que le Melik outToudjdjar (prévôt des marchands) en Perse, et il

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prend part, en outre, aux affaires administratives qui se traitent au conseil. 11 vint, un jour, me trouver avec deux autres fonctionnaires, après m'avoir prévenu et m avoir demandé la permission de se présenter. Il plaça devant moi un paquet enveloppé dans une toilette et une bourse. « Le Khan, me ditil, vous adresse toutes ses excuses pour la modicité de son cadeau. Voici pour vos frais de route et voici une robe d'honneur qu'il vous envoie. » — « Grâces à Dieu, répondisje, la générosité de S. M. le Roi de Perse (que mon âme et que celle de tous les mortels lui soient offertes en sacrifice !) me met à même d'avoir une grande quantité de vêtements, et si, par hasard, Targent venait à me manquer, il y a ici des négociants d'Esterâbad qui m'en fourniraient volontiers et auxquels on le rembourserait avec les intérêts. » Il insista pour me faire accepter. « Si vous dédaignez de vous revêtir de la robe que vous envoie le Khan, me dit-il, il en sera extrêmement peiné. » Il ouvrit le paquet qu'il avait apporté et il en tira un qaba en satin à ramages et un djubbèh en soie de belle qualité et tissé de fils d'or.

Je ne pus maîtriser un accès de rire. Le Karevan Bachy en lut étonné. Sur ses instances, je jetai la robe sur mes épaules; aussitôt les Khiviens m'adressèrent leurs félicitations et leurs compliments. Je fis apporter des sorbets. Le Karevan Bachy ajouta : « Prenez aussi l'argent. » — « Que mes domestiques remportent! m'écriai-je. » — « Mais il faut le compter, me dit-il.»» — « Quelle que soit la somme, peu m'importe! » Mes domestiques enlevèrent la bourse. « Donnez, ajotitai-je, une gratification au Karevan Bachy et aux personnes qui l'ont accompagné. > On leur distribua environ cinquante toumans. Ils partirent pleins de joie et ils allèrent raconter au Khan les détails de la visite qu'ils m'avaient faite. La somme en or qui m'était envoyée, montait à cinq cents toumans en echrefis (pièces d'or) et en riais du pays (monnaie d'argent) appelés tenghas et frappés au coin de Mohammed Emin Khan. Cette monnaie n'ayant point cours hors du Kharezm, je l'employai à acheter

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des chameaux, des chevaux, à acquérir ce qui était nécessaire âmes gens, et à me procurer les provisions pour mon voyage.

J*entamai encore la question des esclaves : on ne me répondit que par des faux-fuyants. « Nous avons chargé, me fut-il dit, notre envoyé Mohammed Chérif Bay de notre réponse : il donnera à ce sujet des explications verbales. Nous attendons de nouveaux ordres du Khan. » Ayant ainsi pénétré leurs intentions, je rachetai à leurs maîtres un certain nombre d'esclaves et je les ramenai avec moi.

Le Khan me fit savoir que Seiyd Ahmed Naqib de Boukhara avait rintention de faire le pèlerinage de la Mekke. Il me fit prier de le conduire à Téhéran avec plusieurs autres savants et docteurs de Kachgar, de Ferganèh, de Khoqand et de Khi va, et de les faire partir pour la Mekke. J'y consentis. Le Qary (lecteur du Qoran) Omar, frère du Qary Osman, vint me trouver do la part du Naqib pour me donner l'assurance de son amitié. Il lui transmit, de ma part, une réponse pleine de bienveillance.

Ahmed Khodja, Naqib de Boukhara,

Ce personnage est le cousin de TEmir Nasroullah Khan de Boukhara. Il appartient à une des familles les plus nobles de ce pays et la dignité de Naqib est l'égale de celle de TEmir. Dans les réunions officielles^ de l'Emir Nasroullah, le Naqib a la préséance sur tous les hauts dignitaires, excepté sur le souverain. Le Naqib avait un goût particulier pour la chasse, pour l'exercice du cheval et surtout pour la chasse avec Tautour et le faucon. Tout, dans sa conduite, était conforme aux règles suivies par les grands personnages.

L'Emir de Boukhara est d'un caractère atrabilaire et fantasque ; sur de simples soupçons et de simples conjectures, il a

rhabitudc de mettre à mort et de dépouiller les grands dignitaires de sa cour. Il laissa percer sa haine à T^ard de Seiyd Ahmed qu'il voulut jeter en prison^ mais celui-ci parvint à s'enfuir et il se réfugia dans le Kharezm. L*Eniir de Boukhara s'empara de tous ses biens. Après avoir résidé pendant quelque temps auprès du Khan de Khiva, le Naqib forma le projet de se rendre à la Mekke. Il se joignit à moi avec ses deux fils pour m'accompagner dans mon voyage.

Sciyd Ahmed est un homme riche qui mène un grand train; il est versé dans la connaissance de l'histoire et il est excellent musicien.

Je m*occupaij pendant plusieurs jours^ des préparatifs de mon voyage. En quittant la Perse, j'avais dépensé une somme considérable pour louer des mulets et des chameaux; il me parut plus convenable d'en acheter. Mon départ coïncida avec celui du Naqib de Boukhara et avec celui de l'ambassadeur du Khan de Khiva et d'un grand nombre d'habitants de Khoqand et de Kaboul. Ils voulurent tous acheter des chameaux et le prix de ces animaux s'éleva en conséquence ; nous dûmes les payer de douze à dix-sept toumans chacun. Le moment de partir approchait, les chameaux manquaient ; nous n'en avions que douze, ce qui nous força d'en louer dix autres à des conducteurs ^'omout. Je préparai tout ce qui nous était nécessaire en eau et en vivres pour subvenir à la subsistance de quinze chevaux , de vingt-deux chameaux , et de vingt-cinq hommes de service.

