Voir l'appendice § lU
plus de mille chevaux dont les sangles étaient tout humides du sang des guerriers qui les montaient. »
Sous la domination des Sultans Seldjouqides, les souverains du Kharezm qui descendaient de Ouloustekin Ghartchèh, esclave de Melkatekin qui était lui-même un des esclaves de Sultan Melik Chah Seldjouqide, virent leur pouvoir grandir et s'étendre ^ Etsiz, fils de Qouthb oud Din Mohammed, fils de Anouchtekin, se révolta contre le Sultan Seldjouqide Sindjar. Sindjar partit de Merv pour marcher contre le Kharezm. Etsiz s'enferma dans la place de Hezaresp. Envery d'Abiverd se trouvait dans le camp du Sultan Sindjar; il composa ce quatrain à la louange de Sindjar et l'attacha à une flèche qui fut lancée dans Hezaresp.
Quatrain. — « O roi! la possession du monde te revient de droit, la fortune et le bonheur t'ont conféré la royauté. Empare-toi aujourd'hui de Hezaresp après une seule attaque, et demain tu seras le maître du Kharezm et de cent mille chevaux » (oii de cent villes comme Hezaresp).
Après avoir entendu la lecture de ces vers, Etsiz ordonna à Rechid oud Din Vathvath de Balkh d'y répondre, et on lança dans le camp de Sindjar le quatrain suivant :
« O roi ! c'est un vin pur et non de la lie qui se trouve dans ta coupe. Tes ennemis, dans leur désespoir, seront réduits à boire leur sang. Si ton ennemi, ô roi, était le héros Rustem il ne réussirait pas à enlever un âne de Hezaresp. »
I. Anouchtekin, le fondateur de cette dynastie était Ibriqdar ou porte-aiguière du sultan Mclik Chah. Il reçut en fief le gouvernement du Kharezm. A sa mort, le sultan Sindjar donna Tinvcstiture à son fils Qouthb ouddin Mohammed et lui conféra le titre de Kharezm Chah. Cette dynastie compte neuf souverains qui régnèrent sur le Kharezm depuis 490 jusqu^en 628 (io(;ô*ii3o).
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Le Sultan Sindjar fit le serment, s'il s'emparait de la place, de faire couper Vathvath en sept morceaux.
Après la fuite d'Etsiz et la prise de la ville, Vathvath eut la vie sauve par l'intercession de Bédy Mounchy. Ce fait est généralement connu.
Une route part de Merv pour aboutir à Hezaresp. On y trouve peu d'eau courante, mais on y rencontre des puits creusés dans le désert et qui sont connus des habitants du pays. Il ne faut pas plus de dix ou de douze journées de marche pour se rendre de Hezaresp à Merv. De Hezaresp à Rhiva, il y a trois étapes; de Hezaresp au Djihoun, on compte quatre fersengs. Les pommes de Hezaresp n'ont point d'égales dans le monde entier. Les autres fruits que Ton y récolte sont également d'une excellente qualité.
Khankâh .
Cette ville est comptée parmi les cinq places fortes du Kharezm ; elle est située entre Hezaresp et Khiva. Lorsque Nadir Chah Efchar partit de Boukhara et conduisit son armée contre Ubars Khan qui gouvernait alors le Kharezm, il marcha d'abord sur Hezaresp. Ayant reconnu que la place était solidement fortifiée et qu'elle était entourée par les eaux de i'Amouyèh, il renonça à s'en emparer et la négligea pour marcher sur Khiva. Ilbars Khan sortit de Hezaresp et lança contre larmée de Nadir les Yomout et les Tekèh. Nadir Chah assista à la bataille qui fut livrée, et Ilbars mis en fuite se réfugia à Khankâh. Le lendemain, la ville fut attaquée et Ilbars Khan, ainsi que vingt des principaux personnages de sa suite, furent faits prisonniers et mis à mort. Parti de Khankâh, Nadir Chah se présenta devant Khiva. Après une canonnade de quatre jours, la garnison de-
manda à capituler. Douze mille esclaves du Khorassan qui se trouvaient dans la place recouvrèrent la liberté. Dix mille Khiviens furent tués. La population du Kharezm et de* Khiva fut transportée à quatre fersengs d'Abiverd, dans une ville qui reçut le nom de Khiva Abad.
