Voy. l'appendice g V
. Kouyouk Khan, rils d'Ogoiay, monta sur le liôneau mois dcilebi cul Âkhir 64'i
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cette ville un superbe château. Les Turks appellent un château « Qarchy » et c'est de là que vient le nom que Nakhcheb porte aujourd'hui. Une petite rivière traverse Qarchy qui est prospère et bien peuplée; elle a sept portes, trois grands bains, trois collèges importants et une très-grande mosquée où Ton fait la prière du vendredi.
A Torient de cette ville^ à la distance de sept fersengs, et placée sous sa juridiction, se trouve la ville de Khazer qui est bien peuplée; elle a cinq grandes portes, quelques collèges et quelques bains.
TcHiRAGHTCHY est la résidence d'un gouverneur; elle paye au trésor dix mille tillas ; elle est comptée au nombre des localités dépendant de Boukhara.
Chirabad est située à vingt fersengs de Qarchy; c'est une ville riche et bien peuplée qui paye au trésor quinze mille toumans.
A peu de distance se trouve la ville de Bayssoun , dont le gouverneur verse au trésor de TEmir la somme de dix mille tillas.
Termiz, au sud de Bayssoun, est une ville célèbre ; elle est la patrie d'Edib Sabir Termizy ' ; on y voit le tombeau de Khodja
(août 1246), quatre ans après la mort de son père. Sa mère Tourakina avait, pendant ce temps, exercé la régence. Ce prince mourut de phthisie au bout d'un an. Les historiens orientaux lui reprochent vivement d'avoir préféré les chrétiens aux musulmans.
I. Le poète Edib Sabir était originaire de Boukhara. Sous le règne du Sultan Sindjar, il se rendit de Termiz à Merv. 11 eut de longs démêlés avec Rechid Vathvath et ces deux poètes échangèrent de nombreuses satires. Envery et Khaqany avaient pour le talent d'Edib Sabir la plus grande admiration.
Lorsque les relations se tendirent entre le Sultan Sindjar et Etsiz, Edib Sabir fut envoyé par Sindjar, qui avait en lui la plus grande confiance, dans le Kharezm, pour lui rendre compte de la situation. Il y apprit qu'Etsiz s'était assuré le dévouement d'un Feday qui était parti pour Merv, et qui devait assassiner le sultan Sindjar un vendredi, lorsque ce prince se rendrait à la mosquée. 11 envoya le portrait exact de cet homme au sultan qui le fit rechercher, arrêter et exécuter. Etsiz soupçonna Edib Sabir d'avoir fourni ces indications. Il le fit saisir et jeter dans le Djihoun, les pieds et les mains liés (546-1 i3i). Edib Sabir a laissé un Divan et un Saoukend Namèh, (le livre du serment) qu'il composa pour son protecteur, le SeiydÂbou Djafer Aly ibn Hussein de Nichabour, qui était le chef des Seiyds du Khorassan.
Daoulet Chah. Te^kèret ouch Chouara,
Les poésies d'Edib Sabir ont été recueillies par Tordre de Menoutchehr Khan en io3i (1621). Je poi^ède l'exemplaire copié pour ce personnage.
Abdoul Hekim Termizy. La ville s'élève sur le bord du Djihoun; le gouverneur acquitte une redevance de dix mille tillas.
Kerky est une ville située sur les bords du Djihoun^ à l'ouest de Termiz.
TcHEHAR Djouy, à Touest de Kerky, paye annuellement la somme de vingt mille tillas d'impôt et elle fournit à l'Emir deux mille hommes de milice. Elle est située sur les bords du Djihoun, à peu de distance du Kharezm.
Qara Koul, située au nord, possède une bonne citadelle; cette ville verse au trésor vingt-quatre mille tillas. Dans ces dernières années, lorsque Châhroukh Khan Qadjar, fils du Nevvab Ibrahim Khan, cousin de Feth Aly Chah, se réfugia à Boukhara, Qara Koul lui fut assignée comme apanage ; les peaux de brebis de Qara Koul sont renommées.
Kerminèh est à l'ouest de Boukhara. Cette ville est généralement donnée comme gouvernement au fils de TEmir de Boukhara. Le district de Kerminèh est d'une grande étendue, et tous les ans le trésor de l'Emir y perçoit des impôts qui s'élèvent à la somme de cinquante mille dinars. Une distance de onze fersengs sépare cette ville de Boukhara '.
Nouz est située à huit fersengs au nord de Kerminèh; cette ville est la résidence d'un gouverneur et elle paye au trésor douze mille tillas ^
ZiA ouD DiN, à l'est de Kerminèh, paye tous les ans soixante mille toumans qui sont employés à fournir les appointements
I . Aboul Hassan de Nichabour, dans son ouvrage intituItS Khe:{ayn oui ouloum (les trésors des sciences), dit que Kerminèh est une Içcalité dépendante de Boukhara. L*eau qui Tarrose est celle de Boukhara et ses impôts figurent dans le compte de ceux qui sont payés par cette ville. Kerminèh possède une grande mosquée et elle a donné naissance à de nombreux poètes et littérateurs ; elle portait autrefois le nom de Badièhi Khourdek (it petit désert). De Kerminèh à Boukhara, on compte quatorze fersengs. Tarikhi Boukhara d'Abou E5ekr Mohammed Nerchakhy. — Manuscrit de ma bibliothèque, fol. i8.
•2. Le texte persan imprimé porte par erreur Bouz. Nouz, dans le dialecte de Boukhara et du Kharezm, a la signification de nouveau, neuf.
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des employés et la solde des troupes régulières de Boukhara ' .
Yekèh Bagh. Cette ville qui relève de Qarchy, est bâtie au pied d une montagne.
Cheheri Sebz est un canton agréable ; sa beauté et la verdure dont il est couvert lui ont valu son nom ; il est situé entre Boukhara et Samarqand. L'Emir de Boukhara s'est rendu maître de certaines parties de ce pays ^.
Samarqand est une ville célèbre du cinquième climat et de la Transoxiane.
On rapporte que les premières constructions furent élevées dans le Soghd de Samarqand par Rustem, fils de Destan, conformément aux ordres de Key Kaous.
Abou Karib Ghamar, de la dynastie des Tobba du Yémen^ fit la conquête de ce pays. Il rasa la ville et la livra aux flammes ; son emplacement reçut^ en conséquence^ le nom de Chamar Kend (Chamar Ta détruite). Samarqand est la forme arabisée de Chamar Kend.
1. Cette ville doit son nom au tombeau du Cheikh Zia oud Din qui y est enterré. Zia oud Din mourut en ybi (i33o.)
2. Kech est située au sud de Samarqand dont elle est séparée par une distance de vingt fersengs. Les environs de cette ville sont si verdoyants qu*on lui a donné les noms de Qpubbet el Khadhra (voûte verdoyante) et de Cheheri seb^ (ville verte). Les fruits que Ton y récolte. sont d'une excellente qualité et la campagne est d'une extrême fertilité. Dans les dépendances de cette ville se trouve Nekab Targhay, lieu de naissance de TEmir Timour. Ce prince a fait de sérieux efforts pour faire de Kech la capitale de son empire, mais la proximité de Samarqand ne lui a pas permis de réaliser ce projet. Cette ville a donné naissance au poète Emir Khosrau, à Khodja Aboul Bérékèh et à son fils Khodja Beha oud Din. Heft Iqlym, f» 528, V».
Kech ou Kich, dit Hadji Khalfa, est un district qui est situé par 99° 3o' de latitude et non loin de Nessef. Il s'étend sur trois fersengs de largeur et trois de longueur. Tout y est à fort bon marché; les fruits y sont très -abondants et ils mûrissent dans cette localité plus tôt que partout ailleurs. L'air est malsain. Ce district portait autrefois le nom de Cheheri Sebz.
La ville se compose d'un château-fort, d'un faubourg et d'une cité intérieure. Les bazars se trouvent dans le faubourg. Les maisons sont construites en terre et en bois. Les jardins et les vergers sont très-nombreux et on y récolte des céréales en grande quantité.
Kech a quatre grandes portes : i® La porte de fer (Deri Ahenin) 2" La porte d'Abdallah, Z* la porte des bouchers (Deri Qassaban) 4* la porte de la cité (Deri Charistan) qui est aussi appelée la porte de Turkestan, à cause d'un village situé à proximité et qui porte ce nom. La ville est traversée par deux cours d'eau dont l'un porte le nom de Neh^ri Qissarin, et l'autrccclui de Rivière noire (Nelieri Essoued). Djihan Numa, page 353.
l5(S RELATION
La ville occupe une vaste étendue; elle est^ après Boukhara^ la plus grande de la Transoxiane. Elle doit sa splendeur à l'Emir Timour. On y voit de superbes constructions royales. Le trésor y perçoit tous les ans cent mille tillas. Elle fournit dix mille cavaliers aguerris; on y voit encore le trône de TEmir Timour que Ton appelle Keuk-Tach. La population s'élève au chifiQre de cent mille âmes. La ville renferme cinq grandes mosquées^ trente caravansérails et vingt-deux grands collèges. Tous ces édifices ont été élevés par Timour et par ses fils. On voit à Samarqand le tombeau de Qoucem Ibn Abbas et celui de Khodja AbdouUah Ahrar de Tordre des Naqchbendy. On prétend aussi que saint Georges et Daniel y ont reçu la sépulture. La ville de Samarqand a onze portes; elle est un peu moins grande que Boukhara. La distance qui les sépare est de trente-huit fersengs. Plusieurs villes sont placées sous la juridiction de Samarqand; nous citerons parmi elles Khathartchy, à dix fersengs à Touest, Kharthartchy paye chaque année au trésor seize mille tillas^ et elle fournit à l'Emir deux mille hommes de milice. A Test de cette ville se trouve une localité nommée Pendjchenbèh et une autre appelée Douchenbèh ; elles sont à la distance de cinq fersengs l'une de l'autre. Le trésor lève sur ces deux localités la somme de dix mille tillas. De Pendjchenbèh à Samarqand on compte trois fersengs '.
1. L'histoire de Saînarqand a clé écrite par Abou Sayd el Idrîssy (405-1014), et par Aboul Abbas Djafer elMousiaghfiry r432-i04i). Abou Hafs en Nesscfy (SSj-i 143; a composé, sous le titre de u Kiiab oui Qand », une suite aux annales de Djafer el Moustaghfiry. Clavijo, ambassadeur de Henri III de Castillc auprès de Tamerlan, a donné, dans la relation de son voyage, une description de Samarqand et des édifices élevés par ce prince, a Historia del gran Tamorîan c itincrario e enarracion del viagey relacion de la Embaxada que Ruy Gonçale^ de Clavijo le /«"fo, etc. » Séville, i582, f* 40, verso et suivants. La relation de Clavijo a été traduite en anglais par M. Cléments R. Markham et publiée par la a Hakluyt Society », sous le titre de « Narrative ofthe Embassy of Ruy Gon^^ale:^ de Clavijo to the court of Timour at Samarcand A, D. 1403- 1406. Londres, 1859.