Je fis une dernière visite au Khan de Khiva et je pris congé de lui ù la suite d'un long entretien. Nous sortîmes de Khiva, capitale des Khans du Kharezm^ avec le projet de gagner Ourguendji Kohnôh, ancienne ville qui fut détruite par l'armée des Mogols. Il m'a paru nécessaire de donner ici un aperçu des villes, des places fortes, de l'administration et des particularités du Kharezm ; il ma semblé utile d'insérer en ce lieu un résumé de ce que j'ai appris et vu, de façon à instruire ceux qui ne connaissent pas ce pays.

dit, en conséquence, Sepidiv pour Sepid dtp (div blanc), sepidar pour sepid dar (peuplier blanc), et c'est ainsi que cette contrée a reçu le nom de Kharezm {Khar reim). Le Djihoun qui traverse le Kharezm engagea les hommes à s'établir sur ses bords; ils y construisirent des maisons et des édifices et le pays vit sa prospérité se développer.

Le Kharezm fait partie du cinquième climat ; il est placé sous rinfluence de la planète de Vénus. Aussi les femmes de ce pays sont-elles pleines de charmes et d agréments; elles recher" chent le plaisir et elles ont un goût 'particulier pour le chant , pour la musique instrumentale et pour la danse. Leurs mœurs sont faciles et elles sont portées à la coquetterie. On les voit se promener, le visage découvert, dans la campagne et dans les rues des villes. Elles ont un penchant prononcé pour les divertissements et la promenade. Les habitants du Kharezm racontent que, du temps du prophète Suleyman (Salomon), (que le salut soit sur lui ! ), une Périzad (fille de Péri) ayant commis une faute, le prophète ordonna à un Div de la transporter au loin et de l'abandonner seule dans une plaine inculte et déserte. Le Div la déposa dans le désert du Kharezm. Puis, ayant lui-même renoncé à toute idée de retour, il s'y fixa et vécut heureux avec la Périzad. Des enfants naquirent de leur union. Les garçons eurent en partage le caractère du Div et les filles la beauté de la Péri. Ce conte sert à expliquer la beauté et la perfection des formes des femmes du Kharezm.

Le Kharezm qui doit sa prospérité au fleuve du Djihoun possède des villes et des places fortes. Sous la domination des Kharezm Chah et particulièrement sous le règne du sultan Mohammed Kharezm Chah qui avait réduit sous sa domination leTouran et l'Iran, ce royaume était arrivé au plus haut degré de la splendeur et de la richesse. On en trouve dans les chroniques la description détaillée. Ce pays fut dévasté et ruiné par l'invasion des Tatars et des Mogols. Il s'est relevé peu à peu et aujourd'hui il est prospère. Il contient de beaux villages et des places fortes remarquables qui, au nombre de cinq, sont

chacune la résidence d'un gouverneur particulier; ce sont : Khiva, Hezaresp, Ourguend j , Kât et Khankâh. Toutes ces places sont d'anciennes villes sous la juridictioa desquelles on a, de nos jours, placé d'autres localités.

Hezaresp.

Cette ville célèbre fait partie du cinquième climat. Son nom en arabe est Hezaresf; c'est une place forte située sur une hauteur et elle est la résidence d'un gouverneur; elle a deux portes et le nombre de ses habitants s'élève à près de dix mille. Sous le règne de Sultan Mahmoud Ghaznevy, le Kharezm Chah Ferighouny se mit en lutte contre lui \ Le Sultan fit marcher une armée contre le Kharezm, et s'empara de Hezaresp. Aboul Hassan Ferroukhy Sistany ^ a dit dans une pièce de vers qu'il composa à la louange de Sultan Mahmoud :

Vers. - « Le Sultan à Hezaresp a vu tomber en son pouvoir

1. L*histoire de la dynastie des princes de Ferighoun est assez obscure : Outby dans son histoire de . Sultan Mahmoud n'en dit que quelques mots qni jettent peu de clarté sur leur origine et sur leur rôle. La famille de Ferighoun gouremait la prorince de Djouzdjan qui dépendait de Baikh et qui s'étendait de cette ville jusqu'à Merr er Roud. Elle avait pour capitale Youhoudiéh et pour villes principales, Fariab, Enbar et Kelat.

Le premier prince de cette dynastie est Aboul Harith Mohammed fils de Ferighoun qui fut le beau-père de Sulun Mahmoud et qui eut pour successeur son fils Abou Nasr Ahmed. A sa mort (401-1010), ses états furent réunis à ceux de Sultan Mahmoud Ghaznevy.

Bedy' ouz Zeihan Hamadany, auteur des Maqamat, Oustad Abou Bekr Kharezmy, et le poète Aboul Feth Bosty, étaient les clients de ces princes.

Cf. Outby, Tarikhi Yeminy, page 3o5 de la traduction persane publiée sous les auspices de Behmen Mirza par Habib oud Din Mohammed Djertadqany. Téhéran, 1272 (i855). Commentaire de l'Histoire du Sultan Mahmoud,' p&r Ahmed el Meniny. Caire, 1286 (1867 , tome II; page loi.

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