Khiva .
Le nom arabe de Khiva est Khivaq. Anciennement, lorsque Gourgandj, qui est plus connue sous le npm d'Qurguendj, était une ville florissante et la capitale des Kharezm Chah, Khiva était une des cinq places fortes du Kharezm; après la destruction d'Ourguendj, Khiva devint prospère et plus peuplée. On dit que la date de sa fondation est fixée par la valeur numérique des lettres qui composent son nom. 11 y a donc six ou sept cents ans que cette ville a été bâtie ' . Aujourd'hui, il n'y en a pas de plus prospère dans toute la province de Khiva; elle est la capitale des Khans Uzbeks. Depuis l'époque de Mohammed Rehim Khan jusqu'à nos jours, ces princes ont mis tous leurs soins à la rendre florissante. Ils y ont élevé des mosquées, des collèges et de vastes édifices. Les fortifications qui entourent cette ville sont extrêmement solides, mais elles n'ont point de fossé. En effet, la grande quantité de canaux dérivés du Djihoun qui sillonnent les environs dcL Khiva rendent un fossé inutile. La circonférence de la ville est d'à peu près un ferseng. On a bâti un château pour le Khan à une des extrémités de la cité qui a cinq portes. Après en avoir traversé une grande partie, on arrive à la porte
t. Les lettres du nom de Khiva forment en les additionnant le nombre 621. L'année G2t de.rUégire correspond à Tannée 1224 défère chrétienne.
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du château qui forme une ville nouvelle ajoutée à Tancienne. On a construit, dans son enceinte, des édifices élevés et on y a établi des boutiques et un marché. Une population de dix mille âmes, composée en grande partie d'Uzbeks, y est domiciliée. Pendant Tété, la température est extrêmement chaude et il est difficile de résider dans la ville. Aussi, presque tous les grands personnages ont-ils fait bâtir aux environs dans la campagne qui est verdoyante, bien arrosée, sillonnée de canaux, boisée et plantée en vergers, de grandes maisons de plaisance entourées de jardins où ils vont s'établir.
Allah Qouly Khan a fait élever, à une des extrémités de Khiva, un palais d'été auquel on donne le nom de Refnik. On y voit de hautes constructions, un grand nombre de pavillons ayant un rez-de-chaussée surmonté d'un étage avec de belles chambres solidement construites et un belvédère extrêmement agréable. Le jardin est merveilleux; il est le plus beau de tous ceux que l'on voit à Khi va et il y en a peu, même en Perse, qui puissent lui être comparés pour la grandeur, la symétrie et la beauté. Non loin de Refnik, Mohammed Emin, fils d'Allah Qouly Khan, a aussi édifié récemment une maison de plaisance ayant un rez-de-chaussée et un premier étage fort élevé. L'eau d'un grand canal dérivé du Djihoun coule, continuellement, au milieu de la maison qu'il traverse. La fauconnerie du prince est installée dans ce jardin.
On voit à Khiva, près des portes de la ville, de nombreux emplacements inhabités et couverts de ruines. Dans la ville, s'étendent quelques grandes places et, entre autres, celles où se rassemblent les voituriers. On y trouve réunies plus de dix mille charrettes attelées. C'est là que se rendent les gens qui veulent louer des voitures, soit pour leur usage personnel, soit pour transporter des fardeaux. Tous les cochers sont des esclaves persans. Une autre place et un grand marché sont affectés à la vente des chevaux; celle des chameaux a lieu aussi dans un endroit particulier. Les esclaves sont vendus dans un bazar spécial ; les lundis et les vendredis sont les jours de marché. Pendant les
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autres jours de la semaine, presque tous les artisans vont dans les jardins, ou restent chez eux s'occupant seulement de leurs plaisirs. Chaque village a un jour fixé pour la tenue d'un marché. On se garde de contrevenir à Tusage établi. Chaque jour de la semaine est ainsi consacré à la tenue d'un marché dans les environs et cette règle s'étend jusqu'à Kohnèh Ourguendj.
Dans la ville, on vend dans les boutiques où on les trouve en monceaux le benget le tchers K Tout le monde peut en manger ou en fumer sans que qui que ce soit s'y oppose et y trouve à redire.