Le lecteur trouvera dans le « Voyage d'un faux derviche », par A. Vambcry, Paris, i865, pages 187-198, et dans le « Recueil d'itinéraires et de voyages dans VAsie cen* traie et dans l'extrême Orient », publié par TEcole des langues orientales, 1878, pages 207-245-284-310, les détails les plus complets sur Tétat actuel de Samarqand.
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Ederkout est une ville bien bâtie qui paie vingt mille toumans d'impôt.
Pentchèh Kint est située à cinq fersengs à Test d'Ederkout ; elle est adossée à une montagne; elle est à sept fersengs de Samarqand. Le chiffre de ses impôts s'élève à trois mille tillas.
Say Bouy est à sept fersengs au nord de Samarqand.
Dazakh se trouve à onze fersengs de Samarqand.
OuRÈH est le nom d'une ville placée sous la juridiction de Samarqand. Il y a, en outre, une quantité de petites villes dont je ne fais point mention^ pour ne point allonger mon récit.
Le pays de Boukhara s'étend sur une longueur qui représente un mois de marche; il est borné à Test par la province de Ferghanèh, c'est-à-dire par la contrée traversée par le Sihoun; à l'ouest^ par le Kharezm, et au nord, par le pays de Tachkend c'est-à-dire par le Dechti Qiptchaq qui forme la frontière de l'empire de Russie; au sud, la Boukharie s'étend jusqu'aux provinces de Balkh, de Hissari Chadman, de Qoundouz et de Baqlan. Toute la contrée est bien peuplée et bien cultivée.
Par suite des circonstances actuelles, Merv Ghahidjan fait aussi partie des possessions de TEmir de Boukhara. Cette ville a échappé à l'autorité du Khan de Khiva, et tous les ans, il y a, à son sujet, des contestations à main armée; mais les habitants de Merv ne payent aucun impôt au gouvernement de Boukhara.
Allah Qouly Khan avait construit, à Merv, un château qu'il avait armé de quelques pièces de canon; il y avait établi comme gouverneur l'oncle de son premier ministre. Les habitants de Merv se soulevèrent contre lui, le tuèrent et s'emparèrent du château et des canons qui s'y trouvaient. Quatre cantons dépendant de Cheheri Sebz sont, en ce moment, au pouvoir de l'Emir de Boukhara.
La superficie de la province de Cheheri Sebz est de dix fersengs; la ville a une forte citadelle et elle est adossée à une montagne; le sol est marécageux.
l60 RELATION
Généalogie de F Emir de Boukhara.
L'Emir de Boukhara porte le nom d'Emir Nasr oullah. Il est le fils de TEmir Hayderqui lui-même était fils de Chah Mourad Bek, connu sous le nom de Bek Djan. Cette famile tire son origine de la tribu des Uzbeks Manqit. On dit que leur généalogie remonte aux Mogols. Dieu seul connaît la vérité de toutes choses !
Province de Ferghanèh.
Cette province est située dans le Touran et elle tait partie du cinquième climat. Elle fut, dit- on, peuplée par Nouchirevan qui y transporta un homme pris dans chacune des familles de la Perse; elle reçut, en conséquence, le nom de pays de Herkhanèh (de chaque maison). Ferghanèh en est la forme arabisée de ces deux mots.
Cette province renferme un grand nombre de villes parmi lesquelles nous citerons :
OusROucHiNÈH OU Arouchinèh \
I. Ousrouchinèh , située par loi* de longitude et 41* 3o' de latiiudc , est un district considérable du pays des Hiathilèh * qui s^étend entre le Sîhoun et Samarqand, sur un espace que Ton estime être de vingt-six fersengs. Selon Ibn Hauqal, Ousrouchinèh est une contrée environnée, de presque tous les côtés, de montagnes, et bornée, à Test, par des districts de Ferghanèh, à Touest, par les frontières de Samarqand, au nord, par Châch et quelques cantons de Ferghanèh et, au sud, par le pays de Kcch et de Saghanian **. Cette contrée renferme quatre cents châteaux forts et quelques villes. Ousrouchinèh est appelée, dans le dialecte du pays, Boumehket. Les cantons portent les noms de Aran, Bcnamkct. Kaoukeb, Araq. Sabath, Zamin et Dizek. La ville,
• Le pays des Hiathilèh est le nom sous lequel ou désigne la contrée où se trouvent les villes de Boukhara, de Samarqand et de Khodjend et qui, d'après les Orientaux, aurait été peuplé par les descendants de Hcïthcl, tils d'Alim, fils de Sam, fils de Noé, qui s'y serait relire après la dispersion des peuples, à la suite de la confusion des langues de Babel.
** Le district de Saghanian est limitrophe de celui de Termiz; il est remarquable par sa fertilité et le grand nombre de ses ccurs d'eau.
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Akhssiket 'j patrie du poëte Ecir oud Din ^ EsFERENG ^ qui H dooné le jour au poëte Seyf ».
dont les maisons sont construites en argile et en bois^ est florissante. Elle consiste en une cité entourée d*une muraille, et en un faubourg qui est également protégé par un mur. Uenceinte est percée de deux portes, dont Tune porte le nom de Dervazèhi Charistan et l'autre celui de Dervazèhi Ballathin. La grande mosquée se trouve dans la cité qui est traversée par une rivière, dont le courant fait tourner dix moulins et dont les deux bords sont plantés d'arbres; ses eaux tombent dans le fossé qui entoure la ville; après ravoir rempli, elles alimentent les maisons et les jardins et se répandent dans la campagne, où elles arrosent les champs cultivés.
Le faubourg a quatre portes : Babi Zamin, Babi Ibn Semcnd, Babi Ibn HikmeletBabi Kehlian. On trouve, dans cette province, un grand nombre de mines et des gisements de sel ammoniac et de sulfate de fer.— Djihan Numa, page 355.
1. Akhssiket, dit Hadji Khalfa, est la principale ville du Ferghanèh. Elle se compose d*un chàteau-fort, d'une ville intérieure et d'un faubourg. La résidence du gouverneur est dans le château; la grande mosquée dans la ville et l'oratoire pour les prières des deux fêtes se trouvent sur le bord de la rivière. La ville a cinq portes : la porte de la chaîne (Babi Zindjir}, la porte du trésor caché (Babi Dcfinèh), la porte de Kachan (Babi Kachan), la porte du Vendredi (Babi Adinèh) et la porte d'Abèh Sar.
Akhssiket, dans le Mavcra oun Ncher (Transoxiane), est un gros bourg de la province de Ferghanèh. 11 est situé sur le bord de la rivière deChâch, dans une plaine unie entourée de montagnes, à environ un ferseng au nord du fleuve. Akhssiket possède une citadelle et un faubourg; sa superficie est d'environ trois fersengs. Les maisons sont construites en terre. Quatre portes donnent accès à la ville intérieure qui est, ainsi que le faubourg, traversée par des eaux courantes, et qui renferme de nombreux bassins. Chacune des portes du faubourg conduit à des jardins touffus, et des canaux d'eau courante s'étendent à la distance d'un ferseng. Akhssiket est une des villes les plus agréables de la Transoxiane. Elle est située parg4*de longitude et 3 7* 3o' de latitude. Elle a donné le jour à un grand nombre de savants et de littérateurs, parmi lesquels nous citerons : Aboul Wefa Mohammed Ibn Mohammed t)en Qassim, qui a conquis le premier rang parmi les lexicographes et les historiens. Il mourut après l'année 52o (i 126). Son frère, Abou Rechad Ahmed Ibn Mohammed ben Qassim, était un littérateur, il cultivait aussi la poésie. Tous deux se fixèrent à Merv où ils moururent. — Yaqout, Moudjem el bouldan^éàAX, de M. Wilsicnfeld, tome I, page 162.
2. Ecir oud Din fut le panégyriste de l'Atabck Ildeguiz et de Qizil Arslan, fils de Toghroul. Il résida successivement dans l'Azerbaïdjan, dans l'Iraq, et il se retira, en dernier lieu, à Khalkhal, petite ville de l'Azerbaïdjan, où il vécut retiré du monde et adonné à la dévotion et aux œuvres de piété. On fixe la date de sa mort à l'année 5G2 (1166). Des critiques persans en font l'égal de Khaqany et d'Envcry; d'autres lui accordent la prééminence sur le premier de ces poètes.
3. Esfcrèh ou Esfereng est un canton montagneux situé au sud-ouest de Marghiaah dont il est éloigné de neuf fersengs. Cette localité l'emporte sur toutes les autres par l'abondance de ses eaux courantes et le grand nombre de ses jardins et de ses vergers. Dans la partie montagneuse qui se trouve au sud, on remarque une pierre de dix coudées de largeur et de deux coudées de hauteur, sur la surface de laquelle les objets se réfléchissent en sens inverse et dessinés comme sur un miroir. On lui a donné, à cause de cette particularité, le nom de Sengui Ainèh (la pierre du miroir).
4. Seyf oud Din cl A'radj (le boîteux) naquit à Esfereng; il quitta sa ville natale pour
Khodjend, située sur les bords du Sihoun ' ; Kemal Khodjendy y naquit ^ .
Endedjan^ Tachkend, Marghinan^ Kachan^ Benaket, appelée aussi Fenaket et Cbahroukhièh^ parce que Chah Roukh, fils de Tamerlan, y construisit un château-fort. L'auteur de l'ouvrage historique connu sous le titre de c Tarikhi Benakety, » naquit dans cette ville ^.
se rendre à Boukhara, puis, dans le Kharezm où il se fixa. Il a composé un certain nombre de pièces de vers à la louange du Sultan Mohammed, fils de Tdkich. Ce po^te, dont le divan est composé de plus de douze mille distiques, a été un imitateur de Khaqany. Seyf mourut en 372 (1176), à Page de quatre-vingt-cinq ans.