J'ai entendu dire que, pendant le mois de Ramazan, on faisait la nuit la prière du Teravih ^ Des lecteurs de Boukhara et de Khiva récitaient par cœur le glorieux Qoran. Lorsqu'ils étaient fatigués de leurs psalmodies, ils prenaient une guitare et en jouaient sans que personne y trouvât à redire et sans qu'aucun homme de loi ne recommandât de s'abstenir d'une pareille action.
On ne trouve point de bains chauds à Khiva. Pendant l'été, la plus grande partie de la population va se laver dans le fleuve. Un esprit judicieux ne peut pas concevoir que tous puissent se baigner. Pendant l'hiver, les Khiviens font chauffer de l'eau dans leurs maisons pour les ablutions générales, après avoir rempli leurs devoirs conjugaux. Ils prétendent avoir reçu une permission et une décision juridique de leurs quatre Imams pour ne point se purifier après avoir satisfait à leurs
I. Ces deux compositions exhilarantes s'obtiennent, lebeng, en faisant bouillir dans du lait frais des feuilles du chanvre indien (Canabis Indica, en persan Chah danèh) que l'on convertit en grosses boules d*une couleur vert pâle, du poids de deux ou trois onces. Le meilleur beng est fabriqué à Hérât, dans TAfliganistan et dans le Kachmir. La vente publique n*en est pas permise en Perse et dans les autres contrées de TOrient.
Le tchers qui est un narcotique très-énergique et qui enivre plus rapidement lorsqu'il est mis sur le feu d'une pipe, s'obtient en frottant les fleurs et les feuilles du chanvre sur un tapis de laine grossière. Le suc est enlevé avec le dos d*un couteau, séché au soleil sur une assiette de porcelaine et converti en pilules de quatre à vingt grammes. — Schlimmer. TerminologiCf etc., pages 102-106.— Polak, Persien. Leipzig, i865, tome II, page 244.
. 2. Le teravih est une prière d'obligation imitative qui doit être faite pendant les trente 'ours du mois de Ramazan. Elle consiste en une prière extraordinaire de vingt réka'at dont chaque fidèle doit s'acquitter de nuit à la suite des cinq nama^ç (prières) ordinaires du jour.
besoins naturels. Que Dieu nous préserve d'une pareille conduite ! et, avec tout cela, ils appellent les Persans infidèles, ils les jugent dignes de mort et ils les qualifient d'hérétiques et d'impurs !
Ils font voir aux acheteurs les femmes chiites après leur avoir mis du surmèh ' aux yeux, après avoir natté leurs cheveux et découvert leur visage ainsi que les parties du corps que la pudeur ordonne de cacher.
L'humidité de la terre et de l'atmosphère affaiblit et débilite chez les hommes les forces viriles. Les femmes ont, au contraire, les passions très-vives, peu de fidélité et elles recherchent les esclaves de leurs maris qui ont ainsi une part dans la naissance des enfants. Ces esclaves sont dans les maisons de leurs maîtres et, principalement en temps d'expéditions guerrières, leurs remplaçants de toutes les façons. Quelques-uns de ceux qui m'ont dû leur délivrance m'ont donné à cet égard les détails les plus circonstanciés. Oui,
Vers. — « Tu as jusqu'ici parlé des défauts du vin : parle donc aussi de ses qualités. Ne répudie pas la sagesse pour complaire à quelques esprits vulgaires -. »
On n'est témoin, dans cette contrée, ni de disputes, ni de discorde. Le mensonge et les actes de déloyauté sont inconnus. Personne ne cherche querelle à autrui et ne se permet de parler en élevant la voix. Quiconque a une requête à adresser au Khan Hazret ^, depuis le plus grand personnage jusqu'à rhomme le plus humble, peut se présenter tous les jours devant lui sans rencontrer d'obstacle. Il expose son affaire; si elle est purement civile, le Khan la juge; si elle touche à la loi reli-
1. Le surmèh est une préparation d*antimoinc et de noix de galle que les femmes orientales fixent sur les bqrds de leurs paupières au moyen d*une aiguille en métal et qui donne plus d*éclat au globe de Tœil.
2. Ce distique est tiré du cent quarante-unième ghazel de Hafiz.