1. Khodjend est située à l'ouest d'Endidjan, à la distance de cinq fersengs. Les fruits, particulièrement les grenades, y sont excellents. Le château qui défend cette ville est extrêmement fort. Au nord, s'élève une montagne nommée Mioughil où Ton recueille des turquoises et d'autres pierres de prix. On trouve, dans les environs de Khodjend, de bons endroits de chasse. Les ophthalmies sont si fréquentes dans ce pays que l'on dit que les moineaux eux-mêmes y sont sujets. Entre Khodjend et Kend Badam (Kani Badam) s'étend une plaine déserte qui est constamment balayée par le vent. On raconte que plusieurs derviches furent, en la traversant, assaillis par une bourrasque si vie* lente qu'ils furent dispersés et qu'ils périrent tous, en allant à la recherche Tun de l'autre. Depuis cette époque, ce désert a reçu le nom de Ha Dervick. (Heft Iqlym. fol. 5o3, V)
2. Le cheikh Kemal appartenait à une des plus illustres familles de Khodjend. Il s*était voué à la vie religieuse et contemplative; il quitta sa patrie dans l'intention de £ure pèlerinage de la Mekke. Dans le cours de son voyage, il séjourna à Tebriz qui, sous les princes de la dynastie de Djelaîr, était devenue le rendez-vous des gens de mé* rite et dont les grands personnages goûtèrent ses doctrines spirituelles. Touqtamich Khan s'empara de cette ville et, sur le désir exprimé par sa femme, Kemal fut conduit à Seray dans le Dechti Q.iptchaq. Cheikh Kemal y demeura pendant quatre ans ; il obtint ensuite la permission de retourner à Tebriz, où il s'établit dans un superbe monastère que le Sultan Hassan avait fait bâtir et décorer pour lui, et pour l'entretien duquel il avait assigné les revenus de propriétés considérables.
Kemal était en relations littéraires avec Hafiz qui appréciait hautement ses poésies.
Kemal KhoJjcndy mourut à Tebriz en 792 (iSSg) et fut enterré dans le monastère qu'il habitait. Son tombeau est un but de pèlerinage et l'objet d'une vénération particulière.
3. Le titre exact de cet ouvrage est Raou^et ouîi il elbah (le jardin de ceux qui sont doués d'intelligence). C'est une histoire générale composée par Tordre du souverain de la dynastie mogole de Perse, Abou Sayd Behadir Khan, par Fakhr oud Din Mohammed ibn Abi Daoud Souleyman, né à Benaket.
Le Raou^et ouli il elbab n'est qu'un abrégé du Djami ont Tewan'kh, de Rechid oud Din.
DE i/aMBASSADE AU KHAREZM l63
Khoqand est aujourd'hui la ville la plus célèbre du pays de Ferghanèh; elle en est la capitale et le souverain y réside. L'Emir de Boukhara en fit la conquête; mais le gouverneur qu'il y avait placé fut tué^ à cause de sa conduite tyrannique^ et les habitants rappelèrent les descendants de leurs anciens princes. Chir Aly Khan Khoqandy fut reconnu comme souverain et Khan de Ferghanèh. Aujourd'hui Khoudayar, un de ses descendants^ règne à Khoqandy mais il est entièrement dominé par son vézir ; il n'a qu'une autorité nominale, et il peut être considéré comme prisonnier et soumis aux ordres de son ministre qui appartient à la tribu des Qiptchaq. Que Dieu nous préserve d'un pareil malheur ' !
Depuis les frontières de Kachghar jusqu'à celles du Turkestan, c'est-à-dire jusqu'au commencement du Dechti Qiptchaq, il y a plus d'un mois de marche; tout le pays est prospère, bien peuplé et très-bien cultivé ; il est traversé par plusieurs grandes rivières telles que le Sihoun, le Naryn et le Tchirtchiq ^ Il est divisé en plusieurs provinces dont les noms ont déjà été cités.
Les princes qui gouvernaient autrefois Ferghanèh portaient le nom de Ikhchid; aujourd'hui, ils ont le titre de Khan. Khoudayar Khan est uni au Khan de Khiva par les liens de
1. Khoudayar Khan a fait écrire Thistoire de la principauté de Ferghanèh depuis IV vénement de sa dynastie. Ces annales qui portent le titre de a Tewarikhi Chdhroukhièh », ont été rédigées par Molla Niaz Mohammed et s^étendent de 121 1 (1796) à 1284 (1867). Je dois ce renseignement à Tobligeance de M. Gottwaldt, bibliothécaire de TUniversité impériale de Cazan.
2. Le Naryn prend sa source dans les hauts plateaux des Tien-Chan, au sud du lac Issiq Koul. 11 reçoit, à cent milles de sa source, les eaux du Qara Say et du Qarmenta et^ près de Baliqtchy, dans le Khoqand, celles du Qara Qouldja. Ces deux rivières réunieC prennent à leur jonction le nom de Sihoun ou de Syr Deria. Le Nar^n passe dans d'étroites vallées et dans de longs défilés. Son courant est d*une extrême rapidité et il coule, dans toute son étendue, sur un lit de rochers.
Le Tchirtchiq prend sa source dans le Kyndyr Tau, montagne dont on aperçoit de Tachkend le sommet couvert de neiges éternelles. Le courant de cette rivière est extrament rapide. Elle se jette dans le Sihoun, non loin de Tchinaz. Voyage à Khokand entrepris en i8t3 et 18 14, par Philippe Nazarov, publié par J. Klaproth, dans le « ^L^gasin Asiatique ». Tome i*', Paris, 1825, page 33,
Tamitié, mais il est Tennemi de TEmir de Boukhara. La Russie s'est emparée de quelques districts de ses Etats. Qu'adviendrat-il dans Tavenir ?
Kachghar, ville célèbre du sixième climat, est située dans le pays des Ouigours^ qui fait partie du Turkestan ; elle porte le nom du pays dont elle est la capitale ' . Khodja Saad oud Din Kachghary, de Tordre des Soufys, est le personnage le plus célèbre qui soit né dans cette ville ^
Le Touran tire son nom de Tour, filsde-Toudoun; mais, en réalité, on donne à tout l'Orient le nom de Touran.
I . Kachghar, capitale de l'Etat de ce nom, se compose de deux villes distinctes : la vieille ville (Kohnèh Cheher), située sur la rive droite du Touman, et la nouvelle ville (Yenghy Cheher), bâtie dans la plaine à cinq milles au sud. Entre les deux villes coule le QizilSou, sur les bords duquel on a construit des casernes fortifiées et où s'élèvent le tombeau de Seiyd Djelal oud Din Baghdady et celui de Hazreti Padichâh.
La vieille ville est entourée d'une enceinte fortifiée, percée de deux portes, Sou Derwa\èh (la porte de Teau ou de la rivière) au nord et Qpum Derva^èh (la porte du sable) au sud. Elle a été bâtie en i3i3 par Mirza Abou Bekr, après la destruction deTancienne capitale. A deux milles au nord de la ville, on voit le tombeau de Hazreti Afaq, le saint le plus populaire de Kachghar: ce personnage mourut en lôgS. Yaqoub bey a fait élever autour du tombeau une construction élégante recouverte de plaques de faïence à dessins bleus et blancs, un collège, une mosquée et un monastère qu'il a richement dotés
A peu de distance, à Touest de la vieille ville, se trouvait le fort de Gui Bagh qui fut enlevé aux Chinois et détruit par Djihanguir Khodja.
La nouvelle ville a été bâtie en i838 par Zhehir oud Din, Hakim beg ou gouverneur de la province. Le palais de l'Emir a été construit sur l'emplacement du palais de l'Amban Chinois, et la grande mosquée sur celui de la pagode. Yenghy Cheher est entourée de travaux de fortifications. Report of a mission to Yarkund in iSjS under command of sir Thomas Forsyth. Calcultta, 1875, in-4% p. 38-41.
On trouve des détails historiques sur Kachghar dans le Tarikh Turkistan de MeJj oud Din ben Adnan, dans l'histoire de la dynastie de Djenguiz Khan par Mohammed Tachkendy, dans le Tarikhi Rechidy de Mirza Hayder Doughlat, dans le Te^kerèhi Boughra Khan et dans le Tarikhi Munedjdjim Bachy,
M. Bellew a publié une histoire de cet Etat dans le compte rendu de la mission de Sir Thomas Forsyth, pages 106-214.
Le lecteur pourra également consulter l'ouvrage du même auteur qui a pour titre : Kashmir and Kashghar, London, 1875, in-8». Cf. Robert Shaw, Visits to high Tartary, Yarkand and Kashgar and return journey over the Karakoram pass» London, 1871; The Roof ofthe world, by lieutenant-colonel T. E. Gordon, Edinburgh, 1876, grand 8*; et les travaux des agents et voyageurs russes, traduits par MM. John et Robert Mitchell : Russians in Central Asia, London, i865, pages xo8 à 2 38.
2. Saad oud Din fut le disciple du Cheikh Nizham oud Din Khamouch et du Cheikh Zcyn oud Din Khâfy. Il mourut le 9 djoumazy oui Akhir 860 (1455-145G).
DE i/aMBASSADE AU KHAREZM l65
Le Khita et le Khoten sont deux royaumes célèbres du Turkestan. Khitha avec un tha est la forme arabisée de Khita. Le Khita est un vaste empire situé à l'orient et qui a pour capitale Khan Baligh (Pékin).
La ville frontière du côté de la Transoxiane est Seghaoul; de Samarquand à Seghaoul, on compte cent et une étapes qui se décomposent ainsi : de Samarqand à Kachghar, vingt-cinq étapes; de Kachghar à Khoten, quinze étapes; de Khoten à Qara Khodja, vingt-cinq étapes; de Qara Kodja à Seghaoul^ trente et une étapes *.
QoBALiGH est une ville du Touran connue aussi sous le nom de Belassaghoun ^
TcHATCH est une ville nommée par les Arabes Châch ^
I Les noms des étapes de Samarqand à la frontière de Chine sont donnés dans le Kitab Messalik oui memalik d*Aboul Hassan Said el Djourdjany. Cet auteur les a relevés dans le Journal des ambassadeurs envoyés par Oulough Beg et Châhroukh Mirza à la cour de Pékin. Le récit de cette ambassade a été inséré par Kemal oud Din Abdour Rezzaq dans son Maihla ous Saddeln, et par Khondemir dans le Habib ous Sïer. M. Quatremère a donné la traduction du journal de Khodja Ghias oud Din^ dans le tome XI V des Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du Roi. Witsen a extrait du Messalik oui mem^/iAr, Titinéraire de Samarqand à la Chine, et Ta mis au jour dans son ouvrage qui a pour titre : Noord en oost Tartaryen. Amsterdam, 1783^ in-folio, tome V\ pages 491-494.
2. Belassaghoun est située au delà du Sihoun, non loin de Kachghar, par 101" de longitude et 47" 3o' de latitude. Djihan Numa, page 367.
3. Châch est la forme arabisée du nom de Tchâtch. Cette grande ville est portée dans le Taqouim^ comme située à loi* 3o* de longitude et 42 degrés de latitude. Elle relève de Samarqand et elle est située au-delà du Sihoun. Toutes les maisons sont arrosées par des eaux courantes. Châch est la ville la plus agréable de la Transoxiane, et le district dont elle est le chef-lieu contient près de quinze gros bourgs. Elle est éloignée de cinq journées de marche de Ferghanèh et de quatre journées de marche de Khodjend. L'auteur du Messalik dit que Châch est aussi grande que la moitié de Benaket , que la ville est entourée d'une enceinte fortifiée, qu'elle a un faubourg, qu'elle est traversée par des eaux courantes et que Ton voit dans son enceinte de nombreux jardins et vergers. Les limites du district de Châch confinent à celles de lylaq. Les habitants appartiennent aux tribus des Ghouzz et des Khouldj qui sont musulmans et font des expéditions contre les infidèles. Ils jouissent de la plus grande indépendance.
L'auteur du He/t Iqlym prétend que Châch est la même ville que Scnsket et Tachkencl. Djihan Numa, page 304.
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Djend ' est une ville du Touran ; Tiraz *, une ville du Turkestan ; Farab ^ un canton du Turkestan ; Abou Nasr Faraby y a reçu le jour.
GuLVERAN est une grande ville du Turkestan.
BiKEND ^ est une ville du Turkestan qui porte aussi le nom
1. Djcnd, dit Yaqout, est une grande ville du Turkestan, située non loin du Sîhoun et à la distance de dix journées de marche du Kharezm. Ses habitants professent rislamisme et suivent le rite de Timam Abou Hanifèh. Cette ville a donné naissance au Qadi Yaqoub ibn Chirin el Djendy, littérateur, poète et grammairien et Fun des disciples les plus distingués de Zamakhchary. Moudjem oui Bouldariy tome II, page lôy.
Djend, dit Ahmed Razy, est aujourd'hui en ruines. Cette ville est la patrie de Baba Kemal, disciple de Nedjm oud Din Koubra et de Cheikh Mouayyed, disciple du Cheikh Sadr oud Din. Hcft Iglym, f* 572.
2. Tiraz ouTheraz se trouve par loo» de longitude et par 44* 3o*de latitude. Les habi tants suivent le rite Chafeîtc. Elle a donné naissance à un grand nombre de savants, parmlesquels il faut citer Abou Nasr Faraby et Tauteur du Qanoun oui Edeb. Cette ville jouissait autrefois d'une grande célébrité : mais elle a été totalement ruinée par les Uzbeks et son nom ne sert plus qu'à désigner une caverne qui se trouve dans les environs. Djiian Numa^ page 368.
3. Farab, ville du Turkestan, située au delà du Sihoun, est la capitale du district de ce nom, qui est pins près de Belassaghoun que de Châch. Ce pays est abrupte et les montagnes sont presque toutes couronnées par des châteaux forts. Les habitants suivent le rite Chafelte. Farab a donné naissance à Ismayl ibn Hammad el Djauhery, auteur du Sikhah^ à Abou Ibrahym, auteur du traité de lexicographie qui porte le titre de Diwan oui Edeb, et au célèbre Abou Nasr Mohammed el Faraby, mort à Damas en 339 (95o). Le lecteur pourra consulter, pour la biographie et les œuvres de Faraby^ la Bibliothèque orientale de d*Herbelot, tomell, pages 17-18. La Haye, 1787, in -4*, et les Vies des hommes illustres d'Ibn Khailikan, tome II, page xi2, de l'édition de Boulaq et tome III, page 307, de la traduction anglaise de M. de Slane.
« Farab est une ville qui a plusieurs cantons placés sous sa juridiction. Elle est située à un ferseng du Djihoun et, quand ce fleuve déborde, elle n'en est plus séparée que par un demi-ferseng. Quelquefois même, ses eaux arrivent jusqu'à la ville. Farab possède une grande mosquée où l'on fait la prière du vendredi ; les murs et le toit sont construits en briques cuites et il n'y entre pas un morceau de bois. » Tarikhi Boukhara, f» 18 v».
4. tt Bikcndest comptée parmi les villes; les habitants n'ont jamais consenti à ce qu'elle fût considérée comme un village. Si l'un d'eux se rend à Bagdad et, si on lui demande quelle est sa patrie, il répond toujours : a Je suis de Bikend »; il ne dit pas : a Je suis de Boukhara ». Cette ville possède une grande mosquée où Ton fait la prière du vendredi. Les maisons sont très-hautes. Jusqu'en l'année 240 (854) elle comptait un grand nombre de Rebath (caravansérails). Mohammed, fils d'Abou Djafer, afiirme dans son livre que le nombre des Rebath dépassait celui des villages qui s'élèvent autour de Boukhara, c'est-àdire qu'il y en avait plus de mille. En voici le motif : Bikend est une ville d'une grande étendue. Les habitants de chacun des villages dépendant de Boukhara y avaient fait construire un Rebath, dans lequel ils avaient établi dos gens dont ils payaient la dépense. A
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de Kondour. Elle est le lieu de naissance d'Abou Nasr Kondoury \ QiRGHiz est une ville qui doit son nom à quarante vierges
répoque de Thiver, lorsque les infidèles se livraient à leurs incursions, les habitants des villages se formaient en troupes, se rassemblaient à Bikendetde là, ils entreprenaient de saintes expéditions. La troupe fournie par chaque village s*ctablissaitdans son Rebath. Les habitants de Bikend étaient négociants; ils étaient en relations avec la Chine, et ils se livraient au commerce maritime. Ils étaient tous fort riches. Qputayba ibn Mouslim eut beaucoup de peine à s'emparer de Bikend, à cause de la solidité Je ses fortifications.
Bikend a porté le nom de a la ville de cuivre y» (Cheheristani Rouîyn) ; elle est plus ancienne que Boukhara. Tous les souverains qui ont gouverné ce pays y ont établi leur résidence. Entre Farab et Bikend se trouve un désert sablonneux qui a douze fersengs d*étendue.
Arslan Khan Mohammed^ fils de Souleyman, releva Bikend. On y accourut de toutes parts et on y construisit de beaux bâtiments. Ce prince y fit élever, pour lui. un palais décoré avec le plus grand luxe. Le Haramkam coule à Bikend qui est entourée de champs de roseaux; non loin se trouve un grand lac qui a reçu les noms de Barguini Firakh et de Qara-Koul. J*ai entendu dire à des personnes dignes de foi, qu'il avait une étendue de vingt fersengs.
L*auteur du Kitab ouï messalik lit memaïik (Aboul Abbas Ahmed el Serakhssy) lui donne le nom de Sam Khen. Ce lac reçoit le superflu des eaux de Boukhara. On y voit un grand nombre d'animaux aquatiques et on ne trouverait nulle part, dans le Khorassan, une aussi énorme quantité de poissons et de gibier d'eau.
Arslan Khan ordonna de creuser un canal assez grand pour que l'eau fut fournie à tous les édifices de Bikend, car Teau du Haramkam, tantôt arrivait dans la ville, tantôt faisait défaut.
Bikend est construite sur une montagne peu élevée. Le Khaqan donna l'ordre de faire passer le canal par la montagne. On rencontra des pierres extrêmement dures sur lesquelles les outils ne pouvaient mordre. Les ouvriers furent déconcertés ; on employa une grande quantité d'huile et de vinaigre pour amollir les pierres. On ne parvint cependant à creuser que la longueur d*un ferseng. Beaucoup d'ouvriers périrent et le travail fut abandonné après de grands efforts et une dépense considérable.»
Tarikhi Boukhara^ îo\, 17 et 18.
aBikend, dit Yaqout, est située entre le Djihoun et Boukhara à la distance d'une journée de marche de cette ville. Elle est citée dans le « Livre des conquêtes ». C'était une grande et belle ville, qui a donné naissance à un grand nombre de savants, miais elle est ruinée depuis longtemps. Bikend est la seule ville de la Transoxiane de qui ne relèvent ni champs ni villages : mais elle est celle qui possède le plus grand nombre de Rebath, et leur nombre s'élève, m'a-t-on dit, à près de mille. Elle est entourée par une forte muraille et Ton y voit une belle mosquée, d'une grande hauteur et dont le mihrab recouvert de sculptures et d'arabesques dorées, n'a point son pareil dans la Transoxiane pour la beauté de ses ornements. »
I. Kondour est un village delà province de Nichabour; il ne peut donc être assimilé à Bikend.
Abou Nasr Manssour ibn Mohammed el Kondoury el Djerrahy, qui avait reçu le
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qui s'y étaient établies. Dans Torigine, son nom était Qirq-Qiz, c'est-à-dire les quarante filles. On orthographie aussi ce nom Khirkhiz.
Qakaqoum est une ville du Touran située dans le pays des Qirghiz ' .
Thourfan est une ville située sur les frontières du Khita '.
Le Thakharistan est un pays situé sur les bords du Djihoun ; il s'étend^ d'un côté, depuis Balkh jusqu'à Kaboul, et, de l'autre, depuis la partie montagneuse de Badakhchan jusqu'au Ghardjistan. Ce pays renferme quelques villes ^
titre honoritîque de Amyd oui Moulk (le soutien du royaume), était ministre de Thogroul Bek. 11 fut, à cause de ses malversations, mis à mort en 459 (1066), au commencement du règne d'AIp Arslan.
Cf. pour la biographie d^Aroyd oui Moulk les Vies des hommes illustres d*ibn Khallikan, édit. de Boulaq, tome H, page i63, et la traduction de M. de Slane, tome IIl, page 290.
1. Qaraqoum signifie « sable noim. Aboulfeda dit, dans le Taqouim^ que cette ville est la capitale d*une contrée située aux confins extrêmes des pays des Turks. ibn Sayd la place par 106' 3o* de longitude et par '60* 3o* de latitude.
Cette ville est habitée par desQalmaq. Djihan Numa, page 368.
2. Thourfan est une ville située sur la route qui conduit de Samarqand en Chine. Elle s'élève au milieu du pays des Mogols et elle est distante de dix-huit journées de marche d*Endidjan. Quelques auteurs la placent entre Kachghar et Khoten. 11 y a vingt étapes de Thourfan à la frontière de Chine. Djihan Numa, page 367.
Thourfan, dans l'itinéraire des ambassadeurs de Châhroukh Mirza, est désignée comme se trouvant dans le pays occupé par les Qalmaq, qui se livrent au brigandage et aux déprédations. Messalik oui memaliky d'Aboul Hassan Sayd el Djourdjany.
Thourfan est la même ville que Ouch Turpan qui figure sur les itinéraires de TAsie centrale recueillis par les Russes. A. de Humboldt, Fragments de géologie et de climat tologie asiatiques, Paris, i83i, tome !•', page, 289.
Thourfan a été détruite en 1763 par les Chinois, lors de la révolte des Khodjas, et toute la population fut massacrée. C'est, aujourd'hui, une ville ouverte de huit cents maisons^ commandée par un petit fort bâti sur une colline et occupé par trois cents hommes de garnison. Les habitants sont des Tarantchy implantés par les Chinois. Report of a mission to Yarkund, etc, page 3,
3. Le Thakharistan ou Thokharistan est une vaste province qui fait partie du Khorassan et qui renferme un grand nombre de districts. Elle est divisée en haut et en bas Thakharistan. Le haut Thakharistan s'étend à l'orient de Balkh et à l'ouest du Djihoun. 11 est séparé de Balkh par une distance de vingt-huit fersengs. Le bas Thakharistan est également situé à l'ouest du Djihoun, mais il est plus éloigné de Balkh et s'étend plus vers l'orient que le haut Thakharistan. Cette province a vu naître un grand nombre de savants.
Les villes principales sont Khoulm, Simidjan, Baghsan, SekakenJ, Vczvalin. La
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Balkh Bamy * est une ville célèbre du quatrième climat ; elle est située dans le Khorassan et à une distance de dix fersengs du Djihoun. On prétend que Balkh est la première ville qui
plus grande ville, dit Isthakhry, est Thaliqan , bâtie dans une plaine unie , entourée de montagnes qui s'élèvent à la distance d*un trait de flèche.
I. Balkh est une des villes les plus anciennes du Khorassan; aucune d'elles ne remonte à une plus haute antiquité. Les provinces qui forment l'état de Balkh sont celles du Thakharistan , de Semengan , de Baghlan , Seray, Varseng, Thaliqan, Endkouh, Chibourghan, Fariab, Djourgan, Bamian, Ghaznah, Bedjeher. Le Kaboul et Ferwan, jusqu'aux bords du Sind, sont également comptés parmi les dépendances de Balkh, ainsi que le pays qui s'étend depuis Lenguer et Tchitchektou jusqu'au Mourghâb.
Le pistachier croît naturellement dans les montagnes de Balkh comme à Badghis, mais les pistaches de Badghis ont une amande plus charnue que celles de Balkh. Une partie du Ghardjistan dépend de Balkh, l'autre partie relève de Hérât. Menoutchehr fît bâtir à Balkh un vaste édifice auquel on donna le nom de Nao Behar. C'était le plus vaste des temples, et il était l'objet d'une vénération particulière. Cet édifice couvrait une superficie de cent coudées carrées, et sa hauteur était de plus de cent coudées. Les murs étaient tapissés d'étoffes de soie et de brocard, et des torsades ornées de pierreries y étaient suspendues. Les habitants de la Perse et du Turkestan avaient pour ce pyrée un respect particulier; ils s'y rendaient en pèlerinage et y apportaient des of frandes et des ex-voto.
Lohrasp établit sa capitale à Balkh. Ce prince était l'héritier présomptif de Key Kaous et il lui succéda. Lohrasp est le premier souverain qui eut des troupes recevant une solde réglée ; il se fit faire à Balkh un trône en or, incrusté de pierreries et de rubis. Les princes de l'Inde et du pays de Roum lui avaient fait leur soumission et obéissaient à ses ordres. 11 fit venir de l'Inde à Balkh, qui était sa capitale, un grand nombre d'Indiens : il entoura la ville d'une enceinte fortifiée et fit construire un château-fort qui reçut le nom de Château des Indiens.
Balkh est, dit-on, la ville la plus grande du Khorassan; elle est celle dont le territoire est le plus vaste et les eaux les plus abondantes.
A l'époque des Kharezm Chah, le Kharezm avait une population si nombreuse que les récoltes de ce pays ne suffisaient point à nourrir les habitants. On transportait de Balkh au Kharezm sur des bateaux, une grande quantité de blé, car cette contrée produit des céréales en abondance.
Balkh est située dans une plaine. Les montagnes s'élèvent à la distance de quatre fersengs. Une grosse rivière, appelée Roudi Hach, traverse la ville qui est, de tous côtés, entourée de jardins et de vergers.
Aly ibn Issa Mahan fut pendant quelque temps, à l'origine des Abbassides, gouverneur du Khorassan. Il établit sa résidence à Balkh. C'est à lui que le village d'Aly Abad doit son nom. Les princes de Balkh portaient avant l'islamisme le nom de Barmek. On dit : les Barmek de Balkh^ comme on dit les Césars de Grèce, les Cosroës de Perse et les Pharaons d'Egypte.
Khalid le Barmécide se rendit à Damas à l'époque des Khalifes Ommiades, et il eut la gloire d'embrasser l'islamisme. Les Barmécides qui furent les ministres des Abbassides, sont ses descendants.
Ibrahim Edhem a également vu le jour à Balkh. Il était de la race des Adjcla qui a
fut bâtie dans le monde, et que Keyoumers en a été le fondateur. Envery, pour se taire pardonner sa satire contre Balkh^ parle en ces termes de l'antiquité de cette ville : c Si le ciel était un petit enfant , Balkh serait sa nourrice; la Mekke pourrait, de son côté, être la mère de toutes les villes du monde. » Balkh, dans les siècles passés, a joui d'une grande prospérité. L'insalubrité de son climat est devenue proverbiale. Dans ces dernières années, elle était tombée au pouvoir du fils de l'Emir Dost Mohammed Khan.
Khoulm ', Chibourghân et le Khatlan dépendent de Balkh. Les chevaux Khatly, que les poètes célèbrent dans leurs vers, tirent leur origine de Khatlan \
fourni des princes qui ont gouverné Balkh. Cette ville a également donné naissance aux Cheikhs Abou Aly Chcqiq ibn Ibrahim et Ahmed Khizhrouièh. Rechid Vathvath, poète et secrétaire des Kharezm Chah, Meviana Djelal oud Din Roumy sont également originaires de Balkh. Zoubdei out Tervarikh, de Nour oud Din Louthf ouUah Hafiz A brou cl Hèrèvy, pages 180-181.
Balkh fut complètement détruite par les Mogols en 618 (1221), et ses habitants massacrés jusqu'au dernier. Cette ville était arrivée, à cette époque, à un si haut degré de prospérité, qu'elle renfermait douze cents mosquées où l'on faisait la prière du vendredi et douze cents bains. Au rapport d'Abou Nasr Parsa, il y avait à Balkh cinquante mille descendants du prophète, cheikhs, ulémas et mollas.
Enlevée parTimour à Sultan Hussein en 771 (i36g), Balkh se rele\'a sous la domination des successeurs de ce prince. Mais elle tomba de nouveau en décadence lorsqu'elle fut au pouvoir des Uzbeks. Fraser {Journey into Khorassan, appendice, page 106) a donné une courte notice sur la situation de cette ville au commencement de ce siècle.
1. Khoulm est un district situé à dix fersengs de Balkh, dont le territoire est occupé par les Arabes des tribus d'Assad, de Benou Temim et de Qa!s qui s'y sont établis lors de la conquête. La ville de Khoulm est petite^ mais elle est entourée de villages, de vergers et de cultures. Pendant Tété, le vent s'y fait sentir presque continuellement, nuit et jour. La ville est occupée aujourd'hui par les Uzbeks et porte le nom de Tach Qpurghan. Cf. Moorcroft, Travels, etc. London 1S41, tomell, pages 41 2-41 3. — Fraser, Joiirnex into Khorassan, app., page 107. — Mohan Lai, Travels to Balkhy Bokhara and Herat, London, iS^b, pages io3-io8.
2. « Le Khatlan ou Khoutlan est un district célèbre par l'abondance de ses fruits, et dont les revenus s'élèvent à une somme considérable. Les chevaux khatly jouissent d'une réputation universelle. Les habitants sont, pour la valeur et le courage, les rivaux de Rustem et d'Isfendiar.
Distique,— u Chacune de leurs lances est semblable à un météore qui dissipe les ténèbres, chacune de leurs flèches est une foudre qui transperce les rochers. »
La capitale de ce district est Koulab dont le château est merveilleusement fortifié. On visite, dans les environs de Koulab, le tombeau de l'Emir Aly Hemdany. »
Koulab a vu naître les poètes Adily et Baqy. He/t Iqlym, P 23i, \*.
DE l'ambassade AU KHAREZM 171
Merv Chahidjan ' est une ville célèbre du quatrième climat. On la rattache au Khorassan. Les personnages nés dans cette ville reçoivent le surnom de Mourouzy^ forme que rien ne justifie. Le nom de Chahidjan signifie « Pâme de TEmpire. » Elle a été construite par Alexandre qui lui donna le nom grec de Merdjanos ; elle était autrefois^ ainsi que je l'ai déjà fait remarquer^ administrée par les fonctionnaires des Khans du Kharezm ; les habitants se sont soustraits à l'autorité du Khan de Khiva et ils ont embrassé le parti de TEmir de Boukhara, mais ils ne paient d'impôt à personne et ils se vantent d'être indépendants^ et de se gouverner eux-mêmes.
1. « Mcrv Chahidjan, une des villes les plus importantes du Khorassan, a dté fondée, selon quelques auteurs, par Alexandre, et, selon d'autres, par Chapour Zoul Ektaf. Mais la version la plus exacte est celle qui fait remonter son origine à Tehmouras. Cette ville a été la capitale du prince Seldjouqide Sindjar. A la suite de la défaite de ce prince par les Ghouzz, la ville fut livrée au pillage pendant trois jours et trois nuits; on appliqua à la torture les Seiyds et les notables, pour leur arracher l'aveu des trésors qu'ils avaient cachés. Cette calamité fut, pour Merv, la cause d'une décadence complète. Elle se releva cependant et se repeupla peu à peu.
Lors de l'invasion de Djenguiz Khan, elle fut totalement ruinée et elle ne revit plus la prospérité dont elle avait joui autrefois. L'auteur du a Habib ous Sîcr i> rapporte que Djenguiz Khan, après avoir pris Baikh qu'il livra au pillage et dont il massacra les habitants, fit marcher contre le Khorassan son fils Touly Khan à la tête de quatrevingt mille cavaliers. Touly mit le siège devant Merv.
Moudjir cul Moulk qui gouvernait la ville au nom du Sultan Mohammed Kharezm Chah, voyant toute résistance impossible, résolut de faire sa soumission. Il se rendit au camp de Touly, porteur de magnifiques présents. Les Mogols entrèrent dans la ville et en firent sortir les habitants dont le défilé dura quatre jours. On mit à part quatre cents artisans et les femmes et les enfants auxquels on accorda la vie sauve. Les habitants furent partagés entre les Mogols, et chaque soldat en eut quatre cents pour sa part. Tous furent massacrés. Seiyd Izz oud Din Ncssay, aidé par quelques commis, passa seize jours et seize nuits à faire le dénombrement des gens qui avaient été tués. Leur nombre s'élevait à plus de treize cent mille. Quatre personnes seulement échappèrent à la mort.
La ville resta en ruines jusqu'au règne de Châhroukh Mirza. Sultan Sindjar fit tous ses efforts pour lui rendre sa prospérité ; il construisit une nouvelle ville qui se peupla rapidement. Aujourd'hui, Merv renferme deux parties dont l'une est la vieille ville, Tautre la ville nouvelle.
Merv est bâtie sur un sol uni et elle a de nombreuses localités sous sa juridiction. L'eau lui est fournie par le Merv Roud qui n'est autre que le Mourghâb, dont le cours finit sur son territoire. Les fruits, et surtout le raisin et les melons, y sont abondants. Le climat est insalubre; les maladies y sont nombreuses. Dans quelques localités, on voit des mouches de la grosseur d'une guêpe et qui incommodent tellement les habitants, qu'ils sont obligés de passer trois mois de l'été dans des lieux élevés où ils campent. » He/t Iqlym, f* 2o3 recto et verso.
MouRGHAB est une ville située à quarante fersengs de Merv. La rivière du Mourghâb est appelée aussi Merv Roud. On se rend de Merv à Hezaresp en dix journées de marche.
Serakhs est une ville du quatrième climat et qui fait partie du Khorassan. Elle doit son nom à Serakhs, fils de Gouderz.
Les Iraniens et les Touraniens se sont livré des batailles sanglantes autour de Serakhs.
Serakhs est située par 94 degrés de longitude et 37 degrés de latitude. Cette ville a, autrefois, donné naissance à des cheikhs d'une haute piété, comme le cheikh Loqman Serakhssy et Aboul Fazhl Serakhssy \ Aujourd'hui, elle est au pouvoir des Turkomans Tekèh qui, suivant leurs intérêts, tantôt embrassent le parti du Khan de Khiva et tantôt se soumettent aux ordres des gouverneurs du Khorassan. En l'année 1248 (i83i), feu le Chah Zadèh, auquel Dieu accordait son aide, le Naïb ous Salthanèh (Abbas Mirza), marcha sur le Khorassan, à la tête de quelques régiments, par la route d'Aq Derbend; il assaillit Serakhs, tua un grand nombre de Turkomans Salour, rendit la liberté à trois mille esclaves persans et fit prisonniers trois mille Turkomans. En cette année 1268 (i85i-i852), le Nevvab Hussam ous Salthanèh dirigea, du Khorassan, une expédition contre Serakhs; à son retour, il fit main basse sur les Turkomans qui se livraient au pillage; mais certaines difficultés ne lui permirent pas de mener à bonne fin son entreprise, et Abbas Qouly Khan Derèh Guèzy fut investi du gouvernement de ce pays. Une route conduit de Serakhs à Thijen, et on se rend de Thijen à Khiva en quelques jours. Mir Ahmed Khan Djemchidy, gouverneur de Thijen, au nom du Khan de Khiva, est chargé de maintenir le bon ordre dans cette contrée. Que décidera, dans l'avenir, la prédestination céleste?
Kelat ^ est le nom d'une place forte du Khorassan, construite
1. Djamy a donné la biographie de ces deux personnages dans son Nefehat oui ouns, Calcutta, i858, pages 320 et 334.
2. tt La ville de Kelat est environnée de montagnes abruptes et absolument inaccessibles. Elle a, du côté de Merv, une grande porte où les gardes visitent ceux qui en-
DE L AMBASSADE AU KHAREZM \y3
sur le sommet d'une colline. Nadir Chah Efchar y avait transporté son trésor, et il avait augmenté considérablement le nombre des édifices de cette ville. Aujourd'hui elle est gouvernée par Djafer Aga. En apparence^ il semble obéir au gouvernement persan, mais ses sympathies secrètes sont pour le Khan de Khiva.
Hérat, ville du quatrième climat et du Khorassan, a été soustraite, de nos jours^ à la domination des princes Afghans. Elle était au pouvoir du vézir Yar Mohammed Khan^ qui s'était rattaché au gouvernement persan et avait reçu le titre de Zhehir oud Daoulèh. Il gouvernait d'une manière indépendante la province de Hérât. Il est mort dans le courant de cette année. Sa Majesté le Roi, dont le rang est égal à celui de Djem^ l'asile du monde, Nacir Eddin Padichâh , «puisse Dieu rendre son règne éternel ! déférant aux vœux exprimés par les notables de Hérât, expédia un diplôme et un vêtement d'honneur au fils de Zhehir oud Daoulèh, Sayd Mohammed Khan qui est assis, aujourd'hui, sur le trône de la souveraineté.
Hérât est une des villes célèbres de l'antiquité; elle est située à 94° 3o' de longitude des Iles Fortunées et à 34° de latitude de l'équateur. Son climat est salubre, ses eaux sont excellentes. Les médecins, pour caractériser la brise du nord qui souffle à Hérât, ont dit : « Si Ton réunissait dans une seule localité le sol d'Ispahan , le vent du nord de Hérât et l'eau du Kharezm, les hommes n'y mourraient jamais. » Un poète a dit :
Vers. — « Si on te demande quelle est la plus belle des vil-
trent ou qui sortent. Cette porte conduit à un passage si étroit, qu'un cavalier a de la peine à le traverser. Au-dessus, s*élève la cime des montagnes, de manière à former une espèce de voûte naturelle. Le canal qui arrose toutes les cultures de Kélat entre dans cette ville du côté de Mechhed et en sort par le défilé de Merv. ... Notre monarque vNadir Chah) déposa dans cette ville les bijoux et les trésors dont il n'avait pas besoin pour le moment.» Voyage de l'Inde à la Afekke par Abdoul Kérim, traduit de Tanglais par feu L. Langlès. Paris^ 1825, page 74.
Cf. Fraser, Journey into Khorassan, appendice, page 53, et Valentine Baker, Clouds in the East, London, 1876, pages 201-202.
les, réponds, si tu veux être véridique, que c'est Hérât. Imagine que le monde est une mer, le Khorassan une coquille et, au milieu de cette coquille, la ville de Hérât brille comme une perle. »
Cette ville est bâtie entre deux montagnes et elle s'étend plutôt du côté du nord. La plaine ouverte qui sépare ces deux montagnes a une superficie de trois fersengs et demi. Les montagnes dont je viens de parler, forment une chaîne de vingt-cinq fersengs de longueur. La province de Hérât est, dans toute son étendue, bien cultivée et bien peuplée; elle est arrosée par sept grands cours d'eau. On difTère d'opinion sur le nom du fondateur de Hérât. Un poète a composé sur ce sujet le quatrain suivant :.
Quatrain. — « Lohrasp a jeté les fondements de Hérât ; Gouchtasp a rebâti la ville; après lui, Behmen en a augmenté les constructions et Alexandre de Grèce en a fait une cité nouvelle. »
On trouve, dans l'histoire de Hérât, de nombreux détails relatifs à cette ville '. Elle a été plusieurs fois ruinée et rebâtie. On rapporte qu'à l'époque des rois du Ghour et de la dynastie des Kert, Hérât était dans un tel état de prospérité que Ton y comptait cent deux mille boutiques, six mille bains, caravansérails et moulins, et trois cent cinquante collèges et monastères. Elle tomba ensuite en décadence, mais sous le règne de Châhroukh, fils de l'Emir Timour, et sous celui de Sultan Hussein Mirza Gouregany, elle était si peuplée que, chaque jour, on employait, dans les boutiques des boulangers, vingt kharvar ^ de
1 . L*histoire de la ville de Hérât a été écrite par plusieurs auteurs. Je me bornerai à citer celle d'Abou Rouh Issa el Héréwy, mort en 544 (1149) et celle qui a été rédigée en persan, en 897 (1492) par Mou'in oud Din Isfizary et qui porte le titre de Raoudhat oui Djennat fi aoussaf Herat. (Les parterres de fleurs du paradis renfermant la description de Hérât.)
2. Le kharvar (charge d'un âne) représente le poids de cent men de Tebriz (.^ao kilogrammes.)
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graines de faux cumin (Siâh Daneh) pour saupoudrer le pain. Cette assertion est extraordinaire. Il y avait, à cette époque^ douze mille étudiants qui recevaient des pensions et leur subsistance du trésor royal. Aujourd'hui, cette ville ne compte pas plus de six mille habitants.
On trouve en dehors de la ville^ des endroits agréables et des monuments d une construction élégante. Je citerai Kazergâh et Takhti Sefer qui servent à la population de promenades et de lieux de divertissement. Hérât a six portes. Sous le rapport de l'agrément et du bien-être, elle n'a pas de rivale. Au dire des gens intelligents, Merv est la clef du Kharezm et Hérât est celle de tout le Khorassan et du Turkestan. I-.es beautés de Hérât se trouvent décrites en détail dans la plupart des ouvrages d'histoire; on m'excusera donc de ne point m'étendre davantage sur ce sujets dans le cours de ce récit. Mon désir était de donner seulement un abrégé de la situation et de l'histoire du Kharezm; mais, en vertu du proverbe qui dit : « La parole provoque la parole » , j'ai cru convenable de parler d'autres pays, et ma narration s'en est trouvée augmentée. L'excuse est toujours acceptée par les hommes généreux.
L'histoire de la dynastie actuelle des Khans de Khiva n'est pas dépourvue d'intérêt, au point de vue de la situation présente du Kharezm. Je vais donc, en peu de mots, en donner un aperçu.
Résumé de l'histoire des Khans de Khiva.
Lorsque Nadir Chah eut bouleversé les Etats de la plupart des souverains de l'Asie, la tribu des Turkomanis Yomout s'empara des provinces et des places fortes du Kharezm. Elle posa
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le pied de la domination sur le trône de la souveraineté. Pendant un certain temps^ elle gouverna d'une manière absolue cette vaste contrée. Une tribu Uzbek , fixée à Qonghourat , et dont Torigine remontait aux Mogols^ déploya le drapeau de la conquête. Iltouzer, fils d'ivazinaq, fils de Mohammed Emin, fut le premier chef de cette tribu qui aspira au pouvoir suprême. Il se créa un parti et, appuyé par sa tribu, il sortit de Qonghourat en Tannée 121 1 (1796) et attaqua les Turkomans Yomout. Ses affaires prirent peu à peu une tournure favorable ; il chassa les Yomout de Gourgandj et du Kharezm et les refoula sur les frontières du Gourgan. Les Yomout se rallièrent , marchèrent de nouveau contre lui , mais ils furent défaits et mis en fuite dans la bataille qui se livra à Ghanqah Tchachkin. Iltouzer s'assit alors sur le trône avec le titre de Khan. Après avoir gouverné pendant deux ans, il périt en 121 3 (1798), noyé dans le Djihoun.
Mohammed Rehim Khan, fils d'Ivaz Inaq, succéda à son frère aîné Iltouzer avec le titre de Khan. Il mit tous ses soins à rétablir Tordre dans les affaires du gouvernement; il livra aux Boukhares, aux Tekèh et aux Yomout de nombreux combats^ dans lesquels il fut toujours vainqueur. Il régna pendant vingtsept ans, et mourut en Tannée 1257 (1841). Son fils, Allah Qouly Khan, lui succéda. Il gouverna le pays qui lui était échu par droit de naissance, et il vécut heureux et tranquille. Il mourut après un règne de dix-sept ans.
Rehim Qouly Khan, fils d'Allah Qouly Khan, occupa le trône après son père. Selon la règle établie à Khi va, son frère Rahman Qouly Tourèh exerça les fonctions d*Inaq, c'est-à-dire celles du pouvoir civil et militaire. Rehim Qouly Khan quitta ce bas monde en Tannée 1263 (1847), après avoir régné cinq ans.
Mohammed Emin Khan, fils d'Allah Qouly Khan, reçut le titre de Khan et le pouvoir souverain après la mort de son frère aîné. En Tannée présente 1268 (i852), il y a six ans qu'il est monté sur le trône. Il est âgé de trente-deux ans. Il y a, parmi les enfants de Mohammed Rehim Khan et d'Allah Qouly Khan,
des princes qui portent le nom de Tourèh ; aucun d'eux n a pu jusqu'à présent être élevé au rang de Khan.
Dieu connaît la vérité sur toutes choses. Que se déroulera-t-il à nos yeux lorsque le rideau qui nous voile le spectacle des choses cachées se sera levé? Que décidera la prédestination céleste? La dynastie actuelle règne sur le Kharezm depuis cinquante-huit ans. L'avenir est soumis aux ordres du Dieu qui ne périra jamais.
Règles observées pour l'élection et Vintronisation d'un Khan.
Lorsqu'un Khan de Khiva vient à mourir, les qadis, les ulémas^ les grands officiers militaires et les vézirs se rassemblent après les cérémonies funèbres, et ils offrent le titre de Khan à son fils, qui est Phéritier présomptif et qui doit être doué de toutes les qualités exigées pour exercer la souveraineté. Celui-ci refuse d'abord et se défend d'accepter le pouvoir; puis, il fait à haute voix la déclaration suivante ; « Si vous êtes unanimes pour me conférer la dignité de Khan, il faut que vous ne contreveniez à mes ordres en aucune circonstance, quand bien même je prononcerais une sentence de mort. » Le grand qadi et les assistants donnent leur adhésion. On fait alors asseoir le nouveau Khan sur un tapis de feutre blanc. Les Tourèhs, les officiers militaires, les ulémas en saisissent les bords, le soulèvent et lancent le Khan sur le trône, avec une violence telle qu'il est jeté sur la face, ou que son bonnet roule à terre. Chacun des assistants coupe alors, avec son couteau, un morceau de ce tapis et l'emporte chez lui. On prétend que la présence d'un des descendants de Djaghatay est nécessaire, pour que l'intronisation du Khan soit valable. D'après ce que l'on dit, Mehter Yaqoub le Vézir prétend descendre de Djaghatay;
mais les habitants du Kharezm savent qu'il est originaire de Kât, et que la prétention qu'il affiche est mensongère.
Le Khan actuel a un fils âgé de cinq ans^ qui a une taie sur l*œil. Seiyd Mahmoud Tourèh, Seiyd Ahmed et Seiyd Mohammed Tourèh, fils de Mohammed Rehim Khan^ sont encore en vie; ils attendent que le destin les fasse parvenir à la dignité de Khan.
Hémistiche. — « Ils attendent que l'un disparaisse, et qu'un autre se produise au jour. »
Moussa Tourèh, fils de Rahman Qouly Khan, est im jeune homme d'une grande bravoure, d'une taille élevée et d'un aspect agréable. Il a les sympathies de la population et il est digne et capable de gouverner ce pays. Parmi les Tourèhs, se trouve un enfant de douze ans qui, par sa corpulence et sa taille, a Tap parence d'un lutteur de trente ans. Un cheval a de la peine à supporter son poids. Sa grosseur, son embonpoint et sa haute taille sont l'objet de l'attention générale, et ce prince est une des curiosités du pays.
Exposé de quelques faits.
Le Khan de Khi va a pour règle de donner à ses officiers qui appartiennent aux tribus des Yomout, des Gouklan, des Tchouder et autres, des terrains irrigués. Quiconque reçoit un arpent de terre est obligé, en temps de guerre, de fournir un cavalier. Celui qui reçoit dix arpents amène donc dix cavaliers. Chaque cavalier est suivi par deux chameaux qui portent les vivres nécessaires pour une campagne. Quand cinq mille cavaliers sont réunis, on croit voir, à cause du grand nombre des chevaux de
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charge et des chameaux, un corps de quinze mille hommes. Lorsque le nombre s'élève à dix mille^ on s'imagine qu'il y a trente mille combattants. Une telle armée paraît considérable aux yeux des personnes qui ne sont point au fait de cette particularité, et elle épouvante les gens inexpérimentés. Lorsque le Khan de Khiva fait une expédition^ il établit chaque nuit^ dans ime plaine^ son camp auquel on donne une forme circulaire ; les oflSciers doivent, sur une longueur qui leur est indiquée, faire creuser un fossé qui finit par entourer le campement tout entier et dans lequel on fait couler de Teau, s'il s'en trouve à proximité.
Quiconque, en temps de guerre, perd un cheval ou un chameau, en reçoit le prix. Au retour d'une expédition, le Khan donne une gratification de cinq toumans à chaque cavalier. La solde fixe ne dépasse, pour personne, la somme de cinquante toumans. Cette faible dépense ne porte point atteinte à la richesse du pays et n'appauvrit pas le trésor. Les cavaliers les plus aguerris sont, en réalité, ceux de la tribu des Djemchidy ; leur nombre s'élève à deux mille. L'infanterie compte aussi un certain nombre de Djemchidy dans ses rangs, ainsi que des esclaves persans. La garde du corps du Khan est formée de cinq cents cavaliers Aq Derbendy et Djamy. Son artillerie se compose de dix canons mal entretenus et mal servis. Les artilleurs sont persans, ainsi que la plupart des officiers ; aussi le Khan ne leur accorde-t-il qu'une médiocre confiance, et pendant les expéditions, chacun d'eux est l'objet d'une surveillance rigoureuse.
Dans le Kharezm, les esclaves persans sont plus nombreux que les habitants du pays. On voit un seul Uzbek en posséder cinquante. Si les Persans se sentaient appuyés par le gouvernement de leur patrie, ils se révolteraient certainement contre leurs maîtres.
Le samedi vingt-cinq Zyqaadèh (12 septembre), nous quittâmes Kohnèh Ourguendj pour continuer notre voyage. Je fis prévenir mes quarante compagnons de route qui rempli-
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rent les outres avec l'eau du Djihoun, et préparèrent tout ce qui était nécessaire pour traverser le désert. On chargea les bagages sur les chameaux et nous montâmes à cheval^ après avoir placé la litière sur un chameau de grande taille.
Vers. — « Lorsque j'eus achevé tous les préparatifs du voyage, je demandai trois files de chameaux à la marche rapide ; les chameliers turkomans qui servent de guides" dans le désert, me les amenèrent sans retard ; ils en choisirent un dont la bosse, semblable à une montagne, était capable de porter la litière. Posée sur son dos, elle ressemblait, à cause de la hauteur où elle se trouvait placée, aux vapeurs qui s'élèvent au-dessus de TElbourz. Le chamelier turk (turkoman) avait la vigueur et l'humeur vindicative du chameau et il poussa, avec la vélocité du loup, les animaux qu'il conduisait dans la direction du Gourgan. i»
Après avoir franchi quatre fersengs, nous arrivâmes à la station de Ghatqar, où nous vîmes un jardin nouvellement planté par les ordres du Khan de Khi va. Nous y goûtâmes le repos pendant la nuit, et, lorsque le jour parut, nous nous remîmes en route. MoUa Moukhtar qui avait été désigné par le Mehter Aga, ministre du Khan du Kharezm, m'avait accompagné depuis Khiva en qualité de mihmandar. Il me témoigna le désir de s'en retourner. Je lui fis cadeau d'une robe brodée de paillettes (qabat poulèky) ^ et je le laissai partir pour Khiva. En un mot, nous nous arrêtâmes à toutes les stations où nous avions déjà campé pendant notre voyage d'Esterâbad à Khiva. A Tchirichly, nous apprîmes que dans la province d'Esterâbad, la tribu des Yomout du Gourgan s'était soulevée et mise en état de révolte contre le gouverneur Mohammed Vely Khan Beylerbey Qadjar.
Cette nouvelle nous causa de vives inquiétudes. Mais , nous étions forcés de suivre la route d'Esterâbad et au-
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cune station ne nous présentait assez de ressources^ pour que nous pussions nous y arrêter. Si nous prolongions notre séjour dans Tune d'elles, Teau et les vivres viendraient à nous manquer. Nouspoursuivîmes donc notre marche^ pleins d'appréhensions. Arrivés à la station de Qouymet-Ata, nous y trouvâmes un grand nombre de femmes et d'enfants et quelques vieillards; nous apprîmes qu'ils appartenaient à la tribu des Yomout, et que la crainte des soldats du corps d'armée persan et des Gouklan leur avait fait quitter les bords du Gourgan. Il se dirigeaient vers le Kharezm et Khiva. Les hommes valides et les jeunes gens, réunis aux Yomout, livraient combat aux troupes du Beylerbeg.
Mon compagnon de route, l'ambassadeur du Khan du Kharezm, les engageait, en se cachant de moi, à aller à Khiva et il leur faisait espérer un bon accueil de la part du Khan. Moi^ de mon côté, je les détournais de Tidée d'émigrer et je les exhortais à retourner chez eux en toute sécurité. Nous vîmes les effets de la lutte entre les Yomout et le Beylerbeg. Les craintes, les perplexités de mes compagnons de voyage ne firent qu'augmenter; ils me dirent que les troupes du Beylerbeg avaient enlevé aux Yomout vingt mille moutons, et que les Turkomans Gouklan s'étaient emparés de mille de leurs chameaux; que la route du Gourgan n'offrait aucune sécurité, à cause des déprédations des Turkomans qui avaient tous fait cause commime pour tuer, pour piller, pour ravager le pays et pour emmener en captivité les gens qu'ils rencontraient.
Vers. — € Dans cette contrée sauvage, les loups du Gourgan faisaient trembler de crainte le cœur des guerriers semblables à des lions valeureux; car le nombre des Turkomans armés de lances, qui se trouvaient sur cette route, dépassait cent mille. »
Je me dis :
Hémistiche, — « Je n'ai ni la force d'aller en avant ni la possibilité de rester. >
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Cependant^ nous continuâmes notre voyage, en puisant des forces dans l'influence de l'heureuse étoile de la fortune de Sa Majesté le Roi. Nous ne nous préoccupâmes pas de ces nouvelleSy jusqu'au moment où nous arrivâmes à la station qui porte le nom Kessik Minar et de Mechhedi Missrian.
Mechhedi Missrian.
On rencontre fréquemment de Gourgandj jusqu'au Gourgan^ les vestiges de villes détruites et abandonnées. Il est probable que leur ruine date de F époque des bouleversements provoqués par les armées des Tatares et des Mogols. Parmi ces ruineSj se trouvent celles d une grande ville, située non loin de la route. Dans la première période de mon voyage, il ne m*avait point été possible de les visiter; mais, à mon retour, je m'y rendis, accompagné par quelques cavaliers Kharezmiens et Yomout. Je reconnus qu'une grande ville s'était élevée autrefois en cet endroit, et j'y vis les restes de vastes constructions, de monuments religieux,de réservoirs d'eau et de nombreux tombeaux. On apercevait des coupoles de diverses grandeurs, construites en grandes briques cuites et en plâtre. J'en visitai quelques-unes, et j'entrai dans la plus grande de toutes; elle était bâtie sur une colline. J'y récitai le Fatihèh. C'est une ancienne construction, une énorme coupole d'une grande hauteur. Elle est bâtie en briques et recouverte de plaques de faïence d'une rare élégance. Je vis autour de la coupole des vestiges d'inscriptions, qui me parurent être tracées en caractères coufiques *
I. Les ruines qui portent aujourd'hui le nom de Mechhedi Misrian (le dmetière ou le lieu du martyre des Egyptiens) me paraissent être celles de la ville et de la nécropole de Dehistan, qui fut détruite et abandonnée au milieu du xv* siècle. Je ne connais aucan fait historique qui justitîe Tappellation sous laquelle ces ruines sont aujourd'hui dési-
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Nous nous éloignâmes de ce lieu, et nous continuâmes notre voyage d'étape en étape. Partout, sur notre route, nous recevions des nouvelles et des renseignements relatifs au soulèvement des Yomout du Gourgan et à leur révolte contre le gouverneur d'Esterâbad. Nous apprîmes qu'ils nous attendaient, pour s'opposer à notre passage et nous faire prisonniers. Il était donc imprudent d'envoyer en avant un courrier pour prévenir le Beylerbey, car c'eût été les informer d'avance du jour de notre arrivée. Nous atteignîmes les environs de la rivière d'Etrek, où réside le plus grand nombre des Turkomans qui se livrent au brigandage et qui sont en état de révolte constante.
Le soir , après avoir dîné , nous jugeâmes convenable de ne point nous livrer au sommeil, et, au bout de deux
gnées. Les habitants du Mazanderan lui donnent le nom de Mechhedi Mcstan, les Turkomans, celui de Mestourian. Ces ruines ont été visitées par ConoUy (Travels to ihe north of Persia, Londres, 1834, tome I, page 76) et par Vambéry, Voyage d'un faux derviche, page qS-gô.
Le général Lamakine se rendit au mois d'août 1875 à Mechhedi Misrian^ qu'il appelle Mestourian, et il a donné de cette ville, aujourd'hui déserte, une description détaillée : « La ville de Mestourian, dit-il, se composait d'une forteresse entourée d'un fossé et d'un rempart, derrière lequel s'élevait une double enceinte de murs d'une grande hauteur, construits en briques d'une extrême dureté et de la dimension d'une demi-archinc carrée (25 dm). Aux angles et au milieu de ces murs se trouvaient des tours. La ville formait un rectangle d'une superficie d'une verste carrée (i Km 140) : le sol, ainsi que celui des environs jusqu'à une distance de deux verstes (2 Km i33) à la ronde, est recouvert de monceaux de briques, provenant de monuments dont les fondations existent encore en partie. Les portes de la ville et une partie de la mosquée de Chir Kebir ont seules échappé à une destruction complète. Dans l'enceinte de la forteresse s'élèvent encore deux minarets, ayant treize sagènes (27,7 m.) de hauteur et trois sagènes (6,4 m.) de diamètre. On y voit, en outre, une mosquée, un bassin et des citernes. Tous les monuments se font remarquer par leur élégance et leur légèreté. Ils sont construits en briques cuites et couverts de sculptures, de mosaïques, de plaques de faïence ornées d'arabesques et d'inscriptions en relief d'une hauteur de sept pouces anglais Quant à
l'autre ville, située à cinq verstes de Mestourian, ce n'est qu'une nécropole appelée par les Turkomans Mechhed. Une vaste étendue de terrain est couverte de tombeaux, de chapelles et de mosquées en ruines. On y montre le tombeau de Chir Kebir qui attire, comme Mechhed en Perse, de nombreux pèlerins. La chapelle est ornée de tapis; on y ▼oit une armoire ouverte avec des livres sacrés ; une lampe est suspendue au plafond et quelques vases sont placés çà et là, pour servir aux ablutions : mais pas une âme n'habite la ville ou les environs.» — A. Petermann, Mittheilungen, 1876, xxix* Vol. I^ pages i6-zg.
OU trois heures après la tombée de la nuit, je me mis en route avec mes gens et les voyageurs qui s'étaient attachés à moi^ dans le dessein de traverser l'Etrek et d'arriver au Gourgan et à Esterâbad. Après avoir franchi une courte distance, nous aperçûmes des traces nombreuses de pas de chevaux; il devint évident pour nous que les Turkomans s'étaient mis en marche et avaient passé à côté de nous. Chacun exprima son opinion et voulut dire son mot. Des preuves matérielles et des suppositions fondées sur le raisonnement, et appuyées sur ce que nous avions entendu dire, me firent penser que lesTurko* mans révoltés de l'Etrek avaient l'intention de se saisir de ma personne. Je résolus donc de passer par une route peu fi"équentée^ à quelque distance des localités où ils campent. Lorsque nous arrivâmes à l'Etrek^ les clameurs des marchands de Boukhara, de Khiva et de Kaboul^ les cris des chameaux, les hennissements des chevaux^ le vacarme fait par mes gens à leur arrivée remplirent de bruit la montagne et les bords de la rivière. Malgré cela^ nous prîmes une route qui se trouvait à notre gauche et nous traversâmes un terrain imprégné de sel. Bientôt^ nous eûmes derrière nous cette localité^ objet de toutes nos craintes; mais, comme la plaine entière était, pour nous, dangereuse et redoutable, nous continuâmes notre route vers le Gourgan et Esterabâd^ en mettant notre confiance et nôtre espérance en Dieu.
Lorsque nous nous rendions à Khiva, nous avions^ après nous être éloignés des bords de la rivière du Gourgan^ reçu rhospitalité dans le campement de Qara Khan, chef des Yomout Ata Bay, personnage dont la famille était, de père en fils, comptée au nombre des serviteurs du gouvernement d'éternelle durée des souverains Qadjar. Nous avions mangé son pain et son sel, et nous avions lié connaissance avec quelques-uns des notables et avec le qadi de la tribu des Yomout Ata Bay . Nous jugeâmes donc plus convenable de descendre dans la tente de Qara Khan ou de Qouly Khan, ou dans celle du qadi. Nous étions dans l'ignorance de ce qui s'était passé à Esterâbad.
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Nous marchions droit devant nous, quand un piéton arriva à notre rencontre. On l'interrogea sur les événements qui s'étaient produits. Il nous apprit que le Beyierbey avait arrêté et jeté en prison Qara Khan. « Voici, ajouta-t-il^ vous avez devant vous mille cavaliers révoltés qui sont en marche pour détruire le barrage de la rivière du Gourgan. » L'ambassadeur du Khan de Kharezm, ainsi que les autres personnes qui m'accompagnaient, se montrèrent effrayés et troublés de cette nouvelle. Un de nos compagnons émit l'avis qu'il était préférable de nous jeter sur notre gauche, là où la route n'était pas fréquentée^ parce que les cavaliers^ qui étaient devant nous, finiraient par nous rejoindre; que Derdy Qouly Khan avait son campement de ce côté, qu'il considérerait notre arrivée comme une bonne fortune et que, si besoin en était, lui-même et ses cavaliers nous accompagneraient jusqu'à Esterâbad.
Nous aperçûmes de loin quelques tentes et quelques pavillons. Nous nous dirigeâmes de ce côté ; mais nous prenions le mirage pour de l'eau et la poix pour du camphre raffiné. Nous dépêchâmes un homme en avant et nous apprîmes, quand il revint, que ces tentes n'étaient point celles de Derdy Qouly Khan, mais bien celles de la tribu des Ilqay. Ces gens nous firent dire que la règle des Turkomans était d'assurer toute sécurité contre leurs ennemis, à tous ceux qui entraient dans leur campement. Ne pouvant faire autrement, nous marchâmes partagés entre la crainte et l'espérance, et nous arrivâmes à ce campement où nous descendîmes de cheval. On nous apporta du pain et on se mit en devoir de nous servir. Nous aperçûmes quelques soldats de l'armée persane qui avaient été faits prisonniers, et nous nous rendîmes compte, alors, des services que nous pouvions attendre de ces gens. Nous prîmes donc le parti de nous éloigner au plus vite, plutôt que de rester parmi eux. Nous franchîmes un espace que l'on parcourt en deux ou trois temps de galop ; mais, pendant le peu d'instants que nous nous étions arrêtés, les gens de cette tribu avaient
trouvé le moyen de voler le fusil de Mohammed Chérif Bay
et d'instruire nos ennemis de notre approche. Eux-mêmes se mirent en route en même temps que nous^ dans Tespoir de nous pilier. Quelle belle escorte que celle de brigands qui avaient Tair de nous témoigner de lamitié, mais qui n avaient d*autre dessein que celui de nous traiter en ennemis ! Nous dûmes considérer les loups du Gourgan comme des bergers, et supposer que ces voleurs de grand chemin étaient nos guides. Tout à coup^ des tourbillons de poussière s'élevèrent dans l'air à notre gauche ; nous reconnûmes qu'ils enveloppaient des hommes altérés de sang et nous fûmes convaincus que ron allait fondre sur nous et nous attaquer. La poussière devint plus épaisse ; les cavaliers apparurent plus nombreux et ils se jetèrent sur les bagages en poussant des cris et des clameurs semblables à ceux des ghouls et des divs. On aurait dit des loups se précipitant sur une tête de mouton^ ou des Turks se jetant sur un sac de blé. Mes bagages, confiés à la garde des Turkomans Yomout qui voyageaient avec nous et qui étaient les associés des voleurs, se trouvaient, par suite de notre négligence^ relégués à l'extrémité de la caravane. Les Turkomans s'élancèrent dessus et se mirent à piller. Beaucoup de nos effets furent jetés à terre ; d'autres demeurèrent intacts, mais la plus grande partie en resta aux mains de ces voleurs de grand chemin. (Puissent leurs femmes se vendre !)
J'avais un pistolet à ma ceinture; je poussai mon cheval dans la direction des assaillants -, ils me reconnurent et se mirent à pousser les bêtes de charge devant eux en se moquant de moi. En effet.
Vers.— « La raison n'admettra pas qu'un impie affamé, pénétrant dans une maison déserte et remplie de mets préparés, se préoccupe du jeûne du Ramazan \ »
Mes compagnons s'écrièrent : t Tout ceci n'a lieu qu'à cause